Guide de La Réunion : Politique et économie

Politique
Structure étatique

La Réunion, partie intégrante de la République française, a le statut de DOM (département d'outre-mer) ou bien DROM (avec " région ") pour les puristes du droit constitutionnel. Française quasiment sans interruption depuis sa prise de possession au XVIIsiècle, elle a été une colonie comme les autres DOM-TOM jusqu'en 1946, quand ce statut fut créé. Contrairement aux TOM qui ont leurs propres lois, assemblées, monnaies... (et même des rois !), les DOM ont un statut identique aux départements de métropole. La Réunion est le seul DOM à être à la fois département et région, d'où le terme de DROM. L'euro est utilisé, ainsi que la Sécurité sociale, le code de la route ou le Code du travail, etc. Les seules différences apparaissent au niveau fiscal, mais politiquement, le statut de La Réunion est identique à la métropole : elle est représentée par 7 députés à l'Assemblée nationale et 4 sénateurs au Sénat.

Il en va de même au niveau européen, où La Réunion, bien que partie intégrante de l'UE, ne fait pas partie de l'espace Schengen, ce qui implique certaines différences comme la fiscalité ou la circulation des étrangers. Au sein de l'UE, La Réunion a le statut de RUP (région ultrapériphérique) au même titre que les autres DOM, les Açores ou Madère ; elle reçoit ainsi des subsides pour la construction d'infrastructures qui s'illustrent par la présence de petits drapeaux européens sur tous les chantiers de l'île. La Réunion est représentée au Parlement européen par un député représentant également Mayotte, et sur les billets d'euros par un petit point dans une case sur la carte, à côté des autres RUP.

Partis

Le paysage politique de La Réunion a profondément changé depuis les élections présidentielles de 2017. Jusque là, les ténors de la politique tenaient l'île grâce aux machines électorales des grands partis (PS, LR, UDI et PCR). C'était sans compter le ras-le-bol grandissant des électeurs, qui ont décidé, un peu à l'image de l'hexagone, de mettre un grand coup de pied dans la fourmilière, jusqu'à placer les extrêmes en tête du premier tour : Jean-Luc Mélenchon (France insoumise) suivi de Marine Le Pen (Front National). Vote contestataire ou vote d'adhésion ? Difficile à dire. Les Réunionnais auront finalement placé Emmanuel Macron en tête du second tour (60,26 % alors qu'il avait terminé 3e au premier tour). Mais la grande gagnante de la présidentielle aura été l'abstention, qui a culminé à 41,32 % des inscrits au premier tour et 37,09 % pour le second.
Pour les législatives, les Réunionnais n'ont en revanche pas fait le jeu de La République En Marche. Deux candidats Les Républicains (poulains des ténors de la droite), deux divers gauche farouchement opposés au programme d'Emmanuel Macron, une socialiste et un centriste se sont partagés l'île. Contrairement à la métropole, les nouveaux députés n'étaient pas des novices en politique.

Enjeux actuels

A la Réunion comme ailleurs, c'est l'économie qui focalise l'attention. Aux handicaps structurels de la Réunion, comme son isolement et sa forte démographie, s'est ajoutée la crise économique mondiale. Passée d'un système colonial et agricole dans les années 1950 à une économie moderne aujourd'hui, ce sont d'abord les revendications d'égalité qui ont porté les avancées sociales et économiques durant toute cette période de " rattrapage ". Le franc CFA a disparu en 1976, le SMIC a été aligné sur la métropole en 1996, le RMI en 2002, ainsi que toutes les autres prestations sociales... Pendant ce temps, des centaines d'écoles, hôpitaux, routes ont été bâties afin d'amener la Réunion et ses charrettes à boeufs des années 1950 aux autoroutes numériques d'aujourd'hui.

Mais parallèlement au fulgurant développement économique sont apparues des inégalités sociales massives, avec un chômage de 30 % en moyenne et de 60 % chez les jeunes de moins de 25 ans, en nombre grâce à une natalité vigoureuse. A cela s'ajoute ce qu'on appelle " la vie chère " qui n'a rien de conceptuel car presque tout est plus cher à la Réunion à part les mangues et les bananes. Les loyers sont parmi les plus élevés de France, les voitures coûtent 30 % plus cher (et il n'y a pas d'alternative pour se déplacer, donc travailler), l'alimentation entre 0 et 100 % de plus suivant les produits. Le low cost est quasiment absent, que ce soit en matière de téléphonie, d'Internet, d'aérien, ou de supermarchés discount.

