Situé à 35 kilomètres sur la route de Napiéolédougou, au sud de Korhogo, Fakaha ne se laisse pas facilement atteindre mais vaut largement le détour. Comme à Waraniéné et à Katia, les stands d'exposition ont brûlé. Le village semble désert, retranché dans la solitude brûlante de la fin de matinée. Les hommes sont peut-être aux champs, interrogation ponctuée par de petits grognements porcins et le bêlement d'une biquette qui traverse la cour, sous l'oeil interloqué d'une des vieilles du village. Tiens, de la visite ; cherchez le manguier, vous trouverez les hommes ! Tranquillement installé sous les branches, Tio Navaga Abou noircit sa toile d'un geste sûr. A ses côtés, sa femme trie la dernière récolte d'arachides tandis que leur petite dort sur une natte de riz. A la faveur de cette visite inhabituelle, c'est bientôt tout le village qui se retrouve réuni autour de l'arbre rassembleur. Dans un coin, les vieilles filent le coton ; leurs beaux visages ridés offrent un contraste saisissant avec les lignes agressives et modernes des deux motos garées non loin de là. Il faut quand même que je vous raconte comment on les fabrique, ces toiles mondialement réputées qui auraient charmé un certain Picasso, alors en visite discrète dans la région au début du siècle : " Oui, c'est là-bas qu'il dormait ", me dit Abou en montrant du doigt une des petites cases rondes à toit conique. Les tentures sénoufo, vulgarisées sous le nom de " toiles de Korhogo " se présentent comme des panneaux de toile écrue ornés de motifs peints généralement bruns ou noirs. Leur fonction de base n'est absolument pas décorative, puisque les motifs qui les ornent tirent leur origine des costumes très secrètement portés autrefois par les danseurs initiés du Poro, et de ceux des hommes panthères. Sur ces costumes-housses, un mélange de lignes et motifs géométriques, représentant des animaux et des emblèmes totémiques. D'abord liturgique, la fonction de ces dessins symboliques devint par la suite protectrice et s'étendit aux costumes des chasseurs qu'ils immunisaient tout en les camouflant, puis aux vêtements de particuliers qui, sur les conseils de leur devin-guérisseur, se plaçaient ainsi sous la protection de génies bienfaisants. Les motifs les plus anciens représentent surtout de petits animaux symboliques : serpents, lézards, tortues, poissons, oiseaux et autres, entremêlés de compositions géométriques variées : points, étoiles, croisillons, lignes droites ou brisées, damiers... Sous l'influence de la demande occidentale, les toiles traditionnelles vont progressivement s'enrichir de nouveaux motifs tels que personnages, danseurs, animaux, thèmes puisant toujours dans l'environnement traditionnel, que celui-ci soit quotidien ou cérémoniel. Le support est constitué d'un tissage de coton blanc épais assemblé en bandes cousues les unes aux autres pour former une toile, qui peut parfois mesurer jusqu'à plus de trois mètres (d'ailleurs, on mesure une toile en nombre de bandes et non en mètres).
Dans un premier temps, la toile est pliée en quatre ou six épaisseurs, puis frappée avec un battoir en bois dur afin d'aplanir les surfaces, à la suite de quoi l'artiste la tend bien à plat sur une planche posée à même le sol et s'attaque au premier tracé, commençant généralement par la bordure de la toile, souvent une frise ou une simple ligne noire. D'un geste sûr, il trace directement les motifs sur la toile, sans aucune ébauche préalable, à l'aide d'une sorte de lame métallique incurvée à épaisseur variable. Les premiers traits sont une esquisse très fine, renforcée ensuite par un nouveau passage avec une lame plus large. La teinture brune, utilisée pour le premier tracé, est obtenue à partir de sève d'arbre recueillie et mise à bouillir toute une journée. Pour la seconde couche, on recourt à un délayage de boue noire dans lequel on fait macérer quelques clous ou déchets de fer pour l'oxydation, ce qui explique l'odeur si particulière (et pour tout dire pas spécialement agréable) de ces toiles. Enfin, dernière étape, les teintes de la toile sont fixées grâce à un mélange obtenu à partir de deuxième pression de tchapalo (bière de mil), que l'on fait fermenter pendant une semaine avec un peu de citron. Les teintures ocre résultant quant à elles de la macération de feuilles de sorgho dans un canari avec du jus de potasse.

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