Arts et culture

Architecture
Les toits de la ville de Sucre.
Les toits de la ville de Sucre.

On peut distinguer quatre types d'architecture spécifiques en Bolivie, en fonction de l'emplacement géographique : l'adobe (briques de terre séchée) et le style colonial espagnol avec tuiles sur l'Altiplano (toit le plus souvent en tôle ondulée de nos jours), le bois et les végétaux (Amazonie), et un fourre-tout de béton et de briques dans les grandes villes. Les missions jésuites, près de Santa Cruz, constituent un autre élément bien défini de l'architecture bolivienne.

L'adobe est une constante dans le paysage andin, du nord du Chili et de l'Argentine jusqu'en Colombie. Tous les villages indigènes sont constitués de maisons en briques en terre séchée, le plus souvent d'une ou deux pièces maximum, même si les briques tendent peu à peu à disparaître au profit du béton et du ciment avec toit en tôle. En effet, depuis l'apparition de la tôle ondulée et de la brique, la petite maison en adobe et au toit de paille a tendance à disparaître du paysage bolivien. Un toit en tôle ondulée et des murs en brique seront beaucoup moins efficaces comme isolant thermique, mais ils auront l'avantage d'être plus résistants, il ne faudra plus rénover la maison chaque année et celle-ci gagnera en prestige. C'est pour cette raison qu'actuellement la Bolivie a perdu en partie de son authenticité en proposant à la vue du voyageur ces maisons sans esthétique et sans charme.

D'autre part, les logements ne sont jamais très grands ; souvent une famille d'une dizaine d'individus se retrouvera dans deux ou trois pièces, la cuisine servant tout autant de salle à manger que de chambre.

L'architecture coloniale espagnole est l'une des merveilles d'un voyage en Bolivie, notamment dans les villes de Potosí et Sucre et dans certains quartiers de La Paz. Certaines églises sont de purs joyaux, en particulier dans la région de Sajama (avec contre-forts massifs). La cathédrale de Copacabana, peinte à la chaux, exhibe un style mauresque des plus intéressants, tout comme l'église de San Miguel à Sucre. Les jésuites ont édifié de superbes églises dans l'Oriente, mélangeant les styles mestizo, rococo, bavarois et gothique.

En Amazonie, les maisons sont en bois, souvent sur pilotis, avec toit de chaume.

Enfin, on s'intéressera aussi à l'architecture précolombienne, notamment inca : les vestiges de cette glorieuse civilisation témoigne de nombreuses constructions en pierres assemblées, parfois avec un savoir-faire impressionnant, comme sur l'île de la Lune sur le lac Titicaca ou à Tiwanaku.

Qhapaq Ñan, la route de l'inca inscrite à l’Unesco

Qhapaq Ñan, le chemin de l'Inca, vaste réseau routier qui compta jusqu'à 6 000 km de voies tracées au XVe siècle par les Incas pour rallier les confins de l'empire a été inscrit sur la liste du patrimoine mondial de l'Unesco en juin 2014. Qhapaq Ñan chemine entre 2 500 et 5 000 m d'altitude le long de la cordillère des Andes, sur un sentier ou une route de 20 m de large, souvent pavé ou semé de pierres, avec un degré de finition et d'ingénierie qui émerveillent depuis toujours les archéologues. En débarquant au XVIe siècle, les conquistadores espagnols le comparèrent même au réseau de voies de l'Empire romain ! Le Pérou, la Bolivie, l'Equateur, la Colombie, le Chili et l'Argentine, traversés à des degrés divers par ce maillage, ont collaboré ensemble pour déposer cette candidature. En Bolivie, il est possible d'arpenter quelques tronçons de cette route mythique en rejoignant le site de Tiwanaku près de La Paz, de monter l'escalier inca sur l'île du Soleil, d'emprunter le sentier qui traverse le Salar d'Uyuni ou encore parcourir les canyons de Tupiza.

Artisanat
Que ramener de son voyage ?

L'artisanat bolivien est très riche, et se vend jusqu'au sud du Chili, en Argentine ou en Bolivie ! On reste ébahis devant la profusion de textiles etc. Flâner dans l'un des marchés artisanaux boliviens est l'une des raisons d'être d'un voyage dans ce pays.

