Guide de CHICAGO : Histoire

Figures historiques de la région des Grands Lacs

Plusieurs grandes figures historiques sont originaires des Grands Lacs ou ont joué un rôle important dans l'histoire de la région :

Antoine de Lamothe-Cadillac (1658-1730). Ce Français débarqué en Amérique à 25 ans n'est autre que le fondateur de la ville de Detroit. Après quelques années en Acadie, il se fait envoyer dans la région des Grands Lacs, qu'il explore et dont il dresse les cartes. En 1700, le roi Louis XIV confie la fondation d'un nouveau poste dans la région des Grands Lacs à Cadillac, qui devient ainsi le commandant de fort Ponchartrain. Cadillac, qui a choisi lui-même le lieu, y voit un endroit stratégique, entre les Grands Lacs et les bassins fluviaux. La construction du fort marque la fondation de la ville de Detroit. Le fort sera capturé par les Anglais en 1763, pendant la guerre de Sept Ans, et appartint officiellement aux Etats-Unis après la signature du traité de Paris en 1783. Cadillac est, quant à lui, envoyé en Louisiane dont il devient le gouverneur entre 1710 et 1716, avant de revenir finir sa vie en France.

Carrie Chapman Catt (1859-1947). Professeur, journaliste et surtout suffragette, Carrie Chapman Catt est originaire de Ripon, dans le Wisconsin. Après une enfance dans l'Iowa, elle étudie à l'université où elle transgresse parfois les règles, notamment en s'exprimant lors de débats uniquement ouverts aux hommes. En 1885, elle devient la première journaliste femme de San Francisco, avant de retourner dans l'Iowa, où elle commence son combat pour le suffrage des femmes en rejoignant l'Iowa Woman Suffrage Association. De 1900 à 1905, elle devient la présidente de la National American Woman Suffrage Association, fonction qu'elle occupe de nouveau entre 1915 à 1920. La dernière année de son mandat est un tournant dans son combat, puisqu'elle marque l'adoption du dix-neuvième amendement de la Constitution américaine, qui donne le droit de vote aux femmes. Elle poursuit cependant son combat pour le droit des femmes à l'international en tant que co-fondatrice et, entre 1904 et 1923, présidente de l'International American Woman Suffrage Association. Elle meurt en 1947, mais atteint la postérité en rejoignant à la fois l'Iowa Women's Hall of Fame et le National Women's Hall of Fame.

Jane Addams (1860-1935). Cette pionnière, activiste, sociologue et philosophe américaine naît à Cedarville, dans l'Illinois. Son père n'est autre que John Addams, l'un des membres fondateurs du Parti républicain de l'Illinois, dont il deviendra le Sénateur en 1855. Inspirée depuis toujours à changer le monde, elle mène des combats sur tous les fronts et crée, en 1889, la Hull House, centre d'oeuvres sociales à Chicago. Le centre accueille et épaule des immigrants européens, pour la plupart ouvriers, fait office de centre d'études et d'art, et permet la création d'une association de protection des enfants. Elle s'investit également en politique, en rejoignant le Progressive Party et en soutenant Roosevelt, et mène en parallèle le combat pour la paix, en devenant présidente du Woman's Peace Party en opposition à la Première Guerre mondiale. Elle obtient le Prix Nobel de la Paix en 1931, devenant la première femme américaine à se voir attribuer ce prix. Elle décède quelques années plus tard, mais la Hull House, dans laquelle elle vécut, a continué à oeuvrer plusieurs années après sa mort.

Ronald Reagan (1911-2004). Le 40e président des Etats-Unis est né à Tampico, dans l'Illinois. Avant de se lancer dans la politique, il entame une carrière d'acteur et apparaît à l'écran aux côtés d'Humphrey Boggart, Errol Flynn ou encore Bette Davis. Démocrate dans sa jeunesse, il rejoint le parti Républicain en 1962 et devient connu dans le monde de la politique grâce à ses discours de soutien à Barry Goldwater, candidat républicains aux élections de 1964. En 1967, Reagan devient gouverneur de Californie et, à l'issu de son deuxième mandat, il souhaite se présenter aux élections présidentielles de 1976, mais il n'obtient pas la nomination du Parti républicain. Quatre ans plus tard, il est élu à la tête du pays face au président sortant Jimmy Carter. On retient, de ses deux mandats en tant que président des Etats-Unis, plusieurs événements marquants : une tentative d'assassinat deux mois seulement après son arrivée au pouvoir, des réformes allant dans le sens de l'économie de l'offre, le scandale de l'Irangate et la fin de la Guerre Froide amorcée par la signature, avec Gorbatchev, du traité sur l'élimination des missiles nucléaires. Il est considéré comme le dernier président américain de la Guerre Froide ; on lui attribue également la renaissance idéologique du parti républicain moderne. Pour beaucoup, Reagan est aussi l'incarnation du rêve américain. Atteint de la maladie d'Alzheimer depuis dix ans, il décède d'une pneumonie en 2004, à l'âge de 93 ans.

La lente création des Grands Lacs

Il y a dix mille ans, pendant la dernière ère glaciaire, les glaciers ont opéré un travail de terrassement. Au fur et à mesure de l'avancée des glaciers sur ce qui était un terrain accidenté, vallonné, parfois même montagneux, tout a été aplati. Les collines ont été rabotées, les montagnes érodées et le terrain s'est peu à peu nivelé. Sous le poids du glacier, la couche rocheuse s'est progressivement enfoncée, et a formé le bassin des Grands Lacs. Vers la fin de l'ère glaciaire, le glacier, de plusieurs kilomètres d'épaisseur, reculait en fondant puis avançait encore un peu sans atteindre sa position initiale. Peu à peu, il disparut, laissant derrière lui un immense lac glaciaire d'une taille bien supérieure à celle des Grands Lacs actuels. La couche rocheuse, libérée de ce poids, remonta lentement, l'eau s'écoula puis elle se stabilisa à son niveau actuel. Les Grands Lacs étaient formés. Pendant que les glaciers reculaient, les premiers hommes, qui avaient atteint le continent nord-américain par le détroit de Béring, suivirent le recul du glacier et s'installèrent sur les terres fertiles laissées par l'action broyeuse des forces gigantesques. A l'époque, ils chassaient le mammouth velu, avec ses défenses de plusieurs mètres de long, les buffles et les tigres à dents de sabre. Ils vivaient de pêche et de chasse, se déplaçant au gré des saisons. La végétation s'installa vite dans les plaines, les hautes herbes et les forêts recouvrirent l'ancien sol glaciaire. La civilisation indienne s'organisa, avec ses coutumes, son respect et son lien avec la nature. Bien qu'il y ait des différences de langue entre les diverses nations indiennes, la communauté indienne des Grands Lacs présentait des traits similaires. Leur culture est encore aujourd'hui appelée " Woodland " (ou " terre forestière "), en raison de leur adaptation aux forêts du nord et du sud de la région des Grands Lacs.

Chronologie

- 8000 > Fin de l'ère glaciaire ; arrivée des Amérindiens sur le bord des lacs.

1673 > Exploration de la région par Marquette et Jolliet ; première nuit sur les terres de la future ville.

1680 > Le père Louis Hennepin explore les rives du Mississippi afin d'évangéliser les populations indigènes.

1701 > Antoine de Lamothe-Cadillac fonde l'établissement fort Pontchartrain (l'actuel Detroit) servant de comptoir de traite des fourrures.

1705 > Conflits entre Français et Amérindiens.

1763 > Le Traité de Paris met fin à la guerre de Sept Ans entre la France et la Grande-Bretagne.

1779 > Jean-Baptiste Point du Sable est le premier résident permanent de Chicago.

1803 > Construction du fort Dearborn. Présence américaine sur la frontière ouest. La même année, vente de la Louisiane aux Etats-Unis. Le Mississippi devient un axe commerçant capital.

1812 > Attaque du fort Dearborn par les Amérindiens ; pertes américaines.

1818 > L'Illinois devient un Etat.

1820 > Construction du Fort Snelling à la jonction du Mississippi et de Minnesota River. Il devient le centre économique du Midwest.

1832 > Guerre avec la tribu amérindienne de Black Hawk.

1834-1845 > Le gouvernement expulse les populations indiennes de la région de Chicago.

1837 > Chicago devient une ville.

1841 > Saint-Paul est baptisée par l'église catholique et en 1849 la ville devient la capitale du Minnesota.

1847 > Le premier numéro du Chicago Tribune sort des presses.

1848 > Creusement du Michigan and Illinois Canal ; les Grands Lacs sont désormais reliés avec le golfe du Mexique par le Mississippi et le canal.

1848 > Le premier train entre à Chicago, en partie en conséquence de l'ouverture du Michigan and Illinois Canal.

1848 > Création du Chicago Board of Trade.

1854 > Epidémie de choléra à Chicago. A cette époque, le cours de la rivière n'est pas encore inversé, et les polluants déversés dans la rivière gagnent le lac d'où est pompée l'eau potable.

1856 > James Hill s'installe à Saint-Paul et travaille sur un bateau à vapeur. La même année, fondation de Minneapolis.

1860-1865 > Guerre civile américaine.

1865 > Les Union Stock Yards (grands abattoirs) ouvrent dans le sud de Chicago, attirant les immigrants par trains entiers.

1867 > Construction de la Water Tower, destinée à assainir l'eau potable.

