Guide de Nouvelle-Calédonie : Histoire

Figures historiques

Jacques Lafleur. Né en 1932 et fils d'Henri Lafleur (homme politique et entrepreneur important), il est à la tête d'un vaste empire industriel et s'impose pendant 25 ans comme " l'homme fort " du territoire. Fondateur en 1978 du Rassemblement pour la Calédonie dans la République (RPCR, tendance droite), il signe les accords de Matignon en 1988 (on se souvient de sa poignée de main historique avec le leader indépendantiste Jean-Marie Tjiabou) et l'Accord de Nouméa dix ans plus tard, qui octroient une autonomie substantielle à la Nouvelle-Calédonie. Longtemps considéré comme inamovible et jugé trop autoritaire par ses opposants, il perd les élections provinciales de mai 2004 : c'est la fin d'un règne sur l'archipel. Jacques Lafleur rentre en dissidence dans sa famille loyaliste et fonde un nouveau parti en juillet 2006, le Rassemblement pour la Calédonie. Mais en 2007, il perd son siège de député contre le candidat officiel de l'UMP Gaël Yanno. En avril 2010, après quarante ans de carrière politique, Jacques Lafleur démissionne de ses derniers mandats à l'Assemblée de la Province Sud et au Congrès de Nouvelle-Calédonie. Il décède en Australie, le 4 décembre 2010.

Jean-Marie Tjibaou. Né en 1936 à Tiendanite, cet enfant du pays est resté toute sa vie attaché aux valeurs culturelles de sa terre. Éduqué par les catholiques, il se destine à être prêtre et est ordonné en 1965 à Hienghène. Attiré par les sciences humaines, il profite d'une bourse pour entreprendre des études de sociologie à Lyon, puis d'ethnologie à Paris. En parallèle, la tension monte en Nouvelle-Calédonie et Jean-Marie entend bien participer aux changements de son pays. En 1974, il concrétise sa vision politique en organisant le festival Mélanésia 2000, qui met à l'honneur la culture kanake. En 1977, Jean-Marie Tjibaou remporte les élections municipales de Hienghène, et est nommé vice-président du 8e congrès de l'Union calédonienne, principal parti indépendantiste. Deux ans plus tard, il crée le Front indépendantiste, puis le Front de libération nationale kanak et socialiste (FLNKS). Le 26 avril 1988, Jean-Marie Tjibaou participe aux négociations des accords de Matignon avec le Premier ministre Michel Rocard et Jacques Lafleur. Il accepte ces accords qui prévoient une décolonisation graduelle de la Calédonie sur une période de dix ans. Cette décision lui coûtera la vie, puisqu'un an plus tard, le 4 mai 1989, Jean-Marie Tjibaou est assassiné par un opposant indépendantiste.

Chronologie
Chronologie

Il y a entre 3 200 et 3 300 ans > Les Mélanésiens arrivent en Nouvelle-Calédonie et peuplent le territoire.

Septembre 1774 > Découverte de l'île par Cook à bord du Resolution.

1826-1829 > Dumont d'Urville recherche les bateaux de La Pérouse et reconnaît les îles Loyauté.

24 septembre 1853 > Napoléon III prend possession de l'île.

1860 > L'île devient une colonie autonome.

1864 > Installation d'un établissement pénitentiaire à Nouville.

1874 > Création des statuts d'un gouvernement.

19 juin 1878 > Ataï, un chef de village, mène la révolte contre les colons pendant sept mois dans la région de La Foa et Bourail (côte Ouest).

1880 > La société Le Nickel est fondée (SLN).

1894 > Colonisation agricole.

1897 > Le bagne ferme ses portes.

1917 > Révolte kanake près de Koné.

1925 > Dernière vague de colonisation rurale.

12 mars 1942 > 17 000 soldats américains débarquent sur l'île.

1945 > Création d'un siège de député et droit de vote pour certains autochtones.

1946 > La Nouvelle-Calédonie devient territoire d'outre-mer.

1953 > Création de l'Union calédonienne (UC).

26 juillet 1957 > Droit de vote pour tous les Kanaks.

6 octobre 1957 > Élection de l'Assemblée territoriale.

1958 > L'Assemblée territoriale est dissoute.

17 décembre 1958 > Maintien du statut de TOM.

1972 > Les anti-autonomistes sont vainqueurs des élections.

Septembre 1975 > Festival Melanesia 2000.

1976 > Loi accordant une autonomie partielle.

1977 > Création d'un second siège de député.

1978 > Jacques Lafleur forme le Rassemblement pour la Calédonie dans la République (RPCR).

Mars 1982 > Les indépendantistes accèdent au pouvoir territorial et Jean-Marie Tjibaou devient président du Conseil du gouvernement.

Mai 1984 > Nouveau statut procurant des pouvoirs plus étendus au Conseil de gouvernement et création du Front de libération national kanak et socialiste (FLNKS).

31 août 1984 > Nouveau statut d'autonomie.

18 novembre 1984 > Élections territoriales.

1er décembre 1984 > Le FLNKS constitue un gouvernement provisoire.

5 décembre 1984 > Dix Kanaks sont assassinés lors d'une embuscade à proximité de Hienghène (Tiendanite).

11 janvier 1985 > Edgar Pisani se déclare favorable à " l'indépendance-association ", et Yves Tual est assassiné par un Mélanésien.

13 septembre 1987 > Consultation sur l'indépendance.

20 décembre 1987 > Un nouveau statut de l'île est voté par l'Assemblée nationale.

22 février 1988 > Un groupe d'indépendantistes attaque 22 gendarmes à Poindimié.

22 avril 1988 > Un autre groupe indépendantiste donne l'assaut à la gendarmerie de Fayoué sur l'île d'Ouvéa.

24 avril 1988 > Le FLNKS boycotte les élections mettant en place un nouveau statut.

26 juin 1988 > Jacques Lafleur et Jean-Marie Tjibaou signent les accords de Matignon stipulant que le gouvernement français gérera les affaires du territoire jusqu'en juillet 1989.

4 mai 1989 > Djubelly Wéa, membre du FULK, assassine Jean-Marie Tjibaou et Yeiwéné Yeiwéné à Ouvéa.

