Guide de Suisse : Histoire

Chronologie

50 000 av. J.-C.> grottes de montagnes ornées.

10 000 av. J.-C.> premier habitat régulier.

500 av. J.-C. > des tribus celtes s'installent sur le territoire (l'âge de la Tène).

58 av. J.-C.> les Helvètes tentent d'envahir la Gaule et sont repoussés par César à Bibracte.

0 > au seuil de notre ère, la domination romaine s'étend à tous les peuples qui occupaient l'espace que définit la Suisse actuelle.

IIIe siècle> premières invasions ger­maniques, burgondes et alamanes.

Entre le Ve et le VIe siècle> constitution de la frontière linguistique : les Burgondes à l'ouest se romanisent ; les Alamans à l'est conservent la langue allemande. Progression de la christianisation : premiers évêchés et monastères.

VIe siècle> installation des Francs.

843 > le traité de Verdun divise l'empire carolingien et coupe la Suisse en deux.

XIe siècle> le pays retrouve une unité en intégrant le Saint Empire romain germanique.

XIIIe siècle> la route du Saint-Gothard est ouverte, la Suisse devient un carrefour du commerce européen.

1er août 1291> acte de fondation de la Confédération suisse ou pacte du Grütli (encore appelé " serment des trois Suisses "). Enrichies par le commerce, trois communautés s'accordent sur des velléités d'indépendance.

1315> l'alliance de 1291 est confirmée par l'empereur (Louis de Bavière).

1499 > avec la paix de Bâle, la Suisse se débarrasse enfin de la tutelle des Habsbourg.

1516 > après Marignan, la Suisse signe un pacte de paix perpétuelle avec la France (pacte qui inclut la fourniture de mercenaires, début de la tradition des Gardes suisses). C'est le premier pas du pays vers la neutralité.

1525-1530 > début de la Réforme en Suisse (Zwingli puis Calvin).

1618-1648 > malgré les cantons catholiques et protestants, les Suisses ont la sagesse de ne pas participer à la guerre de Trente ans. Le traité de Westphalie (1648) reconnaît leur indépendance.

XVIIIe siècle > naissance d'un sentiment national appelé " Helvétisme ", développement des idées nouvelles des Lumières (Voltaire près de Genève et J.-J. Rousseau).

19 février 1803> par l'acte de Médiation, Bonaparte, Premier consul, rétablit la Confédération des cantons suisses, supprimant la République helvétique créée par les révolutionnaires français du Directoire en 1798.

1815 > le traité de Vienne reconnaît le statut de neutralité de la Suisse.

XIXe siècle > révolution industrielle, surtout développée dans les villes protestantes.

1847 > tentative de sécession des cantons catholiques (Sonderbund) restés plus ruraux, qui débouche sur une guerre civile.

12 septembre 1848 > constitution d'un Etat fédéral structuré avec la promulgation d'une Loi fondamentale (et une seule monnaie : le franc suisse).

1863> création de la Croix-Rouge (M. Dunant).

1864 > signature de la Convention de Genève sur les blessés de guerre.

1919> Genève est choisie comme siège de la Société des nations (SDN) et du Bureau international du travail (BIT).

1971 > la Confédération accorde le droit de vote aux femmes pour les échéances nationales (il était temps !).

1992 > consulté par référendum, le peuple suisse refuse d'adhérer à l'Europe (50,3 % de " non " mais l'UE a supprimé les droits de douane depuis 1972). Adhésion au FMI et à la Banque mondiale.

1997-2000 > remise en cause de la position de la Suisse envers les juifs pendant la Seconde Guerre mondiale. Menacée d'embargo par les Etats-Unis, la Suisse accepte de dédommager les personnes spoliées.

2002> entrée de la Suisse à l'ONU.

2008 > entrée en vigueur de l'accord Schengen/Dublin.

2010 > entrée en vigueur de la nouvelle Constitution suisse.

Octobre 2013> Berne a signé la convention de l'OCDE sur l'entraide en matière fiscale qui doit mettre fin au secret bancaire, étape importante dans la lutte contre l'évasion fiscale qui concerne les banquiers suisses.

