CITADELLE DE BERAT (KALAJA E BERATIT)

Fortifications et remparts à visiter
Rruga Mihal Komnena
Berat
Albanie

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L'avis du Petit Futé sur CITADELLE DE BERAT (KALAJA E BERATIT)

Plaque millesim 2018

Surmontant la colline de Mangalem à 187 m d'altitude, ce grand vaisseau de pierre est un des joyaux du tourisme en Albanie. Ses murailles à moitié détruites et ses 24 tours décapitées lui donnent un aspect menaçant : ce sont les cicatrices laissées par les Angevins lors du siège de 1280-1281. Une fois franchie la grande porte voûtée de l'entrée nord, on découvre un monde nettement moins hostile : un petit village de 10 ha hors du temps, paisible et romantique à souhait, sans Mercedes pétaradantes ni musique assourdissante. Un enchevêtrement de ruelles aux pavés glissants, des églises byzantines très sobres d'apparence mais qui abritent des fresques d'une valeur inestimable, une vue époustouflante sur la vallée de l'Osum, un minaret, des grand-mères vendant tricots et dentelles, le bon hôtel-restaurant Klea et le précieux musée Onufri.

Histoire

Solide éperon rocheux dominant la vallée de l'Osum, le site est fortifié par les Illyriens dès la fin du Ve s. av. J.-C. La forteresse est détruite par les Romains en 200 av. J.-C. Mais lors de la séparation de l'Empire entre l'Orient et l'Occident, Berat redevient un important point stratégique : elle permet de contrôler la Via Egnatia qui relie Rome à Constantinople en passant par Dyrrhachium (Durrës). Les murs sont donc renforcés au Ve s. par l'empereur byzantin Théodose II, puis au VIe s. par Justinien.

La menace de Charles d'Anjou - Au XIIIe s., l'Empire byzantin se disloque après la prise de Constantinople par les Croisés (1204). Les puissances catholiques de l'Ouest s'emparent de vastes territoires dans les Balkans. Mais Berat reste sous le contrôle du despote de l'Épire Michel II Comnène. Ce prince byzantin finance les plus importants travaux de fortification de la forteresse. Car la ville est alors menacée par le dernier fils du roi de France Louis VIII : Charles Ier d'Anjou, roi de Sicile. En 1258, celui-ci s'est emparé de Durrës, Vlora et Butrint, et progresse vers la Macédoine. Dans le même temps, les Byzantins sont parvenus à reprendre Constantinople (1261) et se lancent dans la reconquête de leur Empire avec le soutien de Michel II Comnène. L'affrontement entre les Angevins et les Byzantins commence. Tout va se jouer à Berat.

L'échec d'Hugues de Sully - En 1279, le seigneur bourguignon Hugues de Sully est nommé vicaire-général d'Albanie par Charles d'Anjou. Sa mission : Berat, dernier verrou sur la route de Constantinople. À l'été 1280, il s'empare des environs de la ville à la tête d'une armée de 8 000 hommes, puis encercle la forteresse. Pour tenir le siège, les Byzantins ne disposent que d'une petite garnison. Mais l'empereur Michel VIII ordonne à ses sujets de prier pour le sort de Berat et, surtout, il envoie son meilleur général, Michel Tarchaniotès. Arrivé dans la région au printemps 1281, celui-ci parvient à ravitailler la forteresse grâce à des radeaux lancés sur l'Osum. Évitant une confrontation directe, il mène des embuscades contre les troupes angevines. La stratégie est payante, puisque des mercenaires ottomans de l'armée byzantine réussissent à capturer d'Hugues de Sully. Démoralisés, les soldats angevins commencent à s'enfuir et sont pour la plupart faits prisonniers.

Un tournant dans l'histoire albanaise - La victoire du siège de Berat permet le retour de Byzance dans la région. Mais, affaibli par des querelles internes et confronté à la menace ottomane à l'Est, l'Empire abandonne l'Albanie aux seigneurs féodaux dès 1347. Pour les Angevins, cette défaite marque la fin de leur expansion dans les Balkans. Le Royaume d'Albanie fondé par Charles d'Anjou perdurera près d'un siècle. Il disparaîtra avec la capture de Durrës en 1378 par le prince albanais Charles Topia (lui-même petit-fils de Charles d'Anjou). Pour y parvenir, le clan Topia s'est allié aux Ottomans. Ceux-ci vont dès lors s'implanter en Albanie durant plus de cinq siècles.

La défaite de Skenderbeg - Après le retrait des Byzantins, la citadelle passe de main en main avant d'être finalement occupée à partir de 1417 par les Ottomans. En 1745, Skanderbeg est sur le point de s'en emparer. Conscient de l'enjeu, le sultan envoie prestement 20 000 hommes par la Via Egnatia et inflige une lourde défaite aux insurgés albanais. Gardée par une importante garnison, la citadelle ne fut plus jamais assiégée.

