Guide du Pérou : Arts et culture

<p>Retables laissant place aux scènes de vie péruvienne.</p>

Retables laissant place aux scènes de vie péruvienne.

Architecture
<p>La rue piétonne Jiron de la Union et ses façades art déco.</p>

La rue piétonne Jiron de la Union et ses façades art déco.

Architecture précolombienne

Les différentes civilisations précolombiennes ont produit des réalisations impressionnantes d'un point de vue architectural. Les sites de Sacsayhuaman ou d'Ollantaytambo, dans la Vallée Sacrée autour de Cusco, sont des exemples emblématiques du savoir-faire de ces peuples. Ces forteresses ont été érigées grâce à des centaines de pierres alors que les Incas ne connaissaient ni le cheval ni la roue. On ne sait comment ils ont fait pour acheminer toutes ces pierres aux angles multiples, mesurant parfois jusqu'à 5 m de hauteur et pesant jusqu'à 360 tonnes !

Parmi les vestiges les plus incroyables, outre le célébrissime Machu Picchu, on retiendra le site de Kuélap, érigé par les Chachapoyas, dont la spécificté était de réaliser des constructions circulaires, orné de frises aux motifs géométriques (losanges et zig-zag). Citons également le site de la Huaca del Sol et de la Luna, près de Trujillo, imaginé par les Mochicas et bâti en briques d'adobe (terre séchée) dans une forme pyramidale.

Architecture coloniale

De tous les pays d'Amérique du Sud, le Pérou est celui qui a gardé le plus de traces du passé colonial espagnol. Le vice-royaume du Pérou fut le plus important pour la métropole, aussi les colons y édifièrent-ils de nombreuses et riches églises, preuves de la prédominance de la religion catholique sur celles des vaincus. La nouvelle bourgeoisie espagnole, puis créole, bâtit de vastes casonas, véritables petits palais, signes de sa puissance économique et sociale. Le passé colonial a légué également au pays nombre de couvents, hôpitaux, collèges et autres bâtiments administratifs. Si les premières années de la conquête furent peu propices aux architectes, eu égard à la situation agitée - révoltes et guerres intestines entre conquistadores -, les XVIIe et XVIIIe siècles furent ceux des bâtisseurs. Les indigènes furent enrôlés pour la construction des différents édifices religieux, selon le principe de la mita, mais souvent ils s'engageaient d'eux-mêmes, ayant embrassé avec conviction la nouvelle religion. Les somptueuses églises péruviennes témoignent tout à la fois de la ferveur des nouveaux convertis et de la volonté du clergé d'affirmer la prédominance du catholicisme. Des navires débarquaient des aventuriers en armes mais aussi des gens de robe : dominicains dès 1532, ordre de la Merced l'année suivante, franciscains en 1534, augustins en 1551 et, enfin, jésuites en 1568. Les clochers des églises sortirent de terre comme des fleurs de pierre richement taillées à Cusco (cathédrale et église de la Compañía), à Cajamarca (église de Belén), à Arequipa (San Francisco), à Lima (San Francisco ou San Pedro) ou à Ayacucho, la ville aux trente-trois églises. Au milieu du XVIIe siècle, l'Amérique du Sud ne comptait pas moins de 70 000 églises et 500 couvents, dont une bonne partie dans le vice-royaume du Pérou. Et ce ne sont pas les séismes, mettant à terre quelques édifices religieux (comme en 1650, à Cusco), qui purent ralentir l'incroyable fièvre de construction des nouveaux maîtres de l'empire du Soleil.

Les Espagnols exportèrent aux Amériques les styles de construction en usage dans la Péninsule. Ainsi, au XVIe siècle, c'est l'art de la Renaissance qui dominait en Europe, mais en Espagne, ce style importé d'Italie se mêla au style mauresque apparu pendant la domination arabe (VIIIe-XVe siècles) et à l'art chrétien roman et gothique français. Aussi le visiteur ne sera-t-il pas seulement étonné, mais également envoûté par les églises et couvents péruviens qui reproduisent les styles espagnols, rapidement métissés des éléments hérités des cultures indiennes. Les bâtiments civils reproduisent ces différentes influences, dotant ainsi le Pérou d'une architecture profondément originale où les motifs indigènes enrichissent moucharabiehs et azulejos hérités des Maures d'Espagne.

Le plateresque. Premier art de la Renaissance, cette architecture se caractérise par le faible relief des édifices en même temps que par la richesse et la délicatesse de son ornementation. Les portes d'églises, notamment, sont décorées de motifs taillés que leur finesse rapproche du travail des argentiers (plateros). Les façades plateresques, quoique souvent chargées, sont de véritables joyaux ciselés dans la pierre, comme on peut le voir, par exemple, à Cajamarca, sur les deux églises qui ferment la plaza de Armas.

Le baroque. Le style baroque succède à celui de la Renaissance. Très en vogue dans la métropole, sous la forme du churrigueresque, il sera donc exporté aux colonies. Il triomphe au Pérou auquel il va donner ses plus beaux monuments. Il se caractérise par une efflorescence des motifs décoratifs. Le baroque délivre toute sa puissance émotionnelle dans les meubles et les éléments de bois taillés : autels et retables, chaires et sièges d'église. C'est, par excellence, l'art du Pérou où il s'est épanoui en toute liberté.

