Guide du Portugal : Histoire

Les origines

Ce pays, aujourd'hui discret dans la marche du monde, a connu une Histoire mouvementée. Les premières traces d'hominidés remonte à l'époque paléolithique (22 000 à 10 000 ans avant J.-C.). Du sud au nord, la grotte d'Escoural dans l'Alentejo, de Vale de Côa dans les Beiras et de Mazouco dans le Tras-o-Monte abritent de remarquables peintures rupestres datant de cette époque. Entre 4000 et 2000 avant J.-C, les Celtes édifièrent de nombreux monuments funéraires mégalithiques dans tout le pays, comme en Galice ou en Bretagne. Le Crolmech des Almendres, près d'Evora, est le plus important de la péninsule ibérique : 24 monolithes, dont certains présentes d'énigmatiques gravures, sont disposés autour de trois cercles concentriques. Du XIe siècle au VIIIe siècle avant J.-C., les Phéniciens, les Carthaginois et les Grecs s'installèrent sur les côtes de la péninsule ibérique pour y ouvrir des comptoirs ; l'ouest de la péninsule étant occupé par les Lusitaniens, des tribus d'origine ibère et peut-être d'origine celtique.

Chronologie

22 000 à 10 000 av. J.-C. > Les premiers hominidés vivent dans des grottes, de pêche, chasse et cueillette.

De 4000 à 2000 av. J.-C. > Des tribus celtes et des populations ibériques lusitaniennes peuplent le territoire.

Au IIIe siècle avant J.-C. > Les Romains envahissent les terres et étendent leur empire jusqu'en Alentejo.

Vers 500 avant J.-C. > Des peuples barbares d'origine germanique (Vandales, Suèves, Wisigoths) prennent la péninsule à l'Empire romain.

Au VIIe siècle après J.-C. > La région est envahie par les Maures, des Berbères avec une composante arabe. Ces derniers dominent une partie du territoire pendant près de quatre siècles.

1139 > Alphonse Henriques devient le premier roi du Portugal après avoir remporté la bataille d'Ourique contre les Maures et fonde la dynastie de Bourgogne.

1249 > La prise de Faro marque la fin de l'occupation musulmane.

1297 > Le traité d'Alcanices reconnaît les frontières du royaume du Portugal, pratiquement identiques aux frontières actuelles.

Fin du XIIIe siècle - début du XIVe > Le pays connaît une ère de prospérité avec le roi Denis Ier et la construction d'un grand nombre de châteaux et de forteresses, ainsi que la création de l'université de Lisbonne.

1385 > Pendant la bataille d'Aljubarrota, le Portugal gagne définitivement son indépendance face à la Castille.

1497 > Départ de l'expédition de Vasco de Gama, commandée par le roi du Portugal Manuel Ier.

1500 > Le navigateur portugais Pedro Alvares Cabral débarque au Brésil et prend possession de ces terres au nom de son roi, Manuel Ier.

1578 > Le roi Sébastien, à la tête du Portugal, décide de mener une guerre sainte contre les Maures. Il perdra la vie lors de la bataille de El-Ksar el-Kébir.

1580 > Le roi Philippe II d'Espagne profite de cette situation désastreuse et se proclame Philippe Ier du Portugal.

1668 > L'Espagne reconnaît l'indépendance du Portugal.

1er novembre 1755 > La ville de Lisbonne est frappée par un terrible tremblement de terre.

5 octobre 1910 > La République est proclamée.

1926 > La République est renversée par le coup d'Etat militaire du général Gomes da Costa.

1933 > Salazar crée l'Estado Novo. C'est le début de la dictature qui va durer près d'un demi-siècle.

1968 > Suite à une hémorragie cérébrale, Salazar est contraint d'abandonner le pouvoir.

25 avril 1974 > Révolution des oeillets.

1er janvier 1986 > Le Portugal, avec son pays voisin l'Espagne, rejoint l'Union européenne.

2003 > De gigantesques incendies de forêts ravagent l'intérieur du pays.

2004 > L'Euro 2004 se tient au Portugal (finaliste du championnat). Le Premier ministre portugais José Manuel Durão Barroso accepte la présidence de la Commission européenne.

2005 > De nouveaux incendies détruisent un tiers des forêts du pays en quelques mois.

Fin 2007 > Les chefs d'état et de gouvernement européens se réunissent dans la capitale pour signer le traité de Lisbonne.

Automne 2009 > Le PS gagne les élections législatives, mais perd la majorité absolue au

parlement.

Mars 2010 > Annonce d'un programme d'austérité pour réduire le déficit record de 9,3% du P.I.B.

Mai 2010 > Nouvelles mesures d'austérité.

Janvier 2011 > Elections présidentielles. Le président sortant, Anibal Cavaco Silva, est réélu dès le premier tour avec 53,14 % des suffrages exprimés, et un taux de participation très faible de 46,52 % du corps électoral.

Mars 2011 > Démission du Premier Ministre socialiste José Socrates après le rejet par l'Assemblée de son quatrième plan de rigueur.

Avril 2011 > Lisbonne se résout à demander une aide financière internationale.

Mai 2011 > Accord avec l'Union européenne et le FMI sur une aide financière de 78 milliards d'euros en échange de l'application d'un programme d'austérité.

