Guide du Mozambique : Histoire

Chronologie
Chronologie

200-300 > les premiers Bantous arrivent au Mozambique.

700-800 > début du commerce arabe sur les côtes de l'océan Indien.

1400 > avènement de l'empire du Monomotapa.

1450 > le roi Matope porte le royaume du Monomotapa à son apogée.

1489 > Pero de Cavilha est le premier Portugais à arriver sur la côte orientale en passant par l'intérieur des terres.

1498 > " découverte " du Mozambique par le navigateur portugais Vasco de Gama qui arrive à Inhambane le 10 janvier et à l'île du Mozambique le 4 mars.

1505 > une flotte de 20 navires portugais prend le port de Sofala.

1507 > les Portugais installent un dispensaire et une église sur l'île du Mozambique.

1524 > mort de Vasco de Gama.

1552 > construction du fort de l'île du Mozambique par les Portugais.

1607 et 1608 > tentative hollandaise d'invasion de l'île du Mozambique. Une partie de l'île est brûlée.

1609 > premier traité signé entre les Portugais et le Monomotapa. C'est le début de l'exploitation des mines d'or et de l'ère des " prazos ".

1645 > début du trafic d'esclaves entre le Mozambique et le Brésil.

1752 > l'île du Mozambique devient la capitale du pays.

1832 > le gouverneur de Lourenço Marques est assassiné par les Zoulous.

1857 > fin officielle du trafic d'esclaves (en réalité il faudra attendre 1878).

1835-1875 > offensives des Ngunis et forte résistance contre les Portugais.

1875 > la baie de Lourenço Marques est attribuée aux Portugais sur ordre du maréchal Mac Mahon.

1890-1891 > début des grandes compagnies commerciales à capitaux étrangers (création de la Compagnie du Mozambique, de la Compagnie de Zambézie et de la Compagnie du Niassa).

1895 > défaite de Ngungunhane.

1898 > l'île du Mozambique est détrônée par Lourenço Marques qui devient la capitale.

1902 > fin du règne du cinquante-deuxième et dernier roi du Monomotapa.

1906 > le Mozambique se dote d'une administration coloniale élaborée.

1928 > mise en oeuvre du code de travail des indigènes.

1932 > Salazar est nommé Premier ministre du gouvernement portugais.

1933 > proclamation de l'Estado Novo - Acte colonial.

1956 > début des actions systématiques de la police politique de Salazar qui poursuit tous les opposants du gouvernement au Mozambique.

1960 > révolte de Mueda.

1962 > premier congrès du Front de libération du Mozambique (Frelimo) à Dar es Salam sous la présidence d'Eduardo Mondlane.

1964 > début de la lutte armée de libération nationale.

1969 > assassinat de Mondlane.

1970 > Samora Machel succède à Mondlane.

1974 > " Révolution des oeillets " au Portugal. Accords de Lusaka. L'Etat portugais cède le pouvoir au Frelimo.

1975 > indépendance du Mozambique.

1976 > création de la Résistance nationale du Mozambique (Renamo), mouvement politique et militaire anti-Frelimo, présidé à partir de 1981 par Alfonso Dhlakama.

1979 > la Renamo engage des combats.

1984 > accords de Nkomati, adhésion du Mozambique à la Banque mondiale et au Fonds monétaire international (FMI).

1986 > Samora Machel meurt dans un accident d'avion, Joaquim Alberto Chissano lui succède.

1990 > début des négociations entre le gouvernement (Frelimo) et la Renamo.

1992 > signature des accords de paix à Rome.

1994 > premières élections présidentielles et législatives au suffrage universel sous le contrôle de l'Organisation des Nations unies (ONU), Joaquim Chissano est élu président de la République.

1995 > fin de la mission de l'ONU au Mozambique (ONUMOZ) ; le Mozambique devient membre du Commonwealth, alors qu'il n'a jamais été une colonie britannique.

1999 > élections présidentielles : Chissano est réélu président de la République.

2000 > février : de terribles inondations ravagent le pays, forçant des dizaines de milliers de personnes à s'enfuir en abandonnant leurs maisons. Novembre : plus de 40 personnes sont tuées lors d'une manifestation de la Renamo pour protester contre le résultat des élections présidentielles.

2001 > des inondations dans la vallée du Zambèze provoquent le déplacement de 70 000 personnes.

2002 > Armando Guebuza est choisi pour représenter le Frelimo aux élections présidentielles de 2004, Chissano ayant annoncé qu'il renonçait à briguer un troisième mandat.

2003 > élections locales auxquelles les partis d'opposition participent sans boycott majeur - une première dans le pays.

2004 > élections présidentielles en décembre : Armando Guebuza est élu avec un très faible taux de participation, ainsi que de nombreuses irrégularités avérées. Parallèlement, le Frelimo remporte avantageusement les élections législatives.

2006 > réforme monétaire au 1er juillet : 1 metical nouveau vaut 1 000 fois l'ancien. Un séisme de magnitude 7,5 sur l'échelle de Richter se produit à 530 km au nord de Maputo, près de la frontière avec le Zimbabwe. 2 morts sont à déplorer pour ce séisme dont les secousses ont créé un vent de panique à Maputo et qui ont été ressenties jusqu'à Durban.

2007 > le jeudi 22 février, le cyclone Favio, en provenance de Madagascar, frappe de plein fouet Vilankulos.

2007-2008 > les deux mois de janvier consécutifs enregistrent de très fortes inondations dans la vallée du Zambèze qui entraînent des déplacements de population de plus de 100 000 personnes. Les inondations de 2008 font 72 morts (notamment en raison des crocodiles qui profitent de la montée des eaux) et près de 1 300 personnes auraient contracté le choléra par la suite. On estime à plus de 100 millions de dollars les dégâts matériels occasionnés.

2008 > en mars, le cyclone Jokwe, en provenance de Madagascar, frappe le nord du pays, au niveau d'Ilha de Moçambique : 10 morts sont à déplorer.

Octobre 2009 > Armando Guebuza est réélu président avec 76,3 % des voix.

Septembre 2010 > 3 journées d'émeutes contre la vie chère (+25 % d'augmentation pour le pain, notamment). Bilan : 13 morts et de nombreux blessés. Parallèlement, le pays continue d'afficher un fort taux de croissance (7 %).

Septembre 2011 > le géant minier brésilien Vale exporte le premier chargement de charbon, depuis la mine de Moatize (Région de Tete). L'exploitation de ce gisement de 23 millions de tonnes semble redessiner bien des contours de l'économie mozambicaine.

2011 > le secteur touristique a rapporté 231 millions de dollars au Mozambique en 2011, ce qui représente une croissance de 27,1 % par rapport à l'année précédente, selon la télévision d'Etat TVM.

Juillet 2012 > le Portugal et le Mozambique signent un accord de coopération militaire à l'occasion de la visite du ministre portugais de la Défense José Pedro Aguiar Branco au Mozambique.

Novembre 2013 > la tension monte entre les rebelles de la Renamo et l'armée, ils dénoncent l'accord de paix signé en 1992.

4 avril 2013 > début de violences entre la Renamo et les forces de l'ordre dans la province centrale de Sofala.

5 septembre 2014 > le président Guebuza et Afonso Dhlakama signent un accord de paix qui met fin aux affrontements armés (plusieurs dizaines de morts) et ouvre la voie aux élections législatives et présidentielle du 15 octobre.

15 octobre 2014 > Filipe Nyusi, candidat du Frelimo, est élu président pour cinq ans avec 57,3 %. Le Frelimo obtient la majorité absolue au Parlement avec 144 députés. La Renamo a 89 sièges : son leader Afonso Dhlakama obtient 36,61 % des voix.

3 mars 2015 > le Franco-Mozambicain Gilles Cistac, expert en droit constitutionnel et professeur à l'université Mondlane, au coeur du débat controversé au sujet de l'autonomie des provinces porté par l'ancienne guérilla de la Renamo, est abattu à Maputo.