1871 > Le Grand Feu de Chicago du 8 au 10 octobre : la ville est dévastée. C'est en quelque sorte l'événement fondateur de la ville, puisqu'il va provoquer l'émergence de la fameuse école d'architecture de Chicago.

1876 > Formation de l'équipe de base-ball, les Cubs.

1885 > Erection du tout premier gratte-ciel, le Home Insurance Building, exploit rendu possible en partie par l'invention de l'ascenseur et de la structure métallique.

1886 > Emeutes de Haymarket Square ; réclamation de la journée de travail de huit heures.

1891 > Premier " L " Train dans les rues de Chicago.

1893 > Exposition colombienne à Jackson Park et invention de la grande roue par George Washington Gale Ferris.

1894 > Grève dans les entreprises Pullman, dans le sud de la ville.

1900 > Retournement du cours de la Chicago River, afin d'assainir les ressources en eau potable de la ville.

1900 > Formation de l'équipe des White Sox.

Début 1900 > Afflux massif des immigrants.

1908 > Les Cubs gagnent les World Series de baseball.

1914 > La première chaîne de montage des usines Ford est mise en service à Detroit.

1919 > Début de la prohibition, début des crimes organisés pour le contrôle du marché illégal d'alcool. Al Capone règne en maître sur le trafic d'alcool.

1929 > " Massacre de la Saint-Valentin " : sept personnes sont tuées par des hommes de Capone déguisés en policiers.

1933 > Exposition universelle de Chicago : " Century of Progress ".

1938 > Premier métro.

1942 > Première réaction nucléaire à l'université de l'Illinois ; naissance de la bombe atomique.

1955 > Le premier McDonald's ouvre dans la banlieue de Des Plaines, une banlieue de Chicago.

1955 > Richard J. Daley est élu maire de Chicago et conserve cette position jusqu'à sa mort en 1976. Il contrôle la vie politique de la ville.

12 janvier 1959 > Fondation du label Motown à Detroit par Berry Gordy Jr.

1960 > Le premier club " Playboy " ouvre sur Michigan Avenue.

23 juin 1963 > Plus de 125 000 personnes prennent part à la Detroit Walk of Freedom, une immense marche organisée dans le cadre du Mouvement des droits civiques. C'était la plus grande manifestation du genre à cette époque. Initiée par les révérends et leaders des droits civiques Albert Cleage et C. L. Franklin, père d'Aretha Franklin, elle attire plusieurs personnalités dont Martin Luther King Jr. qui y présente pour la première fois son discours "I have a dream", repris par la suite à Washington deux mois plus tard.

1967 > Des émeutes raciales de 5 jours secouent la ville de Detroit, entrainant la mort de 43 personnes.

1969 > Construction du John Hancock Center, dans le quartier de Gold Coast.

1973 > Construction de la Sears Tower (aujourd'hui Willis Tower), à l'époque le plus haut bâtiment du monde.

1979 > Election de la première femme maire de Chicago, Jane Byrne.

1983 > Harold Washington devient le premier maire noir de Chicago.

1984 > Michael Jordan rejoint l'équipe des Bulls.

1989 > Richard M. Daley est élu maire.

1992 > Le sous-sol de Chicago se retrouve noyé quand six cents millions de litres d'eau se déversent dans les tunnels de transport en commun à la suite de l'effondrement d'un mur de soutènement.

1997 > Le conseil municipal de la ville approuve un texte de loi qui décline toute responsabilité de la vache de Mme O'Leary dans la propagation du Grand Feu de Chicago de 1871, mettant fin à plus d'un siècle de brimades.

2004 > Ouverture de Millennium Park.

2005 > L'équipe des White Sox remporte le championnat du monde de baseball, un événement qui ne s'était pas produit depuis quatre-vingt-huit ans.

2006 > La nouvelle ligne du Chicago Transit Authority " Pink Line " a commencé son service en juin 2006. C'est un accès rapide qui connecte le centre-ville jusqu'aux quartiers ouest de la ville, et plus précisément jusqu'à la station 54/Cermak.

2008 > Barack Obama, le charismatique sénateur de l'Illinois, remporte la primaire démocrate pour la candidature à l'élection présidentielle le 27 août 2008. Opposé au républicain John McCain, il remporte 52,9 % des voix et devient le 44e président des Etats-Unis.

20 janvier 2009 > Obama prête serment et rentre officiellement à la Maison-Blanche. il nomme Joe Biden vice-président.

22 février 2011 > Rahm Emmanuel remporte les élections municipales de Chicago. Il succède le 16 mai 2011 à Richard M. Daley en prenant ses fonctions de maire de Chicago.

6 novembre 2012 > Barack Obama remporte une deuxième fois les élections présidentielles.

18 juillet 2013 > La ville de Detroit demande sa mise en faillite, après avoir accumulé une dette de plus de 18,5 milliards de dollars.

Novembre 2013 > Mike Duggan remporte les élections municipales à Detroit, faisant de lui le premier Blanc à occuper cette fonction depuis 1974. Il mise sur un redressement financier, le développement économique et la baisse de la criminalité. Detroit connaît alors un renouveau, et signe que la population lui accorde sa confiance, il est réélu en novembre 2017.

12 avril 2015 > Hilary Clinton annonce officiellement sa candidature à l'élection présidentielle américaine de 2016.

Novembre 2015 > Grandes manifestations à Chicago suite à la diffusion de la vidéo d'un policier blanc abattant de 16 balles un jeune noir un an plus tôt. Cette énième bavure raciste de la police américaine provoque le renvoi du chef de la police de Chicago et l'ouverture d'une vaste enquête de la justice fédérale sur les agissements de la police de Chicago.

2016 > L'équipe des Cubs remporte le championnat du monde de baseball pour la première fois depuis 1908.

8 novembre 2016 > Donald Trump est élu 45e président des Etats-Unis.

21 janvier 2017 > Manifestations dans toutes les grandes villes américaines contre le nouveau président au lendemain de son investiture. 100 000 personnes se sont réunies à Saint Paul et jusqu'à 250 000 à Chicago.

1er juin 2017 > Donald Trump annonce le retrait des Etats-Unis de l'accord de Paris sur le climat.

L’arrivée de l’homme blanc et la découverte des Grands Lacs

La découverte des Grands Lacs est en grande partie liée à l'histoire de France. De 1534, date d'arrivée de Jacques Cartier au Canada, jusqu'à 1763, date de la victoire anglaise sur les Français, la présence française dans la région est très forte. La date de la première arrivée de l'homme blanc dans la région des Grands Lacs est inconnue, mais on la situe dans les années 1500, période au cours de laquelle les bateaux de pêche européens accostent sur les côtes du Nord-Est canadien. L'arrivée de Jacques Cartier est le premier contact officiel d'un homme blanc avec les populations indiennes. En 1534, il débarque au Canada lors de sa mission d'exploration du fleuve Saint-Laurent. L'intérêt français pour l'Amérique du Nord, terre encore inconnue et inexplorée, est grandement affaibli par l'échec de Cartier dans sa recherche d'argent ou d'or dans la région, et pourtant Samuel de Champlain fonde la ville de Québec et la colonie de la Nouvelle-France en 1608, quelque douze années avant l'arrivée des Pères fondateurs des Etats-Unis, sur leur bateau Mayflower, dans l'actuel Connecticut. Les missions d'exploration se poursuivent. En 1634, Etienne Brûlé et Nicolet, tous deux éclaireurs de Champlain, excellents pisteurs, partent sur les territoires vierges, qui ne figurent sur aucune carte, à la recherche du fameux " passage du Nord-Ouest " vers les Indes, passage qui devait contourner les zones territoriales dangereuses occupées par les Espagnols. De cet épisode historique, on garde en mémoire le moment de l'arrivée de Nicolet sur la rive ouest du lac Michigan, vêtu d'une robe asiatique, les bras tendus vers les peuples vivant sur les rives du lac, et croyant avoir découvert les Indes ! Après trois jours passés en compagnie d'une tribu indienne, il se rendit compte de son erreur.

En 1659, Pierre-Esprit Radisson, un trappeur et explorateur français, découvre le lac Supérieur en compagnie de Groseilliers, lui aussi porté sur le commerce de fourrures. Ils reviennent avec des cargaisons de peaux, mais se les font confisquer par le gouvernement canadien pour avoir chassé sans permis. Ils s'associent avec les Anglais et fondent la Compagnie de la baie d'Hudson, qui traite avec les populations indiennes du Nord, sur un territoire hostile mais prolifique qui ne sera finalement entièrement exploré et cartographié qu'un siècle plus tard.

Histoire des Amérindiens de la région des Grands Lacs

Avant l'arrivée des Européens dans la région des Grands Lacs, les Indiens d'Amérique vivaient en communautés dans les grandes forêts ou sur les rives des Grands Lacs, pêchant et chassant pour se nourrir. La vie était marquée par les cycles de l'année, chaque saison ayant ses activités. Au printemps, ils préparaient le sol pour les cultures et vivaient sur les rives des lacs pour la pêche ; en été, les hommes chassaient tandis que les femmes s'occupaient de la cueillette des baies sauvages. En automne, les hommes s'aventuraient loin à l'intérieur des lacs pour pêcher le poisson, qu'ils préparaient et fumaient pour les longs mois d'hiver. En hiver, chaque famille partait de son côté vers les terres de chasse des élans, des ours et autres mammifères. C'était la période de l'année où l'on racontait les légendes et où l'on transmettait les traditions de génération en génération.