Juin 2011 > Elections législatives anticipées suite à la démission du Premier ministre. José Socrates est candidat à sa propre succession mais le PS remportant seulement 28 % des voix, il renonce à diriger son parti et se retire de la vie politique. Le PPD/PSD l'emporte avec 38 % des voix. Le Président nomme alors Pedro Passos Coelho (PPD/PSD) Premier ministre.

Septembre 2011-janvier 2012 > Application du plan d'austérité de la Troïka avec de nombreuses mesures impopulaires : prime de Noël divisée par 2, ticket modérateur multiplié par 2, autoroutes gratuites qui deviennent payantes...

Janvier 2012 - Décembre 2012 > Guimarães est la capitale européenne de la culture. Plus de 600 spectacles programmés avec un budget de 111 millions €.

22 mars 2012 > Grève générale.

15 septembre 2012 > Grande manifestation contre la Troïka et les mesures gouvernementales. 1 million de personne ont protesté dans dans tous le pays, et 500 000 à Lisbonne. La plus grande manifestation depuis celle du 1er mai 1974.

12 novembre 2012 > Visite officielle de la chancelière allemande Angela Merkel. Rencontre avec le président Aníbal Cavaco Silva et le Premier ministre Pedro Passos Coelho. Participation à un forum économique. Forte protestation sociale dans les rues de Lisbonne.

14 novembre 2012 > Grève générale. Le chômage atteint un niveau record de 15,8%.

Fin novembre 2012 > Lancement du programme de " visas en or " ou vistos dourados offrant aux étrangers un visa portugais - et donc européen - valable 5 ans pour tout achat d'un bien immobilier de plus de 500 000 euros. Une autre réforme vise à attirer les retraités étrangers au Portugal en leur offrant un statut de résident fiscal portugais, très avantageux financièrement, à condition qu'ils louent ou achètent un bien immobilier au Portugal et y résident une partie de l'année.

Décembre 2012 > Privatisation des aéroports. La dizaine d'aéroports portugais du gestionnaire ANA a été cédé au groupe français Vinci pour 3,08 milliards €.

29 septembre 2013 > L'opposition socialiste remporte les élections municipales. Revers historique pour le gouvernement de centre droit.

Début 2014 > Face au plan d'austérité imposé par le gouvernement, la grogne populaire monte. De nombreuses manifestations de fonctionnaires ont lieu dans tout le Portugal.

21 novembre 2014 > L'ancien premier ministre socialiste (2005-2011) José Socrates est placé en détention provisoire à la prison d'Evora pour corruption, blanchiment d'argent et fraude fiscale. Il est assigné à résidence début septembre 2015, clamant toujours son innocence.

4 octobre 2015 > Lors des élections législatives, la coalition de centre-droit au pouvoir perd la majorité absolue, démentant ainsi les assertions de la troïka (Banque centrale européenne, Commission européenne et Fonds monétaire international) qui prétendait que le peuple portugais était satisfait de la politique d'austérité en vigueur depuis quatre ans. Le bon élève de l'Europe se rebiffe.

27 octobre 2015 > 5 jours après avoir été reconduit à son poste de premier ministre par le président de la république Anibal Cavaco Silva, Pedro Passos Coelho présente son nouveau gouvernement minoritaire. La gauche, désormais majoritaire au Parlement, annonce aussitôt son intention de faire tomber ce nouveau gouvernement.

10 novembre 2015 > Fait historique, le Bloc de Gauche portugais (parti anti-austérité) et le parti communiste s'allient aux socialistes pour renverser le gouvernement de Passos Coelho.

24 novembre 2015 > Antonio Costa, chef de file du parti socialiste soutenu par la gauche radicale, est nommé premier ministre par le président.

Janvier 2016 > Election de Marcelo Rebelo de Sousa à la Présidence de la République ; il est investi de la charge le 9 mars.

L’Empire luso-romain

Au IIIe siècle avant J.-C., la première grande invasion fut, comme partout ailleurs en " Europe ", celle des Romains qui étendirent leur empire jusqu'à Lisbonne (alors Olissipo, du nom d'Ulysse), en dépit de la résistance des Lusitaniens : en 147 avant J.-C., un chef de tribu nommé Viriatus prit les armes contre les occupants, devenant le premier défenseur de l'indépendance des territoires. Après huit ans de guérilla assidue, il fut défait et exécuté par les légions romaines en 139 avant J.-C. Après cette victoire décisive, les Romains s'implantèrent définitivement et introduisirent les olives, le vin, le blé, le système des grandes exploitations agricoles (latifúndios), encore pratiqué aujourd'hui en Alentejo, et, surtout, une langue dérivée du latin. De nombreuses villes portent encore la trace de leur présence (les ruines de Conimbriga et de Coimbra, le pont de Chaves, la ville d'Evora, les thermes de Braga...). Le temple d'Evora que l'on a longtemps cru dédié à la divinité Diane, aurait selon les historiens été construit en l'honneur de Jules César. Durant la guerre civile romaine opposant l'Empereur à Pompée, la ville resta fidèle à Jules César et fut récompensée par le titre honorifique de Liberalitas Iulia. Mais l'Empire romain alla déclinant, tandis que la puissance chrétienne croissait peu à peu...