Le churrigueresque. Ce style désigne la forme que prend le style baroque en Espagne. Il doit son nom aux trois frères Churriguera (entre 1665 et 1755), des artistes espagnols dont l'oeuvre se caractérise par une surcharge baroque des colonnes et des piliers torsadés, des corniches finement sculptées et par l'abondance des dorures. Se manifestant notamment dans les nombreux retables qui agrémentent les nefs des églises, le churrigueresque célèbre la magnificence de la " vraie religion ". La cathédrale de Cusco en est un exemple frappant.

Le néoclassique. Inspiré des temples grecs et romains, avec frontispices et chapiteaux corinthiens, c'est le style le plus récent. De nombreuses églises édifiées au XVIIIe siècle arborent colonnes et coupoles épurées, marquant la volonté des Créoles d'affirmer une nouvelle vision du monde, parallèlement aux luttes politiques d'émancipation qu'ils mènent à partir de la fin du XVIIIsiècle contre la couronne d'Espagne. La cathédrale de Lima est l'une des constructions les plus caractéristiques du néoclassicisme.

Le métissé. Confiées aux artistes et artisans locaux, la construction et la décoration deviennent rapidement le champ d'expériences esthétiques originales. Les indigènes introduisent dans le baroque dominant des éléments propres aux cultures et civilisations que les conquérants tentent de nier. Les façades des églises, les retables mêlent allégrement l'iconographie chrétienne avec l'imagerie indigène : fleurs et fruits tropicaux couronnent des Vierges entourées de lunes, d'étoiles et de soleils, ces divinités païennes que continuent de vénérer les indigènes. Le style métissé varie selon les régions, subissant les influences de la sierra, de la selva ou de la costa. Il culminera à la fin du XVIIe, après avoir tâtonné un siècle, dans les constructions les plus époustouflantes, dont Arequipa conserve les plus beaux fleurons.

Architecture moderne

L'architecture moderne s'est développée tardivement au Pérou, puisqu'elle s'est implantée environ 20 ans après l'architecture moderne européenne. On parle d'une architecture péruvienne " néocoloniale " qui évolua très peu jusqu'à la fin des années 1940, avec une exception pendant les années 1930 qui furent marquées par le développement d'un style international, avec quelques constructions dans la ville de Lima. Suite à la visite des architectes Richard Neutra, José Luís Sert et Walter Gropius dans le pays au cours des années 1940, l'architecture péruvienne bénéficia d'un coup de pouce supplémentaire vers la modernité, et se découvrit une identité propre. En 1945, le Congrès soutient les projets qui permettent de " donner un coup de jeune " à l'architecture péruvienne et mène ainsi une politique en conséquence. Après la réforme estudiantine de 1946, revendiquant l'ouverture de la société mais aussi des arts à l'international, un groupe d'architectes, d'intellectuels et d'artistes se crée et adopte le nom d'ESPACIO. Il participera activement à l'évolution de l'architecture moderne au Pérou, en prenant soin de mettre en valeur le patrimoine national tout en se préoccupant d'intégrer leurs créations dans une époque actuelle, voire futuriste.

Qhapaq Ñan à l’UNESCO

Qhapaq Ñan, le Chemin de l'Inca, vaste réseau routier qui compta jusqu'à 6 000 km de voies tracées du nord au sud au XVe siècle par les Incas pour rallier les confins de l'empire, fait partie depuis juin 2014 du Patrimoine mondial de l'UNESCO. Qhapaq Ñan chemine entre 2 500 et 5 000 m d'altitude, sur un sentier ou une route de 20 m de large, souvent pavé ou semé de pierres, avec un degré de finition et d'ingénierie qui émerveillent depuis toujours les archéologues. En débarquant au XVIe siècle, les conquistadores espagnols le comparèrent même au réseau de voies de l'Empire romain ! Le Pérou, la Bolivie, l'Equateur, la Colombie, le Chili et l'Argentine, traversés à des degrés divers par ce maillage, ont collaboré ensemble pour déposer cette candidature. Au Pérou on peut l'arpenter en divers endroits : le très fameux chemin de l'Inca qui mène au Machu Picchu mais tout au long de la cordillère également.

Au Pérou, 250 km de chemins, 81 sites archéologiques et 156 communautés ont été incorporées au patrimoine mondial.

Consultez Yunka Trek, ou Responsible Travel Peru, les deux agences les plus à même de vous faire découvrir ces chemins préservés.

Artisanat
<p>Artisanat péruvien.</p>

Artisanat péruvien.

Le Pérou moderne a hérité des civilisations préincas et inca un savoir-faire artisanal remarquable. Les techniques anciennes subsistent dans le travail des métaux précieux, de la céramique, des tissus. Leur inventivité fait l'admiration des visiteurs ; elle éclate ici en formes originales et en couleurs chatoyantes. Des mélanges qui, chez nous, peuvent paraître un peu criards, mais qui chantent si bien sous le soleil du Pérou. Les marchés artisanaux abondent dans tout le pays. Ils drainent, hélas, avec eux, de nombreux articles de basse qualité. Aussi faut-il savoir attendre et n'acheter que dans les endroits les plus appropriés. Les principales boutiques liméniennes se trouvent avenida de la Marina et avenida Petit Thouars. Les artisans péruviens sont passés maîtres indiscutés dans le travail des métaux précieux, du bois, du plâtre, de la pierre, de la céramique et de la laine de mouton et d'alpaga. Ils fabriquent également de très belles calebasses. Voici une liste des principaux objets et des meilleurs lieux où les trouver.

Que rapporter de son voyage ?

Si le traditionnel bonnet péruvien avec des lamas et des pompons fera toujours sensation à votre retour, voici tout de même quelques idées de shopping plus originales...

Masques de carnaval fabriqués à Puno (ils représentent les personnages de la danse de la diablada) et à Huancayo (masques des danseurs de la choguinada).