Plusieurs mouvements sociaux ont causé blocages et violences urbaines depuis 2009, les jeunes revendiquent des emplois aidés, les professionnels des baisses des charges, les transporteurs des aides pour les carburants, les associations des aides sociales, les lobbies du BTP la reprise des grands travaux... Sans que les choses ne bougent vraiment ni que l'on ne sache réellement ce que l'avenir réserve à la Réunion. Comme l'octroi de mer, hérité de l'époque coloniale et qui renchérit les prix, les subventions européennes sur le prix du sucre qui maintiennent la filière et ses emplois, la sur-rémunération des fonctionnaires, à 50 % originaires de métropole ou encore les niches de défiscalisation immobilière. Toujours est-il que les réponses apportées sur le terrain - comme les listes de produits à prix négocié dans les chariots types - semblent insuffisantes pour contenir la montée de la colère générale.

L'autre grand enjeu politique, qui dépasse les clivages traditionnels, est la question des transports. Une problématique éternelle de la Réunion, intimement liée au relief de l'île et à sa densité de population (équivalente à celle du Japon), qui a toujours nécessité des investissements faramineux en infrastructures. Dans les années 1990 et 2000, ce fut la route des Tamarins, dans l'Ouest, au coût total proche de 1 milliard d'euros, qui concentrait les débats et les ressources. Pendant les années 2000, c'est le tram-train, qui devait relier Sainte-Marie à Saint-Paul pour 1,6 milliard d'euros, dont les travaux devaient débuter en 2010 mais qui fut finalement avorté. Dans les années 2010, c'est la Nouvelle Route du Littoral qui doit être construite, en réutilisant le budget du tram-train. Le 20 décembre 2013, le premier accropode est symboliquement posé à la Possession, brique de base de la réalisation des digues. Cette nouvelle route de 12,5 km doit aboutir en 2020.

Économie

La Réunion a une économie de pays riche, du niveau des pays occidentaux développés. Mais elle est cependant le 3e département français au PIB/habitant le plus bas, devant la Guyane et Mayotte. Îlot de richesse dans un océan de pauvreté comme les autres DOM-TOM, la Réunion doit faire face à des problématiques propres à sa géographie, comme son isolement et son relief, à sa démographie, très dynamique, et à son statut de pays riche, avec des coûts de production élevés alors qu'elle est entourée de pays à faible coût de main-d'oeuvre.

Une économie en rattrapage. La Réunion suit globalement l'évolution économique de la métropole avec un certain retard, qu'elle " rattrape " en permanence depuis soixante ans. La Réunion a vécu une croissance de son PIB deux fois plus forte qu'en métropole, mais en partant de plus bas. Ce rattrapage est en grande partie dû à la France et à l'Europe, qui font intervenir solidarité nationale et internationale comme elles le font pour n'importe quel autre département ou région à la traîne. Certes, l'économie réunionnaise reste dépendante de la solidarité nationale et européenne - l'État contribue à hauteur de 30 % du PIB - mais c'est le cas de nombreuses autres régions. L'État intervient par divers aménagements fiscaux et réglementaires spécifiques au Dom-Tom, ainsi que par l'investissement en services publics et la commande publique. Tandis que l'Europe, dont la Réunion fait partie intégrante tout comme elle fait partie intégrante de la France, octroie diverses subventions au titre de son appartenance à une région ultra-périphérique ou " RUP ". En 1975, le franc CFA est aboli au profit du franc français. En 1996, le SMIC est aligné sur celui de la métropole, en 2002 c'est le RMI et le passage à l'euro. La Réunion vit aujourd'hui à l'ère du wifi et des smartphones, avec encore un léger décalage par rapport à la métropole.

