Pretoria, ville capitale, à 50 km au nord de Johannesburg, est encore et toujours synonyme du mot " apartheid ". Rebaptisée Tshwane, elle tente en surface de faire oublier ce passé peu glorieux. L'installation de Nelson Mandela à la présidence de la République, donc dans l'Union Building, puis de Tambo Mbeki et enfin Jacob Zuma a forcément un peu changé la donne. Mais Pretoria (que personne n'appelle Tshwane) conserve sa réputation de bastion blanc afrikaner et conservateur, même si son centre est fréquenté par les Noirs de la ville. La ville cultive la mémoire des Voetrekkers et des Boers à travers ses monuments et son histoire, et garde le souvenir de sa grande époque. Pretoria développe aujourd'hui un petit côté province, se voulant un lieu où les " vraies valeurs " (gastronomie, peinture, diplomatie, horticulture) ont encore l'avantage sur les tics modernes des Joburgers.

Aujourd'hui, elle n'a pas le dynamisme de sa voisine Jo'Burg, contemporaine et cosmopolite, qui attire les jeunes diplômés de toutes origines. Néanmoins, les étudiants de la réputée université de Pretoria rendent le centre un peu plus vivant. Un centre qui reste par ailleurs fréquentable à pied la journée contrairement à Jo'burg, sans objets de valeur sur soi tout de même. La ville est surnommée " la cité mauve " en raison des 60 000 jacarandas qui s'embrasent en octobre de mille fleurs.

Au bord de la rivière Tshwane. Jusqu'en 1600, seuls les Ndebele goûtaient au climat subtropical des ces vallées. Pas un Blanc à l'horizon. En 1825, l'avancée dévastatrice du chef Mzilikazi atteint la région. Les beaux villages ndebele sont rasés. En 1832, Mzilikazi est à son tour chassé par une armée zoulou. En 1837, Andries Pretorius décide de s'installer dans cette contrée, aussi loin que possible de l'Anglais. Dans la vallée où les rivières Tshwane et la Crocodile mêlent leurs eaux, à 1 370 m d'altitude, le héros de la Blood River construit la ferme Grootplaats. Selon le processus habituel en Afrique du Sud, les fermiers se regroupent pour des raisons de sécurité. Deux ans après la mort du vieux guerrier, son fils Marthinus donne son nom à la ville nouvelle : Pretoria, née le 16 novembre 1855.

Le coeur de l'Afrikandernom. La cité, qui compte alors autant de chariots que d'habitants, devient la capitale de la " Zuid Afrikaansche Republiek ", véritable caisse de résonance du nationalisme afrikaner. La ville devient alors le centre des décisions et négociations. Le traité de paix de la première guerre anglo-boer fut signé ici en 1881. Durant la seconde guerre anglo-boer, c'est également ici que le conflit s'est arrêté, après la signature du traité de paix Vereeniging en 1902. Durant cette période, Winston Churchill a été emprisonné dans l'école Staats Model School mais a réussi à s'échapper au Mozambique. Quand, après la guerre gagnée par les Britanniques, il faudra choisir un centre administratif, ce sera bien sûr Pretoria. Si, en 1910, l'Union sud-africaine écoute les juges de Bloemfontein et vibre aux débats parlementaires du Cap, elle marche surtout au pas selon le rythme fixé par les architectes du développement de la cité mauve. Ville de fonctionnaires blancs, elle comptait, en 1921, 110 000 habitants dont la moitié étaient des Noirs. En 1950, Pretoria ne comptait que deux quartiers non blancs, Marabastad et surtout Lady Selborne, où vivent 30 000 Noirs, métis et Indiens. La ville dénombrait 133 000 squatters (36 % de la population) avant l'application des lois de l'apartheid.

Un modèle d'apartheid urbain. Les lois du Groupe Land Area posées, le quartier de Lady Selborne et les camps de squatters furent détruits et les Africains relogés dans deux nouveaux townships, Atteridgeville et Mamelodi. Les Indiens furent envoyés dans le township de Laudium et les métis dans celui d'Eersterus. Les zones d'activités industrielles furent localisées pour être une zone de tampon entre les quartiers noirs et les quartiers blancs. A partir de 1960, Pretoria était devenu un modèle d'apartheid urbain avec la prise en compte de la politique de bantoustanisation. De nouveaux townships comme Garankuwa, Mabopane et Temba furent construits hors de la zone urbaine de Pretoria, à l'intérieur des frontières du bantoustan du Bophuthatswana. Comme si deux villes parallèles existaient, Pretoria devient officiellement capitale administrative lors de la création de la République d'Afrique du Sud en 1961. Pour elle, Herbert Baker construit un temple majestueux sur Meintjieskop ; les Union Buildings coûtent plus d'un million de livres à la Couronne. Des monuments à la gloire des Boers (Voortrekker Monument) sortent de terre, avec des rues tirées au cordeau, lisses comme de parfaites banlieues américaines. En 1994, Pretoria comptait 31 % de fonctionnaires alors que 45 % de salariés blancs travaillaient pour le gouvernement. Seule la chute de l'apartheid allait changer la donne.

À voir / À faire à PRETORIA / TSHWANE

Organiser son voyage à PRETORIA / TSHWANE

Photos de PRETORIA / TSHWANE

Il n'y a actuellement pas de photos pour cette destination.

AFRIQUE DU SUD (+LESOTHO)

Guide AFRIQUE DU SUD (+LESOTHO)

AFRIQUE DU SUD (+LESOTHO) 2019/2020

14.95 €
2018-09-19
552 pages
Avis