Guide du Kirghizistan : Arts et culture

<p>Musée du cinéma.</p>

Musée du cinéma.

Autant être honnête : le Kirghizistan brille plus par la beauté de ses montagnes que par l'architecture de ses villes et le nombre de ses monuments. Pour autant, il serait faux de parler d'un pays sans culture ni traditions, bien au contraire. Mais la culture nomade ne s'inscrit pas dans les paysages urbains et les musées : elle se vit aux rives des lacs d'altitude, dans les jailoo d'été, se découvre au détour d'une soirée musicale improvisée et offre mille occasions d'approcher l'artisanat local à sa source.

Artisanat

L'artisanat kirghiz est issu des traditions de la vie nomade et bien souvent teinté de décorations chamanistes, bien plus que musulmanes. Il est d'excellente qualité, à condition de savoir où se procurer les meilleurs produits...

Le feutre. La fabrication du feutre, ou kochma, est inscrite depuis des millénaires dans les habitudes de vie des nomades. Vêtements, chapeaux, toiles imperméables pour la yourte mais également tapis de décoration (shyrdaks) : il se décline dans de nombreux aspects de la vie quotidienne. Au Kirghizistan, les tons aux couleurs chaudes (jaune et rouge) dominent. Pour l'obtenir, la laine est ébouillantée puis battue avant d'être enroulée sur un long cylindre de bois. Depuis l'indépendance, la fabrication artisanale de feutre a repris du poil de la bête, et il n'est pas rare d'apercevoir, dans sa cour, une femme produisant son propre feutre pour en faire des habits ou un tapis. Profitez-en et tâchez d'assister au processus. Les Kirghiz sont en général très fiers de leur artisanat et ne rechigneront pas à vous en dévoiler les secrets !

Les shyrdaks. Ces tapis de feutre constituent la principale production artisanale kirghize. Non seulement vous en trouverez dans tous les magasins de souvenirs mais il vous sera également très facile d'assister à une démonstration des techniques de fabrication, soit au détour d'un chemin si vous avez la chance de rencontrer une femme se livrant à l'exercice, soit en vous adressant à un organisme touristique local qui saura vous orienter vers les meilleures adresses. Attention néanmoins car, avec l'essor du tourisme, les démonstrations de fabrication de shyrdaks, tout comme l'organisation sur commande de oulak-tartych, ne sont pas toujours à la hauteur des attentes. Et il vaut mieux, parfois, se laisser servir par la chance ou renoncer à voir une chose plutôt que d'assister à un exercice sans saveur pratiqué à la chaîne pour les touristes.

Que rapporter de son voyage ?

Les yourtes sont à elles seules de véritables objets d'art issus de la culture nomade. Bien sûr, on ne va pas vous conseiller d'en ramener une entière de votre voyage. Mais indépendamment des shyrdaks, d'autres pièces peuvent faire office de souvenir. Les bandes colorées utilisées comme des cordages pour maintenir en place l'armature et la couverture de la yourte sont en général savamment tissées et abondamment décorées. Une fois roulées, elles ne prennent que très peu de place.

Les habits brodés des femmes et les vêtements traditionnels nationaux (robes, pantalons, chapeaux, vestes) sont également très riches en décorations et bien souvent d'une robustesse sans égale ! Un caractère dû à la vie nomade et à la nécessité de porter des vêtements solides et durables. Raison pour laquelle, bien souvent, ils sont consolidés par des pièces de cuir. Le travail du cuir était effectivement très répandu chez les nomades. La fabrique de cuir aujourd'hui se limite aux utilisations personnelles des nomades, lorsqu'ils en ont les moyens, mais il reste quelques bonnes affaires à condition d'apprécier les décorations brodées d'origine chamaniste qui ornent toujours les pantalons de cuir des cavaliers.

Les instruments de musique : un komuz ou une flûte traditionnelle, petite et cylindrique, seront également typiques non seulement de la région mais également du pays.

Le kalpak, le chapeau blanc traditionnel des Kirghiz, évoquant la silhouette d'une montagne, se plie également très facilement.

Plus fragiles, les petites céramiques en terre cuite, répandues dans toute la région, forment toute une collection de personnages et de saynètes illustrant la vie quotidienne des nomades et constituant de parfaits souvenirs.

N'oubliez pas les éternels souvenirs si " décalés " en Occident de la période soviétique : verres à vodka à l'effigie de Lénine ou Staline, équipements militaires, montres, billets, étuis à cigarettes... abondent dans tous les magasins de souvenirs.

Cinéma
<p>Ernest Abdyjaparov, Réalisateur.</p>

Ernest Abdyjaparov, Réalisateur.

