Guide de MADRID : Histoire

Des origines à nos jours
Chronologie

1500 à 500 av. J.-C.> De nombreux navigateurs méditerranéens, phéniciens et grecs surtout, fondent des colonies sur les côtes d'Ibérie, dont l'intérieur est déjà occupé par les Ibères, les premiers habitants de la Péninsule.

500 av. J.-C. > Arrivée des Carthaginois.

241 av. J.-C. Première guerre punique : les Romains occupent le nord-est de la Péninsule.

218 av. J.-C. > Deuxième guerre punique. Le triomphe des Romains leur permet d'entreprendre la conquête de toute l'Ibérie.

Ier siècle> La religion chrétienne se répand lentement sur le territoire.

409 > L'Espagne est envahie par les Vandales, qui s'installent dans le Sud.

De 414 à 419 > Les Wisigoths, chrétiens, s'emparent du Nord et fondent un royaume qui s'étend peu à peu à toute la Péninsule. La capitale s'installe à Tolède.

711> Les Maures, maîtres de l'Afrique du Nord, débarquent. En deux ans, ils réussissent à conquérir quasiment toute la péninsule. Ils bénéficient du soutien des juifs et de tous les mécontents de l'occupation wisigothe.

722 > Bataille de Covadonga, dans les Asturies. Première victoire des chrétiens contre les Maures, qui marque le début de la Reconquête.

732 > Les Maures sont arrêtés à Poitiers par Charles Martel.

854> Mohamed Ier, émir de Cordoue, fonde la forteresse de Magrit.

1172> Mort d'Isidro de Merlo y Quintana, sacré Patron de Madrid au XVIIe siècle.

XIIIe siècle > Ferdinand III de Castille et Jacques Ier d'Aragon étendent leur pouvoir jusqu'au sud de l'Espagne. A la mort de Jacques Ier, les Maures ne possèdent plus que le royaume de Grenade.

1220-1250 > Construction des cathédrales de Burgos, Tolède et León.

1309 > Les premières Cortes se tiennent à Madrid.

1469 > Le mariage d'Isabelle de Castille et de Ferdinand d'Aragon assure l'unification de l'Espagne.

1481 > Début de l'Inquisition : expulsion des Juifs et des conversos, c'est-à-dire les juifs convertis au catholicisme.

1492 > Découverte de l'Amérique par Christophe Colomb. Isabelle et Ferdinand (les Rois Catholiques) achèvent la Reconquête en occupant Grenade.

1516 > Charles, fils de Jeanne (fille d'Isabelle et Ferdinand) et de Philippe le Beau (fils de l'Empereur Maximilien d'Autriche), devient roi d'Espagne, de Sicile et de Naples sous le nom de Charles Ier. Il gouverne également les Pays-Bas et possède l'immense empire colonial d'Amérique du Sud.

1519 > Héritier des Habsbourg par son père, Charles Ier devient empereur du Saint Empire germanique, (Allemagne et une partie de l'Autriche) sous le nom de Charles Quint. Il est le plus puissant souverain d'Europe.

1519> Hernan Cortés débarque au Mexique et détruit l'Empire aztèque.

1521> Magellan découvre les Philippines.

1556 > Charles Quint abdique. Son fils Philippe II hérite de la couronne d'Espagne avec ses colonies américaines, ainsi que des Pays-Bas et de l'Italie.

1571 > Philippe II remporte la bataille navale de Lépante contre les Turcs. L'Espagne contrôle alors la Méditerranée.

1580> L'Espagne hérite du Portugal.

1588 > L'Invincible Armada est vaincue par les Anglais.

1609> Les 270 000 Moriscos (musulmans convertis au catholicisme) sont expulsés.

1648 > Par le traité de Westphalie, l'Espagne reconnaît l'indépendance de la partie septentrionale des Pays-Bas (Provinces-Unies).

1659 > Par le traité des Pyrénées, l'Espagne cède à la France le Roussillon et l'Artois. Fin de la domination espagnole sur l'Europe.

1668 > Indépendance du Portugal.

1701-1714 > Guerre de Succession entre les Bourbons et les Habsbourg. La paix d'Utrecht de 1713 reconnaît Philippe V, un Bourbon, comme roi d'Espagne mais le force à céder la Flandre et ses possessions italiennes.

1704 > Les Anglais s'emparent de Gibraltar.

1793-1795 > Charles IV, roi d'Espagne et cousin de Louis XVI, déclare la guerre à la Convention, par crainte de la propagation des idées révolutionnaires.

1808 > Napoléon prétexte de vouloir faire passer par l'Espagne les troupes qui doivent combattre le Portugal, allié des Anglais. En fait, il occupe l'Espagne et force Charles IV à abdiquer. Napoléon donne la couronne à son frère, Joseph Bonaparte. Débute alors la guerre d'Indépendance.

1812 > Les Cortes (Parlement) se réunissent régulièrement à Cadiz et en 1812 adoptent un projet de Constitution qui prévoit l'abolition de l'Inquisition, de la censure et du servage et surtout que le roi devra se soumettre à l'autorité du Parlement.

1813 > Wellington, général anglais, écrase les troupes françaises à Vitoria : fin de la guerre d'Indépendance.

1814 > Rejet de la Constitution par Ferdinand VII.

1820> Une insurrection obtient le rétablissement de la Constitution de 1812.

1826 > Insurrection dans les grandes colonies d'Amérique.

1833 > Mort de Ferdinand VII : l'Espagne est déchirée par une guerre civile entre partisans de Charles, frère de Ferdinand et ceux d'Isabelle II, sa fille.

1854 > Début du règne d'Isabelle II, après la seconde abdication de sa mère, la régente Marie-Christine.

1868 > Isabelle II est déchue de son trône et contrainte à l'exil.

1873 > La Première République est proclamée, mais en l'absence d'un gouvernement stable, un pronunciamiento restaure la famille de la reine Isabelle.

1879 > Fondation du Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE).

1898 > Guerre contre les Etats-Unis : perte des Philippines, de Guam, de Porto Rico et de Cuba.

1899 > L'Espagne vend à l'Allemagne ses dernières possessions dans le Pacifique.

1902-1931 > Règne d'Alphonse XIII, après la régence de sa mère.

1909> Semaine tragique de juillet. Mort de plusieurs ouvriers à Barcelone, après une grève (le gouvernement voulait faire appel aux réservistes catalans pour se battre au Maroc).

1910> José Canalejas, libéral, est nommé président du Conseil. L'exécution sommaire d'un anarchiste catalan, accusé à tort d'avoir fomenté la grève de juillet 1909, a conduit au renversement du gouvernement conservateur.

1912> Assassinat de José Canalejas par un anarchiste.