Arcs et flèches, javelots et sarbacanes d'Amazonie.

Tissus brodés shipibos d'Amazonie. Ils dessinent la cosmovision traditionnelle de cette ethnie.

Instruments de musique de la sierra : grelots, cymbales, petit tambour (huancar), flûte (quena), flûte de pan ou syrinx (antara)...

Chapeaux : les plus originaux et les plus seyants proviennent de Monsefu, d'Eten, de Celendín et de Cajamarca (en paille tressée), ainsi que de Puno et de Cusco (en feutre).

Les métaux précieux

On sait que les Chavín étaient les premiers à travailler l'or (vers 1000 av. J.-C.), puis les Mochica, les Chimu et les Lambayeque ont pris la relève. C'est dire si l'on est devenu expert en la matière. L'argent, pour être authentique, doit porter le poinçon 925. On travaille aussi l'onyx, la turquoise, l'obsidienne, l'opale, ainsi que la " spondylus ", un coquillage considéré jadis comme " l'aliment sacré des dieux ".

Bijoux en argent ou or de Catacoas (département de Piura) : ils sont typiques de l'art métissé de la costa Nord (filigrane en or, technique héritée de la culture Vicus).

Bijoux en argent de la région de Cusco : principalement les bracelets, colliers et boucles d'oreilles à motifs gravés caractéristiques du style colonial (fleurs, paons, colombes...).

Argenterie de Huancayo, Junin, Huancavelica et Ayacucho.

Etriers en argent ou en plaqué. On les trouve surtout à Lima et à Arequipa.

La céramique
<p>Potier à Nazca.</p>

Potier à Nazca.

Les toritos de Pucará, fabriqués près de Puno, ont acquis une réputation mondiale. Faits et peints à la main, ils étaient à l'origine destinés aux cérémonies magico-religieuses (de marquage du bétail également), en tant qu'offrandes aux dieux de la montagne.

A Cusco, on essaye de remettre au goût du jour l'artisanat inca, en une sorte de " renaissance précolombienne " : plats, keros, arybalos, qochas, ayanas, raquis... La " céramique grotesque " ou " vulgaire ", qui s'inspire de celle de Quinua, représente des personnages aux formes disproportionnées.

Les céramiques de Quinua, fabriquées près d'Ayacucho, reproduisent églises, animaux, scènes folkloriques et chandeliers, et sont fort recherchées pour la couleur rouge et crème de la boue utilisée, leur simplicité expressive presque enfantine.

Vers Piura, à Chulucanas (particulièrement dans le district de La Encantada), on élabore une céramique utilitaire et décorative, qui témoigne d'une grande maîtrise des couleurs noires et brunes. On retrouve cette céramique sur les marchés de Cusco, Juliaca et Arequipa.

A Nazca, la poterie reprend les thèmes et les techniques artisanales des grands ancêtres, ceux-là mêmes qui tracèrent les célèbres géoglyphes sur le sable du désert.

Les indigènes Shipibos, près de Pucallpa (ainsi que les Arabela), ornent leurs poteries de motifs géométriques et anthropomorphiques où dominent le marron et le noir. Leur argile, appelée neapo, est très malléable.

Le bois

On trouvera au Pérou de très beaux miroirs et cadres en bois taillé, dorés à la feuille, de style baroque des églises. Les prix pratiqués sont tout à fait abordables et le travail d'une extrême finesse.

Les artisans de Huancayo proposent des objets décoratifs, des jouets fameux.

Les miroirs de Cajamarca qui, comme leur nom ne l'indique pas, sont faits à Lima, s'ornent de motifs floraux dans la pure tradition vénitienne.

La réputation des retables d'Ayacucho a largement dépassé les frontières du pays et du continent. Ces triptyques, enfermés dans des boîtes en bois, sont décorés, tout comme la poterie, de scènes tirées de la vie quotidienne (fêtes et danses, corridas, processions...). Les figurines, polychromes, sont faites de farine, de pomme de terre et de plâtre. Le travail est absolument remarquable, aussi les artisans ont-ils accédé récemment au statut d'artistes, ce qui a augmenté les prix.

En Amazonie, on pourra se procurer des ustensiles de cuisine en palo de sangre ou en bois d'olivier. On ne trouve ces objets qu'à Iquitos et au marché du samedi du Parque Central de Miraflores, à Lima.

Le plâtre

Cette forme d'artisanat est surtout présente à Cusco et dans sa région. Les objets sont modelés dans une pâte à base de farine de blé et de riz, de pomme de terre, de papier mâché et de plâtre. Représentant des personnages et des scènes bibliques (Rois Mages, Sainte Famille, Vierge Marie et archanges), ils sont offerts aux enfants péruviens à leur naissance. Les principaux artisans-artistes sont les Mendivil, dont les ateliers se trouvent place San Blas, à Cusco.

La calebasse

Les mates burilados sont d'éminents représentants de l'artisanat péruvien. La tradition de graver la calebasse remonte aux temps immémoriaux d'avant la céramique (il y a 3 500 ans, comme en témoignent les découvertes à Huaca Prieta, dans la vallée de Chicama). Pratiqué au poinçon dans les régions de Huancayo et Ayacucho, ou à l'eau-forte dans les environs de Chiclayo, cet art est à l'origine de belles pièces reflétant l'histoire du Pérou et ses traditions. Les plus beaux mates burilados proviennent de Cochas, près de Huancayo.

La laine de mouton et d’alpaga
<p>Bonnets péruviens.</p>

Bonnets péruviens.