Des migrations successives

Lorsque les Bantous arrivèrent au Mozambique, ils trouvèrent des populations Hottentots (Khoi), éleveurs, et Bochimans (San dans la langue des Khoi), traditionnellement chasseurs. Ces premiers habitants ont laissé des peintures rupestres dans les provinces mozambicaines de Tete, de Niassa et de Manica mais aussi dans la plupart des pays voisins.

Être Bantou, c'est appartenir non pas à une ethnie mais à un groupe linguistique. C'est dire " bantou " quand on veut dire " les gens ".

Le linguiste allemand Bleek, au XIXe siècle, fut le premier à élaborer le concept, et recensa près de trois cents langues bantoues. Le berceau de l'aire bantoue serait le Sud du Sahara, où des populations se seraient regroupées lors de son assèchement progressif. De là, ces groupes auraient migré vers le sud avec leurs troupeaux pour s'établir du côté de l'équateur. C'est certainement vers 200 ou 300 apr. J.-C. que les premiers Bantous arrivent dans le sud-est de l'Afrique, mais, encore une fois, il est important de conserver à l'esprit que cette histoire est celle de migrations à l'échelle africaine.

Nous parlons du Gabon, du Congo, de l'Angola, de la Namibie, du Kenya, de l'Ouganda, de la Tanzanie, de la région des lacs (Victoria, Tanganyika), de la Zambie, du Zimbabwe, de l'Afrique du Sud - où ils parviennent vers le XIVe siècle -, et du Mozambique, finalement dans le même groupe que tous les pays du sud de l'équateur. Dans ses valises, la civilisation bantoue apporte le fer, qui constitue un avantage face à des Bochimans et des Hottentots armés d'arcs et de lances.

C'est aussi un élément important en matière d'agriculture et donc de démographie : le fer sert à l'agriculture à une échelle élargie.

Au cours du Ier millénaire, une première vague de migration atteint le Nord du Mozambique, entre le Rovuma et le Zambèze, puis une seconde occupe le centre et le Sud du pays. Une dernière continue plus au sud, vers le Swaziland, le Lesotho et l'Afrique du Sud. Il convient de tenir compte d'autres migrations, plus mercantiles cette fois : celles des Arabes, premiers commerçants à grande échelle de l'Afrique. Leur rôle majeur, le long de la côte de l'océan Indien, remonte certainement aux IXe et Xe siècles. Sofala, dont la naissance serait liée à leur commerce, existait déjà au Xe siècle et au XVe siècle. Lorsque Vasco de Gama débarque sur l'île du Mozambique, il trouve une terre musulmane, une terre dont les échanges sont dans les mains des Mahométans.

Le grand Zimbabwe et le Monomotapa

La civilisation du Grand Zimbabwe, reposant sur le trafic de l'or et de l'ivoire, a certainement vu le jour vers le XIe siècle ou le XIIe siècle. De ce grand Empire shona, on retient d'abord son nom, Zimbabwe, " la maison de pierre ", en raison des sites royaux ou religieux qui étaient construits en pierre, avec une grande muraille ceinturant une tour conique.

Ce n'est pas un hasard si un pays porte aujourd'hui ce nom, mais l'Empire shona, certainement centré sur l'actuel Zimbabwe, s'étendait nettement au-delà de ses limites contemporaines. Tantôt moins impressionnant qu'une ville d'Europe, tantôt à la pointe du progrès, sophistiqué, possédant un système d'égouts, le Grand Zimbabwe ne laissait pas indifférent. Il était décrit comme un endroit où il faisait bon vivre, prospère, et alimente encore les inspirations de moult consciences nostalgiques ou aventureuses.

En fait, à cause de la rareté des écrits, l'origine du Grand Zimbabwe est mal connue. A partir du XIVe siècle, ce royaume passe le relais à un autre, mieux décrit par les Portugais, et qui nous concerne d'autant plus qu'il occupe une grande partie du Mozambique : le Monomotapa.

Les Karangas sont un peuple shona, probablement issus d'une région entre l'actuelle Harare (Zimbabwe) et la province de Manica (Mozambique). NeMbire, chef karanga, entame la première partie du développement du futur empire, un développement économique, basé sur le commerce de l'or, du fer et du cuivre, assez similaire au Grand Zimbabwe. Guère modeste, NeMbire se fait désigner sous le nom de Monomotapa, c'est-à-dire " maître du royaume ".

Son fils, NeMbire II, agrandira le royaume, par une politique d'expansionnisme territorial impliquant alliances, trahisons et guerres. Aussi c'est finalement sur un royaume s'étendant de l'océan Indien aux frontières Ouest de l'actuel Zimbabwe, et de Vilankulos (Mozambique), que régnera Monomotapa II.

A partir de la mort de ce deuxième monarque, vers 1420, les événements historiques sont mieux connus. Un roi rozwi, dont le peuple a été bafoué par les visées expansionnistes de NeMbire II, chipe le trône revenant aux mains d'un descendant karanga. Il devient Monomotapa. Son fils, Matope, portera l'empire à son apogée durant la seconde moitié du XVe siècle. Les voyageurs portugais indiquent que ses limites atteignaient le Kalahari à l'ouest, l'océan à l'est, le Zambèze au nord, et le Limpopo au sud. Ils apportent aussi des témoignages sur l'organisation du royaume, dont voici quelques règles importantes, voire croustillantes :

" Le Monomotapa siège dans les palais de Grand Zimbabwe, il brise les systèmes de lignages locaux pour imposer ses proches, il est le lien sur terre avec un Dieu unique, c'est l'armée qui assure aussi le rôle de la police, certaines femmes ont un rôle de première importance dans les affaires, les femmes du Monomotapa défunt sont tuées à sa mort pour l'accompagner dans l'autre monde.

Le nouveau Monomotapa se doit de débuter son règne par une relation incestueuse avec une proche parente, il a aussi le devoir de représenter physiquement le bien-être du pays, et doit vérifier des critères esthétiques parfaits, ainsi qu'une santé sans défaut ". Dans le cas contraire, il avait le choix : soit il se suicidait, soit on le tuait. Ajoutons à tout cela une règle non écrite, mais qui a fait autorité pour la conquête du pouvoir : les prétendants à la descendance semblent avoir toujours dû s'entretuer pour devenir Monomotapa.

D'innombrables légendes évoquent le Monomotapa. De nombreux livres ont été écrits, notamment des récits de voyage : L'Empire du Monomotapa du XVe au XIXe siècle de Randles, A political history of Monomotapa, 1400-1902, de S. Mudenge, The Salomon Mines, de Hagarth, (roman).

Curieusement, malgré les querelles intestines liées aux problèmes de descendance, ainsi que les ambitions d'ethnies adverses et de chefs locaux, confronté à l'arrivée des Portugais et à une étendue géographique vaste, cet empire s'est néanmoins maintenu durant deux siècles (du XVe au XVIIe siècle).

En 1902, meurt le cinquante-deuxième et dernier Monomotapa. Jusqu'à cette date, le royaume évolue en se contractant territorialement, détenant une valeur bien plus locale que royale. Pourtant, il reste exceptionnel qu'un royaume ait pu se maintenir durant cinq siècles en Afrique.

Marave ou Malawi ?

Le premier nom fut donné par les Portugais, le second lui fut attribué par les Anglais. Plusieurs royaumes, issus du sud du lac Malawi, dominés par des chefs katongas, occupent les régions de Tete puis de Zambézie au début du XVIe siècle. Alors que le royaume Monomotapa tire son panache du commerce de l'or, ces royaumes de plus petite envergure s'attachent au trafic de l'ivoire, une matière de la plus haute valeur chez les Indiens, qui se trouve facilement dans la vallée du Zambèze, et de meilleure qualité que l'ivoire d'Inde. La lignée phirie, issue du clan katonga, administrait localement le royaume par une tactique de métissage. Mariages locaux, assimilation des cultures, puis introduction progressive de certains de leurs cultes des ancêtres, valurent aux Maraves (ou aux Malawis) une excellente réputation et facilitèrent leur essor commercial durant un siècle et demi. Vers le milieu du XVIIe siècle, le système de suprématie malawi (ou marave) périclita dans des conditions obscures.

