Guide du Chili : Arts et culture

Les arts et la culture du Chili ont indéniablement une origine occidentale. Espagnole, tout d'abord, suite à la colonisation du pays (du moins sa partie nord et centrale) à partir du XVIe siècle. L'influence française, véhiculée par les idées du siècle des Lumières, se fera sentir à la fin du XVIIIe siècle, avec les prémices de l'indépendance chilienne. A la fin du XIXe siècle, la culture allemande marquera notamment les domaines de la musique et du ballet, ainsi que de l'architecture, comme la culture anglaise (maisons de style victorien à Valparaíso notamment).

Pourtant, l'influence autochtone (mapuche notamment) reste visible dans certains domaines comme la gastronomie, les vêtements, les danses, et en général l'art et l'artisanat.

Après avoir joué un rôle important dans la résistance contre le régime de Pinochet, les milieux artistiques et culturels participent aujourd'hui au développement de nouvelles formes d'expression. Les moyens mis à leur disposition par le gouvernement restent assez faibles, malgré un essor considérable du nombre de festivals et carnavals, notamment dans la région métropolitaine et celle de Valparaíso/Viña del Mar, en été.

Architecture

Il n'existe pas d'architecture chilienne à proprement parler mis à part un sens presque inné de la maîtrise des normes sismiques dans le pays le plus concerné au monde. Les architectes japonais prennent même exemple sur leurs homologues chiliens pour renforcer la sécurité en cas de tremblement de terre. Sous les bâtiments d'épais piliers en caoutchouc et en acier jouent un rôle essentiel en cas de séisme : la structure est isolée du sol. L'isolateur fonctionne comme un amortisseur qui se déforme sous l'effet d'une secousse et en minimise les effets. Malgré de puissants séismes, les bâtiments conçus de cette façon n'ont pas bougé !

Au sud, comme sur l'archipel de Chiloé, les palafitos, maisons de bois sur pilotis, ont fait leurs preuves, avec un mouvement de balancement caractéristique qui donne l'impression de flotter sur l'eau. Une technique pour s'adapter au mouvement des marées et surtout, à celui des sols. Au nord, vers Atacama, l'adobe fait foi : ces constructions basses d'argile et de paille maintiennent la chaleur en dehors et participent au charme certain de ces régions.

Architecture coloniale. Aujourd'hui, et malgré les multiples tremblements de terre qui ont détruit une partie de ce patrimoine, il est encore possible d'admirer les bâtiments coloniaux datant, pour la majorité, du XVIe et du XVIIe siècle. A Santiago, la Casa de La Moneda ou encore la Plaza de Armas sont typiques de cette architecture coloniale et de nombreuses villes chiliennes témoignent de sa splendeur. Que ce soit au nord ou au sud du pays, on peut voir également de nombreuses églises, aux façades blanches ou colorées, dont le mélange des différentes influences révèle la présence de différents colons, espagnols, allemands ou anglais. A l'époque coloniale, de nombreuses villes ont été construites selon des directives précises de la Couronne espagnole. Parmi ces directives, la fameuse Plaza mayor - ou Plaza de Armas - que l'on retrouve un peu partout au Chili (et en Amérique latine) dès lors que l'on se situe en ville. Carrée et bordée de bâtiments administratifs, elle accueille généralement église ou cathédrale.

Architecture moderne. Même si le pays offre souvent des panoramas urbains peu attractifs, il coexiste désormais des monuments restaurés, des constructions plus modernes et d'autres plus anciennes, où chaque coin de rue peut surprendre et vous faire voyager dans le passé. En terme d'architecture moderne, le Chili connaît désormais un essor tout particulier depuis ces vingt dernières années. Dans les années 1990, des facteurs propices au développement d'une nouvelle architecture, comme la stabilité économique et politique, ont permis aux architectes chiliens de s'exprimer, d'innover et d'occuper le devant de la scène. Ainsi, de nouveaux espaces urbains ont été investis, et certaines constructions très modernes se sont fait une place dans le paysage architectural. Encore une fois, le contexte économique et politique a favorisé cette renaissance : la fin de la dictature, l'ouverture à l'international ou encore le redressement du marché de l'immobilier ont été des facteurs favorables à ce tournant moderne. À noter également que le Chili possède désormais la tour la plus haute d'Amérique latine : la Tour Costanera et ses 300 m de haut au coeur du quartier Providencia de Santiago offre un panorama unique sur la ville.

Depuis quelques années, l'architecture chilienne est saluée à l'international. En 2016, le prix Pritzker - considéré comme le Prix Nobel d'architecture - remis à Alejandro Aravena, a permis de faire connaître le travail développé par de nombreux architectes du pays. Symbole de l'architecture urbaine et sociale, cet architecte est notamment célèbre pour ses demi-maisons : " Nous préférons construire la moitié d'une bonne maison plutôt qu'un mauvais logement ". Il a notamment réalisé le design de quelques écoles de l'Universidad Catolica de Santiago et s'est engagé dans la reconstruction de nombreux bâtiments suite au tsunami de 2010. Smillent Radic fait aussi partie de cette génération d'architectes chiliens impliqués en tant que novateur dans l'espace urbain. Il fut mandaté par la galerie londonienne La Serpentine pour la réalisation de son Pavillon d'été 2014. Conçu comme un espace social et polyvalent, cette création transpire véritablement les maîtres-mots de la nouvelle ère architecturale : écologie, design et collaboration. Une génération d'heureux bâtisseurs semble donc être née !

Qhapaq Ñan, la route de l'inca inscrite à l’UNESCO

Qhapaq Ñan, le Chemin de l'Inca, vaste réseau routier qui compta jusqu'à 6 000 km de voies tracées au XVe siècle par les Incas pour rallier les confins de l'empire, est inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO depuis 2014. Qhapaq Ñan chemine entre 2 500 et 5 000 m d'altitude, sur un sentier ou une route de 20 m de large, souvent pavés ou semés de pierres, avec un degré de finition et d'ingénierie qui émerveillent depuis toujours les archéologues. En débarquant au XVIe siècle, les conquistadores espagnols le comparèrent même au réseau de voies de l'Empire romain ! Le Pérou, la Bolivie, l'Equateur, la Colombie, le Chili et l'Argentine, traversés à des degrés divers par ce maillage, ont collaboré ensemble pour déposer la candidature de l'UNESCO.

