Guide de Crète : Politique et économie

Politique

La Crète est rattachée à la Grèce depuis le traité de Londres de mai 1913, son union au continent ayant entraîné une réorganisation géopolitique de l'île : la Crète est une des 13 périphéries ou régions (periféria) de la Grèce. Elle est divisée en 4 unités régionales (periferiakes enotites) : Hania, Heraklion, Rethymnon et le Lassithi. Sous chacune de ces préfectures respectifves, l'île est subdivisée en dimos, qui sont des municipalités.

De la préfecture de Hania dépendent : Hania, Vrises Apokoronou (Apokoronas), Kantanou-Selinou, Platanias, Gavdos, Kissamos et Sfakion.

D'Heraklion dépendent : Heraklion, Archanes-Asterousion, Gortina, Malevizi, Festou (Phaestos), Viannos, Minoa Pediadas et Hersonissos.

De Rethymnon dépendent : Rethymno, Agios Vasilios, Anogeia, Amari et Mylopotamou.

Du Lassithi dépendent : Agios Nikolaos, Ierapetra, Sitia, Oropedio Lasithiou à Tzermiado.

Structure étatique

La Grèce est depuis 1974 une république parlementaire monocamérale (une seule chambre). A sa tête, un président nommé à la majorité des deux tiers par une Assemblée nationale (cette chambre unique est appelée la Vouli) forte de 300 députés, dont 288 élus pour 4 ans au suffrage universel direct et 12 députés d'Etat désignés par les partis, au prorata des résultats électoraux. Outre l'éternel rôle représentatif, le président veille au respect de la Constitution, votée en 1975 et amendée en 1986, qui garantit les droits civils, politiques et les droits de l'homme. Son mandat est de 5 ans, renouvelable une seule fois. Officiellement, le pouvoir exécutif est aux mains des ministres. En réalité, les régions (au nombre de 13) jouissent d'importantes responsabilités administratives. La Crète en fait bien évidemment partie. A la tête de chaque région, le gouvernement nomme un secrétaire général, chargé de mettre en place au niveau régional la politique étatique. Les affaires locales sont, quant à elles, traitées par les municipalités et les préfectures. La compétition bat son plein car les enjeux sont multiples, tant touristiques que financiers.

Partis

Le régime grec est une démocratie pluraliste. Deux grands courants ont dominé la scène politique pendant plusieurs décennies (le ND et le Pasok), mais la crise qui frappe le pays a changé la donne. Les élections législatives anticipées de septembre 2015 ont été remportées par les radicaux de gauche de Syriza, sans obtenir la majorité absolue. Ils forment depuis lors un gouvernement de coalition avec les Grecs indépendants. Sans changement imprévu, les prochaines élections auront lieu en octobre 2019.

Syriza est depuis 2015 le premier parti politique du pays. C'est un parti de coalition de gauche, réunissant des partis d'extrême gauche, des éco-socialistes et des trotskystes luttant contre les politiques d'austérité imposées à la Grèce. Longtemps petit parti d'opposition, le parti a connu une ascension fulgurante au cours des 5 dernières années, portée par le mécontentement grandissant de la population face à la crise économique.

Nouvelle Démocratie est un parti conservateur et libéral et le principal parti d'opposition à Syriza. Membre du Parti populaire européen à l'image du parti des Républicains, de la CDU ou du Parti populaire espagnol, il se trouve à la droite de l'échiquier politique grec.

Aube dorée, le parti d'extrême-droite souvent considéré comme un parti néo-nazi, est actuellement le troisième parti de Grèce même s'il vient très largement derrière avec presque 7 % des voix aux dernières élections.

Le PASOK, le Parti socialiste fondé par Andreas Papandréou et longtemps premier parti de Grèce, a connu une chute impressionnante au cours des dernières années, au point qu'il n'est plus considéré comme une réelle force politique aujourd'hui. Il a intégré le parti Coalition démocratique avec DIMAR, l'ancien parti socialiste et écologiste.

Les autres partis sont le KKE, parti communiste, la Rivière et l'Union des centristes, partis centristes, et les Grecs indépendants, parti de droite souverainiste allié à Syriza.