Une crise simultanée. Directement liée à la métropole, l'économie locale fluctue au gré des périodes de croissance et de crise de l'économie française et mondiale. Et la crise mondiale de 2008 n'a pas épargné la Réunion, handicapée par les mêmes facteurs qu'en métropole... En pire, auxquels se rajoutent les spécificités de l'île. Ainsi la France se distingue par un niveau de dépenses publiques dépassant tous les records mondiaux, une fonction publique défaillante bien que pléthorique et une classe politique à la probité contestée. Or à la Réunion, la fonction publique est encore plus importante, la fiscalité encore plus lourde et complexe et le népotisme politique local exacerbé. Quant aux services publics, qu'il s'agisse de transports, d'entretien des voiries ou d'administration, ils sont insuffisants ou bien moins efficaces, malgré des salaires souvent bien supérieurs. Par exemple le délai moyen d'obtention d'un Kbis, sésame indispensable à l'ouverture d'une entreprise, est de 6 à 8 mois contre 2 jours en métropole ! Ou alors, vous devez payer une entreprise pour l'avoir en une semaine.

Spécificités locales. Comme pour d'autres département d'outre-mer, la transition démographique de l'île n'est pas achevée : la médecine moderne a bien diminué la mortalité au niveau de la métropole, mais la fécondité est encore légèrement supérieure et surtout sa baisse est récente. Résultat : la population active est jeune, en augmentation, et afflue sur le marché du travail où les nouveaux emplois sont insuffisants malgré une économie très dynamique. Ajoutez à cela le faible niveau de formation (22 % de la population est illettrée et un tiers n'a aucun diplôme), la pénurie de logements, les problèmes de transports... Voilà un cocktail infernal qui handicape l'ensemble de l'économie. Ainsi, on ne s'étonne plus de la croissance stagnante, de la faible rentabilité des entreprises, du taux de chômage galopant (29 %, soit trois fois plus qu'en métropole, et 55% dans certaines villes !) et des bas salaires (hors exceptions catégorielles).

La plupart des pans de l'économie réunionnaise sont à la peine, y compris ceux lourdement subventionnés ou tirés par la commande publique (comme la canne à sucre, le BTP ou le tourisme). Le secteur cannier dépend entièrement des aides de l'État, le BTP s'effondre comme en métropole et attend la relance de grands travaux publics, comme la NRL. Le tourisme subit des problématiques communes aux autres départements et territoires d'outre-mer. En conséquence de ces handicaps économiques (mais cela existe aussi quand la croissance est là), le travail au noir est très répandu ainsi que les activités agricoles non déclarées et la vente de zamal (cannabis), même si ces actes sont de plus en plus sévèrement punis. Les jeunes diplômés émigrent en masse vers des cieux plus cléments, principalement la métropole où ils bénéficient d'aides de la Région et depuis plus récemment vers Londres, le Canada ou l'Australie. L'exil est en effet accompagné et encouragé depuis les années 60 avec le programme BUMIDOM jusqu'aux dispositifs CNARM et de l'ANT aujourd'hui, afin d'y trouver emploi et expérience, mais le retour n'est pas toujours facile...

Différences de richesse. Les différences de richesse à la Réunion sont plus fortes qu'en métropole mais surtout plus flagrantes. Les riches sont aussi riches, mais les pauvres bien plus nombreux : 29 % de chômeurs, 16 % d'allocataires du RSA. Le taux de chômage des moins de 25 ans atteint même 60 %, sans compter les chômeurs n'ayant jamais travaillé, les fins de droits, les sans-statut... La classe moyenne-supérieure, réduite mais privilégiée, est constituée en grande partie de fonctionnaires, ainsi que professions libérales, professions réglementées... dont les revenus sont définis par les pouvoirs publics. A des salaires légèrement inférieurs, commerçants et employés occupent la plus grande partie des emplois, suivis d'un bon nombre d'agriculteurs. Le niveau de revenu moyen correspond à celui de la France rurale, mais ce n'est qu'une moyenne ne reflétant pas les disparités : 42 % de la population vit sous le seuil de pauvreté, trois fois plus qu'en métropole.