Artisanat

Ce n'est pas le Pérou ! Si vous vous rendez dans l'un des pays voisins, notamment la Bolivie ou le Pérou, vous feriez mieux d'attendre : qualité tout aussi satisfaisante, choix beaucoup plus vaste, et surtout prix beaucoup plus attractifs. Néanmoins, pour les amateurs, il y a quand même des opportunités :

Le village communautaire de Lirima, près de Pozo Almonte, dans la région I, est réputé pour ses textiles artisanaux. Cette localité fut fondée il y a quelques années seulement par un groupe de familles aymaras.

Les textiles de La Ligua, au nord de Santiago, sont très fameux ; il existe des centaines de petites industries, et l'offre est donc beaucoup plus large. Du lundi au samedi, vous pouvez vous balader dans les rues Ortiz de Rosa, Portales ou Papudo à la recherche de votre souvenir préféré.

A Santiago même, le Pueblito de Los Dominicos est le plus grand centre artisanal de la capitale chilienne. Nombreux produits offerts... à des prix qui ne vous satisferont peut-être pas totalement.

Le village de Pomaire, dans les environs de Santiago, est réputé pour ses céramiques (miniatures, décoratives, utilitaires). Profitez-en pour vous payer une bonne petite bouffe dans l'un des nombreux restaurants estampillés " typiques " du coin (de fait, la cuisine est vraiment traditionnelle).

A Doñihue, près de Rancagua, on découvrira avec plaisir les chamanteras, qui tissent le poncho et la couverture qui caractérisent le huaso, cow-boy chilien. Le travail est très exigeant, et les dessins, artisanaux, sont souvent convaincants. Même si vous n'achetez rien (cas le plus probable), la visite vaut un coup d'oeil : elle est très instructive et vous serez spécialement bien reçu.

A Chiloé, on tisse des pulls, des chaussettes ou des bonnets en laine qui vous abriteront du froid patagon.

Il existe bien d'autres petits villages qui proposent leur artisanat local, vous les découvrirez sans doute au cours de votre périple.

Dans de nombreuses grandes villes, le marché local propose en général une certaine sélection d'artisanat. Parfois, ces centres se situent à l'intérieur même du marché, parfois à côté, parfois dans les parages.

Que rapporter de son voyage ?

Du sud au nord, on sera tenté par les couvertures ou bonnets tricotés à Chiloé, par l'artisanat mapuche confectionné dans la région de Temuco ou par les poteries de Pomaire (tirelire cochon, assiettes, casseroles...). Vous pouvez également craquer pour les affiches décoratives de Valparaíso ou pour les spécialités des Andes à l'image des ponchos en laine d'alpaga ou de lama (si vous ne traversez pas la frontière).

Le Chili est aussi réputé pour ses pierres précieuses ; c'est un des seuls pays au monde où l'on trouve des lapis-lazuli (pierre bleu foncé), de nombreuses boutiques proposent des bijoux dans le quartier Bellavista de Santiago mais vous en trouverez aussi en Patagonie. Sans oublier bien sûr, si vous faites un passage par l'île de Pâques, de remporter l'incontournable statue moai, sculptée en lave volcanique de l'île !

Les passionnés de foot achèteront un maillot de la Roja ou du club de Colo-Colo et on n'oubliera pas enfin de mettre dans sa valise une bonne bouteille de vin chilien ou de pisco.

Cinéma

Les débuts. Il existe une production chilienne de l'époque du cinéma muet et du début du cinéma parlé assez riche, et que l'on a récemment commencé à redécouvrir.

Mais c'est la création des studios de Chile Films, en 1941, qui marque le véritable début du cinéma chilien sous le gouvernement du Front populaire. Toutefois, les productions d'alors sont coûteuses, de mauvaise qualité. La recherche d'une identité propre s'amorce dans les années 1960 avec le tournant décisif que représente le Festival du cinéma latino-américain à Viña del Mar, en 1967. Cette rencontre donnera naissance au Nuevo Cine Chileno (nouveau cinéma chilien).

Trois longs-métrages représentent les chefs-d'oeuvre du cinéma chilien : El Chacal de Nahueltoro, de Miguel Littín, Valparaíso, mi amor, d'Aldo Francia et Los Tres Tigres, de Raoul Ruiz.

Sous le gouvernement de Pinochet, certains cinéastes militants et engagés continuent à produire, malgré la fermeture des unités de production, des films qui seront parfois primés à l'étranger (La Bataille du Chili, de Patricio Guzman, Vive le président, de Manuel Littin). Egalement, deux films d'Alejandro Jodorowsky, plus connu pour ses scénarios de BD : Santa Sangre et El Topo, transposition du mythe hébreu du Golem. La Luna en el espejo, de Silvio Caiozzi (1990), film basé sur une idée du romancier Donoso, et La Frontera, de Ricardo Larrain (1991), ont été de beaux succès, juste au moment du retour à la démocratie.

Le renouveau du cinéma chilien. Machuca, d'Andrés Wood (2004), a été un grand succès, et a même été diffusé en France. Ce film évoque la période du coup d'Etat militaire au travers de l'amitié entre deux garçons, l'un de famille bourgeoise, l'autre d'une población en situation d'extrême pauvreté. La Buena Vida (2008) de Wood, est une autre très bonne production.

Si certains films, comme Sexo con amor (2003), vu par plus d'un million de spectateurs au Chili, Cachimba, Mala leche (2004), En la cama (Matías Bize, 2005) et Fuga (2006) ont contribué à l'essor d'un cinéma souvent hasardeux et sans véritable ligne directrice (ce sont surtout des comédies légères et inintelligibles pour qui ignore tout de ce pays), depuis peu, la qualité a nettement augmenté.

Ainsi, en 2009, La nana, dirigée par Sebastián Silva, a obtenu une belle reconnaissance internationale. L'année 2012 a été exceptionnelle pour le cinéma chilien, avec pas moins de 27 productions nationales dont De jueves a Domingo (premier film de Dominga Sotomayor, vainqueur du Tigre du meilleur film de Rotterdam début 2012), Joven y alocada (Marialy Rivas, prix du meilleur scénario au festival de Sundance 2012) ou Violeta se fue a los cielos (Andrés Wood, 2011, sur la vie de la grande musicienne chilienne Violeta Parra, Grand Prix International du Jury au festival Sundance de 2012).