Ce sont probablement les vêtements qui constituent ici les plus grandes tentations. Il convient de distinguer l'artisanat traditionnel (où le tissage à la main, bien que plus grossier, produit de beaux modèles originaux), de la production mécanisée répondant aux normes d'exportation. Contrairement à ce qu'affirment certains vendeurs, toute la laine " alpaga " n'est pas " baby ", c'est-à-dire très fine, donc plus chère. Même si les étiquettes indiquent 100 % alpaga, il s'agit le plus souvent de mélanges de laine, notamment de mouton. A Arequipa, on trouvera les principales fabriques et des marques de qualité. S'agissant d'un poncho, il faut prendre garde à l'appellation " antiguo ", qui souvent signifie d'occasion et non pièce ancienne. On peut cependant trouver des ponchos anciens, notamment à Cusco ; il s'agit de bien observer la trame et la qualité du travail. Les vêtements les plus courants sont les chompas (pull-overs), les ponchos, les mantas (châles), les gants et bas, les bonnets et écharpes, sans oublier les sacs de voyage, les bourses et les élégantes ceintures, dont on préfèrera celles tissées des deux côtés. Les plus belles ceintures, ornées de motifs géométriques incas, s'achètent à Cusco.

Textiles
<p>Laine teintée à l'aide de produits naturels.</p>

Laine teintée à l'aide de produits naturels.

Une autre tradition précolombienne bien établie, puisque l'on a retrouvé des exemples datant d'il y a 4 000 ans à Huaca Prieta, Chicama. On utilise le coton marron et blanc, les fibres d'alpaga, de lamas et de vigognes, parfois les poils des chauve-souris (mais c'est plus rare). On associe fréquemment des encres naturelles, et les métiers à tisser artisanaux ont toujours de beaux jours devant eux. En Amazonie, on tisse de superbes hamacs en coton et fibre végétale, très résistants. L'artisanat shipibo, originiare de Pucallpa mais répandu dans toute la jungle, propose de magnifiques tentures aux motifs géométriques de couleurs noire, marron et écrue ou brodées de fils colorés. Les broderies les plus fines proviennent de Monsefú et d'Eten (environs de Chiclayo) et de Cajamarca. A Cusco, on achètera bannières, fanions, voire vêtements religieux brodés au fil d'or. Les tapis d'Ayacucho (quartier de Santa Ana) ou San Pedro de Casta (Lima) représentent des motifs géométriques préhispaniques, couplés à des perspectives occidentales.

Cinéma

Peu de films péruviens réussissent à traverser les frontières... On peut tout de même citer Fausta (La Teta asustada, titre original), un film hispano-péruvien de la réalisatrice Claudia Llosa sorti en 2008. Ce film raconte l'histoire d'une jeune fille marquée par les événements du Sentier Lumineux dans les années 1980. Il a été projeté pour la première fois en février 2009, pendant le 59e Festival de Berlin, où il a été récompensé de l'Ours d'or, et a été nommé aux Oscars 2010 dans la catégorie " Meilleur film étranger ". Elle avait déjà réalisé en 2006 le film Madeinusa. En 2014 elle signe Aloft (en español : No Llores, Vuela) avec Jennifer Connelly, Cillian Murphy et Mélanie Laurent qui, si il puise aussi dans le surnaturel ou les croyances enfouies en chacun, s'ambiante dans le grand Nord canadien.

On peut citer également les nombreux films de Francisco José Lombardi ou les comédies décalées d'Álvaro Velarde, El destino no tiene favoritos (2003) et Como quien no quiere la cosa (That Thing You Love, 2013). Tout récemment, les films péruviens connaissent le succès auprès d'un public local jusque-là consommateur de comédies américaines. Le succès est surtout celui des comédies, Asu Mare I (plus de 3 millions de spectateurs) et II de Carlos Alcántara, Viejos Amigos de Fernando Villarán L. ou A los 40 de Bruno Ascenzo. Les films d'horreur ont aussi leurs crus locaux, le plus connu Cementerio General qui a aussi son I et II. On touche aussi davantage à des sujets de l'histoire récente dont les plaies n'ont pas encore été pansées. Magallanes, de Salvador del Solar, présenté en compétition aux Goya, présente une galerie de personnages qui doivent faire face aux fantômes du conflit armé qui secoua le Pérou dans les années 1980 et 1990 quand le Sentier Lumineux ravageait la région d'Ayacucho entre autres. Tout récemment, La Hora Final, retrace l'opération qui a décapité la plus fameuse organisation terroriste du pays.

La veine documentaire a su produire de forts jolies suprises comme l'hommage au folklore et à la musique de tous les Pérou dans Sigo Siendo de Javier Corcuera ou les films plus engagés de l'équipe de Ernesto Caballos Damián et Guarango Productions dont le dernier, Hija de la Laguna, revient sur le conflit de l'eau à Cajamarca et le respect de la Yacumama (mère-eau en quechua). El Choque de Dos Mundos de Heidi Brandenburg et Mathew Orzel revient sur un fait récent de l'histoire péruvienne, el Baguazo, un affrontement entre les communautés indigènes awajun et les soldats de l'armée péruvienne qui reçurent l'ordre d'attaquer. Ce 5 juin 2009 s'est soldé par un bilan de 33 morts : 10 civils et 23 policiers. Jusqu'à présent le président Alan Garcia, qui avait qualifié les indigènes de " citoyens de 2e classe " a échappé aux tentatives pour démontrer sa responsabilité dans un massacre qui aurait sans doute pu être évité en usant de dialogue. Dernier en date, Pacificum de Mariana Tschudi, une ode à l'Océan Pacifique riche de superbes images. Dans un pays qui offre pourtant une politique de soutien culturel relativement faible, on trouve beaucoup de créativité documentaire et on ne peut que s'en féliciter.