Les invasions Barbares et l’occupation Maure

Le Ve siècle fut ainsi marqué par les invasions barbares, celles des Vandales, des Suèves et des Wisigoths qui dominèrent la Lusitanie (voir l'église wisigothique de Beja) jusqu'à l'invasion des Maures au VIIIe siècle, contraignant les chrétiens à se retrancher au nord du Douro. Les Maures s'installèrent rapidement dans le Sud, où ils firent de Silves leur capitale, et nommèrent Beja et toute la région entre Faro et Séville Al-Gharb al-Andalus (qui signifie " à l'ouest de l'Andalousie "), devenue l'Algarve. Le Nord était toujours occupé par les chrétiens, mais le Sud resta colonisé près de quatre siècles. On peut dire que la Reconquista (Reconquête) du pays par les armées chrétiennes commença dès le IXe siècle (prise de Porto et de Coimbra).

Reconquête et naissance d’un royaume

Au XIIe siècle, Alphonse VI, roi de León et de Castille, entreprit de reconquérir Tolède, alors sous domination musulmane. Bien vite, il demanda un renfort étranger. Les croisés, parmi lesquels Henri de Bourgogne et son cousin Raymond, répondirent à l'appel pour participer à la Reconquête contre l'islam. Les musulmans vaincus, Alphonse VI accorda la main de sa fille Teresa à Henri de Bourgogne. Celui-ci reçut en dot le comté portucalense, qui s'étendait du Rio Minho au Rio Douro, et devint ainsi comte du Portugal. Son fils, Afonso Henriques, s'autoproclama premier roi du Portugal en 1139, après avoir remporté la célèbre bataille d'Ourique contre les Maures. Il fonda la dynastie de Bourgogne qui régna jusqu'en 1383. Mais la guerre contre les infidèles n'était pas achevée pour autant ; avec l'aide des croisés et la bénédiction de l'Eglise qui finit par lui reconnaître le statut de guerre sainte, elle se poursuivit jusqu'en 1249, avec la prise de Faro sous Alphonse III, qui marqua la fin de l'occupation musulmane. Enfin, en 1297, le traité d'Alcanizes reconnaissait les frontières du royaume du Portugal, presque identiques aux frontières actuelles.

L'ordre des Templiers au Portugal

L'histoire du Portugal est étroitement liée à celle des Templiers. Afin de défendre les pèlerins se rendant à Jérusalem, la chevalerie chrétienne du Moyen Âge créa cette milice en 1129, qui construisit un réseau de châteaux-forts et de monastères à travers toute l'Europe chrétienne. Ils participèrent activement à la Reconquista, grâce à des places militaires stratégiques. Ainsi au Portugal, de nombreux châteaux furent édifiés par les Templiers dans le centre du pays pour lutter contre les Arabes, comme à Tomar (le Convento do Cristo est classé au patrimoine mondial par l'Unesco), Almourol, Pombal, Castelo Branco, Sabugal, Penamacor, Sore, Longroiva. Ils participèrent activement à la construction du Royaume une fois l'envahisseur chassé. Le roi Denis Ier du Portugal, après la perte définitive de la Terre sainte et la dissolution de l'ordre, décida de réinstaurer les Templiers de Tomar en 1318 sous l'ordre du Christ pour les remercier de leur soutien. Ce nouvel ordre contribua à l'extraordinaire expansion maritime de ce petit pays. Henri " le navigateur " devint Maître de l'ordre au début du XVe siècle. En 1425, il colonisa Madère et les Canaries. En 1445, il prit les Açores et commença l'exploration des côtes africaines. Le roi Manuel Ier, Grand Maître, envoya en 1499 Vasco De Gama, lui aussi chevalier de l'Ordre, naviguer vers les Indes par le cap de Bonne Espérance. Au début du XVIe siècle, l'Ordre déclina, les membres reçurent l'autorisation de se marier et de mettre fin à leur voeu de pauvreté.

La dynastie de Bourgogne-Conflits avec la Castille (1128-1383)

Le roi Denis Ier (1279-1325), le roi poète, assura au pays une ère de prospérité, de reconstruction, en réorganisant l'agriculture et en faisant édifier ou agrandir grand nombre de châteaux-forteresses, en instituant le portugais langue nationale et en créant l'université de Lisbonne (transférée par la suite à Coimbra) et de réformes enfin, en offrant les biens des Templiers au nouvel ordre du Christ. De paix, également, puisqu'il signa un pacte d'amitié avec les Anglais en 1308. Cependant, après son règne, la situation devint conflictuelle avec la Castille, qui rêvait toujours d'annexer cet Etat voisin. La politique du roi Alphonse IV et celle du mythique Pedro Ier visaient principalement à garantir l'indépendance du petit royaume face à une Castille de plus en plus puissante. Ferdinand Ier, dernier souverain de la dynastie de Bourgogne, joua un jeu d'alliances dangereux avec la Castille et l'Angleterre (représentée par le duc de Lancaster). Il promit la main de son unique fille légitime, Beatriz, au neveu du duc de Lancaster, lorsque les Anglais arrivèrent en 1381 pour aider à refouler l'invasion castillane au Portugal. Mais, entre-temps, Ferdinand Ier signa un pacte de paix avec les Castillans et offrit la main de Beatriz à Jean Ier de Castille, jetant ainsi le Portugal aux mains des Castillans. A la mort de Ferdinand Ier, en 1383, Jean de Castille voulut lui succéder, mais la bourgeoisie choisit Jean (fils bâtard du roi Pedro Ier), grand maître de l'ordre d'Avis, et proclamé roi sous le nom de Jean Ier, en 1385, par les Cortes de Coimbra. Jean de Castille fut vaincu à la bataille d'Aljubarrota, ce qui freina pour plusieurs siècles les visées de la Castille sur le Portugal.

