Guide du Congo Brazzaville : Histoire

La terre pygmée

Les pygmées, (aujourd'hui désignés par les autorités congolaises par le terme " autochtones ") seraient parmi les premiers habitants de l'actuel Congo ; 2 500 ans avant notre ère, des inscriptions sur la tombe d'un explorateur du pharaon Néferkarê font clairement référence à leur existence. On sait, quoi qu'il en soit aujourd'hui, que " l'éternelle torpeur historique des Noirs " (Hegel) est un mythe inventé par les Blancs... pour blanchir l'histoire d'un continent à s'approprier.

L'Afrique centrale a été occupée par des populations préhistoriques, mais l'acidité des sols délavés par les pluies ne laisse que peu de chance d'en retrouver des traces.

Les vestiges les plus anciens mis au jour remontent au paléolithique, ce sont des silex bifaces, un outillage dit acheuléen, adapté au travail du bois.

Des gisements de ce type d'outillage ont été retrouvés autour de Brazzaville et de Kinshasa, dans des grottes aux environs de Mayama et de Pangala ainsi que dans les vallées du Niari et de la Nyanga.

Au néolithique, l'arrivée de populations maîtrisant l'agriculture et la poterie est attestée, bien que très difficile à dater. La seule certitude est que ces hommes venaient du Sahara, dont l'assèchement définitif a eu lieu entre 2500 et 500 av. J.-C., et qu'ils se sont arrêtés aux limites de la forêt dense.

Chronologie

vers 500 : vagues de migrations fuyant probablement l'assèchement définitif du Sahara et descendant progressivement jusqu'au Nigeria et au Cameroun.

vers 600-700 : l'un de ces groupes arrive jusqu'au Moyombe et fonde le royaume du Kongo (ou Congo).

1482 : l'explorateur portugais Diego Cao, à la recherche d'une voie navigable, découvre le royaume Kongo en débarquant à l'embouchure du fleuve.

XVIe-XVIIe siècles : les deux royaumes entretiennent une relation commerciale empreinte de domination ; le commerce de traite et le trafic négrier se mettent en place et s'intensifient.

XVIIIe siècle : le royaume du Kongo, affaibli par les ponctions démographiques, les affrontements entre rois et contre les Portugais, sombre dans l'oubli.

1879 : Savorgnan de Brazza arrive au Congo pour le compte de la France.

1880 : il passe un accord de protectorat au profit de la France le 10 septembre 1880 avec le souverain Téké, le Makoko Iloo.

1885 : la conférence de Berlin légitime les accords passés sur le terrain en attribuant aux différentes puissances coloniales leurs territoires respectifs.

1897 : après avoir administré le Congo, de Brazza est remercié ; les compagnies concessionnaires s'emparent du pays.

1905 : de Brazza est rappelé pour une commission d'enquête au Congo. Accablé par ce qu'il découvre, physiquement très éprouvé, il meurt sur le chemin du retour.

1926 : André Matsoua crée une amicale chargée d'aider les anciens combattants, association qui devient rapidement un mouvement de protestation. L'administration coloniale incarcère Matsoua.

1940 : sous l'impulsion de Félix Eboué, l'Afrique équatoriale française se rallie à de Gaulle et devient l'Afrique française libre, avec comme capitale Brazzaville.

1942 : André Matsoua meurt en prison, son mouvement devient une Eglise.

1958 : une nouvelle Constitution est votée.

Le 15 août 1960 : le Congo accède à l'indépendance.

Les 13, 14, 15 août 1963 : lors des " Trois Glorieuses ", son premier président, l'abbé Fulbert Youlou, est chassé.

1963-1977 : Marien Ngouabi prend le pouvoir, l'économie est nationalisée, le parti unique instauré. Ngouabi est assassiné.

1979-1992 : le colonel Denis Sassou N'Guesso prend le pouvoir, et le garde jusqu'à ce que la mobilisation de la rue et le contexte international le poussent à annoncer la tenue d'une Conférence nationale souveraine. Des élections sont organisées.

1992 : le 16 août, Pascal Lissouba est élu Président de la République, avec l'appui du PCT de Denis Sassou N'Guesso.

1992-1997 : L'alliance entre Pascal Lissouba et Denis Sassou N'Guesso est rompue. Les affrontements et bombardements sporadiques entre les milices de Pascal Lissouba, Denis Sassou N'Guesso et Bernard Kolélas font rage. Alors que des élections sont prévues, un coup de Pascal Lissouba contre Denis Sassou N'Guesso entraîne une guerre ouverte. Denis Sassou N'Guesso reprend le pouvoir le 25 octobre 1997.