Début 2013, No, de Pablo Larrain (évoquant le référendum perdu par Pinochet en 1988, et une adaptation de l'oeuvre de théâtre El Plebiscito, d'Antonio Skármeta), a été nommé à l'Oscar du meilleur film étranger, témoignant d'un évident renouveau du cinéma chilien (c'est la première fois qu'un film chilien est nommé pour cette compétition). Larrain est devenu un cinéaste de premier plan et n'hésite pas à s'attaquer à deux grandes figures du XXe siècle, Pablo Neruda et Jackie Kennedy, pour réaliser des biopics originaux, tous deux sortis en 2016.

L'actualité. Aujourd'hui, de nombreuses villes chiliennes, comme Valdivia, Valparaíso ou Viña del Mar se targuent de festivals cinématographiques intéressants. Plusieurs excellents metteurs en scène (Pablo Larrain, Sebastián Lelio, Carolina Adriazola, Fernando Lavanderos, Dominga Sotomayor...) permettent d'espérer de nouvelles réalisations de grande qualité.

Cependant, malgré la frénésie de production actuelle et la qualité artistique de nombreuses oeuvres, les salles chiliennes restent submergées par les blockbusters américains, laissant de côté les productions nationales.

Littérature

Les premiers pas. On recense les premières manifestations d'une littérature chilienne dans les correspondances qu'entretenait Pedro de Valdivia avec son souverain Charles Quint en 1554. Mais l'oeuvre la plus significative de l'époque est le poème épique La Araucana, écrit entre 1569 et 1589 par Alonso de Ercilla, et qui raconte l'héroïque résistance des Araucans (Mapuche) contre la domination espagnole.

La conquête est un thème qui inspira de nombreux écrivains chiliens tout au long des XVIIe et XVIIIe siècles. Tous les regards de la " bonne société " sont alors tournés vers Lima, où réside le vice-roi. L'indépendance voit émerger une nouvelle littérature d'idées, inspirée des philosophes des Lumières et dont André Bello, d'origine vénézuélienne (et fondateur de l'université de Santiago), est le précurseur. Le Chili se développe alors rapidement, incitant les auteurs à réfléchir sur des problèmes spécifiquement nationaux.

Au milieu du XIXe siècle, le réalisme chilien naît sous la plume d'Alberto Blest Gana (le père du roman chilien). C'est avec le talent d'un Balzac qu'il décrit les moeurs de la société chilienne des années 1850, notamment dans Martin Rivas ou L'Arithmétique de l'amour.

Le mouvement créole se manifeste au début du XXe siècle, poursuivant le travail du réalisme mais davantage axé sur la réalité des campagnes chiliennes. On peut ainsi lire Subsole de Baldomero Lillo, publié en 1907, un recueil de contes décrivant la vie des paysans et des pêcheurs.

Vers 1925, l'imaginismo chercha à rejeter cette littérature ancrée dans la terre, en vantant les pouvoirs de l'imagination. La revue Letras, créée en 1928, en est un fidèle témoignage.

Puis vint La Mandragore, groupe de poètes surréalistes fondé en 1938 autour de Teófilo Cid, Enrique Gómez Correa et Braulio Arenas, et le mouvement néo-créole des années 1940 (davantage impliqué dans les réalités socio-politiques du pays et un certain régionalisme marxisant), autour de Nicomedes Guzmán, dont on lira Los hombres oscuros, La sangre y la esperanza ou La luz viene del mar, et Gonzalo Drago (Cobre et Surcos notamment).

La littérature contemporaine est très riche : José Donoso, Prix national de littérature en 1990 et dont l'oeuvre majeure est L'Obscène Oiseau de la nuit ; Manuel Rojas et son Fils de voleur, ou Jorge Edwards, Prix national de littérature en 1994 pour L'Amphitryon.

Cette littérature a même débordé le cadre national puisque trois de ces auteurs connaissent un succès mérité en France : Isabel Allende, avec des ouvrages comme Casa de los espiritus (La Maison des esprits) ou Les Contes d'Eva Luna ; le défunt Francisco Coloane (Terre de Feu, Cap Horn ou El Guanaco) et Luis Sepúlveda dont le roman le plus célèbre est Le Vieux qui lisait des romans d'amour (à lire aussi Un nom de torero, Le Monde du bout du monde, ou encore Patagonia Express).

Evoquons encore trois artistes chiliens moins connus, mais de grande qualité : l'écrivain du nord et de la pampa, Hernán Rivera Letelier (né en 1950, on lira notamment La Reina Isabel cantaba rancheras, publié en 1994), Roberto Bolaño (1953-2003) qui, avec ses trois fameux romans Los detectives salvajes (1988), Rómulo Gallegos (1999) et 2666 (posthume), est aujourd'hui considéré comme l'un des plus grands écrivains en langue espagnole de ces 40 dernières années ; et María Luisa Bombal (1910-1980), à qui l'on doit La última niebla ou La amortadaja.

Le Chili excelle surtout dans le domaine de la poésie. Les poètes les plus connus sont Gabriela Mistral, Pablo Neruda, tous deux prix Nobel, respectivement en 1945 et 1971, mais aussi Vicente Huidobro, inventeur du créationnisme.

Gabriela Mistral dont la vie fut marquée par de nombreuses morts, nous livre une poésie tragique, teintée de références au passé indigène (mapuche), dont elle se réclame. La poésie foisonnante de Pablo Neruda a donné au monde l'un des plus beaux poèmes de l'histoire de l'Amérique latine, El Canto general, et ses Veinte Poemas de amor y una canción desesperada nous pèsent encore sur le coeur.

Au début du siècle, Vincente Huidrobo fréquenta les surréalistes à Paris et fonda le créationnisme, religion poétique non figurative où " el adjectivo si no da vida mata " (l'adjectif, s'il ne donne vie, tue). Son oeuvre majeure est Altazor ou le voyage en parachute.

Plus tard, l'anti-poésie de Nicanor Parra explose dans le recueil Poesia y antipoesia, publié en 1954. Nicanor, le frère de Violeta, y rejette le rôle du poète comme grand pédagogue ou figure sublime et sentimentale pour écrire des textes d'une extrême ironie. Celle-ci provient autant de la désillusion politique que d'annonces publicitaires. L'anti-poète est décédé début 2018.