1923 > Le général Primo de Rivera établit, avec l'approbation du roi, une dictature militaire.

1929> A la demande d'Alphonse XIII, Primo de Rivera se retire.

1931 > Les partis républicains triomphent aux élections municipales dans les grandes villes. Le roi quitte le pays. La Seconde république est proclamée.

1936 > Le bloc des gauches ou front populaire (Frente Popular) sort vainqueur des élections législatives.

1936-1939> Guerre civile, qui oppose les partisans de la République espagnole et les rebelles nacionales.

Avril 1937 > Bombardement de la population civile de Guernica par l'aviation allemande.

1939 > Victoire de Franco, chef du mouvement national. Début de la dictature.

1953 > L'Espagne signe avec les Etats-Unis un traité d'assistance économique et militaire.

1955> L'Espagne devient membre de l'ONU.

1975 > Mort de Franco. Conformément à une décision prise dès 1969, le pouvoir est confié au prince Juan Carlos de Bourbon, petit-fils d'Alphonse XIII, qui prend le titre de roi et engage presque aussitôt l'Espagne dans la voie de la démocratisation.

1977> Premières élections législatives depuis la mort de Franco. Victoire de l'Union du centre démocrate d'Adolfo Suárez.

1978 > Adoption par référendum d'une nouvelle Constitution.

1979> Elections législatives anticipées, remportées par l'Union du centre démocratique (UCD), et son leader, Adolfo Suárez.

23 février 1981> Tentative de coup d'Etat : 300 membres de la Guardía Civil font irruption dans le Parlement ; un général déclare l'état d'urgence à Valence et des chars d'assaut quadrillent les rues. L'intervention du roi Juan Carlos fait échouer le coup d'Etat.

1982 > Le Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE), conduit par Felipe González, remporte la majorité absolue aux élections législatives anticipées.

1986> L'Espagne intègre la Communauté économique européenne (CEE).

1996 > Coalition gouvernementale du Partido Popular (PP) menée par José María Aznar.

2000 > Aznar est réélu à la majorité absolue. Il axe sa politique sur les problèmes d'immigration au détroit de Gibraltar et sur le conflit basque. José María Aznar devient le seul leader conservateur en pleine ascension, alors que la plupart des gouvernements membres de l'UE sont de tendance sociale-démocrate.

2002 > L'Espagne préside l'Union européenne pendant les six premiers mois de l'année, à l'heure où est mise en place la circulation de l'euro.

19 novembre 2002 > Le naufrage du pétrolier Prestige à quelque 270 mètres au large des côtes de Galice entraîne une catastrophe écologique majeure, avec le déversement dans l'océan Atlantique de milliers de tonnes de pétrole. C'est la quatrième marée noire en Galice depuis 1976.

2003 > Elections municipales et régionales, dernière occasion pour José María Aznar de se mesurer à l'opposition avant la fin de son mandat. Victoire du Parti Populaire malgré la position pro-américaine du chef du gouvernement.

11 mars 2004 > Trois trains explosent à Madrid et dans sa banlieue. Bilan : 191 morts, un attentat d'Al-Quaida

14 mars 2004> Zapatero, leader du parti socialiste remporte les élections législatives. Il rentre en fonction le 7 avril. C'est la victoire du PSOE, après deux mandats de la droite.

Février 2005 > L'Espagne est le premier état membre à voter la ratification de la Constitution par référendum : les Espagnols votent " oui " à 76 %. En juin, après la décision de retarder la ratification lors du conseil européen de Bruxelles, l'Espagne (mais aussi la Grande-Bretagne, les Pays-Bas, la Finlande et la Suède) rejette le budget de l'UE entre 2007 et 2013.

Juin 2005> Légalisation du mariage homosexuel.

Mars 2006 > L'ETA annonce une " trêve permanente ".

31 décembre 2006 > Rupture de la trêve : un attentat à la bombe de l'ETA fait deux morts dans le parking du terminal 4 de l'aéroport de Madrid-Barajas.

Mai 2007> Alberto Ruíz Gallardón est élu maire de Madrid pour un second mandat.

Octobre 2007> Approbation de la loi obligeant toutes les villes d'Espagne à retirer les symboles franquistes des lieux publics.

Mars 2008> Zapatero, leader du parti socialiste remporte les élections législatives pour la deuxième fois consécutive.

Eté 2009> L'Espagne enregistre un taux de chômage record de 17,9 %. Le pays est touché de plein fouet par la crise financière mondiale.

Août 2009> La police française découvre de nombreuses caches d'armes que l'ETA avait disséminées sur le territoire français.

1er janvier 2010> L'Espagne succède à la Suède à la présidence de l'UE.

11 juillet 2010 > L'Espagne gagne le titre de Championne du Monde de Football pour la première fois.

Décembre 2010> Grève générale des aiguilleurs du ciel espagnols.

1er Janvier 2011> Interdiction de fumer dans tous les espaces publics.

Mai 2011> Mouvements des Indignados ou du 15M à Madrid et dans les principales villes espagnoles. Des dizaines de manifestations sont organisées pour la réforme du système gouvernemental espagnol et contre la domination des banques.

21 juillet 2011> L'âge de la retraite est prolongé à 67 ans.

Octobre 2011 > l'ETA annonce la fin de la lutte armée (mais pas politique)

20 novembre 2011> Elections présidentielles anticipées qui voient la victoire du PP avec Mariano Rajoy.

Juin 2012> L'Espagne accepte de demander de l'aide à l'Union européenne pour mettre en place un plan de sauvetage économique des banques espagnoles.

1er Juillet 2012> L'Espagne conserve son titre lors de l'Euro de football disputé en Pologne et en Ukraine en atomisant l'Italie (4-0).

9 Juillet 2012> Les ministres des finances de la zone euro entérinent un plan de recapitalisation des banques espagnoles.

11 juillet 2012> Un troisième plan d'austérité, destiné à économiser 65 milliards d'euros sur deux ans et demi, est annoncé.

31 janvier 2013> Le quotidien El País publie une soi-disant comptabilité occulte du Parti populaire, dans laquelle figure le nom de Mariano Rajoy. Malgré son démenti, de nombreuses personnes réclament sans succès sa démission.

2 juin 2014 > Le roi Juan Carlos Ier annonce qu'il abdique en faveur de son fils Felipe.

18 juin 2014 > La loi pour permettre la transmission de la couronne est signée. Felipe devient alors roi le 19 juin à minuit et prête serment. Il devient alors le roi Felipe VI.

24 mai 2015> Manuela Carmena succède à Ana Botella à la mairie de Madrid, sous l'étiquette de gauche Ahora Madrid, qui a reçu le soutien de Podemos.