2002 : Denis Sassou-N'Guesso est confirmé par les urnes à la tête du pays.

17 mars 2003 : Accord entre les rebelles du pasteur Ntumi et les troupes gouvernementales. Très progressivement et tout doucement, le calme revient dans la région du Pool.

Juillet 2009 : réélection de Denis Sassou N'Guesso à la tête du pays avec 78 % des suffrages.

4 mars 2012 : explosion d'un dépôt de munitions à Mpila, un quartier populaire de Brazzaville (230 morts, 3 000 blessés).

Août 2012 : les élections législatives confortent la majorité présidentielle avec la victoire du parti congolais du travail. 13 femmes députés (sur 136) siègent dans la nouvelle assemblée.

Juillet 2013 : début d'un grand processus de recensement administratif en vue de préparer les élections locales.

24 mars 2016 : Le président sortant Denis Sassou N'Guesso, 72 ans, est réélu dès le premier tour avec plus de 60 % des voix.

De migrations en établissement d’États

De migration en migration, un groupe aborde les rives du fleuve Niger, ils y trouvent une terre fertile, des eaux poissonneuses et s'y établissent.

Un autre groupe poursuit sa migration vers le sud, en longeant la côte ; il bute sur le nord-ouest de la forêt équatoriale et s'installe entre le sud-est du Nigeria et la région de Douala près du fleuve Vouri.

Ce groupe est considéré par de nombreux historiens comme celui qui donnera naissance au groupe bantou. A propos des Bantous, il n'est pas inutile de rappeler qu' " il y a seulement des langues bantoues, comme il y a des langues sémitiques ou des langues indo-européennes.

Bantou est un terme technique linguistique, inventé par des linguistes pour les besoins de leur discipline, qui ne peut être utilisé qu'accessoirement en anthropologie sociale, et pas du tout en anthropologie physique. " (Le Bantu et ses limites, Le Langage, sous la direction d'André Martinet, coll. " Encyclopédie de la Pléiade ") Un groupe se détache par la suite du " foyer " camerounais et descend le long de la côte océanique jusqu'à ce qu'il trouve un espace non envahi par la forêt primaire, ce sera le Mayombe, atteint vers 600-700.
Il s'organise et donne naissance à un Etat : le royaume du Kongo (ou royaume Kongo).

Le royaume Téké semble de son côté issu d'un autre groupe du même foyer, certains historiens formulent l'hypothèse d'un établissement téké vieux de plusieurs siècles avant notre ère.

Les Bantous atteignent l'Angola au Xe siècle puis continuent ensuite leur route vers l'Afrique du Sud. Les recherches d'Honoré Mobonda font état de l'existence de plusieurs royaumes établis au Congo avant l'arrivée des Européens, d'un commerce développé entre ces Etats et chefferies.

Les Bobanguis descendent du fleuve de leur royaume nordiste appelé Ntio (qui signifie littéralement " vendre "), les Batéké sont leurs acheteurs. Ceux-ci installés dans le Pool redistribuent les marchandises aux Bakongo installés jusqu'au sud du Pool.

Les Bakongo repoussent progressivement les Batéké vers le nord du Pool et les Plateaux qui portent aujourd'hui leur nom, se donnant de plus en plus souvent la possibilité d'acheter directement la marchandise aux Bobanguis. Un autre événement, et non des moindres, va modifier l'équilibre des royaumes de la région...

L’arrivée des Portugais

En 1482, l'explorateur portugais Diego Cao, à la recherche d'une voie navigable fondée sur des illusions géographiques (il croyait rejoindre le bassin du Nil), découvre le royaume Kongo en débarquant à l'embouchure du fleuve.