Grands écrivains chiliens

Isabel Allende (1942). Nièce du président Salvador Allende née à Lima au Pérou en 1942 (mais de nationalité chilienne), Isabel Allende est l'auteur de plusieurs livres traduits en français, dont La Maison des esprits, D'amour et d'ombre, Les Contes d'Eva Luna, Paula, Portait sépia et L'île sous la mer. C'est aujourd'hui l'une des auteurs chiliennes les plus lues au monde.

Roberto Bolaño (1953 - 2003). Cet auteur poète et romancier, à la fois morose et pince-sans-rire, est devenu l'un des personnages clés de la littérature espagnole et latino-américaine. Il fut estimé bien davantage pour ses romans et ses nouvelles bien qu'il ne cessât de se revendiquer comme poète. Ses oeuvres majeures sont Les Détectives sauvages (1998), Nocturne du Chili (2000) et le roman de science-fiction 2666 publié à titre posthume en 2004. Il a obtenu plusieurs prix littéraires tels que le prix Herralde et le prix Romulo-Gallegos, le plus prestigieux d'Amérique latine.

Francisco Coloane (1910-2002). Natif de Quemchi sur la Grande Île de Chiloé, ce grand écrivain a mis en scène cette région de façon poétique dans Guanaco, Terre de Feu ou dans Cap Horn. Le vent qui souffle avec sauvagerie sur les plaines de Patagonie et de Terre de Feu, qui rend animaux, végétaux et hommes égaux devant la folie, lui a inspiré des pages superbes, évoquant Jack London ou Joseph Conrad. Luis Sepúlveda dit de lui : " vagabond solitaire, il a été péon d'estancia, châtreur de moutons, dépeceur de baleines, marin... aux portes du Cap Horn, avant de devenir... le plus grand écrivain du Chili ". A découvrir de toute urgence.

Vicente Huidrobo (1893-1948). Né à Santiago et mort à Cartagena (Chili), il fut un explorateur exemplaire de l'écriture, on lui doit une version personnelle du Cid, Mio Cid campeador, et un livre sur Gilles de Rais. Inventeur du créationnisme, poésie non figurative, Huidrobo voyait dans la poésie un moyen de créer de nouvelles réalités. C'est ce qu'il réussit dans Altazor dans lequel il devient un voyageur en parachute, " à l'envers " de sa propre vie, puisqu'il naît le jour de sa mort et tombe jusqu'à sa mort, le jour de sa naissance.

Gabriela Mistral (1889-1957). De son vrai nom Lucila de María del Perpetuo Socorro Godoy Alcayaga, cette grande poétesse chilienne reçut le prix Nobel de littérature en 1945 : une première pour un auteur sud-américain. Elle fut consul pour son pays dans de nombreux pays, dont la France. Son oeuvre, empreinte d'humanité, d'une simplicité populaire et indigène ainsi que d'une certaine tristesse, demeure comme l'une des plus profondes jamais écrites par un écrivain d'Amérique latine. Elle n'eut de cesse de se battre pour la condition des femmes dans tous les pays latins.

Pablo Neruda (1904-1973). Prix Nobel de littérature en 1971, ce poète et écrivain est né à Parral, près de Chillán, puis déménage avec son père à Temuco après la mort de sa mère ; il eut comme professeur Gabriela Mistral. Etudiant à Santiago, il se destine à la carrière de professeur de lettres mais est engagé par le gouvernement sur la voie consulaire. Ses nombreux voyages ne lui font pas oublier son pays puisqu'il devient parlementaire communiste. Proche d'Allende, il est son consul à Paris mais, malade, doit rentrer au pays où il meurt quelques jours après le coup d'Etat de 1973. Auteur d'une autobiographie, J'avoue que j'ai vécu, son oeuvre la plus emblématique est sans doute le Chant général, mais il a également composé Vingt poèmes d'amour et une chanson désespérée, Odes élémentaires, Splendeur et mort de Joaquim Murieta. C'est aujourd'hui l'auteur chilien le plus célèbre à l'étranger. On pourra visiter ses trois maisons : la Chascona à Santiago, la Sebastiana à Valparaíso ou la Casa Isla Negra, au sud de Valpo, où il est enterré.

Luis Sepúlveda (1949). Né à Ovalle, cet auteur écologiste et engagé politiquement pour les droits des peuples indigènes a atteint une renommée internationale avec Le vieil homme qui lisait des romans d'amour. Ses ouvrages Le Monde du bout du monde, Un nom de toréro, Rendez-vous d'amour dans un pays en guerre, La Folie de Pinochet ou L'ombre de ce que nous avons été sont à découvrir.

Médias locaux
Presse

C'est au cours de l'année 1812 que fut établie la liberté de la presse au Chili avec la parution de La Aurora de Chile. Toutefois, elle fut bien menacée au cours de la dictature de Pinochet.

A l'heure actuelle, les quotidiens tels que El Mercurio, fondé en 1827 à Valparaíso et dont la société possède également La Segunda (qui privilégie les interviews) et Las Ultimas Noticias ou encore La Tercera sont considérés comme des journaux nationaux de qualité grâce à leurs rubriques internationales et culturelles.

El Mercurio, dont le tirage avoisine les 300 000 exemplaires (sous toutes ses versions), est un quotidien conservateur ; dans les années 1970, il soutint le coup d'Etat contre Allende, participa à l'institution de Pinochet, et reçut des fonds de la CIA à ces fins (plus de 1,5 million de US$ !). Aujourd'hui, il évoque plutôt le Figaro français. Le groupe a mis en place un service d'information continue plutôt efficace : www.emol.cl.

La Tercera (environ 190 000 exemplaires par jour) est un autre journal plutôt conservateur, qui soutint autrefois la dictature de Pinochet. Le dimanche, il tire plus d'exemplaires, avec des pages sportives très suivies et des analyses de société intéressantes. La qualité de ce journal a bien évolué et aujourd'hui les infos politiques sont à la hauteur.

La Hora (même groupe que La Tercera et Qué Pasa) est un journal du soir depuis 1997, même si sa création remonte aux années 1930. Autrefois très engagé à gauche, il est aujourd'hui beaucoup plus nuancé dans ses propos.

El Siglo est le quotidien du Parti communiste au Chili.

Diario Financiero. Appartient au groupe Mercurio, proche des milieux d'affaires, associé au Financial Times et à The Economist.

Estrategia est l'autre grand quotidien économique du Chili, fondé en 1978.

