Guide de La Réunion : Histoire

La Réunion n'a été peuplée par l'homme qu'à partir du XVIIe siècle. C'est le seul DOM-TOM qu'aucune population indigène n'occupait avant que la France en prenne possession  : il s'agissait d'une île déserte, tout comme les autres îles de l'archipel des Mascareignes (La Réunion, Maurice, Rodrigues) et les Seychelles. Forte d'une histoire fondée sur le croisement de diverses cultures, l'appartenance légitime de la terre ne peut être revendiquée par aucune ethnie en particulier : La Réunion était destinée au métissage.

L'histoire de toutes ces îles édéniques, désertes à l'origine, commence un peu de la même manière  : des suppositions de découverte par l'homme vers le début du premier millénaire, des traces écrites arabes vers le début du deuxième millénaire, puis l'arrivée de navigateurs européens, en quête de nouvelles routes d'accès aux Indes au XVIe siècle. Mais il faudra attendre le milieu du XVIIe siècle pour que la Réunion soit colonisée : par des Français, accompagnés d'esclaves déportés de Madagascar et d'Afrique de l'Est. C'est le début d'une longue histoire coloniale.

Figures historiques

Edmond Albius. Il a découvert le procédé de fabrication de la vanille en 1841. Il avait à l'époque 12 ans. Jeune esclave, sa découverte a été longtemps contestée.

Evaryste de Parny (1753-1814). Premier poète de la Réunion, populaire au début du XIXe siècle. De ses oeuvres, on retiendra les Poésie érotiques publiées en 1778.

Hubert Delisle. Député en 1848, puis membre du Comité des Colonies. Il sera par la suite le premier gouverneur créole de la Réunion en 1852.

Juliette Dodu. Grande dame et quelle dame ! Née à la Réunion, elle s'installe en métropole vers 1864 après la mort de son père. Lors de la bataille de Baune-la-Rolande en 1870, elle sauvera la vie de milliers de soldats. Grâce à un poste télégraphique, elle intercepte et renvoie durant plusieurs nuits les messages ennemis. Une démarche qui aura permis de déjouer une embuscade. Elle devient alors une grande figure de la Résistance.

La Buse. Célèbre pirate du XVIIe siècle. De son vrai nom Olivier Le Vasseur, le capitaine du vaisseau Le Victory parcourt l'Inde avant de se rapprocher de La Réunion vers 1720. Son trésor inestimable reste un mystère. Le jour de sa pendaison, la Buse aurait jeté à l'assistance un papier avec des indications pour trouver son fameux butin.

Sarda Garriga. Mandaté par Victor Schoelcher, Joseph Napoléon Sébastien Sarda dit Sarda Garriga est chargé d'annoncer l'abolition de l'esclavage à La Réunion. Une bonne nouvelle annoncée le 20 décembre 1848. Nouveau gouverneur, il prendra deux ans afin de faire appliquer les droits des Noirs.

Sitarane : Tout le monde à La Réunion connaît le nom de Sitarane et de sa sombre histoire. Dans les années 1900, une série de vols est constatée dans le sud de l'île, ainsi que des découvertes macabres. La légende rapporte que Sitarane buvait le sang de ses victimes. L'homme est guillotiné en 1911 et enterré à Saint-Pierre.

Découverte de Dina Morgabim par les Arabes

Les premiers textes évoquant les îles de cette région datent de 851, les Seychelles étant mentionnées sur des cartes de marchands arabes qui commerçaient avec les Comores et Madagascar, connues depuis longtemps. C'est vers l'an 1186 que le premier récit d'un géographe arabe, nommé Edressi, fait mention d'une île avec une intense activité volcanique  : La Réunion, désignée sous le nom de Zanj.
On sait maintenant que, vers le XVe siècle, les navires commerçants des Swahilis, descendants d'Arabes, connaissaient ces îles mieux que les Européens  : ils les nommaient "  Dina Morgabim  " ou "  Magrebim  " (La Réunion), "  Dina Arobi  " (Maurice), et "  Dina Moraze  " (Rodrigues). Cependant, aucune preuve archéologique de leur passage n'a été trouvée à ce jour : on ignore s'ils y ont jeté l'ancre ou s'ils ont simplement navigué au large de ses côtes.

Chronologie

-3 millions d'années> Emersion du piton des Neiges (fin d'activité : -12 000 ans).

-500 000 ans> Effondrement du vieux massif de La Réunion (le piton des Neiges), formation des cirques. Vers la même époque, naissance du piton de la Fournaise.

XIIe siècle > Première mention écrite de l'île dans des récits arabes.

1500 > Le Portugais Diego Diaz dérive à cause d'une tempête au cap de Bonne-Espérance et découvre dans l'océan Indien  Maurice, La Réunion et Madagascar, mais n'y accoste pas.

1516> Un autre Portugais, Dom Pédro de Mascarenhas, en approchant l'archipel formé par La Réunion, Maurice et Rodrigues, les fait appeler Mascareignas ou Mascareignes, mais n'y accoste toujours pas.

1638-1640> Prise de possession par la France des deux îles sous le nom de Bourbon (La Réunion) et Isle de France (Maurice).

1646> Première colonisation par des mutins déportés. Ils y restent trois ans.

1663> Occupation définitive de Bourbon par les Français.

1665 > Etienne Regnault et 20 colons débarquent à l'île Bourbon.

1715> Introduction de la culture du café par des Malouins.

1735> Mahé de La Bourdonnais devient gouverneur général des îles jusqu'en 1746.

1738 > Saint-Denis devient la capitale de Bourbon. Début des guerres entre les Français et les Anglais dans l'Inde.

1767> Rachat de l'île de France et de l'île Bourbon à la Compagnie des Indes. Rétrocession effective des îles le 14 juillet.

1789> Révolution française.

1793 > La Convention change le nom de "  Bourbon  " en celui de "  La Réunion  ". Troubles et désunion dans l'île.

1810 > Conquête de l'île Bourbon par les Anglais (qui prend le nom de Bonaparte). Les Anglais prennent aussi Maurice, Rodrigues et les Seychelles.

1815 > L'île Bourbon est rendue à la France par le traité de Paris et reprend le nom de La Réunion. Les Anglais gardent tout le reste.