Les fourberies d'Ali Pacha - En 1808, alors que Berat est sous le contrôle d'un gouverneur ottoman rival, Ali Pacha parvient à s'emparer de la forteresse sans provoquer de réaction du sultan. Il utilise pour cela un odieux mélange dont il a secret : une fine couche de négociation pour commencer, une bonne dose de massacres de civils pour semer la terreur, une grande rasade de diplomatie pour amadouer l'adversaire et quelques gouttes de poison pour éliminer le chef de la garnison.

Visite

Construite sur un plan plan triangulaire suivant le relief, la citadelle est ceinturée de fortifications qui mesurent environ 620 m dans l'axe nord-sud, et 410 m dans l'axe est-ouest. C'est à l'intérieur de ces murs que se concentra l'essentiel de la population de Berat pendant des siècles. Quelques dizaines d'habitants continuent d'y vivre, dans des maisons en pierre qui datent essentiellement des XVIIIe et XIXe s. L'accès (payant pour les visiteurs) se fait par la porte Nord. Des petits passages dans les remparts sont également accessibles par des escaliers au sud (en partant du bas de Mangalem), mais ils sont assez difficiles à trouver. Sur un axe nord-sud, la rue Mbrica, dessert un réseau de ruelles où les principales curiosités sont bien indiquées. Des 42 édifices religieux que compta la citadelle, dont la moitié datant de la période byzantine, seuls 10 ont survécu aux soubresauts de l'histoire et à la folie destructrice d'Enver Hoxha : 2 mosquées en ruine et 8 églises orthodoxes. En plein centre de la citadelle, l'église de la Dormition-de-la-Vierge abrite le musée Onufri.

Porte Nord - Après la rue Mihal Komnena venant du bas de Mangalem, déjà en forte pente, tournez à gauche à travers les pins pour affronter un dernier tronçon courbé, lui aussi très incliné - parking. Cette entrée monumentale fut érigée par Michel II Comnène au XIIIe s. Elle est toujours ornée des initiales du despote de l'Épire : " MK " (pour Μιχαήλ Κομνηνός/Mihaïll Komninos). C'est là que se trouve le gardien vendant les billets pour entrer dans la citadelle. Celui-ci conserve les clés de toutes les églises de la citadelle. Il ne les confie que sur feu vert du directeur du Patrimoine de Berat. Pour les obtenir, il vous faudra d'abord passer par la directrice du musée Onufri, puis jouer de vos talents de négociateur (pas facile !).

Cathédrale de la Dormition-de-la-Vierge-Theotokos - Musée national des Icônes Onufri.

Église Saint-Théodore (Shën Todrit) - À gauche de la porte Nord, dans la rue Gjon Muzaka qui longe le rempart est. Elle abrite 13 fresques réalisées par le grand Onufri, dont les mieux préservées sont celles de saint Théodore et de saint Basile de Césarée. Elle fut construite en trois phases (XIe s., XIVe s. et seconde moitié du XVIe s.) à l'emplacement d'une église paléochrétienne, dont on retrouve certains éléments comme la colonne de la fenêtre voûtée. Elle abrite également une copie du XVIIIe s. de L'Épitaphe de Gllavenica, drap de soie symbolisant le suaire du Christ (l'original du XIVe s. est exposé au musée national d'Histoire de Tirana).

Église Saint-Constantin-et-Sainte-Hélène (Shën Kostandinit dhe Helenës). Près du rempart ouest. Dédiée à l'empereur romain fondateur de l'Empire byzantin et à sa mère, elle fut érigée au XVIe s. Elle est décorée d'une mosaïque au sol (en mauvais état) et de fresques réalisées par des peintres anonymes, pour l'essentiel en 1591 : Descente de la Croix, Lavement des pieds (Jésus lavant les pieds de ses disciples la veille de sa mise à mort), Arrestation du Christ, etc. Étonnamment, la Descente de la Croix est reproduite sur une autre fresque datant 1649.

Église de la Vierge-des-Blachernes (Shën Mëri Vllahernës) - Près du rempart ouest, env. 20 m au sud de l'église St-Constantin-et-Ste-Hélène. Elle fut élevée à la fin du XIIIe s. (à l'emplacement d'un ancien monastère du Ve s.) pour célébrer la défaite des Angevins en 1281. Son nom fait référence à l'ancienne basilique de la Vierge Theotokos du quartier des Blachernes, au nord de Constantinople/Istanbul, l'un des plus importants sanctuaires de l'Église orthodoxe grecque. Elle abrite de magnifiques fresques réalisées en 1578 par le fils du grand Onufri, Nikolla Onufri : Dormition de la Vierge, Vierge Theotokos, Christ en majesté, Descente de la Croix, Christ apparaissant à ses disciples après sa résurrection... Le peintre a également représenté son homonyme : saint Onuphre l'Anachorète. Le sol est là aussi décoré de mosaïques.

Église Saint-Nicolas (Shën Kollit) - Près du rempart ouest, à côté de la l'église de la Vierge-des-Blachernes. C'est la plus récente des églises de la citadelle. Elle fut construite durant la période ottomane, à la fin du XVIe s., ainsi qu'en atteste la date 1591 inscrite sur une des fresques. Celles-ci sont remarquables, notamment celles représentant les prophètes. On les doit à l'un des plus célèbres peintres de l'école fondée par Onufri, Onufri-le-Chypriote (Onufër Qiprioti), exilé de Chypre après l'invasion de l'île en 1571 par les Ottomans. Remarquez l'autel qui provient d'une église paléochrétienne.