Mars 1990 > Paul Néaoutyne prend la présidence du FLNKS et exclut le FULK.

1992 > Le FULK est dissous.

1996 > Échec des négociations entre le FLNKS et le gouvernement.

27 décembre 1996 > Accord entre le FLNKS et le RPCR sur la souveraineté partagée avec la France.

1997 > Les leaders radicaux du FLNKS créent leur propre parti, le Comité de coordination des indépendantistes.

4 mai 1998 > Signature de l'Accord de Nouméa et inauguration du centre Tjibaou en présence du Premier ministre Lionel Jospin et de Marie-Claude Tjibaou, veuve du leader indépendantiste.

Novembre 1998 > Référendum sur l'autodétermination accepté à 80 %.

Février 1999 > Adoption du projet de loi sur l'avenir constitutionnel du territoire.

28 mai 1999 > Jean Lèques est élu président du premier gouvernement collégial de Nouvelle-Calédonie.

Janvier 2000 > Début du transfert de certaines compétences de l'État français vers la Nouvelle-Calédonie.

9 mai 2004 > Les élections provinciales modifient la donne politique en Nouvelle-Calédonie. Le parti du Rassemblement-UMP dirigé par Jacques Lafleur, l'homme fort du territoire jusque-là, ne conserve pas la majorité au Congrès. Les indépendantistes du FLNKS, divisés, perdent également des sièges. La liste L'Avenir Ensemble (centre droit), conduite par Didier Leroux, s'impose comme le grand gagnant du scrutin.

29 juin 2004 > Marie-Noëlle Thémereau est élue à la présidence du 5e gouvernement de la Nouvelle-Calédonie issu de l'Accord de Nouméa.

Avril-mai 2005 > Le Jacques-Cartier de la Marine nationale entreprend la sixième campagne de fouilles à Vanikoro pour retrouver les traces de La Pérouse. Les deux navires (dont le fameux Astrolabe) sont découverts. L'enquête sur les causes du naufrage n'est pas pour autant terminée.

7 août 2007 > Harold Martin, tête de liste de L'Avenir Ensemble, succède à Marie-Noëlle Thémereau à la présidence du gouvernement de Nouvelle-Calédonie.

8 juillet 2008 > Une grande partie du récif corallien de la Nouvelle-Calédonie a été ajoutée à la prestigieuse liste du patrimoine mondial de l'Unesco, une première pour un territoire français d'outre-mer.

2008 > Double anniversaire de deux accords historiques : l'Accord de Nouméa signé il y a 10 ans, et les accords de Matignon de 1988 qui ont mis fin à la quasi-guerre civile entre loyalistes " blancs " et indépendantistes kanaks.

Juin 2009 > Victoire de la droite non-indépendantiste aux élections provinciales de Nouvelle-Calédonie. Le Congrès élit le nouveau gouvernement : majorité pour une liste commune non-indépendantiste (7 sièges pour Calédonie Ensemble, Rassemblement-UMP, Avenir Ensemble et LMD ; 3 pour le FLNKS et 1 pour l'UNI). Philippe Gomès est président du gouvernement et Harold Martin président du Congrès.

Avril 2010 > Jacques Lafleur démissionne du Congrès après quarante ans de carrière politique. Il décède le 4 décembre en Australie, à l'âge de 78 ans.

Juillet-août 2010 > Le Congrès avance sur les signes identitaires prévus par l'Accord de Nouméa : l'hymne (Soyons unis, devenons frères), la devise (Terre de parole, terre de partage), le graphisme des billets de banque, et le drapeau. Il n'y aura pas de drapeau commun, mais deux drapeaux qui flottent côte à côte : le drapeau français et celui du FLNKS.

Février-juin 2011 > La démission du groupe FLNKS du gouvernement provoque de nouvelles élections. Harold Martin (Avenir Ensemble) est élu président du gouvernement après plusieurs scrutins provoqués par trois démissions consécutives du groupe Calédonie Ensemble. Résultats : majorité pour une liste commune non-indépendantiste (4 sièges pour le Rassemblement-UMP, Avenir Ensemble et LMD ; 3 pour Calédonie Ensemble ; 3 pour le FLNKS et 1 pour l'UNI). Rock Wamytan devient président du Congrès.

Septembre 2011 > Les XIVe Jeux du Pacifique se disputent en Nouvelle-Calédonie. Les Cagous remportent 288 médailles sur 905. La nageuse Lara Grangeon et les équipes de football et de basket-ball s'illustrent particulièrement.

Juin 2012 > Sonia Lagarde et Philippe Gomès (tous les deux Calédonie Ensemble, liste dissidente de droite loyaliste) sont élus députés des deux circonscriptions calédoniennes. C'est une grande déception pour le Rassemblement-UMP qui perd ses deux sièges et qui voit sa politique d'ouverture sanctionnée.

Octobre 2012 > Création du comité de pilotage sur l'avenir institutionnel de la Nouvelle-Calédonie pour préparer 2014

Décembre 2012 > le parti centre droit Calédonie Ensemble dépose une motion de censure pour renverser le gouvernement, mais 34 des 54 députés du Congrès votent contre. Le gouvernement est maintenu.

2013 > Le FLNKS prend la présidence tournante du groupe mélanésien Fer de Lance.

27 mars 2013 > Jean-Jacques Brot prend les fonctions de Haut-commissaire de la République.

10 avril 2013 > Première coulée de nickel dans l'usine du nord.

Mai 2013 > Une grève générale contre la vie chère paralyse le pays. Le gouvernement accepte de prendre des mesures nécessaires pour une baisse immédiate des prix.

18 août 2014 > Vincent Bouvier devient Haut-commissaire de la République.

1er avril 2015 > Philippe Germain est nommé Président du gouvernement de Nouvelle-Calédonie.

20 juin 2016 > Thierry Lataste devient Haut-commissaire de la République.

2014 - 2018 > Organisation d'un référendum d'autodétermination comme stipulé dans les accords de Nouméa signés en 1998. La date fixée par le Congrès est le 4 novembre 2018. Ce 4 novembre, les citoyens néo-calédoniens se verront poser la question : " Voulez-vous que la Nouvelle-Calédonie accède à la pleine souveraineté et devienne indépendante  ? ".