Pulls, bonnets, écharpes en laine de lama ou d'alpaca, tissus, ponchos colorés, pantalons bariolés.

Bijoux en argent de Potosi.

Instruments de musiques (la kena, la flûte de pan ou le charango par exemple).

Sacs ou vestes en cuir.

Herbes médicinales dont certaines, comme la vira vira, sont promises à un très grand avenir.

Café de Coroico.

Viande de lama séché, pour surprendre vos amis.

Quinoa de l'Altiplano.

Chocolats de Sucre, les plus renommés.

Des CD de Musique traditionnelle bolivienne.

Pensez aussi à ramener de superbes photos, mais attention, l'écrasante majorité des indigènes n'aiment pas beaucoup ces clichés, ils peuvent même s'en indigner et on a dejà vu des voyageurs à deux doigts de se faire lyncher ! A bon entendeur...

Attention ne ramenez pas de feuille de coca, ni de trimate à la coca ou d'autres produits à base de coca, les produits sont strictement prohibés en France et la législation à l'encontre des stupéfiants est très stricte.

Cinéma

Les premiers films boliviens datent de 1912 et sont l'oeuvre de Luis Castillo et Y. Goytisolo. En 1923, l'Italien Pedro Sambarino réalise le premier film muet en Bolivie. Quelques cinéastes marquent cette époque de leur empreinte : Pedro Sambarino, José María Velasco Maidana, M. Camacho, Luis Bazoberry, etc.

Au même moment naît un type de cinéma tourné vers les préoccupations sociales. Plusieurs oeuvres sont censurées. Mais certaines parviennent à être diffusées, comme Corazon Aymara en 1926 (c'est de fait le premier film de fiction bolivien), ou Wara Wara (Etoiles, Etoiles), un grand succès à l'époque (les acteurs étaient tous issus du milieu intellectuel et mirent en scène l'arrivée des conquistadores espagnols).

La guerre du Chaco (1933-1936) met un terme à cette époque. Les films étrangers sonores font leur apparition, le cinéma local se meurt : entre 1930 et 1940, pratiquement aucun film n'est réalisé.

Le véritable lancement du 7e art bolivien fait suite, une fois de plus, à la révolution de 1952 quand fut créé l'Instituto cinematografico boliviano (ICB, mars 1953). En 1956, le film Vuelve Sebastiana de Jorge Ruiz, qui traite des Indiens chipayas, est couronné d'un prix international. Les oeuvres de Agusto Rocca et Alberto Perrin sont également prisées, tout comme les scénarios d'Oscar Soria. Mais la véritable star du cinéma national s'appelle Jorge Sanjinez. Parmi ses films : Ukumau (1966), La nacion clandestina (1988), Para recibir el canto de los pajaros (1995).

Evoquons aussi les tentatives d'Antonio Eguino et Paolo Agazzi, qui essaient de reprendre les critiques formulées par Sanjinez quand celui-ci est en exil (dictature militaire). A voir, par exemple : Amargo Mar (Mer amère), d'Eguinon, en 1984 (il donne une autre version des événements de la guerre du Pacifique). Cependant, le film qui a connu le plus franc succès est la comédie Cuestión de fe de Marcos Loayza (1995), qui traite de l'escapade d'amis dans les Yungas.

Quelques films récents méritent une attention particulière, notamment Los Andes no creen en Dios (2007) d'Antonio Eguino, mais aujourd'hui, les temps sont durs pour le cinéma bolivien : manque de moyens, invasion de l'industrie informelle des vidéos pirates, essor des chaînes privées sur le câble, etc. Une nouvelle loi, dite " loi du cinéma ", permettra peut-être de modifier la donne...

Parmi les films tournés dans les magnifiques décors de la Bolivie, on trouve le western crépusculaire Blackthorn, de Mateo Gil (2011) qui imagine la vie cachée en Bolivie d'un Butch Cassidy âgé, alors que l'histoire officielle l'avait enterré dans ce même pays 20 ans auparavant. Tourné en partie en Bolivie, on y voit notamment le Salar d'Uyuni, l'Altiplano, les Yungas avec la route de la mort.