1848> 20 décembre  : abolition effective de l'esclavage.

1863 > Crise sucrière. La production chute de moitié.

1914-1918 > Première Guerre mondiale.

1919 > Grippe espagnole et cyclone.

1940> Un gouvernement désigné par Vichy est mis en place.

1942> Un commando de gaullistes déloge le gouvernement illégitime.

1946> Départementalisation.

1959> Création du PCR (Parti communiste réunionnais) par M. Paul Vergès (scission avec le Parti communiste français).

1975> Le franc CFA est remplacé par le franc français.

1991> Emeutes dans le quartier sensible du Chaudron  : plusieurs morts.

1996> Le SMIC est aligné sur celui de la métropole.

2002> Le franc français laisse la place à l'euro. Le RMI est aligné sur celui de la métropole.

2005/2006> Epidémie de chikungunya, qui touche un Réunionnais sur quatre en quelques mois et cause 250 morts.

2007> Cyclone Gamède, le plus intense cyclone historiquement observé. Décembre  : Miss Réunion est élue Miss France 2008.

2009> Ouverture de la route des Tamarins

2010> Après 12 ans à la tête de la région Réunion, Paul Vergès (PCR) cède sa place au candidat UMP, Didier Robert. En fin d'année, l'île est classée au patrimoine mondial de l'Humanité par l'Unesco, et juste après éclatent en son coeur de gigantesques incendies dans les Hauts de l'Ouest.

2011-2012 > De nouveaux incendies dans les Hauts de l'Ouest et du Sud causent des dégâts encore plus étendus, tandis que les Bas font face à une recrudescence d'attaques de requins, tuant 5 personnes. En mai, les Réunionnais votent à 71 % pour François Hollande, presque le record de France.

2013> La première pierre du chantier de la Nouvelle Route du Littoral est posée le 20 décembre à la Possession.

2014 > Le 2 janvier, le cyclone Bejisa touche la côte ouest de l'île. L'état de catastrophe naturelle est déclaré. Municipales : quatre communes basculent à droite (Saint-Paul, Saint-André, Saint-Louis et Le Tampon). Les bastions communistes historiques de La Réunion, tels que le Port et la Possession, sont détrônés.

2015 > Nassimah Dindar est réélue présidente du Conseil départemental de La Réunion, pour un quatrième mandat.

2017> Cyrille Melchior prend la présidence du Conseil départemental.

2018> La Réunion est fortement impactée par les phénomènes météorologiques. Cilaos reste isolé pendant plusieurs mois, les forêts de l'Est sont très abîmées, les sentiers de randonnée sont pour beaucoup fermés.

Redécouverte des Mascareignes par les Portugais

Au XVe siècle, le Portugal est l'une des plus grandes nations maritimes. En l'an 1488, le navigateur portugais Bartolomeo Dias découvre le passage au sud de l'Afrique qui ouvre la voie vers l'océan Indien  : le cap de "  Bonne-Espérance  ", porte d'entrée de la fameuse route des Indes.
En l'an 1500, Diego Diaz, ancien compagnon de Vasco de Gama, surpris par une tempête, se perd dans l'océan Indien. Son errance le mène à la redécouverte de Maurice, de La Réunion et de Madagascar. Il est suivi, en 1516, du Portugais Dom Pedro de Mascarenhas qui, de retour des Indes et faisant route vers Madagascar, aperçoit l'archipel formé par La Réunion, Maurice et Rodrigues, qu'il baptise de son nom : Mascareignes. La Réunion est dès lors appelée Mascarin. Jusqu'en 1616, des Portugais repassent près de La Réunion, sans tenter de l'aborder. Dans les récits de voyages, l'île est pourtant décrite comme un paradis terrestre, riche en gibier, poissons de rivière ou d'étang, tortues de terre et de mer, et en eau douce.

L'arrivée des Français

C'est à cette époque, où ces îles ne constituent que des lieux de relâche pour les navires, de simples escales sur la longue route des Indes, que les Français entrent en scène. Louis  XIII et son cardinal Richelieu montrent un intérêt particulier pour Madagascar et sa région, susceptibles d'assurer le rayonnement de la France. Une flotte française, commandée par le Saint-Alexis (22 canons et 96 hommes d'équipage) accoste Mascarin au niveau de La Possession le 30 juin 1638 (date controversée) et prend possession de l'île. Afin d'officialiser la présence de la France, Jacques Pronis, gouverneur de Fort-Dauphin à Madagascar, s'empare une seconde fois de l'île en 1642 et y installe une plaque portant les armes du roi ; sept ans plus tard, elle deviendra officiellement l' " île Bourbon ".

Premières occupations de l'île

La première occupation est une histoire assez singulière, qui commence à Madagascar. Et plus précisément avec Jacques Pronis, ce gouverneur de Fort-Dauphin, très contesté par les colons blancs autant que par les esclaves noirs. À tel point qu'en 1646, une révolte éclate, et les mutins décident d'enfermer le gouverneur dans un cachot. Il lui faudra attendre les envoyés du roi de France pour être libéré. En guise de punition, Pronis fait immédiatement déporter les douze mutins à La Réunion. Ils y restent trois ans. Jusqu'à ce qu'Etienne de Flacourt, nouveau gouverneur de Fort-Dauphin, les fasse revenir. On croyait les retrouver morts, malades ou tout au moins épuisés par les affres de cet enfer sauvage ; à la place, les voilà bel et bien vivants et même en pleine forme.
L'expérience jugée concluante, une première véritable colonisation est tentée par six Malgaches et sept Français, tous volontaires, menée par Antoine Taureau, aussi appelé Couillard. Ils débarquent sur l'île le 22 septembre 1654 avec des semences et des bêtes, et en font le tour complet en 11 jours. Mais les périodes de cyclones qu'ils subissent mettent à mal l'agriculture. Un beau jour, un forban anglais du nom de Gosselin, de passage sur l'île, leur raconte une histoire effrayante pour saboter la colonisation  : tous les Blancs de Fort-Dauphin auraient été tués et les insurgés seraient en route vers Bourbon. Pris de panique, les colons déménagent sous d'autres cieux le 5 juin 1658, et l'île redevient déserte. Il faut attendre novembre 1663 pour qu'une nouvelle troupe, composée de deux Français dont Louis Payen, et de dix Malgaches, dont trois femmes, débarque à Saint-Paul et s'y installe. Mais des conflits éclatent et les Malgaches partent pour les hauteurs de l'île. Le 9 juillet 1665, vingt autres voyageurs, menés par Etienne Régnault, les rejoignent. Afin d'éviter tout conflit, ils proposent l'amnistie aux fuyards et les rapatrie ainsi que les Français sur Madagascar. Ces nouveaux arrivants s'installent dans le quartier du vieux Saint-Paul au nord-est de l'étang. La population croît lentement mais sûrement. En 1686, l'île compte 260 habitants.