Décembre 2014> une femme, Simonetta Sommaruga, ministre de la Justice et de la Police, devient présidente de la Confédération suisse pour un an.

Janvier 2015> Le 15 janvier, la Banque nationale suisse (BNS) annonce qu'elle renonce au taux plancher du franc face à l'euro, entraînant une forte hausse de sa valeur.

Septembre 2015 > Application de la loi de la transparence sur le secret bancaire.

Octobre 2015 > Elections fédérales suisses : le parti conservateur l'UDC arrive en tête avec 29,4 % des voix.

Décembre 2016> Mise en service du tunnel de base du Saint-Gothard, long de 57,1 km, soit le plus long tunnel ferroviaire du monde.

Mai 2018 > Les Suisses votent à 58,2 % l'éloignement du nucléaire et son remplacement progressif par les énergies renouvelables.

L’hymne national suisse

A l'origine, c'est un cantique... Ecrit par un journaliste de Zürich au milieu du XIXe siècle, mis en musique par un prêtre, ce chant liturgique est adopté comme chant patriotique dès 1961, puis officialisé en 1981. Il remplace dès lors le O Monts indépendants qui ressemblait trop au God save the queen anglais...

" Sur nos monts, quand le soleil

Annonce un brillant réveil,

Et prédit d'un plus beau jour le retour,

Les beautés de la patrie

Parlent à l'âme attendrie ;

Au ciel montent plus joyeux

Les accents d'un coeur pieux,

Les accents émus d'un coeur pieux.

Lorsqu'un doux rayon du soir

Joue encore dans le bois noir,

Le coeur se sent plus heureux

près de Dieu.

Loin des vains bruits de la plaine,

L'âme en paix est plus sereine,

Au ciel montent plus joyeux

Les accents d'un coeur pieux,

Les accents émus d'un coeur pieux. "

Les premiers Suisses

Le peuplement de la Suisse (habitat régulier) s'amorce dès la fin de l'ère glaciaire de la dernière glaciation et se concentre naturellement autour des lacs du Plateau. A partir de 500 av. J.-C., ce sont essentiellement des tribus celtes qui s'installent dans la région, parmi lesquelles celle des Helvètes. Le site archéologique de La Tène, près de Neuchâtel, témoigne de cette importante civilisation celte. En 58 av. J.-C., les Celtes helvètes partent à la conquête de nouveaux territoires et se heurtent aux armées romaines en Gaule.

A la bataille de Bibracte, Jules César les repousse sur le Plateau suisse. Les Romains envahissent alors la Suisse, qui devient une importante zone frontière, à l'abri du Rhin. De nombreuses garnisons sont implantées dans le pays, autour desquelles se développent des villes. C'est également par l'intermédiaire des légionnaires que le christianisme apparaît en Suisse, dès le IIe siècle. De zone frontière à zone d'invasion, il n'y a qu'un pas douloureux, que la Suisse va commencer à franchir à partir de 260, sous la pression des Alamans. Ceux-ci confirment leurs prétentions au Ve siècle et envahissent totalement le Nord, le Centre et l'Est du pays. C'est à cette époque que se dessinent les zones linguistiques de la Suisse actuelle. Les Alamans germanisent les populations gallo-romaines sur leurs territoires et repoussent quelques irréductibles vers les vallées alpestres, les coupant de tout lien avec le reste du monde romain : ces peuples constituent la base de la civilisation romanche des Grisons. Quant au bassin lémanique, il subit une invasion barbare beaucoup plus douce : les Burgondes obtiennent l'autorisation des Romains de se mêler à la population du bassin du lac Léman. Contrairement aux Alamans, ils en adoptent les coutumes et la langue. Au début du VIe siècle, les Francs conquièrent l'ensemble du Plateau et imposent leurs structures politiques pour trois siècles dont le christianisme et la féodalité. Des missionnaires irlandais évangélisent le pays et fondent des abbayes (notamment Gallus, qui fonde l'abbaye de Saint-Gall en 720), tandis que les Francs installent une administration très organisée : le territoire est divisé en Gau (districts) et la population en classes (hommes libres, fermiers, serfs). De la domination franque, les Suisses de la classe supérieure vont garder deux principes essentiels, l'attachement à la liberté et la préférence pour une organisation régie par le droit plutôt que par la force ; les fondements de la démocratie suisse se mettent doucement en place.

