Guide de CANCÚN : Histoire

Durant la période comprise entre 1,6 million d'années et 10 000 ans (Pléstocène, connu comme Ère glaciaire), la végétation de la Péninsule était totalement différente de celle qu'on observe actuellement. La grande plaque était recouverte des steppes parcourues par une faune totalement différente de celle - tropicale - d'aujourd'hui : mastodontes comme le mammouth, paresseux géant, tigre à dent de sabre, etc. Les fossiles de cette faune de grande taille sont régulièrement retrouvés dans les cenotes et rivières souterraines du nord de la Péninsule du Yucatán. Fin 2017, l'actualité a justement été marquée par la découverte d'une connexion entre les grottes sous-marines de Sac Actun et Dos Ojos (à proximité de Tulum), devenant ainsi le plus grand système de grottes souterraines connu à ce jour (347 km), détrônant celle de Ox Bel Ha (269 kilomètres) située plus au sud. Plus qu'une découverte géologique (on imagine que la quasi-totalité des grottes sous-marines de la Péninsule sont reliées entre elles), il s'agit surtout du site archéologique submergé le plus important au monde, puisque l'explorateur Robert Schmittner évoque plus d'une " centaine de contextes archéologiques, parmi lesquels se trouvent les traces des premiers colons d'Amérique, ainsi que celles de la faune disparue et, bien sûr, celles de la culture maya ".

C'est d'ailleurs dans le réseau Sac Actun que le squelette le plus complet et ancien de tout le continent américain avait également été retrouvé (Zona Arqueológica de Hoyo Negro, Tulum) en 2007. Vieux de 12 000 à 13 000 ans, le squelette de Naia vient confirmer le lien entre les premiers colonisateurs du continent et les groupes indigènes actuels : la jeune femme d'origine asiatique proviendrait des tribus qui ont traversé le détroit de Béring lors de la fin dernière ère glaciaire. Avant de faire une chute mortelle dans la grotte.

Le peuplement du continent américain

La version la plus communément acceptée sur le peuplement du continent américain jusqu'à la fin des années 1990 veut en effet que les ancêtres des actuels Amérindiens aient traversé le détroit de Béring à pied à une époque où celui-ci était asséché, à la poursuite de troupeaux de mammifères terrestres (il y a environ 13 000 ans). Arrivant par vagues successives de migration, ils seraient ensuite descendus vers le sud, en empruntant un corridor libéré des glaciers à l'est des montagnes Rocheuses, pour se répandre peu à peu sur l'ensemble du continent.

Une autre version qui prend consistance depuis le début du siècle imagine la possibilité d'une arrivée et de l'exploration de la côte Pacifique du continent par cabotage, en longeant tout d'abord les côtes du détroit de Béring puis en explorant le continent jusqu'au sud par la suite. Des fouilles menées actuellement sur l'île de Triquet (côte Pacifique du Canada) viennent accréditer cette hypothèse. Ils sont le fait de pêcheurs de gros mammifères marins qui auraient pu arriver sur la côte Pacifique du continent par bateau : la chronologie est bouleversée puisque cet établissement daterait d'il y a 14 000 ans ! Ces découvertes corroborent la tradition orale de la nation Heiltsuk, qui rend compte de l'existence d'une civilisation côtière très ancienne, ancêtre des habitants actuels de la région.

Ces villages ne présentent pourtant pas les plus anciennes traces d'activité humaine en Amérique du Nord : des restes d'animaux retrouvés dans les grottes de Blue Fish attestent en effet d'une activité dans la province du Yukon (nord-ouest du Canada) il y a déjà 24 000 ans, soit bien avant les grandes vagues (supposées) de colonisation du continent.

Le chercheur mexicain Escalante Gonzalbo n'y va lui-même pas de main-morte puisque dans le recueil d'histoire édité par le très réputé Colegio de Mexico, il affirme que les vagues de peuplement ont débuté il y a 40 000 ans, et que les plus anciennes traces de présence d'être humain sur le territoire de l'actuel Mexique datent d'il y a 35 000 ans.

Enfin, le jeudi 27 avril 2017, un article publié dans la revue Nature affirme que la preuve irréfutable d'une présence humaine datant d'il y a quelque 130 000 ans a été retrouvée en Californie, provenant d'une ramification de notre espèce antérieure à l'homme moderne - avant même que notre ancêtre homo sapiens ne quitte les steppes d'Afrique orientale - et qui n'aurait cependant pas laissé de descendance sur le continent...

La civilisation olmèque

En Mésoamérique, l'agriculture du maïs, des haricots et du piment se développe à partir de 7 000 ans avant notre ère. C'est finalement la sédentarisation durable de peuples nomades ou semi-nomades de chasseurs-cueilleurs qui est à l'origine de la civilisation sur le continent américain, environ 4 000 ans avant Jésus-Christ (généralisation de l'agriculture et de la céramique). Selon certains chercheurs, la première culture mésoaméricaine clairement identifiée se développe alors dans la région du Soconusco (côte Pacifique du Chiapas, à la frontière avec le Guatemala), où un peuple mixe-zoque allait commencer à édifier des cités en pierre et maîtriser les techniques de poterie et céramique ; les échanges qu'ils allaient entretenir avec d'autres groupes du golfe du Mexique auraient créé les conditions à la floraison de la première grande culture mésoaméricaine connue, celle des Olmèques (ère préclassique, à partir du XVe siècle avant J.-C.), qui allait rayonner sur de grandes parties de l'actuel territoire mexicain. Pourtant, le terme " Olmèque ", plutôt que de faire référence à un " centre civilisationnel " qui se serait répandu, ferait plutôt référence à un grand nombre de centres épars partageant des traits culturels développés simultanément par échanges réciproques. Sa zone de référence la plus connue se situait dans la région du golfe du Mexique, près de Veracruz et de Tabasco ; mais on retrouve des traces de ces traits culturels jusque dans le centre du pays (Chacatzingo, dans l'Etat de Morelos et aussi loin que dans l'Etat actuel du Guerrero). D'où venaient les Olmèques, quelle langue parlaient-ils et que devinrent-ils ? Autant de mystères qui dessinent le cadre général de l'histoire de toutes les civilisations fondatrices du Mexique. Ce que nous savons de l'architecture et des coutumes des Olmèques provient des emprunts qu'en firent des civilisations plus récentes. Cette culture technologiquement avancée, qui semble avoir surgi de nulle part, est à l'origine d'une urbanisation développée, de canaux d'adduction et de l'utilisation d'un calendrier qui allait fortement influencer le calendrier maya.

Le début de la civilisation maya : période dite préclassique (2000 av. J.-C. à 250 apr. J.-C.)

Vers 2000 av. J.-C., les groupes mayas de cueilleurs-chasseurs commencent à s'adonner à l'agriculture et se mettent à cultiver le maïs, le frijol, la courgette et le piment. Des petits centres de population se créent au nord et au sud de la péninsule du Yucatán : Dzibilchaltún, Izamal, Cobá, Tikal (Région du Petén), Ek Balam, Edzná et Calakmul. Les Mayas commencent à pratiquer l'urbanisme et les centres de population deviennent des villes. La promiscuité aidant, les Mayas font alors de grandes avancées culturelles et techniques et peaufinent certaines des inventions (ou emprunts) qui deviendront représentatives de leur civilisation : le calendrier maya, l'écriture en glyphes, la voûte en encorbellement.