Citons également l'oeuvre Même la pluie (También la lluvia, 2011) de la réalisatrice madrilène Icíar Bollaín, avec Gael Garcia bernal. Le film, très bien accueilli par la critique, met en scène le tournage chaotique à Cochabamba d'une superproduction sur Christophe Colomb, sur fond d'une guerre de l'eau inspirée de faits réels ayant eu lieu en 1999.

Danse
Danses traditionnelles à Yumani pour l'anniversaire du village.
Danses traditionnelles à Yumani pour l'anniversaire du village.

Autrefois dédiées à l'amour, à la nature, à la fertilité et l'abondance des cultures, les danses boliviennes évoquent aussi aujourd'hui les temps difficiles de la Conquête espagnole, les souffrances des mineurs (culte rendu au Tío à Oruro ou Potosi, on lui offre des feuilles de coca, des cigarettes pour attirer ses faveurs dans les galeries suffocantes des mines)... Dans une étude complète, Marcelo Urioste rapporte qu'on a dénombré 79 danses préhispaniques. Les danses en Bolivie ont préservé cet aspect social et culturel qui fait tant défaut aujourd'hui en Occident. C'est l'occasion pour un village, une communauté, de se rencontrer, de se retrouver, de rire ensemble, de se souvenir... ou d'oublier un quotidien amer et gris. Elles ont une petite influence sur l'économie locale, car des milliers de personnes transitent alors, favorisant le " monde d'en bas " des petits commerçants de trottoirs, du commerce informel. N'oublions pas qu'à La Paz ou Oruro, des centaines d'artisans vivent exclusivement de la fabrication d'instruments, de costumes ou de masques... aux prix si élevés qu'il n'est pas rare de les louer.

Les nombreuses fêtes boliviennes (surtout le carnaval d'Oruro ou de La Paz, ou tout autour du lac Titicaca) sont l'occasion d'entendre les instruments si caractéristiques de l'Altiplano andin ou des basses terres tropicales amazoniennes : le charango, bien entendu ; la quena (la fameuse flûte de pan en bambou disposant ordinairement de trois à six trous, mais la forme et les tonalités peuvent varier) ; la tarka (une autre flûte plus rare car tout en bois, composée de six trous, de forme carrée ou octogonale) ; le pinquillu (une flûte droite en roseau qui date des temps précolombiens, on les fabriquait alors en os ; aujourd'hui il y a au moins vingt-cinq types différents, dont les plus connus sont le phuna et le khoana) ; l'erke, un instrument à vent populaire à Sucre et Tarija (comme une corne de taureau, de forme allongée et cylindrique avec une bouche en métal, on le tient à la verticale ; on l'appelle aussi phututo, et on l'utilisait autrefois au cours des révoltes et des guerres locales) ; la caña, un long tube de tambou consolidé par des lanières de cuir enroulées en spirale ; la sicu, un instrument à vent composé de tubes de roseau de différentes longueurs (diverses tonalités) ; le violon, ordinairement en bois de caroubier (l'archet est en crin de cheval, et les cordes en boyaux de chat amincis !) ; ou encore la zampoña (appelée antara, ayarichic ou sikuri par les Quechuas et Siku par les Aymara, une autre flûte de pan en bambou dont l'harmonie s'étage sur deux à trois octaves).

Laissez-vous gagner par ces symphonies d'un autre monde mais n'oubliez pas d'admirer les somptueux costumes avec lesquels s'habillent les danseurs (ces derniers sont appelés comparsas) : Chunchos (qui évoquent les Indiens d'Amazonie : on porte des plumes et des flèches), Pallas, Llameros ou Llameradas (à propos des bergers andins qui gardent les troupeaux de lamas) ou Incas (qui mettent en scène des événements de l'Empire inca, comme la guerre civile entre Huascar et Atahualpa, la rencontre entre Pizarro et Atahualpa ou parodient les conquistadores espagnols).

Les danses les plus fameuses sont les suivantes :

Auqui auquis : " auqui " signifie " vieil homme " en aymara, parodie les dandys de l'époque coloniale ; on s'habille richement avec un large chapeau, une canne pour s'appuyer et on singe la posture des vieillards.