La Compagnie des Indes

En 1664, Colbert fait de l'île Bourbon une escale stratégique pour sa toute nouvelle Compagnie des Indes orientales, société sous contrôle de l'Etat dotée d'un monopole commercial total au sein des terres françaises de l'océan Indien. Saint-Paul devient la capitale de Bourbon. Avec l'arrivée de femmes françaises, malgaches, indiennes et portugaises, amenées par les navires de la Compagnie, commencent les mariages mixtes et le métissage.
Mais la France est alors engagée dans de nombreux conflits, et la jeune Compagnie des Indes se met vite à végéter. Les colons vivent d'abord de cueillette, de chasse et de pêche, d'un peu d'élevage et de quelques cultures. Bourbon connaît une série de gouverneurs véreux et de mauvaises aventures. Colbert se désintéresse peu à peu de la région, livrée à elle-même. A tel point que les Bourbonnais décident d'envoyer une pétition au roi, signée le 18 novembre 1678 par 18 personnalités de l'île. Malgré plusieurs "  relances  ", l'île ne reçoit aucune nouvelle de la métropole pendant onze longues années.
Louis XIV, finalement, envoie Vauboulon comme nouveau gouverneur en 1689. Il s'avére intransigeant, tyrannique, sadique même, ses exactions le conduisant même au pénitencier en 1690. Plusieurs gouverneurs lui succèdent, sans grande réussite : à l'image de la noblesse métropolitaine, la colonie se laisse aller sur la pente du laxisme et de l'augmentation des impôts.

Pirates et forbans

Carrefour de la route des Indes, l'île Bourbon attire pirates et forbans. Vers la fin du XVIe siècle, la piraterie commence à se développer dangereusement. L'installation des pirates anglais et hollandais sur Bourbon est presque appréciée de la population, pour l'apport des marchandises, moins chères ou introuvables (miroirs, tissus, bijoux, armes...). Les gouverneurs successifs de l'île privilégient l'amnistie et la cession de terre pour attacher ces nouveaux repentis et profiter de leur expérience de marin.

Les plus célèbres de l'époque : Olivier Levasseur, dit "  La Buse  " et son ami anglais Taylor. Parmi les exploits de La Buse, citons un formidable tour de force réalisé sur le Barachois, à Saint-Denis : la prise d'assaut du navire portugais La Vierge du Cap, qui lui permet de ramasser un trésor fantastique, une énorme rançon payée en pièces d'or et en pierres précieuses. Capturé en 1730 à Madagascar, il ne révéla jamais, malgré les tortures, où il avait caché son trésor. Juste avant son exécution à La Réunion, il aurait jeté un cryptogramme à la foule de Saint-Paul en criant "  Mon trésor à celui qui déchiffrera cela  !   " Certains le cherchent encore...

Où sont les femmes ?

A l'époque des premières colonisations, les femmes étaient une denrée rare. Les trois femmes malgaches venues avec Louis Payen étaient l'objet de nombreuses bagarres. On tenta bien de faire venir quelques femmes françaises, mais ces dernières, des aventurières, se mariaient avant d'arriver, lors d'une des nombreuses escales d'un voyage qui pouvait prendre plus d'un an.
En 1666, on fit venir une flotte avec 1 700 colons dont 32 femmes, ou plutôt des orphelines d'une quinzaine d'années, recueillies par des religieuses. A leur arrivée en 1667, il n'en restait plus que 5 ! Celles-ci, extrêmement convoitées, étaient sous l'emprise des moeurs religieuses de l'époque  : pas d'amour avant le mariage... Et comble de malchance, ni le gouverneur ni le père de la colonie n'étaient considérés comme aptes à unir les couples  ! Il fallut attendre dix mois pour enfin unir ces cinq couples, qui sont aujourd'hui les ancêtres d'une bonne partie de la population réunionnaise. Ils eurent les premiers enfants blancs officiellement nés et baptisés à Bourbon.
En 1678, un Portugais des Indes, du nom de Manoel Teixeira da Mota, saisit l'opportunité du marché. Il fit venir des Indes une quinzaine d'Indiennes superbes qui n'eurent aucun mal à trouver preneur. Ce fut les premières Malbaraises de l'île.
A une époque où les Blancs craignaient encore de devenir des Noirs à force de rester toujours au soleil (!), se marier avec une Noire constituait encore un interdit. Mais la tension était telle que, pour certains colons, il valait mieux se marier, ou du moins s'accoupler, avec une femme de couleur que de demeurer seul le restant de sa courte vie.

La société devint rapidement métissée, et, dès 1770, il y eut trop de femmes  ! Des récits racontent même que des centaines de filles à marier finirent par vieillir seules, sans trouver parti.

Les débuts de l'esclavage à Bourbon

L'esclavage voit le jour sur l'île dès les débuts de la colonisation. Les marchands d'esclaves se contentent souvent d'embaucher quelques rabatteurs malgaches, chargés d'amener sur les plantations de canne et de café des hommes et des femmes en bonne santé, qui vivoteront à La Réunion dans des conditions déplorables. Si la Compagnie des Indes interdit officiellement la traite des esclaves en 1664, la réalité est, comme ailleurs, teintée de violences et de profondes injustices.

Une classification raciale s'affirme de manière de plus en plus féroce. En 1674, le gouverneur de La Haye interdit pour la première fois par ordonnance les mariages mixtes. Le Code noir de 1685 vient quant à lui définir la place du Noir dans la société ; il est repris dans la pratique par la Compagnie des Indes. Enfin, en 1727, suite au boom de la culture du café, la traite est officialisée par décret royal (les lettres patentes de Louis XV), normalisant des comportements déjà courants.