L’apogée de la civilisation maya : période dite classique (250 apr. J.-C à 1000)

À partir de 250 ap. J.-C., les grandes villes de la péninsule - Uxmal, Izamal, Cobá, Calakmul, Ek Balam, Chichén Itzá - consolident leur pouvoir et placent sous leur hégémonie les autres cités de la région - Edzná, Dzibilchaltún, Xel Há, Sayil, Labná, Kabah - via des batailles ou des alliances politiques et matrimoniales. Ces cités opèrent comme des cités-États, soumises au pouvoir d'un chef appelé halach uinic, qui gouverne la ville au nom d'une divinité particulière, aidé par une classe dirigeante constituée de prêtres et de hauts dignitaires. La fonction d'halach uinic était héréditaire. Les habitants de la cité lui devaient obéissance et lui apportaient certains tributs en travail ou en espèce. Les halach uinic avaient un caractère quasi sacré ; leurs corps étaient souvent enterrés à l'intérieur des pyramides avec de riches offrandes composées de pierre de jade - cas des sites de Palenque, Calakmul et Dzibanché - pour affirmer leur pouvoir après la mort.

Durant la période classique, la planification urbanistique se développe. La classe dirigeante fait construire des chemins appelés sacbeob pour relier les différentes villes, tandis que les centres urbains s'agrandissent et s'enrichissent de nouveaux édifices. Les édifices sacrés et les principaux temples sont agencés d'une façon particulière pour être en harmonie avec les cycles solaires et astronomiques. La civilisation maya atteint son apogée esthétique. Le style architectural Bec, caractérisé par l'usage de tours décoratives et d'escaliers impraticables qui conduisent à de faux temples, se développe dans le sud de la péninsule. Dans la partie centrale, les nouvelles constructions sont décorées de motifs géométriques complexes, comme la façade du palais du Gouverneur à Uxmal, qui constitue l'un des meilleurs exemples du style architectural Puuc. Sur les murs des temples et des palais, les sculpteurs et peintres se mirent à narrer les batailles et les exploits de la classe gouvernante ; l'histoire des dynasties dirigeantes et les prophéties sont aussi racontées en glyphes sur des stèles ou des feuilles en amatl - les fameux codex - dont certaines sont parvenues jusqu'à nos jours.

À la fin de la période classique, la représentation des dieux gagne en importance et il devient nécessaire de légitimer le droit de la classe gouvernante à diriger. Cette situation permet à la classe sacerdotale d'accroître son pouvoir. Les rites religieux se font plus complexes et de nouvelles pratiques, notamment les sacrifices humains, sont introduites.

À l'époque du Classique Tardif (800-1000), les actes belliqueux entre cités-États se multiplient pour le contrôle des routes commerciales, des matières premières et l'obtention de prisonniers : Toniná contre Palenque, Calakmul contre la cité maya de Tikal. La première guerre entre Tikal et Calakmul remonte au VIe siècle et s'est soldée par la victoire du royaume de Kaan (Royaume du Serpent ou Calakmul). Mais en 695, après l'institution du nouvel ajaw de Tikal, Jasaw Chan K'awiil, les deux royaumes se livrent une nouvelle guerre, qui s'achève par la capture et le sacrifice des principaux chefs de guerre de Calakmul, entraînant le déclin progressif du Royaume du Serpent. En 744, le royaume de Kaan perd les deux royaumes qui se trouvaient sous sa protection, El Naranjo et El Perú. Les stèles trouvées sur le site archéologique de Calakmul nous parlent de l'ascension au pouvoir d'un nouveau gouvernant de la cité en 909, mais témoignent aussi de la décadence du royaume de Kaan, car les inscriptions hiéroglyphes n'ont pas la beauté qu'elles avaient durant la période classique.

Vers la fin du VIIIe siècle arrive un nouveau groupe maya en provenance du sud de la péninsule, les Itzáes. Ils s'établissent à Chichén Itzá et grâce à leur caractère guerrier et au contrôle des routes commerciales, ils consolident rapidement leur pouvoir et étendent leur domination sur tout le nord de la péninsule, au détriment de la cité d'Uxmal. La ville de Chichén Itzá se pare de nouveaux édifices et les Itzáes, qui étaient en contact avec des villes de la région centrale du Mexique, encouragent le culte de nouveaux dieux, notamment celui de Kukulcán, le serpent à plume, transposition du dieu Quetzalcóatl qui était vénéré à Tula. A la fin du XXe siècle, les Itzáes s'allient avec les Tutul Xiúes d'Uxmal et les Cocomes de Mayapán, donnant naissance à la Ligue de Mayapán qui allait contrôler une grande partie du territoire de la péninsule.

Le panthéon maya

On sait grâce aux codex qui sont parvenus jusqu'a nous (codex de Dresde, de Madrid et de Paris) que la civilisation maya vénérait de nombreux dieux, mais on ne sait pas exactement quand leur culte a commencé. Certains archéologues pensent que les dieux du panthéon maya qu'on connaît actuellement ne seraient apparus qu'à la fin de la période classique (250 apr. J.-C.-1000), avec l'arrivée des Itzáes, et qu'auparavant, les premières sociétés mayas honoraient certaines divinités qui n'avaient pas de nom ni de visage bien définis. À défaut de pouvoir tous les énoncer, voici une présentation des principaux dieux du panthéon maya :

Itzamná, le dieu créateur. Itzamná est le prêtre qui guida les Mayas chanes venus s'installer à Chichén Itzá. Par la suite, il fut élevé au rang de divinité. C'est le dieu suprême du panthéon maya, le créateur de toutes les choses. Il est capable d'ouvrir le portail menant au monde des esprits. Ce dieu est également l'inventeur de l'écriture et le patron du savoir et des sciences. Il est généralement représenté comme un vieillard.

K'inich Ajaw, le dieu du Soleil. Le tout-puissant dieu du Soleil a deux visages. Le jour, on le nomme K'inich Ajaw. La nuit, il se transforme en jaguar pour descendre dans le monde inférieur et devient le seigneur du monde souterrain. Il est représenté par une figure anthropomorphe qui possède une barbe, des oreilles de jaguar et des yeux qui montrent un fort strabisme.

Nal, le dieu du Maïs. Comme le dieu du Soleil, le dieu du Maïs est associé à la vie et à la mort. Il traverse le ciel, descend dans le monde inférieur, où il renaît, et retourne dans le monde céleste. Les Mayas le représentent sous la figure d'un homme jeune présentant une importante déformation du crâne.

Yum Kimil, le seigneur de la Mort. De nombreux dieux mayas habitent le monde inférieur. Le dieu le plus important de ce monde est Yum Kimil, que les Mayas appellent aussi Ah Puch, Kimi ou Kisin. Il est représenté sous la forme d'un corps humain squelettique, qui présente des signes de putréfaction (ventre gonflé, émanation d'odeurs fétides au niveau du nez et de l'anus, colliers et bracelets en forme d'oeil).

Chaak, le dieu de l'Eau et de la Pluie. Chaak est un monstre à l'aspect de dragon avec une tête de crocodile et des oreilles de cerf. Il peut porter un vase avec de l'eau, une hache pour lancer des éclairs ou une torche, qui fait allusion aux époques de sécheresse. Dans l'histoire de la création, les Chac faisaient tomber la pluie en versant leur sang et provoquaient les éclairs en projetant leurs lances.

Ixchel, la déesse de la Lune. C'est une déesse associée à la grossesse, à l'acccouchement, mais assi à la médecine, aux tissus, à la peinture, à la fertilité de la terre et à la nuit. Elle est représentée sous la figure d'une jeune femme, mais parfois aussi d'une vieillarde. Elle possède également une facette destructrice, qui peut provoquer des catastrophes et des inondations.

Kukulcán. Ce dieu est associé aux phénomènes de résurrection et de réincarnation. C'est aussi le dieu des quatre éléments. Il peut être représenté de différentes manières : par un jaguar, un aigle, une piscine de sang, une flûte d'os ou encore un escargot.

