CATHÉDRALE SAINTE-SOPHIE D'OHRID (ЦРКВА СВЕТА СОФИЈА ВО ОХРИД)

Plaque millesim 2018

Fondée au XIe siècle, la cathédrale Sveta Sofija est la plus grande église médiévale du pays et constitue aujourd’hui le siège de l’Église autocéphale de Macédoine. Elle est dédiée à sainte Sophie, martyre romaine du IIe siècle incarnant la Sagesse divine. Son architecture tarabiscotée la rend difficile à aimer dès le première rencontre. Déjà, ce qui est inhabituel, c’est qu’on la découvre par son abside, et non par sa façade. Elle est aussi le fruit d’un passé mouvementé : construite par les Byzantins, elle a été une mosquée pendant six siècles et n’est devenue une cathédrale slave qu’en 1959. Mais elle dissimule des trésors : un monumental exonarthex (avant-vestibule) à deux étages sans équivalent dans les Balkans et des fresques du XIe siècle parmi les mieux conservées au monde. Ces dernières ont aussi une valeur historique unique, puisqu’elles sont le plus grand témoignage visuel du schisme de 1054.

Histoire et architecture

La cathédrale possède une architecture hors normes : elle de style byzantin mais n’a pas de dôme central, son naos possède trois nefs comme les temples antiques et son plan général suit la forme d’un T dont la barre supérieure est constituée par un monumental exonarthex sans équivalent dans la région. Tout ceci est le résultat des profonds changements politiques que la région a connus pendant vingt siècles.

Temple grec et basilique bulgare. Le site de l’actuelle cathédrale est occupé depuis plus de deux mille ans : d’abord par un temple grec antique, puis par une basilique civile romaine, elle-même remplacée au VIe siècle par une basilique paléochrétienne. Vers 880, l’empereur bulgare Boris Ier et saint Clément d’Ohrid font ériger ici une basilique. Celle-ci est transformée vers 990, lorsque Samuel Ier choisit Ohrid comme capitale de l’Empire bulgare. De dimensions encore modestes, le bâtiment adopte le plan typique d’une basilique antique avec trois nefs parallèles s’achevant par trois abside à l’est.

Cathédrale byzantine. La cathédrale actuelle est fondée entre 1037 et 1056 par le prélat byzantin Léon, deuxième archevêque d’Ohrid. Elle est alors conçue comme le symbole de la reconquête byzantine de la région contre les Bulgares, achevée en 1018. Elle devient le siège de l’archevêché « bulgare » d’Ohrid, en théorie indépendant, mais directement soumis au patriarcat byzantin. Et pour mieux marquer les esprits, elle est dédiée à la Sagesse de Dieu, comme la légendaire Agia Sofia de Constantinople. Si la basilique bulgare disparaît, la structure à trois nefs de celle-ci est conservée. Le nouveau bâtiment s’étire vers l’ouest où il s’achève par un narthex. L’ensemble est surmonté par un dôme central, dont les quatre piliers donnent au naos le plan en croix inscrite des églises byzantines.

Galerie Grégoire. Entre 1317 et 1334, l’archevêque byzantin d’Ohrid Grégoire Ier fait placer à l’ouest, devant le narthex, un monumental exonarthex à double étage de 30 m de longueur. La construction de cette « galerie Grégoire » reste une énigme. Pourquoi un tel chantier ? Et qui l’a financé ? En effet, Ohrid n’appartient alors à aucune grande puissance, mais à des nobles albanais. La ville passera sous contrôle serbe en 1334. C’est le riche seigneur gréco-serbe Jovan Oliver (à qui l’on doit l’église de Lesnovo) qui payera pour achever les fresques dans les années 1340-1355.

Mosquée ottomane. Les Ottomans s’implantent à Ohrid en 1395. Au début du XVe siècle, la cathédrale est transformée en mosquée. Cela entraîne plusieurs modifications, dont la plus importante est la suppression du dôme central. Comme le sens de la prière des musulmans se fait vers La Mecque, au sud-est, une nouvelle entrée est créée au nord-ouest, avec un porche placé le long du naos. L’ancienne entrée, à l’ouest, n’a plus d’utilité, et la « galerie Grégoire » est donc condamnée. Mais celle-ci sert de support au minaret, installé sur sa tour nord. À l’intérieur, les fresques sont dissimulées sous un enduit à la chaux et de nouvelles décorations. On installe un mirhab, niche indiquant la direction de La Mecque. Quant à l’iconostase en marbre, elle est démontée pour servir à la construction du minbar (chaire). La cathédrale est devenue une mosquée. Elle conserve pourtant son nom, puisqu’elle est appelée Büyük Ayasofya Camii en turc, c’est-à-dire « Grande mosquée Agia Sofia ».