Le café de Bourbon

L'introduction de quelques plants en provenance de Moka au Yémen par des Malouins, en 1715, donnera un premier essor à Bourbon. Connu depuis longtemps dans les pays arabes, le café devient très en vogue en Europe. On le déguste au Procope à Paris. On découvre aussi un caféier sauvage dans l'île. La Compagnie favorise sa culture en distribuant des concessions.
Le besoin de main-d'oeuvre entraîne l'explosion de la traite des esclaves en provenance de Madagascar et d'Afrique de l'Est. En 75 ans, la population est multipliée par 50. Les villes de Saint-Gilles, Saint-Leu, Saint-Louis et Saint-Pierre sont créées, devenant d'immenses greniers à café. Ce commerce florissant ouvre une ère de prospérité ; Bourbon devient rentable. En 1744, 1 222 tonnes de café sont récoltées.

Marrons et Zoreilles

La structure de la population reflète dès lors celle d'une société coloniale, basée sur un système de plantation esclavagiste. Les Blancs restent minoritaires  : ils sont 20 % contre 80 % d'esclaves.

Les inégalités et les injustices sociales deviennent le symptôme le plus douloureux du fléau colonialiste, gangréné par la monoculture. Face à la violence de certains maîtres - Gabrielle Bellon, Pierre Parny ou Etienne Baillif avaient notamment une réputation de tortionnaires -, beaucoup d'esclaves s'enfuient dans les Hauts. Ce sont les fameux Marrons, du mot espagnol cimarron ou "  rebelle  ". Survivant dans des conditions difficiles, au coeur de régions enclavées, ils sont les premiers à découvrir les coins les plus isolés de l'île. Beaucoup de ces lieux portent d'ailleurs encore des noms qui leur rendent hommage : la Plaine-des-Cafres, Mafate, Cilaos et Salazie (trois noms malgaches). Face à cet essaim d'esclaves fugitifs, Jean-Baptiste de Villiers, gouverneur de l'île à partir de 1701, met en place des milices de chasseurs de Marrons. Virulents et tyranniques, ces derniers décident de couper l'oreille de chacun des esclaves tués, qu'ils gardent pour comptabiliser les victimes : d'où l'une des origines possibles - la plus péjorative - du mot "  Zoreille  " (qui désigne les métropolitains).
Par ailleurs, à cette époque, les gros propriétaires écrasent peu à peu les petits, avalant leurs terres et les excluant du système despotique de la Compagnie des Indes. Ainsi se dessine une génération de Blancs pauvres, rapidement mis au ban de la société et bousculés, eux aussi, vers les Hauts, où ils tentent de survivre en faisant pousser des cultures vivrières, les Bas étant consacrés aux cultures spéculatives. On les appelle les Petits Blancs des Hauts ou Yabs .

Un Malouin d'envergure

Lorsque Mahé de Labourdonnais est élu gouverneur de Bourbon et de l'île de France (Maurice) en 1734, il remodèle l'aménagement des deux îles  : Bourbon devient le grenier de l'archipel tandis que sa grande soeur endosse un rôle de carrefour maritime du commerce.
Ce navigateur malouin a bien l'intention d'accroître le pouvoir de la France et s'y emploie en développant les infrastructures de Bourbon  : des routes sont ouvertes, des entrepôts construits, des ports érigés. L'agriculture s'étend et se diversifie, avec la promotion de la canne à sucre et l'introduction de nouvelles espèces. Mais l'île sombre toujours un peu plus dans les cercles vicieux de la monoculture (esclavage, vulnérabilité du cours des matières premières, marginalisation des petits exploitants ruinés...), à l'ombre du rayonnement de sa voisine.
En 1738, Saint-Denis remplace Saint-Paul comme capitale, avec des rues tracées au cordeau. Mais ni la nouvelle capitale ni aucun autre point du littoral inhospitalier de l'île n'offrent de rade susceptible d'abriter un grand port de commerce et de protéger la flotte des attaques des Anglais. Bourbon est délaissée au profit de l'Île de France, où Port-Louis offre les avantages d'une base maritime.

Mahé de La Bourdonnais (Saint-Malo, 1699 – Paris, 1753)

Bertrand-François Mahé, de La Bourdonnais, est sans doute le gouverneur qui a le plus compté dans l'histoire de l'île. Successeur d'une série d'incompétents, il réalise à partir de 1734 de grands projets. La Réunion et Maurice connaissent sous son autorité les plus grandes transformations économiques et politiques de leur histoire.

Engagé dès l'âge de 20 ans par la Compagnie des Indes, il se fait remarquer par des actions d'éclat, comme le sauvetage d'un navire en baie de Saint-Paul ou l'attaque victorieuse du comptoir de Mahé (même nom, mais par hasard) sur la côte Malabar en Inde. L'empreinte de Mahé de La Bourdonnais dans les structures réunionnaises est importante  : mise en place d'une démocratie avec des élections de députés dans chaque quartier assemblés en un conseil de notables  ; création d'une douane, des Ponts et Chaussées, de services de communications. Il forme des milices, surtout destinées à protéger les bourgeois des Marrons (esclaves fugitifs). Il introduit en outre le papier-monnaie, construit des hôpitaux pour les Noirs. Sa connaissance parfaite de Bourbon le conduit à prendre des décisions répondant exactement aux préoccupations des habitants  : formation de charpentiers de marine, encouragement de la canne à sucre, introduction de nouvelles espèces, liberté de commerce avec les navires marchands...

La Révolution française

Les événements survenus en France vont entraîner des changements dans l'île, avec un certain décalage dû à la distance. En 1794, les premiers sans-culottes arrivent à La Réunion. Des communes sont créées, des députés élus partent représenter la colonie à l'Assemblée constituante à Paris. La Convention change le nom de l'île Bourbon, qui devient La Réunion le 19 mars 1793, en l'honneur des Marseillais et des Gardes nationaux qui donnèrent l'assaut des Tuileries le 10 août 1792.
À cette époque, les Anglais, qui rôdent dans la région, effectuent des attaques fréquentes sur les Mascareignes et les Seychelles. La Réunion, qui menace de tomber dans le giron de l'Angleterre, subit les premières attaques ennemies en 1806 et 1807. Un camp pro-anglais se forme alors dans cette toute nouvelle démocratie, à l'heure où la France révolutionnaire oublie ses colonies. Désunie, menacée, frappée par d'importants cyclones en 1806 et 1807 qui détruisent de nombreuses plantations de café, La Réunion s'étiole, désemparée.