Difficile de parler de cinéma kirghiz, les studios de Bichkek n'ayant réalisé, jusque dans les années 1950, que quelques documentaires sous la direction des studios de cinéma de Tachkent, qui bénéficiait de plus de subventions de la part de Moscou. Le premier film kirghiz, Mon erreur, est réalisé en 1957 par Ivan Kobyzev. Au début des années 1960, avec le " dégel " de l'ère Khrouchtchev, une génération de jeunes talents comme Okeev (réalisateur), Chamchiev (acteur et réalisateur), Ouboukeev (réalisateur) participent chacun dans leur style à la réalisation d'un grand nombre de films qui donnent du cinéma kirghiz une image nouvelle, dynamique et inattendue. Le " Miracle kirghiz ", comme fut surnommé le mouvement initié par ces trois fondateurs, s'éteindra dans les années 1980, avec le retour d'un régime brejnevien plus féroce. Ils ont néanmoins influencé nombre d'autres réalisateurs kirghiz qui contribuèrent à faire connaître, à travers de nombreuses fictions, le cinéma kirghiz dans le monde. Trois de ces films sont des adaptations de romans du grand écrivain kirghiz Tchingiz Aïtmatov : Le Col (1961, réalisé par Sakharov), Chaleur torride (1963, réalisé par Larissa Chepitko) et Le Premier Maître (1965, réalisé par Andreï Mikhalkov-Kontchalovski). Depuis l'indépendance, les studios kirghiz ont été laissés à l'abandon et seul un réalisateur, Aktan Abdukalikov, a réussi à faire parler de lui au travers de quelques réalisations comme Le Fils adoptif (1998) ou Maimil (2001, présenté au festival de Cannes).

Filmographie kirghize

Tolomouch Okeev (1935-2001)

Le Ciel de notre enfance (1967).

Incline-toi devant le feu (1972).

Le Féroce (1973).

La Pomme rouge (1975).

Oulan (1977).

L'Automne doré (1980).

Le Descendant du léopard des neiges (1984).

Les Mirages de l'amour (1986).

Melis Ouboukeev (1935-...)

La Rivière de montagne (1960).

Les Montagnes blanches ou Une traversée difficile (1964).

Un amour de province (1982).

Larissa Cheptiko (1938-1979)

Chaleur torride (1963).

Les Ailes (1966).

Le Pays de l'électricité (1967).

À trois heures du matin (1969).

Toi et moi (1971).

L'Ascension (1976).

Les Adieux à Matiora (1979). Au tout début du tournage de ce film, la réalisatrice meurt dans un accident de voiture avec plusieurs techniciens. Son mari, le réalisateur russe Elem Klimov, reprendra le tournage et terminera le film.

Bolotbek Chamchiev (1941-...)

Le Manastchi (1965).

Le Berger (1966).

Coup de feu au col de Karach (1968).

Les Coquelicots vermeils d'Issyk Koul (1972).

Un écho de l'amour (1974).

Le Bateau blanc (1975).

Parmi les gens (1977).

Les Cigognes précoces (1979).

La Fosse aux loups (1983).

Les Tireuses d'élite (1986).

L'Ascension du Fujiyama (1988).

Autres films et courts-métrages marquants

Les Ponts de Diouchene (réalisé par Degaltsev, 1969, court-métrage).

Jorgo (Abdykoulov, 1980, court-métrage).

Le Berger et le Brouillard (Youssoup-janova, 1991, court-métrage).

Le Pont du diable (Birnazarov, 1997, court-métrage).

Le Fils adoptif (Abdukalikov, 1997).

Le Voleur de lumière (Abdukalikov, 2010).

Centaure (Abdukalikov, prévu en 2017).

Littérature

Comme chez toutes les nations nomades, la culture écrite kirghize n'est pas très riche et le Manas est probablement, avec 1 million de vers (L'Illiade et L'Odyssée en comptent moins de 30 000), l'oeuvre littéraire la plus importante et la plus marquante d'avant le XXe siècle. La période soviétique ouvrira la voie aux auteurs kirghizes modernes, mais ceux-ci se comptent encore sur les doigts d'une main...

Les grands poèmes épiques. Les pays à tradition nomade possèdent tous un répertoire de poèmes épiques, transmis oralement. Ces poèmes maintes fois remaniés, souvent mis en musique, et enrichis par les longues improvisations du récitant, constituent un ciment culturel commun. Ils étaient également l'un des moyens d'éducation les plus efficaces à une époque où la majeure partie des populations d'Asie centrale était illettrée. Mythes et légendes, traditions et histoire, identité et sentiment national étaient véhiculés par ces poèmes remis à l'honneur depuis l'indépendance. Le plus célèbre d'entre eux est probablement le Manas, né au Kirghizistan aux environs de l'an 995. Treize versions de cette épopée dont on a enregistré plus de quatre millions de vers, étaient récitées par les manaschis, bardes spécialistes du genre. Le poème raconte les aventures de Manas, un grand guerrier considéré comme le symbole de la nation kirghize. D'autres récits plus mineurs sont également populaires au Kirghizistan : le Jayin-Bayis, le Kurmanbek et le Er Tabildi. Tous relatent les exploits de guerriers plus ou moins mythiques.