De Charlemagne aux Habsbourg

En 843, au traité de Verdun, l'empire carolingien est partagé entre les petits-fils de Charlemagne, et la Suisse est coupée en deux : Louis le Germanique garde les territoires alamans ; Lothaire les territoires burgondes et les vallées des Alpes. Jusqu'ici oubliés dans leurs montagnes, les habitants romanches des Grisons sont pour la première fois intégrés à d'autres territoires suisses.

Pendant le Xe siècle, la Suisse romande est intégrée au royaume de Bourgogne tandis que la Suisse alamane est indépendante. Au XIe siècle, la situation se clarifie, la Suisse se trouve à nouveau unifiée sous la coupe du Saint Empire romain germanique. C'est l'époque des grandes constructions. D'abord, parce que la période de flottement politique du Xe siècle a été mise à profit par des envahisseurs (Sarrasins au sud-ouest, Hongrois à l'est) qui avaient largement détruit de nombreuses régions. Ensuite, parce que s'affirment quelques dynasties de bâtisseurs de villes, notamment celle des ducs de Zähringen. Au tout début du XIIIe siècle, le pont du Diable ouvre la route du Saint-Gothard entre l'Italie et l'Allemagne et favorise le développement économique de trois cantons de Suisse centrale : Schwyz, Unterwald et Uri, par lesquels transitent les hommes et d'importants volumes de marchandises. Les Habsbourg s'inquiètent car avec les voyages des marchands circulent les idées qui ont contribué à l'émancipation de l'Italie du Nord, de l'Allemagne et des Flandres au XIIe siècle. Ils tentent alors d'accroître leur pouvoir sur les Waldstätten (cantons primitifs : Schwyz, Unterwald et Uri), lesquels réagissent en faisant intervenir l'Empereur. Celui-ci a un besoin impérieux de la route du Gothard et il les libère donc de la tutelle des Habsbourg en 1231 (Uri) et 1240 (Schwyz). Mais ce statut privilégié est rendu caduc par l'accession des Habsbourg au trône impérial, en la personne de Rodolphe, en 1273. Celui-ci respecte pourtant les engagements pris mais, à sa mort, en juillet 1291, les Waldstätten craignent que ses héritiers ne soient pas du même avis ; ils réagissent promptement et signent, le 1er août 1291, le fameux pacte du Grütli, considéré comme l'acte de naissance officiel de la Confédération suisse. En fait, ce serment ne fait que confirmer des engagements d'assistance mutuelle effectifs depuis une vingtaine d'années et surtout ne remet pas en cause les obligations féodales des cantons vis-à-vis de l'Empereur ; on est donc bien loin d'une déclaration d'indépendance. Puisqu'on en est au chapitre " destruction de mythe ", ajoutons qu'il est plus que douteux que Guillaume Tell ait eu un rôle quelconque dans cette signature.

La marche vers la Confédération

Conformément à l'état d'esprit suisse, c'est prudemment et par petites touches que les trois cantons vont affirmer leur indépendance. Par exemple, en soutenant systématiquement les adversaires des Habsbourg dans la conquête du trône impérial. C'est ainsi qu'ils obtiennent, en 1309 de Henri VII de Luxembourg, qu'ils ont aidé à monter sur le trône, le maintien de leurs privilèges et leur application au canton d'Unterwald. Evidemment, tout cela finit par exaspérer prodigieusement les Habsbourg, qui prennent prétexte d'une agression contre une abbaye placée sous leur protection pour mettre au pas les confédérés. Nous sommes en 1315. Malheureusement pour eux, les Habsbourg sont défaits à Morgarten, le 15 novembre, et les Waldstätten en profitent pour renforcer leur alliance par le pacte de Brunnen, le 9 décembre. Ce texte est davantage un acte de naissance de la Confédération que celui du Grütli puisque, à travers ses multiples renouvellements, c'est lui qui sera ratifié successivement par tous les cantons jusqu'en 1798. Double défaite pour les Habsbourg, les Waldstätten victorieux vont cristalliser toutes les rancunes accumulées contre les Habsbourg, et de nombreux cantons se rallient à eux (Lucerne, Zurich, Glaris, Zoug, Berne) dans les quarante années qui suivent. Ainsi, l'alliance devient un véritable Etat, puissamment armé qui plus est. Tous ces cantons restent indépendants et la Confédération aurait peut-être disparu d'elle-même à force de dissensions, mais rien ne rapproche plus que d'avoir un ennemi commun, et les Habsbourg vont rendre un fier service à la Confédération naissante en jouant ce rôle jusqu'en 1389, date de la signature d'un accord de paix. Malgré cette victoire, la Confédération ne se sent pas encore en sécurité et va donc mettre à profit les deux siècles suivants pour renforcer son unité et ses défenses face à ses puissants voisins. Elle multiplie donc les annexions, par conquêtes ou par alliances, pour mettre en communication directe les cantons fondateurs et pour se garantir de frontières sûres : le Rhin au nord, les Alpes à l'est (conquête des Grisons) et au sud (Valais et Tessin).