Les grandes découvertes et la dynastie d’Avis (1385-1578)

Grâce à l'argent de l'ordre des Templiers, Jean Ier d'Avis arma une flotte à Ceuta en Afrique, en 1415, dirigée par son fils, l'infant Henri, qui allait devenir le symbole de l'esprit des grandes découvertes au Portugal. Henri le Navigateur (qui, en réalité, n'a fait que subventionner ces entreprises sans jamais naviguer lui-même) devint le gouverneur de l'Algarve et le grand maître de l'ordre du Christ. A ce titre, il s'installa à Sagres, y construisit une forteresse, un palais, un observatoire et invita savants, géographes et cartographes de plusieurs pays à participer à l'aventure naissante des découvertes qui répondait à toutes les nécessités : esprit d'aventure, devoir d'évangéliser, curiosité scientifique et intérêt économique.
On fabriqua un nouveau bateau, maniable et capable de transporter diverses denrées : la caravelle. En 1434, Gil Eanes doubla le cap Bojador (aux larges du Sahara occidental actuel), jusque-là considéré comme la fin du monde. D'autres voyages suivirent ce premier grand succès, d'autant plus qu'une donnée nouvelle rendait cette exploration lucrative : les esclaves. En 1445, on franchit le Cap-Vert, puis les embouchures du Sénégal, de la Guinée et du Congo en 1492.
Entre-temps, Jean II a succédé à Jean Ier et Henri le Navigateur est mort en 1460. Mais l'esprit de conquête perdura, plus pragmatique sans doute. En 1487, Bartolomeu Dias doubla le cap des Tempêtes, mais dut rebrousser chemin afin d'éviter une mutinerie de l'équipage. C'est ainsi que la voie des Indes fut ouverte. Jean II rebaptisa ce cap et lui donna le nom de Bonne-Espérance, aujourd'hui à la pointe de l'Afrique du Sud.
En 1493, au retour du premier voyage de Colomb (que Jean II avait refusé de satisfaire), Ferdinand d'Espagne demanda au pape Alexandre VI de garantir à son pays toutes les terres situées à l'ouest des Açores et du Cap-Vert. Le roi Jean II contesta cette requête et, en 1494, le traité de Tordesillas scella l'accord pour le partage du Nouveau Monde entre l'Espagne et le Portugal.
Succédant à Jean II, Manuel Ier poursuivit l'oeuvre de découverte et arma une flotte placée sous le commandement de Vasco de Gama en 1497-1499. Le navigateur doubla à nouveau le cap de Bonne-Espérance et, après un voyage extrêmement difficile, toucha le Mozambique pour atteindre, après la traversée de l'océan Indien, Calicut, port des Indes d'une grande effervescence commerciale, d'où Gama ramena épices et pierres précieuses.
Le Portugal, désireux d'asseoir sa suprématie, prépara l'expédition de Pedro Alvares Cabral, lequel, voulant éviter les eaux calmes de la côte africaine, finit par débarquer en 1500 au Brésil qui devint une possession portugaise. Voyageur obsessionnel, Cabral reprit sa route et, sur les traces de Vasco de Gama, se dirigea vers les Indes, à Calicut, puis à Cochin. L'empire des Indes excitait alors les fantaisies des Européens, et des aventuriers, comme Alphonse d'Albuquerque, s'y rendirent. En 1510, celui-ci s'empara de Goa et tenta de dominer le commerce de l'océan Indien et de la mer Rouge. Il parvint à contrôler les détroits d'Ormuz, dans le golfe Persique, et de Malacca, en Malaisie, sans obtenir vraiment l'appui du roi Manuel Ier.
L'empire du Portugal, qui allait vivre pendant cinq siècles, couvrait alors les cinq continents. Le commerce des épices, de l'or, des tapis et des soieries valut au Portugal des richesses inestimables et l'installa au rang des nations les plus prospères d'Europe.

La domination espagnole (1580-1640)