Causa est un hebdomadaire, orienté à gauche.

Qué Pasa est un hebdomadaire à vocation consensuelle, voire plutôt engagé (notamment sur les questions de justice), après avoir été proche des milieux très conservateurs. Informations générales sur le pays. Publié tous les vendredis.

Punto Final est diffusé deux fois par mois ; il expose des informations d'ordre pratique et culturel, et ses positions sont clairement positionnées à gauche sur l'échiquier politique.

Ercilla, fondée dans les années 1930, est axée sur les thèmes de société et de culture.

The Clinic est le journal satirique par excellence ; il est publié toutes les semaines et si sa lecture est un brin délicate pour qui ignore tout du Chili, certains articles sont désopilants. Entre le Canard Enchaîné et Charlie Hebdo... parfois bien cru !

Télévision

Omniprésente et câblée dans la majorité des cas, c'est d'après les sondages d'opinion le média préféré des Chiliens. D'ailleurs, les schoperías, lieux de beuveries nationales, affichent à leur porte les horaires des matchs importants de la journée...

Il existe six chaînes de télévision nationales :

TVN est la Télévision Nationale du Chili (Canal 7), c'est une chaîne publique dont les revenus ne proviennent que de la publicité, qui couvre tout le territoire chilien, dont l'île de Pâques ; son contenu généraliste évoque celui des chaînes européennes.

Canal Trece est le canal de l'université catholique. Très importante, elle bénéficie d'une large écoute populaire.

Mega, principale chaîne populaire chilienne, est détenue par le groupe Claro qui contrôle le Diario Financiero, et le géant médiatique CV Mexico. Télé-réalité, divertissements... un contenu grand public un peu rébarbatif. Le journal est également à sensations.

Chilevisión est une autre chaîne généraliste qui a renforcé son contenu il y a peu, notamment pour les séries nationales, les matchs de football et le Festival de Viña. Piñera en fut le propriétaire de 2005 à 2010, avant sa vente à Time Warner.

Red TV appartient à l'homme d'affaires mexicain Angel González, et propose des spectacles, des films et séries étrangères.

L'UCVT est la chaîne de l'université catholique de Valparaíso.

Radio

La bande FM diffuse aussi bien des radios d'informations, comme Radio Chilena (propriété de l'archevêché de Santiago et diffusant comme France Info de l'info en continu), que des radios musicales destinées à un public plus jeune. De plus, chaque région dispose, au même titre que les journaux, de radios locales. Radio Corporativa (généraliste) est également populaire. Une bonne radio informative qu'on écoute un peu partout est Radio Bío Bío. Une bonne radio musicale est Radio Ritoque, à Valparaíso.

Musique

Pendant la colonisation espagnole, les musiques religieuses ont prédominé dans les églises. Les premières compositions chiliennes datent de l'indépendance (l'hymne national par exemple). On voit également apparaître à cette époque les expressions musicales considérées comme typiquement chiliennes (bien que d'origine espagnole et présentes aussi dans d'autres pays andins), comme la cueca. Il existe aussi une musique indigène, le plus souvent méconnue. Mais la musique chilienne fut sans doute la mieux servie dans le monde par des interprètes tels que Violeta Parra et Victor Jara, qui insufflèrent une tonalité révolutionnaire au chant traditionnel chilien (la nueva canción chilena), ainsi que Serfio Ortega, l'auteur de la chanson El Pueblo unido.

La jeunesse chilienne apprécie les vieux classiques du rock européen et le rock latino. L'une des musiques les plus diffusées est la cumbia, influencée par les musiques traditionnelles latino-américaines (notamment colombienne et cubaine).

La musique mapuche est le plus souvent religieuse : on chante et danse pour honorer Ngenechén, la divinité absolue. On utilise des instruments assez élémentaires : le chant, la percussion (kultrún) et la trutruca, sorte de trompette en canne de coligüe (ou kuliw, une espèce de bambou autochtone) se terminant par une corne, au son grave et strident. Les Mapuche ont des mélodies idoines pour travailler, dormir, enterrer leurs morts ou jouer ensemble. Certaines ne sont jouées qu'en dansant lors de cérémonies particulières (Machitún, Lepún et Nguillatún, par exemple). Aujourd'hui existe un courant mélangeant ces sons primitifs aux samplers modernes (écoutez l'argentine Beatriz Pichimalén).

La musique folklorique est souvent identifiée à la cueca, danse nationale du Chili depuis 1979. Son origine est espagnole, elle fut importée du Pérou à la fin du 19e siècle : c'était alors la zamacueca, qu'on chantait et dansait dans les chinganas, ces sortes de cabarets où se réunissaient toutes les classes sociales et où l'on buvait avec ferveur, comme le souligne Alcide d'Orbigny dans ses carnets de voyage.

Cependant, il existe d'autres musiques typiques selon les régions du pays.

Au nord, l'influence andine est très forte, de même que la fanfare d'origine militaire. La Fiesta de la Tirana, avec ses danses si colorées, est un événement à ne pas manquer pour s'imprégner de la culture musicale du nord chilien.

Au centre, la cueca et la tonada sont traditionnelles. On danse aussi la sajuriana, la refalosa et le sombrerito. D'une manière générale, les caractéristiques sont très rurales et le représentant de cette culture est le huaso ou cow-boy chilien.

Au sud, comme à Chiloé, le folklore espagnol a été bien préservé : pericona, pasacalles, valse chilote, trastasera...

A l'île de Pâques, l'influence polynésienne est bien sûr très marquée : on danse le sau-sau, le opa-opa, le ula-ula et le tamuré. Le ukulele fait son apparition.

La musique populaire. Si dans les années 1940 et 1950 la musique cubaine était en vogue (boleros de Lucho Gatica puis de Ricardo Toro Lavín, dit Buddy Richard, et de Myriam Hernández plus récemment, chachachas, salsas...), aujourd'hui c'est la cumbia (d'abord colombienne et maintenant chilienne et argentine) qui a la cote. On la chante et danse dans toutes les fêtes populaires, notamment lors du Nouvel An. Les orchestres sont appelés sonoras : on peut citer Orquesta Huambaly, La Sonora Palacios, Pachuco y la Cubanacán et, bien sûr, la mythique Sonora de Tommy Rey. Les thèmes les plus connus, re-popularisés par les groupes Chico Trujillo (qui joue aujourd'hui dans certains festivals de France avec un style néo-cumbia - mélange de cumbia et de rock) ou Juana Fe, sont Daniela, Un año más, El galeón español, Candombe para José ou La Piragua. Depuis le milieu des années 1980, la cumbia andina (originaire du Pérou et de Bolivie) est très répandue dans le Nord du pays surtout, tout comme la cumbia villera et la cumbia sound d'Argentine, ou la cumbia romántica de La Noche et Américo dans tout le pays.