Son expédition échoua en aval de l'actuel Matadi dont il voulait remonter le cours. Nzadi, appellation indigène du fleuve le plus puissant d'Afrique, que les Portugais rebaptiseront Zaïre, aura raison de leur audace (c'est le royaume Kongo, et non l'inverse, qui donna par la suite le nom du fleuve). Six ans plus tard, Bartholomé Dias franchit le cap de Bonne-Espérance. Beaucoup plus à l'ouest, en octobre 1492, Christophe Colomb pour le compte de la reine Isabelle, arrive par hasard aux Grandes Antilles... Il trouve ici un royaume dont on évalue la superficie à 300 000 km² et plus encore, un roi heureux de leur arrivée et qui entend rapidement européaniser et christianiser son Etat. Le " Mani Kongo " envoie une ambassade à Lisbonne, qui revient avec prêtres séculiers, moines franciscains et dominicains. Il change de nom et devient João Ier, en l'honneur du roi portugais et sa capitale Mbanza, Sâo Salvador. L'idylle entre le souverain et la foi chrétienne sera de courte durée ; dès 1492, celui-ci se dégage de l'emprise des missionnaires en constatant l'opposition que sa conversion à fait naître au sein du royaume. Son successeur, Afonso Ier sera pour sa part le plus chrétien des rois de Kongo (on lui a donné le titre d' " apôtre du Congo ") et le plus réformateur. Il obtient une aide technique des conseillers, enseignants et artisans, instruments et armes et l'établissement d'échanges commerciaux. Les échanges demeurent très inégaux, le royaume voit son organisation totalement bouleversée. Un impôt d'Etat est créé, le royaume est dans l'obligation de maintenir les échanges commerciaux avec le Portugal et sous le contrôle strict du souverain de Lisbonne. Le commerce de traite et le trafic négrier y trouvent leur origine et leur pseudo-justification.
Cette traite négrière qui va s'exercer tout d'abord le long des côtes puis à l'intérieur des royaumes Kongo et Téké va créer d'énormes ponctions démographiques sur tout le territoire, et une déstructuration totale des royaumes de la région à cause des tensions et des guerres tribales.

Malgré quelques tentatives de reprise en main, le Kongo devient un huis clos de tensions entre roi rivaux, de révoltes de vassaux, d'affrontements avec les Portugais, de régression du commerce. A partir du XVIIIe siècle, il n'est plus qu'une contrée oubliée.

La colonisation française

C'est dans ce contexte de ruine économique et politique qu'intervinrent les premières grandes explorations européennes à la fin du XIXe siècle. Savorgnan de Brazza arrive en 1879 au Congo en remontant le fleuve Ogoué. Il passe un accord de protectorat au profit de la France en 1880 avec le souverain téké, le Makoko Iloo. La même année, Savorgnan fonde, sur l'emplacement de Mfoa, sur les rives du fleuve Congo, un poste qui deviendra Brazzaville. Un de ses lieutenants de vaisseau, Cordier, signe un accord similaire avec le roi de Loango trois ans plus tard. Avant de rentrer en France, Brazza explore le Kouilou et laisse la garde du poste au caporal sénégalais Malamine. De l'autre côté du fleuve, Stanley avait acheté le village de Kintambo rebaptisé Léopoldville. Il tente de prendre le poste français et en sera pour ses frais, retournant en catastrophe à sa base avec son escorte mise en déroute, durablement impressionné par l'ombrageuse combativité et la personnalité altière de Malamine. De son côté, rentré en France, dans un discours vibrant prononcé au Cirque d'hiver à Paris en janvier 1884, Brazza annonça qu'il pourrait administrer le Congo français avec une allocation annuelle d'un million de francs... On le crut. Il est vrai qu'en 1886 le personnel administratif européen comptait seulement 36 personnes et le Congo-Brazzaville, comme son voisin léopoldien, passait pour recéler d'immenses richesses. Dans un contexte de tension nationaliste exacerbée, Brazza était aussi l'homme qui barrait la route à Stanley " le briseur de roches " au service du roi des Belges.

La conférence de Berlin légitima en 1885 les accords passés sur le terrain en attribuant aux différentes puissances coloniales leurs territoires respectifs. Dans un territoire relativement sous-peuplé, aux structures sociales et commerciales totalement bouleversées par la violence de la pénétration étrangère, avec le peu de moyens dont il disposait, l'expérience de Brazza fut un échec et le commissaire général remercié en 1897. Vint alors la période encore plus sombre des sociétés concessionnaires. Selon Marc Ferro, " par ses caractéristiques majeures - organisation à une large échelle d'une économie concessionnaire de pillage, mise en oeuvre d'un système généralisé de répression, désorganisation et souffrances qui en ont résulté pour les populations locales, bénéfices colossaux recueillis par les initiateurs de cette entreprise - le Congo [léopoldien] servit de référence et de modèle pour les colonies voisines. Son transfert au Congo français ne laissait pas de surprendre : d'une part, parce que, à la différence de l'Etat indépendant du Congo, propriété personnelle du roi des Belges, le Congo français était une colonie de la République française ; d'autre part, parce que l'ensemble territorial constitué progressivement pour devenir le Congo français puis l'Afrique équatoriale française résultait d'un long processus de colonisation commencé dans la première moitié du XIXe siècle et marqué par l'idéologie des "trois C", c'est-à-dire la croyance en la nécessité et la possibilité pour l'Europe de "civiliser l'Afrique par le christianisme et le commerce". "