Pierre Poivre (Lyon, 1719 - Hyères, 1784)

Engagé par le gouverneur Bellecombe, Pierre Poivre arrive à l'île Maurice à l'âge de 48 ans en tant qu'administrateur des Finances et de l'Aménagement des Mascareignes. À Bourbon, il prend la suite de Mahé de La Bourdonnais : colonisation des Seychelles ; aboutissement d'importants travaux d'infrastructures  ; apaisement des relations sociales entre Noirs et Blancs... Après une dure et sanglante répression des Noirs marrons, un armistice est proposé, et les Blancs des Hauts, unis dans la pauvreté avec les Noirs, commencent à apprendre la cohabitation. Il brise également le monopole des épices détenu par les Hollandais, introduit l'imprimerie et entreprend des travaux importants, en particulier dans le sud de l'île.
Passionné de botanique, Pierre Poivre fait introduire des milliers d'espèces de fruits et d'épices aux Mascareignes et aux Seychelles. Il crée ainsi le formidable jardin de Pamplemousses à Maurice, un des plus grands jardins botaniques du monde, et le célèbre jardin du Roi, aux Seychelles.

Sous les Anglais

En quelques années seulement, les trois Mascareignes et les Seychelles passent aux Anglais. Le 7 juillet 1810 à 4h du matin, ils débarquent à La Réunion, à Sainte-Marie et à la Rivière-des-Pluies, puis à la Grande-Chaloupe, avant de rejoindre Saint-Denis par un sentier aujourd'hui appelé "  chemin des Anglais  ". Certes, ça aurait été plus drôle que les Anglais débarquent au Tampon ou à l'Entre-Deux. Mais cette stratégie leur permet de prendre les fantassins français de cours, et de gagner la décisive bataille de La Redoute. L'armée du commandant Keating s'empare ainsi de l'île en deux jours. Sir Robert Farquhar, premier gouverneur anglais, la rebaptise Bourbon.
L'Île de France (Maurice), cependant, jouit d'un dispositif militaire plus important au vu de sa position stratégique : les Anglais s'en emparent en novembre 1810 au prix de plusieurs mois de combats acharnés. Elle est rebaptisée Mauritius.

Retour à la France

En 1815, l'île redevient française (et reprend le nom de La Réunion) par l'article 8 du traité de Paris signé le 30 mai 1814, suite à la défaite de Napoléon à Waterloo. L'Angleterre conserve Maurice, Rodrigues et les Seychelles. La Réunion aura été britannique pendant cinq ans, durant lesquels le commerce fut libéralisé et l'importation de nouveaux esclaves (théoriquement) interdite.

La fièvre de la canne à sucre

Au début de la colonisation, la canne à sucre est une culture familiale. C'est en 1785 que la première sucrerie Bourbon est créée par Louis Lainé de Beaulieu. Elle fonctionne avec une roue horizontale, sur le modèle de Saint-Domingue, autre colonie sucrière de l'Empire français, et produit 20 tonnes de sucre par jour. A partir de 1815, l'île Bourbon va se consacrer à la culture de la canne à sucre pour une raison majeure  : les cyclones de 1806 et 1807 ont ravagé les caféiers, or la canne à sucre est une culture plus résistante aux conditions climatiques de l'île. L'époque de la monoculture sucrière commence. Une véritable industrie se met en place, et le besoin de main-d'oeuvre se fait immédiatement sentir. En 1815, le moulin à vent remplace les mulets. On assiste, entre 1828 et 1885, à une immigration indienne tamoule massive et, en 1844, à l'arrivée de travailleurs agricoles chinois. La population de l'île passe de 36 000, en 1778, à 110 000 habitants en 1848. En 1860, en pleine " révolution industrielle ", débarquent des Indiens musulmans, qui oeuvrent pour un salaire modique sur de grands domaines sucriers érigés au détriment des petites exploitations.
L'histoire de l'île passe aussi par les noms de ces grands propriétaires terriens, comme la famille Panon-Desbassyns , l'agronome Joseph et son frère Charles, qui introduit le moulin à vapeur en 1840. La famille Kerveguen, qui a donné son nom au coteau qu'elle possédait, joue quant à elle un rôle primordial dans l'histoire du Sud et de l'Ouest de l'île.
Au fil des années, les cultures vivrières sont abandonnées et la balance commerciale devient déficitaire, car La Réunion est contrainte d'importer le riz et le blé de Madagascar. Si, en 1830, les plantations de canne couvrent près de 23 442 hectares, avec 189 usines sucrières, il ne reste aujourd'hui que deux usines, le Gol et Bois Rouge.

La famille Panon-Desbassyns

Marie-Anne-Thérèse Ombline Desbassyns naît en 1755 à Saint-Paul d'une riche famille bourgeoise. Orpheline et fille unique, elle hérite d'une vaste fortune qu'elle fait fructifier jusqu'à posséder l'un des plus importants empires sucriers de Bourbon. Elle épouse à l'âge de 15 ans Henri-Paulin Panon, avec qui elle aura huit enfants. Maîtresse des plus vastes domaines de l'île, avec 500 hectares et une population de près de 600 esclaves travaillant à la culture du café et de la canne à sucre, sa richesse et son influence font bientôt d'elle la personnalité incontournable de la société bourbonnaise de l'époque. Elle construit plusieurs somptueux domaines notamment au Guillaume à Saint-Paul, et à Villèle dans les Hauts de Saint-Gilles, une propriété que l'on visite encore aujourd'hui.

Elle mourut en 1846 à l'âge de 90 ans, deux ans avant l'abolition de l'esclavage. Elle est enterrée à la Chapelle-Pointue à côté du musée de Villèle. Ce n'est qu'après sa mort que sa réputation de tortionnaire se révéla au grand jour  : elle faisait subir des mutilations inhumaines à ses esclaves.

