Les Pangalanes forment une voie d'eau navigable qui borde la côte est sur près de 700 kilomètres. Au début du XXe, rivières et lacs, marais et étangs ont été réunis par le colonisateur français pour ne plus former qu'une seule et longue route fluviale : c'est bien d'ailleurs la signification du nom originaire de ce canal, " Ampangalanes " ou " qui relie deux points d'eau ensemble ".

Le parcours sur le canal des Pangalanes est une expédition. Il est prudent de prévoir un équipement adéquat pour se protéger des pluies persistantes. Les moustiques sont très féroces (un peu moins de juin à octobre, a priori).

Naviguer sur le canal des Pangalanes est une expérience en soi, mais autant prévenir les aventuriers des jungles tropicales : ils risquent d'être déçus s'ils attendent une faune et une flore abondantes. Hélas, la chasse persistante aux crocodiles au cours du dernier siècle a sérieusement menacé la survie de l'espèce, qui s'est réfugiée dans les cours d'eau les moins accessibles ; la déforestation intensive depuis trente ans a transformé les berges exubérantes en haies touffues, derrière lesquelles s'étend une vaste pampa. Certaines portions du parcours (les plus étroites, près de Tamatave, en arrivant à Vatomandry, juste après Mahanoro, et entre Mananjary et Manakara) sont cependant d'une grande beauté qui se retrouve dans le lent déroulement du fleuve, la léthargie qui s'empare des voyageurs et les rend frais, neufs, totalement revigorés, à une société boursouflée où la magie des heures qui passent n'a plus aucun sens. On vient ici pour être tranquille : nulle part ailleurs la philosophie du " mora mora " n'a été appliquée avec autant de persévérance. Et puis, on découvre des petits villages qui semblent tout droits sortis d'un roman de Gabriel Garcia Marquez, tout un peuple qui vit en harmonie avec des rites, des coutumes, des lois sociales séculaires.

Le canal, encombré par les jacinthes d'eau (ce qui empêche sa circulation entre Vatomandry et Mahanoro) se rétrécit parfois comme une mince sente ruisselante au milieu d'un concert de plantes aquatiques. Parfois, il s'élargit comme un lac : normal, il s'agit bien de lacs, nombreux dans la région (surtout au sud de Tamatave, jusqu'à Manambato), que le canal relie. De-ci de-là, le cours du canal est barré par d'immenses filets tendus par les pêcheurs d'une berge à l'autre pour piéger les poissons, capturer les bichiques...

Le canal longe une basse langue de sable plantée de palmiers qui le sépare de l'océan. Puis il zigzague, semble rentrer à l'intérieur des terres, comme s'il était inquiet de se démarquer de la grande étendue d'eau, juste derrière les collines et les arbres épars... Le soleil joue un peu à cache-cache avec la pluie. Il fait doux. L'eau est tiède. Une famille de pythons dort. Dans les arbres, un couple de lémuriens espiègles suit le visiteur pas à pas. Les troncs des arbres semblent décorés : ce sont des orchidées parme.

Aujourd'hui, le braconnage est moins répandu, mais il existe (essences rares, animaux en voie de disparition...). Le développement touristique annoncé pourrait-il changer la donne ? Cet écosystème menacé pourrait bien ne jamais connaître l'équilibre dont il aurait tant besoin pour se ressourcer et émerveiller, sans que l'on détruise ni corrompe.
Car une chose est sûre : le canal des Pangalanes est l'une des plus extraordinaires constructions humaines du XXe siècle, une oeuvre titanesque qui coûta la vie à des milliers d'autochtones et de travailleurs chinois, dévorés par des hordes de crocodiles, dont les plus beaux spécimens mesuraient près de 11 m de long ! Les temps ont passé. On ne se fait plus manger. Mais l'inquiétude persiste... Et si jamais, là, au détour d'un ravenala majestueux, apparaissait l'un de ces " rois " sauriens, dont les courageux " travailleurs de l'eau " durent endurer la sauvage rébellion contre une intrusion moderne peu soucieuse de leur régime ?

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