L'exploitation des ressources par des compagnies concessionnaires va être, comme l'avait prédit Brazza, la source des pires excès vis-à-vis des populations locales : travail forcé, réquisitions, pillage, massacres, jusqu'à ce que l'opinion publique en ayant eu vent s'en émeuve et que le gouvernement français, sous la pression, ne dépêche une commission d'enquête en 1905, avec à sa tête... Brazza. Mission sans retour qui va une fois de plus réanimer l'animosité des fonctionnaires de l'Administration et la colère des concessionnaires à son encontre. Le rapport de Félicien de Challaye qui fit partie de la commission témoigne sans emphase de l'horreur érigée en banalité par les compagnies concessionnaires : " Quand la menace ne suffit pas, on emploie la violence pour obliger les Noirs à chercher le caoutchouc. On les emprisonne ; on les passe à la chicote. On arrête, on " amarre " le chef du village. On enlève comme otages les femmes et les enfants ; on ne les relâche que contre une certaine quantité de caoutchouc ou d'ivoire. On fusille les récalcitrants. Quand un village s'obstine à faire preuve de mauvaise volonté, on organise contre lui une "expédition punitive" : on brûle les cases, on détruit les plantations, on massacre hommes, femmes et enfants, pour l'exemple. Sur ces malheureuses populations victimes des compagnies concessionnaires s'abat, en outre, la tyrannie toute puissante d'une administration complice. " Brazza revient de cette mission physiquement laminé et moralement accablé, il n'atteindra pas la France. En 1910, le Congo français regroupant le Congo, le Gabon et l'Oubangui-Chari-Tchad, territoire vaste de 2,5 millions de km², est réorganisé, chacun des territoires devient une colonie au sein de l'Afrique équatoriale française dont le gouverneur général est installé à Brazzaville. Les compagnies concessionnaires, de leur côté, renoncent en 1911 à leurs droits sur d'importants territoires, mais les abus dénoncés ne cesseront pas pour autant. André Gide et Albert Londres s'en feront bientôt l'écho...

Brazza vs Stanley

Les deux figures antagonistes et complémentaires de l'exploration et de l'aventure coloniale en Afrique équatoriale se sont rencontrées le 9 novembre 1880 près de Vivi ; Stanley offre l'hospitalité à Brazza qui ne dit rien du traité qu'il vient de signer avec le Makoko. C'est en juillet 1881 quand il atteindra le Stanley Pool que Stanley comprendra qu'il a été dupé par le Français, il en conçut une certaine amertume....

" Lorsque j'ai rencontré M. de Brazza en 1880 sur le Congo, je ne croyais pas le moins du monde que je me trouvais en présence d'un homme, qui, sous peu, exercerait sur nous une si puissante influence... Ce qu'il y avait de plus extraordinaire dans tout ce que j'ai appris par la lecture des journaux, c'est que j'avais hébergé non pas précisément un ange mais l'apôtre de la liberté, le nouvel apôtre de l'Afrique... Je me suis souvent reproché depuis d'avoir été assez aveugle pour ne pas reconnaître dans l'hôte singulier auquel j'avais offert l'hospitalité dans ma tente les sublimes vertus dont je viens de vous lire la description. Des attributs et un pouvoir aussi divins auraient certainement dû se révéler par une auréole à laquelle j'aurais pu le reconnaître !
A quoi pouvait-on reconnaître la grandeur de l'homme et son but sublime qui ont fait tomber à ses pieds les pauvres esclaves et l'humanité souffrante pour lui demander la liberté ?... Chez M. de Brazza nous voyons s'unir avec bonheur le génie diplomatique de la philosophie florentine, l'habileté militaire d'un de Lally et cet amour passionné de l'annexion qui distinguait Pizarre et les autres conquérants du même genre...
Le voyageur sans souliers, perdu et pauvre devient l'Apôtre de l'Afrique, le libérateur des Africains, la merveille de l'année comme explorateur, le diplomate plein de succès, le géographe stratégiste et enfin le faiseur d'annexions. Et la Sorbonne le reçoit, la France l'applaudit, que dis-je le monde, y compris l'Angleterre, l'admire... La France peut-être représentée à genoux recevant avec reconnaissance la province longue de neuf milles des mains de l'éminent comte Savorgnan de Brazza. "

Ce à quoi, sobrement, Brazza répondit :

" Je vois dans M. Stanley non pas un antagoniste mais simplement un travailleur dans le même camp où nos efforts communs quoique nous représentions des intérêts différents, convergent vers le même but : le progrès et la civilisation de l'Afrique. "

Savorgnan de Brazza, une autre idée de la marche forcée du progrès

Pierre Savorgnan de Brazza est né le 28 janvier 1852 à Rome. Il intègre la Marine française après sa naturalisation le 12 août 1874.