Ayarichi : c'est le nom d'un groupe de Tarabuco qui joue des zampoñas et d'un grand tambour appelé huankara ; les musiciens ne portent pas de costumes mais leurs habits de tous les jours s'avèrent encore plus bariolés.

Callahuayas ou doctorcitos : des danseurs mâles parodient les guérisseurs du nord du pays, les Callahuayas, et leurs rites pour éloigner le mal du corps de leur patient ; on s'habille de chemises blanches, de pantalons blancs cousus de pièces de monnaie sonnant comme des grelots et on porte un parapluie, utile pour marquer le rythme.

Cambas : on singe les Indigènes des régions tropicales, sur l'Altiplano.

Caporales : danses des communautés noires des Yungas figurant les esclaves noirs venus d'Afrique.

Catripulis : du mot aymara chacha signifiant " homme ", et puli, qui veut dire " ange " ; les danseurs se parent de couronne et de trois plumes de suri ainsi que d'un costume argenté, évoquant le vêtement supposé des anges.

Chiriguano : une danse de guerre précolombienne, les danseurs portent des ponchos en peau de jaguar.

Chutas : met en scène le cholo campagnard, on danse en couple, en général vêtus d'habits traditionnels élégants.

Cullahuas : encore une danse inca modifiée après l'arrivée des Espagnols, concernant autant les hommes que les femmes, et qui met en scène les ñustas ou vierges du Soleil, autrefois consacrées au filage et au tressage des étoffes destinées à l'Inca.

Diablada, la plus fameuse de toutes les danses, qui raconte la bataille entre le bien et le mal. Autrefois, mise en scène de la vie des mines et des croyances en certains esprits qui avaient le pouvoir de perdre ou d'enrichir.

Kachua : une danse aymara de fertilité et d'abondance, jouée par des adolescents qui miment la séduction - c'est l'une des rares danses chantées.

Kusillos : les clowns et les bouffons s'en donnent à coeur joie.

Lecheras : les danseurs s'habillent en livreurs de lait.

Morenada : une danse masquée représentant les morenos, les Noirs amenés par les Espagnols dans les Yungas ; une autre danse mettant en scène les Noirs s'appelle " Negritos ".

Puli pulis : on imite le chant des oiseaux.

Suri sikuris : un groupe jouant des zampoñas qui semblent porter sur la tête une énorme plume rouge de suri, des ponchos bariolés et des pantalons couverts de poils.

Takeadas : au son de la tarka (un instrument taillé dans le bois de cèdre), on célèbre les wasichakus, ou la consacration d'une maison quand le toit est enfin terminé.

Tinkus : danses guerrières du sud de la région de Potosí, très violentes (il n'est pas rare qu'il y ait des morts).

Tobas : ce nom désigne un groupe ethnique du río Pilcomayo, mais la danse trouve son origine à Oruro et met en scène la lutte des ancêtres de la jungle contre l'envahisseur inca Yupanqui.

Enfin, les danses Waca mettent toutes en scène des combats de taureaux, et expriment aussi bien l'amour que la haine des corridas.

N'oublions pas, bien sûr, la cueca, dérivée de la danse chilienne du même nom, une sorte d'adaptation créole du fandango espagnol. Elle évoque la séduction, l'amour, la séparation et la réconciliation.

Littérature

Une bonne partie de la littérature bolivienne est issue du contexte politique et social qui a marqué l'histoire du pays de manière continue : guerres, mines, exploitation de l'homme, luttes interraciales. On comprendra alors pourquoi, comme l'écrit Gonzalo Vászquez, ce pays est " si seul en son agonie ".

Oscar Ceruto et Augusto Cespedes parlent de la guerre du Chaco qui a véritablement marqué le pays. La révolution de 1952 révèle un nouvel écrivain : Marcelo Quiroga Santa Cruz (assassiné sous le régime de Garcia Meza), inspiré de la guérilla menée par le Che Guevara. Quelques auteurs actuels : Gaby Vallejo, Jaime Saenz, Enrique Rocha. Pour la poésie : Edmundo Camargo, Yolanda Bedregal.