Vote obligatoire

Le suffrage en Grèce est obligatoire. Chaque citoyen de plus de 18 ans a le droit de vote, mais ne peut être élu au Parlement qu'à partir de 25 ans. En cas d'abstention, il n'y a pas d'amende, mais des difficultés à prévoir pour obtenir un passeport ou un permis de conduire.

Enjeux actuels

Depuis le début de la crise économique en 2009, l'enjeu central de toute la politique est de faire sortir le pays de la récession. Les autres enjeux majeurs, dont certains sont liés, sont les suivants :

L'Union européenne et l'euro. En 1981, la Grèce est devenue le dixième pays membre de l'Union européenne. En 2002, elle entre dans la zone euro. Avec une économie basée sur l'agriculture et le tourisme, la Grèce bénéficie de nombreuses subventions européennes. L'accueil des Jeux olympiques en 2004 a renforcé l'aide financière accordée au pays pour améliorer les infrastructures (routes, aéroports, métro...). Mais elle a aussi masqué ses déficits. La crise de la dette grecque prend de plus en plus d'ampleur à partir de 2009. Les plans de sauvetage de l'UE injectent des liquidités dans l'économie grecque, mais ne réduisent ni la crise ni la dette.

Depuis, les Grecs reprochent à l'UE ses politiques autoritaires d'austérité qui plongent de plus en plus le pays dans la crise. Les relations sont tendues, notamment avec l'Allemagne qui ne souhaite pas plier face aux demandes grecques. En 2015 se pose la question d'un " Grexit ", soit une sortie de la zone euro de la Grèce : Alexis Tsipras organise un référendum qui vote largement pour le " Grexit ", mais ces résultats ne sont finalement pas pris en compte et, malgré des tensions très fortes entre la Grèce et le reste de l'UE, le pays est maintenu dans la zone euro. Aujourd'hui, les relations de défiance réciproque doivent être améliorées pour envisager l'avenir de la Grèce dans l'UE de manière plus sereine. Les relations récentes semblent aller dans ce sens.

La crise des réfugiés. L'autre enjeu majeur de la politique grecque contemporaine concerne la gestion de l'afflux massif de réfugiés sur les côtes grecques. Fuyant pour la plupart les conflits du Moyen-Orient (guerre civile en Syrie, zones sous contrôle de l'Etat islamique, Irak), ces populations ont massivement débarqué sur les côtes des îles du Dodécanèse et du nord de l'Egée. Ces îles sont les premières concernées, car elles sont la porte d'entrée à l'UE la plus proche de la Turquie et des zones de conflit. La Grèce n'est pas en mesure de gérer seule cet exode et les autorités présentes sur les îles sont très largement dépassées. L'été 2015 a montré que cette crise humanitaire pouvait tourner à l'émeute si des mesures globales, à la fois au niveau européen et international, n'étaient pas rapidement mises en place. Des négociations avec la Turquie ont quelque peu tari ce flux d'arrivants au cours de 2016-2017, mais l'instabilité politique de la région compromet le fait de trouver une solution à un problème géopolitique global et majeur.

Relations avec ses voisins. Située au centre d'un triangle d'influence comprenant les Balkans, l'Europe de l'Ouest et le Proche-Orient, la Grèce a une position stratégique pour l'OTAN. Membre de cette dernière, elle cultive malgré tout de bonnes relations avec la Russie. Une minorité de Grecs revendique toujours à l'Albanie du sud ce qu'elle appelle l' " Epire du Nord ". La Grèce reproche également à la Macédoine d'avoir " volé " le nom de la dynastie d'Alexandre le Grand : l'ONU accepte que le pays s'appelle officiellement FYROM (Former Yougoslavian Republic of Makedonia), mais la Grèce refuse qu'elle conserve l'appellation " Macédoine ". Finalement, un accord historique a été signé entre les deux Etats en juin 2018 où la Grèce accepte que sa voisine soit rebaptisée République de Macédoine du Nord. Ce traité doit encore être ratifié par les deux Etats mais il marque une avancée unique dans les relations de la part de la Grèce. Côté macédonien, c'est la condition pour son entrée dans l'OTAN. Enfin, la Grèce a toujours eu des rapports mouvementés avec la Turquie qui occupe encore le nord de Chypre. Des contentieux portent aussi sur la souveraineté de certaines îles de la mer Egée en raison d'une extension des eaux territoriales grecques près des côtes turques. La Grèce accueille des réfugiés kurdes, une position mal vue par les autorités turques. Les relations entre les deux pays restent tendues.