Le rock chilien. La musique psychédélique anglo-saxonne des années 1960 et 1970 a largement contribué à la formation de groupes comme Los Jaivas, mais la nueva ola chilena tire surtout son origine d'Elvis Presley et du twist, avec notamment Peter Rock, en 1958 (il avait alors 14 ans), et The Ramblers, qui joua El Rock del mundial lors de la Coupe du monde de football organisée au Chili en 1962. A partir des années 1980, un style bien spécifique au pays se popularisa, grâce par exemple au groupe mythique Los Prisioneros (mélange de punk, ska et rock'n roll, puis électronique et pop par la suite) ou à Aparato Raro et Electrodomésticos. Un virage plus pop s'amorça dans les années 1990 et 2000 (avec des influences du hip hop et de la funk), avec Joe Vasconcellos, Los Tetas, Chancho en Piedra, La Ley, Gondwana (plus reggae), Los Bunkers, Sinergia et surtout Los Tres, figure emblématique de cette période, qui d'ailleurs reprit à son compte beaucoup de musiques folkloriques (cueca, jazz guachaca et baladas).

Le jazz. Si le premier jazzman connu ici fut Pablo Garrido, dans les années 1920, c'est en 1943 que fut fondé le Club de Jazz de Santiago. Le jazz moderne apparut dans les années 1960 avec le pianiste Omar Nahuel. Plusieurs écoles virent le jour dans les années 1980, et le Festival international de jazz de Providencia ouvrit ses portes en 2002. Aujourd'hui, un groupe comme La Marraqueta a popularisé le jazz créole, d'autres comme Conchalí Big Band jouent toujours du jazz traditionnel comme le bebop ou le swing. On écoutera aussi avec plaisir Ricardo Arancibia, Jorge Camps, Mario Feito, Ángel Parra, Lautaro Quevedo ou Moncho Romero, mais on recommande surtout Ernesto Holman, icône du jazz fusion et de la musique progressive au Chili (c'est un bassiste) et Rita Góngora, qui mélange le jazz et la bossa nova. Début février se tient le Festival de jazz à Concón, près de Viña del Mar.

La musique classique. Gustavo Becerra, Pedro Humberto Allende ou Pedro Nuñez Navarrete comptent parmi les compositeurs chiliens réputés : des artistes pourtant largement méconnus en Europe. Le doyen, Pedro Humberto Allende (1885-1959), fut un compositeur de très grande influence, et l'un des premiers à poser les fondements d'une musique classique contemporaine. Son catalogue comprend des oeuvres pour orchestre comme le poème symphonique La Voz de las calles composé en 1920, de la musique de chambre et des oeuvres pour piano comme les Tonadas arrangées ensuite pour la guitare.

La nueva canción chilena

Mouvement de renouveau musical des années 1960, la nouvelle chanson chilienne est également chargée de revendications sociales. Celles-ci s'expriment d'abord par le retour aux instruments du folklore, indien ou andin - zampona (flûte de Pan), charango (très petite guitare dont la caisse de résonance est une carapace de tatou), quena (flûte andine) ou bombo (percussion) - et par l'abandon du piano, aux origines bourgeoises, ou de la guitare électrique, symbole de l'impérialisme américain qui fait perdre à un peuple jusqu'à son langage.

Elle se développe parallèlement à tous les moments forts de la vie politique et sociale latino-américaine, dont elle tire ses sources et qu'elle accompagne : la misère du peuple, l'espoir suscité par la révolution cubaine, l'arrivée au pouvoir de l'Unité populaire et, enfin, la dictature. Elle célèbre tous les rebelles. Ses figures favorites seront l'Indien Lautaro, le chef communiste des mineurs, Luis Emilio Recaberren, Allende, devenu martyr national après le putsch, et bien sûr Ernesto Che Guevara.

Mais c'est surtout à partir de 1965, quand les enfants de Violeta, Isabel et Angel, fondent à Santiago La Peña de los Parras, que le mouvement commence à se structurer. Le principe de la peña est celui d'un bar musical, véritable laboratoire d'échanges et d'influences, et d'idées politiques et philosophiques.

C'est là que vont se retrouver les plus grands troubadours chiliens, comme Patricio Manns, et latino-américains, comme l'Argentin Atahualpa Yupanqui. La Nueva Canción commence à se faire connaître et parvient à égaler la Nueva Trova Cubana (mouvement cubain plus ouvert, aux influences modernes, dont le jazz) en tant que phénomène musical latino-américain.

Si la dictature a mis un frein brutal au développement de la Nueva Canción, elle n'a pas réussi à l'étouffer complètement et, malgré interdictions et autres arrestations, de nombreux artistes continuaient à chanter leur amour de la liberté dans des peñas clandestines. Les exilés ont joué également un grand rôle comme porte-parole de leurs frères opprimés. Et c'est ainsi que, dans les années 1980, a surgi le canto nuevo, qui, tout en composant sans cesse avec la censure dictatoriale, a pris le relais, avec des groupes comme Illapu, Ortiga, Santiago del Nuevo Extremo, Napalé et Huara.

A l'heure actuelle, le public chilien apprécie beaucoup ces voix qui ne se sont jamais tues devant le bruit des bottes militaires.

Violeta Parra. La plus grande représentante de ce mouvement né dans les années 1960 est sans doute Violeta Parra, chef de file de la dynastie musicale des Parra qui, jusqu'à nos jours, n'a cessé de marquer la vie culturelle chilienne. Violeta (née à San Carlos, près de Chillán, en 1917) a sillonné le pays (après une modeste carrière de... chanteuse de cirque ou de boîtes de nuit), s'est imprégnée des thèmes folkloriques régionaux et, à partir de ces racines populaires, a créé une musique proche de la vie des gens ordinaires, devenant le chantre de leurs souffrances, de leurs aspirations et de leurs rêves, en même temps qu'une pasionaria trouvère qui n'a pas hésité à s'engager politiquement et à mener une vie nomade. C'était ce qu'on peut appeler une " artiste totale " (musicienne, poète, peintre, sculpteur, tapissière !). A la fin de sa vie, elle s'est installée sous une tente dans le quartier de La Reina, à Santiago, et a ouvert La Carpa de la Reina, où elle servait elle-même ses clients, selon le modèle de la peña bolivienne. Ses créations en peintures, céramiques et tapisseries ont fait l'objet d'expositions internationales. Elle s'est suicidée en 1967 à la suite d'une déception sentimentale, peu après avoir composé ce qui est sans doute le plus bel hymne chilien à l'amour : Gracias à la vida.