Chronologie

2000 av. J.-C.-250 apr. J.-C : Fondation des premières cités mayas.

250-800 : Apogée des grandes villes mayas, notamment Uxmal, Cobá, Calakmul, Izamal et Ek Balam. Développement du style Puuc.

800-1000 : Arrivée des Itzáes et essor de Chichén Itzá. Début du culte de Kukulcán.

1200 : Chute de Chichén Itzá. Essor de Mayapán.

1400 : Chute de Mayapán. Déclin de la civilisation maya.

1517 : Francisco Hernández de Córdoba découvre la péninsule du Yucatán.

1519 : Arrivée d'Hernán Cortés au Mexique.

13 août 1521 : Hernán Cortés s'empare de Tenochtitlán, marquant la fin de l'Empire aztèque.

1527 : Première tentative de conquête de la péninsule.

1542 : Fondation de Mérida.

1543 : Fondation de Valladolid.

1544 : Fondation de Salamanca de Bacalar.

1547 : Fin de la conquête du nord-ouest de la péninsule.

1687 : Fin de la seconde étape de la conquête.

1727 : Début de la construction du fort de San Felipe de Bacalar.

1761 : Rébellion de Joseph Jacinto Uc de los Santos Canek.

1763 : Signature d'un accord qui permet aux Anglais d'occuper les rives du fleuve Walis, territoire qui deviendra au XXe siècle l'État du Belize.

1821 : Le Yucatán proclame son indépendance.

1825 : Promulgation de la première Constitution du Yucatán.

1829 : Premier coup d'État procentraliste.

1834 : Deuxième coup d'État procentraliste.

1840 : Retour des des fédéralistes. Le Yucatán se sépare du Mexique.

1842 : L'armée mexicaine envahit le Yucatán. Défaite des troupes mexicaines.

1847 : Début de la guerre des Castes.

1848 : Le Yucatán réintègre définitivement le Mexique.

1858 : Formation de l'État du Campeche.

1901 : L'armée mexicaine s'empare de Chan Santa Cruz, la capitale des cruzoob. Création du territoire du Quintana Roo.

1911 : Grève des cheminots.

1915 : Entrée de Salvador Alvarado dans Mérida. Début de la Révolution au Yucatán. Libération des ouvriers agricoles et promulgation de la Ley estatal del trabajo. Augmentation du prix de vente du sisal.

1922 : Felipe Carrillo Puerto, candidat du Parti socialiste, est élu gouverneur du Yucatán. Début de la répartition agraire.

1923 : Coup d'État d'Adolfo de la Huerta.

1924 : Exécution de Felipe Carrillo Puerto. Restauration de l'ordre constitutionnel.

1929 : Crash de Wall Street. Crise économique au Yucatán.

1937 : Répartition des terrains agricoles dédiés à la culture du sisal.

1938 : Création d'Henequeros de Yucatán, institution responsable de la commercialisation du sisal, à l'état brut ou sous forme manufacturée.

1969 : Création de la ville de Cancún.

1974 : Le territoire du Quintana Roo devient un État fédéré.

1984 : Víctor Cervera Pacheco, du Partido Revolucionario Institutional (PRI), est nommé gouverneur par intérim du Yucatán. Mise en place d'une politique proactive pour attirer les investissements étrangers et diversifier l'économie du Yucatán. Modernisation du port de Puerto Progreso.

1990 : Le Partido Acción Nacional (PAN) remporte la mairie de Mérida. Début de l'alternance politique au niveau municipal.

2006 : Felipe Calderón Hinojosa, du PAN, est élu président du Mexique.

2008 : La violence générée par la guerre contre les cartels de la drogue devient visible dans la péninsule du Yucatán : 12 vendeurs de drogue sont décapités.

2010 : Gregorio Sánchez Mártinez, candidat du Partido Revolucionario Democrático (PRD) au poste de gouverneur du Quintana Roo, est arrêté, accusé de trafic de drogue par des témoins protégés. Il est innocenté et libéré en juillet 2011.

2012 : Enrique Peña Nieto, du PRI, est élu président du Mexique. Il s'allie avec les Partis d'opposition PAN et PRD dans le cadre du "Pacto Por México".

2014 : 43 étudiants d'Ayotzinapa (état de Guerrero) disparaissent dans la ville d'Iguala, lors d'une attaque d'un commando qui se déroule en présence des différents corps de police et d'armée mexicaines. Ils n'ont toujours pas réapparu à ce jour et figurent parmi les milliers de victimes de la répression politique.

2017 : le journal d'investigation Animal Politico révèle les dessous du système de mise à sac des caisses de l'état par les membres du gouvernement d'Enrique Peña Nieto et son parti politique (PRI).

2018 : Andres Manuel Lopez Obrador (Morena) remporte les élections présidentielles avec une écrasante majorité (53 %), devant Rocardo Anaya (PAN, 22,5 %) et Arturo Meade (PRI, 16,5 %). Il obtient également la majorité absolue à la Chambre des députés et au Sénat.

Le déclin culturel des Mayas : période dite postclassique (1000 à 1500)

L'hégémonie exercée par les Itzáes et Chichén Itzá au sein de la Ligue de Mayapán entraîne le déclin des autres villes de la péninsule (Cobá notamment) et empêche l'essor de nouvelles cités. À partir de l'an Mille, la civilisation maya commence à entrer dans une période de décadence. Les villes cessent de s'agrandir et de s'embellir. Pendant un temps la population restera habiter dans les cités, puis les villes qui avaient autrefois été si florissantes (Uxmal, Cobá) sont abandonnées.

A la fin du XIIe siècle, un Cocome, Hunac Ceel, fut jeté dans le cénote sacré des Itzáes, porte d'entrée à l'inframonde, mais celui-ci survécut au sacrifice, situation qui le convertit en guide spirituel des Cocomes. Considérant qu'Hunac Ceel manquait de sagesse pour exercer les fonctions de Halach Uinic, les Itzáes refusèrent de le reconnaître, ce qui conduisit à la désintégration de la Ligue de Mayapán. Les Cocomes entrèrent en guerre contre les Itzáes, qui prirent la fuite et se réfugièrent dans la région du Petén. L'hégémonie régionale passa aux mains de la cité de Mayapán, mais la classe gouvernante de cette cité se montra très autoritaire, gouvernant à l'aide de mercenaires qui capturaient des gens et en faisaient des esclaves. Deux siècles plus tard, elle fut massacrée lors d'un soulèvement. Lorsque les Espagnols découvrirent la péninsule au début du XVIe siècle, il n'existait plus de centre politique régional. Les Mayas continuaient à fréquenter les temples des anciennes cités pour honorer leurs dieux, mais vivaient dispersés, sous l'autorité de chefs locaux appelés halach uinic. Les sites les plus prospères étaient les centres de population de la côte sud du Quintana Roo - Tulum, Muyil, El Meco, El Rey - grâce au développement du commerce maritime.

Les Espagnols découvrent la péninsule du Yucatán

La première région du Mexique où débarquèrent les Espagnols fut la péninsule du Yucatán. Ils avaient découvert Cuba en 1492 et en 1517, le gouverneur de l'île, Diego Velázquez de Cuéllar, décida d'envoyer deux bateaux vers l'ouest dans l'intention de découvrir de nouvelles terres et de ramener des esclaves. L'expédition dirigée par Francisco Hernández de Córdoba cherchait à atteindre les îles de la Baie, au Honduras, mais en chemin, une tempête dévia les navires de leur route, provoquant le débarquement involontaire des Espagnols sur les côtes de l'actuel État du Quintana Roo, vraisemblablement à Isla Mujeres ou à Punta Catoche, qui se trouve à quelques kilomètres au nord de la ville de Cancún. Les Espagnols remontèrent la côte vers le nord, mais arrivés à Chakán Putum, ils furent attaqués par les Mayas et choisirent de rentrer à Cuba.