Côté grands classiques, citons les oeuvres magistrales du réalisateur allemand Werner Herzog Aguirre, la colère de Dieu et Fitzcarraldo, tournées au Pérou. L'acteur Klaus Kinski a révélé dans ces deux films toute l'étendue de son talent et de sa folie. Le premier film, sorti en 1972, évoque une expédition d'aventuriers espagnols à la recherche de l'Eldorado dans la forêt amazonienne en 1560. Le deuxième, réalisé en 1982, narre l'aventure picaresque d'un homme, Fitzcarraldo, qui s'embarque dans l'exploitation d'hévéas pour financer à Iquitos, en pleine forêt péruvienne, la construction d'un opéra digne de celui de Manaus dans lequel viendrait chanter l'immense Caruso.

Les multiplexes ont fait leur apparition dans de nombreuses grandes villes du Pérou au côté des malls. Leur programmation est majoritairement cinéma américain commercial. A Lima quelques festivals importants et intéressants, plus pointus.

Littérature

La littérature péruvienne est riche et complexe ; elle remonte au temps de la période coloniale (on sait bien peu de choses sur la période précolombienne, hormis sur la production poétique assez riche, constituée de harawis ou poésie lyrique, et de hayllis ou poésie épique), avec les premiers récits, écrits par des Espagnols ou leurs descendants, de la Conquête des Incas et des ouvrages religieux visant à convertir les indigènes au catholicisme. Le premier ouvrage publié à Lima fut la Doctrina Christiana y Catecismo para la Instrucción de los Indios (Doctrine chrétienne et catéchisme pour l'instruction des Indiens), par Antonio Ricardo en 1584.

Le XXe siècle a vu l'émergence d'un courant moderniste et avant-gardiste, avant l'irruption d'une certaine littérature indigéniste mettant en scène le quotidien et la vie des indigènes. L'un des plus grands écrivains péruviens reconnu dans le monde entier est Mario Vargas Llosa, prix Nobel de Littérature 2010. Aujourd'hui, en ce début de XXIe siècle, on assiste à une résurgence de la culture andine et de ses traditions : on pourra lire les récits d'Oscar Colchado, de Dante Castro, de Felix Huaman Cabrera ou de Zein Zorrilla.

Ciro Alegría (1909-1967). Toute la vie de l'auteur de Vaste est le monde, Le Serpent d'or ou Calixto Garmendia a été consacrée à l'écriture et aux gens de son pays. Rebelles, contestataires, sa vie et son oeuvre se confondent. La prose de cet écrivain du soleil palpite au rythme de la nature péruvienne et du coeur de ses personnages. Dans un style direct et dépouillé, il a décrit ce qu'il aimait plus que tout : son pays. Ses livres sont d'excellentes introductions à ce vaste et étrange pays qu'est le Pérou.

José Carlos Mariátegui (1894-1930). Né à Moquegua, cet écrivain fit ses débuts dans le journalisme. Il écrivit dans différentes revues avant de créer Nuestra Epoca, à laquelle collaboreront tous les grands intellectuels péruviens de l'époque. Quand il fonde La Razón, qui soutient les luttes populaires, les militaires au pouvoir le contraignent à l'exil en Europe. Là, il fréquente les milieux socialistes et marxistes. A son retour au Pérou, il fonde le syndicat CGTP et le Parti socialiste, qui deviendra bientôt communiste. Dans le même temps, il dirige la revue Amanta et le journal Labor. Considéré comme l'un des plus brillants intellectuels de son pays, Mariátegui continue par ses écrits, dont les Sept Essais, à alimenter la réflexion politique et les luttes sociales actuelles.

Ricardo Palma (1833-1919). Après avoir pris part aux principales batailles de son temps (Callao, guerre contre l'Espagne, guerre contre le Chili), il se vit confier la direction de la Bibliothèque nationale, tout en présidant l'Académie péruvienne de la langue. Créateur du " traditionalisme ", un genre littéraire mêlant histoire et fiction, Ricardo Palma, poète et romancier, est connu pour Les Traditions, écrit entre 1872 et 1918.

Manuel Scorza (1928-1983). Né à Lima, poète - on lui doit Les Imprécations ou La Valse des reptiles - il s'engage dans les luttes des paysans indigènes, ce qui lui vaudra l'exil en France. Son premier roman, Roulements de tambours pour Rancas, évoque les conflits et la terreur que fait régner un grand propriétaire terrien sur les communautés indiennes. Il publiera ensuite Garabombo l'invisible, Le Cavalier insomniaque, Le Chant d'Agapito Robles et Le Tombeau de l'éclair, romans participant tous d'une oeuvre où l'humour n'est jamais absent.

Ses livres, baignés d'un grand humanisme, témoignent, au même titre que ceux de Gabriel García Márquez, de la belle vitalité d'un genre, le réalisme magique, qui fit la notoriété de la littérature d'Amérique latine. Scorza a péri dans une catastrophe aérienne en Espagne le 27 novembre 1983.