L'arrivée des Européens, présage du déclin des nations indiennes. L'arrivée des Européens bouleverse ce mode de vie. Même les Français, qui traitent pacifiquement avec les populations locales sans chercher à s'approprier les terres, apportent des modifications dans les traditions indiennes. Le commerce de fourrures crée des besoins chez les Indiens qui, en échange de peaux de castor, reçoivent des biens manufacturés comme des fusils ou des allumettes. Chasser avec un fusil est plus efficace qu'avec un arc et des flèches, et allumer un feu avec des allumettes plus simple qu'avec des pierres et du bois sec. Les Indiens deviennent donc vite dépendants de leurs échanges avec les Européens ; les villages se disloquent en petites communautés plus mobiles et plus à même de fournir les fourrures aux Européens. Les hommes blancs, qui sont venus sur le nouveau continent sans leur famille, prennent pour épouses les femmes indiennes. Les Amérindiens ne prenant pas en compte les différences de " races " pour l'acceptation ou le refus d'entrée dans leur société, les enfants métis se multiplient dans les villages indiens.

Un autre problème est celui des maladies apportées par les Européens. Les Indiens ne sont pas immunisés contre la vérole ou la grippe, qui ne tardent pas à décimer des villages entiers. Quand Nicolet arrive en 1634, la tribu des Ho-Chunk comptait cinq mille individus. Vingt ans plus tard, elle était réduite à six cents membres. Même si les guerres intertribales jouent un rôle dans la disparition progressive des tribus indiennes, la maladie reste le plus grand fléau.

La rébellion du chef Pontiac. Entre 1689 et 1763, les Français et les Anglais se battent dans une série de quatre guerres qui ont pour enjeu le contrôle de l'Amérique du Nord. Le dernier conflit, appelé la guerre de Sept Ans, s'étend de 1754 à 1763, période pendant laquelle les Iroquois s'allient aux Anglais, et les Menominee, les Ho-Chunk, les Ojibwe et les Potawatomi s'allient aux Français. A la fin de cette guerre, les Anglais prennent le contrôle de la totalité des territoires anciennement français du Canada et du Midwest. Le chef Pontiac, de la tribu des Ottawa dans la région de Detroit, mène alors une rébellion contre l'occupant anglais pendant deux ans, en faisant le siège de nombreuses places fortes anglaises dans toute la région des Grands Lacs. En 1765, les Anglais parviennent à reprendre le contrôle de la région et mettent fin à la rébellion. Mais cet épisode leur a fait comprendre qu'ils ne pouvaient contrôler la région sans développer de meilleures relations avec les nations indiennes. Cette stratégie va montrer ses fruits lors de la révolution américaine, quand toutes les nations indiennes s'allient avec les Anglais contre les Américains. Seules les tribus du sud-est du lac Michigan s'unissent avec les forces indépendantistes, mais, dans la grande majorité, les Amérindiens craignent les Américains qui cherchent à s'approprier leurs terres.

La Grande-Bretagne et Tecumseh. La dernière bataille que se livrent la Grande-Bretagne et les Etats-Unis pour la région des Grands Lacs intervient en 1812. Avant cette date, les Anglais ont cherché à créer un Etat tampon entre le Canada et les Etats-Unis en offrant un bout de territoire aux Amérindiens. Tecumseh, un grand chef de la tribu des Shawnee de l'Ohio, fédère les nations des Grands Lacs en une grande alliance pour s'opposer à l'avancée des Américains sur les terres indiennes. Mais, une fois de plus, malgré son alliance avec les Anglais, il perd toutes les terres au profit de ceux qu'il appelle les " envahisseurs ", et toute la région des Grands Lacs devient américaine en 1814.

La politique d'expulsion des populations indiennes. La période qui suit est le début d'une longue série de déportations et de massacres des peuples indiens. Dans les années 1830, le Congrès américain vote des lois autorisant l'expulsion des populations indiennes vers les terres à l'ouest du Mississippi, et des nations entières doivent quitter leurs terres pour aller s'installer loin des lacs, sur un territoire vide de ressources naturelles et aux hivers plus rudes. Pourtant, dans la région des Grands Lacs, de nombreuses tribus réussissent à garder leur terre en progressant vers les régions encore inhabitées du Nord-Wisconsin et du Minnesota. Les Potawatomi, les Ojibwe et les Ottawa opèrent ainsi, tout comme les Ho-Chunk et les Menominee. En 1831, Black Hawk (faucon noir), chef des tribus Sauk et Fox, s'oppose à l'expulsion de son peuple vers les terres inhospitalières de l'Iowa. Pendant l'hiver 1831, il revient sur ses terres d'origine, l'Illinois, et tente de trouver un arrangement avec les autorités américaines pour pouvoir y rester. Quand la milice américaine tue froidement l'un des émissaires indiens qui portait le drapeau blanc de négociation, la réaction de Black Hawk est immédiate : il surprend le campement ennemi et tue un grand nombre de miliciens américains. De nouveau, les Américains lancent une grande offensive, et massacrent la quasi-totalité des guerriers de Black Hawk, qui sont finalement expulsés vers l'Iowa. Cette guerre marque la fin des guerres indiennes dans la région des Grands Lacs. En 1854, devant l'incapacité d'expulser ces nations autrement que par la force, des réserves indiennes sont créées. Aujourd'hui, le nord du Wisconsin est toujours une région à forte population indienne, surtout dans les forêts du Nord.

Politique d'assimilation. De 1850 à 1930, les Etats-Unis développent une politique d'assimilation, qui implique que les Indiens désapprennent leur langue maternelle, leurs religions, leurs coutumes et leurs modes de vie, afin d'être " civilisés " et finalement " assimilés " à la culture américaine.

De nombreux Américains ne veulent pas comprendre que les Indiens ont des coutumes et une culture qu'ils ne sont pas prêts à abandonner. Les deux moyens utilisés par les Etats-Unis pour assimiler les populations indiennes sont l'école et l'accès à la propriété, choses que les Indiens ne connaissent pas. A l'école, les jeunes Indiens apprennent les techniques d'agriculture et le commerce, tandis qu'on enseigne aux filles les travaux domestiques. Les enfants sont séparés de leurs parents et envoyés dans des internats, pour couper court aux relations familiales et contrer l'éducation parentale.

Le Dawes Act de 1887 du gouvernement américain est un grand coup de couteau dans le dos des peuples indiens. Il découpe les réserves indiennes en petites propriétés agricoles qui sont restituées aux Indiens. Mais les Indiens refusent de cultiver ces terres et les revendent, la plupart du temps à des Blancs. Ainsi, à la fin des années 1920, 90 % des terres des réserves indiennes appartiennent à des Européens.

Cette politique d'assimilation prend fin en 1930, quand, après deux cents ans de guerres et de massacres, les Américains réalisent enfin que les Indiens ne veulent pas être intégrés à la nation américaine. Dans les années 1950, une autre politique est adoptée, celle de la " Termination ", qui retire aux tribus indiennes toute reconnaissance en tant que corps politique souverain par le gouvernement fédéral. Quelques tribus sont " terminées ", mais les effets sur la culture indienne sont tellement dévastateurs qu'elles reprennent toutes leur ancien statut.

Au cours des trente dernières années, de nombreux progrès ont été réalisés à l'intérieur des réserves indiennes, dans le cadre de programmes internes relatifs à la pêche et à la chasse, ainsi qu'à l'indépendance gouvernementale des tribus, et les casinos ont été autorisés sur les terres indiennes, sans qu'ils aient à reverser des impôts au gouvernement fédéral américain. Les casinos sont d'ailleurs toujours une grande source de revenus pour certains Indiens, qui ont troqué leurs chevaux contre des Buick et sont devenus des chefs d'entreprise. Mais malgré les efforts affichés, les nations indiennes restent en très grande majorité des populations pauvres, fortement touchées par l'obésité, le diabète et l'alcoolisme. Ce qui leur manque le plus, c'est une véritable reconnaissance de la part du gouvernement américain, ainsi qu'une organisation interne en un comité unique qui prendrait la parole en tant que représentant des nations indiennes dans leur totalité. Ceci prendra du temps, d'autant que les nations indiennes de l'Est n'ont culturellement rien en commun avec les tribus de l'Ouest.

Première visite du site de Chicago

En 1673, le père jésuite Marquette, accompagné de Louis Jolliet, un aventurier et explorateur canadien, cherche à reconnaître l'embouchure du Mississippi. Jacques Marquette fut envoyé par la Nouvelle-France (l'actuel Canada) en mission d'exploration sur les terres inconnues de l'Ouest, afin d'agrandir le territoire national français et, si possible, convertir les populations locales au christianisme.

De Saint-Ignace, au nord de l'Etat du Michigan, ils s'embarquent, avec cinq compagnons dont un guide indien, pour la traversée du lac Michigan. Ils découvrent le Mississippi - Hernando de Soto, un explorateur espagnol, l'aurait déjà découvert en 1541 - et tentent de descendre jusqu'au delta pour enfin savoir si le grand fleuve se jette dans le golfe du Mexique ou dans l'océan Pacifique. En chemin, ils rencontrent des difficultés et, craignant une attaque espagnole, doivent rebrousser chemin au niveau de l'embouchure de la rivière Arkansas. Plus tard, en 1682, Cavelier de La Salle, explorateur né à Rouen en 1643, parvient à atteindre le delta du Mississippi et nomme son bassin versant " Louisiane ", en l'honneur du roi de France Louis XIV. Il tentera vainement de fonder un fort destiné à la défense des intérêts français dans le delta, mais ce nouveau territoire, trop vaste, va vite devenir un fardeau pour la France.