En 1518, le gouverneur Velázquez lança une deuxième expédition vers ces terres que les Espagnols pensaient que les Mayas appelaient " Yucatán ". Mais il s'agissait en fait d'une mauvaise interprétation des Espagnols qui, en entendant répéter les Mayas yucatán, yucatán, pensèrent que c'était le nom que les Indiens donnaient à leur pays, alors que yucatán signifie en langue maya " je ne te comprends pas ". Une expédition débarqua sur l'île de Cozumel, explora un peu la côte sud - Zamná (Tulum), baie de la Ascención (réserve de biosphère de Sian Ka'an) -, puis longea la péninsule vers le nord, comme l'avaient fait ses prédécesseurs. L'expédition fut de nouveau attaquée à Chakán Putum mais, sortie victorieuse de la bataille, elle réussit à avancer jusqu'à l'actuel État de Veracruz, avant de lever l'ancre pour Cuba.

La troisième expédition, dirigée par Hernán Cortés, quitta Cuba en février 1519. L'expédition débarqua de nouveau sur l'île de Cozumel et, après avoir retrouvé l'un des deux naufragés espagnols qui avaient été fait prisonnier par les Mayas huit ans plus tôt, elle fila vers Veracruz, d'où elle se lança à la conquête de l'Empire aztèque et de sa capitale, la grande Tenochtitlán. Concentrés à vaincre les Aztèques dont le centre de pouvoir se trouvait à des milliers de kilomètres de là, les Espagnols laissèrent en paix les Mayas et la péninsule du Yucatán retomba pour quelques années encore dans sa torpeur.

Une conquête difficile (1527-1687)

La première tentative de conquête de la péninsule du Yucatán intervient en 1527, six ans après la chute de Tenochtitlán et de l'Empire aztèque le 13 août 1521. C'est Francisco de Montejo, surnommé " el Adelantado ", qui fut chargé de la mission par Charles Quint pour avoir participé à la troisième expédition d'exploration Yucatán aux côtés d'Hernán Cortés, avant que celui-ci n'entreprenne la conquête de l'Empire aztèque. El Adelantado et ses hommes débarquèrent sur l'île de Cozumel en 1527 et, après avoir été bien reçus par le chef local, ils s'aventurèrent sur la terre ferme et réussirent à avancer jusqu'au nord-est de la péninsule. Mais l'expédition était décimée par les maladies, épuisée par le manque de vivres et l'hostilité des Mayas, aussi fut-elle forcée de revenir sur ses pas. À son retour sur les côtes du Quintana Roo, Montejo apprit que les hommes de la troupe qui étaient restés attendre à Polé - l'actuel Xcaret - avaient été massacrés. Sans véritable perspective de victoire après un an de mission, Montejo abandonna la péninsule en 1528.

Trois ans plus tard, en 1531, el Adelantado entreprit une nouvelle mission de conquête, avec l'aide de son fils Francisco de Montejo, dit " el Mozo ", cette fois-ci à partir de la côte ouest de la péninsule. Quelques mois après leur arrivée, les Espagnols réussirent à fonder Salamanca de Campeche (1531). Mais l'expédition ne comprenait pas plus de 300 soldats et el Adelantado commit l'erreur de diviser ses troupes en deux, pour fonder au sud Villa Real de Chetumal (1531) et Ciudad Real de Chichén Itzá (1533). Confrontés à l'hostilité des Mayas, les Espagnols se virent contraints d'abandonner les territoires conquis. À Chetumal, la résistance contre l'envahisseur fut dirigée par Gonzalo Guerrero, un Espagnol qui avait fait naufrage sur les côtes du Quintana Roo en 1511 et avait été fait prisonnier par les Mayas avant d'épouser une Indienne. Il réussit à repousser les Espagnols, qui durent rebrousser chemin. L'armée qui fonda Ciudad Real de Chichén Itzá n'eut pas plus de chance. Les Espagnols tentèrent de regrouper leurs forces et fondèrent au nord Ciudad Real de Dzilam (1534), ville à partir de laquelle devait commencer le processus de colonisation. Mais les soldats étaient fatigués et aussi pauvres que cinq ans auparavant, aussi lorsqu'ils eurent entendu dire que de l'or avait été trouvé au Pérou, beaucoup désertèrent. Face à cette situation, Montejo fut de nouveau forcé d'abandonner la péninsule en 1535.

Malgré ses deux expériences infructueuses, el Adelantado ne renonça pas à ses instincts de conquérant et lança, à partir de 1540, une troisième opération de conquête, à laquelle participèrent son fils et son neveu, qui s'appelait également Francisco de Montejo. Les conquérants partirent de Campeche et avancèrent vers le nord, jusqu'à Tihó, où ils fondèrent le 6 janvier 1542 la ville de Mérida. Le chef maya de la province de Sotuta, Nachí Cocom, essaya d'assiéger la ville, mais les Espagnols réussirent à disperser les rebelles mayas, ce qui leur permit de prendre le contrôle des provinces autour de Mérida : Sotuta, Hocabá, Motul et Dzidzantún. Par la suite, le neveu de Montejo avança vers l'est de la péninsule et fonda en mai 1543 Villa de Valladolid, près du port de Conil (actuel village de Chiquilá). Les Espagnols réussirent également à prendre le contrôle de la province maya de Chetumal et fondèrent près de la lagune de Bacalar la ville de Salamanca, en 1544. Néanmoins, la présence espagnole dans la péninsule restait précaire. Le 9 novembre 1546, jour qui dans le calendrier maya correspondait au 5 cimí (mort) et 19 xul (fin), les provinces soumises se rebellèrent contre les conquérants espagnols. Des dizaines d'Espagnols furent sacrifiés, crucifiés ou brûlés dans les encensoirs à copal. Les Espagnols mirent près de quatre mois à reprendre le contrôle des territoires conquis.

L'écrasement de la rébellion mit fin au processus de conquête du nord de la péninsule. Néanmoins, la région comprise entre le Petén (actuel Guatemala du Nord), les montagnes Puuc et la lagune de Términos, qui était recouverte d'une dense forêt tropicale et difficile d'accès, échappa durant près de cent cinquante ans encore à la domination espagnole. De nombreux Indiens vinrent s'y réfugier pour fuir la famine, les épidémies et les nouveaux dieux que leur avaient imposés les conquérants. Entre 1602 et 1660, les Espagnols lancèrent plusieurs expéditions religieuses et militaires pour tenter de prendre le contrôle de cette région rebelle, mais ce n'est qu'en 1687, sous le gouvernement de Bruno Tello de Guzmán, qu'ils réussirent à concrétiser leur objectif et purent étendre leur domination à l'ensemble de la péninsule du Yucatán.

L’imposition du système colonial (1546-1600)

Pour véritablement asseoir leur influence sur les territoires conquis, les Espagnols devaient réorganiser la population et attaquer les piliers de l'ancienne société maya. Aussi, dès les premières années de l'époque coloniale, ils commencèrent à concentrer les Indiens qui autrefois vivaient éloignés les uns des autres dans les localités où habitait leur chef. Ces villages, aussi connus sous le nom de " réductions ", furent dotés d'une église et placés sous la protection d'un saint patron. Les moines franciscains contribuèrent à ce que le processus de concentration de la population avance rapidement, tant et si bien qu'en 1560, on dénombrait déjà 165 villages indiens organisés selon le schéma espagnol.