Économie

L'activité économique crétoise s'articule autour de deux secteurs : l'agriculture et le tourisme. Ces deux moteurs ont été, pendant des années, largement alimentés par les aides de l'Union européenne, permettant à l'île de rester à un taux de chômage relativement bas par rapport au reste du pays. Aujourd'hui, la crise est passée par là, les subsides européens se font plus rares et la Crète a vu son taux de chômage exploser. Les activités industrielles crétoises se partagent entre l'industrie alimentaire et la production de savons et de textiles. Notez également que des centres de recherche sont implantés à Héraklion et à Hania.

Principales ressources

L'agriculture a toujours été la principale ressource de l'île. Les recherches sur la civilisation minoenne nous ont rapporté que, déjà il y a 3 500 ans, les Crétois tiraient du sol leur richesse. La découverte de grandes jarres atteste de la conservation de produits comme le vin, l'huile d'olive ou le grain.

La culture a toujours été privilégiée face à l'élevage, principalement en raison du climat et du relief. En effet, en dehors des chèvres dans les montagnes et de quelques troupeaux de moutons, on ne trouve pratiquement aucune trace d'autres animaux, et surtout très peu de bovins.

La fertilité du sol crétois, certes relative mais excellente comparée au reste de la Grèce, a permis à l'île de se situer parmi les toutes premières régions agricoles de l'ensemble hellénistique. Comme dans l'ensemble de la Grèce, les oliveraies sont particulièrement nombreuses et constituent la principale ressource. Adaptées au climat et aux précipitations (rares) en été, les olives trouvent un terrain idéal en Crète. Le raisin est, lui aussi, assez représenté, principalement sur les coteaux et les hauts plateaux où les vignes offrent un vin légèrement sucré et très doux. Une partie des fruits des vignes est destinée à la production de raisins secs.

Si vous vous promenez dans les régions vinicoles à la fin de l'été, après les vendanges, et durant tout l'hiver, vous pourrez voir des étendues couvertes de raisins qui sèchent au soleil, et dont la couleur passe du vert pâle au jaune, puis doré et marron.

On trouve également de nombreuses cultures de fruits (agrumes) et légumes (sous serres), ainsi que des céréales. Au total 30 % du sol crétois est cultivé et l'on compte environ 35 millions d'oliviers, soit 60 par habitant de l'île ! Grâce aux sommets montagneux, les zones cultivables sont irriguées par de nombreuses sources. Le tiers de la production d'huile d'olive grecque provient de Crète.

La récolte des olives de table s'effectue aux mois de septembre et d'octobre, tandis que les olives destinées à la fabrication de l'huile sont ramassées en hiver, de novembre à février. Les oliveraies se recouvrent alors de filets en plastique, disposés sous les arbres afin de recueillir les olives que l'on fait tomber en tapant sur les branches à l'aide d'une gaule.

La récolte est longue et pénible, notamment sur les terrains en pente, majoritaires en Crète, justifiant le prix élevé de cette huile. Des procédés mécaniques font néanmoins leur apparition dans les régions les plus développées. La récolte de l'olive est sans conteste le temps fort de la vie agricole crétoise. Elle occupe bon nombre des îliens qui possèdent presque tous quelques dizaines, centaines, voire milliers d'arbres. La culture de l'olive constitue une bonne activité économique hivernale, complémentaire de l'industrie du tourisme en été. Aussi, maints Crétois actifs dans le tourisme en été produisent de l'huile d'olive en hiver !

Dans les autres régions, les Crétois ont depuis longtemps trouvé le moyen de pomper l'eau des nappes phréatiques en installant des éoliennes dans les plaines. Cependant, bien que l'agriculture soit encore l'activité principale de nombreux Crétois, les techniques de production sont encore assez rudimentaires et ne permettent pas d'obtenir des rendements aussi importants qu'en Europe occidentale.