Blanca Wiethüchter (1947-2004) avait dirigé l'édition d'une histoire critique de la littérature bolivienne. Elle a écrit de nombreux poèmes où les sentiments intimes s'affichent au premier plan.

Vous trouverez leurs écrits dans les librairies de La Paz, Potosí et Sucre.

Pour dénicher des livres en espagnol sur la Bolivie, le meilleur endroit est sans conteste le site Internet www.libreriaboliviana.com

Bibliographie

Cette liste est loin d'être exhaustive ; nous avons juste recensé quelques ouvrages dignes d'intérêt pour mieux comprendre l'étrange réalité de ce pays sans l'horizon infini de la mer...

Apprendre la libération : exemples d'éducation populaire en Bolivie, par Matthias Preiswerk. Labord & Fides, 1989. Etude menée en Bolivie à partir de quatre exemples représentatifs de l'effort fait pour la promotion sociale, l'alphabétisation et la scolarisation.

Bolivie : vision de lumière et d'espace, par Etienne Dehau, Hermé, 2002. Visions de l'Altiplano et des paysages spectaculaires du sud Lípez, du lac Titicaca, du salar d'Uyuni ; villes coloniales, civilisation inca, missions jésuites, monde indien, etc. L'ambiance des hauts plateaux mise en page.

Ecriture d'un voyage : Guyane, Brésil, Pérou, Bolivie, Argentine, par Delphine Giard, Complicites, 2004. Un récit véridique, le témoignage d'une jeune femme devant un monde inconnu.

La Bolivie orientale : confins inexplorés, battues aux Indiens et économies de pillage, L'Harmattan, 2000. Sur la fièvre du caoutchouc, la dure vie des seringueros brésiliens face aux caucheros boliviens et péruviens, la chute de cet empire, les nouveaux colons japonais, russes, mennonites, etc.

Le Che en Bolivie, par Dariel Alarcón Ramírez, Editions du Rocher, 1997. Le journal de l'auteur lors de son séjour en Bolivie en 1967 au côté de la figure mythique de la révolution, Ernesto Che Guevara.

Luzmila, enfant de Bolivie, par Jean-Charles Rey et Hervé Giraud, PEMF, 2004. A la découverte du quotidien de Luzmila, une jeune fille de l'Altiplano à la maison, à l'école... Ou une autre perspective sur la dure vie de l'Altiplano bolivien.

Mineros : mineurs de Bolivie, par Jean-Claude Wicky, Actes Sud, 2002. Photographies. Comme le suggère l'auteur, " comment peut-on photographier l'humidité, la chaleur asphyxiante, le manque d'oxygène, l'odeur âcre du minerai qui imprègne les corps ? Comment peut-on photographier l'obscurité épaisse de la mine, plus impénétrable que le roc, qui annule tout sens de l'orientation, toute notion de temps et de distance, une obscurité qui brûle les yeux et fait disparaître les corps ? ", ou comment la beauté naît-elle de la misère même.

Voyage chez les Indiens Jora de Bolivie, 1951, par François-Xavier Béghin, Le Cri, 1980. A la découverte d'un autre monde.

Une saison en bolivie, 2012, par Fabien Lecoudre, L'Harmattan, 2012. Récit de voyage un an après l'élection d'Evo Morales.

Médias

Presse. Avec à peine 100 000 lecteurs potentiels, la Bolivie possède une presse écrite sérieuse - d'un style proche de son voisin, le Chili -, très peu de presse à sensation et des journaux " politiquement corrects ".

Pour ceux qu'un voyage d'affaires amène en Bolivie, nous recommandons vivement Nueva Economia, un hebdomadaire d'économie et de management, dans la lignée du magazine français L'Expansion. Le journal Presencia, de La Paz, garde lui une ligne catholique de gauche, un peu à l'image du Monde. La Razón est identifiée au milieu d'affaires boliviennes et produit tous les jours le supplément Economia y Negocios, assez complet. Ses équivalents sont El Deber, à Santa Cruz, et Los Tiempos, à Cochabamba. A Potosí, l'institution journalistique est El Siglo.