La misère s'isole dans les Hauts, dans des cases en tôle au milieu de champs de canne où de vieux agriculteurs vivent chichement sans eau ni électricité. L'arrivée du RMI, devenu RSA, a été une bonne chose pour les petits paysans des Hauts. Une misère différente se loge dans certains quartiers urbains déshumanisés dits " sensibles " (Le Port, Le Chaudron, Saint-Louis) et se manifeste par la violence, le désoeuvrement et les trafics en tout genre. Elle a la même forme que dans nos cités métropolitaines  : urbanisme inadapté et ségrégation sociale dans un mauvais contexte socio-économique. Toutefois si chômage et manque de perspectives sont plus importants qu'en métropole, la composante communautaire du problème est moins présente, même si le racisme existe ici aussi comme partout. De même pour l'urbanisme, plus dispersé et moins oppressant que les grands ensembles métropolitains. Cela n'empêche malheureusement pas les émeutes, qui éclatent sporadiquement avec poubelles brûlées et jets de pierres. Les revendications sociales, elles, sont plutôt portées par des intérêts catégoriels défendant leurs situations : fonctionnaires, dockers, transporteurs, gérants de stations-service organisent régulièrement des mouvements sociaux. A l'inverse, la richesse s'affiche, belles voitures et villas de luxe à l'appui, quand il s'agit de la côte ouest, sa frime et son strass  : Boucan, L'Ermitage... Les familles de la grande bourgeoisie créole, disséminées dans toute l'île, préfèrent des demeures dans des propriétés plus discrètes, fermées par un " barreau " (grille d'entrée) dont la finesse de l'ornement est un indice de l'opulence du propriétaire... Entre les deux, la classe moyenne vit souvent en appartement et rêve d'une " case à terre " (maison de plain-pied) avec jardin, garage pour deux voitures et si possible, une piscine !

Crise des gilets jaunes. La fin de l'année 2018 a été fortement marquée par la crise des gilets jaunes. Les Réunionnais se sont rassemblés en nombre pour exprimer leur désaccord envers la hausse des prix du carburant et la vie chère. Grèves, blocages et manifestations ont été doublés par l'apparition de groupes de casseurs, non liés au mouvement mais révélant un mal-être et le mécontentement d'une partie de la population. Agressions et casses ont donc marqué la fin d'année, forçant l'instauration d'un couvre-feu et l'arrêt forcé des travailleurs pendant plusieurs semaines, avant de se calmer à l'arrivée des fêtes. La crise a eu un fort impact sur le tourisme, mais aussi sur l'économie mise en berne, forçant de nombreuses petites entreprises à mettre la clé sous la porte.

Principales ressources
Barques de pêcheurs réunionnais.
Barques de pêcheurs réunionnais.

Production agricole. La canne à sucre est l'une des principales ressources de l'île (près de 2 millions de tonnes par an, 12 000 emplois). Elle représente 50 % des exportations de La Réunion, soit 150 millions d'euros par an. L'île est le premier producteur européen. Mais bien plus que ça, avec 58 % des surfaces cultivées, la canne a façonné la personnalité de La Réunion, a modelé ses paysages et joué un rôle primordial dans l'histoire et la culture réunionnaises. Les quotas sucriers, favorisant la production sucrière dans les DOM, sont stoppés en octobre 2017, mais des aides de l'Etat viendront garantir l'avenir de la filière.

Le développement du marché agroalimentaire intérieur est une des plus belles réussites économiques de l'île. La filière animale produit porcs, vaches, volailles, ce qui a permis de préserver des emplois dans les Hauts, qui font vivre quelque 4 000 familles. Les autres productions agricoles réduisent la dépendance aux importations  : fruits, légumes, élevage et pêche assurent ainsi plus de 300 millions d'euros de revenus par an. Saviez-vous que l'on produit du vin, du fromage et même du foie gras sous les tropiques ? Résultat : La Réunion est autosuffisante en porc et oeufs, produit 30 % du boeuf et 65 % des volailles qu'elle consomme.

La pêche est autant une source de nourriture, avec la pêche artisanale côtière, qu'une source de devises, avec les navires industriels de haute mer de toute la ZEE (Zone économique exclusive) française. En effet, celle-ci comprend l'espace maritime autour de La Réunion mais aussi les immenses zones de pêche des nombreuses possessions françaises de l'océan Indien (Juan de Nova, Tromelin...) et des TAAF (Kerguelen, Crozet...). Au total, une surface plus importante que la ZEE de la France métropolitaine ! L'outre-mer permet d'ailleurs à la France de détenir le 2e plus grand domaine maritime du monde après les Etats-Unis. Toutefois malgré ce potentiel, les licences sont attribuées à des équipages étrangers, La Réunion n'ayant pas de pêcherie industrielle.