20 décembre 2015 > Elections générales en Espagne. Avec 123 députés, le PP remporte les élections mais est loin de posséder une majorité absolue (176 députés). Elles marquent aussi l'entrée en force de deux nouveaux partis : Podemos (69) et Ciudadanos (40) et une grande période d'instabilité politique puisque aucune coalition ne semble accéder à cette majorité. Mariano Rajoy entreprend toutefois de former un gouvernement " stable ".

29 octobre 2016> Investiture de Mariano Rajoy, PP, élu président du gouvernement par le congrès des députés, lors du deuxième tour de scrutin, qui ne requiert qu'une majorité relative : 170 pour, 110 contre et 68 abstentions (PSOE). Une investiture qui met fin à une crise de 315 jours.

28 octobre 2017 > Vote de la Déclaration Unilatérale d'Indépendance (DIU) par le Parlement de Catalogne. Suivi de l'approbation par le Sénat de la mise en oeuvre de l'article 155 de la Constitution espagnole, qui suspend notamment la DIU et annonce des élections en Catalogne le 21 décembre 2017.

21 décembre 2017> Elections en Catalogne qui donnent la majorité absolue (70 députés pour 68 nécessaires) aux listes indépendantistes.

25 mars 2018> Arrestation de Carles Puigdemont par la police allemande, en vertu d'un mandat d'arrêt international émis par l'Espagne, après son départ le 29 octobre 2017.

Avril 2018> Démission de la présidente de la Communauté de Madrid Cristina Cifuentes après la révélation d'irrégularités dans l'obtention de son master de droit public et la révélation d'une vidéo d'un supposé vol. Ángel Garrido est choisi par Mariano Rajoy pour la dernière année de mandat avant les prochaines élections de mai 2019.

31 mai et 1er juin 2018> Vote de la motion de censure contre le gouvernement Rajoy présenté par le PSOE et appuyée par Podemos, et divers partis régionalistes : ERC et Pdcat pour les Catalans ; PNV et EH Bildu, pour les Basques ; Compromis, pour les Valenciens et Nueva Canaria pour les Canariens. Pedro Sanchez devient le septième président du gouvernement espagnol.

Juillet 2018> Election de Pablo Casado à la tête du PP, lors du second tour des premières primaires menées par le PP en Espagne, en remplacement de Mariano Rajoy.

Vive le roi !

Felipe est devenu officiellement le roi Felipe VI le 19 juin 2014. Roi d'Espagne ? Certes, mais pas que ! Voilà le titre complet du nouveau souverain espagnol :

" Sa Majesté catholique Felipe (ou Philippe), roi d'Espagne, de Castille, de León, d'Aragon, des Deux-Siciles, de Jérusalem, de Navarre, de Grenade, de Tolède, de Valence, de Galice, de Majorque, de Minorque, de Séville, de Sardaigne, de Cordoue, de Corse, de Murcie, de Jaén, des Algarves, d'Algésiras, de Gibraltar, des îles Canaries, des Indes orientales et occidentales, de l'Inde et du continent océanien, de la terre ferme et des îles des mers océanes ; archiduc d'Autriche, duc de Bourgogne, de Brabant, du Milan, d'Athènes et de Néopatras ; comte de Habsbourg, des Flandres, du Tyrol, du Roussillon et de Barcelone ; seigneur de Biscaye et de Molina ; marquis d'Oristan et de Gozianos, etc ; capitaine-général et chef suprême des Forces armées royales ; souverain grand-maître de l'ordre de la Toison d'or et des ordres dépendants de l'Etat espagnol. " Ouf !

La péninsule ibérique : origines du pays

Les Ibères ont donné leur nom à la Péninsule. A l'origine, le mot " ibère " désigne un peuple du Caucase qui habite au sud de la Gaule et au nord de l'Espagne au Ve siècle av. J.-C., le plus ancien groupe ethnique dont l'histoire fait mention en Espagne. Du XVe au Ve siècle av. J.-C., le commerce méditerranéen se développe. Sur les côtes d'Ibérie, des Phéniciens et des Grecs fondent des comptoirs. Au IXe siècle av. J.-C., les Celtes franchissent les Pyrénées et se mêlent aux Ibères, formant ainsi les Celtibères. Ils s'établissent à l'ouest et au centre de la péninsule.

Au Ve siècle av. J.-C., les Carthaginois s'installent dans la péninsule. Mais, Rome, la grande rivale de Carthage se trouve en pleine expansion et veut également s'emparer de ce territoire. La première des guerres puniques opposant Rome à Carthage donne l'avantage aux Romains, la seconde leur apporte la victoire (220-202 av. J.-C.). Les Romains entament alors la conquête de la péninsule. Malgré la résistance des autochtones, leur avancée ne faiblit pas. A la fin du Ier siècle av. J.-C., ils soumettent les deux dernières provinces : la Cantabrie et les Asturies. Les Romains, devenus maîtres de ces territoires, les nomment Iberia et Hispania. Dès le premier siècle, le christianisme pénètre dans la péninsule. Au début du Ve siècle, l'affaiblissement de l'empire romain laisse place aux multiples invasions barbares en provenance de l'Europe du Nord. Les Vandales traversent la Gaule et l'Ibérie pour s'installer au nord de l'Afrique ; ils seraient les ascendants des actuels Berbères.

Les Suèves s'implantent dans le centre tandis que les Wisigoths s'emparent du nord de la péninsule. En 584, sous l'impulsion du puissant roi wisigoth Récarède, l'Espagne est unifiée. La capitale est alors Tolède. Presque aussitôt, en 587, le catholicisme devient religion d'Etat après la conversion du roi qui était jusqu'alors d'obédience arienne.

La grande empreinte laissée par les Arabes

En 642, en Arabie, l'islam naît. Les Arabes, déjà les maîtres de l'Afrique du Nord, débarquent en Espagne en 711 et anéantissent le royaume wisigoth. En quelques années, ils occupent la quasi-totalité de la péninsule. Seules les Asturies et quelques vallées pyrénéennes leur échappent. Cette avancée éclair ne sera arrêtée qu'en 732, à Poitiers, par Charles Martel. Pour éviter la domination musulmane, les habitants de la future Catalogne et Navarre se livrent à Charlemagne. L'empereur franc prend donc le contrôle de Barcelone en 801. Ce territoire prendra le nom de Marche hispanique.

Dès la fin du VIIIe siècle, l'Espagne est divisée en deux : au sud, le royaume arabo-musulman ; à l'extrême nord, une zone chrétienne d'où partira la Reconquista. La lutte qui opposera durant huit siècles les chrétiens aux musulmans vient de commencer. La frontière entre ces deux pôles ne cessera de fluctuer, donnant alternativement l'avantage aux uns et aux autres, pour aboutir à la prise de Grenade en 1492, qui parachèvera la victoire chrétienne.