César Vallejo (1892-1938). Le plus grand poète péruvien est également l'un des plus importants poètes latino-américains, avec Pablo Neruda et Ruben Darío. En 1923, il se fixa à Paris où il connut les difficultés de tout immigré. Il survécut, avec son épouse française, en vendant des articles à la presse, tout en écrivant essais, poésies et romans. Acquis aux idées communistes, il se rendra en Espagne pendant la guerre civile. Sa poésie, précise, exempte de tout lyrisme inutile, exprime la douleur de l'être solitaire et les difficultés qui accablent les opprimés du monde entier. Ses principaux livres sont Les Hérauts noirs, Poèmes humains et Espagne, éloigne de moi ce calice.

Mario Vargas Llosa. Né en 1936 à Arequipa, c'est l'un des plus importants écrivains latino-américains. Ce virtuose de la langue a exploré en profondeur la société péruvienne, dont il a peint une fresque fort utile à qui veut connaître le pays des Incas. De son oeuvre tissée des fils d'or de l'humour et de l'érotisme, et traduite dans son ensemble en français, on retiendra notamment Pantaléon et les visiteuses, La Ville et les Chiens, La Maison verte, Les Chiots, Eloge de la marâtre, La Fête au bouc...

Entré en politique sous la présidence d'Alan Garcia, il est candidat de tous les partis de droite à l'élection présidentielle de 1990. Contre toute attente, il sera sévèrement défait au second tour par l'inconnu Alberto Fujimori. Vargas Llosa s'installe alors à Londres et à Madrid, où il obtient la nationalité espagnole et de nombreux prix littéraires. Son roman Le Paradis un peu plus loin, publié en avril 2003, met en scène Paul Gauguin et sa grand-mère Flora Tristan, dans un dialogue entre deux monologues (puisque ces deux-là ne se sont jamais connus). Ce génie de la plume, titulaire de plus de 40 doctorats, a reçu le prix Nobel de littérature en 2010. La toute nouvelle Casa de la Literatura (dans l'ancienne gare de Lima) lui rend hommage. Son avant-dernier roman, Le Rêve du Celte, sorti à l'automne 2011, retrace le destin d'un héros oublié, Roger Casement, diplomate britannique dont le rapport dénonça les conditions d'exploitation des communautés indigènes lors du boom du caoutchouc puis héros de l'indépendance irlandaise. En septembre 2013, il a sorti Le héros discret, où il revient à ses premiers amours : l'histoire de la lutte de deux personnages contre un destin trop étroit. Et en 2016, Aux Cinq Rues, Lima, une comédie de moeurs qui critique à la fois la presse de caniveau et une société liménienne cancanière, là encore un thème de prédilection et assez autobiographique.

Médias locaux

Le marché de la presse est florissant au Pérou : il n'est pas rare de voir des attroupements de lecteurs devant les kiosques à journaux où sont accrochées les publications à l'aide de pinces à linge. Âmes sensibles s'abstenir : les faits divers ont la part belle en une, images violentes à l'appui !

Les journaux El Comercio et La Republica sont les plus lus. El Peruano est l'équivalent du Journal Officiel. La radio RPP sert de référence pour les informations économiques et politiques.

Le Pérou fait partie des pays régulièrement épinglés par Reporters sans frontières. En 2014 un journaliste et la femme d'un 2e ont été tués dans des conditions suspectes. Un attentat a également été dénoncé. RSF réclame aussi la fin des peines de prison et des amendes exorbitantes infligées aux journalistes pour les délits de " diffamation ", " injure " ou " calomnie ". Le Pérou se situe à la 90e position sur 180 dans le classement mondial de la liberté de la presse 2017 établi par Reporters sans frontières.

RPP
Musique et danse
<p>Groupe de musiciens péruviens.</p>

Groupe de musiciens péruviens.

La découverte d'instruments préhistoriques témoigne que l'on jouait de la musique il y a 10 000 ans au Pérou : quenas, zampoñas, pututos (des trompettes de coquillages) et une grande variété d'instruments à vent élaborés à partir de canne à sucre, d'ossements, de boue, de cornes et de métaux témoignent de l'ingéniosité des premiers artistes andins. L'apport d'instruments occidentaux est évident, mais ceux-ci connurent parfois aussi un destin bien spécifique, comme la harpe, la guitare ou le violon. L'influence africaine eut son importance pour les instruments de percussions et les tambours (le cajon par exemple). Dans la jungle amazonienne, on utilise le manguaré (un arbre tubulaire) pour diffuser des messages aux environs.

Sur les quelque 1 300 genres musicaux recensés au Pérou, deux sortent du lot : le huayno (précolombien puis mélangé à des influences occidentales, dont la base pentatonique de rythme binaire a rejailli récemment dans la chicha et le rock andin, aujourd'hui à la mode) et la marinera. Un nouveau genre s'est aujourd'hui popularisé en Amérique du Sud : la chicha (ou cumbia péruvienne), un mélange de rock, de huayno et de cumbia colombienne. Avec la Bolivie, le Pérou est en effet le fief de ce que l'on a coutume d'appeler la " musique andine ". Il serait toutefois plus juste de parler de musiques et de danses, au pluriel. Dans la seule région de Puno, par exemple, il existe 300 groupes qui comptent à leur répertoire près de quarante danses différentes. Sur l'ensemble des Andes péruviennes, on pense qu'il existe plusieurs milliers de variantes régionales.

Musiques et danses de la Costa

A Lima, et dans les autres grandes villes de la côte, c'est la salsa, d'origine caraïbe, qui domine. Elle a donné naissance à des lieux particuliers, les " salsodromes ", où elle côtoie le rock et le reggae.

El vals peruano (ou vals criollo). Une variante de la valse viennoise, plus rapide et plus rythmée quand elle exprime l'allégresse. Très populaire chez les immigrants, à la fin du XIXe siècle, elle marque aujourd'hui le pas. On joue surtout de la guitare et du cajón.