En 1875, l'officier de marine de Brazza est stationné à Port-Gentil. Ses supérieurs lui donnent l'ordre d'aller reconnaître le cours de l'Ogooué que beaucoup d'Européens, à cette époque, confondent à celui du fleuve Congo dont l'embouchure avait été découverte par le Portugais Diégo Cao en 1482. En décembre 1879, de Brazza repart en Afrique équatoriale.

C'est au cours de ce voyage qu'il conclut le 10 septembre 1880 un traité " d'amitié " ou de " protectorat " avec le souverain du royaume batéké. L'imagerie d'Epinal de l'époque veut que de Brazza se présente comme un libérateur d'esclave en présentant le drapeau français : " quiconque le touche est un homme libre. "

Lorsque la conquête du " Congo français " est achevée en 1897, de Brazza s'oppose au gouvernement lorsqu'il attribue l'exploitation économique de ces territoires à des compagnies privées.

Cela lui vaut une mise en disgrâce jusqu'en 1905, où, sous la pression de l'opinion publique au vu des exactions perpétrées par les compagnies concessionnaires et leur personnel, le gouvernement français crée une commission d'enquête.

L'un des éléments déclencheurs fut ce 14 juillet 1903 que deux administrateurs coloniaux avaient décidé de fêter en " faisant sauter un nègre à la dynamite ". On fait appel à de Brazza pour la mener.

Ce sera son dernier voyage. Il tombe malade et meurt sur le chemin du retour à l'escale de Dakar, le 14 septembre 1905. Peu avant cela, il avait embarqué le 29 août à Matadi sur le Ville de Macéio, navire d'où avait débarqué au Congo quinze ans auparavant un certain Joseph Conrad. De Brazza sera ensuite inhumé à Alger, jusqu'à ce que ses cendres soient transférées au mémorial construit sur les rives du fleuve à Brazzaville et inauguré en 2006.

" L'Afrique rend la guerre à qui sème la guerre ; mais comme tous les autres pays, elle rend la paix à qui sème la paix. Ma réputation allait devant moi, m'ouvrant la route et les coeurs... ". Son combat pour l'abolition de l'esclavage était sincère. Pacifique a priori, humaniste mais toujours lucide, il avait déclaré à ce sujet : " La question de l'esclavage est une question complexe. On se trouve à chaque instant en présence de difficultés presque insurmontables. Soutenir l'honneur d'un pavillon qui arrache leur proie aux négriers n'est pas chose facile, quand on ne peut pas, quand on ne veut pas employer la violence... "

« Le drame du Congo-Océan » et le chemin de l’indépendance

Les conséquences de ces exactions et du sentiment anticolonialiste ne se firent pas attendre d'autant plus que la construction du Chemin de fer Congo-Océan (CFCO) décidé dès 1921 fut l'occasion d'un nouveau traumatisme. Pour l'année 1929, on enregistre officiellement 10 000 victimes, nombre que les historiens estiment en réalité entre 25 000 et 30 000. Indifférence totale à l'égard de la main-d'oeuvre et des conditions sanitaires, organisation erratique, maximisation des profits, font que la chicote remplace souvent la ration alimentaire. Albert Londres dénoncera avec force ces conditions de travail forcé au chapitre XXVII de Terre d'ébène intitulé " Le drame du Congo-Océan ". Comme dans d'autres pays, une figure se détacha du lot pour fixer la colère de peuples opprimés. André Matsoua créa en 1926 une amicale chargée d'aider les anciens combattants, association qui devint rapidement un mouvement de protestation qui effraya l'administration coloniale et qui fit alors incarcérer Matsoua, qui mourut en prison en 1942. Le mouvement se transforma alors en Eglise, le matsouanisme qui recruta principalement dans son ethnie d'origine, les Balari. Lors de la défaite française de juin 1940, les colonies françaises sont tiraillées entre les deux camps : Vichy et Pétain ou de Gaulle et la France libre. De Gaulle obtient grâce à Félix Eboué, gouverneur du Tchad, le ralliement de toute l'A.-E.F. La conférence de Brazzaville, organisée en février 1944 à l'instigation de De Gaulle pose les bases d'un plus grand respect des administrés indigènes. La prise de conscience nationale congolaise fit un grand pas après la Seconde Guerre mondiale avec l'élection du premier député congolais, Félix Tchicaya, à l'assemblée constituante à Paris. En 1958, le Congo devient la République du Congo - non indépendante - suite à la loi Cadre de Gaston Deferre.
La nouvelle Constitution est largement approuvée par une majorité de Français et de peuples de l'Union française. Ficelée par de Gaulle et Foccart, son " homme de l'ombre ", elle corsète, selon certains historiens, sur le plan financier les anciens pays de l'Union. En 1959 ont lieu les premières élections législatives au Congo, et l'abbé Fulbert Youlou l'emporte devant Tchicaya, devenant Premier ministre, pendant qu'éclatent des émeutes à Brazzaville entre les populations laris et mbochis ; l'armée coupe court à cet embryon de guerre civile. Le 15 août 1960, le Congo devient indépendant comme la plupart des pays colonisés par la France en Afrique.