L'idée de la Reconquista, née dès la fin du VIIIe siècle, dépasse très vite le cadre purement territorial pour revêtir une dimension religieuse. La ferveur chrétienne s'empare du combat. Tandis que s'engage la lutte contre " l'infidèle " musulman, les croisades commencent, par ailleurs. L'esprit religieux qui sous-tend ces guerres saintes aboutit en dernier lieu à l'Inquisition mise en place par la papauté en 1230. L'Inquisition espagnole ne fut pas très sévère à cette époque par comparaison avec ce qui se faisait dans les pays voisins. Les siècles de domination arabe et de cohabitation entre les chrétiens et les musulmans ont durablement marqué toute la péninsule ibérique.

Aujourd'hui encore l'Espagne garde des traces de cette période. En témoignent ces monuments qui parsèment l'Espagne ou certaines expressions de la langue espagnole. La plupart des mots commençant par " al " sont directement liés à la langue arabe, c'est le cas d'albaricoque (" abricot "), almohadon (" oreiller "), alcalde (" maire "), albornoz (" peignoir "), alambre (" fil de fer "), albañil (" maçon "), alba (" aube "), alabar (" louer, faire l'éloge "). Mais cela concerne aussi des noms de fleuves comme le Guadalquivir et le Guadiana, des noms de région comme l'Andalousie, des noms de ville comme Valladolid et Madrid. Par ailleurs, au cours de ces siècles, l'apport des Arabes en matière de savoir fut crucial tant dans le domaine de la philosophie (traduction des écrits grecs, notamment) que dans celui des sciences (médecine, astronomie, et chimie en particulier). Ces nouvelles connaissances influenceront l'Europe de la Renaissance.

La découverte du Nouveau Monde

La Reconquista est l'oeuvre de deux royaumes chrétiens : celui de Castille et celui d'Aragon. Souvent rivaux, ces deux royaumes finissent par s'unir au XVe siècle, en 1469 précisément, grâce au mariage d'Isabelle de Castille et de Ferdinand d'Aragon, que l'on surnomme les Rois Catholiques.

En 1492, les troupes espagnoles achèvent la Reconquista. Mais cette victoire est aussi celle d'un certain fanatisme religieux : proscription, persécution et finalement expulsion des Arabes et des juifs. En 1478 déjà, les Rois Catholiques avaient obtenu de Rome l'autorisation de gérer l'Inquisition sur le territoire de la péninsule Ibérique. Cette nouvelle configuration administrative donne naissance à une juridiction ecclésiastique beaucoup plus virulente et sévère qu'elle ne l'était auparavant. Tolède sera la capitale du Saint-Office espagnol. Il est à noter que des exécutions publiques ont eu lieu sur la plaza Mayor à Madrid.

Quelques mois après la prise de Grenade, les Rois Catholiques appuient l'entreprise maritime de Christophe Colomb. Ce faisant, ils participent indirectement à la découverte du Nouveau Monde. Cette découverte n'est pas seulement importante pour l'Espagne mais également pour le monde entier qui s'agrandit brusquement.

Forte de ses nouvelles possessions américaines, l'Espagne devient une grande puissance européenne. Le mariage de Jeanne la Folle, la fille des rois catholiques, et de Philippe le Beau, l'héritier des Habsbourg, empereur du Saint Empire romain germanique, ne fait que renforcer cette suprématie : Jeanne est reine d'Espagne, de Naples, de la Sicile, de la Sardaigne et d'un immense empire colonial ; l'empereur germanique possède, quant à lui, l'Allemagne, les Pays-Bas et l'Autriche. Leur fils Charles hérite de l'ensemble de ces domaines sous le nom de Charles Ier en Espagne, de Charles IV en Sicile, à Naples et en Sardaigne, de Charles Quint en Allemagne, aux Pays-Bas et en Autriche. Il est le plus puissant souverain d'Europe.

La dominance des Habsbourg sur le Royaume

En Espagne, Charles Ier affermit l'autorité royale contre les prétentions de la noblesse. En Allemagne, il tente d'écraser la Réforme, initiée par Martin Luther et poursuivie par Calvin en France et l'Eglise anglicane en Angleterre. L'Espagne catholique sera le noyau de la Contre-Réforme. En 1555, Charles Quint est amené à reconnaître la liberté de culte pour les luthériens d'Allemagne. Las du pouvoir, il abdique en 1556, et se retire dans le monastère de Yuste, en Estrémadure. Son fils Philippe II reçoit l'héritage espagnol et bourguignon, les colonies sud-américaines et les Pays-Bas, tandis que la couronne impériale et l'ensemble danubien (Autriche, Bohême, Hongrie) reviennent à son frère Ferdinand Ier. En 1580, Philippe II s'empare du Portugal, réaffirmant ainsi sa volonté impériale.

Victorieux contre les Turcs lors de bataille navale de Lepante en 1571, Philippe II est vaincu 17 ans plus tard par les Anglais.

La découverte de l'Amérique ouvre des perspectives illimitées pour le commerce. Le mercantilisme se développe tout au long de ce siècle. Dans ce système économique, la richesse de chaque pays se mesure par ses réserves d'or. Aussi, Philippe II exploite largement ses colonies outre-Atlantique, ramenant or, métaux précieux et autres produits. Malgré l'importance des revenus coloniaux, ses dépenses militaires sont particulièrement importantes et non productives. L'affaiblissement économique de l'Empire s'amorce sous son règne. Cependant, ce siècle est aussi celui que l'on nomme le Siècle d'or espagnol, celui de l'épanouissement des arts, notamment de la peinture et de la littérature : El Greco (1541-1614), Cervantès (1547-1616), Lope de Vega (1562-1635), Quevedo (1580-1645), Tirso de Molina (1583-1648), Velázquez (1599-1660), Calderón de la Barca (1600-1681), Murillo (1618-1682) ont illustré cette époque.

La fin du siècle d’or : vers la décadence de l’Espagne

La décadence espagnole entamée avec les derniers héritiers des Habsbourg, s'accentue avec les Bourbons : Philipe III et Philippe IV. En 1640, le Portugal se soulève. En 1648, l'Espagne doit reconnaître l'indépendance des Pays-Bas ; par le traité des Pyrénées en 1659, elle cède le Roussillon et l'Artois à la France ; en 1668, elle accepte l'indépendance du Portugal ; sans compter les guerres contre Louis XIV qui augmentent le nombre des pertes (une partie de la Flandres et la Franche-Comté). Parallèlement, Anglais et Hollandais concurrencent avec succès le commerce espagnol.

Le XVIIIe siècle s'amorce par un changement de dynastie royale. Charles II, fils de Philippe IV, meurt sans descendance et lègue, par testament, la couronne au Bourbon Philippe V. Cette décision provoque une guerre entre Habsbourg et Bourbons, de 1701 à 1714, dite guerre de succession, qui ébranle un peu plus la puissance espagnole.