Premiers peuplements

Lors des glaciations, l'Australie, la Nouvelle-Guinée et la Tasmanie ne formaient qu'un seul continent, appelé Sahul. La Nouvelle-Calédonie émergea de ce continent il y a 100 millions d'années environ. Les premiers navigateurs quittèrent le continent Sunda, l'actuelle Indonésie, et s'installèrent en Nouvelle-Guinée et en Australie il y a environ 45 000 ans. Ils y inventèrent l'horticulture en jardins et domestiquèrent le cochon. À cette époque, le niveau de la mer était plus bas qu'aujourd'hui d'environ 150 m. À la fin des glaciations, il y a 10 000 ans, le niveau des mers remonta, dessinant les contours actuels de la Nouvelle-Calédonie. L'île accueillit ses premiers habitants il y a environ 5000 ans : les Austronésiens (nom donné à une vaste famille linguistique à laquelle se rattachent les langues parlées de Taïwan à Madagascar) s'installèrent dans les îles du Pacifique Sud. Les poteries retrouvées permettent de diviser la préhistoire de l'archipel en deux périodes. La période de Koné est marquée par la poterie Lapita et la poterie Podtanéan. La première, du nom du site où elle a été découverte, est décorée de nombreux motifs géométriques et devait servir au troc. Des motifs allongés caractérisent la seconde, certainement utilisée à des fins domestiques. Ces poteries ont été découvertes à l'embouchure de rivières, indice d'une culture tournée vers la mer. La période suivante, baptisée Naïa-Oundjo, s'achève avec l'ère coloniale. C'est de cette période que datent les pétroglyphes (signes gravés sur la pierre). Au nord s'est imposée la technique ancienne de la poterie au battoir. Ce type de céramique à anses très larges, nommée Oundjo, est également appelé " marmite kanake " par les Calédoniens. Au sud du territoire, le style dominant faisait la part belle aux fines poteries sans anses appelées Néra. La période Naïa-Oundjo correspond au peuplement de l'intérieur de l'île. Parallèlement, la terre s'impose comme l'une des clés de voûte de la culture kanake. Les clans déboisent les collines et développent les jardins horticoles puis les tarodières irriguées. Le travail de la terre fonde l'essentiel de l'activité productive et détermine une grande partie de l'organisation sociale. Les habitants qui résidaient sur la Grande Terre avant l'arrivée des Européens sont appelés Kanaks, terme signifiant " homme " en polynésien. Ils excellaient également dans l'art de la pierre polie.

Le temps des explorateurs

À la fin du XVe siècle, l'Europe rêve d'un vaste continent : Terra australis. Le Portugais Fernand de Magellan est le premier à tenter et à boucler le tour du monde à la voile (1519-1521). Découvrant à la pointe sud du continent américain le détroit qui porte aujourd'hui son nom, il s'aventure sur ce vaste océan qu'il nomme Pacifique, tant ses eaux lui semblaient calmes. En novembre 1521, il achève son périple aux Moluques (Singapour) et réalise du même coup la première circumnavigation. La route est désormais ouverte. Un siècle plus tard, en 1616, les Hollandais Isaac Le Maire et Willem Cornelius Schouten inscrivent également leur nom dans l'Histoire, en évitant le détroit de Magellan pour franchir un cap auquel ils donneront le nom de leur ville natale : Hoorn. Louis Antoine de Bougainville, un Français, prolonge les grandes expéditions maritimes des XVIe et XVIIe siècles avec son voyage autour du monde (1766-1769). En route vers la Nouvelle-Hollande (Nouvelle-Zélande), au sud de la Papouasie-Nouvelle-Guinée, il ne découvrira pas la Nouvelle-Calédonie, qu'il contourne par le nord, mais accoste à Tahiti qu'il décrit comme un paradis terrestre. Son journal entretient dans l'imaginaire francophone le mythe des mers du Pacifique Sud. Située à l'écart des routes maritimes, la Nouvelle-Calédonie ne sera localisée que tardivement, deux cents ans après l'Australie. James Cook et Antoine Bruny d'Entrecasteaux seront les premiers Européens à dresser avec précision les premières cartes de l'île. C'est le 4 septembre 1774 que la vigie du Resolution crie " Terre ! " alors que le navire, commandé par Cook, regagnait la Nouvelle-Zélande au cours de son second voyage à la recherche de l'hypothétique continent austral. Cook mouille au nord-est de l'île. Le navigateur nomme les lieux New Caledonia (nom donné par les Romains à l'Écosse). Il restera neuf jours à Balade, sur la côte est, nouant des relations cordiales avec les autochtones, avant de se rendre à l'île des Pins. Lors de leur séjour sur l'île, Cook et ses compatriotes admirent la culture des taros en terrasses et leur irrigation. Le naturaliste Forster, embarqué pour l'expédition, identifie le premier cas de gratte après l'ingestion d'un poisson échangé contre une étoffe. Cook lui-même sera sérieusement atteint. Avant de quitter l'île, le navigateur britannique offre au chef un couple de chiens roux et des cochons. La tribu accepte presque à contrecoeur tant ces animaux lui semblent affreux. Les Kanaks, soucieux néanmoins de ne pas froisser leurs invités de passage, acceptent le cadeau. Les porcs finiront sur un îlot mais se reproduiront ensuite sur l'ensemble du territoire. À la recherches des navires de La Pérouse disparus quatre ans auparavant dans le Pacifique, d'Entrecasteaux et Huon de Kermadec débarquent en Nouvelle-Calédonie en 1792. Le second décède prématurément peu de temps après et est enterré en catimini sur l'îlot de Poudioue, où sa tombe est toujours accessible. La devise bretonne atao da viquen (" toujours à jamais ") figure encore sur la stèle. D'Entrecasteaux doit également faire face à l'hostilité des Kanaks, qui voient d'un mauvais oeil l'arrivée des Européens. L'usage des armes à feu, inconnues à l'époque sur l'archipel, permet cependant aux équipages français de se tirer d'affaire. Les frégates poursuivent leurs recherches dans une ambiance délétère avant d'achever leur périple à Surabaya (Indonésie). Les Pays-Bas, qui occupent le port, sont en guerre contre la France, devenue une république après l'abolition de la monarchie en 1793 ; les royalistes apprennent alors la décapitation du roi, puis de la reine. Les bateaux sont donc saisis, les équipages dispersés et les découvertes confisquées. D'Entrecasteaux, miné par le scorbut, la fatigue et la sous-alimentation, meurt en mer, le 20 juillet 1793, au large de la Nouvelle-Guinée. Jules-Sébastien Dumont d'Urville part à son tour sur les traces de La Pérouse entre 1822 et 1829. Son nom reste attaché à la conquête du pôle Sud, qu'il baptisa Terre Adélie en hommage à sa femme. Dans sa quête, Dumont d'Urville accoste sur les îles Loyauté et explore l'île Britannia (Maré), l'île Chabrol (Lifou) et l'île Halgan (Ouvéa), avant l'arrivée des commerçants de santal. Néanmoins, ce sont essentiellement les Britanniques qui, depuis la fondation de Sydney en 1788, empruntent la route du thé et longent les côtes de la Nouvelle-Calédonie. Des noms anglais sont donc donnés aux îles entrevues, comme l'archipel des Loyalty Islands. Le santalier irlandais Peter Dillon devance même Dumont d'Urville et localise le site du naufrage de La Pérouse. L'anecdote est burlesque. Lors d'une relâche dans l'archipel des Fidji, le navigateur sauve d'une attaque d'anthropophages un Prussien, qu'il débarque sans cordialité sur une île proche. Treize ans plus tard, en 1827, Dillon, pris de remords, retourne sur Tikopia pour retrouver son ancien passager. Là, surprise, l'homme est vivant et intégré à la population locale, qui brandit des pièces métalliques. Les objets proviendraient de deux épaves échouées à Vanikoro. Dillon arme un navire à Calcutta, prévient Dumont d'Urville de sa découverte et se lance sur les traces de La Pérouse. Charles X, roi de France, avait en effet promis une récompense à celui qui retrouverait l'Astrolabe et la Boussole. Dillon touchera donc la prime. Les conditions du naufrage s'éclaircirent : lors d'une nuit de tempête, les bateaux échouèrent sur le rivage. Un premier groupe de rescapés, resté sur place, résista aux assauts des autochtones. Un second groupe construisit une embarcation de fortune et se lança sur l'océan. Le dernier survivant s'éteignit en 1824, trois ans avant le passage de Dillon. C'est l'Association Salomon de Nouvelle-Calédonie qui, en 1990, a apporté la preuve définitive du lieu du naufrage des deux frégates.