Depuis 1981 et l'entrée de la Grèce dans l'Union européenne, les Crétois doivent faire face aux restrictions de Bruxelles concernant la politique agricole commune. Les habitants de l'île acceptent assez difficilement que les directives concernant leur unique source de revenus soient décidées à plusieurs milliers de kilomètres de la Crète. On ne change pas des cultures ancestrales aussi facilement ! Et d'ailleurs, cette faible productivité garantit à coup sûr la bonne qualité des aliments produits en Crète. Les cultures exportées vers le reste de la Grèce ou l'Europe sont principalement les olives et l'huile d'olive, les fruits (raisins, citrons, oranges, mandarines, melons, pastèques, kiwis, avocats et bananes), les légumes (tomates, concombres, pommes de terre, aubergines et poivrons) et les herbes (origan, thym, laudanum et menthe). L'agriculture biologique se développe sur toute l'île et pourrait constituer une alternative intéressante et pleine de promesses pour les agriculteurs crétois.

Place du tourisme
<p>Le vieux port d'Héraklion.</p>

Le vieux port d'Héraklion.

La Grèce est l'un des pays les plus touristiques du monde et la Crète est l'une des régions les plus touristiques du pays, avec plus de 4 millions de visiteurs en 2018, un record. Il s'agit de la deuxième île la plus visitée, après l'indétrônable Santorin. Dans certaines régions, toutes situées sur la côte nord de l'île, cet afflux touristique est particulièrement visible. Depuis les années 1960, la Crète s'est largement ouverte au tourisme. Cette activité a d'abord profité aux propriétaires de grands complexes hôteliers sur la côte nord, la plupart du temps grecs ou étrangers, mais plus rarement crétois. Petit à petit, les bénéfices de cette frénésie touristique se sont étendus à toute la population qui a su y trouver son compte. D'abord les infrastructures se sont développées sur l'ensemble de l'île, et ce ne sont plus aujourd'hui que quelques pôles qui en profitent. Petits restaurants, pensions familiales et magasins touristiques se sont ouverts un peu partout sur l'île, auxquels il faut ajouter les locations de véhicules, les excursions organisées et toutes les activités qui gravitent autour pour comprendre que le tourisme est aujourd'hui indispensable à l'économie crétoise en tant que tout premier secteur d'activité.

Les Allemands sont les plus nombreux à venir fouler le sol crétois, suivis des Britanniques. Les Français sont également largement représentés. Autrement dit, croiser un compatriote en été en Crète n'a vraiment rien d'exceptionnel. Entre les grandes villes du nord, complexes hôteliers et résidences de vacances se succèdent pour attirer la majeure partie des visiteurs qui choisissent des formules " tout compris " pour leurs vacances. C'est donc dans ces régions que vous aurez le moins de chance de découvrir la Crète authentique.

En revanche, en poussant plus loin de quelques kilomètres dans l'arrière-pays ou même le long de la mer de Libye, les infrastructures touristiques se font de plus en plus rares et la Crète change d'aspect. Ici, on découvre véritablement les Crétois et leurs traditions. Sur certaines plages du sud, on constate qu'il y a également des Grecs, venus d'Athènes ou de Grèce continentale pour passer l'été.

Le tourisme constitue ainsi une des principales ressources du pays et de l'île. Tous les ans, la Grèce accueille plus de touristes que le nombre de sa population nationale ! Et les records annuels sont pulvérisés d'une année sur l'autre, tant et si bien que certaines destinations manquent d'imploser en saison. Si cette tendance se maintient, en dépit des revenus générés évidemment bienvenus dans un pays en crise, le pays pourrait subir les effets négatifs d'un trop-plein touristique, notamment en termes écologiques. En 2017, la Grèce avait accueilli plus de 27 millions de touristes, qui semblait un record absolu. Il a été dépassé en 2018, avec environ 32 millions de visiteurs, soit près de trois fois la population grecque dans son ensemble ! Le tourisme représente près de 20 % du PIB soit un ratio tourisme/PIB quasiment trois fois plus élevé qu'en France, pourtant réputée pour ses revenus liés au tourisme. Les recettes cumulées du tourisme ont rapporté à l'économie environ 37 milliards d'euros en 2018 et le secteur représentait un cinquième des emplois en 2017.

