Capri, de l'île réelle à l'île mythique

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En Italie du sud, face à la baie de Naples, se dresse un chapelet d'îles merveilleuses. La plus réputée est la mythique Capri. Avec son coeur accroché à un relief vertigineux, ses pieds plantés dans la mer Tyrrhénienne et sa tête coiffée d'un ciel bleu profond, depuis toujours, la magie opère, malgré l'incessant flot de touristes venus du monde entier qui suivent en procession le fanion du guide. Seule île non volcanique du somptueux golfe napolitain, " Capri est sacrée ", comme l'écrivait Jean-Paul Sartre.

Entre jet-set et authenticité, nature et mondanité, Capri est une île magique, escarpée et nimbée de nostalgie. Un balcon de pins, de figuiers de Barbarie, de citronniers et d'oliviers ouvert sur la mer. Elle respire un air d'éternité. On va chercher là-bas la dolce vita et le lustre d'antan. Prenez donc le large pour vous imprégner d'un monde où l'eau, la terre et l'air ne font qu'un...

 

UN PASSÉ LÉGENDAIRE

Dès l'Antiquité, les empereurs romains faisaient déjà de Capri leur délice. Auguste et surtout Tibère y firent ériger de somptueuses villégiatures, la plus connue et la plus imposante de toutes étant la villa Jovis, datant du Ier siècle av. J.-C., perchée au sommet d'une colline à 334 mètres d'altitude. Depuis ce nid d'aigle couronnant le promontoire oriental de l'île, Tibère a dirigé l'Empire romain pendant dix ans, de 27 à 37 apr. J.-C. 

Ces fastes anciens ont nourri la fascination que l'île a exercée sur les élites européennes à partir de la fin du XVIIIe siècle. Au XIXe siècle, l'île-jardin est fréquentée par de nombreuses personnalités, dont Henry James, Oscar Wilde, Rainer Maria Rilke ou encore l'écrivain Curzio Malaparte. Capri entre alors en littérature, se transforme en un haut-lieu de la culture romantique, et devient le rendez-vous d'une élite cultivée d'écrivains, de poètes et d'artistes étrangers. 

Le médecin suédois Axel Munthe y fait restaurer la charmante villa San Michele, accrochée à un éperon rocheux entre ciel et mer, tandis que Fritz Krupp, héritier des aciéries prussiennes, fait construire un chemin escarpé jusqu'à sa villa, ainsi qu'une grotte artificielle dans le port de Marina Piccola. 

Capri connaît un regain de popularité à la fin des années 1930, mais surtout dans les années 1950-1960, où elle devient une destination prisée de la jet-set internationale ; s'y pressent notamment le prince Rainier et Grace Kelly, la duchesse de Windsor, Valentino, Richard Burton et Elizabeth Taylor, Aristote Onassis, Marisa Berenson, Jackie Kennedy... En 1959, l'île est en émoi quand Hollywood s'engoue pour Capri. Elle accueille l'équipe de tournage du film C'est arrivé à Naples, dirigé par Melville Shavelson. Dans les ruelles, la divine actrice italienne Sophia Loren, au bras de Clark Gable, crée l'événement.

Du côté de l'Hexagone, l'île a été rendue célèbre par la fameuse chanson Capri, c'est fini d'Hervé Vilard (1965), mais aussi le film Le Mépris de Jean-Luc Godard (1963), et son incroyable villa Malaparte, mettant en scène Brigitte Bardot et sa célèbre réplique " Tu les aimes mes fesses ? ".

A partir des années 1970-1980, cette dolce vita est peu à peu compromise par le tourisme de masse et le marketing... Capri n'en reste pas moins un fascinant mystère et un rendez-vous incontournable pour les " happy few " qui assurent la permanence du mythe. Si le mythe artistique et littéraire de Capri tend donc à s'amoindrir face au flux touristique, les références intellectuelles ou mondaines, elles, demeurent. 

 

UNE ÎLE, DEUX VISAGES

Contrairement à l'idée reçue, le nom de " Capri " n'a rien à voir avec les chèvres, mais vient du grec kapros, sanglier, animal qui pullulait autrefois sur l'île. Avec ses six kilomètres de long sur trois de large, Capri est un petit îlot de roches calcaires aux dimensions modestes, mais presque tout sépare ses deux agglomérations.