Magie, poivre...

Les marchands du XIVe siècle sont les rois. Les affaires, c'est l'Asie, le poivre, les soies, l'or... L'Orient fascine l'Europe, mais les Ottomans et les Arabes veillent au grain. Ils tiennent à conserver leur autorité sur les routes du commerce avec l'Asie. Il reste la voie maritime. Arabes et Génois voient leurs calculs nautiques tomber de plus en plus juste, la boussole convainc les capitaines. Cependant, contourner l'Afrique n'est pas une mince affaire. De plus, de multiples peurs ressurgissent : les dragons, les serpents de mer, le brouillard qui fait disparaître, l'océan qui se coupe en deux, ou qui tombe, les esprits, les créatures non chrétiennes, bref, en un mot, l'hérésie. Le prince Henri le Navigateur (1394-1460) est audacieux, il vise l'Inde, par la mer. Il rassemble géographes, cartographes, aventuriers, commerçants autour de son palais, gère les projets avec sa fortune personnelle, élabore l'administration des futures découvertes. Parfois en saut de puce, parfois à pas de géant (des mers), les navigateurs portugais vont repousser les limites de l'oecoumène, le monde connu, ou au moins de l'oecoumène maritime. Le symbole de chaque nouvel avancement est le padro, une stèle de pierre dominée par une croix. Eannes, le premier, porte le padro au-delà du cap du Sahara occidental, puis le navigateur meurt. Le roi Jean II - qui reste dans sa résidence royale - prend le relais et entretient les motivations. En 1486, Diego Cao érige un padro en Namibie. Il disparaît. Bartolomeu Dias va plus loin. Il aperçoit l'actuel cap, et le baptise " cabo da boa esperanza " (cap de Bonne-Espérance). Le premier Européen à atteindre le Mozambique le fit par... la terre. Pendant que les marins jonchent de padroes la côte occidentale de l'Afrique, d'autres Portugais, au pied sûrement moins marin, parcourent les sentiers et les routes. C'est par une expédition fort coûteuse que Pero de Cavilha explorera l'Ethiopie, l'Inde, puis la côte Est de l'Afrique. Cavilha aurait certainement rejoint le Mozambique, et Sofala, vers la fin du XVe siècle.

En juillet 1497, Vasco de Gama quitte son Portugal, son roi Manuel Ier, avec un but clairement affiché : ouvrir la carreria da India, la route des Indes. Il suit d'abord les tracés balisés de padroes, bifurque, puis passe le cap de Bonne-Espérance. L'aventure commence alors. Longeant la pointe sud-est du continent le jour de Noël (1497), il l'appelle " Natal ", c'est-à-dire Noël en portugais. En janvier 1498, il accoste près d'Inhambane pour se réapprovisionner en eau, trouve les gens sympathiques, différents des Bochimans du cap, fait échange de bons procédés avec les chefs locaux, et baptise la région " terra de boa gente ". Après avoir remis les voiles, il accostera de nouveau, un peu plus au nord, à proximité de l'embouchure du Zambèze et de la ville de Quelimane, à cause d'une grave maladie à bord. Les morts sont enterrés, et l'expédition remet le cap vers le large, au nord. En mars 1498, Gama atteint son premier port important. L'île du Mozambique est alors déjà un centre de commerce important pour les Arabes. Le contact est pris avec le sultan du comptoir, musulman. On lorgne ce Portugais qui vient mettre son nez dans les affaires ; le ton monte. Des coups de canon sont tirés depuis les bateaux portugais sur l'île, puis le calme se rétablit et l'on négocie. Finalement, deux navigateurs arabes accompagneront Gama jusqu'aux Indes. Après un arrêt à Mombasa, la plaque tournante des échanges en Afrique occidentale, Vasco de Gama atteint l'Inde, à Calicut. Il signe un traité de libre-échange avec le sultan local, à la barbe des Arabes, fait le plein d'épices, reprend la longue route du retour, s'arrête de nouveau au Mozambique, à Sofala, perd son frère et deux de ses quatre navires, rentre au Portugal (août 1499), devient un héros, et vend une cargaison qui rapporte soixante fois plus que le coût de l'expédition !

Des échanges en or (à coups de canon)

Le commerce avec l'Inde est à peine ouvert que le roi Manuel Ier s'intéresse déjà à la Chine. Mais au-delà des volontés de découverte, la Couronne va concevoir quelques projets régionaux. Gama pourrait être passé un peu trop vite au Mozambique ; il y a moyen de rentabiliser bien plus les échanges. Le Mozambique est sur la route de l'Inde, mais représente aussi une des portes du commerce de l'or du Monomotapa et de l'ivoire des Maraves (ou Malawis) vers ce pays - justement, les Portugais y vont. Il s'avère utile de profiter du passage dans les parages pour exploiter une partie du trafic. Ce raisonnement suit une logique simple qu'un seul élément complique : la mainmise commerciale et parfois territoriale des Arabes. On l'a vu, les Arabes sont présents depuis longtemps dans la région, sur l'île du Mozambique, à Sofala qu'ils auraient fondée, ils possèdent aussi des comptoirs répartis le long de la côte, jusqu'à Mombasa, mais aussi plus à l'intérieur des terres, jusqu'à Tete. Les Portugais ont été jusque-là de piètres négociateurs. Une flotte de 20 navires prend le port de Sofala en 1505, son chef est décapité. L'île du Mozambique est conquise en 1507. On la dotera d'un dispensaire, d'une église, puis d'une forteresse (1552).

Une fois les ports aux mains de la couronne du Portugal, plusieurs négociants viennent chercher fortune, tentant de rentrer à l'intérieur des terres pour atteindre les mines d'or elles-mêmes. Le Monomotapa ne facilite pas les choses, les Portugais tentant par plusieurs moyens de contourner les autorités locales. Le trafic le plus important est toujours aux mains des Arabes, sa route ayant été détournée de Sofala vers la vallée du Zambèze, pour aboutir aux provinces plus au nord. Rebataille : il pleut des boulets de canons sur plusieurs ports. Cependant, la couronne portugaise n'est plus aussi forte, et a de la concurrence : les Anglais mais surtout les Hollandais se sont mêlés de commerce, et il faut de l'or pour les guerres. Par conséquent, les Portugais pactisent, négocient et acceptent les compromis avec les Arabes.

La lente implantation portugaise

Les commerçants et missionnaires qui s'aventurent au Monomotapa notent l'emplacement des mines, mais courbent l'échine et paient leur impôt au roi. Toute transaction est taxée par le roi en la personne du capitaine des portes. Quelles portes ? Celle des feiras commerciales du royaume, organisées par les Arabes, sous le joug du souverain. Une porte, une seule par foire, et son capitaine, proposé par les Portugais, choisi par le Monomotapa et le vice-roi de Goa (l'Inde portugaise). Le capitaine des portes perçoit pour le roi 5 % de toutes les transactions, plus un bakchich. Les feiras étaient alors des points de commerce fort prisés par les Portugais. On allait " faire la foire " en caravane, on comptait plusieurs centaines de personnes.

L'un des missionnaires portugais, un jésuite, réussit toutefois à capter la confiance d'un Monomotapa. Il s'agit de Gonçalo da Silveira, qui ira jusqu'à convertir le monarque. Negomo Mupunzagutu devient Sebastiao, sa soeur Dona Maria, des centaines de membres de la famille royale changent de nom et de religion. Une résistance religieuse s'organise : le jésuite est accusé d'espionnage (ce qui n'est certainement pas faux), et finit dans la gueule des crocodiles du Zambèze. Mais la viande digérée par les crocodiles n'était pas celle d'un quelconque jésuite mort pour la croix. C'était du missionnaire premier choix, d'une famille très puissante du clergé, friande de martyrs. Ce que l'or n'avait pas réussi à susciter, la foi allait le déclencher. En 1607, une expédition punitive - 650 arquebusiers - débarque dans la vallée du Zambèze. Elle n'humilie pas totalement le Monomotapa qui y survit, mais celui-ci perd une part de ses mines d'or dans l'aventure.