Les Espagnols s'attaquèrent également à la religion des vaincus et interdirent aux chefs mayas, dès 1552, de pratiquer leurs cérémonies païennes. Face à la résistance de la population, ils n'hésitèrent pas à recourir à la violence pour convaincre les Indiens d'abandonner leurs anciens rites et de se tourner vers la religion catholique. L'un des plus grands autodafés de la période coloniale eut lieu le 12 juillet 1562 dans le village de Maní, après la découverte d'idoles et d'ossements dans une caverne. Par la suite, les Espagnols se mirent à poursuivre les démons dans tous les villages de la région, torturant et tuant au nom de Dieu. Cependant, les actes de persécution religieuse provoquèrent un tel mécontentement au sein de la population que les Espagnols prirent peur qu'éclate une rébellion et l'évêque de l'époque, Francisco de Toral, ordonna de revenir à des méthodes moins agressives.

Les Espagnols étaient conscients que le maintien de la société maya reposait en grande partie sur les chefs gouvernants dits halach uinic ou batab, qui détenaient l'essentiel des pouvoirs religieux, militaires et civils, aussi tentèrent-ils par différents moyens de miner leur autorité. À partir de 1560, la gouvernance des villages commença à être confiée à des Indiens, nommés par les autorités coloniales et favorables au nouveau pouvoir en place. Les halach uinic, qui avaient déjà été privés de leurs droits économiques, se virent ainsi éloignés du pouvoir politique. La marginalisation des autorités traditionnelles fut facilitée par les épidémies successives qui décimèrent la population indienne à partir de 1566. Alors qu'on estimait à 232 576 la population indienne dans le nord de la péninsule en 1549, ils n'étaient plus que 170 000 en 1586.

D'un point de vue économique, les Indiens nouvellement soumis furent obligés de payer des impôts en espèces et en services, d'abord aux encomenderos, mais aussi à l'Église et au gouverneur pour aider à la construction des édifices publics et religieux dans les villes où résidaient les nobles espagnols. Comme il n'y avait pas d'or dans la péninsule, le principal butin convoité par les Espagnols fut la cire d'abeille et les toiles en coton tissés par les femmes mayas. Ces biens devinrent dès la fin du XVIe siècle les principaux produits d'exportation de la région et étaient acheminés depuis les ports de Sisal et Campeche jusqu'au port de Veracruz, où ils étaient ensuite répartis pour être vendus dans le reste du pays. Plusieurs autorités tentèrent de mettre un frein à l'exploitation et à la taxation démesurée des Indiens, mais l'avarice des Espagnols était telle qu'ils trouvèrent le moyen de contourner ces mesures et continuèrent à s'enrichir aux dépens des Mayas.

Révoltes indiennes, attaques de pirates et modernisation économique (1600-1812)

Face aux exactions politiques, religieuses et économiques commises par les Espagnols, des milliers d'Indiens choisirent de se réfugier dans la région du Petén, qui échappait encore au contrôle des colonisateurs. D'autres tentèrent de se rebeller et de mettre fin à la domination espagnole. Au cours des XVIIe et XVIIIe siècles, les révoltes mayas se succédèrent, comme par exemple en 1668, lorsque les Indiens de Sahcabchén et Popolá, au sud-ouest de la ville de Campeche, se mirent à tuer les Espagnols. L'une des rebellions les plus emblématiques de la période coloniale fut celle de Jacinto Uc de los Santos Canek, en 1761, qui s'autoproclama roi et déclara qu'il était temps de tuer tous les Espagnols. La rébellion fut rapidement étouffée et Canek brutalement exécuté, mais il est considéré aujourd'hui encore comme un héros indien.

Le centre du pouvoir de la péninsule était la ville de Mérida, où résidaient les plus hautes autorités politiques et religieuses de la province du Yucatán. Au-delà de cette région, la défense du reste du territoire se révélait difficile, du fait de l'étendue des côtes du littoral, de la faible densité de la population et du peu de moyens militaires dont disposait l'administration coloniale. Dès le XVIIe siècle, les Espagnols durent faire face à l'attaque des pirates anglais et français. Pour résister à ces assauts, ils procédèrent à la fortification du port de Campeche. Cependant, une colonie d'Anglais, attirés par l'abondance du campêche, un bois de teinture qui produit un colorant dont les teintes vont du bleu au rouge, réussit à s'installer près de la lagune de Términos. Les Espagnols parvinrent à les expulser en 1716, mais les coupeurs de bois, dits baymen, émigrèrent dans la région du fleuve Walis, s'aventurant jusqu'au fleuve Hondo, près de l'ancienne Villa de Salamanca de Bacalar, qui se trouvait abandonnée. En 1727, les Espagnols reprirent le contrôle de Bacalar, où ils édifièrent le fort de San Felipe, mais ils ne parvinrent pas à reprendre le contrôle des territoires autour du fleuve Walis. En 1763, ils signèrent un accord avec les Anglais, qui autorisait les baymen à occuper la région autour du fleuve Walis, région qui deviendra plusieurs siècles plus tard l'État du Belize.

Durant le dernier tiers du XVIIIe siècle, la province du Yucatán entra, comme le reste de la Nouvelle-Espagne, dans une phase de modernisation politique et économique, initiée depuis l'Espagne par les rois Bourbons. La Couronne autorisa la province à commercer librement avec les ports espagnols, ce qui motiva les colons à se lancer dans le commerce du campêche, dont la demande avait fortement augmenté suite à la révolution industrielle. Les colons développèrent également l'élevage et la culture du sisal, un agave dont la fibre était utilisée pour la fabrication de sacs et de vêtements, processus qui marqua le début des grandes exploitations agricoles appelées haciendas dans le nord-est de la péninsule. Pour faciliter le commerce, les intendants de la province envoyés par la Couronne modernisèrent les entrepôts du port de Campeche et la route qui unissait le port de Sisal à Hunucmá. La ville de Mérida fit également l'objet de travaux d'embellissement avec la construction de l'hospice de San Carlos et de l'Alameda.

Un processus d’indépendance pacifique (1812-1821)

En raison de son éloignement avec le centre du Mexique, la péninsule du Yucatán ne vécut pas les affres de la guerre d'indépendance. Néanmoins, durant toute la deuxième décennie du XIXe siècle, le destin de la province resta étroitement lié aux changements politiques que vivait l'Espagne. Après la promulgation de la Constitution de Cadix en 1812, qui reconnaissait des droits aux Indiens et proclamait la liberté de la presse, la province entra dans une phase de libéralisation : un nouveau système politique fut instauré, les Indiens furent exemptés de tout travail forcé et la presse écrite fit son apparition. Le retour de Ferdinand VII sur le trône en 1814 vint mettre un frein aux réformes et déclencha une vague de répression contre ceux qui avaient été les instigateurs de la libéralisation dans la péninsule. Les principaux agitateurs libéraux furent emprisonnés et les Indiens de nouveau obligés de verser une contribution aux curés. Néanmoins, la répression ne dura qu'un temps et à partir de 1817, les loges maçonniques reprirent la diffusion des idées libérales, notamment dans les villes de Mérida et de Campeche. Après la restauration de la Constitution de Cadix en Espagne en 1820, le système politique libéral fut rétabli dans la péninsule. Le 15 septembre 1821, les nouvelles autorités politiques apprirent que les forces indépendantistes se trouvaient à Tabasco et, après avoir été convoquées à une session d'urgence, elles proclamèrent l'indépendance de la province du Yucatán, sans qu'aucune balle ne soit tirée.