À la recherche de La Pérouse

Jean-François de La Pérouse quitte la rade de Brest en août 1785 à la tête de deux navires : l'Astrolabe et la Boussole. Louis XVI lui confie la mission de compléter les découvertes de Cook. Deux ans et demi plus tard, le 16 janvier 1788, il jette l'ancre à Botany Bay en Australie. La Couronne britannique y installe déjà ses comptoirs, dont un qui deviendra Sydney, et assure le peuplement de la colonie avec des forçats libérés. L'idée fera recette en Nouvelle-Calédonie. Le dernier contact officiel de La Pérouse remonte au 7 février 1788, date à laquelle il adresse un courrier au ministère de la Marine. Par la suite, la trace des équipages de l'Astrolabe et de la Boussole disparaît. Pour la petite histoire, un certain Napoléon Bonaparte devait prendre part à l'expédition, avant d'être finalement écarté...

La polémique perdure entre ceux qui ne lui accordent pas ce voyage faute de preuves et les partisans de La Pérouse, qui estiment que ce dernier a bien approché la Nouvelle-Calédonie conformément aux instructions royales : " La Pérouse viendra se mettre par la latitude de l'île des Pins [... ] il longera la côte et il s'assurera si cette terre n'est qu'une seule île ou si elle est formée de plusieurs ". Antoine Bruny d'Entrecasteaux, qui a fait toute sa carrière aux Indes et dans l'océan Indien, se voit confier à 54 ans la mission de retrouver la Boussole et l'Astrolabe et d'achever les travaux du navigateur français. Nous sommes en 1791, et en ces temps révolutionnaires, l'ambiance est tendue entre savants, royalistes et révolutionnaires.

Installations missionnaires et rattachement à la France

En 1840, deux catéchistes samoans de la London Missionary Society débarquent à l'île des Pins. Les Britanniques, non contents d'imposer leur loi, souhaitent également faire triompher leur dieu. Ils ont ainsi entamé, depuis le début du XIXe siècle, l'évangélisation d'une Polynésie aux moeurs jugées trop libres... En Nouvelle-Calédonie, deux missionnaires polynésiens sont également installés sur la Grande Terre. La conversion au protestantisme prend bien sur les îles Loyauté. Néanmoins, en 1842, les heurts entre tribus et une épidémie désastreuse conduisent un chef de clan à éliminer les Blancs, jugés responsables de ces malheurs. Les habitants des îles Loyauté demeurent aujourd'hui encore majoritairement protestants. Côté catholique, l'implantation débute à partir de décembre 1843 sous l'influence des pères maristes. Mgr Douarre installe ainsi la première mission catholique à Balade, sur la côte est. Napoléon III envoie l'amiral Auguste Febvrier-Despointes officialiser le rattachement des îles, jugé effectif à compter du 24 septembre 1853. Napoléon III cherche en effet des terres destinées à accueillir une nouvelle colonie pénitentiaire. Il en profite du même coup pour affirmer la présence française dans un océan Pacifique où l'Union Jack flotte allègrement, comme en Australie et en Nouvelle-Zélande. Tardy de Montravel, pour des raisons pratiques et stratégiques, crée le fort Constantine (du nom de son bateau) et fonde par la même occasion Port-de-France, en juin 1854, qui prendra le nom de Nouméa en mars 1866.