La cohabitation avec les autorités locales ne se passe pas très bien. Le Monomotapa suit la marche de ses affaires intérieures ; le Portugal suit celle du commerce, c'est-à-dire de l'or, tantôt en adoptant une stratégie favorable au Monomotapa, tantôt le contraire. Les commerçants affluent de Lisbonne afin de tirer profit de la manne aurifère. Lors d'un accès de faiblesse du royaume dans une autre affaire de succession, Lisbonne en profite pour servir ses intérêts, et le souverain porté sur le trône l'est en grande partie grâce au Portugal. En 1629, un deuxième traité fait perdre son rôle politique et économique au souverain. Le Monomotapa devient le sujet de Lisbonne ; les Portugais ont un droit sur la terre, sur l'or, et sur le fonctionnement du pays. Un gouverneur est nommé à la place du capitaine des portes. Il obtient le beau titre de " première épouse du Roi ", un titre non sexuel mais honorifique, celui traditionnellement porté par le membre le plus éminent du royaume du Monomotapa.

Le schéma économique était alors complet pour les Portugais : l'or du Mozambique était vendu en Inde. En échange, les cotonnades indiennes inondaient le Mozambique. Le schéma politique, lui, ne suivra pas. Une période cafouilleuse s'ensuit : la rébellion du prince évincé par les Portugais, la mort du Monomotapa, de nouveaux problèmes de succession, quelques tensions chez les Portugais, et la perte de vitesse de Lisbonne. Le nouveau Monomotapa a d'autant plus de facilités à évincer les Portugais des sphères du pouvoir que ces mêmes Portugais s'en retournent vers Lisbonne, les mines d'or ayant été exploitées de manière un peu trop gourmande. Les caisses du royaume sont vides, mais Mukombwe (1663-1704) réussit à asseoir son autorité sur une grande partie des provinces côtières. Les Portugais, sans succès, tentent de redresser la situation en faisant appel à Goa. A la mort de Mukombwe, malgré quelques petites guerres entre familles rivales prônant le titre de Monomotapa, les Portugais n'arriveront pas à se ressaisir. Les clans rivaux s'uniront face aux Portugais qui seront repoussés hors des provinces du Monomotapa.

Les commerçants venus de Lisbonne cherchent alors d'autres voies au sud et au nord du Monomotapa. D'un côté comme de l'autre, ils s'appuient sur les rivalités locales pour pénétrer les circuits commerciaux, et établir au fur et à mesure une tutelle politique. Dans le Sud, au milieu du XVIe siècle, Lourenço Marques mène son expédition. Il trouve de l'ivoire, des cornes de rhinocéros, des dents d'hippopotame - ces luxes rares et chers dont on raffole de l'autre côté de l'océan Indien - et envoie le tout vers Goa, via l'île du Mozambique. Au Nord du Zambèze, le Malawi, riche en ivoire, est la cible de plusieurs expéditions. Il faut toutefois réussir à transporter la marchandise jusqu'à la mer, et le royaume malawite se trouve en plein milieu des terres. Les Portugais s'en prennent aux ports arabes, provoquent des tensions, prennent parti, rien que du déjà-vu, mais une fois encore le stratagème marche. Se basant sur le royaume lundu, ils arrivent à contrôler une route, puis un port à hauteur de l'île du Mozambique.

De l'or au contrôle de la terre : les prazos

Le XVIIe siècle annonce le changement pour les Malawites. C'est un siècle de malheur, marqué par la fragmentation du pouvoir et la concurrence économique. La puissance malawite s'effondre. Le Monomotapa est confronté à l'instabilité. Les pouvoirs locaux se développent face à un royaume devenu faible. Des systèmes de chefferie s'installent. Les Portugais en profitent pour s'installer sur les bords du Zambèze. La couronne portugaise négocie en 1609 un traité avec le Monomotapa, qui lui octroie de la terre en échange d'une aide militaire. Ces terres, les Prazos, seront plus nombreuses encore après un deuxième traité signé en 1629. La débandade guette. Ainsi, les Portugais deviendront colons - enfin, surtout les citoyens reconnaissant l'autorité portugaise, car, dans ce lot, il y a aussi une foultitude d'Indiens de Goa et de métisses. Tout ce petit monde loue la terre au vice-roi de Goa pour trois générations, il s'accommode plus ou moins bien avec les chefs locaux, les Mambos, à qui ils paient des impôts. En somme, ils deviennent des exploitants agricoles. Sur ces terres travaillent des paysans africains libres, et une milice d'esclaves assurent la sécurité.

Sur ces terres vivent les Prazeiros, qui au fil des années et des générations, deviendront une classe à part. Les femmes portugaises faisant défaut, ils se marient avec des Africaines. Ils mangent du manioc, suivent les cultes religieux locaux, chassent l'éléphant. Ils sont quasiment absorbés par la culture, car l'argenterie et les vins du Portugal trônent souvent et à grands frais sur leur table. En parallèle, d'autres Portugais, les senhores de guerra, ou senhores, suivent la même voie sur de larges étendues agricoles, mais sans légitimité légale de la couronne portugaise, s'accordant localement avec les Mambos. Quant aux pères évangélisateurs, autres aventuriers, ils investissent dans la foi et le trafic d'esclave, la conversion et l'ivoire, la croix et l'or.

D'un côté, tout cela pourrait ressembler à une colonisation agraire de la part du Portugal. Cependant, les Prazos ont une parfaite autonomie vis-à-vis de la Couronne. Au fil des générations, l'identité portugaise n'est pas toujours une valeur acquise. Certaines exploitations deviennent de véritables Etats, occupant parfois des territoires sur lesquels vivent des centaines, et même des milliers de villages. Sur le plan agricole, les cultures sont destinées à l'autosuffisance du Prazo, et non à l'exportation. Militairement les Prazos sont totalement autonomes, les Portugais n'ayant qu'une présence légère dans les forts des villes (Quelimane, Tete, Sofala, Sena et l'île du Mozambique), et rechignent à intervenir dans les affaires entre Prazos. Certains esclaves armés ont d'ailleurs fondé leur propre Prazo, la république militaire de Maganja da Costa. Finalement, il semble que les relations conflictuelles d'autorité des Prazeiros aient surtout été locales, entre Prazeiros, ou liées à des divergences avec les Mambos.

Boom économique : l'esclavage

Dans leur période d'explorations mercantiles encouragées par Henri le Navigateur, il arrivait aux Portugais, à l'occasion, de ramener quelques esclaves, simples marionnettes exotiques destinées à être exhibées à la cour. Le commerce d'êtres humains s'amplifiait timidement et, pour peu que les affaires aient été directement traitées avec les souverains locaux, ne posait pas de problème éthique, la pratique faisant partie de la vie quotidienne. Les uns se débarrassaient de vassaux encombrants, tandis que les autres acquéraient une main-d'oeuvre bon marché contre des chevaux et des étoffes.

Les Portugais, les Hollandais, les Français et les Anglais rivalisaient essentiellement dans le commerce de l'or, de l'ivoire et de la gomme. La conquête du Nouveau Monde par les Espagnols puis par les Portugais détourne les intérêts internationaux vers la main-d'oeuvre servile. La traite sera développée par les Portugais à partir de l'Angola vers le Brésil. Les plantations et les minerais du continent américain avaient une main-d'oeuvre indienne insuffisante. Elle était affaiblie par les guerres, ravagée par les maladies nouvelles débarquées d'Europe. En 1645, les Hollandais occupent l'Angola et les besoins en main-d'oeuvre s'orientent vers le Mozambique. Au besoin démographique des Amériques portugaises viennent s'ajouter ceux d'autres nations colonisatrices : le manque de bras aux Caraïbes, en Amérique du Nord, influe sur les cours des esclaves. Localement, c'est surtout les Mascareignes et les plantations de sucre de la Réunion qui ont besoin de main-d'oeuvre. La traite devient une valeur d'échange économique.