A l'issue de la guerre de succession, Philippe V conserve la couronne d'Espagne, mais il perd toutes ses possessions européennes. Il garde cependant les territoires d'outre-mer. Le déclin se poursuit tout au long du XVIIIe siècle.

Les années noires et le déchirement du pays

Le XIXe siècle est particulièrement mouvementé. La Révolution française de 1789 a de fortes répercussions en Espagne. Les révoltes contre la monarchie se multiplient, notamment à Madrid. En 1808, Napoléon envahit la péninsule et fait nommer son frère Joseph Bonaparte roi d'Espagne à la place de Ferdinand VII, fils de Charles III. Le peuple espagnol se soulève : c'est la guerre d'Indépendance. Napoléon, entré dans la capitale, est repoussé dans la nuit du 2 au 3 mai 1813. La scène est immortalisée par Goya dans son tableau, El Tres de mayo de 1808 en Madrid, actuellement exposé au musée du Prado. Immédiatement après, Ferdinand VII remonte sur le trône, rétablissant ainsi son pouvoir. La dynastie des Bourbons est restaurée, mais l'opposition au régime monarchique s'intensifie. De 1814 à 1833, l'Argentine, la Bolivie, le Chili, la Colombie, l'Equateur, le Mexique, le Pérou et le Venezuela gagnent leur indépendance.

A la mort de Ferdinand VII, en 1833, l'Espagne est en proie à des luttes de pouvoir. Deux branches d'une même famille se déchirent l'accès au trône : don Carlos, frère de Ferdinand VII, dispute la couronne à sa nièce, la jeune Isabelle II. Soutenu par ses partisans carlistes, il tient tête pendant six ans (1833-1839) à Isabelle et à sa mère, la reine régente Marie-Christine, qui finiront par être portées au pouvoir en 1840. Cependant la guerre entre les carlistes et les partisans d'Isabelle II se poursuit de 1847 à 1849. En 1868, Isabelle est destituée et contrainte à l'exil par la révolution. Le général Serrano est nommé régent. En 1870, Amédée de Savoie est nommé roi, mais, privé d'appui, il abdique en 1873. La première République espagnole est alors proclamée, cependant en l'absence d'un gouvernement stable, elle ne dure pas. La famille de la reine Isabelle est restaurée en la personne de son fils Alphonse XII (1874-1885). S'ensuit un nouvel affrontement avec les partisans carlistes qui prend fin en 1876. En 1885, Alphonse XII meurt. Alphonse XIII lui succède en 1886.

En cette fin de siècle, la guerre de 1898 contre les Etats-Unis fait perdre à l'Espagne les Philippines, Porto Rico et Cuba. En 1899, elle vend à l'Allemagne ses dernières possessions dans le Pacifique. L'empire espagnol colonial n'existe plus. Les mouvements anarchistes et nationalistes, notamment basques et catalans, naissent et se développent au même moment. Politiquement instable, socialement et économiquement affaiblie, l'Espagne, déchirée par des conflits intérieurs, ne joue qu'un rôle mineur dans la politique internationale de cette époque. Elle reste neutre pendant la Première Guerre mondiale.

Sous le règne d'Alphonse XIII (1986-1931), l'accroissement des difficultés économiques et l'instabilité gouvernementale aggravent les tensions politiques et sociales. En 1923, le général Primo de Rivera, soutenu par le roi, prend le pouvoir et établit une dictature militaire. Il reste au pouvoir jusqu'en 1930, équilibre les finances, crée une grande industrie, améliore les communications. Mais les revendications régionales grandissent.

Devant une opposition populaire croissante, Alphonse XIII demande à Primo de Rivera de se retirer. Un an plus tard, en 1931, les partis républicains triomphent aux élections municipales. La Seconde République est proclamée cette même année tandis que le roi s'exile.

Une lutte pour le pouvoir et la décadence de l’Espagne

La constitution de la seconde République de 1931 est un texte profondément novateur. Il reconnaît les faits différentiels basques et catalans et leur accorde le statut d'autonomie, ce qui est loin de faire l'unanimité parmi les forces conservatrices. En 1933, les nouvelles élections nationales donnent la victoire à une coalition de centre droit, qui entreprend d'anéantir les réformes initiées par le précédent gouvernement. Il suspend notamment les régimes autonomes basque et catalan. En 1934, la Catalogne se révolte et demande l'indépendance.

Aux élections de février 1936 les forces de gauche, réunies sous le nom Front Populaire, gagnent le suffrage, mais leur majorité est faible. Le nouveau gouvernement restitue le statut d'autonomie à la Catalogne et au Pays basque. L'opposition, particulièrement la droite conservatrice et l'armée, n'accepte pas l'état de fait et se rebelle. Le 17 juillet 1936 à Melilla (au Maroc), la première garnison militaire se soulève, préparant l'offensive du mouvement national. La guerre civile commence.

De la guerre civile à la dictature de Franco

La guerre civile entre les républicains et les nationalistes dure trois ans, jusqu'en 1939, date à laquelle le général Franco, vainqueur, confisque définitivement le pouvoir jusqu'à sa mort en 1975. Pendant l'hiver de la même année, une nouvelle offensive nationaliste se prépare contre Madrid, mais elle échoue ; la guerre se prolonge, tandis que les forces internationales se mobilisent. Des volontaires venus de plusieurs pays combattent aux côtés des forces républicaines : ce sont les Brigades Internationales, dont les effectifs atteindront 40 000 hommes. Une Commission internationale de non-intervention est créée sur proposition de la France et de la Grande-Bretagne afin d'empêcher toute ingérence étrangère, mais son rôle est quasiment nul.

Après la prise de Madrid puis de Barcelone par les nationalistes, la guerre prend fin. La victoire de sympathisants de Franco, chef du mouvement, est suivie de sanglantes répressions. Soutenu par la Phalange, organisation d'idéologie fasciste, Franco devient Caudillo (chef de l'Etat) et établit une dictature s'inspirant au départ du modèle mussolinien. En 1940, il fait proclamer un état de non-belligérance favorable aux puissances de l'Axe.

Plus d'un million et demi d'Espagnols fuient le pays. A peine sortis d'une guerre civile, les exilés politiques espagnols sont confrontés à la Seconde Guerre mondiale. Dès lors, l'espoir de restaurer une démocratie en Espagne s'amenuise. Il faudra attendre 1945 pour que le gouvernement républicain espagnol en exil se réorganise, et trouve un pays d'accueil : le Mexique.