Baleiniers et santaliers

À partir du début du XIXe siècle, les baleiniers se multiplient dans les eaux calédoniennes, notamment à proximité des îles Loyauté. Une station d'extraction d'huile est construite à Lifou. Utilisée pour l'éclairage, l'huile de baleine est remplacée par le pétrole vers 1860. Le cours de l'histoire dans la région s'accélère, en 1841, lorsqu'un marin découvre du bois de santal sur l'île des Pins. Il revend l'information à un négociant australien, qui organise alors des convois et constitue des comptoirs sur les îles. Le coeur du bois de santal, à l'essence parfumée et raffinée, est extrêmement prisé des Chinois, qui l'utilisent pour la composition de l'encens. Le plus connu de ces santaliers reste le Britannique James Paddon, qui s'installera durablement et fondera en 1851 un petit village sur l'île Nou avant que la France ne lui rachète le terrain en 1862 pour la construction d'un bagne. Il fut le premier à construire un comptoir et à faire du commerce entre l'Australie et la Chine.

La colonisation

L'éloignement, les moustiques et l'hostilité bien compréhensible de certaines tribus kanakes empêchent un essor rapide de la colonisation, en dépit des incitations administratives. Deux cents Irlandais stationnés en Australie refuseront ainsi leur transfert vers cette terre jugée peu accueillante. À partir de 1856, ce n'est qu'au rythme de 20 civils par an, et 40 après 1862, que la France prend possession de l'archipel. La population totale est alors évaluée à 432 Européens. Les Kanaks n'apprécient évidemment pas l'expansion des Européens sur leurs terres, comme l'attestent les attaques de la mission de Saint-Louis et de la concession du Mont-Dore. Avec l'arrivée du gouverneur Guillain, et conformément à la loi de 1854 prévoyant l'installation de bagnes dans les colonies, la France contourne le problème de l'immigration et exile une main-d'oeuvre corvéable à merci : les bagnards ! Plus de 20 000 d'entre eux seront ainsi transportés sur le Caillou. Les 248 premiers transportés, arrivés le 9 mai 1864 après cent trente jours de mer, construisent les installations pénitentiaires destinées à accueillir leurs futurs " camarades ". Les suivants seront affectés aux grands travaux d'utilité publique : construction des routes, remblayage des marais... Plus tard, dans les années 1880, " aller au malheur " signifie " aller au bagne ". Les estimations tablent sur 22 000 bagnards envoyés ainsi sur le territoire entre 1864 et 1897, un nombre beaucoup plus important que la proportion d'habitants libres. Parmi les déportés politiques, Louise Michel et Henri Rochefort, communards célèbres, écriront leurs souvenirs. Des centres pénitentiaires sont installés progressivement sur l'ensemble du territoire : Diahot dans le nord, Koniambo, Bourail, La Foa, l'île Nou, l'îlot Brun, Ducos, Montravel, Prony, l'île des Pins, Maré et Lifou. La colonisation pénale vise donc à peupler et à développer l'archipel. Au bâton, les autorités substituent parfois la carotte, accordant une concession sur le domaine pénitentiaire (110 000 hectares) aux détenus les plus dociles. Avec les mariages et le rapprochement des familles, la colonisation pénale constitue donc la principale source de peuplement européen de l'île. De nombreux Calédoniens descendent de ces " chapeaux de paille ". À partir de 1894, l'île est transformée en colonie d'immigration volontaire ou sous contrat, et l'arrivée des bagnards cesse à partir de 1897. La dernière vague de colonisation rurale date, quant à elle, de 1925, avec l'implantation de deux cents familles du nord de la France venues cultiver le coton à Houaïlou, sur la côte est.

Déportés célèbres

Louise Michel est condamnée en 1871 à la déportation à cause de sa participation à la Commune, elle sera la première femme déportée. Elle se passionne pour l'île, écrit des pièces de théâtre qu'elle fera jouer par des autochtones et soutiendra l'insurrection des Kanaks en 1878. Amnistiée en 1880, elle quittera définitivement la Nouvelle-Calédonie pour Marseille. Ses légendes et chansons de geste kanaks sont le souvenir de cette expérience humaine. Le film de Solveig Anspach Louise Michel, la rebelle, tourné en Nouvelle-Calédonie et sorti en 2010, retrace le parcours de cette femme engagée.

Henri Rochefort, sa déportation est aussi politique. Marquis de Rochefort-Luçay, il se lance dans une carrière de journaliste et fonde La Lanterne où il attaque avec vigueur le régime impérial. Député de Paris, nommé membre du gouvernement de la Commune, il est condamné à la déportation mais s'échappe de Ducos au bout de quatre mois. À son retour en métropole en 1880, il est amnistié et entame la rédaction de ses aventures en Nouvelle-Calédonie. Son évasion fournira même le thème d'un tableau à Manet.

Événements de 1878 à 1940

L'insurrection kanake débute à La Foa et à Boulouparis, sur la côte ouest. De nombreux chefs de tribus, mécontents de l'extension des terres attribuées aux colons, des ravages causés par le bétail aux cultures vivrières et du déplacement des populations au sein de réserves, passent à l'attaque. Le 19 juin 1878, un colon est assassiné, point de départ de la grande révolte kanake. Ataï, chef du village de Kowalé, mènera la rébellion pendant sept mois autour de la région de La Foa et de Bourail. Le soulèvement entraîne la mort de deux cents personnes côté français, et près de deux mille Kanaks périssent au cours des combats ou suite à la répression. Ataï sera finalement décapité par des Kanaks de Canala armés par les Français. Sa tête sera envoyée au Musée de l'Homme à Paris... La fermeture du bagne en 1897, sur décision du gouverneur Feillet, ouvre un nouveau cycle dans le processus de colonisation du territoire et entérine les mutations à l'oeuvre. En effet, dès 1870, les aventuriers de tous bords affluent en Nouvelle-Calédonie à la recherche d'or, de cuivre, de chrome et de cobalt, bien avant l'intérêt suscité par le nickel. Pourtant, c'est en 1864 que Jules Garnier découvre le précieux minerai, qui fera la richesse de l'archipel et dont l'exploitation ne débute réellement qu'en 1874. Quelques années s'écoulent, avant la constitution, en 1880, de la société Le Nickel (SLN). Jusqu'en 1890, la Nouvelle-Calédonie assure 90 % des besoins mondiaux. L'arrivée au début du XXe siècle d'un nouveau producteur, le Canada, bouleverse le marché mondial. Les cours du minerai s'effondrent. Un tiers des mines du territoire reste exploité, mais les autres ferment les unes après les autres. Lors de la Première Guerre mondiale, des Néo-Calédoniens européens et kanaks viennent prêter main-forte aux Poilus sur le sol français. Deux mille combattants sont ainsi regroupés au sein du bataillon du Pacifique. En 1918, après l'attaque de Vesles et de Caumont, ils sont cités à l'ordre de l'armée. Le bataillon du Pacifique est reformé en 1940. La Nouvelle-Calédonie est alors la première colonie à rejoindre la France libre. Cette unité combattante, formée également de Tahitiens, se couvre de gloire sur tous les fronts.