La fin de l'esclavage et l'année 1848

En 1794, un décret révolutionnaire abolit l'esclavage dans les colonies, mais les colons refusent de l'appliquer. De plus, si l'Assemblée coloniale décide la suppression de la traite en 1801, elle est rétablie en 1802 par Napoléon, qui donne satisfaction aux colons. Depuis la période du marronnage, des voix s'élèvent en faveur de l'égalité des races, mais sont systématiquement étouffées par le poids de l'argument économique. L'affranchissement demeure généralement la meilleure récompense décernée à un esclave fidèle et dévoué à son maître . En 1831, la taxe sur l'affranchissement est enfin supprimée : imaginez une taxe sur la liberté  !

Si la proportion de Noirs libres augmente significativement, passant de un  Noir libre pour 5 esclaves en 1790 à 1 pour 2 en 1848, il faut attendre la proclamation de la IIe République pour que le gouvernement de Victor Schoelcher signe, le 27 avril 1848, l'abolition de l'esclavage dans toutes les colonies françaises, après de violentes révoltes aux Antilles. La nouvelle arrive un mois plus tard à La Réunion : Sarda Garriga, commissaire général de la République, annonce la fin effective du système esclavagiste le 20 décembre 1848, sur la place du Barachois à Saint-Denis. 58 308 esclaves sont libérés.

Après l'abolition

Après l'abolition, un double mouvement s'amorce : les esclaves marrons, libérés de la peur, redescendent des Hauts pour louer leurs services aux grands propriétaires exploitants, tandis que de nombreux petits exploitants blancs, ruinés, fuient vers les Hauts pour ne pas se retrouver au même rang que les anciens esclaves.
Pour pallier cette défection, un autre phénomène découle naturellement de l'abolition  : les planteurs font appel à une main-d'oeuvre "  engagée  ", recrutée en Afrique et surtout en Inde. Ces travailleurs, qui perçoivent un modeste salaire et vivent dans des conditions proches de l'esclavage, sont engagés pour cinq à dix ans. En réalité ils se retrouvent souvent bloqués sur l'île à la fin de leur contrat, contraints de poursuivre une existence marginale dans la misère.
En 1860, La Réunion compte 74 472 travailleurs engagés. Parmi les citoyens " Libres ", d'innombrables Noirs, mais aussi des Blancs, vivent dans des conditions déplorables, rongés par la pénurie et la maladie. Les inégalités sociales se creusent davantage encore.
Paradoxalement, les années 1850 sont les plus prospères  sur le plan commercial : sous le gouverneur créole Henri-Hubert Delisle, les sucriers doublent leur production, le trafic maritime s'intensifie, la bourgeoisie fait construire de somptueuses demeures dont certaines sont aujourd'hui classées aux Monuments historiques. Bref, la révolution industrielle bat son plein ; le capitalisme colonial enrichit les élites, aux dépens d'une masse métissée (Blancs, Noirs et Indiens) de plus en plus pauvre.

La crise sucrière

En 1863, une maladie, le borer, sévit sur les plantations  : elle est due à une chenille qui creuse des galeries dans les tiges. Parallèlement, une épidémie de choléra s'abat sur les habitants de l'île. Pour ne rien arranger, le cours mondial du sucre baisse. Avec Napoléon III et son libéralisme économique, La Réunion perd son monopole et ses garanties, et la production chute de moitié par rapport à 1862. Victime de sa monoculture, l'île perd en plus son importance stratégique sur la route des Indes, révolue, après la construction du canal de Suez en 1869 et la conquête de Madagascar en 1885. Elle plonge dans la plus longue crise de son histoire.
Pour y faire face, la diversification des cultures est amorcée avec la production de la vanille, du manioc, des essences de géranium, de vétiver et d'ylang-ylang. La vanille se révèle très lucrative dans un premier temps, car c'est à La Réunion qu'est découvert (par un jeune esclave orphelin qui ne sera jamais récompensé pour ses efforts) son processus de fécondation le plus efficace. Mais une fois le secret du procédé introduit à Madagascar, la concurrence sévit et affaiblit la production locale. Aujourd'hui encore, Madagascar assure plus de 80 % de la production mondiale de vanille naturelle, dont les trois-quarts sont achetés par Coca-Cola.
Le géranium à essence est cultivé entre Le Tampon et La Plaine-des-Palmistes  ; l'île devient rapidement le premier producteur mondial.
Malgré la crise, la modernisation suit son cours. Deux grandes réalisations voient le jour  : la construction du chemin de fer sur un réseau de 217 km et, en 1887, la création du port de la Pointe-des-Galets. Le train, qui allait de Saint-Pierre à Saint-Benoît en passant par Saint-Denis, s'est définitivement arrêté en 1976. Le Port, lui, a été agrandi depuis, pour atteindre aujourd'hui une envergure régionale significative.

La Première Guerre mondiale

Le 2 août 1914, le clairon de Saint-Denis sonne la déclaration de la guerre. Plusieurs milliers de volontaires se présentent aussitôt pour défendre la Mère Patrie  : 14 423 Réunionnais sont envoyés au front, catapultés dans la noirceur des tranchées du nord-est de la France. A 10 000 km, La Réunion reçoit elle aussi de plein fouet les secousses du conflit lorsque les Allemands instaurent le blocus des ports européens : l'île est plongée dans l'autarcie, la pénurie et la misère. Les Réunionnais se débrouillent avec les moyens du bord : on invente de nouveaux plats, on fabrique des vêtements à partir de sacs de toile, bref, on survit tant bien que mal... Sur les 14 000 soldats réunionnais engagés, 3 000 ne reviendront pas. Parmi eux, Roland Garros, le célèbre aviateur.