Entre fédéralisme et centralisme, la tentation de l’indépendance (1821-1848)

Le Yucatán vécut les premières années qui suivirent l'indépendance dans le calme. L'Assemblée nationale constituante mexicaine ayant opté pour le modèle de république fédérale, le Yucatán adhéra à la nouvelle nation et promulgua sa Constitution en 1825, laquelle établissait le fonctionnement des nouvelles institutions politiques de l'État et stipulait que le pouvoir exécutif serait exercé par une seule et unique personne dénommée gouverneur. Mais la classe gouvernante yucatèque se révéla incapable de résoudre les problèmes de déficit fiscal qu'affrontait la péninsule. Le manque de ressources financières était tel que le gouvernement n'avait pas les moyens de payer le salaire des troupes. Cette situation provoqua le mécontentement des élites militaires yucatèques, qui commencèrent à mettre en doute l'efficacité du fédéralisme et à promouvoir l'instauration d'une république centrale. Le 6 novembre 1829, les militaires organisèrent un coup d'État et nommèrent José Segundo Carvajal chef politique et militaire de la péninsule, établissant que le Yucatán ne se réintégrerait au Mexique que lorsque la nation aurait adopté le modèle de la république centrale. Les fédéralistes parvinrent à reprendre le pouvoir, mais les militaires imposèrent par les armes un nouveau coup d'État en 1834. Comme dans le même temps, la Constitution mexicaine avait été réformée pour adopter le modèle de république centrale, les militaires purent procéder à la réorganisation politique et administrative du Yucatán qui se transforma en un département de la République mexicaine.

Néanmoins, le régime centraliste devint très vite impopulaire. Entre 1830 et 1840, la péninsule du Yucatán fut frappée par la famine et une épidémie de choléra ; en dépit de ces difficultés, le Yucatán devait envoyer des hommes et de l'argent au gouvernement central pour financer la guerre contre le Texas. Cette situation facilita le retour des fédéralistes et, le 4 mars 1840, le Congrès local rétablit le système fédéral, proclamant que le Yucatán resterait séparé du Mexique jusqu'à ce qu'il redevienne une république fédérale. Le dictateur de l'époque, López de Santa Anna, envoya une commission dirigée par Andrés Quintana Roo pour tenter d'éviter la séparation du Yucatán, puis l'armée en 1842. Mais l'invasion de la péninsule se solda par la victoire des troupes yucatèques. Bien que le système fédéral ait été restauré quelques années plus tard, les Yucatèques prirent la décision d'ajourner la réincorporation du Yucatán à l'État mexicain, exigeant la reconnaissance de certains privilèges constitutionnels à la péninsule, comme par exemple le droit d'introduire librement ses produits dans tous les ports du pays. Ce ne fut qu'en 1848, dans le cadre de la guerre des Castes, que le Yucatán réintégra le Mexique, l'aide matérielle et financière de la nation mexicaine s'étant montrée nécessaire pour lutter contre les Indiens Mayas en rébellion.

La guerre des Castes et la séparation du Campeche (1847-1868)

En 1847, une conspiration contre les Blancs est découverte dans l'hacienda de Culumpich. Les autorités yucatèques firent fusiller l'un des instigateurs du complot, Manuel Antonio Ay, mais elles ne parvinrent pas à mettre la main sur les autres chefs de la conspiration et, en représailles, elles pillèrent le village de Tepich, fusillèrent quatre Indiens et violèrent une petite fille. Ces actes de barbarie provoquèrent la colère du chef de Tepich, Cecilio Chi. Quatre jours plus tard, il incendia le village et assassina trente familles au cri de " mort aux Blancs ". Son cri de guerre fut repris par les ouvriers et les serviteurs des haciendas, déclenchant dans la péninsule la violente guerre des Castes, qui se prolongea jusqu'en 1868. Les Blancs tentèrent de freiner la rébellion, d'abord en menaçant les insurgés de terribles punitions corporelles, puis en leur promettant certains privilèges (abolition des impôts, liberté aux serviteurs endettés, etc.). Mais ils ne parvinrent pas à mettre fin aux attaques des Indiens Mayas, supérieurs en nombre, connaissant parfaitement les recoins de la péninsule et possédant des armes introduites illégalement au Mexique en transitant par l'actuel Belize. L'élite yucatèque finit par solliciter l'aide des puissances étrangères, promettant que le Yucatán adhérerait à la nation qui les sauverait. Alors que les Indiens Mayas occupaient pratiquement tout le territoire de la péninsule, les notables yucatèques réussirent à repousser les rebelles aux portes de Mérida en 1848. Cette contre-offensive permit de mettre fin à la guerre des Castes dans le nord de la péninsule, mais pas dans la région est, où les attaques des Indiens reprirent de plus belle, après la découverte de trois croix parlantes qui, selon un ventriloque nommé Manuel Nahuat, étaient descendues du ciel pour encourager les Indiens dans leur guerre contre les Blancs. L'endroit où avaient été découvertes les croix devint un lieu de sanctuaire, dénommé Chan Santa Cruz, et les pèlerins, appelés cruzoob, continuèrent les attaques contre les Blancs dans les rancherías autour de Bacalar, au moins jusqu'en 1868.

Pendant que la guerre des Castes faisait rage au Yucatán, plusieurs notables du Campeche, parmi lesquels Pablo García et José Herrera, commencèrent à se plaindre de l'ingérence du gouverneur de l'État dans les processus électoraux. Les agitateurs furent forcés d'accepter la victoire du nouveau gouverneur Pantaleón Barrera, mais ils continuèrent leurs actions de protestation et limogèrent les autorités municipales de la ville de Campeche. La situation devint à tel point incontrôlable qu'en 1858, Pantaleón Barrera fut forcé de renoncer au poste de gouverneur et de céder sa place au général Martín Francisco Peraza Cárdenas. Celui-ci était en bon terme avec le président du Mexique de l'époque, Félix María Zuloaga, qui était favorable à ce que le district du Campeche et Isla del Carmen forment un territoire distinct. Le 11 mai 1858, un accord fut signé, qui conférait au Campeche le statut d'État mexicain.

Essor de la culture du sisal et protestations (1858-1915)

Après avoir mis fin à la guerre des Castes dans le nord-ouest de la péninsule, les riches propriétaires terriens commencèrent à cultiver massivement le sisal dont la demande s'était fortement accrue à l'international, en particulier aux États-Unis. L'extension des plantations de sisal au Yucatán passa de 3 000 hectares en 1861 à 32 000 en 1872 et 146 000 en 1909. L'invention de la roue Solís, qui permettait le défibrage massif de la plante, facilita le processus de fabrication des cordes en sisal, utilisées sur les bateaux et pour attacher les récoltes de céréales. La culture du sisal convertit le Yucatán en l'un des États les plus riches du Mexique, mais les profits générés par la vente de l'henequén restèrent concentrés dans les mains d'une oligarchie qui disposait de capitaux et parvint à s'allier avec les grandes compagnies américaines, qui contrôlaient le prix d'achat de la fibre. Les autres propriétaires, au contraire, durent recourir à l'endettement pour financer l'achat des machines de défibrage et augmenter la superficie de leurs plantations ; ils furent forcés de vendre la fibre au prix déloyal que fixait l'International Harvester Company. Quant aux ouvriers des haciendas, ils étaient constitués d'Indiens Mayas et Yaquis déportés du Sonora et subissaient les conditions de travail parmi les plus oppressives de tout le Mexique.