Malgré la condamnation du franquisme par l'ONU, dès le début des années 1950, le gouvernement de Franco est reconnu par la communauté internationale. Les successifs présidents du gouvernement républicain en exil plaident la cause républicaine et démocratique espagnole devant l'ONU, mais sans succès.

Pendant ce temps, le gouvernement franquiste évolue : il mène une politique extérieure d'intégration aux institutions internationales. En 1953, l'Espagne signe avec les Etats-Unis un traité d'assistance économique et militaire ; en 1955, elle devient membre de l'ONU et, en 1959, membre de l'OECE (l'actuelle OCDE).

La restitution de la liberté et le retour du roi

En 1969, Franco désigne son successeur, Juan Carlos de Bourbon, petit-fils d'Alphonse XIII. Le 20 novembre 1975, Franco meurt. Juan Carlos est couronné roi d'Espagne. La Phalange demeure le seul parti officiel. Dès le début 1976, les forces démocratiques démarrent une série de manifestations pour réclamer la liberté et l'amnistie pour les détenus politiques. Face à cette tension populaire, Juan Carlos Ier reconnaît légalement tous les partis politiques, notamment le Parti Communiste Espagnol, et les syndicats ; il fait voter un référendum du 15 décembre 1976 réorganisant les Cortes (Parlement). Le pays s'achemine rapidement vers un régime démocratique. Les élections ont lieu le 15 juin 1977. Ces élections portent au pouvoir l'Union du Centre Démocratique (UCD) et son leader, Adolfo Suárez.

A cette même époque, la situation économique est explosive. L'inflation atteint 44 % en 1977 tandis que le chômage ne cesse d'augmenter. Les meetings, rassemblements, manifestations se multiplient. Face à cette situation, le gouvernement veut unir toutes les forces politiques représentées au Parlement autour du plan d'action à suivre. L'accord qui en résultera est nommé " le Pacte de Moncloa ". En 1978, la population espagnole approuve par référendum la nouvelle Constitution Espagnole.

En 1981, Juan Carlos intervient aux Cortes et déjoue une tentative de putsch militaire survenue lors de l'investiture de Leopoldo Calvo Sotelo, successeur de A. Suárez, démissionnaire. Il gagne dès lors sa légitimité auprès de tous les Espagnols. Le PSOE conduit par Felipe González, remporte la majorité absolue aux élections législatives anticipées d'octobre 1982.

En cinq ans, la démocratie est consolidée et un système de tendance fédérale, le système des communautés autonomes est né. Par ailleurs, l'Espagne adhère à l'OTAN en 1982 et obtient, en mars 1985, son admission dans la communauté économique européenne, effective à partir du 1er janvier 1986.

Années 1990 : l’Espagne s’ouvre au monde

Le gouvernement de F. González, pourtant socialiste, mène une politique économique de plus en plus libérale. Le contrôle de l'inflation est devenu prioritaire par rapport à la baisse du chômage. Certaines industries nationales sont privatisées et procèdent à de nombreux licenciements. La population est mécontente.

Après des années de division, la droite espagnole a retrouvé son unité. A la fin des années 1980, l'Union du Centre démocratique (UCD) et l'Alianza Popular s'allient pour former le nouveau parti de droite : le Partido Popular (PP). Ce parti obtient une très honorable deuxième place lors des élections de 1989, talonnée par une nouvelle coalition d'extrême gauche, l'Izquierda Unida (Gauche unie).

Les nationalistes catalans sont également représentés aux Cortes. Face au gouvernement de F. González, Aznar, président du PP, multiplie les critiques. Ses discours ont un écho de plus en plus grand au sein de la population. C'est dans ce climat que se préparent les élections de 1992. Grâce à une campagne très active et à une alliance avec les nationalistes catalans, le PSOE gagne cependant les élections. Toutefois ce nouveau mandat s'annonce, dès le début, périlleux. La révélation du financement occulte du PSOE discrédite tant le parti que le chef du gouvernement, Felipe F. González. Le directeur de la Guardia Civil est accusé de détournement de fonds publics à des fins personnelles et il quitte illégalement le pays ; le gouverneur de la banque d'Espagne est, quant à lui, mis en examen également pour détournement de fonds publics à des fins personnelles.

Les élections de 1996 donnent la victoire à José María Aznar. Mais sa majorité est faible et il doit composer avec les partis nationalistes, qu'il avait largement critiqués pendant la campagne, afin de maintenir une certaine stabilité. Au soir des élections, le PSOE, loin des prévisions catastrophiques que les médias lui imputaient, obtient 141 sièges aux Cortes. En mars 2000, Aznar remporte pour la seconde fois les élections nationales, obtenant une majorité absolue. Ces résultats sont les meilleurs enregistrés par la formation de centre droite depuis le rétablissement de la démocratie.

Depuis le début des années 1990, les gouvernements espagnols successifs ont misé sur les efforts budgétaires et monétaires pour satisfaire les critères de Maastricht. L'Espagne a pu ainsi adhérer à la zone euro dès son lancement en janvier 2002.

Depuis 1978, année où est restaurée la démocratie, en passant par 1986, date à laquelle le pays intègre l'Union européenne, l'Espagne n'a cessé de se développer et d'accroître son importance sur la scène internationale. L'Espagne est membre de l'Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe (OSCE) et, de l'Organisation du Traité de l'Atlantique Nord (OTAN), depuis 1982, bien qu'elle n'ait accédé à son commandement militaire qu'en 1997.

De nos jours

Le jeudi 11 mars 2004 au matin, Madrid est frappée par la vague d'attentats la plus meurtrière de son histoire. Dix bombes explosent dans quatre trains de banlieue, en pleine heure d'affluence, causant la mort de 191 personnes, bilan alourdi par 1 482 blessés.

A trois jours seulement des élections législatives, le gouvernement de José María Aznar dont le ministre de l'Intérieur, Angel Acebes, se fait le porte-parole, pointe du doigt l'organisation terroriste basque ETA. Or, le vendredi, l'organisation séparatiste, par voie de presse, nie toute responsabilité dans les attentats. Le jour même des élections, le dimanche 14 mars, la piste indépendantiste est exclue, le groupe terroriste de Oussama Ben Laden s'est réclamé par deux fois de ces attentats.

L'engagement de l'Espagne dans le conflit armé contre l'Irak aurait motivé ces actes de barbarie. Le cafouillage politique et médiatique qui a suivi les violences terroristes de Madrid a précipité la perte du PP, le parti de José María Aznar. Les socialistes du PSOE reviennent au pouvoir, après huit ans d'absence, avec 43 % des votes et 164 sièges au Parlement. Le nouvel homme fort de l'Espagne est désormais José Luis Rodríguez Zapatero, un avocat de 43 ans qui fait de la lutte contre le terrorisme la priorité de son mandat. Son arrivée au pouvoir marque le retrait des troupes espagnoles d'Irak.