La " capitale ", Capri, est une petite cité de 7 000 habitants, construite sur l'isthme le plus étroit de l'île, ouvrant à la fois sur la côte sud avec le port de Marina Piccola et la côte nord avec celui de Marina Grande, tourné vers le golfe de Naples. Capri est célèbre pour ses maisons blanchies à la chaux, ses boutiques de luxe, ses hôtels quatre étoiles, ses palaces, son atmosphère un peu surfaite et sa petite place Umberto I (véritable centre névralgique de l'île, plus connu sous le surnom affectueux de " Piazzetta "), LE lieu où il est bon de se montrer ! Ainsi, à l'heure de l'apéritif, à la terrasse de ses cafés, point de torse nu, de tenue de plagiste ou de paréo noué sur un maillot de bain. On se croirait... à Milan ! Autrefois définie comme le " petit théâtre du monde ", la Piazzetta a vu s'asseoir le milieu mondain le plus prestigieux du monde de la littérature, du cinéma, de la mode et de la politique. Rançon de la gloire, la petite ville de Capri est aujourd'hui envahie par les touristes ; au plus fort de l'été, jusqu'à 20 000 visiteurs arrivent chaque jour.

Si Capri la merveilleuse est un peu snob, sa discrète voisine, Anacapri, offre davantage d'authenticité et de douceur de vivre à l'italienne. Plus tranquille, ce joli bourg fut aussi le refuge de nombreux écrivains (Colette, Moravia ou Graham Greene), et reste vivant douze mois par an. Perché sur la partie haute de l'île, il offre un vieux centre aux ruelles ombragées, aux murs dissimulant des jardins où résonnent des rires d'enfants, ainsi que de beaux monuments, comme la petite église baroque San Michele réputée pour son pavement entièrement couvert de majolique - un chef-d'oeuvre de Leonardo Chiajese. C'est aussi dans la campagne d'Anacapri que se nichent certaines des plus belles maisons, dont l'ancienne tour romaine rénovée par Diego Della Valle. Du haut de ses 589 mètres, le mont Solaro, point culminant de l'île, domine la ville, et à son pied, la fameuse grotte Bleue vous attend. Anacapri est conseillée pour ceux qui souhaitent circuler tranquillement et séjourner à des prix plus raisonnables.

Alors plutôt ambiance jet-set ou découverte d'une île sauvage pleine de charme ? Quoi qu'il en soit, Capri saura séduire les amateurs de mondanités et de dolce vita, mais aussi conquérir le coeur des aventuriers qui arpenteront ses sentiers dans la nature sauvage.

 

PANORAMAS À COUPER LE SOUFFLE

Plusieurs promenades, peu fréquentées bien que longeant la mer, sont conseillées pour apprécier le concentré d'architecture et d'histoire de l'île. Il faut prendre son temps pour sillonner ces quelques 1 000 hectares de nature et de culture, et partir à la découverte de ce que Pablo Neruda a appelé " la Capri celée, où l'on ne pénètre qu'au terme d'un long pèlerinage... ".

- Belvedere di Punta Cannone : en empruntant la via Madre Serafina depuis Capri, on monte tranquillement sous les pins vers le belvédère Cannone, situé en bord de falaise et à seulement quelques minutes de l'agitation du centre-ville. Ce point de vue magique permet d'admirer la mer qui s'étend à perte de vue, les petites maisons blanches agrippées à la roche, et les célèbres Faraglioni, trois immenses écueils pointus qui surgissent de la mer. Ces énigmatiques colosses de roches ont été engendrés par l'érosion séculaire des eaux, formant des fissures, des cavités et de très beaux arcs naturels. 

Giardini di Augusto : sur les hauteurs de l'île, les superbes jardins d'Augustestructurés en une série de terrasses fleuries donnant sur ​​la mer, offrent également une vue inoubliable sur le mont Solaro, la baie de Marina Piccola et la sinueuse Via Krupp, accrochée en lacets serrés sur le flanc de la montagne.

- Mont Solaro : depuis la piazza Vittoria à Anacapri, il est possible d'accéder au point culminant de l'île, le mont Solaro (589 mètres d'altitude), par un télésiège monoplace (les plus courageux, ou ceux qui ont le vertige, préfèreront faire l'ascension à pied !). De son sommet, on jouit d'un panorama grandiose sur tout Capri, mais aussi sur toute la baie de Naples, le Vésuve et la côte amalfitaine.

la Migliera : cette ancienne voie romaine, bordée de maisons blanches et de vergers d'agrumes, relie les hauteurs du mont Solaro à Anacapri. Avec vue sur le golfe de Naples et l'île d'Ischia, ce chemin mène au belvédère de la Migliera, abrité par les pins, d'où l'on peut admirer la falaise déchiquetée de la Marmolada et le phare de Punta Carena.