Victor Jara. C'est sur la scène de La Peña de los Parras que va se produire une des figures mythiques de la Nueva Canción, le poète (chanteur compositeur) Victor Jara. Ses textes sont fortement marqués par la lutte des classes et la dénonciation de la misère.

Dans Las Casitas del Barrio Alto (Les Maisonnées du Barrio Alto, quartier des hauteurs où se concentrent dans toutes les villes sud-américaines, excepté à La Paz, les couches les plus riches de la société), il décrit ironiquement la petite vie rangée des grands bourgeois et de tous les trafiquants arrivant dans leurs jolies maisons au volant de leur " dernier modèle de chez Peugeot " et embrassant leur chère progéniture blonde pendant que le peuple croule sous la misère. Cette chanson a été composée à la suite de l'assassinat du général René Schneider, un crime dont certains des auteurs étaient des élèves de la très réputée Universidad Católica. Cette même université qui, un an auparavant, avait primé Jara lors du premier Festival de la Nueva Canción chilena pour sa magnifique Prière pour un laboureur.

Jara a également composé une des plus belles et des plus poignantes chansons de tout le répertoire sud-américain. Dédiée à sa fille Amanda, Te recuerdo Amanda est aussi une dénonciation de toutes les violences commises sur le continent contre les femmes, une condamnation d'un système qui broie les femmes, leur poésie et leur beauté en les rendant esclaves.

C'est cette inhumanité qui va broyer Victor Jara. Peu de temps après le putsch de Pinochet, il est détenu dans le grand stade de Santiago où il est sauvagement torturé. Les militaires lui brisèrent les mains, symboliques, puisqu'elles formaient sur les cordes les sons de la liberté... Victor Jara fut ensuite fusillé.

Quilapayún, Inti Illimani, Los Jaivas... Victor Jara a enrichi extraordinairement le répertoire chilien et a formé un de ses groupes les plus connus, les Quilapayún, avec Julio Numhauser, Eduardo et Julio Carrasco. Quilapayún signifie " les trois barbus ", en référence aux barbudos cubains.

Ce sont eux qui vont composer le fameux Venceremos qui devint l'hymne de l'Unité populaire, dont il anima les meetings. Par chance, les musiciens du groupe se trouvaient à l'étranger au moment du coup d'Etat et ont atteint une renommée internationale en dénonçant le régime à travers des chansons d'une grande et salutaire violence.

Cette référence aux origines et à la liberté perdues se retrouve également dans le nom de deux autres groupes : Los Jaivas et Inti Ilimani (" condor du soleil ", en langue aymara, nom aussi de la montagne mythique de La Paz). La musique de ces derniers intègre les instruments traditionnels et fait de nombreuses références aux mythes fondateurs telluriques, tel le culte de la Pacha Mama (La Terre Mère) en Bolivie. Ces deux formations jouent encore souvent au Chili, dans le cadre de festivals notamment.

Peinture et arts graphiques

De la colonie à l'indépendance. L'art colonial se nourrissait de la religion et avait pour but, comme le théâtre, d'évangéliser.

Après l'indépendance, un art " républicain " exempt d'inspiration et purement d'imitation voit le jour. Les peintres nationaux travaillent sur commande pour orner des musées et sont payés pour exécuter des portraits de familles aristocratiques.

Generación del 13. Au début du XXe siècle, des artistes vont redonner un souffle nouveau à la peinture chilienne. C'est le cas de la génération dite de 1913, dans laquelle on retrouve des peintres tels que Pedro Luna, Agustín Abarca, Beatrix, etc. Leurs peintures représentent une forme avancée et tardive de l'impressionnisme français, avec des nuances et des particularités spécifiquement chiliennes.

Grupo Montparnasse. Dans les années 1920, un groupe important de peintres chiliens travaille à Paris. C'est le Grupo Montparnasse (1923-1930) qui va échapper au carcan du figuratif pour s'exprimer librement. Créé en 1923 à Santiago, ce groupe était composé d'artistes chiliens qui fréquentaient le milieu artistique du quartier de Montparnasse à Paris au début du siècle dernier. Point de référence des mouvements artistiques et avant-gardiste, Paris, et plus particulièrement le quartier Montparnasse, révolutionnait à l'époque le domaine de l'art en proposant une vision moins cloitrée dans les traditions naturalistes. Toutes les nationalités du monde venaient y expérimenter de nouvelles formes d'expression artistique. Fondé par le peintre Luis Vargas Rosas, le Grupo Montparnasse et ses " montparnassianos " font leur première apparition publique dans une exposition présentée à la Maison de ventes aux enchères de Rivas et Calvo. Leurs propositions s'opposent complètement aux conceptions artistiques officielles de l'époque. Le mouvement s'enrichit au contact d'artistes, comme Pablo Picasso ou Paul Cézanne, qui expérimentaient les tendances du moment comme le cubisme et l'expressionnisme. Leur art moderne créé la controverse et séduit également de nouveaux adeptes. Parmi eux Álvaro Yáñez, connu sous le pseudonyme de Jean Emar, va participer à la diffusion de l'oeuvre du Grupo Montparnasse à partir des pages du journal quotidien La Nación. Cette nouvelle expression de forme artistique a profondément marqué les normes de la peinture sud-américaine.

Art contemporain. Parmi les contemporains, citons Nemeso Antúnez ou Roberto Matta, d'inspiration surréaliste, qui obtint le prix national d'Art en 1990.