Internet. Le Web fournit la possibilité de suivre les nouvelles de la Bolivie en direct, de s'informer et de trouver des cybercopains pour dialoguer avant et après le voyage. Internet peut pallier le manque d'un vrai office du tourisme en France. Aussi, nous encourageons vivement les personnes qui y ont accès à ne pas hésiter à y recourir.

Télévision. Plusieurs chaînes de télévision à l'échelle du pays, que l'on peut aussi suivre sur le net : ATB Red Nacional (www.atb.com.bo), Bolivisión (www.bolivision.net), Red P.A.T, Red Uno, Bolivia TV, Unitel et RTB. Les informations sur la plupart des chaînes ne sont pas forcément très impartiales, les publicités abondent et certains scoops pas vraiment vérifiés (en témoigne la diffusion de supposées photos du crash du vol d'Air France Río-Paris en 2009, en réalité tirées de la série Lost, sur P.A.T. en 2009 !).

Radio. Pour connaître la plupart des radios boliviennes (il est souvent possible d'écouter leurs programmes en ligne), voyez le site http : //radiostationworld.com/locations/bolivia/radio_websites.asp.

Musique
Musiciens à Copacabana.
Musiciens à Copacabana.

La musique bolivienne est tellement riche et variée qu'elle mérite à elle seule la rédaction d'un Que sais-je ? En attendant, nous vous livrons quelques repères.

Musique andine

La musique du pays ne se résume pas à quatre ou cinq groupes vedettes tels que Los Kjarkas, Savia Andina, Rumillajta, Jacha Mallku, K'ala Marka et Altitude, aussi bons soient-ils. Tous ces musiciens jouent des instruments à vent (sikus ou flûtes de Pan, quenas, tarkas, quenachos), du charango (la petite guitare à dix cordes) et de la guitare classique, un apport des Espagnols. Et tous ont gagné, à juste titre, une belle notoriété commerciale.

Les Kjarkas, de plus, sont les véritables compositeurs de la mélodie de la Lambada, qui n'est qu'un plagiat de la chanson llorando se fue de leur album Canto a la mujer de mi pueblo, paru en 1981. Ce groupe phare de la musique bolivienne est très populaire en Amérique latine.

Mario Gutierrez, Luzmila Carpio et, un peu avant eux, le groupe Los Jairas ont fait leur carrière en France et en Europe. Les grands noms de la guitare folklorique sont Tuti Yupanqui, Augusto Bleichner et, aujourd'hui, Alfredo Domínguez.

Mario Gutierrez, avec son groupe Ukamau, fut le premier, avant Savia Andina, à fouler les planches de l'Olympia. Luzmila Carpio, l'ambassadrice du Norte Potosí en Europe, nous fait entendre les voix mezzo-soprano de cette région, voix qui renouent avec un registre plus pur et moins commercial. Impossible de ne pas citer Javier Calderón, l'un des grands maîtres de la guitare classique, le violoniste Jaime Laredo (lauréat du concours Reine Elisabeth de Belgique) ou Ana María Vega. Los Montoneros de Méndez reste l'un des meilleurs groupes de Tarija, et Cochabamba s'enorgueillit de deux formations intéressantes : Los Canarios del Chaco ou la Banda de Pagador, qui perpétuent les traditions ancestrales.

N'hésitez surtout pas à vous procurer la musique dite " ethnographique " enregistrée par le Centro Cultural Portales de Cochabamba ou le Departamento de Música del Instituto Boliviano de Cultura : par exemple Música de los Andes bolivianos, enregistrée par un groupe de paysans de l'Altiplano.

Forte et authentique, la musique bolivienne est moins facile d'accès que bien d'autres musiques d'Amérique latine. Notons qu'à l'époque précolombienne, la musique était en gamme pentatonique, qu'il n'existait aucune méthode écrite et que les compositions étaient transmises par voie orale.

Un instrument unique : le charango. Même si le son si caractéristique du charango s'écoute du Pérou au nord du Chili et de l'Argentine, il s'agit bien d'un instrument spécifiquement bolivien, aux origines indigènes quechuas.