Depuis son élection, Zapatero incarne le changement politique attendu après des années de politique du Parti Populaire d'Aznar.

Cap sur l'Europe (même si depuis son entrée dans l'UE, en 1986, le pays, qui a le plus bénéficié des aides communautaires, doit se passer d'une partie de cette manne désormais redistribuée aux pays nouvellement entrés dans l'Union européenne), rapprochement diplomatique serein avec le Maroc (mais aussi l'Algérie et les pays d'Amérique latine) : volonté de régulariser tous les travailleurs immigrés clandestins (à condition qu'ils détiennent un contrat de travail !) et éradication de la violence conjugale (en 2003, au moins 65 femmes ont été tuées par leur conjoint en Espagne), notamment en modernisant la loi sur le divorce. Avec son style innovant, le Premier ministre socialiste s'est révélé plus costaud que prévu. Zapatero agace l'opposition conservatrice. Il lance un projet laïc avec comme point d'orgue la fin des cours (obligatoires) de religion, en 2004, dans les écoles espagnoles. Ceux-ci sont désormais remplacés par des cours d'éducation civique (Education para la ciudadania), une " attaque contre la morale chrétienne " pour les conservateurs du PP. Deuxième pied de nez au catholicisme, la légalisation du mariage homosexuel en juin 2005 avec, dans la foulée, la capacité d'adopter pour les couples de même sexe.

En mars 2006, le gouvernement et l'ETA s'engagent dans un processus de paix qui ne sera que de courte durée puisque le 30 décembre 2006, le groupe armé basque revendique un attentat à Madrid qui a causé la mort de 2 personnes et fait 19 blessés. La réaction du gouvernement ne se fait pas attendre : le ministre de l'Intérieur déclare " rompu, liquidé, terminé " le processus de paix, alors que Zapatero annonce que l'acte de l'ETA met un " point final " à toute négociation. De son côté, le groupe indépendantiste attendra le 5 juin 2007 avant de, lui aussi, annoncer officiellement la rupture du cessez-le-feu. La reprise des hostilités sera suivie par un attentat à la voiture piégée devant la caserne d'une garde civile à Durango quelques jours plus tard.

Concernant le nationalisme catalan, le dialogue est bien mieux engagé puisqu'un nouveau statut d'autonomie a été validé en avril-mai 2006 par les deux chambres espagnoles et par référendum en Catalogne le mois suivant (sur 50 % de votants, 71 % de oui). Enfin il ne faut pas oublier que le gouvernement socialiste s'est attaqué à la question de la " mémoire historique " en créant une commission interministérielle chargée d'élaborer un projet de loi rendant justice aux victimes du franquisme. Ce volet était une des priorités de Zapatero, petit fils d'un capitaine de l'armée républicaine exécuté durant la guerre civile.

Alors que l'économie se porte bien, que la croissance est bonne et que le chômage baisse, l'Espagne grâce à son dynamisme devance peu à peu dans quasiment tous les secteurs un pays cousin comme l'Italie. Mais cette bonne santé semble s'être grippée en l'espace de quelques mois seulement. En mars 2008, les Espagnols réélisent José Luis Rodríguez Zapatero. Ce dernier entame donc un second mandat où il doit faire face à des questions telles que la baisse de la croissance économique ou le statut de l'ETA. Sur le premier point l'Espagne, touchée de plein fouet par la crise financière de la fin de l'année 2008, voit le prix de l'immobilier fortement chuter, tandis que celui du chômage lui, ne cesse d'augmenter, atteignant des chiffres records. S'il est d'environ 12 % fin 2008, il a atteint le pic de 17,36 % début 2009 avant de stagner à 14 % en moyenne. Sur le second point, le principal fait marquant est l'arrestation le 17 novembre 2008, de celui que l'on considère comme le leader de l'ETA, Miguel de Garikoitz Aspiazu Rubina, dans les Pyrénées françaises. Son successeur présumé, Aitziol Iriondo, dit Gurbitz ou Balak, est arrêté trois semaines plus tard, dans les Pyrénées françaises également. Durant l'année 2009, la bonne coordination entre services de police français et espagnols permet l'arrestation d'autres membres éminents de l'ETA et la découverte de nombreuses caches d'armes.

Fin juillet 2011, Zapatero annonce sa démission précoce et entame la convocation aux élections le 20 novembre suivant. Très fortement critiqué par l'opposition, et une bonne part de ceux qui avaient voté pour lui quelques années auparavant, il a déçu ses suiveurs. Il ne s'en sent pourtant pas coupable, et clame simplement qu'il a terminé sa mission, et qu'il laisse la place au suivant. Son successeur au sein du PSOE est Alfredo P. Rubalcaba, mais son programme n'est pas assez novateur pour redonner confiance aux votants de gauche. Pourtant victorieux des élections législatives du 20 novembre entraînant le retour au pouvoir du PP après 8 ans de mandat socialiste, l'éternel Mariano Rajoy du PP peine à convaincre. Les Espagnols sont fatigués de voir leurs dirigeants politiques se chamailler au lieu de chercher des solutions pour faire face aux gros problèmes du pays. C'est d'ailleurs l'origine du mouvement 15M, qui veut rénover le système politique et proposer des solutions nouvelles à l'heure où les banques espagnoles se tournent vers l'UE en juin 2012 pour qu'elle participe à leur refinancement. Les ministres des finances de la zone euro entérinent un plan de recapitalisation des banques espagnoles le 9 juillet 2012 et, deux jours plus tard, un troisième plan d'austérité est annoncé. Il est destiné à économiser 65 milliards d'euros sur deux ans et demi.

Fin janvier 2013, le quotidien El País publie une soi-disant comptabilité occulte du Parti populaire. Le nom de Mariano Rajoy y est bien évidemment cité. Le chef du gouvernement aurait touché des " compléments de salaire " (sobresueldos) pendant 11 ans à hauteur de 25 200 € par mois. Malgré son démenti, une pétition réunissant plus d'un million de signatures réclame sa démission.

Finalement, Rajoy reste en poste. Un scandale dont se serait bien passé le chef d'un état qui comptait, en avril 2013, 27,16 % de chômeurs. Parallèlement, c'est du côté de la famille royale que vont venir les changements.

Le 2 juin 2014, le roi Juan Carlos Ier annonce qu'il abdique en faveur de son fils Felipe. Après 38 ans et six mois de règne, c'est une page importante qui se tourne pour la monarchie espagnole. Considéré comme un symbole essentiel de l'unité du pays, sa fin de règne a cependant été entachée par quelques polémiques. Entre affaires d'infidélités et de corruption, son coûteux voyage pour chasser l'éléphant au Botswana en avril 2012, alors que le pays est enfoncé dans la crise économique, passe mal. Juan Carlos présentera même ses excuses à la nation quelques jours plus tard.