Sachant que la destination finale du Mississippi était le golfe du Mexique, l'équipée entame sa lente progression vers le détroit de Mackinaw. Fatigués de pagayer à contre-courant, ils cherchent un moyen de passer directement du Mississippi au lac Michigan. Les autochtones leur apportent la solution en les guidant à travers la rivière Illinois vers le village indien de Kaskaskia (aujourd'hui Utica) et, après un ultime portage à travers des terres marécageuses, la plaine de Chicago est découverte et le lac Michigan atteint. Après ce bref premier passage pendant l'été 1673, Marquette et Jolliet se remettent en route et atteignent Green Bay, sur la rive ouest du lac Michigan. Marquette revient seul en 1674 pour retrouver les populations indiennes et poursuivre auprès d'elles sa mission d'éducation.

L'hiver arrivant, il reste bloqué par la glace et les chutes de neige au niveau du portage et doit passer l'hiver sur place, malade, à attendre le dégel du lac des Illinois - nom du lac Michigan à l'époque -, dans une petite cabane en bois tenue par deux coureurs des bois français. Cette petite mésaventure fait de lui le premier homme blanc à résider sur les terres de Chicago. Marquette meurt peu de temps après, pendant l'été 1675, à l'âge de trente-huit ans. Le premier résident officiel sera l'Haïtien Jean-Baptiste Point du Sable, qui, en 1679, s'y construit une cabane en bois. Avec lui commence l'histoire de Chicago : le premier mariage, la première élection et le premier jugement...

Le commerce de fourrures

Les Français ne tardent pas à se rendre compte de l'extraordinaire marché qui s'offre à eux sur ces territoires : des milliers de kilomètres carrés de végétation vierge, remplie de castors et autres bêtes à fourrure dont ils vont commencer le commerce. C'est l'époque des fameux " coureurs des bois ", ces aventuriers français qui traversèrent l'Atlantique pour s'installer en Nouvelle-France, chargeant leurs canoës de produits manufacturés, armes, couteaux, pour aller les échanger contre des peaux de castor qui allaient être revendues à prix d'or dans les capitales européennes.

Cette période de la découverte en profondeur du futur territoire américain n'est pas du tout mise en valeur dans les livres d'histoire des écoles américaines : pour eux, leur histoire commence avec le Mayflower, en 1620, et passe directement à la déclaration d'Indépendance de 1776 et la guerre qui s'ensuivit. Pourtant, cette période fut une des plus belles périodes de découverte du territoire américain, puisqu'elle n'impliquait aucunement la destruction des populations locales ni l'accaparement brutal et systématique des terres.

Les fur traders, coureurs des bois qui faisaient le commerce de fourrures, pouvaient travailler de trois manières différentes : certains étaient employés par une compagnie de fourrures, à laquelle ils livraient l'intégralité de leur production. D'autres, plus indépendants, achetaient leur équipement à crédit auprès d'une compagnie, puis lui revendaient les fourrures. Après avoir remboursé leur crédit, ils pouvaient garder les bénéfices engendrés. Mais les plus connus, ceux dont l'histoire se souvient le mieux, ce sont les " trappeurs libres ", ceux qui ne travaillaient pour aucune compagnie et qui revendaient leurs fourrures au plus offrant. L'image très romantique que l'on s'en fait, l'image qui parvenait aux populations européennes, est celle d'un homme solitaire, bravant les éléments et les animaux sauvages, vivant seul dans des contrées reculées. Pourtant, ils travaillaient la plupart du temps en petits groupes de quatre ou cinq, partaient au début du printemps dans les contrées inexplorées à la recherche des castors, et revenaient en automne pour le " grand rendez-vous ", grand rassemblement au cours duquel les fourrures étaient échangées contre un équipement neuf, de l'alcool et une ouverture de crédit à Saint-Louis pour le cas où ils retourneraient à la civilisation. Les conditions de travail étaient rudes, mais peu d'entre eux baissaient les bras. Certains avaient des projets à long terme d'établissement dans la région, d'autres fuyaient des poursuites judiciaires en Europe, d'autres encore étaient fatigués de travailler comme agriculteurs sur les terres de l'Est et étaient attirés par le côté aventureux et romantique du métier de trappeur. Trois mille trappeurs seulement arpentaient les forêts. Bien avant la politique d'expansion des Etats-Unis vers l'Ouest, ils jouèrent un rôle déterminant dans la connaissance de ces territoires et de leur population.

Les missions jésuites

Après l'arrivée de Jacques Cartier dans la région, les jésuites, groupe actif de la Société de Jésus, envoient des missionnaires qui établissent le contact avec les populations huronnes près du lac Huron. Le jésuite Marquette installe des missions le long des Grands Lacs, notamment à Green Bay (Wisconsin) et à Saint Ignace (Michigan). Jusqu'en 1728, un certain nombre de tribus indiennes sont converties au catholicisme. La mission des jésuites est d'évangéliser les populations locales, mais, ce faisant, ils acquièrent une connaissance parfaite du territoire de la région, qui servira ensuite pour les missions d'exploration et le commerce de fourrures. 1728 marque la fin de la présence des jésuites français dans la région, à la suite des guerres dites " Fox Wars ", entre les Français et la tribu indienne des Mesquakies, surnommés les Fox (les Renards) par les Européens. La première Fox War éclate en 1712 et dure quatre ans. Les Français cherchent à s'approprier les droits sur le système de navigation donnant accès au fleuve Mississippi, afin de faciliter le commerce des fourrures entre le Canada français et l'intérieur du continent nord-américain. Les Mesquakies, qui perçoivent ce projet comme une intrusion sur leur territoire, s'y opposent fermement, d'autant que les principaux alliés amérindiens des Français ne sont autres que les Chippewas, leurs ennemis mortels. En 1728, alors que débute la deuxième Fox War, la population des Mesquakies se trouve réduite à 1 500 membres, contre 6 500 à l'arrivée des Européens. Ils ne cessent pourtant pas leur résistance, qui nuit au commerce français et ralentit, selon l'église, l'évangélisation des peuples autochtones. De 1728 à 1733, les Français mènent une véritable politique d'extermination à l'encontre des Mesquakies et achèvent de décimer leur population. Ceux qui ne sont pas tués sont réduits en esclavage. Certains Mesquakis parviennent à s'enfuir vers le Mississippi, d'autres intègrent des tribus voisines, notamment celle des Sioux.

Rivalités franco-anglaises

Les Anglais s'installent eux aussi dans la région, espérant s'approprier une partie du nouveau territoire.

Le seul moyen pour les Français et les Anglais de contrôler le territoire était alors de s'allier avec les populations indigènes qui disposaient d'une connaissance parfaite du terrain, des éléments et des tribus rivales. Dans les années 1640, les Iroquois s'allient aux Anglais et entament une série de guerres contre les tribus ennemies qui vivaient à l'ouest du lac Michigan, elles-mêmes alliées aux Français. Ces guerres successives auront pour effet de disséminer les populations indiennes, d'en exterminer certaines, d'en déplacer d'autres. L'objectif des deux nations est clairement d'agrandir leur territoire national ou, tout du moins, de limiter l'expansion territoriale de l'autre. D'ailleurs, le terrain de combat ne se limite pas à l'Amérique du Nord : au même moment, des batailles sont livrées dans les Indes pour le contrôle des comptoirs de commerce.

En 1754 commence la guerre de Sept Ans, appelée " French and Indian War " aux Etats-Unis. Les Français et les Anglais, aidés de leurs alliés amérindiens respectifs, se livrent à des attaques des postes avancés militaires ennemis. La guerre débute dans les Grands Lacs mais déborde vite en Europe. En 1763, l'Angleterre victorieuse signe le traité de Paris et récupère tous les territoires autrefois sous contrôle français, couvrant les terres de la région des Grands Lacs et du Canada. Montréal tombe sous domination anglaise. L'Angleterre partage les territoires conquis avec l'Espagne, qui récupère une partie de l'ancienne Louisiane. A la suite du retrait des Français, les Amérindiens se soulèvent contre la présence des Anglais, au cours de la révolte de Pontiac. Pontiac, leader de la tribu indienne Ottawa, voit d'un mauvais oeil la prolifération de colons anglais sur ses terres. Les Français avaient été acceptés car ils étaient un petit nombre, mais c'est désormais en colonisateurs que se posent les Anglais. Surviennent alors des attaques des postes avancés anglais, comme le fort Detroit, à 10 km au sud de l'actuel Detroit, ou encore le fort Pitt, au sud-est des Grands Lacs, où les soldats britanniques lancent des couvertures infestées de vérole sur les assaillants pour tenter de les contaminer. C'est l'épisode le plus connu de cette guerre, mais les historiens ne savent pas si cette basse technique eut un quelconque effet sur les Amérindiens. Pendant un an, les attaques se succèdent, jusqu'en 1765, sans qu'aucune des deux parties n'y gagne quoi que ce soit. Le seul résultat de ce mouvement de protestation amérindien fut l'interdiction par le gouvernement britannique de prendre possession des terres nouvellement conquises, afin de limiter le coût des guerres contre les populations indigènes.