Après le règne de Manuel Ier, période marquée par le développement d'une culture humaniste, Jean III favorisa volontairement l'établissement de l'Inquisition au Portugal (sans commune mesure cependant avec celle de l'Espagne), afin d'anéantir la communauté juive, pourtant déjà expulsée sous le règne de Manuel Ier, et comme condition de son mariage avec la princesse Isabelle d'Espagne, fille des Rois Catholiques. Parallèlement, la grande aventure des conquêtes avait épuisé le pays en hommes, passant de 2 à 1 million d'habitants, et les richesses n'avaient profité qu'à quelques-uns. Elles avaient profité avant tout à la dynastie d'Avis, qui comptait parmi les familles marchandes les plus riches d'Europe, au point que Manuel Ier était appelé le Roi épicier par ses pairs. De plus, les disparités entre les zones rurales désertes et la richissime Lisbonne devenaient peu à peu intenables. Résultat : le Portugal s'affaiblissait.
Le règne du roi Sébastien porta le coup de grâce. En 1578, vidant les caisses du royaume pour engager une armée de plus de 15 000 hommes, il décida de mener une nouvelle guerre sainte au Maroc contre l'ennemi héréditaire : les Maures. La bataille de El-Ksar el-Kébir fut la défaite la plus cruelle et la plus inutile de l'histoire du Portugal. A peine une centaine d'hommes survécurent, et le roi disparut à jamais dans les sables du Sahara. Dès 1580, le roi Philippe II d'Espagne profita de cette situation désastreuse et se transforma en Philippe Ier de Portugal. Le Portugal allait vivre sous la domination espagnole durant 60 ans et perdre ainsi sa mainmise sur les colonies au profit des Espagnols, des Hollandais et des Anglais. En outre, l'obscur Philippe II allait entraîner le Portugal dans la désastreuse aventure de l'Invincible Armada : en 1588, les amiraux portugais se virent obligés de combattre aux côtés des Espagnols contre l'allié de toujours, l'Angleterre (bataille qui se traduisit, par ailleurs, par un cuisant échec pour les Espagnols).

La dynastie de Bragance (1640-1910)

Le 1er décembre 1640, à la suite d'une sensible augmentation des impôts effectuée par le roi Philippe IV d'Espagne et d'une révolte qui s'ensuivit, Jean de Bragance devint le nouveau roi du Portugal sous le nom de Jean IV, mettant fin à l'époque dite des Soixante Ans (de domination espagnole). L'année de la Restauracão de 1640 inaugura ainsi le règne dynastique des Bragance, qui se poursuivra jusqu'en 1910. En 1668, l'Espagne, épuisée elle aussi par le conflit permanent avec son ennemi, reconnut l'indépendance du Portugal. En 1662 déjà, Jean IV avait réussi à reprendre possession du Brésil, seule colonie que le Portugal allait dominer commercialement et qui allait se révéler des plus précieuses, tant par l'exploitation des diverses cultures (épices, coton, etc.) que par la richesse aurifère du pays. Plusieurs traités économiques furent signés avec l'Angleterre en 1654 et surtout 1703, lorsque le traité de Methuen allait stimuler le commerce anglo-portugais en accordant des taux préférentiels pour l'importation des textiles anglais au Portugal et en favorisant l'exportation du vin de Porto en Angleterre - créant d'étroites relations entre ces deux pays et, surtout, une certaine dépendance du Portugal vis-à-vis de l'Angleterre. Dans la première partie du XVIIIe siècle, les richesses du Brésil furent exploitées par le roi absolu Jean V, connu dans toute l'Europe pour sa mégalomanie architecturale (voir, en guise d'illustration, le monastère de Mafra). En 1750, Joseph Ier accéda au trône et fut, au cours des 27 années de son règne, connu comme le Roi des plaisirs. Le comportement dépensier des souverains portugais (Alphonse VI, Jean V) annonçait le déclin de la monarchie et l'avancement de la classe bourgeoise et du despotisme éclairé des Lumières, un pouvoir symbolisé par la personnalité du marquis de Pombal. Le 1er novembre 1755, eut lieu un événement qui marqua à jamais la conscience nationale (et européenne) : un tremblement de terre frappa la ville de Lisbonne. L'intensité du séisme fut telle que ses ondes se propagèrent jusqu'en Ecosse. Il provoqua un énorme incendie, et un raz-de-marée dévasta complètement la partie basse de la ville. Sur une population estimée à 250 000 habitants, plus de 80 000 Lisboètes perdirent la vie. La France et l'Angleterre offrirent leur aide. Le marquis de Pombal, Premier ministre de Joseph Ier, reconstruisit la ville rationnellement, dans un style néoclassique. Lisbonne perdit un nombre inestimable de monuments, mais surtout, elle ne ne fut plus en mesure de faire valoir son rôle de premier port européen. En outre, Pombal affecta considérablement le pouvoir : il chassa les jésuites du Portugal en 1759 et commença à partir des années 1770 à régner par décret. Cependant, à partir de 1777, Marie Ière de Bragance réussit, durant son règne, à relever le blason monarchique et à évincer Pombal, tandis que la crainte de la propagation des idées révolutionnaires françaises de 1789 hantait le pouvoir. En 1793, le Portugal se joignait à la coalition antirévolutionnaire et envoyait des soldats en France. En 1807, Napoléon Ier, voulant s'assurer la maîtrise maritime, somma le Portugal d'interdire ses ports à la flotte anglaise, mais le pays ne pouvait trahir son allié économique. Napoléon envoya Junot s'emparer de Lisbonne, tandis que la famille royale (Jean VI) s'enfuyait au Brésil. L'Angleterre vint à la rescousse. Après trois ans de guerre, les armées de Soult, puis celles de Masséna finirent par battre en retraite, laissant un Portugal ravagé. Profitant du poids grandissant de la présence anglaise sur l'économie portugaise en décomposition, le Brésil revendiquait son indépendance, obtenue dès 1822, ce qui porta un coup fatal à l'économie portugaise en métropole. En parallèle, les idées libérales gagnaient peu à peu les intellectuels et le peuple de Porto et de Lisbonne fut aussi excédé par la mainmise anglaise. Une courte révolution éclata en 1820, ce qui amena au moins la royauté à concéder quelques droits (égalité, suffrage universel, établissement d'une charte constitutionnelle). Mais le XIXe siècle est en somme marqué par une forte instabilité gouvernementale et par de nombreuses tentatives de coup d'Etat plus ou moins réussies : révolte des Maréchaux en 1837, coup d'Etat pacifique de Costa Cabral en 1842, le renversement de ce dernier par un putsch militaire en 1851... Dans le dernier quart de ce siècle tourmenté, le système rotativiste finit par instaurer un équilibre politique factice entre libéraux ou conservateurs et progressistes, avec des élections truquées et des ingérences inacceptables de la part de la couronne.