La littérature contemporaine. Elle est dominée par l'écrivain Tchinguiz Aïtmatov, décédé en 2008, dont les romans ont été traduits dans de nombreux pays. Son premier ouvrage, Djamila, a été traduit en français par Aragon en 1967. L'ensemble de son oeuvre permet de mieux cerner et comprendre les défis de la vie nomade, ses traditions et sa culture. Nombre de ses romans ont été adaptés au cinéma par les prestigieux réalisateurs kirghiz des années 1960. Un autre auteur contemporain, Kazat Akmatov, né en 1942, rencontre également un succès populaire mais son oeuvre n'a pas encore été traduite en français.

Ouvrages de Tchinguiz Aïtmatov traduits en français

Djamila, 1958, traduit chez Gallimard.

Il fut un blanc navire, 1970, traduit chez Globe.

Une journée plus longue qu'un siècle, 1983, traduit chez Globe

Le Léopard des neiges, 2008, traduit chez Le Temps des Cerises.

Médias locaux

Journaux. Les journaux ne sont pas très nombreux au Kirghizistan. Sous les présidences d'Akaev et Bakiev, la pression politique s'est faite de plus en plus forte sur les journalistes. Pour autant, à la 85e place du tableau, le Kirghizistan est de loin le mieux classé de toutes les ex-Républiques socialistes soviétiques d'Asie Centrale, et le seul où la situation s'améliore. Le Tadjikistan n'arrive que 150e, le Kazakhstan 160e, l'Ouzbékistan 166e et le Turkménistan 178e. Autant dire que même s'il n'y a pas grand-chose à lire, vous pourrez éprouver un certain vent de liberté par rapport aux pays voisins...

Radio et télévision. Les chaînes télévisées kirghizes sont gérées par le pouvoir. Il serait donc plus convenable de parler d'un outil de communication étatique, d'autant plus qu'aucune chaîne n'a les moyens financiers de produire ou réaliser seule des programmes. Ce sont donc surtout les chaînes russes qui font de l'audimat !

Musique

La musique d'Asie centrale est un mélange d'influences arabes, turques et, dans une moindre mesure au Kirghizistan, persanes. Kazakhstan et Kirghizistan ont donné naissance à des musiques liées au nomadisme, avec un répertoire dédié à la nature, chanté par des bardes itinérants qui diffusaient en même temps des chansons épiques liées à l'histoire et aux mythes locaux.

Les interprètes. Les chants de cour étaient traditionnellement interprétés par des poètes et compositeurs, qui livraient durant les fêtes les grands morceaux classiques mais également leurs propres créations. Ces poètes étaient appelés akin. Dans les cultures nomades, les chansons épiques et religieuses étaient souvent interprétées par des bardes chamanistes, que l'on appelait les bakshi. Ceux-ci ont progressivement été supplantés par les mollahs, devenus les véhicules de la tradition orale après l'introduction de l'islam dans la région.

Les instruments. Les instruments sont en grande partie similaires à ceux que l'on retrouve dans le monde arabe. Les instruments à cordes peuvent être classifiés en fonction du nombre de cordes et de la présence ou non d'archer. Au Kirghizistan, on joue surtout de la guitare à trois cordes (komuz) alors que la guitare à deux cordes domine dans les pays voisins. Il s'agit d'une sorte de luth taillé dans un unique bloc de bois, qui a la particularité d'avoir la corde la plus aiguë située au milieu, entre les deux autres. Le komuz se joue toujours assis. Le ghijak, lui, se joue avec un archer. On trouve également de nombreuses flûtes, droites ou traversières, souvent taillées dans des os. Les flûtes droites sont appelées sibizgi au Kirghizistan et sont les plus courantes. Un instrument de percussion vient également compléter les orchestres et est une résurgence des traditions chamanistes, tout comme la guimbarde, que l'on ne trouve que dans les pays nomades, Kazakhstan et Kirghizistan.

La musique contemporaine. Si la musique traditionnelle est restée très vivace en Asie centrale, vous ne l'entendrez néanmoins que lors de festivals ou de grandes fêtes familiales. Depuis l'indépendance, les jeunes se sont mis au goût du jour et écoutent beaucoup de musique techno ou rap venue de Turquie ou de Russie et, dans une moindre mesure, d'Occident. De nombreux artistes locaux ont construit leur succès en opérant un savant mélange de mélodies traditionnelles rythmées par des samples internationaux revus à la mode russe, créant un genre musical tout particulier commun à l'ensemble des pays d'Asie centrale.

Adresses Futées du Kirghizistan

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