" La route du marbre El Kala et Annaba, la route des mines de Tamera et de Sedjenane et le royaume du corail. "

En venant de Tunis par l'autoroute de Béja, c'est l'oeil ébloui par les champs de tournesols et la narine titillée par les effluves d'eucalyptus et de pins que le visiteur entre doucement dans le royaume du Corail.

Sur le chemin, d'un petit signe de la main, les bambins du coin vous appellent pour vendre un petit pot de miel de fleurs sauvages et des sachets de pignons. On imagine déjà le goût d'un miel fort en bouche, les fleurs ici se font toutes petites sous la chaleur et libèrent beaucoup d'huiles essentielles pour se défendre. Buissons de myrtes aux fleurs blanches et lauriers roses colorient le paysage. Puis on avance vers Tabarka et des forêts de chênes-lièges peignent les montagnes d'une palette fraîche et verte, la vue du Djebel Khemir est superbe et la mer n'est plus si loin. Située à 175 km de Tunis et à quelques kilomètres de la frontière algéro-tunisienne, enclavée entre la mer Méditerranée et les montagnes, Tabarka est aujourd'hui un petit port de pêche, fameux pour ses langoustes.

L'histoire de la ville est riche, elle voit passer les civilisations phénicienne, romaine, arabe et turque. Au départ fondée par les Numides qui y établissent un comptoir, Thabraca devient une colonie romaine. Aux IIIe et IVe siècles, les Romains exportent les produits miniers, agricoles et forestiers de l'arrière-pays (Chemtou), liège, bois et marbre, mais aussi le commerce des fauves destinés aux jeux du cirque. La ville est un point stratégique et un port principal. Après avoir gagné Carthage, les Arabes dirigés par Hassan ibn Noôman viennent livrer ici en 702 la dernière bataille contre les Berbères dirigés par la reine Kahina. La reine au bord de l'agonie fait pratiquer la politique de la terre brûlée pour dissuader l'envahisseur de récupérer les terres : non seulement elle fait brûler les vergers et les récoltes, mais aussi détruire les châteaux. Certains Berbères furieux passent sous le commandement des Arabes, la reine est capturée, sa tête (décapitée) est ramenée au calife. Le nom de Tabarka d'origine berbère signifie " pays des bruyères ", ou Thabraca (le lieu ombragé) pour les Phéniciens.

Les habitants sont les Tabarkois ou Tabarquois en opposition avec les Tabarquins qui désignent les Génois présents jusqu'au XVIIIe siècle sur l'île de Tabarque (au large d'Alicante). En effet, après les invasions, la ville perd de son importance jusqu'au XVIe lorsque Charles Quint prend la ville. Le roi d'Espagne Carlos V, Khayr ad-Din Barberousse et Charles Quint concèdent en 1544 la gestion du négoce à une riche famille génoise, les Lomellini, que l'empereur veut remercier pour la capture du corsaire Dragut. Une branche de cette famille change alors son nom pour devenir " Lomellini de Tabarka ", ils emmènent avec eux des habitants de leur région pour tenter l'aventure, la pêche du corail et le commerce en général leur permet de prospérer. Les colons de l'époque vendent ici la livre à 4,50 lires et les Lomellini la revendent le double. En 1738, le déclin économique fait fuir la colonie qui émigre sur l'île de San Pietro près de la Sardaigne, où ils fondent la ville de Carloforte avec l'appui du roi Charles-Emmanuel III de Sardaigne. L'assaut lancé par le bey de Tunis Ali Pacha en 1742 déclenche la dispersion des Tabarquins, ce dernier veut mettre fin à la présence génoise et française. Mais en 1781, la France réussit à s'y installer, obtenant pour la Compagnie royale d'Afrique le privilège exclusif de la pêche au corail. Prospère, la ville se dote de magnifiques villas et de beaux édifices publics. A l'époque chrétienne, elle devient l'un des plus importants évêchés d'Afrique. De nombreux couvents, des basiliques et des chapelles sont érigés. Une sainte Maxime aurait été abbesse d'un de ces couvents.

En novembre 1942, les troupes françaises libres s'emparent de la ville et en font une base de défense, verrouillant l'accès à l'Algérie. En 1952, le dirigeant nationaliste et futur président Habib Bourguiba est exilé ici puis sur La Galite par les autorités coloniales françaises.

L'essor touristique de Tabarka remonte aux années 1970. A cette époque, est créé un festival de renommée internationale avec un slogan qui en dit long " Je ne veux pas bronzer idiot ". Nous sommes dans la période post Mai-68, les chemises à fleurs d'Antoine et les cheveux longs des hippies s'y donnent rendez-vous chaque été, un Katmandou méditerranéen en quelque sorte. On venait y apprendre la danse orientale, l'artisanat tel que la poterie et la mosaïque. Cette ville exprime le mieux la parenté des trois Afriques blanches que décrit très bien Michel Tournier (lauréat du Goncourt en 1970) dans un ouvrage intitulé Petites proses, l'espagnole (Maroc), la française (Algérie), et l'italienne (Tunisie). On retrouve cette parenté encore aujourd'hui dans l'architecture des maisons blanches et bleues aux toits de tuile rouge, les coutumes des autochtones et les traditions culinaires.

Bâti sur une colline, à l'entrée du port, le fort génois du XVIe siècle domine la ville et lui donne beaucoup de caractère. Les Aiguilles, des rochers monolithiques d'une vingtaine de mètres érodés par la mer, sont l'emblème de la ville, endroit de prédilection de beaucoup de Tunisiens qui lui vouent une affection toute particulière.

Tabarka et ses 20 000 habitants ont connu jusqu'en 2008 un développement touristique important. La construction de grands hôtels a fusé, défigurant chaque fois un peu plus le paysage de cette ville charmante. Mais depuis la révolution de 2011, bon nombre de ces infrastructures hôtelières ont mis la clé sous la porte, laissant derrière elles une zone touristique aux airs de ville fantôme. Pour ne rien arranger, l'aéroport local n'accueille plus de grandes lignes... Les professionnels du tourisme sont donc aujourd'hui plus que jamais dans l'expectative d'un regain d'intérêt touristique pour Tabarka et sa région. Parallèlement, on assiste au net développement des constructions particulières - souvent des Européens en quête d'un coin de paradis à moindre prix -, notamment sur la colline de Larmel, véritablement en friche.

Aujourd'hui, Tabarka demeure un lieu de séjour idéal pour la plongée (ses fonds marins sont réputés pour leur richesse, la pêche au mérou et à la langouste est pratiquée), la plage et des promenades à travers les monts de Kroumirie. La ville constitue le dernier rendez-vous avec la mer sur la côte occidentale. La frontière algérienne est à moins de 20 km, mais la grande ville la plus proche, Annaba, se trouve à 125 km. Cette proximité explique cependant le grand nombre de touristes algériens dans cette zone et heureusement pour l'économie touristique locale !

À noter, enfin, que deux barrages hydroélectriques, Zarga et Mouna, appartiennent à une société tunisienne.

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11.95 €
2018-03-28
456 pages
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