L'unité du pays reste fragile, comme le montre l'affrontement entre Zurich et les autres cantons de 1436 à 1450. La Suisse poursuit donc sa politique de conquête : la fuite en avant pour éviter les luttes internes. Il faut dire aussi qu'elle dispose, grâce à son organisation militaire (service obligatoire de 16 à 60 ans), d'une force armée considérable. Elle s'allie donc avec le roi de France Louis XI, à la fin du XVe siècle, pour détruire le duché de Bourgogne.

Mais son manque d'unité va permettre à la France de s'octroyer les territoires conquis, tandis que le partage du butin de guerre est à deux doigts de provoquer une nouvelle guerre civile. Elle est évitée par la médiation de l'ermite saint Nicolas de Flue. A cette époque, la situation n'est pas encore tout à fait stable et, comme c'est souvent le cas, le ciment va prendre dans l'adversité. Les Habsbourg arrivent en effet à nouveau à point nommé pour unifier la Suisse face au péril commun : Maximilien Ier déclenche la guerre de Souabe pour imposer une centralisation accrue au pays, toujours officiellement membre de son empire. En 1499, la paix de Bâle consacre sa défaite et la sortie de fait de la Confédération de l'Empire (entérinée en 1648, au traité de Westphalie). Forte de cette indépendance, la Suisse attire à elle de nouveaux cantons (Bâle, Schaffhausen et Appenzell). Sur sa lancée, le pays tente de conquérir de nouveaux territoires en Italie, mais François Ier l'arrête à Marignan. Secouée par cette défaite et par la crise morale de la Réforme, la Suisse entame alors sa politique de neutralité et recycle ses soldats en fournissant des mercenaires à la France, avec laquelle elle signe une paix perpétuelle en 1516.

Prémices de la Suisse et Serment du Grütli : extraits du pacte d'alliance et de défense réciproque

Un premier pacte fédéral d'alliance et de défense est signé en août 1291 par les représentants des cantons d'Uri, de Schwyz et d'Unterwald (centre de la Suisse actuelle, dit Suisse primitive). L'objectif n'était pas encore de construire une nation !

Le serment du Grütli est, quant à lui, conclu par une trentaine de rudes montagnards qui se réunissent dans la prairie de Grütli afin de se jurer assistance. Les deux pactes sont souvent confondus. Le pacte du Grütli est situé en 1307.

En voici des extraits :

" Au nom du Seigneur, amen. C'est faire oeuvre honorable et profitable au bien public que de confirmer dans leur état antérieur les pactes de sécurité et de paix. "

" Chacune des communautés a promis aux autres d'accourir si nécessaire, en toute circonstance, à leur aide, de leur prêter main-forte à ses frais, contre les assauts de personnes malintentionnées, de venger les torts qu'elles auraient subis ; chacune s'y est engagé formellement sous serment, renouvelant par le présent pacte leur ancienne confédération. "

Le temps de la Réforme

A partir du XVIe siècle, la Réforme coupe le pays en deux, au terme d'un conflit parfois violent, et cette division religieuse entraîne une paralysie politique qui va durer trois siècles. Le Parlement (la diète), partagé, ne prend presque plus de décision importante et le lien fédéral est minimal. Cependant, si le pays s'est déchiré intérieurement pour des questions religieuses, il refuse de le faire avec le reste de l'Europe : il opte pour la neutralité pendant la guerre de Trente ans, neutralité consacrée en 1647 par le Defensional de Wil, qui réduit l'armée suisse à un contingent de 36 000 hommes, jugé suffisant pour protéger le territoire en cas de besoin. Malgré sa non-implication, la Suisse tire profit de la guerre : elle obtient la reconnaissance officielle de son indépendance au traité de Westphalie en 1648.