On sait qu'il n'existait pas d'instruments à cordes en Amérique latine avant l'arrivée des Espagnols, seulement la qara t'ynia, un instrument monocorde consistant en un tronc évidé ou une poterie, recouvert d'une peau de lama et tendu d'une corde de boyau (on tirait cette corde vers soi d'une main, et on la pinçait de l'autre).

L'intrusion de la guitare espagnole va profondément marquer la musique andine. Le charango naît alors dans la ville de Potosí, la plus riche et la plus cosmopolite de toutes les villes d'Amérique du Sud pendant les deux siècles de la colonie, s'offrant même le luxe de transcender tous les arts, puisqu'on le retrouve sous forme de sculpture sur pierre (comme en témoigne le portail de l'église de San Lorenzo), et qu'il apparaît dans divers écrits, dont la réponse d'un questionnaire royal en 1814, à Tupiza (on y indique alors que les indigènes jouent d'une petite guitare ou mui fuies, qu'ils appellent " charango ").

Plusieurs théories ont été formulées pour expliquer l'origine du nom " charango ". L'une d'entre elles explique qu'il vient de la façon de jouer, les doigts un peu entrouverts, comme pour la vihuela ; on appelle ce style de jeu ch'ajray en quechua, et s'il est bien réussi, on dit alors sumaj ch'ajranku. Il est à noter qu'aujourd'hui encore, les Indigènes ne disent pas " charango " mais bien " ch'ajranku ".

Le charango dispose de trois, quatre ou cinq cordes doubles (voire plus, et même des cordes triples), toutes séparées par une octave. On les accorde traditionnellement en mi, la, mi, do et sol. En vérité, les accordages sont multiples, et dépendent du calendrier des fêtes (accordage " de Pâques ", accordage " de la Croix ", etc.). Chaque fête ou carnaval possède ainsi sa propre mélodie, son propre rythme. Contrairement à la vihuela, la partie supérieure (les aigus) est plus étroite que la partie inférieure (les graves), ce qui favorise la différenciation du son au niveau de la table d'harmonie. L'utilisation de la carapace du tatou s'explique par sa forme naturelle : une forme concave suscite en effet un son puissant, une " caisse de résonance " de première qualité.

Jusqu'aux années 1950, sa popularité se cantonnait aux communautés rurales de Potosí, Chuquisaca, Cochabamba, Oruro et La Paz. Les classes moyennes citadines le répudiaient pour l'associer au " monde des Indiens ". Il apparut dès le début du XVIIIe siècle dans la région du Cusco, au Pérou, probablement importé de Cochambaba-Aiquile, l'un des plus grands centres de production de cet instrument (on y compte enfin au moins soixante ateliers). Anzaldo est un autre village ou près de vingt Indigènes s'échinent journellement pour que perdure sa gloire.

Si on en jouait autrefois seulement en accompagnement musical, depuis Mauro Nuñez Caceres, Ernesto Cavour Aramayo et William centellas, de nouvelles techniques lui ont acquis des lettres de noblesse, et il prétend aujourd'hui à un rôle soliste original. Il est à noter, d'ailleurs, que ces musiciens créèrent de nouveaux instruments, comme la Pukuna (une sorte d'ocarina) par Ernesto Cavour, le Tonkoro par William Centellas, et la Caratiña par Mauro Nuñez Caceres (1902-1973), l'un des plus grands joueurs de charango (il était aussi sculpteur).

Aujourd'hui, on peut dénicher toutes sortes de charangos : élaborés à partir d'un squelette de condor, de forme arrondie ou triangulaire ou rectangulaire, ou même en forme de croix, conjugués à une guitare authentique (c'est le cas de la charanguita, créée par Rene Gamboa en 1971), et plus récemment en plastique... On en trouve de toutes les tailles, pour tous les goûts.

Si vous désirez parfaire votre technique, le mieux est de se procurer la première méthode écrite par Ernesto Cavour Aramayo en 1964 : ABC du Charango (édition Tatu, La Paz, ou en 1970 par Ovacion à Lausanne). Elle existe en français. Une fois vos mains habituées à taquiner, achetez les chansons sélectionnées publiées par le même auteur en 1971-1973 (éditions Campo) ; le titre est Learn to play Charango with Ernesto Cavour Aramayo. Si ces ouvrages ne vous plaisent pas, qu'importe, il existe une bonne douzaine de méthodes pour jouer du charango.