Église de la Trinité (Shën Triadha) - Au sud-ouest des remparts, à côté d'un bastion datant du XIIIe s. appelée " Citadel " sur les panneaux. Elle fut érigée au début du XIVe s. par Andronic Ange Paléologue, membre de la famille impériale byzantine et gouverneur de la province de Berat. De taille modeste, c'est un très bel exemple du style " byzantin tardif ", influencé dans la région par les Francs et les Slaves avec sa forme de croix, son dôme et ses briques " en cloisonné ". Ses fresques ont quasiment disparu, rongées par les moisissures.

Mosquée Blanche (Xhamia e Bardhë) - Au sud-ouest des remparts, dans le bastion " Citadel ", entre l'église de la Ste-Trinité et la mosquée Rouge. Plus ancienne mosquée d'Albanie, elle fut construite peu après la prise de la ville par les Ottomans en 1417 pour les besoins de la garnison et des caravanes de marchands traversant l'Empire. Elle fut détruite au XIXe s. alors que les soldats avaient fui la ville lors d'un soulèvement.

Mosquée Rouge (Xhamia e Kuqe) - Au sud des remparts, dans la rue Mbrica, en sortant le bastion abritant la mosquée Blanche. Seule une partie des murs et de son minaret subsistent. Datant du début du XVe s., elle fut gravement endommagée par l'aviation allemande durant la Seconde Guerre mondiale : les pilotes utilisaient le minaret comme repère pour larguer leurs bombes sur la ville. La mosquée pourrait rouvrir, puisqu'un projet de reconstruction a été lancé.

Église Saint-Georges (Shën Gjergjit) - Au sud des remparts, au bout de la rue Mbrica.La rue Mbrica prend fin devant une grande bâtisse abandonnée. Il s'agit en fait de l'ancienne église St-Georges. Datant du XIVe s., elle fut modifiée au XVIIe s. et dédiée à Georges Kastriot Skanderbeg. C'est ici que furent conservés les Codex de Berat pendant des siècles. Toutes les fresques furent perdues dans les années 1980, lorsque l'église fut transformée en résidence pour touristes, puis en restaurant, avant d'être abandonnée.

Tour Sud (Kulla e Jugut) - À l'extrémité sud-est de la citadelle - au bout de la la rue Mbrica, suivez le sentier. Cet édifice militaire du XIIIe s. offre un formidable panorama sur la vallée de l'Osum et sur la citadelle de la colline de Gorica. En contrebas de la tour, à droite, on aperçoit la petite église byzantine de l'Archange Michel (Shën Mëhillit).

Autre églises - Deux autres églises byzantines se trouvent le long du rempart est en revenant vers la porte Nord : Ste-Sophie (Shën Sofisë) et St-Démetrios (Shën Mitrit).

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Informations et horaires sur CITADELLE DE BERAT (KALAJA E BERATIT)

Accès 24/24h - payant en journée quand les gardiens sont présents : 100 lek - seule la cathédrale abritant le musée Onufri est officiellement ouverte aux visites, pour les autres églises, voir " Porte Nord ", ci-après - parking : 50 lek.

Avis des membres sur CITADELLE DE BERAT (KALAJA E BERATIT)

Note générale : 4.6/5
Rapport Qualité/Prix
Service
Originalité
8 avis d'internautes
5/5
Rapport Qualité/Prix
Service
Originalité
Visité en mai 2019
Citadelle de Berat
Excellente pour ces richesses artistiques et des belvederes trop belles
Avis déposé le 31/05/2019
5/5
Rapport Qualité/Prix
Service
Originalité
Visité en août 2017
Incoutournable pour qui visite Berat, la citadelle offre de nombreux vestiges historiques chrétiens et musulmans. Il est fort agréable d'y promener, de préférence le matin afin d'éviter un coup de chaleur à la montée ! Attention aux pavés glissants à la descente. Il parait que l'entrée est payante... mais je pense m'y être rendu trop tôt (l'accès n'est jamais fermé).
Avis déposé le 04/07/2018
5/5
Rapport Qualité/Prix
Service
Originalité
Visité en mai 2018
la forteresse vaut autant que la ville puisque celle-ci suit la même architecture. A faire également le view point pour observer la vieille ville.
Avis déposé le 04/06/2018
4/5
Rapport Qualité/Prix
Service
Originalité
Visité en octobre 2017
situation exceptionnelle avec vue sur ville et montagnes enneigées au loin

cependant, en octobre, il y a peu de touristes et il est impossible, snas guide ou groupe, de visiter les églises

seul le Musée Onofrio est ouvert, à ne pas manquer
Avis déposé le 29/01/2018
4/5
Rapport Qualité/Prix
Service
Originalité
Visité en février 2017
Très beau panorama. Site grand, pour se balader librement et trouver son coin pour observer les vallées et les habitations.
Avis déposé le 26/12/2017
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