Restauration de la cathédrale. Après le départ de la majorité de la population musulmane en 1912, la mosquée est désacralisée et sert d’entrepôt. Le bâtiment fait l’objet d’un grand chantier de rénovation à partir de 1949 : tous les attributs de l’ancienne mosquée sont progressivement retirés et une partie des fresques médiévales chrétiennes sont redécouvertes. En 1959, la cathédrale prend le nom slave de Sveta Sofija et devient le siège de la nouvelle Église autonome de Macédoine qui dépend du patriarcat serbe. Depuis 1967, elle est le siège de l’Église autocéphale de Macédoine, dont l’autocéphalie (indépendance) n’est, à ce jour, pas reconnue par les autres Églises orthodoxes. Le lieu est toutefois rarement utilisé pour le culte. Réputé pour sa bonne acoustique, le naos sert surtout de cadre à des concerts de musique sacrée ou profane, notamment dans le cadre du festival d’été d’Ohrid (de mi-juillet à mi-août).

Visite

Comme la double galerie de l’exonarthex et le narthex sont fermés aux visites, seul le naos est accessible. Mais c’est lui qui renferme les fresques les plus anciennes et les plus précieuses de la cathédrale. Peintes par des artistes inconnus, elles ont été réalisées lors du grand schisme de 1054 entre les Églises d’Orient et d’Occident. C’est le principal témoignage visuel de cet événement historique selon le point de vue officiel byzantin. Leur commanditaire, l’archevêque Léon d’Ohrid, était en effet un proche collaborateur de Michel Ier Cérulaire, le patriarche de Constantinople qui fut excommunié par les légats du pape le 16 juillet 1054, date qui marque la séparation définitive entre catholiques et orthodoxes.

Porche ottoman. Avant de passer par le porche par lequel se fait l’accès au naos, remarquez la petite maquette posée à l’entrée. Elle est rudimentaire, mais elle a le mérite de présenter l’architecture du bâtiment dans son ensemble. Ensuite, il faut descendre quelques marches pour arriver sous le porche. Celui-ci date du XVe ou du XVIe siècle. En apparence, c’est le seul élément qui subsiste de la période ottomane. Mais si l’entrée est située aujourd’hui si bas, c’est que les abords de la cathédrale ont été transformés à la même période. D’importants bâtiments médiévaux placés face à l’entrée de la mosquée ont en effet été abattus pour créer le parvis actuel, et l’amas de matériaux a provoqué une élévation du terrain. Près du porche, quelques fragments de sculptures témoignent de l’histoire mouvementée du site : chapiteaux antiques, bas-reliefs byzantins, pierre tombale ottomane, etc.

Fresques du mur ouest. En entrant dans le naos, on ne voit d’abord que des murs gris. La plupart des remarquables fresques du XIe siècle se trouvent au niveau du chœur et de l’abside. Mais la partie centrale du mur ouest, tout de suite à droite après l’entrée, conserve plusieurs autres fresques de la même période. Elles sont placées au-dessus de l’ancienne entrée principale qui reliait le narthex au naos. Si elles sont endommagées, on reconnaît les scènes de la Présentation au Temple, de la Nativité du Christ et de la Dormition de la Mère de Dieu. Cette dernière est l’une des plus anciennes du genre au monde.

Iconostase et fondations. Barrant la partie orientale des trois nefs, l’iconostase en marbre a été ajoutée en 2015, et les icônes qu’elle abrite sont sans valeur historique. Comme le veut la tradition orientale, cette cloison sert à séparer le naos du sanctuaire réservé au clergé. On ne peut donc plus admirer les étonnantes fresques qui se situent derrière, notamment les portraits des six papes romains peints dans le diakonon (sacristie), à droite de l’autel : dans le contexte du schisme de 1054, il s’agissait de remettre les évêques de Rome au même niveau que les 60 autres prélats chrétiens peints dans tout le sanctuaire. Surtout, ce qui est dommage, c’est que le minbar (chaire) de l’ancienne mosquée a été démoli en 2000. Or, celui-ci était justement constitué d’éléments finement sculptés provenant de l’iconostase du XIe siècle. En revanche, des ouvertures dans le sol et des plaques de verre permettent de voir les fondations de l’ancienne basilique bulgare ainsi que le remarquable ambon (pupitre) en marbre sculpté du XIVe siècle.

Fresques de l’abside. Derrière l’iconostase, les fresques les plus hautes de l’abside centrale sont bien visibles. L’ensemble est dominé par la Mère de Dieu Trône de Sagesse peinte sur un fond bleu en lapis-lazuli d’Afghanistan, le plus précieux pigment du Moyen Âge. Marie apparaît assise sur un trône. Elle est elle-même le « trône » sur lequel siège le Christ enfant qui symbolise ici la Sagesse de Dieu. En dessous se trouve la scène de la Communion des apôtres. Le Christ-prêtre est placé sous le ciborium de l’autel. Il fait le signe de bénédiction et tient la patène, l’assiette ronde qui sert à distribuer l’amnos (« agneau » en grec), c’est-à-dire le pain au levain symbole du sacrifice du corps du Christ. La présence de la patène est inhabituelle : c’est une évocation de la querelle de la divine liturgie (appelée eucharistie chez les catholiques) qui fut un des éléments déclencheurs du schisme de 1054.

