L'archipel des Australes est, comme son nom l'indique, le plus austral (ou méridional) de la Polynésie française, entre 550 km et 1 250 km de Tahiti. Les îles de cet archipel s'étirent sur plus de 1 300 km, formant un arc de cercle orienté du nord-ouest vers le sud-ouest, dans le prolongement volcanique des îles Cook. Au nombre de sept, elles sont espacées entre elles d'environ 150 à 200 km sauf la lointaine Rapa, à plus de 500 km de toute terre habitée. Leur éloignement respectif a su contribuer à l'essor de cultures bien particulières basées sur l'autonomie de subsistance et à la préservation de leur patrimoine naturel. Chacune est différente (il existe autant de dialectes que d'îles habitées, même si Tubuai a perdu le sien au profit du tahitien et du français) ; leur diversité parle d'une richesse que les voyageurs moins pressés prendront grand plaisir à découvrir.

Un archipel authentique

L'archipel des Australes ou Tuhaa Pae (de son nom tahitien : pae, signifiant cinq) est composé de sept îles : cinq îles hautes, Rimatara, Rurutu, Tubuai, Raivavae et Rapa, ainsi que deux îles inhabitées, Maria et Marotiri.

Eloignés des distractions citadines de la grande ville, 6 310 habitants (recensement 2007, soit la même population qu'en 1984) vivent tranquillement dans leurs villages et leurs maisons éparses. Le temps semble avoir suspendu son vol. Papeete semble tout à coup bien loin !

Toutes les îles ont toutes leurs particularités. Maria et Marotiri, aux extrémités de la chaîne, sont inhabitées. Rimatara, la plus petite, est un refuge tranquille et heureux, récemment connecté au reste de l'humanité avec l'inauguration d'un aéroport ; Rurutu, l'île troglodyte, est réputée pour ses grottes calcaires et ses vergers poussant au creux de la forêt la plus impénétrable ; Tubuai, le centre administratif en quelque sorte, pour ses balanciers à droite, son lagon peuplé de jolis motus et de ses incroyables spots de kitesurf ; Raivavae, l'une des plus belles îles du Pacifique d'après tous ceux qui y ont séjourné (votre serviteur y compris), est connue pour ses grands tikis et son magnifique lagon qui rappellerait celui de Bora il y a quarante ans ; et Rapa, l'île sans cocotier, est parsemée de forteresses appelées pa.

Le climat des Australes, un peu plus frais que celui de Tahiti, associé à un sol fertile, permet la culture de fruits et légumes d'une variété impressionnante. Le taro est le plus courant et à lui seul représentatif des Australes ; bouilli, puis écrasé, il forme une sorte de pâte appelée popoi, que l'on mélange souvent avec du miel ou des fruits. Patate douce, tapioca, manioc sont aussi cultivés, ainsi que les légumes courants (pommes de terre, choux, carottes), les fruits tropicaux habituels, mais aussi le café, les agrumes. Rapa, qui possède un climat tempéré, est le seul endroit de Polynésie où l'on peut faire pousser pêches, pommes et poires. L'archipel est affecté parfois par de violents cyclones, comme celui du 3 mars 1970, dont les rafales de 185 km/h détruisirent quasi entièrement le village de Moerai, à Rurutu.

Les Australes sont également réputées pour leur artisanat que l'on retrouve au marché de Tahiti ou dans les fares artisanaux des îles, où les femmes se constituent en associations pour confectionner des articles de vannerie, à partir de feuilles de pandanus ou de cocotier tressées. Chapeaux, paniers, sacs, abat-jour, nattes, peue... On trouve aussi les tifaifai, couvertures multicolores en patchwork, et de la sculpture sur bois.

On l'aura compris : un voyage aux Australes est riche de mille découvertes et on en revient enchanté. La vie s'y déroule avec un calme imperturbable. Les couleurs chatoient sous le regard. On passe à la vitesse inférieure, et ce n'est pas pour nous déplaire !