Les Prazos se sont considérablement enrichis en participant en amont au commerce d'esclaves. Ils ont joué un rôle de rabatteurs, envoyant des expéditions à l'intérieur des terres ayant mission de chercher les futurs esclaves. Mais ce ne sont pas les seuls ; les guerres et leurs lots de prisonniers ont favorisé les combines. Chacun a su tirer profit de la manne, des commerçants arabes aux chefs africains. La palme des recettes revient, bien entendu, aux compagnies négrières. Les bonnes années, chargeant 500 personnes par bateau, avec parfois près de 60 % de pertes, c'est au total une dizaine de milliers de personnes par an qui prenaient le cap vers le Brésil, et presque 7000 vers la Réunion. Les saignées démographiques ont surtout été faites dans les régions de Nampula et de Cabo Delgado, le trafic s'organisant dans la vallée du Zambèze et le long de la côte. La ville de Quelimane et les îles ont joué un rôle déterminant, d'abord celle du Mozambique, puis Ibo pour les départs vers les Mascareignes.

La flambée de ce commerce, qui finira par poser des problèmes de conscience après cinq siècles d'exploitation, aura transporté au total et au bas mot 10 millions d'Africains vers le Nouveau Monde (le chiffre pourrait être facilement doublé en intégrant les " pertes ").

Le Portugal, sous les pressions anglaises, s'engage à réduire sa traite dès 1810, et signe un décret final en 1836. Les colons mozambicains font pression et le gouverneur annule l'interdiction. Le suivant tente de combattre l'esclavage, mais rentre en Europe peu après son entrée en fonction. C'est en 1857 que le trafic d'esclaves est officiellement éradiqué. Dans les faits, les Arabes, les Indiens et les Réunionnais trouvent plusieurs moyens de " s'arranger ". On dissémine les départs le long de la côte, à la Réunion, on crée le statut de " travailleur engagé ". Finalement, le trafic déguisé se prolongera jusqu'en 1859.

Eradiquer l'esclavage n'est pas une mince affaire ! Dans les grandes exploitations, c'est graduellement, de 1858 à 1878, que l'esclavage disparaîtra.

En 1857, bien après l'arrêt officiel de la traite proclamé par Lisbonne (1848), un navire en direction de l'île Bourbon se fait arrêter par la capitainerie du port, avec dans ses cales une centaine de " travailleurs engagés ". Paris crie au scandale, personne n'est dupe, mais diplomatie avant tout, les autorités portuaires finissent par laisser filer le navire, non sans avoir payé réparation à la compagnie possédant le bateau.

Plus tard, c'est un trafic en deux temps qui s'installe. Les esclaves sont d'abord envoyés à Madagascar, puis redirigés vers l'île Bourbon. Pas tous, cependant, car une bonne partie des esclaves sont directement mis à contribution à Madagascar, alors française. En 1887, le recrutement français est officiellement autorisé en certains points du Mozambique pour trois ans. Les esclaves de la Réunion, contrairement à ceux de Madagascar, ont tendance à rentrer. (Les afro-réunionnais viennent quasiment tous du Mozambique).

Querelles entre Européens sur le Mozambique

La conférence de Berlin (novembre 1884 - février 1885) est un peu le Yalta des nations colonisatrices : elle décide du sort de l'Afrique. Chaque nation y expose son credo : les Portugais imaginent une Afrique lusophone, de d'Angola au Mozambique, tout autour des deux rives du Zambèze ; les Anglais croient en une Afrique anglaise, du Cap au Caire.

Les Allemands voient " leur " Afrique, de la Tanzanie à la Namibie... Seulement, la réalité est quand même différente et le Mozambique entre dans ces différences. A Berlin, les Anglais visent la région de Niassa (proche du lac Malawi).

Elle permettrait un accès précieux à la mer pour écouler les marchandises. Les Portugais n'y auraient pas de colons, contrairement aux Anglais. Pourquoi Niassa serait-elle donc sous contrôle de Lisbonne ? Les Portugais contestent cette version, claironnant que des colons portugais ont acquis une tutelle, qu'une mission y a été implantée, et que des Pères Blancs y vivent !

Un an plus tard, les Allemands négocient leurs frontières avec l'Afrique portugaise (Mozambique-Tanzanie, Angola-Namibie), ce qui confère à Lisbonne la légitimité territoriale sur les deux rives du Zambèze (Zambie, Zimbabwe, Malawi, partie de Namibie, Botswana, Tanzanie).

Les Portugais auraient-ils gagné ? Les Anglais protestent, invoquant une fois de plus que toute la zone n'est pas sous occupation effective du Portugal - une grande partie de ces territoires demeure totalement inexplorée par les Européens.

Lisbonne tente de monter des expéditions, tant en Angola en 1877 (partiellement exploré), qu'au Mozambique en 1884. Leur but est clair : relier les deux pays. Mais les explorateurs tombent malades ou échouent, et l'entreprise se solde par un échec.

A ce moment de l'histoire, la couronne portugaise occupe un vaste territoire difficile à contrôler. La colonisation est loin d'être développée, et l'armée n'est pas suffisamment forte et nombreuse pour tenir le pays. En outre, pour les Etats voisins, certaines régions représentent des possibilités d'ouverture vers la mer, faisant naître des visées territoriales.

En 1889, le Portugal se lance dans une série d'offensives militaires ; d'abord pour soumettre la région de Niassa en partie insurgée et sous allégeance britannique, mais aussi pour légitimer une occupation sur les plateaux shonas.

Le ton monte. Les Anglais lancent un ultimatum : si les Portugais ne se retirent pas, la flotte anglaise de Zanzibar mettra le cap vers le Mozambique. On négocie...

On se partage le Mozambique et la Rhodésie. Les Portugais s'engagent à ouvrir des accès vers la mer de deux manières : libéraliser la navigation en aval du Zambèze, et construire un chemin de fer entre Beira et la Rhodésie. Une bande de terre est tout de même octroyée au Portugal entre l'Angola et le Mozambique, sur la rive Nord du Zambèze.

Un an plus tard, le parlement de Lisbonne se sent lésé, et veut renégocier. On se fâche encore, on croise le fer du côté du plateau shona, puis on négocie. Le Portugal gagne plus de territoire qu'il n'en perd. Une partie du Zimbabwe est perdue, mais la région de Tete s'élargit considérablement. L'honneur est sauf, mais le rêve d'unir l'Angola au Mozambique s'évapore.

Le temps des grandes compagnies

Négligeant les visions expansionnistes, les Portugais se replieront considérablement sur le reste de leur colonie, pour sauver ce qui peut encore l'être. En Europe et aux Amériques, l'économie portugaise bat de l'aile. De plus, la Couronne a perdu le Brésil. Au Mozambique, l'administration et le commerce échappent souvent aux mains des Portugais, au profit des banques et grandes compagnies anglaises. La question de l'utilité du Mozambique se pose : le territoire ne devrait-il pas plutôt être sacrifié (vendu) pour mieux assurer le développement de l'Angola ?

En 1894, Antonio Enes rédige un rapport volumineux où il propose une voie de développement du Mozambique : le recours aux capitaux étrangers, et donc la cession de droits sur le commerce ou la terre pour compenser les frais de fonctionnement de l'administration. Enes prévoit également une mobilisation à grande échelle de la main-d'oeuvre mozambicaine. La colonie ne devra pas coûter un franc à Lisbonne. Désormais l'administration de la colonie s'exercera en une forme de sous-traitance étrangère. Le Portugal veut retrouver le prestige perdu lors de l'ultimatum de 1890.