Enjeux actuels

Depuis 2009, la crise de la dette grecque est dans tous les esprits. Impossible d'y échapper : l'avenir de l'économie grecque est encore très incertain. Au moment où nous écrivons ce guide, la crise n'a pas encore dit son dernier mot et l'économie parallèle reste importante. Il est donc compliqué de dresser un portrait valable de l'économie du pays, malgré les récents cris de joie face à la reprise de la croissance : les Grecs eux-mêmes restent très sceptiques face à ces chiffres qui représentent mal leur réalité et l'état catastrophique des services publics élémentaires (santé et éducation surtout).

Selon les dernières statistiques connues de l'OCDE, le PIB s'élevait à environ 254 milliards d'euros, soit une hausse par rapport aux années précédentes. Le taux de croissance estimé pour 2018 s'élevait à 1,95 % et le taux projeté pour 2019 s'élevait à 2,32 %, soit une croissance significative par rapport à la décroissance des années précédentes et à la stagnation des années 2014-2016 (croissance nulle). La dette représentait 191 % de son PIB et le chômage était passé à 21,5 % de la population active, soit en très légère baisse par rapport aux années précédentes. Chez les Grecs de moins de 25 ans, le chômage était redescendu autour de 43,6 % après avoir dépassé les 60 % de la population active à deux reprises au cours des dernières années. Le salaire moyen s'établissait à un peu plus de 1 800 € par mois à la rédaction de ce guide (contre près de 3 100 € bruts en France).

Les étapes de la crise

Les origines de la crise

A l'origine de la crise, des mensonges d'Etat et des chiffres falsifiés pour entrer dans la zone euro et couvrir un déficit public bien au-delà des limites autorisées par les critères de Maastricht. Ceux-ci sont dévoilés à l'occasion d'une crise financière mondiale d'ampleur inédite.
A l'automne 2008, le monde de la finance fait face à l'un des plus gros crashs des dernières décennies. La banque d'investissement Lehman Brothers annonce officiellement qu'elle dépose le bilan le 15 septembre 2008. C'est le début d'une crise financière mondiale qui bientôt se développe en crise économique globale. Les Etats-Unis sont touchés de plein fouet dès septembre 2008. L'Europe est préservée quelque temps avant d'être elle aussi frappée.
Avec une économie fragile, fortement dépendante de subventions européennes et largement souterraine, la Grèce n'est pas épargnée et connaît la récession. A l'automne 2009, le gouvernement grec du socialiste Georges Papandréou, fraîchement élu, décide de faire la vérité sur le déficit budgétaire du pays : 12,7 % du PIB et non 3 % comme le prévoient les accords de Maastricht. C'est le début d'un engrenage qui coûte cher au pays. Les marchés perdent confiance. Les taux de la dette grecque grimpent. Le pays emprunte à des coûts de plus en plus prohibitifs.

Les débuts d'une politique d'austérité drastique

Dès décembre 2009, le gouvernement de Papandréou lance le tout premier plan de rigueur pour réduire les déficits. Il met en place des mesures comme la réduction de 10 % des frais de fonctionnement de l'Etat ou le gel du recrutement des fonctionnaires. Début 2010, le gouvernement lance un deuxième plan de rigueur pour couper encore les dépenses de l'Etat. Rapidement, ces mesures d'austérité provoquent des manifestations, car nombre de simples citoyens ont l'impression de " payer " pour les autres, et notamment les gouvernements précédents. L'Etat doit geler les salaires des fonctionnaires (13 % de la population active), supprimer les primes des treizième et quatorzième mois et augmenter l'âge moyen de la retraite jusqu'alors fixé à 53 ans. En outre, il doit aussi combattre, à plus grande échelle, la fraude fiscale et l'économie parallèle. Mais cela ne convainc pas les investisseurs et la notation du pays bascule dans la catégorie spéculative.