La présence américaine

En 1940, la Nouvelle-Calédonie, isolée de la métropole et manquant de vivres, se tourne vers l'Australie et la Nouvelle-Zélande. La population à Nouméa et en brousse est largement favorable à l'appel du général de Gaulle. Des volontaires s'engagent alors dans le bataillon du Pacifique. L'attaque de Pearl Harbor, le 7 décembre 1941, étend la Seconde Guerre mondiale à l'ensemble du Pacifique. En 1942, les États-Unis choisissent la Nouvelle-Calédonie comme base de la contre-offensive contre le Japon. L'île, l'une des plus grandes du Pacifique Sud, dispose à la fois d'un relief adéquat pour la répartition des troupes et d'une ceinture de corail prévenant tout débarquement éventuel. Le 12 mars 1942, 17 000 soldats américains débarquent sur le sol calédonien et y diffusent leur culture : une autre façon de vivre, de s'amuser, de consommer, de penser. C'est l'époque " Ouaco ", du nom d'une conserve, du Coca-Cola™, des films hollywoodiens, des snack-bars, du whisky... Au plus fort de la bataille du Pacifique, cent trente mille hommes stationnent sur l'archipel, soit le double de la population autochtone. Les Américains mettent également en place de nombreuses infrastructures (routes, aéroports, etc.). Ils assainissent Nouméa, construisent des bâtiments modernes, comme le Pentagone de l'anse Vata et les " demi-lunes " que l'on retrouve encore sur tout le territoire. À partir de 1944, le théâtre des opérations s'éloigne de la Nouvelle-Calédonie et le départ progressif de l'US Navy est perçu comme la fin d'un certain âge d'or. Début 1946, il ne reste que quatre mille soldats, affectés aux travaux de récupération et de vente du matériel. Ambulances, camions, grues et réfrigérateurs sont vendus aux enchères - ou simplement coulés dans le lagon - et des conserves sont brûlées. C'est la fin d'une époque.

La question de l'indépendance

La loi du 23 juillet 1956 débouche sur une plus grande autonomie pour la Nouvelle-Calédonie. Le député Maurice Lenormand crée dans le même temps le mouvement de l'Union calédonienne (UC), au slogan révélateur : " Deux couleurs, un seul peuple ". La question de l'indépendance émerge alors. En 1975 se tient à Nouméa le festival Mélanésia 2000 (à l'endroit même où se dresse aujourd'hui le centre Tjibaou). Plus qu'une simple présentation des arts mélanésiens (danses, création, théâtre, etc.), il s'agit de redonner fierté et courage aux Kanaks et de relever la tête. En 1976, le statut de la Nouvelle-Calédonie évolue. Le Haut-commissaire représente le pouvoir central et assure l'unité nationale. Les autorités locales, représentées par l'Assemblée territoriale et le Conseil de gouvernement, jouissent de pouvoirs très étendus. En 1978, Jacques Lafleur forme avec les loyalistes le Rassemblement pour la Calédonie dans la République (RPCR). Parallèlement, Jean-Marie Tjibaou s'impose comme la figure de proue du mouvement indépendantiste.