Ainsi naît dans les années 1890 le concept de " compagnies majestatiques ", à capitaux étrangers, qui pour cinquante ans et sur de vastes territoires ont le monopole du commerce, perçoivent l'impôt, assurent l'ordre, et frappent leur propre monnaie. C'est le principe des grandes compagnies coloniales, exception faite des capitaux étrangers. La Compagnie du Mozambique obtient la région de Sofala (plus grande que le Portugal), son principal actionnaire est français. La Compagnie du Nyassa, à capitaux britanniques, a tout le Nord du pays (le quart de la superficie du Mozambique). La Compagnie de Zambézie administre les territoires de Tete et de Quelimane, et fonctionne avec des actionnaires portugais, allemands, français et britanniques. C'est finalement la moitié du territoire mozambicain qui est sous-traité.

Le système économique prend un nouvel essor. A partir de l'arrivée au pouvoir du gouverneur Albuquerque, les taxes et droits de douanes augmentent considérablement et les deux voies de chemin de fer sont terminées (Beira-Rhodésie et Lourenço Marques-Transvaal), ce qui conduit à un transit important de marchandises. La capitale est transférée de l'île du Mozambique - déchue par la fin de la traite - à Lourenço Marques, dont la région prend un fort essor avec le chemin de fer et que l'administration ne veut pas totalement laisser sous influence sud-africaine.

Humainement, le résultat est loin d'être à la hauteur. Les compagnies majestatiques s'occupent surtout de faire fructifier leur gain, et exercent le contrôle militaire. Toute la partie administrative est quasi inexistante, au même titre que le dévelop-pement d'une colonie qui n'est pas la leur. Non seulement les majestatiques auront beaucoup de mal à assurer leur tutelle militaire, mais les conditions d'administration, et avant tout les impôts directs et les corvées (travaux forcés), vont provoquer un certain nombre de rébellions.

D'autres problèmes subsistent, et non des moindres puisque l'administration coloniale fait venir deux mille hommes d'Europe pour " pacifier ", c'est-à-dire anéantir, le royaume Nughungane dans le Sud. Ce n'est qu'en 1906 que le Mozambique se dotera d'une administration coloniale élaborée.

Le Mozambique face aux conflits du XXe siècle

Au début du XXe siècle, il n'y a pas qu'en Europe où l'Allemagne affiche ses intentions territoriales. En 1916, l'actuelle Namibie tente d'intervenir en Angola, ce qui lance le Portugal dans la première déchirure du siècle. Au Mozambique, l'ennemi est au nord (l'actuelle Tanzanie), et un certain nombre de tentatives " préventives " essaient de faire des percées dans ses rangs. Elles se solderont par des échecs. Quand les Allemands lancent une offensive lourde sur le Mozambique, les Portugais et les cipayes (Africains de l'armée coloniale) reculent.

Pour couronner le tout, les Allemands se présentent comme des libérateurs, promettent l'arrêt des impôts et des corvées pour la fin de la guerre, et gagnent le soutien des populations locales. Aux portes de Quelimane, l'armée allemande ne connaîtra la déroute militaire qu'in extremis, en raison des défaites de l'intervention des King's African Rifles (KAR) anglais.

Le Mozambique ne gagnera rien territorialement au cours de la guerre. Les enrôlements pour la guerre du Nord provoqueront une dernière rébellion des descendants du Monomotapa, que l'armée coloniale finira par décimer en 1917.

En 1926, le Portugal fait sa révolution. En 1928, António de Oliveira Salazar, un professeur d'économie, entre au gouvernement. L'homme devient Premier ministre en 1932, un poste qu'il occupera jusqu'en 1968. Les idées fascistes de l'époque, la notion d'Etat fort (une constante) et les justifications historiques imprègnent en partie l'inspiration politique de l'homme. Le premier but de Salazar est l'autonomie, pour le Portugal et ses colonies, et avant tout la prépondérance économique. Pour le Mozambique, cela se résume à récupérer les territoires encore entre les mains des grandes compagnies de commerce. Un autre des thèmes forts du régime de Salazar est la propagande. Dans le même temps, le régime use systématiquement de la censure et se repose sur l'autorité morale de la religion catholique.

Le système salazariste est centré sur le Portugal. Les colonies sont là pour apporter des carats à la métropole. L'ensemble repose sur trois piliers : armée, bureaucratie, et grandes compagnies. Dans ce schéma, le Mozambique joue son rôle du fait que le pays pourrait être un important centre de transit de monnaie lourde des pays l'utilisant comme important accès à la mer. En plus, le pays est une importante source de main-d'oeuvre bon marché et pourrait servir à écouler la production - et la connaissance portugaise - dans l'industrie. L'échange ne se fait pas à sens unique.

Preuve en est le bilan économique en 1975 : le Mozambique se retrouve avec une structure administrative unifiée, un large panel d'industries, et un fort potentiel d'exportations, ce qui en fait un pays pas si mal loti pour aborder l'après-colonisation. Et l'option des contacts avec les pays frontaliers aura finalement rendu le Mozambique indépendant économiquement bien avant 1975 (date de l'indépendance politique).

Salazar arrive au pouvoir à un moment où le gouvernement colonial cherche à redresser la barre. Il produit son Acte colonial en 1930, puis en 1933 une nouvelle constitution portugaise avec des spécificités pour chaque colonie. Cette dernière décourage toutes les grandes concessions étrangères, relie directement chaque colonie au Portugal, instaure les mêmes lois pour tous, même si le statut d'indigène demeure, et érige l'Eglise chrétienne comme religion officielle.

Visant à stabiliser l'escudo portugais, le Portugal développe une économie de proximité avec le Mozambique. Une autre priorité coloniale du gouvernement est d'ouvrir la porte des colonies à des Portugais instruits. Entreprendre de grands travaux nécessitant une réelle formation aboutira à la construction de barrages un peu partout dans le pays, un domaine devenu une spécialité portugaise et espagnole (Limpopo dans les années 1930, Incomati, Revubwe, Cahora Bassa dans les années 1960). Dans les couches sociales paysannes, une propagande est distillée pour tenter des rapprochements entre Blancs et Noirs dans le travail et l'exploitation des terres.

Le deuxième affrontement planétaire du siècle sera une aubaine économique pour Salazar, qui choisit de rester neutre (autant le Portugal que les colonies). C'est donc dans un climat opportun et même de relative prospérité que le Mozambique vit la Seconde Guerre mondiale. Dans le domaine de l'industrie, le Mozambique est devenu producteur de ciment, de briques, de câbles électriques, de caoutchouc, mais aussi de radios et de bicyclettes, et a connu un boom important dans les secteurs du bâtiment et miniers. L'après-guerre est une période d'adoucissement relatif. En 1949, le Portugal abandonne certains principes fascistes, tend vers un régime de démocratie libérale, et adhère à l'OTAN en 1949. Dans les années 1950 on ne dit plus " colonie " mais province d'outre-mer. En 1954, la notion d'indigène disparaît. En 1961, tous les habitants sont considérés comme des " citoyens ".

Une guerre d'indépendance venue du dehors

Avant les années 1960, le Portugal est épargné par les revendications nationalistes africaines. Le seul problème surgit en Inde où des émeutes nationalistes apparaissent à Goa en 1956. Mais les liens avec l'Afrique sont bien plus serrés, et l'Angola, le Cap-Vert et le Mozambique sont des parties intégrantes de la mère patrie. Voilà pour la version officielle, car dans la réalité, dès les années 1950, le Portugal prend ses dispositions " au cas où ". La police politique (la PIDE) du régime salazariste s'installe en 1956, et liste systématiquement les personnes hostiles au régime. En 1961, une rébellion surprend tout le monde en Angola. On s'attend un peu à la même chose au Mozambique, mais rien ne se passe. La PIDE est diaboliquement efficace et associée à l'Etat bureaucratique centralisé. Il reste peu d'espace aux regroupements ou à la cohérence des groupuscules clandestins.