L'avènement de la République

Le partage se fit alors plus évident entre les monarchistes et les républicains, eux-mêmes divisés. En 1890, l'interdiction faite au Portugal par les Anglais de relier en Afrique l'Angola et le Mozambique stimula à nouveau le patriotisme républicain qui brûlait de renverser la monarchie. Charles Ier, conscient de l'extrême danger encouru, instaura un régime dictatorial. C'en était trop : le 1er février 1908, son fils et lui furent assassinés sur la place du Commerce à Lisbonne. Après deux ans d'efforts, le trop jeune roi Manuel II abdiqua très rapidement et entraîna avec lui la fin du règne des Bragance. Le 5 octobre 1910, on proclama la République. Quelques mois plus tard, le jeune Etat se dota d'une Constitution progressiste et laïque. Le président par intérim, Teofilo Braga, fut remplacé par Manuel de Arriaga. Mais ce nouveau régime n'arriva pas à résoudre le désordre intérieur : opposition conservatrice encore très influente, malaise en matière de gestion et de réformes économiques. Divisée en tendances incapables de s'entendre et prise dans la tourmente de la Première Guerre mondiale, sans tirer le moindre avantage de sa participation en hommes, la République, secouée par des conflits et des grèves, fut à plusieurs reprises au bord de la faillite. Entre 1915 et 1917, le général Pimenta de Castro exerça, en tant que chef du gouvernement, un pouvoir presque absolu. En 1918, le libéral Sidonio Pais fut assassiné alors qu'il s'apprêtait à prendre un train à la gare du Rossio en plein centre de Lisbonne. Le 20 octobre 1921, la " nuit sanglante " fut marquée par l'assassinat mystérieux de nombreuses figures emblématiques républicaines, dont le chef du gouvernement Antonio Granjo. A l'instabilité politique extrême, s'ajouta la débâcle économique : la monnaie nationale, l'escudo, fut dévaluée à plusieurs reprises et l'économie entra en récession au début des années 1920. Après plusieurs tentatives échouées, la République finit par être renversée en 1926 par un coup d'Etat militaire opéré par le général Gomes da Costa. Après les élections présidentielles de mars 1928, le nouveau chef de l'Etat Oscar Carmona fit appel à un professeur d'économie catholique, Antonio de Oliveira Salazar, pour tenter de régler les difficultés financières du pays.

La dictature

D'une certaine façon, on peut dire que le contexte de crise économique mondiale (1929) aida Salazar à mettre en place l'argument de sa future dictature. En fermant le pays à toute influence étrangère, il réussit à stabiliser la monnaie portugaise, ce que le peuple attendait. En 1932, il devint président du Conseil et, en 1933, il instaura l'Etat nouveau (Estado Novo) avec l'appui de la Police intérieure en défense de l'Etat (PIDE), une police politique extrêmement efficace. Malgré d'évidentes sympathies avec les autres régimes fascistes d'Europe (Mussolini, Franco, Hitler), Salazar défendit une politique de non-intervention doublée d'un enfermement du pays dans la coquille de ses frontières et d'un autisme à l'égard des idées et des technologies nouvelles. Une censure implacable et l'entretien de l'idéologie religieuse interdirent tout mode de contestation, puni d'enfermement. Durant la Seconde Guerre mondiale, Salazar tint le Portugal à l'écart de la tourmente (tout en aidant discrètement l'Allemagne, puis, sentant le vent tourner, en acceptant que les Alliés utilisent les Açores comme lieu stratégique), ce qui permit par la suite de faire entrer le Portugal à l'ONU dès 1955. Cependant, la dictature générant de plus en plus d'insatisfaits, le général Delgado se présenta en 1958 aux élections présidentielles en promettant de démettre de sa fonction le Premier ministre Salazar - qui occupa ce poste jusqu'à la fin de son régime. Le général perdit les élections et fut assassiné en 1965 en exil.
A partir de 1960, Salazar s'enlisa dans une politique coloniale qui annonçait la fin proche du régime, tandis que l'émigration allait croissant. Les troupes chargées de maintenir les colonies africaines (Angola et Mozambique) regimbaient d'autant plus devant ce sacrifice inutile. En 1968, Salazar fut frappé d'une hémorragie cérébrale et, atteint d'une démence de plus en plus accentuée, mourut deux années plus tard à l'âge de 81 ans. Marcelo Caetano fut élu comme son légitime successeur, refusant cependant de mettre fin aux sanglantes guerres coloniales.
L'héritage de Salazar s'effrita ainsi rapidement. Les quelques réformes engagées par le nouveau gouvernement ne furent guère satisfaisantes aux yeux de la population et d'une armée de plus en plus lassée de servir de chair à canons. En conséquence de cette insatisfaction, une section de militaires ayant de fortes sympathies pour le modèle communiste forma le Mouvement des Forces Armées (MFA) en 1973.

