Déroutant… S’il faut un mot pour qualifier Djibouti, c’est celui-ci. Mystérieux petit bout de terre africaine bordant la mer Rouge et le golfe d’Aden, il offre une multitude de paysages étonnants façonnés par le choc des plaques tectoniques qui s’y chevauchent. Côté mer, Djibouti est le refuge saisonnier des requins-baleines, paisibles géants des mers qui se laissent approcher sans crainte dans une eau turquoise. La beauté de Djibouti, c’est aussi sa population, composée d’Afars et de Somalis. On y croisera des familles nomades et les derniers caravaniers du ciel. Djibouti a toujours fasciné les aventuriers français. Une dizaine d’heures de voyage incluant une ou deux correspondances permettent d’aller à la découverte de ces terres méconnues de la Corne de l’Afrique !

 

Djibouti, la capitale, est le point d’entrée obligé. Mais on peut très vite s’en échapper pour aller à la découverte de la première capitale du pays, Obock, à l’époque du protectorat français. Après deux heures de navigation à travers le golfe de Tadjourah, Obock apparaît. On y découvre une petite ville où le temps a suspendu son vol. Vestiges de son élégance passée, des maisons basses aux murs blanchis à la chaux ou colorés. Aujourd’hui, peu d’activité à Obock, si ce n’est  la pêche et une impression de ville abandonnée. En témoignent les nombreuses ruines que le récent conflit avec l’Erythrée voisin n’a pas permis de restaurer. La région d’Obock reste proche de la zone tampon ou tourisme et activité économique sont en pleine léthargie. On y vient  pour son atmosphère particulière ou encore à la recherche d’une époque révolue : maison de l’ancien gouverneur du protectorat Léonce Lagarde, nommé en 1887, la maison où aurait séjourné Rimbaud, le cimetière marin français… Affairées dans leurs tâches quotidiennes, les femmes de cette portion du pays des Afars portent des tenues aux couleurs vives. Les enfants, espiègles, sont omniprésents. Les hommes, quant à eux, sont principalement occupés à la pêche tout en mâchant les fameuses feuilles de Khat, aux effets hallucinogènes. En dehors de la ville, les paysages de désertiques sont omniprésents. Y vivent néanmoins de nombreux nomades, déplaçant leur habitation, le toukoul, et leur troupeau de chèvres.

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Au loin, vers le bout du golfe d’Aden, se dresse le plus haut édifice de Djibouti, le phare de Ras-Bir. Il surveille et guide les navires croisant dans les eaux djiboutiennes. A 62 mètres au-dessus du sol, il offre une vue imprenable sur le golfe et la région d’Obock. Pied à terre confortable à Obock, le Village de la Mer rouge permet de déguster une bonne cuisine djiboutienne à base de produits de la mer tout en logeant dans d’agréables paillotes en bord de mer ou plus en hauteur dans de jolies chambres. Aïdid Aden, le propriétaire, organise aussi des excursions permettant de plonger sur des coraux pour y admirer les poissons multicolores et les tortues.

Depuis la mer, les maisons blanches blues de la vivante bourgade de Tadjourah se détachent d’un paysage montagneux et aride. Point de passage et de commerce en le golfe d’Aden et l’Ethiopie, ses activités principales restent la pêche, le petit négoce et l’artisanat. Près du port, son marché, très photogénique pour ses vives couleurs, est aussi est une halte où l’on s’attardera pour écouter les conversations très animées.

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Quittons le golfe de Tadjourah pour nous enfoncer dans les montagnes du pays des Afars au-delà de la forêt de Day. Plusieurs heures de piste rocailleuse infranchissable sans 4x4  sont nécessaires pour rejoindre le campement de Bankoualé.  On y dort dans des habitats djiboutiens traditionnels, les daybotas, sortes de huttes laissant passer l’air. Car il fait très chaud dans cette région aride où l’on randonne au milieu de canyons aux roches entre bruns et ocres. En contrebas du campement construit et tenu par Houmed Ali depuis quelques années se trouve une véritable oasis bordée de manguiers, qui apporte un peu de fraîcheur. Séjourner à Bankoualé est aussi le moyen de s’immerger dans la vie des villageois comme à Ardo, où l’on vous invite à boire le thé épicé et à visiter la petite école coranique. L’artisanat fait aussi vivre le village grâce aux femmes comme Fatouma qui créent des coopératives à travers le pays.