Durant l'ère napoléonienne, les Français parviennent à récupérer une partie de leur territoire, notamment le territoire de la Louisiane, qui, à l'époque, étirait ses frontières du golfe du Mexique jusqu'à la frontière canadienne et englobait toute la partie centrale du futur territoire des Etats-Unis. Mais la France n'est pas une puissance maritime et le blocus anglais contre l'approvisionnement en matériel de ce territoire affaiblit les positions françaises. Napoléon, qui avait besoin de fonds pour soutenir ses guerres européennes et craignant une montée en puissance de l'Empire britannique, vend en 1803 les terres de Louisiane aux Américains nouvellement indépendants pour quinze millions de dollars. Cet épisode est connu aux Etats-Unis comme le " Louisiana Purchase ". Les territoires de l'Ouest étaient désormais ouverts à l'expansion américaine.

Dernières guerres, naissance des États des Grands Lacs et essor de Chicago

Juste avant la ratification de la Constitution américaine, qui donnait suite à la révolution des treize colonies contre la présence britannique sur la côte est, la création du Territoire du Nord-Ouest est proclamée en juillet 1787 par la " Northwest Ordinance ". Il est composé de l'ensemble du territoire couvrant les Etats actuels qui bordent les Grands Lacs - le Michigan, l'Ohio, le Wisconsin, le Minnesota, l'Indiana et l'Illinois -, qui fut cédé par l'Angleterre aux Etats-Unis par le deuxième traité de Paris de 1783 - il y en aura beaucoup dans l'histoire internationale. Ce n'est qu'avec le traité de Jay que toutes les positions anglaises sont rétrocédées aux Etats-Unis.

Les autorités gouvernementales décident de renforcer les postes avancés pour maintenir l'intégrité du territoire et assurer l'expansion vers l'ouest. Le fort Dearborn est construit sur la rive sud de la Chicago River, à l'emplacement de l'actuelle pile sud du Michigan Avenue Bridge. Pendant neuf ans, tout est calme, le fort sert de lieu d'échanges de marchandises pendant la traite des fourrures entre Amérindiens et Européens. Pourtant, la guerre gronde aux frontières américaines, les Anglais sont toujours présents au Canada et, en 1812, éclate une nouvelle guerre, déclarée par les Etats-Unis contre les Anglais.

Ces derniers, avec une armée formée et préparée aux guerres napoléoniennes, sont bien plus puissants que la troupe de sept mille soldats américains. En 1814, après deux ans de guerre sur plusieurs fronts mais aucune prise territoriale ni d'un côté ni de l'autre, les Etats-Unis en sortent avec une image internationale grandie par l'opposition valeureuse de ses troupes contre l'Empire britannique. Le traité de Ghent, qui met fin aux hostilités en assurant le statu quo, est signé entre les deux parties en décembre 1814. Les hostilités ne prendront fin que quelques mois plus tard, en raison de la lenteur des communications internationales. Le fort, brûlé puis reconstruit en 1816, est occupé par l'armée américaine jusqu'en 1837.

En 1823, le nouvel Etat de l'Illinois envisage de creuser un canal entre le lac Michigan et la rivière Illinois, reliant ainsi le fleuve Saint-Laurent (et donc l'Atlantique) au Mississippi (et donc au golfe du Mexique). L'annonce d'un tel projet attire des travailleurs immigrés, surtout des Irlandais, qui s'installent à Chicago et viennent grossir les rangs de la population locale. Parallèllement, pour mener à bien ce projet de Voie maritime du Saint-Laurent et contourner le sérieux obstacle des chutes du Niagara, la construction du canal Welland, reliant le lac Érié au lac Ontario, débute en 1824.

Les travaux de construction du canal Illinois et Michigan débutent finalement en 1836, retardés par la lenteur de l'achat des terres sur le tracé du canal. La crise économique de 1837 retarde encore un peu plus les travaux, qui doivent s'interrompre pendant quatre ans, alors que l'Etat d'Illinois est en banqueroute totale. Le canal est finalement opérationnel en 1848. Pendant sa première année d'activité, Chicago devient le plus grand port intérieur des Etats-Unis, et voit passer le grain et le charbon de l'Illinois, le sucre et le café de la Nouvelle-Orléans, ainsi que le bois du Wisconsin et du Minnesota.

Le Chicago Board of Trade date de cette époque, créé pour fixer le prix des marchandises qui transitaient à travers la ville. Au cours des dix années qui suivent, Chicago s'impose comme un centre névralgique du transport, naval comme ferroviaire.

Le 22 octobre 1848, la première locomotive à vapeur fait son entrée à Chicago et, à partir de ce jour, plus rien n'empêchera la ville de devenir le plus gros noeud ferroviaire des Etats-Unis. Avec l'arrivée du train, des industries s'installent dans la région : métallurgie, usines à grain... Les bâtiments de la jeune ville sont directement construits sur le sol marécageux, peu élevé par rapport aux eaux du lac. La population grandit de jour en jour. Il faut alors surélever la ville et il faut le faire vite. Pullman, un ingénieur que l'on retrouvera plus tard lié à la crise sociale la plus marquante de l'histoire de Chicago, réussit la prouesse technique de soulever les maisons d'un mètre sans faire vaciller le moindre verre à l'intérieur des meubles : il utilise des leviers et une importante main-d'oeuvre. Pendant que le bâtiment est à un mètre au-dessus du sol, une autre équipe remblaie le vide, et la maison est délicatement reposée.

La création des États des Grands Lacs et la guerre de Sécession

Le Territoire du Nord-Ouest avait été déclaré " Etat libre ", selon les termes de la " Northwest Ordinance ". Les Etats créés - Illinois en 1816, Indiana en 1818, Michigan en 1837 et Wisconsin en 1838 - sont colonisés par les habitants de Nouvelle-Angleterre (les treize colonies nouvellement indépendantes) et par les vétérans de la guerre d'Indépendance américaine. En raison de la séparation physique de la région des Grands Lacs avec le sud des Etats-Unis, où l'esclavage s'étend progressivement vers l'ouest au fur et à mesure de l'expansion territoriale américaine, le concept d' " Etats libres " se développe en contraste avec les " Etats esclavagistes " du Sud.

Bien qu'un nombre important d'ouvrages historiques présente la guerre civile américaine comme un affrontement entre un Nord industriel riche et un Sud agricole pauvre, une bonne partie des Etats du Nord puisent leurs ressources économiques dans l'agriculture, et c'est le cas des Etats des Grands Lacs.

Pendant la guerre de Sécession, la région, située loin du front, développe ses industries et soutient l'effort de guerre. Première guerre moderne, la guerre de Sécession américaine voit l'apparition des cuirassés et des armes à feu à répétition. Chicago devient un grand port industriel et envoie ses barges remplies de céréales sur les lignes de front. Après avoir fait plus de six cent mille morts, la guerre aboutit à la libération des esclaves des pays du Sud et à une volonté de former une union plus cohérente et démocratique.

Il est à noter que le président Lincoln, qui fut à l'initiative de l'abolition de l'esclavage des Noirs africains, n'est pas le personnage que présentent les livres d'histoire américains. Ces livres nous dépeignent un homme avec le coeur sur la main, bon et généreux envers les Noirs opprimés. Une image inexacte car, s'il avait pu sauver l'union sans libérer les esclaves, il l'aurait fait. Il a gagné la guerre et ne pouvait pas revenir sur sa décision de libérer les populations noires, et l'histoire en a fait un héros national.

Par ailleurs, cent mille esclaves ont pu échapper à leurs maîtres et ont rejoint les pays du Nord grâce à un système qui s'était mis en place avant la guerre de Sécession, appelé l'Underground Railroad. Ce réseau, s'appuyant sur une organisation secrète d'abolitionnistes du Nord, avait pour mission de trouver des routes de passage du sud vers le nord, jusqu'au Canada. La région des Grands Lacs a vu passer des milliers de ces fuyards, et on estime à cent mille le nombre d'esclaves qui échappèrent ainsi à leur condition. C'est dans la région des Grands Lacs que fut créé l'actuel Republican Party, en réaction à la montée de l'anti-esclavagisme dans les Etats libres du Nord.

Aujourd'hui encore, les campagnes du Midwest sont très majoritairement républicaines, contrairement aux villes, qui sont elles démocrates. Vers le début du XXe siècle, c'est là aussi que naît le Mouvement progressiste, en majeure partie composé d'agriculteurs et de commerçants qui cherchent à réduire la corruption au sein du gouvernement et à le rendre plus attentif à la volonté populaire.

La révolution industrielle

Au moment de la guerre de Sécession, les Etats des Grands Lacs sont majoritairement agricoles. Le territoire anciennement recouvert de forêts est mis à nu et utilisé comme terre d'élevage ou terre agricole. Progressivement, les techniques agricoles se développent, la population s'agrandit, moins de bras sont nécessaires pour nourrir la jeune nation. Les agriculteurs sans emploi vont être le moteur de la révolution industrielle. L'avantage des Etats-Unis est de parler la même langue que le pays initiateur de la révolution industrielle, l'Angleterre.

Les techniques britanniques sont importées aux Etats-Unis et sont adaptées. Le canal Erié, construit en 1825, permet de relier le bassin des Grands Lacs à l'Hudson River et donc à la côte atlantique en passant par-dessus la chaîne des Appalaches, favorisant ainsi un développement massif de la région. Les systèmes de communication et de transports terrestres sont eux aussi perfectionnés : le télégraphe permet de relier les parties reculées du territoire ; le train fait son apparition dans les années 1830 et connecte les grands centres industriels entre eux.