Roland Garros (Saint-Denis de La Réunion, 1888 – Vouziers, 1918)

Non, Roland Garros n'était pas un tennisman. Né dans une famille bourgeoise de Saint-Denis, il n'a que cinq ans lorsqu'il quitte La Réunion pour l'Indochine, puis pour Paris où il fait ses études au collège Stanislas puis au lycée Janson-de-Sailly. A cette époque, il est déjà fasciné par les évolutions fantastiques de l'aéronautique. A l'âge de 21 ans, il achète un modèle Demoiselle, minuscule appareil monoplace de 56 kg avec un moteur de 36 chevaux. Après avoir passé son brevet de pilote en 1910, il multiplie les succès. Figure légendaire de l'aviation, à la fois technicien et pilote, il bat à plusieurs reprises le record du monde d'altitude.
En 1913, il est le premier à faire la traversée de la Méditerranée entre la France et l'Algérie en 7 heures. Le président Poincaré lui décerne la Légion d'honneur. Lors du début de la guerre de 1914, ses premiers exploits lui valent une citation de Foch. Deux semaines après, son avion est abattu par les Allemands et il reste enfermé pendant trois ans à Magdebourg. Après une évasion rocambolesque, il rejoint enfin sa base aérienne. Mais, le 5 octobre 1918, lors d'une mission à Vouziers, dans le nord des Ardennes, Roland Garros ne revient pas... Si son histoire réunionnaise aura été brève, il demeure un héros local : beaucoup de rues, ainsi que l'aéroport de Saint-Denis, portent son nom.

L'entre-deux-guerres

La Première Guerre mondiale est à peine finie qu'un nouveau fléau s'abat sur le monde : la grippe espagnole. Ce sont les militaires démobilisés qui l'apportent sur l'île, le 30 mars 1919 ; chaque jour, des centaines de morts sont emportés par la maladie. Pour ne rien arranger, l'île est balayée par un cyclone en mai 1919  : en tout 7 500 morts en un mois et demi  !

Quelques bonnes nouvelles marqueront tout de même l'entre-deux-guerres. L'électricité est pour la première fois présentée lors d'une réception à l'hôtel de ville de Saint-Denis en 1919. La première émission radiophonique a par ailleurs lieu en 1927, tandis que Saint-Denis connaît ses premiers embouteillages  ! Mais, après une légère amélioration économique vers les années 1920, avec la hausse des cours du sucre, et la première liaison aérienne avec la France en 1929, l'île retombe dans une phase très critique lors de la Seconde Guerre mondiale.

La Seconde Guerre mondiale

C'est le 17 juin 1940 que les Réunionnais apprennent avec stupeur la défaite de la France. Le lendemain, l'appel du général de Gaulle est entendu dans l'île, relayé par une radio mauricienne. Des milliers de volontaires affluent, comme en 1914, pour défendre la France. 1 000 seront jugés aptes à partir au front.

La population, ainsi que le président du conseil général, le gouverneur Aubert, réfutent la valeur de l'armistice signé par Pétain le 23 juin sous la contrainte. Pourtant, le gouverneur de Madagascar étant rallié au gouvernement vichyssois, le gouverneur Aubert décide de s'en tenir à la légalité en obéissant aux ordres de Vichy. Il est contraint de remplacer 23 des maires de l'île par des hommes désignés par les forces de Pétain.

Malgré la propagande, les discours et l'interdiction d'écouter des radios étrangères, le régime ne s'impose toutefois jamais réellement auprès des Réunionnais, happés avant tout par la pénurie et les épidémies, comme en 1914. En 1942, le régime est renversé par un commando de gaullistes à Saint-Denis. Deux jours plus tard, un nouveau gouverneur rallié à la France Libre est en place. La Libération est accueillie dans la liesse populaire.

L’après-guerre : de la départementalisation à l’ère moderne

Le 19 mars 1946, La Réunion devient département au même titre que la Guadeloupe, la Martinique et la Guyane. Elle est soumise au même régime administratif, fiscal, électoral et judiciaire que les départements de la métropole.
Le docteur Raymond Vergès, père du célèbre avocat, et fondateur du PCR (Parti communiste réunionnais), est l'un des artisans de la départementalisation, dans l'espoir de libérer La Réunion de son traitement inégal et de son statut historique de colonie.
Après les privations dues à la guerre et aux cyclones de 1944 et 1945, La Réunion espère un renouveau économique. Mais après le vote de la loi de 1946, les progrès tant attendus de la départementalisation se font attendre. Les mouvements autonomistes commencent à prendre de l'ampleur, et l'indépendantisme refait surface. Ce n'est que dans les années 1950 que les bienfaits économiques escomptés se font sentir  : la production de sucre quadruple entre 1946 et 1961.

En 1963, Michel Debré, ancien Premier Ministre du général De Gaulle, devient député de La Réunion. Il est l'auteur d'une modernisation accélérée, dont les progrès pharaoniques transfigurent le jeune département : les premières émissions locales arrivent sur le petit écran en 1964, l'université de Saint-Denis ouvre ses portes en 1970, la route du littoral est inaugurée en 1976... Malgré le rôle prépondérant qu'il joue dans le développement économique de l'île, il reste toutefois un personnage controversé : sa politique nationaliste consiste à bafouer les racines métissées du peuple réunionnais, sa langue créole, sa musique engagée (le maloya, qu'il interdit sur les ondes et dans les maisons, allant jusqu'à saisir les instruments de musique), son héritage africain, malgache, indien, chinois, au profit d'une Réunion des " ancêtres les Gaulois ". Il fait même déporter quelque 1 600 enfants réunionnais entre 1963 et 1982, pour repeupler le département de la Creuse. L'Assemblée nationale s'est finalement penchée sur la question en 2014. Debré quitte le pouvoir en 1988, six ans après que La Réunion soit passée au statut de Région. Avec Paul Vergès qui l'a longtemps combattu, ils sont les deux hommes politiques ayant le plus marqué l'île depuis les années 1960. Le dirigeant du PCR, fondé par son père Raymond Vergès, est député depuis 1955 et frère du célèbre avocat Jacques Vergès. Bien qu'interdit de radio et de télévision, puis pourchassé par la justice sous Debré, puis en cavale pendant 28 mois, il réussit à conquérir la ville du Port en 1971, puis la Région en 1998, qu'il tiendra jusqu'en 2010.

Les années 1990

L'année 1991 est marquée par les premières émeutes urbaines, dans le quartier du Chaudron, révélatrices de tensions sociales. Ce quartier défavorisé, près de l'université de Saint-Denis, s'enflamme suite à la saisie de l'émetteur clandestin de Télé Free Dom, interdite par le CSA. Lors de ces émeutes, huit pillards trouvent la mort dans un incendie causé par des cocktails Molotov. D'autres heurts ont lieu un peu plus tard, lors de la visite de Michel Rocard.