Les plantes aromatiques, comme la vanille, le géranium, le vétiver, sont en déclin mais représentent encore 250 ha et 144 emplois. Répandues dans les Hauts de l'Ouest depuis près d'un siècle, les huiles essentielles produites sont reconnues parmi les plus fines du monde et exploitées par les plus grandes parfumeries. Certaines valent plusieurs dizaines de milliers d'euros au litre ! Dans les années 1960, La Réunion était le premier producteur mondial d'huile de géranium. Mais avec la concurrence internationale, la grande majorité des agriculteurs a fini par abandonner cette culture, trop spéculative, pour se tourner vers la canne à sucre, une valeur sûre.

Une activité industrielle faible. La Réunion est peu industrialisée : seuls 23 % des actifs sont dans le secteur secondaire, dont 75 % dans le BTP. Les groupes de construction ont le vent en poupe, au vu de la tension sur le marché immobilier et les grands travaux routiers : les bétonneurs ont de beaux jours devant eux, même si les dernières années sont difficiles. Côté industrie, hormis quelques activités de transformation destinées au marché local, pas grand-chose. Toutefois, avec leurs usines géantes et leurs énormes machines, les sucreries et distilleries qui transforment la production agricole de l'île (canne à sucre) en rhum et en sucre pourraient être qualifiées d'industrielles. L'histoire industrielle réunionnaise remonte alors au XIXe siècle, quand l'île comptait des centaines de sucreries. Aujourd'hui, seules 2 unités (géantes) subsistent.

Une économie de services. L'économie réunionnaise est dominée par le vaste secteur des services, à commencer par le fonctionnariat, principal pourvoyeur d'emplois, et encore plus pour ce qui est des apports à l'économie car les fonctionnaires bénéficient d'une surrémunération d'environ 53 %. L'économie locale en dépend, ces salaires étant dépensés en bonne partie sur le marché réunionnais, la moitié des fonctionnaires étant originaires de La Réunion. Mais le revers de la médaille est que le coût de la vie, plus élevé qu'en métropole, est défini en fonction de ces salaires, pourtant loin d'être représentatifs du revenu moyen par habitant.

Les autres grands secteurs pourvoyeurs d'emplois sont la grande distribution et l'automobile. Rien d'étonnant, sachant que La Réunion importe 5 milliards d'euros de biens par an, mais exporte pour seulement 300 millions. Les hypermarchés poussent comme des champignons, aidés par les municipalités qui multiplient les subventions pour les attirer. Parmi les autres secteurs d'activités : les services à la personne, les services de communication et le tourisme. En revanche, contrairement au public, les salaires moyens dans le privé sont plus faibles qu'en métropole, de nombreuses conventions collectives ne s'appliquant pas et la tension sur le marché de l'emploi étant défavorable aux salariés.

Place du tourisme

Des atouts formidables. L'île a pour attraits son climat tropical, la diversité de ses paysages et de ses habitants, et son appartenance à la France. La beauté de son patrimoine naturel et culturel et la variété d'activités auxquelles se prête la Réunion attirent tous types de touristes. Certains sont à la recherche de nouvelles expériences sportives, d'autres sont en quête d'exotisme, de tourisme vert ou thermal, ou encore de farniente balnéaire. Lagons, montagnes, volcan, cultures... Peu d'îles tropicales possèdent une telle variété d'atouts. Département français, La Réunion offre en outre aux métropolitains la possibilité de partir à l'autre bout du monde sans quitter leur pays, sécurité et niveau de vie inclus.