Possédant un territoire gigantesque et rempli de ressources naturelles, les Etats-Unis dépendaient de ces nouveaux moyens de transport pour utiliser à fond leur potentiel de grande puissance. La métallurgie lourde s'installe dans les faubourgs sud de Chicago, à Gary dans l'Indiana, zone qui aujourd'hui est en pleine récession économique.

Croissance rapide de Chicago

La croissance de Chicago est en marche. Les travailleurs du canal et du rail sont désormais des citoyens de la ville ; les professions libérales ont fait leur apparition : dentistes, docteurs, avocats, la ville a tout d'une grande. La guerre civile (1860-1865) vient encore appuyer son développement : les usines métallurgiques et l'industrie manufacturière fonctionnent à plein régime, les trains et les bateaux acheminent le soutien technologique aux lignes de front.

Les banques se multiplient sur LaSalle Street. En dix ans, du début de la guerre jusqu'en 1870, le nombre d'usines triple, ainsi que le nombre d'habitants. A la fin de la guerre, les Union Stock Yards sont construits dans le sud de la ville. Ces énormes abattoirs, d'une surface d'un mile de côté (2,56 km²), rassemblent sur un seul site les nombreux abattoirs de la région de Chicago. Ils voient défiler des dizaines de millions de bovins sur une période de cent ans, et deviennent l'un des principaux moteurs de la croissance économique de la ville. Ce qui a permis aux Stock Yards de se développer aussi rapidement, c'est, d'une part, l'invention des voitures réfrigérées, qui permettent d'acheminer des cargaisons de viande sur des distances considérables, et, d'autre part, le blocus du Mississippi pendant la guerre civile qui empêchait les communications nord-sud.

En outre, Chicago se trouve désormais à l'entrée des terres de l'Ouest, qui se développent à vive allure, et c'est en quelques mois que Chicago devient un carrefour commercial entre l'Est et l'Ouest - Chicago a rendu hommage à ce développement historique en 1999, avec la " Cows' Parade ", en installant dans les rues, les magasins et les halls d'hôtel des statues de vaches grandeur nature (on peut en voir une devant le Cultural Center). Les abattoirs fonctionnent jusqu'en 1971. Le déversement des éléments polluants des abattoirs dans la rivière de Chicago est un véritable fléau qui tue des milliers de personnes. La totalité de l'eau potable de Chicago vient du lac, et les habitants sont bientôt touchés par le choléra.

La solution sera de construire, en 1869, la Water Tower Pumping Station, toujours visible au nord de Michigan Avenue. Elle pompe l'eau du lac Michigan à travers un long tuyau qui s'enfonce loin sous la surface du lac, et pourtant les crises épidémiques continuent.

Ce problème ne sera totalement résolu qu'en 1900, quand la rivière Chicago sera " retournée " et, au lieu de s'écouler vers le lac, partira vers l'ouest et le Mississippi à travers le Chicago Sanitary and Ship Canal.

Une forte immigration

La révolution industrielle est nourrie par une forte immigration et une urbanisation croissante. De 1865 à 1920, la population des Etats-Unis triple pour atteindre les cent millions d'habitants (318,9 millions en 2014). Les immigrants, qui auparavant arrivaient par paquebots sur la côte est pour s'y installer, viennent désormais directement sur les terres moins peuplées et riches du Midwest. A sa manière, la région des Grands Lacs devient un petit Eldorado économique, et connaît une phase d'expansion déterminante pour son rôle économique dans le pays.

L'Etat du Wisconsin voit débarquer des centaines de milliers de protestants allemands, qui se regroupent en communautés et qui intègrent dans leur nouvelle vie américaine leurs traditions agricoles, culinaires et artistiques. Le Minnesota accueille les Suédois et les populations slaves. Le Michigan et tout particulièrement Detroit, en pleine croissance dans les années 1920 grâce à l'essor de l'industrie automobile, accueille des migrants venus de Grèce, de Pologne, d'Allemagne et d'Irlande, mais aussi du Canada. Chicago accueille des Italiens, des Irlandais qui travaillent dans les abattoirs, et des Polonais - actuellement, la population polonaise de Chicago est la deuxième plus forte communauté de Polonais hors de Varsovie. La grande vague d'immigration d'Afro-Américains vient peupler les quartiers sud de la ville, soit l'actuel Bronzeville. Des émeutes surviennent entre populations blanche et noire, en raison de la peur des Blancs de se voir dépossédés de leur quartier. Par contre, les patrons d'entreprises (blancs) tentent de se débarrasser des ouvriers blancs syndiqués pour n'engager que des Afro-Américains, le plus souvent peu ou pas éduqués, et qui ne discuteraient pas les salaires. Le quartier devient très actif culturellement et des emplois sont créés. De nos jours encore, Bronzeville est peuplé à plus de 95 % d'Afro-Américains, mais le niveau de vie y a considérablement baissé et plus de la moitié de la population est sans emploi.

Aujourd'hui, le Midwest reste l'endroit des Etats-Unis le plus représentatif du melting-pot américain. Des dizaines de nationalités y sont représentées et, jusqu'aux années 1960, avant l'acceptation populaire des mariages mixtes, les immigrés étaient clairement identifiables. Cet afflux de main-d'oeuvre va être le catalyseur de l'avancée technologique des Grands Lacs.

Les nouveaux arrivants travaillent sans relâche dans des conditions pénibles, surtout dans les domaines de l'industrie lourde et dans les mines de plomb et de minerai de fer des hautes terres du Midwest. Les mines du Minnesota, désormais reliées à la côte est par la voie maritime, se développent rapidement et le transport sur les Grands Lacs s'intensifie.

Les villes portuaires tirent avantage de leur position géographique pour se développer en grands ports de commerce. Milwaukee devient ainsi la plaque tournante du commerce de céréales, avant de perdre sa prééminence en faveur de Chicago, mieux desservi par un réseau ferroviaire tentaculaire. C'est aussi le centre de production des machines qui servaient dans les mines du nord de l'Etat, ainsi que le centre de production de bières des Etats-Unis.

L'arrivée d'Afro-Américains fuyant les campagnes du Sud provoquera un bouleversement de la culture musicale de la région du Midwest au début du XXe siècle. Ils peuplent les villes et se rassemblent dans des quartiers qui deviennent les foyers magiques du blues. Cleveland, dans l'Ohio, voit l'essor du rock'n'roll, John Lee Hocker immigre à Detroit pour travailler dans une usine Ford et y découvre la scène blues bouillonnante des quartiers est de la ville, tandis que les quartiers sud de Chicago accueillent toute la population noire de la ville et deviennent le fief de Louis Armstrong, le jazzman le plus connu de la planète, ou de Muddy Waters.

Le Grand Feu de Chicago

Juste avant le grand incendie de Chicago, la ville est un immense chantier en progrès : dix lignes de train convergent vers le centre-ville, reliant la ville aux côtes est et ouest, dix-sept ascenseurs à grain assurent l'approvisionnement en matière première comestible à travers le territoire américain, plus de mille cent usines tournent à plein régime. State Street est une grande rue commerçante, et les Union Stock Yards voient passer trois millions de bovins chaque année. L'été 1871 est très chaud et sec. On raconte qu'un soir d'octobre (le 8 octobre 1871), la vache de Mme O'Leary renverse la lampe à huile qui met le feu à la paille, qui met le feu à la grange, qui met le feu à la ville. Enfin, c'est ce que l'histoire raconte, bien qu'elle ait été démentie lors d'un jugement qui a eu lieu très récemment à Chicago. Toujours est-il que, cette nuit-là, dix-sept mille bâtiments de Chicago brûlent, le feu saute la rivière (la ferme de Mme O'Leary se trouve dans les quartiers sud de la ville) et détruit le centre de Chicago. Tout est rasé. Aux scènes de panique succèdent des scènes de reconstruction : en quelques jours, des centaines de petits baraquements de fortune sont érigés pour abriter les cent mille personnes sans foyer. Le Grand Feu de Chicago est la meilleure chose qui soit arrivée à la ville. Tel un phénix, elle va renaître de ses cendres. De jeunes architectes affluent sur ce formidable terrain d'essai où tout est à reconstruire. En dix ans, la population de la ville triple, pour atteindre un million. Sullivan et Burnham, ainsi que Richardson, les grands architectes du moment, rivalisent de prouesses techniques. Le tout premier gratte-ciel fait son apparition dans le Loop en 1885 et, par la suite, l'école d'architecture de Chicago va ouvrir. Le Grand Feu de Chicago devient LA date de (re) naissance, le moment pivot du développement de la ville. Les architectes et ingénieurs rivalisent d'imagination et inventent des techniques révolutionnaires. L'industrialisation a apporté la maîtrise de la fabrication de la structure métallique, dont les ingénieurs se servent pour construire les tout premiers gratte-ciel. Quand les Chicagoans parlent du passé de leur ville, c'est leur point de repère : " pre-fire " ou " post-fire ".

La bataille pour la journée de huit heures et les émeutes de Haymarket Square

Le développement massif des industries attire à Chicago une population importante d'ouvriers qui ne tardent pas à s'organiser en syndicats. Centre du mouvement national, la ville connaît de nombreuses manifestations au cours du mois d'avril 1886.

Le 1er mai 1886, socialistes, syndicalistes, réformistes et anarchistes se retrouvent dans les rues pour demander la journée de travail de huit heures. Trente-cinq mille ouvriers quittent leur travail pour manifester, allant d'usine en usine demander le support de tous les travailleurs.