Fresque de la voûte du chœur. Peu avant l’iconostase, la voûte semi-circulaire est occupée par une grande scène de l’Ascension : le Christ apparaît au centre, dans une mandorle soutenue par quatre anges. Plus bas, de part et d’autre, se tiennent les apôtres, la Mère de Dieu et les archanges Michel et Gabriel. Au registre suivant figurent cinq archanges agenouillés de chaque côté. C’est une autre référence à la rupture de 1054 : les archanges représentent la Pentarchie, c’est-à-dire l'organisation originelle de la Chrétienté avec les cinq Églises patriarcales d’Alexandrie, d’Antioche, de Constantinople, de Jérusalem et de Rome.

Fresques des murs du chœur. De part et d’autre de la voûte, plusieurs scènes sont chargées de symboles liés au schisme de 1054. Ainsi, côté sud (à droite lorsqu’on est face à l’abside), la représentation endommagée de l’Hospitalité d’Abraham (ou Trinité) fait coup double. Tout d’abord, les trois anges apparaissent ici comme les trois incarnations de Dieu et sont attablés chez le prophète au même plan. Ceci va à l’inverse du nouveau dogme du Filioque développé en Occident, qui établit une hiérarchie entre le Père, le Fils et le Saint-Esprit, et qui est considéré comme une hérésie par les orthodoxes. Ensuite, il y a le plat préparé par Sarah (au fond, à gauche) et servi par Abraham, agenouillé : c’est du pain au levain, celui réservé en Orient à la divine liturgie. Le même pain que le pape, en 1054, a voulu faire remplacer par le pain azyme comme en Occident. Côté nord, apparaît la plus ancienne représentation connue de la Liturgie de Basile le Grand : l’évêque du IVe siècle prépare le sacrement de la communion sous le ciborium. L’œuvre sert ici à rappeler que le rite byzantin, à l’inverse de la pratique occidentale, n’a pas dévié depuis les origines du christianisme.

Exonarthex. En sortant de la cathédrale, prenez à gauche du petit parc et encore à gauche pour descendre les escaliers de la rue Ilindenska. C’est ici que l’on découvre enfin la façade monumentale conçue vers 1317 par l’archevêque Grégoire Ier. Aujourd’hui, l’exonarthex, ou « galerie Grégoire », passe presque inaperçu dans le tissu urbain. Lors de sa construction, cette structure fut mise en valeur par l'aménagement d’un vaste parvis. Mais ce dernier a disparu lorsque l’exonarthex fut condamné pendant la période ottomane. Partiellement dégagé depuis les années 1950, le parvis accueille désormais un théâtre à ciel ouvert. Des gradins, on peut avoir un peu de recul pour admirer la façade avec ses deux tours latérales surmontées de coupoles montées sur tambour, ses deux galeries ouvertes et ses 30 m de longueur. La base des murs est composée de grosses pierres taillées dont certaines, portant des gravures et des inscriptions en grec, sont des remplois provenant du théâtre antique. Les tours sont pour l’essentiel montées en « cloisonné », technique byzantine consistant à encadrer des pierres taillées entre du mortier et des tuiles plates. Dans la partie centrale, les briques sont pratiquement le seul matériau utilisé. Elles forment huit arcades soutenues par cinq piliers et quatre colonnes dans la galerie inférieure, puis dix-sept niches aveugles au rang suivant. La galerie supérieure est la plus célèbre : elle est représentée au revers des billets de 1 000 denars macédoniens. Son style est soigné, avec quatre élégants triplets séparés par trois niches en cul-de-four. Enfin, l’ensemble est dominé par une longue inscription en grec. C’est la dédicace du commanditaire, Grégoire Ier. On y lit : « Grégoire, Moïse du nouvel Israël, enseigne la sagesse de la loi divine aux Mésiens. » Les « Mésiens » sont les habitants de la Mésie, province romaine des Balkans qui s’étalait à l’ouest du Danube. C’est par ce nom que les Byzantins désignaient les Bulgares d’Ohrid au Moyen Âge.

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Note générale : 4/5
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4 avis d'internautes
4/5
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Service
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Visité en juin 2019
Jolie cathédrale
La cathédrale est jolie mais un peu cher comparé aux autres églises gratuites de la ville. Elle vaut cependant le détour
Avis déposé le 08/07/2019 
4/5
Rapport Qualité/Prix
Service
Originalité
Visité en juillet 2018
La cathédrale Sainte Sophie est situé dans le bas de la ville. Elle est illuminée le soir. A l'intérieur des fresques. L'emplacement au sein de la ville lui donne un cachet certain.
Avis déposé le 26/07/2018 
5/5
Rapport Qualité/Prix
Service
Originalité
Visité en janvier 2018
architecture extérieure très intéressante sans compter les superbes fresques intérieures (même si elles sont abîmées)
Avis déposé le 15/03/2018 
3/5
Rapport Qualité/Prix
Service
Originalité
Visité en juin 2017
C'est la plus grande église d'Ohrid en forme de T et entourée de beaux et bons restaurants. L'intérieur est en partie recouvert de fresques intéressantes mais la plupart sont très abîmées. Entrée 100 dinars mais je la trouve plus belle de l'extérieur que de l'intérieur. Une tortue se promène dans le jardin qui entoure l'édifice.
Avis déposé le 13/06/2017 
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