Les cahots du chemin de l’indépendance et le socialisme

L'abbé Fulbert Youlou, seul candidat, est élu en 1961 avec 97,5 % des suffrages. Ce prêtre défroqué pour cause de vie personnelle peu compatible avec sa charge est un fantasque chef d'Etat à soutanes multicolores, anticommuniste obsessionnel. Les Congolais supportent deux ans sa gestion toute personnelle du pays avant de le chasser suite à une révolution de trois jours, les " Trois Glorieuses ", du 13, 14 et 15 août 1963 qui mettent fin à l'incompétence de son régime. Fulbert Youlou se retrouve derrière les barreaux, dans l'indifférence totale de la France qui l'avait soutenu jusqu'alors et laisse la place à son successeur Massamba-Débat. Ce dernier, adepte d'un " socialisme scientifique ", supprimera les élections et prônera le parti unique. Renversé en 1968 par une fraction de l'armée, il doit donner sa démission et, le 31 décembre 1968, le capitaine Marien Ngouabi devient président de la République du Congo, en réaffirmant l'option socialiste. Le Congo devient alors la République populaire du Congo. Sa présidence est marquée par de multiples tensions, entre le nord et le sud, éléments modérés ou " progressistes ", dans un contexte où l'armée affirme son poids dans la gestion de la chose publique. Ngouabi déjoue un coup d'Etat en 1972, mais la situation économique se dégrade et le président sent le sol se dérober sous ses pieds. Le 18 mars 1977, Marien Ngouabi est assassiné.

Il devient une figure emblématique pour tous les Congolais. Accusé d'avoir été l'instigateur de cet assassinat, l'ancien président Massamba-Débat est exécuté la semaine suivante.

Le 5 avril 1977, le colonel Yombi Opango, choisi par les militaires, devient président de la République. La mégalomanie du colonel-président fera long feu. Le Comité central du PCT place à la tête du parti et de l'Etat un autre colonel, Denis Sassou N'Guesso, le 5 février 1979, pouvoir qu'il gardera jusqu'en août 1992. Le pouvoir étatique restera durant cette période un régime marxiste de parti unique (PCT). Denis Sassou N'Guesso multiple les jeux d'alliances ethniques, écarte les rivaux, jongle avec l'aide de l'URSS, puis, après les années 1980, celle de la coopération française, tandis qu'Elf conduit depuis plusieurs années déjà la plus grande partie des activités pétrolières.

Le culte Ngouabi

Marien Ngouabi est né en 1938 dans la région d'Owando, " nordiste " d'origine kouyou, un sous-groupe mbochi, il fut incorporé en 1957 dans l'armée française. Remarqué par ses supérieurs, il est envoyé à Saint-Cyr Coëtquidan, d'où il ressort avec le grade de lieutenant. De retour au Congo en 1962, il passe capitaine en 1964 et s'oppose au régime de Massamba-Débat, tant pour des motifs idéologiques que régionalistes. Arrêté en juillet 1968 à la suite d'une tentative de coup d'Etat, il est libéré deux jours plus tard par des paras dirigés par un groupe d'officiers nordistes, parmi lesquels deux futurs présidents : Yombi Opango et Denis Sassou-N'Guesso.

Devenu chef de l'Etat après la démission forcée de Massamba-Débat, il fonde le Parti congolais du travail (PCT). Dans un pays devenu officiellement marxiste léniniste, mais où le pétrole apporte déjà son cortège de corruption, Marien Ngouabi après huit ans de règne commence à sentir le vide autour de lui.