Le 3 mai, les événements tournent à la violence quand la police ouvre le feu sur la foule de manifestants, tuant au moins trois ouvriers. La réaction ne se fait pas attendre et, dès le lendemain, une nouvelle manifestation est organisée. Alors que tout se passe dans le calme, un ouvrier jette une bombe sur les forces de l'ordre, tuant huit policiers. Ces derniers répondent en ouvrant le feu sur la foule, faisant un nombre indéterminé de morts.

Le " Haymarket Riot " (les émeutes de Haymarket) semble confirmer les pires craintes nourries par des leaders industriels à propos de la masse d'ouvriers. Le maire interdit les manifestations, déclare illégale la presse anarchiste et radicale, et la presse officielle publie des propos contre les mouvements populaires et défend la police. Celle-ci arrête des centaines de manifestants, mais ne parvient pas à déterminer avec certitude l'identité du lanceur de bombe. Le procès qui s'ensuit est des plus partisans. Les jurés sont tous corrompus et le juge condamne huit écrivains et porte-parole anarchistes à mort, sans qu'aucune preuve de leur culpabilité n'ait été apportée. Cinq seront effectivement exécutés, un autre se suicidera dans sa cellule, et les trois derniers seront libérés par le gouverneur John Peter Altgeld pour faute de preuve. Ce procès est resté la plus grande machination judiciaire que la justice américaine ait jamais connue.

Une statue commémore cet événement dans Randolph Street, à quelques centaines de mètres du Loop.

En 1889, Jane Addams ouvre la Hull House, centre social pour les immigrants de Chicago. Elle les aide à s'établir dans la ville, ouvre des bibliothèques, organise l'éducation des plus jeunes, améliore leur qualité de vie et milite pour la reconnaissance des classes populaires par les Chicagoans déjà implantés. Elle est la première femme à recevoir le prix Nobel de la paix, en 1931.

L’Exposition colombienne de 1893

L'Exposition colombienne devait avoir lieu en 1892, pour célébrer les quatre cents ans de la découverte de l'Amérique par Christophe Colomb. Le projet prit du retard et c'est en 1893 que va s'ouvrir la ville blanche, dessinée par Burnham, qui doit accueillir l'événement.

Pendant six mois, plus de vingt-sept millions de personnes, près de la moitié de la population américaine de l'époque, viennent admirer les progrès techniques réalisés dans les domaines de l'électricité, de l'agriculture, de la pêche, de la manufacture, des transports... Pour beaucoup, c'est la première fois qu'ils voient une lampe électrique. Le premier " L " transporte les visiteurs du centre-ville jusqu'au lieu de l'Exposition, au sud, dans Jackson Park. Pour Chicago, c'est un formidable moyen de montrer au monde sa puissance et son dynamisme.

L'architecte Burnham ne s'inspire pas de la première école de Chicago pour ses lignes architecturales, mais du néoclassicisme : des temples majestueux avec des colonnes grecques, de longs boulevards arborés, des statues immenses. George Ferris met au point la première grande roue (la roue Ferris) : visible de partout, elle mesure 90 m de haut et peut accueillir plus de deux mille personnes à la fois, dans trente-six nacelles de soixante places chacune ! Vingt-huit ans seulement après le Grand Feu de Chicago, la ville est mondialement reconnue comme un exemple de développement.

Les grèves ouvrières de la Compagnie Pullman

George Pullman, le célèbre inventeur du wagon-lit, conscient des conditions de travail et de vie de ses ouvriers et soucieux des grèves qui pourraient éclater, crée de toutes pièces une ville destinée aux ouvriers de sa compagnie. La ville comporte des magasins, des églises et de belles petites maisons ouvrières toutes construites sur le même modèle. Le problème, c'est que tout y appartient à la Compagnie Pullman : les ouvriers payent leurs loyers à la Compagnie, font leurs courses dans les magasins Pullman, et sont constamment endettés. Le montant de ces dettes étant automatiquement prélevé sur les salaires, les ouvriers ne touchent quasiment rien à la fin du mois.

Au début des années 1890, une crise économique force Pullman à baisser encore les salaires sans baisser le coût des loyers et, le 11 mai 1894, c'est la grève générale dans la ville et dans les usines Pullman. Eugene Debs, le futur leader socialiste américain, entraîne les ouvriers dans ce qui se terminera par l'envoi de douze mille soldats sur le site et la mort de treize ouvriers.

Les années 1920, années folles, prohibition et syndicats du crime

En 1918, les Etats-Unis sortent grandis et puissants de la Première Guerre mondiale, qui a affaibli la puissance britannique. Une deuxième vague d'immigration déferle sur les Etats-Unis, des populations d'Europe de l'Est traversent l'océan pour venir chercher le rêve américain et la prospérité économique. Commence alors la période des années folles, marquée par l'envie de toute une génération de vivre dans un monde nouveau, sans guerre. Le jazz fait son apparition, on danse dans les clubs le soir, le cinéma muet galvanise les foules dans les cinémas de plein air. C'est une période où la consommation est en hausse, on tente d'oublier les troubles passés en s'amusant. Les voitures sortent par milliers des usines de Detroit, le modèle Ford T est très populaire, tout le monde a accès au progrès.

Cette période d'euphorie économique et sociale va cependant de pair avec une autre réalité : en 1919, le dix-huitième amendement de la Constitution " Volstead Act " ou " National Prohibition Act " est voté, interdisant toute fabrication et vente d'alcool sur le territoire américain. Les groupes protestants, à l'initiative de ce mouvement, désirent mettre fin aux maux de la société américaine, comme le manque d'emploi ou la violence, prétendument causés par la consommation et l'abus d'alcool.

Mais la période de prohibition qui va suivre jusqu'en 1933 va engendrer des maux bien pires. Chicago devient la plaque tournante du trafic d'alcool, le crime organisé se développe, les gangsters se livrent à des conflits armés pour tenter de contrôler la production et la vente illégale d'alcool. Avec l'aide du maire le plus corrompu de l'histoire de Chicago, William " Big Bill " Thompson, la ville se transforme en terrain de bataille entre gangsters pour le contrôle du trafic d'alcool, un trafic qui rapporte des dizaines de millions de dollars dans la seule ville de Chicago.

On estime à huit cents le nombre de gangsters éliminés pendant les années de prohibition. Al Capone, l'ennemi public numéro un, fait abattre en 1929, le jour de la Saint-Valentin, sept membres d'un gang rival. Ses hommes, en uniforme de policier, s'étaient introduits dans le garage de Clark Street et les gangsters bluffés s'étaient alignés contre le mur du fond. Quelques minutes plus tard, les hommes d'Al Capone sortaient du garage, laissant sept cadavres sur le sol. Connu sous le nom de " massacre de la Saint-Valentin ", cet épisode restera dans les annales comme la plus grande tuerie entre gangs de l'histoire des Etats-Unis. Capone dépense un million de dollars par an pour s'assurer la bienveillance des politiciens et des policiers. Il contrôle toute la chaîne de production d'alcool, des distilleries aux " speakeasies ", nom donné aux bars clandestins dont on demandait l'adresse en chuchotant (" speak easy " : parler à voix basse) pour ne pas attirer l'attention des quelques policiers pas encore corrompus. Un des plus célèbres speakeasies était situé en haut du Jeweler's Building, dans la tour qui domine la rivière de Chicago. Des milliers d'autres étaient disséminés à travers la ville, aussi bien dans les quartiers riches que dans les quartiers pauvres. Internationalement, Chicago était connu sous le nom de " rat-a-tat-tat ", bruit que faisaient les fusils à roulette (Tommy Guns), aussi appelés les sulfateuses.

Cette période fait l'objet d'un certain culte romantique, favorisé par de nombreux et excellents polars américains comme ceux de Chandler notamment. C'était le temps où les " bad guys " étaient facilement identifiables, où les hommes portaient le chapeau crânement incliné sur la tête et les détectives le fameux imperméable gris. Déjà à l'époque, les gangsters comme Al Capone avaient leurs admirateurs, qui fournissaient l'alcool, le liquide précieux interdit. Le massacre de la Saint-Valentin marque le commencement d'une défiance envers Al Capone : avec sept morts, on trouve qu'il est allé trop loin...

Toutefois, cette période de contrôle de la ville par les gangs est contrebalancée par la ferme volonté de certains policiers " incorruptibles " de mettre Al Capone sous les verrous.

Le film Les Incorruptibles, avec Kevin Costner (Ness), Sean Connery (Jim Malone, homme de main de Ness), Andy Garcia (George Stone, deuxième homme de main de Ness) et Robert De Niro dans le rôle d'Al Capone, retrace la traque du criminel par Eliot Ness qui, après des années d'enquête, ne parvient à le faire emprisonner que sur le chef d'accusation de fraudes fiscales.

Al Capone sera d'abord enfermé à Atlanta puis sur le rocher d'Alcatraz, dans la baie de San Francisco, avant de finir ses jours en Floride.

Al Capone (1899–1947)

Gangster américain le plus célèbre des années 1920 et 1930, Alphonse Capone naquit en 1899 dans le quartier de Brooklyn à New York. Adolescent, il rejoignit la bande des Rippers et celle des Forty Thieves Juniors. Renvoyé de l'école à quatorze ans pour avoir frappé son professeur, il se rapprocha des gangs plus durs et atterrit dans celui des Five Points dirigée par le bandit Frankie Yale. Alors qu'il travaillait comme barman, il reçut un coup de rasoir au visage lors d'une dispute avec un client et Al Capone devint Scarface.