C'est le 18 juin, que la loi pour permettre la transmission de la couronne est signée. Et le 19, à minuit, son fils Felipe devient roi et prête serment. Il sera désormais le roi Felipe VI. Le 30 juin, il effectue sa première visite officielle à l'étranger, accompagné de sa femme Letizia, en se rendant au Vatican rencontrer le pape François.

Le 24 mai 2015, Manuela Carmena succède à Ana Botella à la tête de la mairie de Madrid, sous l'étiquette Ahora Madrid. Grâce au soutien de Podemos et du parti socialiste PSOE, elle prend ses fonctions le 13 juin suivant. Cette ancienne avocate et juge du Tribunal suprême d'Espagne de 71 ans est l'un des symboles, avec la catalane Ada Colau élue à Barcelone, de cette vague de gauche qui a traversé le pays ces dernières années.

En décembre 2015, les élections législatives ont sonné le glas du bipartisme, en consacrant l'entrée des deux nouveaux venus : Podemos (69 députés) et Ciudadanos (40). Et en rendant aussi extrêmement difficile la constitution d'un gouvernement stable puisque le parti gagnant (PP avec 123 députés) reste très loin de la majorité absolue requise de 176 députés et qu'aucune coalition même théorique entre deux blocs n'atteint non plus une telle majorité. Mariano Rajoy, PP, s'est toutefois engagé à former un " gouvernement stable ". Conséquence, l'Espagne a connu en 2016, la plus longue crise gouvernementale de son histoire avec 315 jours de gouvernement en fonction.

Le 29 octobre 2016, la crise est résolue et Mariano Rajoy réélu. Après trois échecs de tentatives d'investiture, cette élection à la majorité relative, suffisante lors du deuxième tour de scrutin, ne donne au gouvernement qu'une majorité relative pour gouverner et a été rendue possible par l'abstention de 68 députés du PSOE.

Sur le plan économique, l'Espagne continue à enregistrer une baisse du chômage (20,7 % en 2015) même si ce dernier concerne toujours près d'un jeune espagnol sur deux.

Si en 2017, la résolution de la crise gouvernementale a permis à Mariano Rajoy de gouverner en recherchant des accords, dossier par dossier, souvent avec l'appui de voix canariennes ou basques, si Pedro Sánchez a été de nouveau élu secrétaire général du PSOE et si l'économie a affiché une prévision une croissance de plus de 3 %, les secousses sont venues du côté de la crise catalane. La fin de l'année ayant surtout été marquée par la tenue du référendum en Catalogne, le 1er octobre 2017, déclaré inconstitutionnel par le Tribunal constitutionnel espagnol. Après le vote le 28 octobre de la DIU, déclaration unilatérale d'indépendance par le Parlement catalan, le Sénat a approuvé la mise en place de l'article 155 de la Constitution suspendant notamment la DIU et de nouvelles élections ont eu lieu en Catalogne, le 21 décembre 2017. Des élections qui ont donné la majorité parlementaire aux indépendantistes mais ont aussi fait de Ciudadanos, le parti qui a obtenu le plus de votes et de députés. Autre fait notoire, la campagne de Junts Per Catalunya a été menée par Carles Puigdemont, président démis, depuis la Belgique où il s'est rendu le 30 octobre 2017. Il réside aujourd'hui à Waterloo et a désigné Quim Torra comme son successeur. Ce dernier ayant été élu président de la Generalitat, le 14 mai 2018, par majorité simple grâce à l'abstention de la Cup (extrême gauche radicale catalane).

L'année 2018 a aussi été marquée par le jugement de nombreux cas de corruption comme celui de Rodrigo Rato, ex-ministre de l'Economie du gouvernement Aznar, ou l'affaire Gürtel. L'implication du PP dans de nombreux scandales conduira à la victoire de la motion de censure proposée par le PSOE.

Et à l'arrivée de Pedro Sánchez à la présidence du gouvernement, en mai 2018. Gagné avec des éléments composites, cette victoire du PSOE ne lui a pas permis jusqu'à présent de finaliser ses projets de budget pour 2019. Dans ce contexte où tous les partis sont plus en moins en pré-campagne, Ciudadanos a annoncé la rupture de son pacte de gouvernement au sein de la junta de Andalucia, ce qui a conduit sa présidente Susana Diaz à convoquer des élections locales anticipées en Andalousie, le 2 décembre 2018. Qualifiées de " tremblement de terre ", ces dernières font perdre la majorité absolue à la gauche et voient progresser Ciudadanos (+ 12 députés par rapport à 2015) et émerger avec force un nouvel intervenant, Vox, extrême-droite, qui obtient 12 sièges à l'occasion de ces élections. Sur le papier la majorité requise pour gouverner (55 sièges) ne peut être assurée que par une coalition des trois partis de droite.

Pour en savoir plus sur l'histoire et les secrets de Madrid...

Avis aux hispanophones : si vous souhaitez découvrir l'histoire et les secrets cachés de Madrid, une petite maison d'édition locale, Ediciones La Librería, s'est concentrée sur le sujet.

Atlas Ilustrado de la Historia de Madrid, de Pedro López Carcelén, Ediciones La Librería, Madrid, 2004. Un très bel ouvrage, ludique et pédagogique : avec plans, dessins, gravures. L'auteur a également publié, chez le même éditeur, une histoire de Madrid expliquée aux enfants.

Paseo por el viejo Madrid, de Javier M. Tomé Bona, Ediciones La Librería, Madrid, 2005. Cette " balade dans le vieux Madrid " fait partie d'une très bonne collection d'ouvrages consacrés à la capitale espagnole, notamment El Madrid de los Austrias, El Madrid de los Borbones, Leyendas y anécdotas del viejo Madrid, etc. Avec une couverture jaune, ces ouvrages se trouvent facilement dans les librairies. La même maison d'édition a également publié la collection " La pequeña biblioteca de Madrid ", qui consacre un ouvrage sur l'histoire de chaque quartier (distrito) de la capitale espagnole.

Madrid oculto. Una guía práctica, de Marco et Peters Besas, Ediciones La Librería, 2007. Le pourquoi et le comment de certains coins et monuments, pour découvrir les curiosités du vieux Madrid.

Madrid, una antología para el viajero, de Hugh Thomas, 2005. Série de textes choisis sur Madrid.

D'autres ouvrages photographiques

Madrid. Pasen y vean, de Ramón Masats et Ricardo Cantalapiedra, Lunwerg, Madrid, 1997.

Madrid, 360°, de Gregorio de la Cruz et Luca Pedrotti, Lunwerg, Barcelona, 2005.

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