Les plans de sauvetage internationaux

Pour éviter la faillite de la Grèce, les pays de la zone euro lancent un premier plan de sauvetage international en mai 2010 : 110 milliards d'euros sont prêtés sur trois ans dont 30 milliards pris en charge par le FMI. Malgré les réformes, le pays frôle une deuxième fois le défaut de paiement en juillet 2011. Les créanciers internationaux approuvent le 22 juillet 2011 un nouveau plan d'aide à Athènes de 109 milliards d'euros, assorti d'une participation des banques et assureurs européens sous la forme d'un échange de dette. Mais la Grèce doit encore prendre des mesures drastiques d'austérité pour montrer sa volonté de réformer l'économie, retrouver la croissance et rembourser ses créanciers. S'enchaînent alors plans d'austérité sur plans d'austérité : la Grèce met en oeuvre 7 plans de rigueur supplémentaires entre 2011 et 2015. Le mécontentement de la population prend de plus en plus d'ampleur et l'instabilité gouvernementale devient chronique.

La Grèce peut-elle faire faillite ou sortir de l'euro ?

Alors que l'année 2014 semble voir une relative amélioration de la croissance économique, la dette quant à elle ne fait qu'augmenter de mois en mois. En janvier 2015, le parti radical de gauche Syriza remporte les élections législatives sur son programme anti-austérité. Le nouveau gouvernement entend tenir une position ferme face aux bailleurs internationaux et à l'UE pour renégocier les accords. Il demande de nouvelles aides internationales, un allégement de la dette et l'arrêt des plans d'austérité. Le bras de fer reprend de plus belle, mais les créditeurs n'entendent pas sauver la Grèce sans contreparties d'austérité : en juin 2015, le pays fait officiellement défaut. Les banques sont fermées, le cap de la faillite, jusqu'alors évité, est franchi. Alexis Tsipras lance un référendum pour demander au pays s'il accepte le dernier plan de rigueur exigé par les créanciers internationaux. La population rejette l'accord : se pose alors la question d'un " Grexit ", c'est-à-dire une sortie de la zone euro pour la Grèce, mais il est évité par la négociation d'un nouvel accord avec l'UE.

Le durcissement

Le dernier accord conclu avec les créanciers européens et internationaux date de juillet 2015. L'Union européenne y prévoit d'accorder 86 milliards de prêt à la Grèce sur trois ans si de nouvelles mesures d'austérité sont mises en place. Parmi les mesures prioritaires il faut noter : allongement de l'âge de la retraite à 67 ans, baisse des pensions, hausse des cotisations maladies pour les retraités et introduction d'une cotisation sur les retraites complémentaires, unification des caisses de sécurité sociale, hausse de la TVA, hausse des impôts... Il s'agit du plus dur plan d'austérité depuis le début de la crise. Alexis Tsipras démissionne après avoir signé cet accord qui apparaît comme un échec de sa politique de renégociation. Il est cependant réélu quelques semaines plus tard aux élections anticipées de septembre 2015, avec un taux d'abstention record dans un pays où le vote est obligatoire.

Un avenir incertain

Depuis, l'enjeu majeur est de mener le pays vers la reprise économique. Le gouvernement grec s'attelle aux réformes avec plus de vigueur que jamais, suscitant de nouvelles manifestations de grande ampleur, courant 2016. La croissance est stabilisée autour de 0 % et le gouvernement continue à mettre en place des réformes à marche forcée. Tant et si bien que l'UE et le FMI acceptent enfin de renégocier un allégement de la dette grecque. Celui-ci est discuté à l'été 2017 et prévoit des facilités de remboursement avec une extension des maturités de la dette. En août 2018, le dernier plan d'aide se termine enfin et la reprise semble s'amorcer avec une croissance estimée à 2,32 % pour 2019. Pourtant, la situation reste fragile et il est difficile d'entrevoir une réelle sortie de crise dans un avenir proche : les structures économiques et sociales de la Grèce ont été profondément mises à mal et il faudra encore de nombreuses années pour que les traces de cette crise se dissipent.

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