Cette situation généra un fort mécontentement, qui commença à devenir patent lors des élections du gouverneur du Yucatán de 1909, lorsque les moyens et petits propriétaires terriens, soutenus par les ouvriers agricoles des haciendas, tentèrent de présenter Delio Moreno Cantón comme candidat et d'éviter la victoire du candidat de l'oligarchie, Muñoz Arístegui. Finalement, ce dernier fut nommé gouverneur de l'État, mais le mécontentement continua à grandir. En mars 1911, 400 rebelles pillèrent la raffinerie de canne à sucre de Catmis, détruisant le mobilier et les machines, aux cris de " vive la liberté " et de " vive Madero ". Dans l'hacienda de San Diego, 100 serviteurs en rébellion assassinèrent le majordome avant de partir se réfugier dans les champs. En avril 1911, plus de 400 cheminots se déclarèrent en grève, réclamant non seulement le paiement des salaires en retard, mais aussi le raccourcissement des journées de travail et une augmentation salariale. Après la chute de Victoriano Huerta, président du Mexique, en 1914, les organisations politiques se multiplièrent au Yucatán et, le 17 août, eut lieu à Puerto Progreso un soulèvement armé, qui se réclamait de la révolution. Venustiano Carranza envoya depuis Mexico le général Toribio de los Santos assumer le poste de gouverneur de l'État et celui-ci prit plusieurs mesures radicales au nom de la révolution, comme par exemple annuler la dette des ouvriers agricoles et expulser les curés espagnols. Voyant ses intérêts menacés, l'oligarchie yucatèque réagit et finança un coup d'État, qui s'acheva par le renversement du général de los Santos en février 1915. Mais Carranza désigna un de ses proches collaborateurs, Salvador Alvarado, nouveau gouverneur et, avec l'aide de milliers de paysans et d'ouvriers, il réussit à reprendre le contrôle de la région, marquant le début de la Révolution au Yucatán.

La création de l'État du Quintana Roo

En 1901, l'oligarchie yucatèque décide de reprendre le contrôle des territoires qui avaient été occupés par les cruzoob durant la guerre des Castes avec l'appui du gouvernement fédéral. Le 5 mai 1901, les forces armées s'emparent de la capitale des cruzoob, Chan Santa Cruz, sans difficulté ni bain de sang, puisque celle-ci avait été abandonnée par les rebelles. Pour éviter de futurs soulèvements, le président Porfirio Díaz décida de placer les territoires récupérés sous administration fédérale, donnant lieu à la création du Quintana Roo le 24 novembre 1902. En 1931, le gouvernement prit la décision de faire disparaître le Quintana Roo, mais suite aux pressions du comité Pro Territorio, le président Lázaro Cárdenas décréta la refédéralisation du Quintana Roo quatre ans plus tard. Ce n'est qu'en 1974, sous la présidence de Luis Echeverría, que le Quintana Roo perdit son statut de territoire fédéral et devint un État fédéral, composé de sept municipalités. Les frontières administratives et politiques de la péninsule sont restées inchangées depuis lors.

La Révolution au Yucatán : réformes et contre-offensives conservatrices (1915-1923)

Le 19 mars 1915, Salvador Alvarado entre dans Mérida, à la tête d'une armée de 7 000 soldats. Partisan de Venustiano Carranza, il initia plusieurs réformes visant à défendre les intérêts de la classe travailleuse et du nouveau gouvernement révolutionnaire. Une de ses premières actions fut de confisquer les chemins de fer de la péninsule, moyen de transport stratégique pour déplacer et mobiliser les troupes dans le contexte de la Révolution. Dans le domaine social, il promulgua la loi étatique du travail, l'une des plus avancées de son temps en la matière puisqu'elle proclamait la liberté absolue de travail et établissait un seuil de salaire minimal et une journée maximale de 8 heures de travail. Dans le domaine agricole, Alvarado ordonna la libération immédiate des ouvriers qui étaient retenus dans les haciendas et commença à redistribuer les terres, conformément à la loi agraire promulguée par Venustiano Carranza, octroyant près de 31 000 hectares à 53 villages. Profitant que les États-Unis, dans le contexte de la Première Guerre mondiale, dépendaient exclusivement de la péninsule pour se pourvoir en sisal, Alvarado obligea l'International Harvester Company à acheter le sisal à une commission régulatrice, au prix de vente fixé par le gouvernement. Grâce à cette initiative, le prix de vente du sisal passa de 13,2 cents le kilo en 1915 à 50,6 cents en 1918, soit une augmentation de près de 400 %.

Ces mesures révolutionnaires affectèrent les intérêts des notables et des grands propriétaires terriens, qui agirent pour que l'élection du gouverneur de 1918 soit remportée par un candidat leur étant favorable. Mais ce fut le candidat du Parti socialiste, Castro Morales, qui, avec une majorité écrasante, sortit vainqueur de l'élection. Les grandes propriétaires terriens continuèrent leurs manifestations d'opposition, orchestrant une grande manifestation populaire qui s'acheva par l'incendie du palais du Gouvernement en 1919. Mais l'élection de gouverneur de 1921 fut de nouveau remportée par le candidat du Parti socialiste, Felipe Carrillo Puerto. Bien que son gouvernement fût empreint de népotisme, Carrillo Puerto accéléra le processus de redistribution agraire, allouant près de 438 000 hectares à 23 000 paysans, et décréta l'expropriation des haciendas abandonnées. Effrayés par ces mesures si radicales, les propriétaires terriens organisèrent un coup d'État en 1923, qui fit tomber le gouvernement socialiste et conduisit à l'exécution de Felipe Carrillo Puerto. Ils réussirent à reprendre le contrôle de la Commission régulatrice du sisal, mais ne purent agir à leur guise car l'International Harvester exigea que soient respectés les contrats passés avec l'ancien gouvernement. Au milieu de cette guerre commerciale, le président de la République, Álvaro Obregón, envoya l'armée rétablir l'ordre constitutionnel et, en 1924, le gouvernement illégitime prit la fuite sans opposer la moindre résistance.

Figures historiques

Gonzalo Guerrero. Premier Espagnol à poser le pied sur le sol mexicain, Gonzalo Guerrero échoua sur les côtes de la péninsule du Yucatán à bord d'un radeau de fortune en 1511, après que le navire où il voyageait eut fait naufrage. Les naufragés furent capturés par les Indiens de la tribu Tutul Xiúes, réduits en esclavage et Guerrero fut le seul prisonnier à survivre aux mauvais traitements infligés par les natifs, avec un Espagnol dénommé Gerónimo de Aguilar. Quelques mois plus tard, il fut offert au chef de la cité d'Ichpaatún et après s'être illustré par son courage dans les batailles, il fut libéré et épousa une princesse indienne, avec qui il eut plusieurs enfants qu'il soumit aux rites d'initiation mayas, raison pour laquelle il est considéré comme le père du métissage mexicain. À son arrivée au Mexique en 1519, Hernán Cortés demanda à Guerrero de le rejoindre, mais celui-ci refusa et choisit de combattre les Espagnols aux côtés des Mayas jusqu'à sa mort en 1536.

Jacinto Uc de los Santos Canek. Cet Indien Maya, né vers 1730 dans la ville de San Francisco de Campeche, dirigea l'une des rébellions les plus emblématiques de la période coloniale, lorsqu'en novembre 1761, il appela les Indiens du village de Cisteil à se libérer du joug des Espagnols. Sa harangue réveilla la colère des Mayas contre les colons et ils tuèrent des dizaines de soldats espagnols. Capturé quelque temps après, Jacinto Uc fut conduit à Mérida et exécuté sur la place publique d'une façon particulièrement cruelle, pour dissuader la population de se soulever dans le futur. Aujourd'hui, il existe dans de nombreux villages de la péninsule des statues qui rendent hommage à ce héros de la résistance indienne.