La Réforme s'est répandue en Suisse surtout grâce à deux acteurs importants : Ulrich Zwingli, actif à Zurich à partir de 1523, et Jean Calvin, à Genève, que l'on nommera " la Rome du protestantisme ", à partir de 1536. À Genève, le mur des Réformateurs dans le parc des Bastions rend hommage aux prédicateurs.

La Suisse indépendante

Si la Suisse est économiquement puissante, ses liens politiques distendus sont mis à mal par la Révolution française. Cette fois, la menace d'un ennemi commun ne suffit pas à unifier le pays et la Confédération est vaincue. Elle laisse la place à une " République helvétique une et indivisible " conçue sur ordre de la France et qui lui est entièrement subordonnée. Réquisitionnée, contrainte de fournir des hommes, la Suisse sert aussi de champ de bataille entre les armées françaises et la coalition austro-russe. En 1803, Bonaparte, par l'acte de Médiation, fait rétablir le principe fédéral, autour de 19 cantons. Après 1815 et le traité de Vienne, la Suisse fait reconnaître son indépendance ainsi que sa neutralité et l'inviolabilité de son territoire. En politique intérieure, mais sous la pression internationale, le Parlement parvient, au terme de la Longue Diète de Zurich (avril 1814 - août 1815), à établir un Pacte fédéral autour d'une structure de 22 cantons. Conçu dans des conditions précaires, ce pacte subit les pressions des cantons dits de la " Régénération " et celles des radicaux, plus violents, dans leurs revendications et dans leurs actions, notamment anticléricales. L'affrontement entre conservateurs et radicaux parvient à son comble quand des radicaux organisent des expéditions armées contre Lucerne, canton conservateur. En réaction, celui-ci constitue, avec les cantons de Schwyz, Uri, Unterwald, Zoug, Fribourg et Valais, une alliance conservatrice, le Sonderbund : c'est le signal de la guerre civile.

Très brève (26 jours), celle-ci fait peu de victimes ; les cantons conservateurs sont mis au pas et réintègrent la Diète après paiement d'une indemnité. La guerre ayant provoqué une prise de conscience et mis en lumière la nécessité d'une réforme, les cantons adoptent, le 12 septembre 1848, la Loi fondamentale de la Confédération suisse, qui les engage sur le chemin d'un vrai fédéralisme : la Suisse cesse d'être un simple amalgame d'Etats indépendants et les cantons abandonnent à un Etat fédéral de réels pouvoirs (affaires étrangères, douanes, postes, monnaies avec la création du franc suisse, poids et mesures). C'est la naissance de l'actuelle structure politique de la Suisse. Sur le plan international, la Suisse réaffirme sa neutralité par la création de la Croix-Rouge internationale en 1863 et la signature de la Convention de Genève en 1864. La Suisse se consacre surtout à son développement économique, grâce à la liberté accordée à l'industrie et au commerce par la Constitution et à la suppression des droits de douanes intercantonaux. A partir de la seconde moitié du XIXe siècle, la construction d'un réseau ferroviaire particulièrement dense et la mise en valeur du potentiel hydroélectrique permettent le développement de l'industrie et des échanges commerciaux, autour de pôles comme l'horlogerie, les machines-outils et la chimie.

