Enclavée au cœur des Balkans, la Macédoine, ancienne république de l’ex-Yougoslavie, est encore trop peu connue si on la compare à ses voisines que sont la Croatie, la Bosnie-Herzégovine ou encore la Serbie. Qui saurait la situer sans hésitation sur la carte de l’Europe ? Ce petit pays de 2 millions d’habitants souffre d’un déficit d’image, alors qu'il en met plein les yeux à ceux qui savent s’émerveiller devant l’extraordinaire variété de paysages, mélangeant collines montagneuses, reliefs volcaniques, gorges et canyons, mais aussi un patrimoine architectural qui lui a valu le surnom de « carrefour entre l'Orient et l'Occident ». De très beaux monastères orthodoxes nichés à flanc de montagne, églises catholiques ou mosquées ottomanes aux jardins accueillants, ajoutent de la belle pierre au bleu infini des lacs, au vert épais des forêts et complètent les couleurs chaudes des vallées. Et ce ne sont pas des salades...

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Non, non, le musée des Os sur la baie d'Orhid n'est pas un attrape-touristes ! Cette reconstitution de village lacustre préhistorique, ouverte au public depuis fin 2008 s'est inspiré du site de fouilles sous-marin de Ploča Mičov Grad (un peu plus au nord sur la côte) qui abrite des découvertes de l'âge de bronze et de l'âge de fer. Sur 8 500 m2, pas moins de 6 000 emplacements de pilotis ont été mis à jour depuis 1997. Ce qui laisse supposer l'existence d'un village lacustre d'une vingtaine de maisons, occupé entre 1200 et 700 ans avant notre ère. De nombreux objets ont également été trouvés : des silex, des outils en pierre et en bronze, des poteries, dont certaines parfaitement conservées. Mais surtout la grande quantité d'os taillés pour différents usages qui ont donné son nom au site. Le village reconstitué se compose d'une plateforme s'élevant à 1,5 m au-dessus de l'eau sur laquelle reposent huit maisons, dont deux de forme circulaire. L'intérieur des habitations a été reconstitué avec des peaux de bête et des reproductions des différents objets découverts à Ploča Mičov Grad.

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À 8 km au Nord-Ouest de Kratovo, la colline de Dubica se dresse avec ses nombreuses figures de pierre dépassant souvent les 10 mètres de hauteur et ressemblant à s'y méprendre à des formes humaines élancées. Vous voilà dans le village de Kuklica (Poupées). Surnommées les poupées de pierre (kameni kuli), les centaines de colonnes de roche des alentours sont apparues il y a des milliers d’années. Plusieurs légendes diffèrent quant à leur version. La plus traditionnelle raconte qu'il s'agirait des mariés et leurs invités, pétrifiés par une amante éperdument amoureuse et jalouse de sa rivale, promise à son homme qui en avait choisi une autre... La deuxième histoire, celle des scientifiques, tient pour responsable la longue érosion des pierres volcaniques il y a dix mille ans de cela ! Peu importe l'histoire que vous déciderez de croire, les poupées vous attendent. Il faut voir pour croire paraît-il.

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Véritable cité musée, Ohrid garde précieusement dans ses murs les traces d’une riche histoire, comme si les siècles passés continuaient encore à vivre dans la mémoire des pierres. La vieille ville couvre à peine quelques kilomètres carrés mais, à l’abri des remparts de la citadelle, basiliques et églises, vestiges de temples antiques, attestent de l’ancien rayonnement de la ville. Située au sommet d’une des deux collines d’Ohrid, l’autre étant occupée par la forteresse, Saint-Clément est l'une des plus belles églises de Macédoine. Construite en 1295 par le général byzantin Progon Zgour, cousin d’Andronic II Paléologue, elle est devenue au début du XVIe siècle, le Musée archiépiscopal où ont été réunis de nombreux manuscrits en langue slave. La grande richesse de cette église réside incontestablement dans ses fresques restaurées en 1950 et qui sont l’œuvre de deux frères, Michel et Eutychès, novateurs notamment dans l'utilisation de la perspective. Mais surtout, sa vue sur le lac, imprenable...

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Le monastère d'Osogovo, le bâtiment sacral le plus connu de Macédoine se trouve à trois kilomètres au nord-est de Kriva Palanka, sur un des versant du massif montagneux de l'Osogovo qui commence dès les faubourgs nord de Kočani. Construit à l'époque du règne de l'Empereur byzantin Manojlo (1143-1180), il renferme deux bâtiments, à savoir la grande et la petite église du complexe. La petite église, rénovée au XIVe siècle, est construite de pierres taillées et de briques alors que la grande a été érigée par un religieux du nom d'Andrea Damjanov en plein XIXe siècle. Venez admirer ses douze coupoles, chacune dédiée à un apôtre. À l'intérieur, de superbes fresques médiévales recouvrent les murs de pierre. Les portes du seigneur sont impénétrables mais pas celles de ce monastère orthodoxe, toujours ouvertes aux curieux qui le souhaitent.