Et impossible de venir à Capri sans embarquer pour une promenade en mer, visiter la fameuse grotte Verte (grotta Verde) et sa couleur émeraude, la côte nord toujours plus abrupte avec ses roches imposantes en à plomb, et les majestueuses ruines des bains de Tibère (bagni di Tiberio). Criques, calanques, arches naturelles, versants raides et escarpés, hautes falaises ou larges baies verdoyantes, Capri doit impérativement être vue aussi côté mer.

Vous avez probablement tout entendu à son sujet, le meilleur comme le pire... Mais vous l'aurez compris, Capri, la perle du golfe napolitain, se savoure lentement, loin de la frénésie des touristes pendulaires d'une journée. 

 

CAPRI, LA COURTISÉE

La jet-set, mais aussi de grands industriels et nombre d'intellectuels, raffolent de ce caillou à la fois rugueux et raffiné, convivial et superficiel. On se croirait à Portofino ou Saint-Tropez ! Car à Capri, on entre dans une fête des sens : mer bleue turquoise, tonalités de mille fleurs, falaises abruptes, criques féeriques, panoramas à couper le souffle, senteurs d'agrumes, couchers de soleil inoubliables... Seule la foule, appareils photos en bandoulière, est un peu gênante. Les curieux débarquent par milliers chaque jour, transformant la petite ville de Capri en Montmartre géant.

Ici, on aimerait la solitude qui incite naturellement à la contemplation. Ce calme qu'il est possible de savourer au petit matin ou le soir venu, lorsque les derniers bateaux reprennent le cap vers la côte (c'est d'ailleurs pour cette raison que nous vous conseillons de rester au moins une nuit sur l'île).

Victime de son charme, cette terre très touristique réserve donc quelques désagréments qu'il vaut mieux connaître avant son séjour. Par souci de transparence, nous jugeons important d'aborder notamment " l'expérience " de la grotte Bleue (grotta Azzurra), grotte naturelle étonnante aux magnifiques jeux de la lumière, très prisée des japonais, mais qui peut s'avérer amère sans recommandations préalables. Mieux vaut donc s'y rendre tôt le matin, car l'attente peut frôler les deux heures en plein après-midi, sous un soleil de plomb. La grotte est magnifique, avec des eaux bleues et claires, mais il faut payer le prix fort (compter 15 € par personne pour le trajet en bateau depuis Marina Grande, 14 € par personne pour l'accès à la grotte en barque, plus le pourboire réclamé haut et fort par les rameurs). Liquide obligatoire ! La visite dure en tout et pour tout cinq minutes. Voilà, vous savez tout !

 

STYLE CAPRIOTE ET ARTISANAT INSULAIRE

Muse inspiratrice, l'île a donné naissance à un style vestimentaire chic et décontracté, issu de l'artisanat local : colliers en corail, sandales et pantalon capri à ourlet. Inspirant de nombreux créateurs de mode, le style Capri évoque une nonchalante élégance qui a traversé les décennies. Pour un caprice mode, vous trouverez dans les rues commerçantes de Capri de nombreuses bijouteries de corail, l'or rouge de Méditerranée, ainsi que pléthore de boutiques déclinant le célèbre pantalon corsaire, lancé à la fin des années 1940 par la styliste allemande Sonja de Lennart. Puis direction Anacapri, chez le charismatique Antonio Viva, pour dénicher la paire de sandales artisanales en cuir faites main et sur mesure.

Une autre maison authentique et chargée d'histoire mérite le détour, le créateur de parfum Carthusia. La légende raconte qu'en 1380, le père prieur de la chartreuse Saint-Jacques (certosa di San Giacomo) créa une eau parfumée avec les plus belles fleurs de l'île pour accueillir la reine Giovanna d'Angio. Aujourd'hui, la tradition perdure, les méthodes de production limitée sont les mêmes que celles utilisées par les frères chartreux, à partir de matières premières naturelles de haute qualité. Les fragrances de romarin, cueilli sur le mont Solaro, sont destinées aux hommes, tandis que l'oeillet giroflé sauvage constitue la base des produits féminins. 

L'île regorge également de magnifiques céramiques, ornées de motifs géométriques ou de représentations figuratives, qui cultivent le goût de la fantaisie et du détail. Quelques artisans travaillent encore traditionnellement l'art de la céramique, peinte à la main. 