La Suisse contemporaine et neutre

La Première Guerre mondiale divise le pays mais la neutralité résiste. Economiquement, la Suisse est ébranlée par deux premières crises en 1921 et en 1922, puis par la crise mondiale de 1929. A la veille de la Seconde Guerre mondiale, la Suisse réussit à s'y préparer. L'armée, dirigée par le général Henri Guisan, est positionnée à la frontière et le rationnement permet à la population de vivre correctement. Durant toute la guerre, la Suisse affiche sa neutralité. En 1940 cependant, à la suite de la défaite française, les forces de l'Axe entourent le pays et certains discours promeuvent la nécessité de traiter avec l'Allemagne et l'Italie. Le 25 juillet 1940, dans son Rapport du Grütli, le général Guisan affirme clairement la volonté du pays de se défendre. Il conçoit alors la stratégie du " Réduit national ", qui consiste à former une forteresse dans les Alpes. Toutefois, après 50 ans de cette version officielle de neutralité, une facette moins glorieuse est mise au jour en 1996. Si la majorité du peuple suisse a soutenu les Alliés et si la Suisse a accueilli plus de réfugiés juifs que tout autre pays, ainsi que de nombreux soldats français et polonais, certains membres du gouvernement semblent avoir acheté la tranquillité de leur pays. Des milliers de juifs sont refoulés à la frontière (fameux tampon " J " sur le passeport) et la collaboration économique avec l'Allemagne et l'Italie va bon train. Plusieurs industriels et banquiers suisses se seraient enrichis en confisquant les biens juifs, en fournissant à l'Allemagne la technologie de pointe dont elle avait besoin et en blanchissant l'or volé dans les pays occupés (la Suisse est le seul pays neutre à avoir accepté de racheter cet or, ouvrant ainsi aux Allemands un crédit sans lequel ils n'auraient pu poursuivre leur effort de guerre). L'excellent documentaire de la Télévision suisse romande (qui a fait couler beaucoup d'encre après sa diffusion) L'Honneur perdu de la Suisse, réalisé par Daniel Monnat en 1997, raconte fort bien cet épisode peu glorieux.

Des années 1950 aux années 1990

Après les années difficiles de la crise économique et de la guerre, la prospérité des années 1950 à 1975 transforme la vie des Suisses : voitures, loisirs, télévision, supermarchés, etc. La période de l'après-guerre en Suisse se caractérise aussi par une volonté de renforcer les aides sociales pour le peuple. En 1946, l'assurance vieillesse et survivants (RAVS) est établie, garantissant une retraite à tout le monde, et est renforcée en 1972 par le système des trois piliers : prévoyance sociale, prévoyance professionnelle et prévoyance individuelle. En 1959, lors de l'élection du nouveau Conseil fédéral, est introduite une nouvelle distribution, dite " la formule magique " : deux sièges au parti radical, au parti démocrate-chrétien et au parti socialiste ; et un siège au parti agrarien (aujourd'hui Union démocratique du centre, ou UDC). Dans les relations internationales, la Suisse garde longtemps sa place en dehors de l'ONU et de l'OTAN, et revendique une neutralité stricte. Elle devient membre du Conseil de l'Europe en 1963 et de l'Association européenne de libre-échange en 1960, créée comme un contrepoids à la CEE initiale. La Question jurassienne demandant la désunion des zones bernoises francophones et la constitution d'un 23e canton est au coeur des débats à la fin des années 1960. La création du 23e canton est votée par le peuple le 24 septembre 1978. La Question jurassienne a eu des retombées au-delà de ses propres frontières. Elle a amené la Suisse à se questionner sur ses minorités et sur l'état de son fédéralisme. A cette époque, la Suisse est, avec un taux de chômage inférieur à 3 %, le pays le plus florissant du monde. Au moment où le communisme s'effondre, au début des années 1990, la Suisse doit cependant faire face à une importante crise économique : le chômage monte à plus de 6 %. Malgré ces troubles, l'épargne helvétique est importante, le pays possède une industrie robuste et les espaces bancaires y sont très étendus. Les villes de Zurich et Genève sont aujourd'hui des places financières mondiales. En décembre 1992, le peuple suisse refuse l'adhésion à l'Espace économique européen (EEE). Lors de cette votation déterminante pour l'avenir de la Suisse et de l'Union européenne, le parti populiste du milliardaire Christoph Blocher, l'UDC, gagne du terrain. Le non à l'EEE a été l'occasion pour les Suisses de rappeler qu'ils jugeaient l'Union européenne incompatible avec leur démocratie directe et avec certains secteurs-clés de leur économie. Cependant, les négociations avec Bruxelles se poursuivent.