Aujourd'hui, un peintre comme Gonzalo Ilabaca, qui réside à Valparaíso, reçoit des critiques élogieuses et l'approbation d'un public de connaisseurs. Véritable " chroniqueur urbain " du quotidien, il peint les petits détails du grand port, ses personnages, ses recoins, ses légendes, en une sorte de néo-expressionnisme des plus séduisants.
L'autre figure importante de ce début de siècle est le français Thierry Defert, plus connu sous le nom de Loro Coirón, qui vit aussi à Valparaíso une partie de l'année. Ses gravures sur Valparaíso (ses marchés, ses gens, ses tranches de vie, etc.) font la joie de tous les voyageurs, qui achètent en nombre les cartes postales de ses oeuvres les plus représentatives un peu partout dans les boutiques, les restaurants, les hôtels... Loro a réalisé une oeuvre magistrale au Congrès de Valparaíso.

Photographie

A lire : Sobre Chile et Tierra de Volcanes, de Guy Wenborne. Voilà vingt-cinq ans que ce photographe chilien survole son pays à bord d'un Cessna 182. A 6 500 m d'altitude, attaché solidement à un harnais, par une température de -25 °C, il nous livre de superbes images qui ne sont pas sans évoquer celles de Yann Arthus Bertrand. Ses images de glaciers, de volcans, de déserts, de mines révèlent un Chili infini, torturé, barbare et baroque. Un Chili de contrastes, de contraires et de disproportions.

Le photographe chilien le plus fameux reste toutefois Sergio Larrain, né à Santiago en 1931. Il participa à Magnum avec Cartier-Bresson dès 1959, et collabora avec Pablo Neruda sur l'édition d'un livre à propos de la maison du poète à Isla Negra. A découvrir : ses superbes clichés où il immortalise la légende de Valparaíso.

On peut aussi se pencher sur l'oeuvre de Rodrigo Opazo, qui veut capturer ces territoires qui ne sont pas encore engloutis, où l'être humain conserve une identité particulière et où on lit encore les traditions ". Opazo a photographié la foi religieuse chilienne à Chiloé, par exemple, au cours des fêtes de Jésus de Nazareth, entre le 28 et 30 août et le troisième dimanche de janvier, sur l'île Cauhach, à La Tirana, à Andacollo.

Citons enfin le photographe-anthropologue Paz Errázuriz, dont les clichés sur les petits métiers de femmes (gardienne de toilettes publiques, collectrice de résidus de charbon marin, vendeuse de sacs en plastique...) sont empreints d'une tragique humanité.

Bande dessinée chilienne

Voici deux personnages incontournables de la bande dessinée chilienne :

Condorito. Créé en 1948 par le dessinateur Pepo, c'est devenu l'un des personnages préférés de toute l'Amérique latine. Mélange de paysan chilien huaso et de condor, il reste l'un des emblèmes du pays.

Alejandro Jodorowsky. Résident en France depuis des décennies, cet auteur génial né à Tocopilla dans le nord du Chili, est le scénariste de plusieurs best-sellers de bandes dessinées dont la série L'Incal, en collaboration avec le dessinateur Moebius. Réalisateur ésotérique et surréaliste, il filme El Topo, Santa Sangre et La Montagne sacrée (dont John Lennon chanta les louanges malgré son extrême complexité). C'est également un écrivain fécond ; son roman L'Arbre du Dieu pendu retrace l'épopée de ses ancêtres, dans un arbre généalogique exubérant, nourri par la sève imaginative de l'auteur et un délire quasi permanent. Il est maintenant devenu psycho-mage, science qu'il a créée et qu'il expose dans plusieurs de ses livres.

Sculpture
<p>Moai coiffé d'un chapeau ou pukao</p>

Moai coiffé d'un chapeau ou pukao

La sculpture fut introduite par les jésuites espagnols pour représenter des imageries religieuses. Ce n'est qu'à la fin du XIXe siècle que Nicanor Plaza fonde véritablement la sculpture chilienne qui trouve ses sources dans la tradition autochtone. Il sera relayé par des artistes formés en Europe, mais qui restent attachés aux formes traditionnelles, comme Marta Colvin. Aujourd'hui, des sculpteurs tels que Mario Irarrazabal ou Hernán Puelma jouissent d'une certaine renommée au Chili.

Théâtre
<p>Rodeo</p>

Rodeo

Les 300 ans de colonie espagnole n'auront laissé que peu de traces manifestes, le théâtre remplissant un rôle d'évangélisation et de pénétration culturelle.

L'indépendance marque l'entrée des pièces de théâtre françaises, italiennes et anglaises et la construction du premier théâtre couvert de Santiago, en 1820, sous le gouvernement de Bernardo O'Higgins. Les dramaturges nationaux adaptent aux personnages locaux les thèmes traités par les auteurs étrangers. C'est ainsi que naissent les figures mythiques - le huaso, l'immigrant et l'artisan - qui reflètent la société chilienne de la seconde moitié du XIXe siècle.

Le XXe siècle, avec la Première Guerre mondiale, met fin à cet échange culturel enrichissant mais forge les bases du théâtre chilien tel qu'il est connu aujourd'hui, avec la première compagnie nationale en 1917.

Avec l'arrivée au pouvoir, en 1938, du Front populaire, le théâtre chilien connaît un essor très important. C'est le début du théâtre des universités, avec la formation du Teatro Experimental de l'université du Chili et le Teatro de Ensayo de l'université catholique du Chili, deux compagnies de qualité qui ont fait connaître à un large public de grands classiques du théâtre et des auteurs contemporains tels que Jean-Paul Sartre, Jean Anouilh, Jean Giraudoux, Pirandello, Arthur Miller, Eugène O'Neil, J.-B. Priestley, etc. Le théâtre universitaire chilien est devenu dans les années 1950 l'avant-garde du théâtre latino-américain. Son développement a été suivi par la formation de plusieurs compagnies privées, dont quelques-unes - c'est le cas du théâtre ICTUS - existent encore aujourd'hui.

Pendant les années 1970, le théâtre chilien est passé par une période de crise très grave et de décadence. A la fin des années 1980, le théâtre est devenu une forme très active et originale d'opposition au gouvernement militaire. Actuellement, on assiste à une renaissance de l'activité théâtrale au Chili où la production des auteurs nationaux est devenue importante. Parmi les noms les plus connus, on peut citer, entre autres, Egon Wolff, Jorge Diaz, Alejandro Sieveking et Marco Antonio de la Parra.

Aujourd'hui la scène théâtrale s'enrichit de nombreuses petites troupes (Cariatides) qui développent de nouvelles formes de mise en scène, plus proches de la rue et du Carnaval.

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