La mer d'Aral, autrefois la quatrième étendue d'eau continentale, est partagée entre l'Ouzbékistan et le Kazakhstan. Au Kazakhstan, le port d'Aralsk, et en Ouzbékistan, celui de Moynaq, le plus grand de la mer d'Aral, étaient encore avant la Seconde Guerre mondiale des ports de pêche prospères. Moynaq abritait l'une des plus grandes conserveries de poissons de l'ex-Union soviétique, aujourd'hui un ensemble de murs en ruines déserté. Lorsqu'en 1921 la famine frappa la Russie, Lénine mobilisa la flotte de pêche de la mer d'Aral qui, en quelques jours, expédia plus de 20 000 tonnes de poisson et sauva le pays de la disette.

Aujourd'hui, la mer est vide. La saturation par les pesticides et les engrais chimiques déversés dans cette poubelle marine n'a laissé aucune chance à la faune et à la flore qui, de toute manière, n'auraient pas survécu à l'élévation du degré de salinité de l'eau consécutif à l'abaissement du niveau de la mer. La catastrophe a commencé dans les années 1950 et s'est accélérée dans les années 1960, alors que les travaux d'irrigation massive liée à la culture intensive du coton battaient leur plein. Peu à peu, les deux fleuves qui alimentaient la mer d'Aral, l'Amou Daria et le Syr Daria, se firent de plus en plus minces, et de plus en plus pollués. En 1994, le niveau de la mer avait baissé de près de 20 m. Aujourd'hui, il n'y a plus d'eau côté ouzbek alors que seule une faible superficie résiste côté kazakh. Certains disent que si la mer existe toujours de l'autre côté de la frontière, ce n'est que parce que le gouvernement kazakh l'entretient artificiellement. Malgré les efforts kazakhs, la sentence est tombée : d'ici 2020, la mer d'Aral devrait avoir totalement disparu de la surface de la terre. Outre le manque d'alimentation en eau, c'est l'évaporation qui accélère sa disparition.

Désormais reliée à la terre, l'île de Vozrojdénié avait été transformée par les Soviétiques en terrain d'expérimentation d'armes chimiques et bactériologiques. Au moment de l'indépendance, l'île maudite conservait dans son sous-sol plusieurs centaines de tonnes de virus de guerre mortels et de bacilles du charbon. L'ensemble était supposé avoir été décontaminé et enfoui dans des fûts inoxydables mais, en 1995, une mission américaine découvrait quantité de spores du charbon encore actives à la surface de l'île. Alors que le niveau de la mer continuait de baisser, l'île devenait de plus en plus au contact avec la terre ferme, et le danger de propagation par les oiseaux et les insectes était devenu suffisamment grand pour amener les Américains, en collaboration avec le gouvernement ouzbek, à nettoyer l'île en profondeur. L'opération, discrètement menée en 2002 après les attentats à l'anthrax de l'automne 2001 aux Etats-Unis, a théoriquement résolu le problème.

Si la population de Moynaq s'est depuis longtemps exilée, ne laissant que quelques milliers d'habitants dans ce port qui en comptait 60 000 avant le début de la catastrophe, c'est toute celle du Khorezm qui est aujourd'hui menacée. La disparition de la mer a entraîné celle de la bulle d'évaporation qui se formait au-dessus de l'eau et protégeait toute la zone des vents froids du nord, de Sibérie. Ce n'est plus le cas désormais, et la température en hiver chute jusqu'à - 40 °C. Les vents charrient le sel et les dépôts de pesticides dans tout le Karakalpakstan et le Khorezm, ruinant les récoltes, rendant la terre inculte, et abaissant le niveau et la durée de vie de la population.

Pour ralentir la catastrophe, les habitants de Moynaq avaient creusé un canal, encore bien visible aujourd'hui au-delà du cimetière de bateaux. Côté gouvernement soviétique, on avait envisagé, avec ce goût du gigantisme bien propre à l'ex-URSS, de détourner sur des centaines de kilomètres les eaux de fleuves russes. Quoi qu'il en soit, l'effondrement de l'Union soviétique a mis fin au projet. Bien que le gouvernement ouzbek ait pris conscience de la catastrophe écologique que constitue la disparition de la mer, il ne dispose assurément pas des moyens nécessaires pour la revenir en arrière.

En ce qui concerne la ville de Moynaq, ou plutôt ce qu'il en reste, c'est un bien triste quotidien qui survit aujourd'hui. Vous trouverez un peu de vie à l'entrée de la ville, autour de la gare routière où l'on trouve les rares magasins encore ouverts. L'ancien centre-ville est aujourd'hui une ville fantôme où se dresse des carcasses d'immeubles abandonnés : le théâtre, l'hôtel, la conserverie, des logements... Le cimetière de navires qui attirait quelques visiteurs s'est réduit comme peau de chagrin, avec à peine 5 navires échoués là depuis que les locaux se sont servis des matériaux pour les revendre ailleurs. En bref, une excursion à Moynaq est une triste illustration de ce que devient la vie quand une mer disparait : un enfer.

À voir / À faire à MOYNAQ

Adresses Futées de MOYNAQ

Rechercher par catégorie :

Photos de MOYNAQ

Il n'y a actuellement pas de photos pour cette destination.

OUZBÉKISTAN

Guide OUZBÉKISTAN

OUZBÉKISTAN 2018/2019

15.95 €
2018-05-16
360 pages
Avis
Jeu concours

Les jeux concours du moment

Remportez un séjour d'une semaine en cahutte pour 5 personnes avec Huttopia !

Vivez une expérience unique pour 5 personnes ! Huttopia vous offre un séjour d'une semaine en Cahutte parmis les 3 villages : Senonches, Dieulefit, Sud Ardèche