La marinera. D'origine noire (zamacueca et mozamala) et ayant subi ensuite des influences indiennes et métissées, elle est devenue la danse nationale du Pérou, un glorieux chemin depuis qu'Abelardo Gamarra " El Tunante " la baptisa ainsi en 1893 (en hommage au héros naval Miguel Grau). Exécutée en couple, avec des foulards artistiquement maniés, c'est une manière de théâtre dansé, rythmé par les percussions et fort spectaculaire. On en distingue plusieurs formes : la marinera criolla (créole) ou de Lima, l'élégante marinera norteña, plus alerte et sensuelle, et la marinera del sur, plus sentimentale et austère. En aucun cas les partenaires ne se touchent. L'un des morceaux les plus fameux reste " La Decana ", également nommée " La Concheperla ". Le festival le plus populaire est celui de Trujillo au mois de janvier.

El tondero. Sur un rythme endiablé, cette danse reproduit la cour que le coq fait à la poule.

El festejo. D'influence africaine également, cette danse est exécutée au son de la guitare, du tambour et du cajón. On danse en couple, on se cherche, on se frôle, mais on ne se touche jamais ; le corps exprime alors toute sa sensualité.

Parmi les autres danses de la côte, on citera el alcatraz, très érotique et importée d'Afrique, la polka d'origine européenne et el panalivio, elle aussi venue du continent noir.

Musiques et danses de la Sierra

El huaylarsh. En quechua " jeunes amoureux ". La danse, très allègre, reprend les gestes liés aux travaux agricoles. On y joue du violon, de la harpe, du saxophone, de la clarinette, de la trompette.

La tunantada. C'est une danse dont on reconnaît clairement les origines européennes, le menuet notamment.

La chonguinada. Les danseurs portent des masques raillant les Espagnols et ils imitent de façon satirique le menuet que l'on dansait dans les salons bourgeois et nobles d'Europe.

La muliza. Inventée par les âniers, cette danse s'inspire du pas des mules.

Danzantes de Tijeras. Les danzaq (participants de ce rituel) font preuve de beaucoup d'équilibre et d'habileté physique pour effectuer de véritables acrobaties gymnastiques, au son de la harpe et du violon ; mais il ne s'agit pas d'un sport. En même temps, ils doivent passer des " épreuves " (atipanakuy), comme manger des insectes, des couleuvres ou des crapauds, glisser une épée dans l'oesophage... La musique est symbolisée par les " tijeras ", deux plaques de métal de 25 cm de long présentant l'aspect de ciseaux (d'où leur nom). A voir surtout à Ayacucho, Arequipa, Huancavelica et Lima.

Musiques et danses de l'Altiplano

La diablada. C'est l'une des danses les plus colorées et les plus spectaculaires du Pérou. Au son du sikú ou de la zampoña, les danseurs, vêtus de fastueux costumes brodés d'or et d'argent et dissimulés sous leur masque de diable, rendent hommage à la Virgen de la Candelaria (début février).

El harawi. On l'appelle aussi yaravi ; ce thème musical, mélancolique et plutôt triste, trouve son origine aux temps précolombiens de l'empire Inca (un genre poétique portait alors ce nom). De fréquents silences ponctuent la mélodie. On ne danse pas en général, et l'on utilise le charango, la mandoline et la quena.

El santiago. On joue de cette musique lors des cérémonies de marquage du bétail ou pour les rituels de fertilité du troupeau. En général, de jeunes femmes interprètent des chansons simples et émouvantes.

Los ayarichis. Se pratique dans la région de Puno, à Lampa et sur l'île de Taquile. Quinze à vingt hommes accompagnent les femmes qui dansent.

La llamerada. Dans cette danse, les exécutants imitent le pas chaloupé du lama.

El kajelo. C'est la danse de l'amour qui met en présence deux personnages, le Huaylachu et la Linlicha, version andine de nos Pierrot et Colombine.

El sikuri. Une danse un rien martiale. Les danseurs forment un cercle autour des musiciens qui jouent des zampoñas de tailles diverses. Les chanteurs sont divisés en groupes, chacun émettant une partie de la mélodie ; ainsi, l'ensemble forme la mélodie complète : en quelque sorte un " communisme musical " !

La morenada. Les danseurs parodient les danses africaines importées par les esclaves.

On citera également les pasacalles et pallas d'Ancash, l'impressionnante danza de las tijeras pratiquée dans le département d'Apurímac, les villancicos d'Ayacucho, le yaravi d'Arequipa, mélancolique et alangui...

Musiques de la Selva

Dans ces régions isolées, la musique a conservé sa pureté originelle. Elle utilise en priorité les percussions, comme le manguare, grand tambour de bois d'un tronc tubulaire.

Peinture et arts graphiques
L’école de Lima (Escuela Limeña)

Initiée par l'arrivée dans le vice-royaume du Pérou du jésuite italien Bernardo Bitti, à la fin du XVIe siècle, la peinture limègne traduit la rigueur espagnole alors en vogue puisqu'elle est l'expression artistique de la capitale où se concentraient tous les pouvoirs de l'époque. L'école de Lima est très sombre, inspirée d'un Zurbarán, par exemple ; très espagnole en somme. Les principales églises de la capitale sont dotées de peintures qui, souvent, sont d'une réelle valeur artistique, comme celles que l'on peut voir dans la cathédrale ou dans l'église San Francisco.