En 1918, il épousa Mary Coughlin dont il eut un fils, Albert Francis. Décidé à tourner la page du banditisme, il s'installa avec sa famille à Baltimore comme comptable. Il réussit bien, mais la mort soudaine de son père marqua la fin du court chapitre de la légalité et il partit à Chicago travailler pour le gangster Johnny Torrio qui lui apprit toutes les ficelles du métier. Après Torrio, Capone acquit une renommée internationale en descendant ses adversaires et en corrompant la police locale. De 1925 à 1930, alors que la prohibition tentait de faire sa loi, il régna en maître absolu sur les tripots, l'industrie du jeu, les bordels et les bars de Chicago. Le 14 février 1929, alors qu'il était en Floride, Capone fit massacrer ses principaux adversaires dans ce qui resta le massacre de la Saint-Valentin.

Entre deux exécutions, Al Capone se montrait à des opéras, des galas de bienfaisance et des réunions sportives. On le dit généreux et sociable. Pour les autorités le seul moyen de coincer Capone fut la fraude fiscale. En effet, ses revenus atteignaient cents millions de dollars annuels, bien trop pour le négociant en immobilier qu'il était censé être. Sous la présidence de Herbert Hoover, il fut traqué comme une bête. Le 5 juin 1931, il fut inculpé de vingt-deux chefs d'accusation d'évasion fiscale pour un montant de deux cents mille dollars. Risquant trente-quatre ans de prison, il négocia une peine de deux à cinq ans avec le procureur général en échange du plaider coupable. C'était compter sans l'inflexibilité du juge qui refusa tout passe-droit. Le 17 octobre 1931, après neuf heures de délibérations, Al Capone fut déclaré coupable d'évasion fiscale et condamné à onze ans de prison, à cinquante mille dollars d'amende et à trente mille dollars de frais de cour. Emmené au pénitencier d'Atlanta, il fut ensuite transféré à Alcatraz avec les criminels les plus dangereux. Coupé du monde, il fut libéré en 1939 pour bonne conduite, il rejoignit sa propriété de Palm Island en Floride pour soigner sa syphilis et mourut le 25 janvier 1947 d'une crise cardiaque. Bandit sanguinaire et as du crime organisé, Al Capone reste une figure emblématique des gangsters de la prohibition. Inutile cependant de partir à la recherche d'un musée consacré uniquement à la mafia ou au plus grand gangster de tous les temps pendant votre séjour à Chicago : la ville tente toujours de tirer un trait sur ce passé tumultueux encore récent.

Pour en savoir plus sur Al Capone :

Filmographie : Les Incorruptibles de Brian de Palma avec Kevin Costner et Robert De Niro.

Biographies : Capone, the Man and the Era, Laurence Bergreen. The Life and World of Al Capone, John Kobler.

La crise de 1929 et la Grande Dépression

La prospérité économique qui semblait durable connaît une fin brutale en 1929. Le jeudi 29 octobre, des dizaines de millions de titres boursiers sont jetés sur le marché par des actionnaires affolés ; la baisse nourrit la baisse. A Detroit, l'industrie automobile alors en pleine croissance est frappée très lourdement. De 1929 à 1932, la production de voitures baisse de 75% ! Dans tout le pays, des millions de personnes se retrouvent sans travail, et la crise que l'on croyait passagère s'installe et se propage au-delà des océans. Dans le Midwest, la crise est d'autant plus forte que les terres agricoles ont été rudement touchées par le débordement du fleuve Mississippi en 1927 qui a dévasté les terres de la vallée. De plus, la grande sécheresse qui s'est abattue sur les grandes plaines, suivie de vents violents qui ont décapé la surface fertile de la terre, a jeté des dizaines de milliers d'agriculteurs sur les routes - ainsi que le raconte Steinbeck dans Les Raisins de la colère -, fuyant les terres mortes pour la Californie où peu d'entre eux trouveront du travail ou des terres libres de propriétaires.

L'époque est propice à l'apparition de gangsters restés célèbres encore aujourd'hui. Le plus connu fut sans aucun doute John Dillinger qui braqua au total 24 banques et 4 commissariats avant d'être abattu par la police en 1934. Très populaire auprès du lecteur de tabloïds de Chicago des années 1930, il est comparé par certains à un Robin des bois de son époque. Il n'en est pas moins Ennemi public N°1. Quelques mois avant sa mort, Dillinger s'était associé à un autre bandit célèbre, Baby Face Nelson connu pour ses braquages et sa gâchette aussi facile que rapide. Il fut abattu par la police après une longue cavale à la fin de l'année 1934.

Le New Deal de Roosevelt, en 1936, va peu à peu amorcer un redressement économique. Les mesures prises dans le cadre de cette réforme générale de l'interventionnisme d'Etat ont des effets très mitigés sur le plan économique, mais elles redonnent confiance au peuple américain. La Seconde Guerre mondiale viendra au secours de la récession économique : à la suite de la guerre, les Etats-Unis deviennent les créanciers du monde libre, et jouent le rôle de gendarme dans un monde en ébullition.

La crise industrielle des années 1970-1980

Après la Seconde Guerre mondiale, la région des Grands Lacs connaît un nouveau boom économique qui ressemble à celui des années 1920. Les industries tournent de nouveau à plein régime, jusqu'à ce qu'une nouvelle crise économique vienne toucher la région dans les années 1970. La crise pétrolière ainsi que les concurrences européenne, japonaise et celle des nouveaux pays industrialisés asiatiques freinent l'expansion économique des Grands Lacs.

Les industries nouvelles se développent, comme l'aéronautique, l'informatique, l'aérospatiale, les composants électroniques, l'industrie agroalimentaire et les biotechnologies. La zone industrielle appelée " Manufacturing Belt " devient la " Rust Belt ", zone " rouillée ", à l'abandon. Certaines régions sont encore dans cet état-là aujourd'hui, comme on peut le voir dans le nord de l'Indiana. Les industries de la région des Grands Lacs se déplacent vers le sud.

Le début du redressement de la région des Grands Lacs après la crise

Plus qu'une crise, les années 1970 ont amené un renouvellement économique. Les services font leur apparition, et le secteur du tourisme apporte une aide substantielle à l'économie de toute la région. Le Midwest, fidèle à ses origines de pionnier économique, reste toujours la région qui fournit 25 % de la production industrielle américaine. Cas particulier, la ville de Detroit tente encore tant bien que mal de se relever de cette crise, qui devient un des facteurs historiques ayant entrainé sa banqueroute en 2013.

Chicago aujourd’hui

Depuis le Chicago d'Al Capone, bien de l'eau a coulé sous les ponts de la ville (dans le mauvais sens d'ailleurs, puisque le cours de la rivière a été inversé en 1900).

Chicago est actuellement le troisième pôle économique américain et une place financière importante. Dans les années 1950, la " machine politique " se met en marche avec l'élection du maire démocrate Richard Joseph Daley. Par " machine politique ", il faut comprendre " instrumentalisation de l'électorat " et surtout le contrôle des votes et la corruption.

Le contrôle que Daley exerçait sur les organisations locales du parti démocrate de Chicago lui permettait de diriger le conseil municipal de la ville et ainsi de faire passer ses décisions. La devise du moment était " vote early and vote often ", autrement dit, " voter tôt et voter souvent ", devise utilisée ironiquement pour caractériser les méthodes de votes au sein du conseil municipal.

Pourtant, le maire Daley n'a jamais été mal vu par les habitants de Chicago, ses tactiques électorales étant considérées comme un moindre mal en comparaison du prestige national et international acquis par la ville pendant ses années de " règne ".

D'une main de fer, Daley va sauver Chicago de la crise économique qui touche la région des Grands Lacs dans les années 1970, en revitalisant le centre-ville - construction du Hancock Center en 1969, de la Sears Tower en 1974, de l'aéroport international de O'Hare, de l'université de l'Illinois - et en gardant le maximum de population à l'intérieur des limites de la ville.

Chicago élit par la suite sa première femme maire, Jane Byrne, puis son premier maire afro-américain, Harold Washington. En 1989, le fils de Richard Joseph Daley, Richard Michael Daley, est élu maire de la ville pour la première fois. Il sera réélu en 1991, 1995, 1999, 2003 et 2007. Son mandat court jusqu'en 2011. Ce fan des White Sox, une des équipes de baseball de la ville, est à l'origine de la candidature de Chicago pour les Jeux olympiques d'été de 2016. Si finalement le CIO a choisi Rio de Janeiro, Chicago bénéficie d'une très grande reconnaissance au niveau national comme international et, aux Etats-Unis, on la considère comme la dernière grande cité américaine. Barack Obama, investi dans la ville de Chicago depuis ses débuts et sénateur démocrate de l'Illinois de 2005 à 2008, est élu président des Etats-Unis le 4 novembre 2008 et est réélu en 2011 pour une période de 5 ans. Le 22 février 2011, Rahm Emmanuel, natif de Chicago et démocrate proche de Barack Obama, remporte les élections municipales avec 55 % des voix et est investi de ses fonctions de maire de Chicago le 16 mai 2011. Après un mandat de quatre ans, il est réélu le 7 avril 2015. Hillary Clinton, elle aussi native de Chicago et ayant servi sous la présidence de Barack Obama en tant que ministre des Affaires étrangères, se porte candidate en tant que membre du Parti démocrate aux élections présidentielles de 2016, qu'elle perdra face à Donald Trump.

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