En butte à de nombreuses tentatives de coup d'Etat, avec parfois l'appui du Zaïre de Mobutu, il prononce cinq jours avant sa mort un discours qui fait dire qu'il savait son sort scellé : " Lorsque ton pays est sale et manque de paix durable, tu ne peux lui rendre sa propreté et son unité qu'en le lavant avec ton sang. " Le 18 mars 1977, Marien Ngouabi est assassiné dans sa résidence de l'état-major.

Plusieurs témoins potentiels sont liquidés dans la foulée, ainsi que le cardinal Emile Biayenda, archevêque de Brazzaville, enterré vivant quatre jours après l'assassinat du président. La commission d'enquête créée par le ministre de la Défense Denis Sassou N'Guesso arrête et envoie au peloton d'exécution l'ancien président Massamba-Débat. L'interprétation de ces événements demeure, longtemps après, un sujet sensible en même temps qu'un pilier de la mythologie politique congolaise.

Nouvelle donne internationale, affrontements au Congo

Avec la fin de la Guerre froide, le retrait d'Etats tels que l'URSS et Cuba sonne le glas de l'aide économique et logistique à de nombreux pays africains, dont le Congo. Dans un contexte économique dégradé, la revendication populaire émerge du congélateur du monopartisme pour s'exprimer sur la place publique. A partir de 1990, la mobilisation devient générale et englobe classes populaires, intellectuels et Eglises. Une loi autorisant le multipartisme est votée le 24 décembre et Denis Sassou N'Guesso annonce, sous la pression de la rue, la tenue d'une Conférence nationale souveraine, le 25 février 1991. Cette conférence devient une épreuve cathartique - elle dure quatre mois au lieu des quinze jours prévus - les maux du régime sont violemment dénoncés : Denis Sassou-N'Guesso prononce une allocution radiotélévisée dans laquelle il fait son autocritique. Le Congo adopte une nouvelle Constitution de type semi-présidentiel avec élections des responsables par les administrés en mars 1992.

« La vasière », période de troubles précédant la guerre

Des élections législatives ont lieu en juillet 1992, aux termes desquelles l'UPADS de Pascal Lissouba remporte 39 sièges, le MCDDI de Bernard Kolelas 29, et le PCT de Denis Sassou N'Guesso 18. Une alliance de l'UPADS et du PCT voit l'élection de Pascal Lissouba le 16 août 1992 à la tête du pays.

Cette alliance ne durera pas, Denis Sassou N'Guesso, s'estimant lésé dans le nouveau partage du pouvoir, quitte l'alliance et se rapproche de Kolelas pour censurer le nouveau gouvernement créé.

Lissouba réplique en dissolvant l'Assemblée élue quatre mois plus tôt. Brazzaville se hérisse de barricades, et une première guerre civile en 1993 opposera les milices de Lissouba (les Cocoyes) aux Ninjas de Kolelas, soutenus par les Cobras de Denis Sassou N'Guesso.

La période 1992-1997 verra, sur fond d'affrontements et de bombardements ponctuels, d'échecs dans les tentatives de désarmer les milices qui font la loi dans les quartiers et le sud du pays, terrorisant les civils, l'effondrement de l'économie congolaise et une inflation gigantesque de sa dette extérieure.

La situation s'apaise quelque peu en 1994, année qui voit Omar Bongo piloter une tentative de dialogue entre les forces en présence et où le président Lissouba voyage à Paris pour renégocier avec Elf les concessions accordées au pétrolier américain Oxy.

En 1995, Kolelas rejoint le gouvernement de Lissouba. Mais les événements qui précèdent l'élection présidentielle de 1997 vont faire définitivement sombrer le pays dans la guerre.

La guerre ouverte

En 1997, alors que doivent enfin se dérouler des élections normales après le retour de Denis Sassou N'Guesso au Congo - sur fond de déception causée par le régime de Lissouba, accusé d'être encore plus corrompu que ses prédécesseurs -, une seconde guerre civile éclate, déclenchée le 5 juin par un coup de force du président Lissouba, contre son principal rival, Sassou N'Guesso. La réponse de l'ancien président est immédiate, et ses milices contrôlent rapidement la moitié de la ville ; une partie de la population de la capitale fuit les bombardements, la France évacue ses ressortissants.

Un équilibre des forces s'installe jusqu'à ce que les forces fidèles à Denis Sassou Nguesso, appuyées par des éléments de l'armée angolaise, rétablissent ce dernier à la tête du pays. Mis en échec, Lissouba prend la fuite ainsi que les dignitaires de son régime, tout comme Bernard Kolelas. Denis Sassou N'Guesso reprend le pouvoir et s'investit président de la République.