L’école de Cusco (Escuela Cusqueña)

C'est paradoxalement à Cusco, l'ex-capitale de l'empire inca, que la peinture connut son essor le plus spectaculaire. Volonté d'affirmer l'identité de la sierra ? Désir d'effacer toute trace du passé glorieux des Incas ? C'est en tout cas ici, avec la création d'une Ecole des beaux-arts et sous l'influence de Bitti, que se forme le courant artistique le plus vivace et le plus prolifique de toute l'Amérique espagnole. Aux XVIIe et XVIIIe siècles, c'est de Cusco que partent pour tout le vice-royaume, vers La Paz, Lima ou Quito, des centaines de milliers de tableaux peints par les artistes indigènes et créoles, et constituant l'une des principales sources de richesse de l'ancienne capitale. Echappant rapidement aux canons pathétiques espagnols, l'école de Cusco produit une peinture lumineuse, peuplée de personnages roses et joufflus (les archanges, source d'inspiration inépuisable, sont des adolescents évanescents en armes et habits contemporains), de paysages suaves et ensoleillés, reflet d'un art européen en pleine renaissance.

En 1650, apparaît le baroque de Cusco, grâce à l'apport décisif d'artistes indigènes comme Diego Quispe Tito ou Antonio Sinchi Rocca. Au XVIIIe siècle, les peintres se détachent des thèmes classiques religieux pour une vision " indigène " du monde incluant les symboles préhispaniques : les madones sont richement vêtues de manteaux brodés de motifs ouvertement indigènes et les couleurs renvoient à celles qu'utilisaient les civilisations antérieures. C'est l'époque de l'apogée de l'école de Cusco, qui se traduit par l'utilisation de l'ornement doré comme moyen d'identification. L'école de Cusco perdra de son originalité dès le début du XIXe siècle et disparaîtra en tant que mouvement artistique.

L'école indigéniste

Mario Urteaga (1875-1957) est né à Cajamarca, c'est l'un des premiers artistes péruviens à s'intéresser aux paysans indigènes de sa province avec José Sabogal (1888-1956) et son neveu Camilo Blas (1903-1986). Il sera, en 1936, le premier peintre péruvien à faire son entrée au Modern Art Museum de New York. Sa maison, à Cajamarca, où il vécut et écrivit des articles politiquement très engagés, est, depuis peu, un musée tenu par ses descendants. Ses oeuvres ont leur place dans tous les musées du Pérou et un peu partout dans le monde.

Jorge Vinatea Reinoso (1900-1931). Considéré comme l'un des fondateurs de la peinture indigéniste, il a, malgré sa disparition précoce causée par la tuberculose, laissé une oeuvre considérable. En plus de son travail comme caricaturiste dans la presse (Mundial, Variedades), il peignit les indigènes et les gens humbles de la sierra. Son trait est vif, comme les tons qu'il emploie, et l'humour est souvent présent dans ses toiles. On peut voir ses peintures dans la plupart des musées du pays et les portraits satiriques à Arequipa.

Martín Chambi, photographe

Martín Chambi est aujourd'hui reconnu comme le plus grand photographe amérindien. Il est né en 1881 à Coaza (Puno), dans une famille d'agriculteurs indigènes. Il apprend très jeune le métier de photographe à Arequipa, où il s'installe en 1920. Il y rencontre Juan Manuel Figueroa, un autre photographe important de cette époque. Martín Chambi explore les variations de lumière et d'éclairage et la mise en scène des portraits. La manière particulière qu'il a de traiter ses modèles, à la fois humble et très attentive à leur personnalité, rend son studio extrêmement populaire parmi toutes les couches de la société. Photographe engagé, reporter, il a joué un rôle important dans la prise de conscience de l'identité culturelle des indigènes. Une galerie financée par Scotiabank regroupe certaines de ses photos à Cusco au sein du Palacio del Inca Tupac Yupanqui.

L'art contemporain

L'art contemporain s'inspire amplement des traditions folkloriques, évoquant des histoires et mythes indigènes qui permettent aux artistes contemporains d'exprimer des angoisses de la société moderne. Les figures représentent souvent des fortes réactions telles que la peur, le dédain ou encore l'agressivité. La culture populaire péruvienne est mise en évidence et représente une source intarissable d'inspiration pour l'art contemporain. On retient des artistes tels qu'Angel Chavez et sa peinture indigéniste et naïve, Kukuli Velarde et ses sculptures en céramique, ou Christian Bendayan et sa critique de la société consumériste en Amazonie. Le travail photographique de Morfi Jimenez Mercado est également intéressant. A Lima, dans le quartier de Barranco, diverses petites galeries d'art exposent les artsistes contemporains comme 80m2, Wu ou Lucia de la Puente. On trouve aussi la création d'aujourd'hui au Musée d'Art Contemporain (MAC) de Lima, inauguré en 2013.

Sculpture

Au Pérou, on taille dans le granit, le basalte, l'andésite, et l'albâtre. La crisocola, ou turquoise du Pérou, de belle couleur vert-bleu sombre, est utilisée en bijouterie et se marie parfaitement avec l'or et l'argent.

Les objets les plus recherchés sont ceux de Huamanga (Ayacucho). Taillés dans l'albâtre, ils représentent des maisons, des églises.

A Arequipa, c'est dans le sillar, une pierre volcanique blanche utilisée dans la construction des maisons et des églises, que les artisans taillent de menus objets.

A Porcón, un village près de Cajamarca connu pour le faste avec lequel y est fêtée la Semaine sainte, on fabrique des pièces ornementales telles que bancs et sculptures de granit. Peut-être un peu pesant dans les bagages !

Adresses Futées du Pérou

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