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L’un des plus spectaculaires sites de Djibouti, le lac Assal est le troisième lac salé au monde après la mer Morte et le lac de Tibériade. On y accède depuis le bout du golfe de Tadjourah, et de l’anse du Goubet dominée par l’île du Diable en forme de cône. Nous sommes au chevauchement de plaques tectoniques. Le paysage très volcanique  se déchire sous nos yeux, fait d’amoncellements de roches et champs de lave. Du fait cette activité tectonique, le lac Assal se trouve être l’un des points les plus bas du continent africain, à 167 mètres au dessous du niveau de la mer.  Alimenté par un maigre bras de mer, il concentre une salinité qui en fait une mine de sel de 20 km de long sur 10 km de large. Déjà, à plusieurs kilomètres et vue de haut, il aveugle par son eau aux différentes teintes de bleu clair et sa banquise blanche formée par le sel. C’est ici que l’on trouve les derniers caravaniers du sel qui, à dos de dromadaires, collectent le sel pour l’acheminer vers l’Ethiopie voisine et le troquer contre de la nourriture, principalement des céréales.

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Chaque année de novembre à mars, le golfe de Tadjourah est le lieu de rendez-vous des requins-baleines. Des plongeurs du monde entier se précipitent vers les eaux peu profondes de l’anse du Gobet, très riches en plancton dont se nourrit le plus gros poisson du monde ; certains spécimens pouvant mesurer jusqu’à 18 mètres. 

Depuis Djibouti, direction la baie d’Arta-plage, un spot où les géants sont très proches du rivage. Du bateau, on scrute l’horizon à la recherche d’ailerons. Une fois repéré, il faut vite plonger à l’aide d’un masque, d'un tuba et de palmes, car s’il est paisible, il se déplace néanmoins à bonne vitesse. L’instant est magique. Pendant quelques minutes, le géant indifférent se laisse accompagner tandis qu’il ouvre une bouche énorme pour absorber le plancton. Une demi-journée de plongée permet de renouveler la magie, en prenant soin de ne pas toucher le requin-baleine à la peau abrasive mais néanmoins fragile. Puis, épuisé mais ravi d’avoir palmé à toute vitesse, vient l’heure du repas djiboutien préparé par les bateliers, avant le retour vers Djibouti la tête pleine d’images féériques.

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L’un des lieux les plus inattendus au monde, le lac Abbé, se trouve à cheval sur Djibouti et l’Ethiopie. Accessible par la route nationale passant par Dhikil et le désert du Grand Barra, le lac Abbé offre un spectacle unique fait de cheminées calcaires, émanations de magmas alors que la région était une vaste étendue lacustre il y a quelque 9 000 ans.

C’est aujourd’hui une forêt d’aiguilles rocheuses que l’on traverse, rencontrant çà et là des fumerolles, sources d’eau bouillante et soufrée et quelques nomades qui y font paître leurs troupeaux. Le lac déploie toute sa splendeur au lever et au coucher de soleil, ce qui donnent aux cheminées de magnifiques teintes. L’hiver, le lac Abbé accueille des colonies de flamands roses qui, en s’envolant, forment de splendides. Il faudra néanmoins traverser quelques étendues marécageuses et marcher pieds nus ou avec des chaussures peu fragiles. Pour profiter de la magie du lac Abbé, une nuitée au campement géré par Houmed Loïta s’impose. Seul campement existant et dominant le lac, il permet de passer une nouvelle nuit dans les agréables toukouls traditionnelles.

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A un quinzaine de kilomètres de Djibouti s’étend l’île Moucha, îlot désertique, couvert par endroits d’une mangrove. Ses eaux turquoise sont réputées pour un séjour balnéaire, mais aussi pour découvrir les fonds marins environnants, accessibles aux plongeurs confirmés et débutants. Le Lagon bleu, qui gère le complexe composé de bungalows, propose des initiations avec des plongeurs confirmés qui mettent en confiance jusqu’aux plus récalcitrants.

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La capitale du pays, urbaine et façonnée par la présence militaire, ne sera pas le but ultime d’un voyage. Elle offre bien entendu tout le confort de la grande ville et il faudra passe outre l’absence d’élégance de la capitale et un léger sentiment d’insécurité – c’est un carrefour pour trafic en tous genres – pour y trouver quelques points d’intérêt.

Le centre-ville, autour de la place Ménélik et des rues environnantes, mérite qu’on s’y arrête pour sentir l’ambiance de cette ville, notamment le soir, quand s’ouvrent quelques cafés et restaurants typiques. S’y concentrent aussi quelques bâtiments anciens dont certains, peu entretenus, se laissent abîmer par le temps. Le marché vaut aussi le coup d’œil, bien qu’il soit bien utile d’y être accompagné par un local de confiance.

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