Au Mozambique, le danger est venu de l'étranger notamment, une certaine élite noire s'est formée en dehors du pays. Le jeune Eduardo Mondlane, déjà impliqué dans des mouvements radicaux à Maputo, avait obtenu l'autorisation d'aller étudier au Portugal.

Le 16 juin 1960 à Mueda, une révolte paysanne, réprimée dans le sang par les tirs de l'armée, marque les esprits. Trois mouvements de la Rhodésie, du Malawi, et de Kenya-Tanzanie finissent par se regrouper à Dar es Salam en juin 1962 pour former le Front de libération du Mozambique (Frelimo). A sa tête se trouve Mondlane, marié à une Américaine, membre des Nations unies. La guerre commence le 25 septembre 1964 par l'attaque de la base portugaise de Chai (au Nord du pays) et par un appel aux armes lancé dans tout le pays.

La guerre et ses phases

La première réaction de la PIDE est l'arrestation en décembre de plus de 1 500 activistes du Frelimo dans la région de Maputo, réduisant à néant les bases du mouvement dans le Sud. Dans le reste du pays, les choses ne sont pas au beau fixe. C'est là que le Frelimo marque ses points : toute la région Makondé de l'extrême nord est entièrement proclamée " territoire libéré ", avec des bases arrière en Tanzanie. Le soutien de la population Makondé, marquée par le massacre de juin 1960, y est pour beaucoup. Cependant les leaders Makondé montrent peu d'intérêt pour la révolution sociale. Dans la zone de Cabo Delgado, sous contrôle portugais, la PIDE réorganise géographiquement la répartition de 250 000 personnes pour mieux garder le contrôle de la situation. Le Frelimo tente de temporiser l'influence Makondé en organisant le deuxième congrès du parti, non en Tanzanie mais à l'intérieur du Mozambique. C'est un succès pour Mondlane, qui réussit à imposer une lutte de classe. En se positionnant clairement du côté socialiste, il ouvre la voie vers des alliances avec d'autres mouvements du même ordre à l'étranger. Nkavandane, principal dirigeant de la région Nord, et opposant à Mondlane, boycotte le congrès, puis quitte le Frelimo. On l'accusera d'avoir organisé l'assassinat de Mondlane en février 1969.

En mai 1970, Samora Machel (qui sera le premier Président du Mozambique indépendant entre 1975 et 1986) succède à Mondlane. A partir de 1965, la guerre - côté Frelimo - est surtout constituée par des embuscades et des poses de mines. En même temps, le Frelimo développe une propagande habile, comme l'exhibition médiatique de villages communautaires mozambicains (en réalité filmés en Tanzanie).

De son côté, la PIDE ne s'aventure pas trop - non plus - dans des confrontations directes. Sa technique, politique avant tout, est d'infiltrer le Frelimo et de jouer sur les conflits ethniques et idéologiques pour encourager la défection des leaders. Les Portugais ont aussi des systèmes de séduction à destination du peuple du Mozambique : la différenciation entre " indigènes " et " non indigènes " devient interdite, les travaux obligatoires et la culture forcée du coton stoppent en 1962. A partir de 1965, les investissements augmentent dans les secteurs de l'éducation, de la santé et de la religion. Une guerre médiatique voit le jour.

Dans les années 1960, l'administration portugaise lance le chantier du barrage de Cahora Bassa, le cinquième du monde. Prévu pour compléter les effets du barrage déjà commencé à Kariba (Zimbabwe) et contrôler les caprices du Zambèze, le projet s'inscrit dans la lignée du gouvernement de Salazar, et vise à développer industriellement l'une des régions d'Afrique les plus reculées. En même temps, l'immense lac qui sera formé par le barrage frappera les bases du Frelimo disséminées en amont du fleuve. Les nationalistes, eux, s'opposent fermement à cette entreprise qu'ils jugent comme une perte énorme d'argent, et qui rendrait le pays encore plus dépendant de l'Afrique du Sud (principal client de l'électricité fournie). Le Frelimo annonce qu'elle empêchera la construction du géant. L'ambition sera démesurée, et de loin, car les attaques du Frelimo ne remettront jamais en cause la finalité du barrage, mais pour la première fois la guérilla a une cible médiatique, facile, et un cheval de bataille économique qui sera largement utilisé par la propagande.

Vers l'indépendance

En 1968, Salazar, malade, est remplacé par Marcello Caetano, défenseur de l'Etat Nouveau des premiers jours, mais qui tente tout de même de remanier le gouvernement dans le sens de la modernité. Il se présente comme celui qui gagnera la guerre au Mozambique, de manière à pouvoir s'imposer définitivement au Portugal. A l'exception du Nord, le Frelimo est désorganisé, et Caetano a l'intention de neutraliser le mouvement indépendantiste. Le général Kaulza de Arriaga déclenche une opération massive dans le Nord du Mozambique en mai 1970. Il y envoie une troupe de trente-cinq mille hommes et cent avions et hélicoptères. La ville de Mueda puis tout le plateau environnant sont récupérés par les Portugais. Les troupes du Frelimo se sont peu opposées à l'avancée portugaise, préférant perdre en logistique et en terrain pour se réfugier dans les pays voisins où ils sont soutenus, mais les coûts de la guerre, en vie et en armement, ne cessent de grimper. Finalement, l'offensive provoquera l'effet contraire à celui initialement escompté. Le Frelimo, qui se réorganise à l'étranger, continue ses actions contre un ennemi cette fois bien défini.

A partir de 1971, la position infaillible du Portugal change. Les relations commerciales avec l'Europe et l'Afrique du Sud forment l'essentiel des échanges du Portugal. Du coup, les milieux d'affaires de Lisbonne freinent leur pression sur la politique au Mozambique.

En 1972, ce dernier obtient le statut d'État, et pour la première fois n'est plus directement considéré comme partie intégrante de la métropole.

De nouveau, les colonies coûtent cher au Portugal. Les échanges sont déficitaires pour la métropole et les guerres en Angola, au Mozambique et au Cap-Vert ont déjà impliqué plus d'un million de Portugais. L'argument est central dans le discours du Mouvement des forces armées (MFA), qui finit par déclencher une révolution au Portugal en avril 1974. Au Mozambique, la révolution portugaise et les délais des positions du MFA ont jeté la confusion la plus totale dans l'administration et l'armée.

En juin 1974, les premières négociations ont lieu entre l'Etat et le Frelimo, qui refuse un cessez-le-feu. En position de force, le Frelimo continue de renforcer la pression sur l'État en lançant des campagnes contre les Blancs. Finalement, le 7 septembre à Lusaka, l'Etat portugais finit par s'incliner et cède le pouvoir au Frelimo. Il n'est pas question d'élections ; un gouvernement transitoire de six mois, dirigé par le Frelimo, est mis en place.

Les déchirements de la guerre civile

Le Mozambique du Frelimo est dirigé par Samora Machel. Le parti, effectivement présent et influent dans seulement trois provinces sur neuf, cherche à concrétiser son influence sur le pays entier, et à établir une planification centralisée, tout en donnant une importance non négligeable à des assemblées populaires.

Dès la prise de pouvoir par le Frelimo, tout un groupe d'opposants (en particulier des Blancs déçus par le Portugal) s'exile du pays. C'est ainsi que se forme la Résistance nationale mozambicaine (Renamo), un groupement paramilitaire avant tout, qui commencera ses actions de sabotage par l'attaque d'un dépôt pétrolier à Beira, en mars 1979.

En 1980, la Renamo déménage dans le Transvaal sud-africain où le gouvernement les soutient. Soutenus par l'arrivée au pouvoir de Ronald Reagan, elle obtient l'appui classique des Etats-Unis pour toutes les oppositions aux systèmes soviétiques. Armée, entraînée, la Renamo déclenche dans les villes et les zones rurales le sabotage des institutions gouvernementales mozambicaines à plus grande échelle.

On l'accuse également de kidnapper des jeunes pour les former aux techniques de la guérilla. Jusqu'en 1984, elle développera son armée et ses échelles d'action, jusqu'à étendre son influence dans le pays entier.