Nouvelle espérance et désillusion

En 1999, Denis Sassou N'Guesso annonce la réconciliation nationale. Il hérite d'un pays en ruine, aux communautés dressées les unes contre les autres, miné par la corruption. En juillet 2002, face à une opposition exsangue, les portes du palais restent ouvertes pour Denis Sassou N'Guesso : il est réélu au premier tour d'un scrutin controversé avec 78,61% des voies. Il met alors en oeuvre son programme la " Nouvelle Espérance " : une remise sur pied du pays tant au niveau physique (intégration économique, infrastructures) que moral (entente communautaire, lutte contre la corruption). Ce programme est soutenu par une politique de grands travaux, la " Municipalisation accélérée " qui élit annuellement une ville et sa région, différente, célébrée lors de chaque fête nationale, qui s'y déroule. Il signe en mars 2003 un accord avec Frédéric Binsangou, alias le pasteur Ntoumi, et ses Ninjas, qui jusqu'en 2016 ne font que très sporadiquement parler d'eux. Le pays profite de l'envolée du prix du baril de brut et affiche une croissance soutenue, même si la crise n'a pas épargné le Congo, qui doit revoir ses perspectives de croissance à la baisse et envisager une diversification plus importante de son économie. Avec une croissance repartie à la hausse en 2014 (4,8 % selon la Banque mondiale), le président poursuit son programme de réformes. Il initie en 2013 de nouveaux projets, comme " Eau pour tous ", plus de 4 000 forages pour 4 000 villages pour permettre l'accès à l'eau potable.

Les résultats de la dernière élection présidentielle (2016) n'ont pas été une surprise, même si les positions, pour ou contre un changement de régime - et donc nouvelle constitution - fleurissent sur des banderoles ou dans la presse locale. Les Congolais, eux, semblant osciller entre attente déçue et avidité de changement, se prononcent surtout pour la paix, tant le pays porte en lui de nombreuses traces de la guerre (même dix ans après) sur le plan structurel et moral.

Néanmoins, depuis 2016, les violences et les exactions dans les départements du Pool réapparaissent. Aucun moyen de transport ne circule entre Pointe-Noire et Brazzaville. La situation sanitaire dans ces zones est catastrophique, la communauté internationale, à l'été 2017 commençait à peine à se pencher sur cette crise...

Par ailleurs, depuis 2015 un nouveau mal ronge l'économie du pays, celui de la brusque chute du prix du baril de pétrole. Ce dernier est tombé à moins de 40 US$ dans la période la plus difficile. Or, le pays, complétement dépendant de cette ressource connaît une crise économique très importante et tous les pans de la société sont touchés. A Pointe-Noire, la situation s'est très vite dégradée et le chômage a augmenté en flèche. Les années de forte croissance semblent loin.

Pourtant le pays a pour ambition de devenir dans les prochaines années le troisième producteur de pétrole d'Afrique en décidant d'augmenter sa production journalière à 350 000 barils/jour. Cette augmentation est rendue possible par l'entrée en production du champ Moho Nord.

Le jour du 4 mars

Dimanche 4 mars 2012, aux alentours de 8 heures, une première explosion brise le silence paisible des dimanches matins brazzavillois. Elle sera suivie de plusieurs autres déflagrations, ressenties jusqu'à Kinshasa. En l'absence d'information, la cité, aux précédents douloureux, s'agite : et si c'était à nouveau la guerre ? Hystérie collective, mouvements de foule, départs envisagés... le calme ne reviendra qu'à la nuit tombée à l'annonce de la terrible nouvelle : trois dépôts de munitions de la Caserne de Mpila, à l'est de la ville, ont explosé faisant officiellement 282 morts, 2 300 blessés, plus de 14 000 sans-abri, rasant des parcelles entières et causant de nombreux autres dégâts matériels. Le deuil national est décrété et la situation humanitaire des sinistrés, déplacés dans des dizaines de sites aménagés, est tendue pendant plusieurs mois. Accident ou complot pour ébranler le gouvernement ? Le tribunal a estimé que le principal accusé, le caporal Blood Kakome Kouvack, a mis volontairement le feu au camp de Mpila, écopant de 15 ans de travaux forcés. Son supérieur, le colonel Marcel Ntsourou, ancien secrétaire général adjoint du Conseil national de sécurité, a lui été condamné à 5 ans de travaux forcés pour détention d'arme. Son interpellation, musclée avec échanges de tir, le 16 décembre 2013 a également suscité quelques heures de panique dans Brazzaville.

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