Radicalisation du mouvement indépendantiste

En 1981, le secrétaire général de l'Union calédonienne, Pierre Delercq, est assassiné. La tension politique s'aggrave. Les indépendantistes accèdent cependant au pouvoir territorial en mars 1982. Jean-Marie Tjibaou est alors nommé président du Conseil de gouvernement. La crise se prolonge. Dans ce contexte, le ministre des DOM-TOM, Georges Lemoine, organise une réunion de concertation entre les différents protagonistes. Le 12 juillet 1983, suite à cette table ronde, une déclaration officielle avance que le peuple kanak est le " premier occupant du territoire " et qu'il bénéficie d'un " droit inné et actif à l'indépendance " sur les bases du principe d'autodétermination. Le RPCR refuse de signer la déclaration. Dès mai 1984, un nouveau statut assure des pouvoirs très étendus au Conseil de gouvernement. Un comité prépare le scrutin d'autodétermination prévu pour 1989. Les indépendantistes s'y opposent, et Tjibaou fonde le Front de libération national kanak et socialiste (FLNKS). Les élections territoriales du 18 novembre 1984 se déroulent dans un climat délétère. Éloi Machoro, autre chef de file indépendantiste, détruit une urne à coups de hache dans la commune de Thio, sur la côte est. Des résidents de brousse fuient alors certaines régions par crainte des violences. Le 1er décembre 1984, le FLNKS constitue un gouvernement provisoire. Ce même jour, Edgard Pisani est nommé délégué du gouvernement français. Le 5 décembre, des métis qui refusaient de quitter leurs terres tuent dix Kanaks lors d'une embuscade à Tiendanite, à proximité de Hienghène. Deux des frères de Jean-Marie Tjibaou périssent au cours de l'attaque. En guise de représailles, trois Européens meurent à Bourail dans un incendie criminel. Le 11 janvier 1985, Pisani se déclare favorable à " l'indépendance-association ". Les loyalistes réfutent ce concept et le FLNKS apparaît très réservé quant à son application. Le 11 janvier 1985, le jeune Yves Tual est assassiné par un Kanak. Les Européens manifestent violemment à Nouméa. Le 12 janvier, le groupe d'intervention de la gendarmerie nationale (GIGN) repère Éloi Machoro et son lieutenant Nonnaro à proximité de La Foa (côte ouest). Les forces de l'ordre prennent position et abattent les deux hommes dans des circonstances encore non élucidées. Héros et martyr pour les indépendantistes, dangereux extrémiste pour les loyalistes, Éloi Machoro a été élevé au rang de Che Guevara calédonien. Une réunion extraordinaire du Conseil des ministres se tient le 25 avril 1985, au cours de laquelle est prise la décision d'organiser un scrutin d'autodétermination avant le 31 décembre 1987. Dans la foulée, Pisani est nommé ministre chargé de " l'affaire Nouvelle-Calédonie ". Il s'emploie à préparer des ordonnances, qui sont adoptées en septembre et en novembre 1985. En mars 1986, le Parti socialiste perd les élections législatives. Bernard Pons, membre du Rassemblement pour la République (RPR), prend en charge le ministère des DOM-TOM. Des fonds importants sont débloqués, destinés à relancer l'économie et à indemniser les victimes des exactions passées. Un rééquilibrage des institutions s'opère : le territoire retrouve des pouvoirs auparavant conférés aux régions, lesquelles étaient contrôlées en majorité par les indépendantistes. Ces derniers souhaitent limiter la composition du corps électoral aux Kanaks et aux descendants des premiers colons, persuadés d'obtenir ainsi la majorité. Après négociation, les électeurs autorisés à participer à la consultation devront être inscrits sur les listes électorales du territoire et résider sur l'archipel depuis au moins trois ans. La consultation a lieu le 13 septembre 1987. Le FLNKS, opposé à la composition du corps électoral, opte pour un boycott non violent du scrutin. En dépit des pressions politiques exercées sur les broussards, 59 % des électeurs prennent part au vote et se positionnent à 98,13 % pour le maintien au sein de la République française. Le FLNKS mesure l'ampleur de son échec, sensible jusque dans l'enceinte de l'ONU, où le mouvement indépendantiste perd de nombreux soutiens. Pons élabore, le 20 décembre 1987, un nouveau statut voté par l'Assemblée nationale. Au sein même du FLNKS, des divergences apparaissent entre partisans de l'action violente et partisans de la concertation. Peu après, le tribunal de Nouméa acquitte les colons responsables de la mort des Kanaks de Hienghène, arguant de la légitime défense. La décision du tribunal est contestée par la partie civile qui parle de " justice coloniale ". Tjibaou en appelle à la résistance, à Yaté, au cours du dix-huitième congrès de l'Union calédonienne. À Sydney, en Australie, il affirme que " l'opinion publique ne réagira que s'il y a plus de sang ". De nouvelles élections, destinées à l'adoption du nouveau statut, sont fixées au 24 avril 1988. Le FLNKS est alors minoritaire au sein du corps électoral et décide de boycotter les élections. Ne présentant aucun candidat, il perd la direction des trois régions qu'il contrôlait et tente alors d'empêcher la mise sur pied des nouvelles institutions. Le 22 février 1988, un groupe d'indépendantistes attaque vingt-deux gendarmes à Poindimié ; neuf d'entre eux sont pris en otage pendant douze heures. Le 22 avril 1988, un autre groupuscule indépendantiste se lance à l'assaut de la gendarmerie de Fayaoué sur l'île d'Ouvéa. Quatre gendarmes sont tués et 30 pris en otage dans l'une des grottes de l'île. La violence s'étend ensuite aux régions de Canala et de Thio, sur la côte est. Des épouses de gendarmes sont violemment molestées, et des anti-indépendantistes sont également assassinés dans la brousse. Le scrutin se déroule donc dans un climat d'extrême tension. Le 5 mai, les forces de l'ordre donnent l'assaut à la grotte d'Ouvéa où étaient retenus prisonniers les gendarmes. Dix-neuf indépendantistes et deux militaires trouvent la mort au cours de l'affrontement.

Les accords de Matignon et le référendum de 1988

Michel Rocard, Premier ministre depuis le changement de majorité en 1988, cherche à débloquer la situation. Des personnalités religieuses tentent de concilier les parties en présence. Bernard Grasset est nommé Haut-commissaire et Louis Le Pensec succède à Bernard Pons comme ministre des DOM-TOM. Le 26 juin 1988, Lafleur et Tjibaou négocient et signent l'accord historique de Matignon, stipulant que le gouvernement français gère directement les affaires du territoire jusqu'en juillet 1989. Un nouveau statut devra être entériné lors d'un référendum national suivi dix ans plus tard, en 1998, d'un référendum en Nouvelle-Calédonie. Seules les personnes nées sur le territoire et présentes en 1987 pourront y prendre part. La frange radicale du FLNKS - le Front uni de la libération kanak (FULK) de Yan Céléné Uregéi - accuse Tjibaou de connivence avec le RPCR, qui accepte de son côté les nouvelles dispositions. Les éléments les moins radicaux se retrouvent à Paris pour une réunion de conciliation. Le FLNKS et le RPCR s'accordent sur le texte du référendum, prévu pour novembre 1988. Seuls les individus résidant en 1989 sur le territoire, et ce jusqu'au référendum, sont autorisés à participer à la consultation de 1998. L'accord prévoit également le déblocage d'investissements importants pour les régions les plus isolées et les moins développées de l'archipel. Une amnistie est également mise en place et largement appliquée. Les électeurs en métropole brillent par leur indifférence. Le 6 novembre 1988, jour du référendum, le taux d'abstention atteint 62,19 %. Le 4 mai 1989, un membre du FULK, Djubelly Wéa, assassine Tjibaou et Yeiwéné Yeiwéné, en déplacement sur l'île d'Ouvéa pour la commémoration de la mort des dix-neuf Kanaks tués par les forces de l'ordre lors de l'assaut de la grotte de Gossanah. Le camp indépendantiste perd ses deux chefs spirituels. Vu comme l'homme de la réconciliation après les " événements d'Ouvéa " et la signature des accords de Matignon en 1988, Tjibaou était accusé par les indépendantistes les plus radicaux d'avoir abandonné la cause.