A découvrir avant que les temps ne décident malencontreusement de changer.

La formation de l'archipel

Comme toutes les îles du Pacifique, les Australes sont d'origine volcanique, formées à partir d'un point chaud ou volcan immergé qui, entrant en éruption, finit par constituer une île par accumulation des laves, laquelle va peu à peu dériver à raison d'environ 11 cm par an, avant qu'une nouvelle éruption, quelques millénaires plus tard, forme une nouvelle île qui, elle aussi, va partir à la dérive. Dans le cas de cet archipel, étant donné la distance entre chaque île, on peut en conclure que le réveil du point chaud a été très lent.

Le point chaud à l'origine des Australes se nomme Mac Donald. Il est situé à 340 km de Marotiri et 430 km de Rapa, à une trentaine de mètres sous la surface de l'océan. Réveillé depuis 1977, il forme des colonnes de gaz et de grandes taches vertes sous la mer, préparant l'éclosion d'une nouvelle île... dans quelques milliers d'années probablement. Certains géologues considèrent qu'en raison d'un alignement divisé en deux branches distantes de 250 km, il existerait peut-être un deuxième point chaud. D'autres parlent plutôt d'une zone chaude d'un diamètre semblable.

De fait, on peut considérer que les îles les plus jeunes sont les plus proches du point chaud : Marotiri et Rapa sont donc les cadettes. Un autre processus intervient, confirmant cette analyse : à mesure qu'elle dérive, l'île ploie sous le poids du basalte et s'affaisse peu à peu, tandis qu'une ceinture de corail apparaît à la périphérie. Quand le volcan original aura disparu, il ne restera qu'une ceinture corallienne, autrement dit un atoll. Ainsi, si vous revenez aux Australes dans quelques milliers d'années, Tubuai ressemblera peut-être aux Tuamotu...

Rapa est née, il y a environ 5 millions d'années, Rimatara il y a environ 15 millions d'années. L'atoll Maria serait encore plus vieux.

Histoire

Dernier archipel à être colonisé par les Européens, les Australes sont longtemps restées à l'écart du monde occidental, présentant peu d'intérêt géopolitique et économique. Elles auraient été peuplées depuis les îles de la Société vers le XIe siècle, mais certaines fouilles archéologiques feraient remonter cette date à 900 av. J.-C.

Cook fut le premier Européen à débarquer le 13 août 1769 sur Rurutu, qu'il appela Oteroah. Il envoya une baleinière explorer l'île, mais dut plier bagages devant l'hostilité des insulaires. Puis Gayangos débarqua en 1775 sur Raivavae. Cook explora Tubai en 1777, lors de son troisième passage. Vancouver découvrit Rapa (appelée alors Oparo) en 1791.

Quant aux autres îles, elles furent repérées au XIXe siècle : Maria en 1824 par l'équipage de la baleinière américaine Maria commandée par le capitaine Gardner, Marotiri par Bass, un commerçant de Sydney.

Par la suite, les Australes connurent une histoire similaire à celle des autres îles de Polynésie. Il est important de souligner que les Australes comme entité territoriale sont une pure invention des Français, chaque île ayant jusqu'alors préservé une culture bien spécifique.

Aucune homogénéité culturelle, comme on serait tenté de le croire à première vue. Si Rimatara et Rurutu commerçaient activement avec les îles Cook, Raivavae se tournait aussi vers Mangareva, aux Gambier.

La christianisation se répandit assez rapidement vers les années 1820, par la London Missionary Society (LMS), qui convertit la population au protestantisme et édifia de nombreuses églises aux couleurs pastel, souvent construites en corail. Des groupes de himene (de l'anglais hymn) y passèrent leurs après-midi pour chanter la version polynésienne des cantiques de l'Evangile.