Un an plus tard, des manifestations dégénèrent à nouveau dans le quartier du Chaudron, suite à l'exclusion de Camille Sudre (ex-propriétaire de Télé Free Dom et animateur de Radio Free Dom) du conseil municipal de Saint-Denis. D'abord choquée par le nombre de morts et l'intensité des émeutes, la population réunionnaise découvre finalement les mêmes débordements qu'en métropole. Simultanés, ils sont dus aux mêmes causes : chômage, urbanisme dégradé, exclusion, trafics et délinquance...

En 1996, après la campagne électorale de Jacques Chirac, promettant l'égalité sociale entre les DOM et la métropole, le SMIC ainsi que l'ensemble des prestations sociales et familiales sont alignés sur ceux de la métropole, à l'exception notable du RMI.

Les années 2000

En 2002, La Réunion passe à l'euro et le RMI s'aligne sur celui de la métropole, ultime étape de l'égalité avec la métropole. 2003 est marqué par d'importantes manifestations contre les réformes gouvernementales et les guerres américaines. En 2005 sont lancés les travaux de la route des Tamarins, inaugurée en juin 2009, mais imaginée depuis les années 80.

En 2006, la crise du chikungunya frappe l'océan Indien. A La Réunion, un quart de la population contracte la maladie et l'on dénombre 250 morts, parfois foudroyés en quelques jours. La médiatisation du phénomène, dès avril 2006, fera immédiatement perdre au secteur du tourisme un tiers de sa clientèle. Il faudra attendre 2011 pour que le nombre de touristes revienne à son niveau d'avant la crise.

2007 est une année riche en événements naturels. Le cyclone Gamède cause de gros dégâts, provoquant notamment l'effondrement d'un pont autoroutier à Saint-Louis, reconstruit en 2013. Puis, sans lien avec le cyclone, c'est un pan entier de la falaise qui s'écroule sur la route du littoral, occasionnant 2 morts et une fermeture de plusieurs mois de cet axe vital. C'est également l'année d'une éruption exceptionnelle de la Fournaise, avec un volume de lave inégalé depuis des décennies, coupant là aussi la route plusieurs mois et bouleversant la morphologie du cratère Dolomieu.

Du côté écologique, la réserve marine (créée en 2008) et le parc national (lancé en 2009) sont inaugurés. Puis en 2010, 40 % du territoire de l'île sont inscrits au patrimoine mondial de l'Humanité de l'Unesco qui voit ses " pitons, cirques et remparts " ainsi protégés.

2010 est surtout l'année du changement politique. Le président de la Région, Paul Vergès (PCR), perd sa place après douze ans aux commandes de La Réunion, au profit de Didier Robert (UMP). Contre toute attente et par les mystères du système électoral, les Réunionnais étant traditionnellement à gauche, ainsi que toutes les régions de France sauf l'Alsace. Didier Robert abandonne alors, comme prévu, le projet de " tram-train " cher à Vergès pour le " Trans-Eco Express ", un réseau de 2 000 bus écologiques dont la réalité est encore abstraite sept ans plus tard...

2010 et 2011 ont également été marqués par des incendies gigantesques dans les Hauts de l'Ouest, au coeur du parc national, entachés de polémiques sur les moyens mis en oeuvre (trop tard) dont le Dash 8, un avion bombardier d'eau venu en renfort depuis la métropole.

En 2009, avec la crise économique, le climat social est de plus en plus instable. Des mouvements sociaux éclatent, accompagnés d'émeutes urbaines, qui se matérialisent par des grèves et défilés, mais aussi des ronds-points bloqués, des caillassages et des voitures brûlées. En question : la vie chère, due notamment au prix des carburants, le chômage et les emplois aidés. Le scénario est systématiquement le même et dessine un schéma inquiétant : les demandes, pétitions, défilés, barrages filtrants et bloquants sont ignorés des autorités, qui ne réagissent qu'aux premiers actes de violence. À chaque fois ensuite, un système de réduction de prix sur une liste de produits de grande consommation est mis en place, ce qui permet de diminuer (de manière infime) le coût de la vie et est censé calmer la population, les syndicats et les militants. Une liste de 250 produits Cospar permettait ainsi de faire baisser le prix du chariot type de quelques euros. En 2011, une autre liste appelée " Produits solidaires " voit le jour. En 2013 enfin, c'est le ministre de l'Outre-mer, M. Lurel qui vient en personne élaborer une liste baptisée en son nom, choisissant lui-même tomates et sardines. Avec 160 000 chômeurs soit 33 % de la population, 60 % chez les jeunes, et parfois 80 % dans certaines villes, et un coût de la vie 30 % plus élevé qu'en métropole, on se demande si ces mesures seront suffisantes...

Depuis 2011, une recrudescence d'attaques de requins est survenue alors qu'elles étaient rares depuis des années, mettant la Réunion sous les feux de l'actualité. Avec 18 attaques dont 7 mortelles (5 surfeurs et 2 baigneuses), la dernière en juillet 2015, elles ont entraîné l'interdiction du surf dans toute l'île et la fermeture des écoles, ainsi que l'interdiction de baignade sur certaines des plus belles plages, déclenchant ensuite la désertion des touristes. C'est la fameuse " crise requin " qui dure encore en 2015, provoquant autant de polémiques que de questions.

Côté politique, les Réunionnais ont voté en 2012 pour François Hollande à 71 %, presque le record de France. Les élections municipales de mars 2014 n'ont pas été sans surprise, avec le retour des ténors de la droite sur le devant de la scène, à Saint-Paul, Saint-André et au Tampon, et l'effondrement de bastions communistes comme au Port et à la Possession. Aux européennes, l'abstention est de mise aussi à la Réunion. La vague bleue marine qui frappe la métropole n'arrive pas encore jusqu'ici. Le FN est 4e, derrière l'UMP et le PS. Aux élections départementales de 2015, Nassimah Dindar (UDI) est réélue pour la quatrième fois consécutive.

En 2017, les législatives n'ont pas amené de grands bouleversements dans le paysage politique. Les ténors ou leurs poulains ont sur garder leur place face au " phénomène Macron ". Au premier tour de la présidentielle, les électeurs avaient d'ailleurs placé Mélenchon et Le Pen en tête, dans un vote de contestation. Mais au second tour, malgré un faible taux de participation, Emmanuel Macron a pu récolter 60,26 % des suffrages exprimés.

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