Les années 2000

Un nouveau cap est franchi le 20 mai 2000 : les Suisses acceptent à 67,5 % les accords bilatéraux avec l'Union européenne, permettant entre autres la libre-circulation des personnes au sein des 15 pays européens. Et, en 2002, la Suisse adhère à l'ONU. En 2003, les espoirs politiques de la " formule magique " sont bouleversés, puisque l'UDC (parti d'extrême droite) arrive en tête des élections législatives. Cinq ans après, même chose : après une campagne législative agressive et xénophobe, les élections fédérales renforcent de nouveau la présence de l'UDC au Conseil national avec 29 % des voix. Cette progression de l'UDC pourrait également se confirmer aux prochaines élections fédérales d'octobre 2011. Mais, même si ce parti prône une Suisse souveraine, gérant ses propres intérêts loin de Bruxelles, ces dernières années auront été marquées par une ouverture du pays et le renforcement des accords bilatéraux avec l'UE. Ainsi, en 2006, la loi fédérale sur la collaboration avec les Etats d'Europe de l'Est est acceptée par la population. En décembre 2008, la Confédération passe un nouveau cap en signant l'entrée en vigueur de l'accord Schengen/Dublin. Cet accord doit permettre à la Suisse de participer à l'espace de liberté, sécurité, justice (Schengen) et de coopération en matière d'asile (Dublin). Et en février 2009, les Suisses approuvent l'extension à la Bulgarie et à la Roumanie des accords de libre circulation des travailleurs entre l'UE et la Confédération. Ce " oui " massif (59,6 %) semble encourager le rapprochement entre UE et Confédération. En 2009-2010, la Confédération helvétique n'aura jamais fait autant parler d'elle. Côté économie, elle enchaîne les affaires d'évasion fiscale de clients américains de la banque suisse UBS, puis celles de Français, dont certains seront dénoncés par un ancien employé de la banque britannique HSBC, et enfin d'Italiens et d'Allemands. Sous la pression des gouvernements étrangers, la Suisse fait profil bas et le secret bancaire se réduit. Côté société, l'arrestation du cinéaste Roman Polanski fin septembre 2009, sous le coup d'un mandat d'arrêt américain datant de 1978, fait scandale. En novembre 2009, l'adoption par le peuple d'une loi contre la construction de nouveaux minarets fait la une de tous les médias internationaux.

La Suisse aujourd'hui

Aujourd'hui, la Confédération suisse fait partie des pays les plus performants du monde. Fin 2014, alors que la Chine prenait la tête de la liste des pays ayant le plus gros PIB (parité de pouvoir d'achat), devant les Etats-Unis, la Suisse occupait toujours la quatrième position. Et la croissance économique de la puissance helvète se poursuit, le franc se renforce. Devant cette santé économique incroyable, la Suisse attire beaucoup de candidats à l'immigration qui rêvent de décrocher un travail, notamment les Français frontaliers, de plus en plus nombreux. En mars 2018, 2 063 428 étrangers vivaient en Suisse, parmi lesquels 1 412 292 (68,4 %) étaient des citoyens de l'UE/AELE et 651 136 des ressortissants d'États tiers. Le taux de chômage reste un des plus bas d'Europe, il s'est établi en moyenne à 2,6 % en 2018. Malgré son besoin de main-d'oeuvre pour poursuivre son développement, l'heure est au protectionnisme, et même au conservatisme. La Suisse a voté ses dernières années une série de lois visant à réduire l'immigration à ses frontières, et a élu en 2015, l'UDC, un parti très conservateur et populiste qui fait campagne sur la stigmatisation des musulmans et des étrangers. Notamment des travailleurs européens, responsables pour le parti des bouchons routiers, des trains bondés aux heures de pointe, de la pénurie de logements et du mitage du territoire.

La fameuse loi sur la transparence sur le secret bancaire signée par Berne lors de la convention de l'OCDE sur l'entraide en matière fiscale, est une véritable révolution feutrée dans les salons bancaires suisses. Elle met fin au secret bancaire, étape importante dans la lutte contre l'évasion fiscale qui concerne les banquiers helvètes.

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