Une croissance lente. La Réunion a accueilli 200 000 touristes en 1990, 394 000 en 2000, soit un chiffre qui a explosé en 10 ans. Mais depuis ce chiffre stagne et a subi une grave crise en 2006 lors de l'épidémie de Chikungunya, où il est tombé de 450 000 en 2005 à 290 000 l'année suivante. Depuis, les visiteurs sont revenus peu à peu, mais il a fallu attendre 2011 pour dépasser le niveau de 2005 avec 470 000 visiteurs. La Réunion a notamment profité d'une meilleure publicité, avec son inscription au patrimoine mondial de l'Unesco en 2010, mais également avec le report important des touristes français vers l'outre-mer en raison des révolutions arabes. L'embellie n'a été que de courte durée puisqu'en 2012, le nombre de touristes a chuté de 5,3 %, puis de 6,8 % en 2013, et de 2,5 % en 2014. La crise requin qui résonne à la Réunion depuis 2011 a eu son impact sur cette affluence touristique en berne, mais masque des problèmes structurels bien plus profonds. En 2017, le nombre de touristes s'élevait à 507 563 avant d'atteindre en 2018 les 574 000 visiteurs. Une augmentation de 4,1 % plutôt prometteuse pour l'avenir, la destination étant notamment de plus en plus fréquentée par les touristes internationaux.

Des handicaps structurels. Le développement touristique de l'île souffre de plusieurs handicaps : en premier lieu, son éloignement géographique et le coût des transports, en comparaison avec d'autres marchés comme les Antilles. Le prix des billets d'avion métropole-Réunion oscille entre 700 et 900 € en période creuse, mais atteint allègrement 1 600 € en haute saison. Dans ces conditions, la Réunion ne concurrence pas des destinations tropicales comme Saint-Domingue, par exemple, avec ses formules à 500 €, comprenant billet et hébergement.

Une insuffisante ouverture sur l'extérieur. Le tourisme est composé à 79,5 % de Français, rendant la Réunion essentiellement dépendante de ce marché. En effet, aucune compagnie européenne ne se pose à la Réunion, hormis les 4 compagnies françaises qui se partagent un marché captif où la concurrence n'est pas le maître mot. Inversement, la compagnie locale Air Austral ne dessert aucune destination en Europe, sauf la France. Il n'y a donc aucune liaison aérienne entre la Réunion et ses marchés touristiques, sauf la France. Les rares étrangers qui débarquent à la Réunion arrivent le plus souvent par hasard, après avoir sillonné une bonne partie de la planète, tandis que les Français viennent plutôt voir de la famille ou des amis. En effet, en métropole, tout le monde a entendu parler de la Réunion, alors que dans le reste du monde, pratiquement personne ! Les Réunionnais s'en rendent compte en partant à l'étranger...

Ainsi, la Réunion dispose d'une seule représentation touristique à Paris, près des Champs-Elysées, malheureusement très peu attractive, et aucune dans le reste du monde. En même temps, l'île compte bien une vingtaine d'offices de tourisme municipaux, intercommunaux, annexes incluses, souvent peu fréquentés. Il faut dire que le secteur du tourisme, qui pèse 840 millions d'euros, est alimenté en majorité par les Réunionnais eux-mêmes ! L'argent tourne donc en rond dans l'île et seuls 350 millions proviennent du tourisme extérieur.

De nombreux autres handicaps freinent l'ouverture de l'île, comme le faible niveau en anglais dans les hôtels, l'absence de bureau de change jusqu'en 2013 ou encore la conception même de la compagnie aérienne locale Air austral, qui fait voyager les Réunionnais sur plusieurs continents, alors qu'une compagnie comme Air Mauritius sert prioritairement à faire venir les touristes à Maurice... La communication à destination des marchés extérieurs fait l'objet de budgets minimes, notamment à l'étranger. Or, La Réunion manifeste un besoin primordial de vendre son image à l'extérieur.