La révolution des Oeillets

Enfin, le 25 avril 1974, le général Spinola entreprit son coup d'Etat, sans opposition réelle des anciennes classes dirigeantes. Aux premières heures de l'aube, le régiment de l'armée de terre à Santarem se mit en route vers Lisbonne. Peu après 16h, la dictature portugaise n'existait plus : les soldats plantèrent des oeillets rouges, symbole de la révolution, au bout de leurs fusils. La foule était en liesse. Le gouvernement fut contraint de démissionner, Marcelo Caetano dut s'exiler au Brésil. L'Estado Novo n'était plus qu'un cauchemar du passé. Mais que faire maintenant ? Pendant une année, toutes les utopies semblèrent possibles, l'extrême gauche y rêva un peu, et quelques tentatives de putsch se succédèrent : à nouveau, en mars 1975, le général Spinola, partisan d'une décolonisation douce, puis, en novembre 1975, le leader d'extrême gauche Otelo de Carvalho. Pendant ce temps le parti socialiste de Mário Soares gagnait peu à peu du terrain. Les dernières colonies portugaises d'Afrique (Mozambique, Guinée, îles du Cap-Vert) obtinrent finalement leur indépendance. En avril 1976, les forces extrémistes des deux côtés étant déjà discréditées aux yeux de la population, Mário Soares fut nommé Premier ministre.

Hier, aujourd'hui et demain

La droite réforme le pays. Les gouvernements se succèdent, oscillant entre socialisme, centre, social-démocratie et droite. La situation reste instable, à l'exception notable du gouvernement formé par la coalition de droite Alliance Démocratique dirigé par Sa Carneiro au début des années 1980. Six ans plus tard, le Portugal adhère à la CEE. En 1987, Cavaco Silva, du PSD (attention : il s'agit du principal parti portugais de centre droit), est nommé Premier ministre. Il va être le principal défenseur d'une modernisation du Portugal : de nombreuses réformes économiques et un effort touristique important sont entrepris, et les industries étrangères investissent dans un pays en développement. Cependant, ces réformes se font souvent sur le dos des plus démunis et, après 10 ans au pouvoir, Cavaco Silva perd sa popularité au sein de la population.

La gauche pour plus de social. En janvier 1996, Jorge Sampaio, socialiste et ancien maire de Lisbonne, est ainsi élu sans surprise président de la République, avec António Guterres comme Premier ministre socialiste. Il propose des réformes sociales tant attendues par les classes pauvres et les classes moyennes. Mais le pays est éprouvé par la détérioration de sa situation économique au début des années 2000. Les socialistes perdent lourdement les élections municipales en 2001 contre le PSD, poussant le Premier ministre Antonio Guterres à la démission.

Alternance droite - gauche. Les législatives anticipées qui s'ensuivent en mars 2002 sont gagnées quelque peu maladroitement par le centre droit, les socialistes ayant mieux résisté que prévu à l'usure du pouvoir. Le nouveau gouvernement mené par le PSD en coalition avec les conservateurs du PP populiste veut à nouveau réformer le pays, mais se heurte à l'opposition des étudiants. En automne 2003, ils se mobilisent contre l'augmentation du droit d'entrée à l'université jugé inconsidéré. Les manifestations nationales qui suivent ne font que souligner un mécontentement général envers le gouvernement. En pleine grogne populaire en 2004, José Manuel Barroso alors Premier ministre abandonne son parti en plein mandat pour devenir président de la Commission européenne. Après quelques succès dans leurs débuts, les réformes entreprises par le nouveau gouvernement ont ouvert une période de récession économique comme le Portugal n'en a plus connu depuis le début des années 1980. Résultat : une nouvelle alternance du pouvoir en mars 2005, avec l'élection du socialiste José Socrates à la tête du gouvernement à la majorité absolue. Il s'engage à réformer la fonction publique, dont la lourdeur est difficile à supporter pour le budget étatique, et à créer un " choc technologique " pour stimuler la croissance.

En janvier 2006, c'est le leader historique du PSD Aníbal Cavaco Silva qui remporte l'élection présidentielle formant une nouvelle coalition avec le Premier ministre PS José Socrates. A Lisbonne, le maire socialiste sortant Antonio Costa a été réélu avec une majorité de 44 % des voix même si le PSD a conservé une large part des capitales régionales (notamment Porto).

Un pays en pleine crise politique et financière. Aujourd'hui, un peu moins de 30 ans après son adhésion à la Communauté européenne (1986), le Portugal doit encore faire face à de nombreux défis : stabiliser son économie, améliorer ses systèmes de santé et d'éducation, alors que les instances exécutives et législatives sont dirigées par des partis opposés. En septembre 2010, le plan d'austérité décidé par le PS pour faire face à la crise financière et au déficit public du pays a été violemment rejeté par le PSD. Le Portugal s'est en effet engagé à Bruxelles à ramener le déficit public de 9,3 % de son PIB en 2010 à 4,6 % en 2011 puis 3 % en 2012.