 

ET DANS L'ASSIETTE ?

Liée aux traditions à la fois maritimes et paysannes de l'île, la gastronomie capriote est riche, savoureuse et gorgée de soleil. Néanmoins, il faut savoir se frayer un chemin entre les regrettables " attrapes-touristes ", où l'on sert un menu " international ", et les véritables restaurants de cuisine traditionnelle.

En entrée, deux spécialités pour vous mettre en appétit : l'insalata caprese, la célèbre salade de tomates fraîches, au goût incomparable, mozzarelle au lait de bufflonne et basilic, arrosée d'huile d'olive, et les raviolis farcis au fromage, tomates et sauge. Parmi les plats typiques, prisés des amateurs de saveurs méditerranéennes, figurent la pasta aumm aumm (pâtes aux aubergines, tomates et mozzarelle de bufflonne), la chiummenzana (spaghettis, huile d'olive, ail, piment, basilic et origan), les anchois marinés, les calamars farcis, ou encore le poulet cuit dans une brique en terre cuite. N'oublions pas le fromage caprese, un mélange de ricotta et de mozzarelle. Pas de festin italien sans douceur : au menu, la torta caprese, gâteau au chocolat noir et amandes, le caprilù, pâte d'amandes au citron, ou bien les beignets à la crème de citron. Vous prendrez bien un verre de limoncello pour finir ! La liqueur de citron est née à Capri !

 

QUAND

Sauf si l'on aime les bains de foule, Capri n'est pas conseillée en haute saison. Pour en apprécier le charme à sa juste mesure, préférez les mois d'avril à juin et de septembre à octobre. Le climat de l'île est connu pour être très doux et ensoleillé toute l'année, propice à de belles balades. 

 

DURÉE

Dommage que la plupart des touristes ne passent qu'une seule journée à Capri. Pour ressentir l'ambiance particulière de l'île et découvrir le maquis sillonné de chemins secrets, il est conseillé d'y rester au moins une nuit.

 

PUBLIC

L'île satisfait autant les flambeurs penchant jet-set que les amateurs de nature. Si le voyageur est amateur de marche et de belles vues, Capri est incontournable (sachez que les ruelles escarpées ne pourront révéler leurs secrets qu'aux plus vaillants). Les amateurs de shopping trouveront aussi leur bonheur, entre boutiques de marque et petites échoppes d'artisans. Par contre, les amateurs de bains seront forcément un peu déçus car les plages sont rares à Capri, et les plus belles criques ne sont accessibles que par bateau ; ce qui en fait une destination peu propice aux familles. 

 

BUDGET

L'île que le monde s'arrache est chère, autant se le dire. Destination huppée, Capri est exigeante niveau budget. Un café sur la Piazzetta vous en coûtera 6 €. Hors saison, vous pourrez trouver des chambres à partir de 65 €, mais les prix grimpent en flèche en saison. Pour épargner son portefeuille, nous recommandons de dormir à Anacapri, où l'on trouve nombre de petites pensions, chambres d'hôtes et autres logements bon marché. Ne cherchez pas à camper, c'est interdit !

 

SE DÉPLACER

- A l'arrivée : les bateaux accostent au port principal de Marina Grande. De là, on peut se rendre au centre-ville de Capri en dix minutes de bus ou cinq minutes de funiculaire, ainsi qu'à Anacapri en quinze minutes de bus (2 € le ticket simple entre Capri et Anacapri, 10 € par personne le ticket journée).

- Sur place : Capri est une île photogénique mais tortueuse, pleine de routes minuscules et de chemins escarpés. Durant la haute saison, il est interdit aux touristes de louer une voiture, et la location de scooter est conseillée aux expérimentés. On se déplace en minibus (qui constituent une véritable aventure à eux seuls), en taxi (tous cabriolets au style rétro, unique à Capri !) ou à pied.

 

UTILE

-> OFFICE DE TOURISME

Trois centres d'information touristique sont répartis sur l'île : sur la Piazzetta, sur le port de Marina Grande et à Anacapri.

www.capritourism.com

 

-> LIAISONS MARITIMES

L'île est desservie en ferry ou hydroglisseur depuis Naples, Sorrente ou Amalfi, par plusieurs compagnies, dont la SNAV et Caremar.

Bien que de taille modeste, il faut parfois un peu de temps pour rejoindre le port de Marina Grande ; tenez-en compte quand vous devez prendre le ferry du retour !

www.traghetti.com

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