Vers l'accord de Nouméa de 1998

Un an plus tard, en mars 1990, Paul Néaoutyine (Palika) prend la présidence du FLNKS. Le FULK, favorable à une indépendance immédiate et opposé aux accords de Matignon, est exclu du mouvement. Toutes les forces politiques de la Nouvelle-Calédonie convergent alors vers l'échéance de 1998. Le FLNKS souhaite obtenir les ressources minières préalablement à toute autre négociation. En 1996, la société Eramet, actionnaire central de la SLN (Société Le Nickel), refuse catégoriquement d'abandonner le massif minier de Koniambo à la Société minière du Sud Pacifique (SMSP) en échange du gisement de la Thiébaghi, dans le Nord. La tension s'élève et les leaders historiques du FLNKS sont évincés par les tenants de la ligne dure. En 1997, les chefs de file indépendantistes mis sur la touche créent le Comité de coordination des indépendantistes (CCI) et négocient directement avec le RPCR, court-circuitant les radicaux. En février 1998, le gouvernement français obtient l'accord de la société Eramet pour l'échange des massifs miniers. La résolution du problème minier ouvre de nouvelles perspectives. Le Premier ministre, Lionel Jospin, inaugure alors le Centre culturel Jean-Marie-Tjibaou le 4 mai 1998, et signe dans la foulée l'accord de Nouméa, qui garantit la " souveraineté partagée " entre l'État et le territoire pour une durée de quinze à vingt ans, à l'issue de laquelle les Calédoniens décideront de leur avenir par référendum. Le 22 avril 1998, les gendarmes et les indépendantistes se retrouvent à Gossanah (Ouvéa) pour une cérémonie de réconciliation et de souvenir. En novembre 1998, le référendum tant attendu se déroule dans le calme. Le taux de participation record prouve l'intérêt des Calédoniens pour l'avenir de l'archipel. L'accord de Nouméa est accepté. Le projet de loi sur l'avenir constitutionnel du territoire est donc adopté en février 1999. Le 28 mai 1999, Jean Lequès est élu président du premier gouvernement de la Nouvelle-Calédonie.

Des institutions chaotiques

Cinq ans plus tard, le 9 mai 2004, les élections provinciales modifient la donne politique. Le parti du Rassemblement-UMP (anciennement RPCR) dirigé par Jacques Lafleur, l'homme fort du pays jusque-là, ne conserve pas la majorité au Congrès. Les indépendantistes du FLNKS, divisés, perdent également des sièges. La liste L'Avenir Ensemble (centre-droit) s'impose comme le grand gagnant du scrutin. Lafleur démissionne et Pierre Frogier devient l'homme fort du Rassemblement-UMP. La formation du gouvernement ne se fait pas sans rebondissements. Compte tenu des résultats des élections, L'Avenir Ensemble et le Rassemblement-UMP doivent compter chacun quatre membres au gouvernement, alors que les indépendantistes n'en comptent que trois. Or l'élection du 10 juin 2004 aboutit à un déséquilibre : 5 membres à L'Avenir Ensemble contre 3 seulement au RPCR, à égalité avec les indépendantistes, la faute à une élue du Rassemblement-UMP, Suzie Vigouroux, qui a faussé les résultats. Marie-Noëlle Thémereau (tête de liste de L'Avenir Ensemble) est donc élue présidente, tandis que la liste de Pierre Frogier démissionne immédiatement. C'est le début d'une crise institutionnelle. Lors du nouveau vote organisé au Congrès le 24 juin 2004 pour former le gouvernement, L'Avenir Ensemble et le Rassemblement-UMP sont à égalité avec 4 membres chacun, mais il reste à élire un président à la majorité absolue. C'est finalement Frogier qui apporte la solution en soutenant Thémereau, élue donc présidente de ce nouveau gouvernement. En mai 2009, les électeurs sont appelés à voter une nouvelle fois, pour les élections provinciales. À l'issue du scrutin, la droite loyaliste reste majoritaire, malgré une progression des indépendantistes, obtenant 31 sièges sur 54 au Congrès. Avec 13 sièges, le Rassemblement-UMP est devenu le premier groupe du Congrès. Comme à chaque début de mandature, le Congrès élit à la proportionnelle le gouvernement de la Nouvelle-Calédonie. Sur 11 membres, 7 ont été élus sur une liste commune non indépendantiste (3 Calédonie Ensemble, 3 Rassemblement-UMP et 1 LMD), 3 sur une liste FLNKS dominée par l'UC (2 UC et 1 FLNKS proche de l'UC) et 1 sur la liste UNI-Palika. Philippe Gomès est élu président de ce gouvernement. Mais en février 2011, le groupe FLNKS démissionne, provoquant de nouvelles élections. Rock Wamytan devient le nouveau président du Congrès, mais il faudra trois scrutins consécutifs entre mars et juin 2011 pour constituer un nouveau gouvernement, car de nouvelles alliances ont vu le jour avec Calédonie Ensemble, qui a quitté la coalition des forces loyalistes. En juin 2011, Harold Martin est finalement le nouveau président du gouvernement, avec un nouveau rapport de force : 4 sièges pour le Rassemblement-UMP, L'Avenir Ensemble et LMD, 3 sièges pour Calédonie Ensemble, 3 sièges pour le FLNKS et 1 siège pour l'UNI. Depuis le 5 juin 2014, Cynthia Ligeard (UMP) a récupéré le fauteuil de président d'Harold Martin suite aux élections provinciales du mois de mai. En décembre 2014 la démission de plusieurs membres du gouvernement entraîne un changement de dirigeants, mais les guerres internes des partis politiques crée une absence de majorité absolue au sein du gouvernement. Ce n'est qu'en juin 2015, après plusieurs mois de flou politique que Philippe Germain, candidat de Calédonie Ensemble, est élu président du gouvernement. Le 31 août 2017, un nouveau gouvernement est élu. Cependant, il n'est opérationnel que depuis décembre 2017, avec la réélection de Philippe Germain Président) et l'élection de Jean-Louis d'Anglebermes (UC-FLNKS et Nationalistes) comme Vice-Président.

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