Une note, pour conclure : le charango est un instrument spécifiquement bolivien, mais sa réputation a aujourd'hui dépassé les frontières et on en joue au Pérou (on en produit à Cusco, entièrement en bois comme une petite guitare), au Chili (Violeta Parra dans les années 1960, et surtout sous le gouvernement de Salvador Allende, voir les groupes Inti Illimani, Quillapayun), en Argentine (à partir des années 1940 et les massives migrations de Boliviens dans ce pays pour cultiver la canne à sucre, surtout dans le nord-ouest, Jaime Torres en est un grand interprète argentin), en Equateur (récemment dans les années 1980, suite aux concerts donnés par les groupes boliviens). Il a été exporté en Europe à partir du début des années 1920, et on atteste son existence en Syrie, au Japon ou en Chine.

Autres musiques

Voici quelques groupes actuels jouant de la musique plus internationale.

Atajo. Ce groupe, emmené par le prolifique Panchi Maldonado, a inventé le blues de La Paz. Rythmes R'n'B' et reggae avec un zeste d'instruments traditionnels. L'album Personajes paceños chantait la vie de personnages de La Paz, des chauffeurs de bus, d'un cireur de chaussure, d'un gardien de parking. A conseiller vivement si vous êtes curieux et comprenez l'espagnol.

Go Go Blues. Ce groupe composé de musiciens de groupes différents (Atajo, les ex-Loukass, Octavia) a sorti son premier album courant novembre 2002. Du blues bolivien... Très bien.

Octavia. Un groupe à la mode. Pour découvrir le " Téléphone " local.

Altiplano. Jazz-fusion. Comme le nom de l'album l'indique, ce groupe mélange avec réussite instruments traditionnels et rythmes plus modernes. A conseiller vivement.

Discographie

Pour vous guider dans vos choix, voici une discographie, forcément subjective, de musique andine :

Los Jairas : Jacha Mallku.

Los Kjarkas : Rumillajta.

Hoja de Coca : Canto a la mujer de Mi pueblo (1981).

Wiracocha : El Amor y La Libertad (1987).

Urubamba : El Arbol de mi destino (1993).

Savia Andina : Altitud.

Mensajero del Silencio : Lo mejor.

Alfredo Dominguez : Chacaltaya.

Juan Cutipa : Lo mejor de Bolivia.

Bolivia Band : Lo mejor de la musica boliviana.

Pacha : Luz del Ande.

Ernesto Cavour : El vuelo del Picaflor.

Peinture et arts graphiques

Peinture coloniale. L'arrivée de trois peintres italiens au XVIe siècle (Bernardo Bitti, Mateo Alessio, Angelino Medoro) influença considérablement la peinture coloniale. Une nouvelle génération d'artistes leur a succédé. Parmi les plus connus : Antonio Bermejo, Gamarra.

Mais la figure majeure s'appelle Holguin (1665-1724) dont on peut admirer les nombreuses oeuvres dans les musées de Potosí et de Sucre. Tout comme ses prédécesseurs, son travail consistait avant tout à reproduire d'anciennes oeuvres européennes. Mais lui n'est ni espagnol, ni italien, mais natif de Cochabamba.

Peinture contemporaine. Loin du classicisme des siècles précédents, la peinture contemporaine vise la réalité bolivienne, ses marchés, ses paysages, sa vie urbaine. Arturo Borda aborda les premières peintures indigènes avant que Cecilia Guzman ne prenne sa relève (1899-1950).

Ensuite, la révolution de 1952 eut une importance considérable sur l'art, qui gagna en liberté d'expression. Cette vague est représentée par Walter Solon Romero et Gil Imanà, considéré comme l'artiste le plus influent de cette deuxième moitié de XXe siècle. Le thème principal d'Imanà, nouveau pour l'époque, était la représentation de la femme créatrice.

Au retour de la démocratie, en 1982, la peinture bénéficia naturellement d'une nouvelle impulsion : utilisation de la photographie, matériaux recyclables. C'est le développement de l'art conceptuel, exposé au musée de l'art contemporain à La Paz.

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