Olegario Molina Solís. Né en 1843 dans la région du Campeche, Olegario Molina Solís fut l'un des plus puissants producteurs de sisal du Yucatán, membre de la dénommée " casta divina " de propriétaires qui contrôlaient l'économie de la région à la fin du XIXe et au début du XXe siècle. Molina Solís possédait 17 haciendas, mais il bâtit sa fortune principalement sur le contrôle des infrastructures nécessaires à l'exportation du sisal (lignes de chemin de fer). En 1901, il fut élu gouverneur du Yucatán et profita de ses fonctions pour passer un accord secret avec l'International Harverster Company, à travers lequel il s'engageait à acheter le sisal aux producteurs au prix que fixait l'entreprise, en échange d'une commission pour chaque kilogramme vendu. Il fut réélu gouverneur du Yucatán en 1906, puis abandonna ses fonctions pour occuper le poste de secrétaire d'État aux Travaux publics au sein du cabinet de Porfirio Díaz. Après le déclenchement de la Révolution, il s'exila à Cuba, où il mourut en 1925.

Felipe Carrillo Puerto. Né en 1874 à Motul, Felipe Carrillo Puerto fut président du Parti socialiste ouvrier yucatèque, gouverneur du Yucatán de 1922 à 1924 et un infatigable défenseur des Indiens mayas, dont il apprit la langue. D'idéologie révolutionnaire, Carrillo Puerto fut forcé de fuir le Yucatán lors des élections au poste de gouverneur de 1909 et partit se réfugier dans l'État de Morelos, où il participa à la Révolution aux côtés des zapatistes. Après que Salvador Alvarado eut pris le contrôle de Mérida en 1915, il rentra au Yucatán et mit en place de nombreuses réformes révolutionnaires, d'abord comme collaborateur d'Alvarado, puis comme gouverneur de l'État, impulsant la redistribution agraire, la défense du droit des travailleurs et la promotion de la langue maya. Son radicalisme lui valut de nombreux ennemis parmi l'oligarchie yucatèque et en 1923, Carrillo Puerto fut renversé par un coup d'État et exécuté au terme d'un jugement militaire très sommaire.

Le contrôle étatique de la production du sisal (1924-1964)

L'affrontement avec les grands propriétaires terriens obligea cependant le gouvernement à trouver une solution à la question de la commercialisation du sisal. Des négociations eurent lieu et, en 1925, vit le jour une institution dénommée Henequeros de Yucatán, administrée par un comité composé de deux membres du gouvernement et de deux producteurs de sisal, responsable de la validation des contrats de vente avec les entreprises étrangères. Mais la gestion de cette institution se révéla catastrophique. Non seulement elle ne réussit pas à faire accepter un prix de vente plus élevé aux acheteurs américains, mais en plus elle perdit les marchés européens. La grande dépression de 1929, qui provoqua la fermeture des marchés internationaux, aggrava encore la situation. Comme la demande s'était effondrée, le sisal s'accumulait dans les entrepôts et le gouvernement décréta la suspension des opérations de défibrage. Suite à l'arrêt forcé de la production, les ouvriers dans les campagnes furent condamnés au chômage et à mourir de faim.

Au milieu de cette situation, le candidat présidentiel du PNR, Lázaro Cárdenas, vint faire campagne au Yucatán et promit de poursuivre le processus de répartition agraire et de redistribuer les terres qui servaient à la culture du sisal. Ces déclarations provoquèrent une grande agitation dans la région et marquèrent le début d'une période de turbulences politiques et sociales, qui se prolongea jusqu'en 1937. Alors que les organisations syndicales faisaient grève pour demander le paiement des jours de congé et le respect des jours fériés, les grands propriétaires terriens, de leur côté, paralysaient les machines de défibrage et faisaient assassiner les principaux leaders populaires, dans l'espoir d'ajourner la répartition agraire. Mais ces actions se révélèrent inutiles, et en 1937, Lázaro Cárdenas, désormais Président de la République, répartit 80 % des terrains de plantations de sisal et 74 % des terrains en exploitation, affectant près de 500 propriétaires terriens. Le gouverneur de l'époque, Canto Echeverría, créa le Gran ejido henequero, pour que les paysans exploitent les terres en forme collective et égalisent leurs revenus, car certaines des terres n'étaient plus en étape productive, et fonda aussi Henequeros de Yucatán, une institution publique responsable de vendre le sisal à l'étranger, sous forme manufacturée ou à l'état brut.

La Seconde Guerre mondiale permit la croissance temporaire du secteur, puisque les États-Unis dépendaient de nouveau exclusivement de la péninsule pour s'approvisionner en sisal. Mais à partir des années 1950, le secteur entra dans une phase de déclin, lié à la surproduction mondiale de sisal et l'apparition de nouveaux substituts synthétiques. Malgré tout, l'État continua à subventionner le secteur, et procéda en 1964 à l'acquisition des industries de manufacture de cordes de sisal, alors que de nombreux signes indiquaient déjà qu'il n'existait plus de marché pour ce produit.

Le lent chemin de la reconversion économique (1964-aujourd’hui)

Au cours des décennies suivantes, le Mexique continua à promouvoir la culture du sisal et à investir dans le secteur, tout en sachant que la crise de cette agro-industrie était irréversible. Cette situation ralentit la reconversion économique de l'État. Dans les années 1970, les entrepreneurs locaux commencèrent à développer les activités industrielles, mais celles-ci restèrent surtout circonscrites à l'élaboration de biens immédiats (boissons, textiles, pâtes, bière). De son côté, le gouvernement n'initia pas de véritables initiatives pour diversifier les activités économiques de la région, et se contenta de promouvoir la plantation d'agrumes au sud de l'État et de moderniser les infrastructures de transport pour optimiser la performance du secteur industriel (construction du parc industriel de Felipe Carrillo Puerto notamment). Dans les années 1980, le gouverneur Cervera Pacheco initia un programme intégral pour diversifier l'économie du Yucatán, et grâce à une politique proactive pour attirer les investissements étrangers, la région commença à accueillir des maquiladoras de confection (vêtements, bijoux, et appareils dentaires), politique qui s'est poursuivie dans les années 1990 après la signature de l'Accord de libre-échange nord américain (ALENA). Aujourd'hui, les maquiladoras d'exportation constituent toujours l'un des principaux secteurs de croissance de l'économie yucatèque. Mais alors qu'en 2000, il y avait au Yucatán 144 maquiladoras qui employaient 35 897 travailleurs, après la crise financière de 2008, elles n'étaient plus que 50 et n'employaient plus que 16 433 ouvriers. La situation reste donc précaire, et l'État doit encore trouver comment diversifier ses activités économiques.

La reconversion de l'État du Quintana Roo, qui durant toute la première moitié du XXe siècle s'était consacré à l'exploitation de l'acajou, du cèdre, et du chicle, fut plus facile grâce à la création de la ville de Cancún en 1969, qui démarra l'activité touristique dans la région. Depuis lors, le flux de touristes n'a cessé d'augmenter, et les Caraïbes mexicaines figurent aujourd'hui parmi les principales destinations touristiques du monde. La construction d'une autoroute entre Mérida et Cancún a permis au Yucatán de capter une partie des touristes qui visite les Caraïbes, mais elle permet aussi et surtout à tous les Yucatecos qui sont restés sans emploi après l'effondrement de l'agro-industrie du sisal, de se déplacer et se faire embaucher comme jardinier ou groom dans les hôtels de la côte.

Préparez votre voyage !

transports
  • Vol pas cher
  • Louer une voiture
hebergement
  • Réservez un hôtel
  • Votre logement Airbnb
  • Location de vacances
  • Trouvez votre camping
Séjours
  • Voyagez sur mesure
  • Week-ends en France
Sur place
  • Réservez une table
  • Trouvez une activité
  • Expériences & Boxs

Adresses Futées de CANCÚN

Avis
Jeu concours

Les jeux concours du moment

Remportez un week-end pour 2 à Caen !

1 week-end découverte de Caen pour 2 personnes avec l'OT Caen la mer .