Au même moment, le Frelimo est confronté à de sérieux problèmes. Au début des années 1980, les calamités s'abattent sur le Mozambique : inondations puis sécheresses entraînent des famines et la chute de l'économie rurale. La misère touche le pays entier.

A l'extérieur, le Mozambique voit sa dette croître vertigineusement, et n'a que bien peu de chance de jouer un rôle fort dans la jeune South-African Development Coordination Conference (SADCC), qui regroupe des pays d'Afrique australe.

Samora Machel décide d'ouvrir le pays et rétablit les relations diplomatiques avec le bloc de l'Ouest (les Etats-Unis et l'Angleterre acceptent les demandes d'aide à condition qu'elles soient canalisées vers le secteur privé).

Il fait entrer le Mozambique à la Banque africaine du développement en 1980, porte le pays candidat au Fonds monétaire international (FMI) en 1982, et annonce un changement radical de politique du Frelimo au IVe congrès du parti en 1983. En matière agricole, le parti annonce le retour aux fermes individuelles et familiales, la baisse de l'implication de l'Etat dans le contrôle des prix. On parle de " libéralisation " partielle, même si les villages communaux restent un des fers de lance du parti. En 1984, les orientations se confirment : des facilités commerciales sont données aux investisseurs étrangers, avant tout pour attirer les Portugais.

Enfin, la même année, Machel propose à Pieter Botha un traité afin d'arrêter le soutien des groupes armés de chaque côté de la frontière Mozambique-Afrique du Sud. L'accord de Nkomati est signé en mars 1984.

Mais à travers les Comores, le régime de Botha continue clairement de soutenir les actions de la Renamo. Cette dernière, issue avant tout d'un mouvement militaire, développe de plus en plus une idéologie politique propre et ouvre des bureaux du parti en Europe et aux Etats-Unis.

En septembre 1986, Machel se rend au Malawi avec Robert Mugabe (président du Zimbabwe) afin de tenter de convaincre le président du pays de stopper les transits d'armes sud-africaines adressées à la Renamo. A son retour, les radars de l'avion de Machel sont brouillés par des émissions radio alors qu'il survole le territoire sud-africain. L'avion s'écrase, et Machel est tué. L'attentat va susciter une vague de sympathie envers le Frelimo.

Le Malawi s'engage à stopper les trafics d'armes sur son sol, et la Renamo s'installe à l'intérieur du Mozambique. C'est le début de la vraie guerre civile. La Renamo établit des camps, des fortifications ; elle se met à contrôler des zones entières. Une vague de terreur envahit le pays, des massacres de paysans sont attribués à la Renamo par les observateurs.

Après la guerre, quand on se rendra compte que les soldats et fonctionnaires, non payés et corrompus, du Frelimo, ont eux-mêmes organisé des massacres, on ne saura plus exactement la part de responsabilité de chaque camp. En 1987, la Renamo propose des pourparlers qui sont refusés. Le Mozambique figure alors parmi les pays les plus pauvres du monde. Le pays grimpera les échelons de la violence jusqu'en 1990. Cette année-là, plus de cent mille personnes meurent, et plus de 4 millions de Mozambicains (le tiers de la population du pays) se réfugient dans les pays voisins.

Le Frelimo, qui sent que la guerre ne peut être gagnée, prépare un changement de constitution pour sortir le Mozambique d'un système de parti unique.

Lors du Ve congrès du Frelimo, en 1989, le gouvernement abandonne toute référence au marxisme, sans remettre en question le rôle du parti unique. Le communisme s'effondrant en Europe de l'Est et en Union soviétique, le Frelimo est forcé de modifier notablement sa Constitution en novembre 1990.

Le nouveau texte inclut un système d'élections multipartites, la liberté de presse, le droit de grève, et ouvre le pays à l'économie de marché ; la " République populaire du Mozambique " devient la " République du Mozambique ". Cette constitution est également destinée à faciliter les négociations de paix.

Les négociations finissent par aboutir le 15 octobre 1992 à Rome, après que la capitale, puis les villes de province, se soient retrouvées immobilisées par des grèves remettant en cause le manque d'opposition. Des élections sont organisées en 1994 sous le contrôle de l'Organisation de Nations unies (ONU), et Joaquim Chissano - Frelimo - est élu président de la République avec 53 % des voix ; l'Assemblée compte 129 députés Frelimo et 112 Renamo, les 9 députés restant étant issus de partis mineurs.

La construction de la paix

Durant les années qui ont suivi la fin de la guerre, le pays a pu se reconstruire et partir sur des bases économiques encourageantes. Les blessures sont cependant profondes, tant au niveau des infrastructures détruites que dans les mentalités.

La génération actuelle, ayant perdu plusieurs proches, est largement marquée par le conflit. Au cours des premières années, une vague de banditisme a sévi. La réaction de l'Etat, l'aide internationale, le retour des investissements sud-africains et zimbabwéens, l'ouverture vers le tourisme, font que le pays montre des signes encourageants de développement.

En 1998, les premières élections sont organisées au niveau local afin d'allouer davantage d'autonomie budgétaire aux municipalités. Un flop, puisque la Renamo, force politique majeure, boycotte le vote pour cause, soutient-elle, d'irrégularités et de fraudes dans le processus d'inscription sur les listes électorales. Le taux de participation se révèle très bas.

Le Frelimo prend acte ; une nouvelle loi réglementant l'inscription est votée et au cours d'une vaste campagne 85 % de la population potentiellement concernée est finalement inscrite.

Au cours des élections nationales de l'année suivante, la campagne se révèle être un succès puisque la participation est nettement plus élevée. Joaquim Chissano l'emporte de 4 points sur son adversaire de la Renamo, Alfonso Dhlakama, et le Frelimo gagne quatre sièges à l'Assemblée.

La Renamo crie à la fraude et à la tricherie et saisit la Cour suprême, mais cet organe, en écho aux observateurs internationaux, déclare le scrutin de 1999 valide.

5 ans plus tard, le Mozambique prépare de nouvelles élections présidentielles et législatives en décembre 2004. Encore une fois, Frelimo et Renamo restent les deux principaux acteurs. Quelques partis d'opposition se réunissent au sein de l'Union Démocratique pour tenter de contrebalancer le duopole formé par les deux grandes forces politiques. Malheureusement, il n'en est rien et les sièges de la députation se répartiront exclusivement entre les deux grandes formations.

Le Frelimo est le grand vainqueur des élections, installant au pouvoir suprême Armando Guebuza. Ces élections sont surtout marquées par un très faible taux de participation (36 %) et semblent entachées de nombreuses irrégularités constatées par les observateurs étrangers.

Malgré tout, le pays jouit d'une stabillité politique reconnue, qui rassure de plus en plus les investisseurs étrangers. Au cours de l'année 2013, la tension monte entre les rebelles de la Renamo et l'armée, ils dénonçent l'accord de paix signé en 1992. De violentes confrontations éclatent entre la Renamo et les forces de l'ordre dans la province centrale de Sofala. Le parti d'opposition repproche au gouvernement de s'accaparer toutes les richesses du pays. En 2014 la signature d'un accord de paix met fin aux affrontements armés (plusieurs dizaines de morts) et ouvre la voie aux élections législatives et présidentielle du 15 octobre. Le candidat du parti Frelimo au pouvoir, Filipe Nyusi, agé de 55 ans, est élu président du Mozambique. Il a remporté la victoire avec 57,3% de voix, contre Afonso Dhlakama, le candidat de la Renamo, principal parti de l'opposition, dont le score s'établit à 36,61%. Filipe Nyusi sera le premier président à ne pas avoir participé à la lutte pour l'indépendance. Ingénieur de formation, il a été à la tête de la compagnie nationale des chemins de fer, en 2008 il rejoint le gouvernement, et occupe les fonctions de ministre de la Défense. Aujourd'hui, la stabilité est revenue, mais le secteur du tourisme se remet doucement de la crise.

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