En janvier 2011, ce sont les élections présidentielles. Le président sortant, Anibal Cavaco Silva, est réélu dès le premier tour avec 53,14 % des suffrages exprimés mais un taux de participation très faible de 46,52 % du corps électoral traduit un réel mécontentement de la population. Après le rejet par l'Assemblée de son quatrième plan de rigueur, le Premier ministre socialiste José Socrates, plus impopulaire que jamais, démissionne en mars 2011. Peu après, Lisbonne se résout à demander une aide financière internationale. En mai, un accord est conclu avec l'Union Européenne et le FMI sur une aide financière de 78 milliards d'euros en échange de l'application d'un programme d'austérité.

En juin 2011, ont lieu les élections législatives anticipées provoquées par la démission du Premier ministre José Socrates en mars. Il est candidat à sa propre succession mais le PS remportant seulement 28 % des voix, il perd, renonce à diriger son parti et se retire de la vie politique. L'opposition, le PPD/PSD, l'emporte avec 38 % des voix et le Président nomme alors Pedro Passos Coelho (PPD/PSD) Premier ministre.

L'application du plan d'austérité de la Troïka (FMI, UE, Fonds monétaire européen) se poursuit avec l'entrée en vigueur de nombreuses mesures très impopulaires : prime de Noël divisée par 2, ticket modérateur multiplié par 2, autoroutes gratuites qui deviennent payantes... Si bien que les élections municipales de 2013 vont marquer une défaite historique de centre-droit : l'opposition socialiste remporte trois grandes villes (Porto, Sintra et Vila Nova de Gaia) et conserve Lisbonne. Le pouvoir en place se voit donc contraint de composer avec l'opposition, même si l'austérité est unanimement perçue par la classe politique comme difficile à éviter.

Un remaniement ministériel a lieu en décembre 2013, provoquant la démission notamment de Vítor Gaspar, figure de proue du plan d'austérité. Malgré ces changements, les citoyens n'en démordent pas et le début de l'année 2014 est marqué par un nombre croissant de manifestations de fonctionnaires. Sur une invitation du Premier ministre, Antonio José Seguro, leader de l'opposition socialiste, accepte de définir avec le gouvernement un plan de sortie de crise, tout en maintenant la nécessité d'une rigueur économique. Désireux toutefois de garder ses distances avec le plan d'austérité national, il insiste sur l'existence de profondes divergences quant à la manière d'équilibrer les finances du pays. En vue des élections législatives prévues fin 2015, un scrutin est organisé en mai pour définir le représentant du parti socialiste. N'obtenant qu'un tiers des voix, Seguro démissionne, laissant la direction intérimaire du parti à Maria de Belém Roseira, à laquelle succèdera Carlos César, sur l'invitation du maire de Lisbonne Antonio Costa.

Alors que courant 2015 la troïka se félicite du recul du chômage et de la remontée de la croissance, faisant du Portugal le " bon élève " de l'Union Européenne, les élections législatives du 4 octobre (qui enregistrent le plus fort taux d'abstention de l'histoire du Portugal : 45%) donnent gagnant le parti de centre-droit de Passos Coelho, mais sans la majorité absolue. Malgré le fait que l'opposition détienne 123 sièges au Parlement (contre 107 pour le parti jusqu'alors au pouvoir), le président de la République, par souci de stabilité, décide de reconduire le précédent chef du gouvernement à son poste.

Pour la première fois dans l'histoire portugaise, le parti socialiste et son chef de file Antonio Costa, plutôt que de chercher à dialoguer avec son adversaire idéologique, s'allie aux différentes factions radicales à la gauche de la gauche, à savoir le parti communiste et le Bloc de gauche (parti anti-austérité affilié à Syriza). Le mardi 10 novembre 2015, le XXe gouvernement portugais, vieux de 11 jours, est renversé. Le 24 novembre, après un long bras de fer, Antonio Costa est nommé Premier ministre par le président.

Le 29 janvier, Marcelo Rebelo de Sousa, issu des rangs du PSD, ancien Prof de Droit (duquel Antonio Costa a été l'étudiant) et ancien commentateur à la télé, est élu Président de la République. Investi le 9 mars 2016, il laisse tacitement, en 2016, agir le gouvernement soutenu par sa majorité parlementaire de gauche, auquel l'opposition et les milieux d'affaires tant nationaux qu'internationaux ne donnaient pas 1 mois d'espérance de vie.

La politique anti-austéritaire mise en oeuvre depuis novembre 2015 a donné d'excellents résultats : baisse du taux de chômage (16 % en 2015) à 6,8 % en 2018 ; c'est beaucoup mieux que le voisin espagnol (16 % au premier semestre 2018). Le PIB progresse de 2,2 % en 2018. La relance du pouvoir d'achat opérée à travers l'augmentation des retraites et des allocations familiales, la baisse des impôts pour les plus modestes, l'arrêt des privatisations, le retour progressif pour les fonctionnaires à la situation d'avant 2008 et l'augmentation du salaire minimum en deux temps (2016 et 2017) a permis au Portugal de ramener en 3 an son déficit de 3,1 % à 0,7 % du PIB.

Les élections municipales d'octobre 2017 ont plutôt été favorables aux socialistes, alors que le principal parti de droite (PSD) y a connu une de ses pires défaites, ce qui a entraîné la démission de son leader Passos Coelho, ancien Premier ministre.

Cette évolution positive s'accompagne d'une puissante augmentation de la fréquentation touristique.

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