La part des touristes étrangers augmente néanmoins, même si nos voisins de l'océan Indien en fournissent le plus grand nombre. Les étrangers provenant de l'UE représentent 8 % des touristes, venus principalement d'Allemagne, de Suisse, de Belgique et de Scandinavie. Les autres touristes étrangers (9 %) proviennent surtout de Maurice, de Madagascar et d'Afrique du Sud, et ont d'autres freins pour venir, comme les visas et les conditions requises par la PAF, bien plus pointilleuse qu'en métropole. Il n'est pas rare que des étrangers non européens se fassent refouler à leurs frais pour des détails administratifs, alors qu'ils étaient venus pour dépenser leur argent à la Réunion. Il est vrai qu'il est difficile de comprendre pour un étranger à qui on dit que la Réunion c'est la France et qui accède facilement à un visa pour la métropole, qu'il n'en est pas de même ici ; en effet, la Réunion fait partie de l'Europe, mais pas de l'espace Shengen. La grande crainte des autorités (parisiennes, puisque c'est là que cela se décide) étant que la Réunion devienne une tête de pont de l'immigration clandestine, ce qui est le cas d'autres régions d'outre mer. Or ces touristes, d'une part sont souvent très riches, d'autre part il n'y a aucune communauté pour les accueillir puisque les Indiens et Chinois représentent chacun 0,05 % de la population réunionnaise ! Au final après 22 ans de palabres, les touristes sud-africains sont autorisés à visiter l'île depuis 2013 et les Indiens et Chinois depuis 2014. Il ne reste plus qu'à les attirer ici !

Un tourisme affinitaire. A La Réunion, le touriste est hébergé chez des parents ou des amis dans 46 % des cas. Ces touristes " affinitaires " restent en moyenne 20 jours, contre 17 jours pour les autres, et, s'ils ne sont pas chez l'habitant, recherchent des hébergements peu chers. Les autres touristes logeant en hébergement dit " marchand " se répartissent, dans l'ordre, entre les hôtels (20,8 %), les locations saisonnières (20,3 %), et les chambres d'hôtes et divers gîtes (10 %). Les grosses structures sont peu nombreuses : il n'y a que 50 hôtels, dont seulement 4 de plus de 100 chambres. Soit un total de lits disponibles environ 4 à 10 fois moins élevé que des îles comme Maurice, la Guadeloupe ou Saint-Domingue. Le tourisme à La Réunion est ainsi très peu structuré et fourmille de milliers de petites structures de quelques chambres. Difficile, dans ce contexte, de s'associer afin de peser sur les marchés internationaux.

Actions et espoirs. Le tourisme, qui n'était pas vraiment la priorité du PCR, stagne depuis l'an 2000. Il a été mis en avant dans le programme de Didier Robert (UMP), devenu président de la Région en 2010, ce qui s'est traduit par des changements certains, mais pas de francs résultats. Ainsi, des têtes ont sauté, comme celle de Pierre Vergès qui dirigeait le comité du tourisme de La Réunion, rebaptisé IRT (Ile Réunion Tourisme). A sa présidence a été nommée en 2011 la chanteuse-auteur-compositeur-député-sénatrice Jacqueline Farreyrol, puis remplacée en 2014 par Patrick Serveaux, premier professionnel du tourisme à la tête de l'IRT depuis plus de 10 ans. En 2011 également, l'IRT déménage dans des locaux flambant neufs et augmente son budget, avec des salariés rémunérés en moyenne 4 000 € par mois. Malgré cela, le budget global reste 10 fois inférieur à celui de son homologue mauricien. Du côté d'Air Austral, en difficulté financière, le président fondateur Gérard Ethève, en place depuis 1974, a été débarqué en 2012 tandis que la plupart des lignes long-courriers ont été fermées et les projets de l'Airbus A380 abandonnés. Sauvée par une recapitalisation à base d'argent public, elle est tirée d'affaire en 2014 et relance la ligne Réunion-Seychelles.

Parmi les actions engagées, citons les subventions à la rénovation ou la montée en gamme de nombreux établissements, la multiplication des actions de promotion en province, la rénovation des principaux musées, l'agrandissement des deux aéroports internationaux, ou encore les palabres interminables pour faciliter les démarches douanières des touristes chinois, indiens ou encore sud-africains, qui ont enfin abouti en 2014. Citons aussi la création d'Iles Vanilles, réunissant dans un organisme officiel les acteurs touristiques de la Réunion, Maurice, Madagascar, Seychelles, Mayotte et des Comores (www.ilesvanille.com). Côté résultats, la baisse est marquée depuis 2011, mais elle est attribuée à la crise requins et à la crise économique en général. Toutefois la Réunion est très loin de ses objectifs et de ses capacités, puisque le comité du tourisme prévoyait 600 000 touristes à l'horizon 2005, objectif repoussé à 2015, puis encore repoussé, mais cette fois, on s'est bien gardé de fournir une date ! Peut-être en 2020 ?

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