Ensuite, les maladies, les armes à feu et l'alcool décimèrent une grande partie de la population, détruisant la culture et les valeurs ancestrales. A l'arrivée des Européens, Rapa comptait 1 500 habitants d'après Vancouver ; Davies, un missionnaire anglais, parle de 2 000 âmes en 1826. Certains avancent même le chiffre de 3 000 habitants. Mais ce qui est certain, c'est que Davies, de retour en 1831 (cinq ans plus tard !), recense 600 personnes... à peine 160 en 1846 ! Rimatara est passée de 1 200 habitants à environ 200 dix ans plus tard. Raivavae de 3 000 en 1775 à une centaine d'individus environ en 1826 ; Tubuai de 3 000 à 300 ; et Rurutu, de 6 000 à la fin du XVIIIe siècle à guère plus de 200 en 1821 ! Soit, entre 1780 et 1830, une chute de 15 200 habitants environ à moins de 1 000 habitants.

Puis, chaque île suivit sa propre évolution : les habitants de Tubuai, rattachés au protectorat français de Tahiti en 1842, devinrent citoyens français en 1880. Raivavae devint protectorat en 1861, et les habitants, citoyens français en 1880. Rurutu devint protectorat en 1889 (le roi local conservait alors ses droits antérieurs, jusqu'à l'abolition de ce code en vigueur en 1945) mais l'annexion officielle n'eut lieu que le 25 août 1900. Rimatara suivit plus ou moins le même sort. Rapa accepta le protectorat français en 1867 et la monarchie y fut abolie en 1867, alors que les Anglais avaient manifesté leur intention de l'annexer pour établir une base de ravitaillement sur la route entre la Nouvelle-Zélande et le Panama. Quant à l'île de Pâques, ou Rapa Nui, elle n'est pas française mais chilienne, le ministre de la Marine n'ayant pas jugé bon d'accepter la sollicitation d'un protectorat de la France de la part des habitants en 1887 : un an plus tard, l'île tombait sous la domination chilienne.

Les Australes aujourd'hui

De nos jours, les Australes sont assez bien équipées. Toutes les îles possèdent électricité et eau courante, même si cette dernière n'est pas toujours potable. En tant que destination touristique, l'archipel est assez délaissé, à l'écart des grands circuits et ne possède aucun grand hôtel, ce qui fait d'ailleurs tout son charme. L'hébergement consiste en des pensions de famille à l'accueil intime et souriant, dans une ambiance chaleureuse.

La vie est restée encore très traditionnelle, ce qui en fait son premier atout. Le deuxième est que ces îles sont bien aménagées et encore peu fréquentées.

A noter : presque toutes les pensions disposent de l'eau chaude, le climat étant un peu plus frais. Seules Rurutu, Tubuai, Rimatara et Raivavae disposent d'un aéroport, avec plusieurs rotations hebdomadaires.

Il est évident que l'avion reste le moyen le plus approprié pour vous rendre aux Australes, mais les îles sont aussi desservies par le Tuhaapae II, cargo mixte passagers-marchandises de 60 m de long, le seul moyen de communication avec le monde extérieur (en l'occurrence Papeete) pour les autres îles. Rapa devrait être prochainement équipée d'un aéroport. En attendant, plusieurs fois par mois, le navire dessert les cinq îles habitées de l'archipel, une fois tous les deux mois Rapa, très lointaine. Peu confortable en pont (bonnes couchettes, mais sanitaires et parties communes laissant à désirer !), votre voyage sera bien plus agréable en cabine, mais deux fois plus cher. Des repas sont servis à bord, sous forme de snack. Tous ceux disposant d'une carte d'étudiant peuvent demander une réduction.

Le musée de Tahiti et ses îles à Tahiti expose d'admirables sculptures des îles Australes, retraçant l'histoire d'un peuple habile et artiste, qui a su construire de superbes embarcations pour conquérir les océans.

Desserte maritime

Le navire Tuhaa Pae II dessert les 5 îles habitées des Australes au départ de Papeete. Le trajet entre Papeete et la première île s'étale sur 36 heures environ, les autres îles (sauf Rapa) sont distantes entre elles d'environ 8h (de mer).

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