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Le pont de pierre (kameni most en macéconien), est considéré avec la forteresse de Kale comme le symbole de la capitale macédonienne. Gros avantage de Skopje, on peut voir l'essentiel à pied. Dans un rayon de moins d'un kilomètre autour du pont de pierre, on accède à la ville ottomane la mieux préservée des Balkans (čŒaršija), aux étonnants bâtiments « brutalistes » hérités de la période communiste (ville nouvelle et centre-ville) et aux monuments kitsch du projet « Skopje 2014 » (centre-ville). S'agissant du pont de pierre, certains le font remonter au VIe siècle mais endommagé et rénové de nombreuses fois, sa forme d'aujourd'hui n'est plus celle d'hier. Long de 214 m et large de 6 m, le Kameni Most a subi des dégâts lors des heurts entre Slaves et Albanais en 2001, et son revêtement ainsi que son parapet ont dû être refaits à partir de 2004. Désormais réservé aux piétons, il attire une foule souvent dense et tente de « faire le pont » entre les habitants de Skopje qui habitent désormais des deux côtés du Vardar...

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La mosquée peinte est un des bâtiments les plus remarquables de Macédoine et se trouve dans la vieille ville de Tetovo, sur la rive droite de la rivière Pena. Construit au XVe siècle, l'édifice est connu sous plusieurs noms : la mosquée peinte, la mosquée bariolée ou, comme les habitants l'appellent, la mosquée du pacha (pacha Đamija en macédonien, xhamia e pashës en albanais). Elle comprenait à l’origine d’autres bâtiments, comme un caravansérail et des bains dont il ne reste qu’un seul exemplaire situé de l’autre côté de la rivière. Son unique pièce carrée et son toit recouvert de larges tuiles sombres étonnent autant que ses murs ornés de rectangles incluant des motifs géométriques qui pourraient figurer sur le dos de cartes à jouer, sur des tapis ou des tentures. Mais ils sont pourtant caractéristiques de la décoration turque traditionnelle. La mosquée est entourée d’un agréable jardin clos de murs, une enceinte qui comprend également une fontaine destinée aux ablutions, préliminaires de la prière. Il y avait plusieurs mosquées de ce type autrefois dans la région. Celle de Tetovo est la dernière qui subsiste.

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Le lac de Dojran et ses environs situés dans le sud-est de la Macédoine, à quelques encablures du golfe de Thessalonique, bénéficient d'un climat plutôt de type méditerranéen. Sa basse altitude (148 mètres) a pour conséquence directe une température moyenne de l'eau entre 15° et 18° pouvant grimper jusqu'à 27° en été, digne d'un lac tropical... On aurait bien pu ne jamais le connaître. En 1988, la Grèce demande à Belgrade une autorisation de pompage pour l'irrigation de leurs champs. Mais les autorités yougoslaves interprètent mal les chiffres du niveau d'eau et donnent leur accord avant... de s'en rendre compte ! En un peu plus d’un mois, le niveau du lac a baissé de plus de 80 cm et est passé de 280 millions à 60 millions de m3. Les captures de poissons atteignent péniblement 50 à 70 tonnes par an contre 500 à 800 tonnes avant la catastrophe. Et des 60 000 visiteurs des années 1970 et 1980, il ne restait plus qu’une poignée jusqu’en 1998 ! Désormais, les touristes s’y pressent à nouveau.

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Le monastère Saint-Jean-Bigorski se trouve en plein milieu de la forêt sur les versants nord-ouest de la montagne Bistra. « Bigorski » vient du mot macédonien bigor, qui signifie « tuf calcaire », pierre avec laquelle le monastère a été construit au XIe siècle. Il est également consacré à saint Jean le Précurseur (Jean-Baptiste). Une icône perdue et réapparue par miracle à l’endroit où s’élève désormais l’église du monastère aurait décidé de sa construction en 1020. L’architecture actuelle de l’ensemble du monastère indique cependant qu’il a été construit en 1800 et peint au cours du XIXe siècle. Les bâtiments adjacents, datant de la seconde décennie du XIXe siècle, ainsi que la salle à manger d’origine s’ajoutent à la beauté sévère du monastère. Mais ce qui fait tout l’intérêt de Saint-Jean-Bigorski est son iconostase de bois sculpté datant du début du XIXe siècle. Elle se compose de plus de 700 figures et elle est l’œuvre des frères Filipovski et de Makarije Frčkovski, qui se sont d’ailleurs eux-mêmes représentés dans la partie gauche de leur chef-d’œuvre.

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À une quinzaine de kilomètres de la capitale, la région de Matka attire les amoureux de la nature et les chercheurs tant elle représente une réserve naturelle d'espèces animales rares (notamment les aigles à tête blanche et des papillons ne vivant que sur ce site). Venez vous approprier cette nature et vous perdre dans les soupirs que vous inspireront ce canyon naturel de la rivière Treska entre pentes raides et crêtes rocheuses à la verticale. Mais le parc spéléologique de Matka a d'autres arguments : plus d'une dizaine de grottes d'une longueur allant de 20 à 176 mètres abritent lacs, stalactites et stalagmites. Avec ses 212 mètres de fond, Vrelo fait office de grotte sous-marine la plus profonde des Balkans et deuxième en Europe. Les amoureux des sports extrêmes pourront également s'adonner à l'escalade sportive, l'alpinisme ou le kayak en eaux vives...

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