ANCIENNE BIBLIOTHÈQUE NATIONALE (VIJEĆNICA)

+387 33 27 54 23
+387 33 27 54 23
Plaque millesim 2020

Ce bâtiment massif, de couleur orange et de forme triangulaire, est le plus connu de Sarajevo. Il fut autrefois synonyme du rayonnement culturel de la capitale bosnienne. C'est aujourd'hui, hélas, l'un des moins intéressants à visiter. Toujours désigné par les habitants sous le nom de Vijećnica (« hôtel de ville », littéralement la « salle », dérivé du mot vijeće signifiant « conseil », prononcer « viyetchnitsa »), ce bâtiment chargé d'histoire s'appelle toujours officiellement la Bibliothèque nationale et universitaire de Bosnie-Herzégovine (Nacionalna i univerzitetska biblioteka Bosne i Hercegovine, NUB BiH) même s'il n'accueille quasiment plus aucun livre. Inauguré en 1896, pendant la période austro-hongroise, il fut pendant près d'un siècle le centre névralgique de la ville, tour à tour hôtel de ville, parlement de Bosnie-Herzégovine et bibliothèque nationale. Sa destruction, le 25 août 1992, en a fait le symbole des souffrances endurées pendant le siège de Sarajevo (1992-1996). La reconstruction du bâtiment, coûteuse et sans portée culturelle, s'est achevée en 2014, mais a complètement vidé celui-ci de son âme.

Symboles

La Vijećnica est à elle seule un résumé de l'histoire européenne contemporaine, l'endroit où symboliquement le XXe siècle a commencé et où il s'est terminé.

28 juin 1914. Premier moment fort : l'archiduc François-Ferdinand prononce ici son dernier discours avant d'être abattu quelques dizaines de mètres plus loin devant le pont Latin. L'héritier en uniforme d'apparat et sa femme Sophie en robe légère blanche descendent les marches de l'hôtel de ville vers la voiture qui les attend. Les photographies qui immortalisent la scène apparaissent aujourd'hui comme les derniers instants d'une Europe insouciante, juste avant le début du carnage de la Première Guerre mondiale.

16 avril 1941. Deuxième image : la croix gammée flottant sur l'hôtel de ville. Les troupes allemandes viennent de prendre la ville et, pour marquer les esprits, hissent aussitôt le drapeau nazi sur le bâtiment. Le photographe a cadré les soldats droits comme des « i » saluant le drapeau, comme autant de lignes verticales répondant à celles, horizontales, de la façade. Dans les faits, Sarajevo est confié le jour-même aux alliés du IIIe Reich, les Oustachis croates. Pendant quatre ans, les occupants vont monter les communautés les unes contre les autres, déporter Juifs, Roms et Serbes. Comme ailleurs en Europe, des dizaines de milliers d'habitants ne reviendront jamais.

25 mai 1992. Troisième séquence, plus proche de nous. C'est une vidéo datant du début du siège de Sarajevo. La nuit commence à tomber et la Vijećnica est en flammes. Des employés de la bibliothèque et des habitants de Sarajevo ont improvisé une chaîne humaine pour tenter de sauver quelques livres, entassés à la va-vite sur le trottoir. Malgré leurs efforts, entre 70 et 90 % des ouvrages de la formidable bibliothèque nationale partiront en fumée. Les artilleurs de la République serbe avaient volontairement choisi de cibler la Vijecnica, symbole de connaissance et de l'aspect multiculturel de la ville, avec des obus incendiaires au phosphore. Le XXe siècle s'achève bientôt, la guerre froide est terminée, le bloc de l'Est disloqué, la Yougoslavie à feu et à sang.

12 septembre 1992. Une dernière image de la Vijećnica apporte un peu de baume au cœur. Le siège de Sarajevo va encore durer quarante-deux mois. Et, pourtant, un homme joue de la musique au milieu des gravats de la Vijećnica. Le photographe russe de l'Agence France Presse Mikhail Evstafiev saisit cet instant magique, presque irréel. Grâce à lui, celui que l'on surnomme aussitôt « le violoncelliste de Sarajevo » devient célèbre dans le monde entier. Il s'appelle Vedran Smailović et joue quasiment tous les jours dans la rue, en signe de deuil, l'adagio en sol mineur de Tomaso Albinoni depuis le massacre du marché de Markale qui a fait 22 morts le 27 mai. Cette image répond à celle d'un autre violoncelliste, Mitslav Rostropovich jouant devant les brèches du mur de Berlin, le 11 novembre 1989. Smailović quittera la ville fin 1993 et n'y remettra plus les pieds. Il reviendra seulement le 28 juin 2014 pour jouer dans la Vijećnica reconstruite à l'occasion de la commémoration du centenaire de l'assassinat de l'archiduc. A la télévision, on découvrira alors le son de l'adagio, aussi sombre, profond et grave que le destin de la Vijećnica.

Bâtiment

Culminant à 27 m de hauteur, la Vijećnica se présente comme un triangle équilatéral presque régulier : 56 m de longueur pour les côtés sud (façade) et nord, 52 m au nord-ouest, avec dans chaque coin, une tour d'angle en forme de prisme. Les murs de brique sont renforcés en acier, avec des colonnes de granit provenant de Travnik à l'extérieur et de granit rose de Baveno (Italie) à l'intérieur. Le vestibule mène à une salle centrale hexagonale dominée par une coupole vitrée. En face de l'entrée, un large un escalier monte jusqu'à la galerie hexagonale qui donne notamment sur la salle principale de réception. Pas moins de trois architectes ont travaillé à la conception du bâtiment.

Projet initial. En 1891, Karel Pařík (1857-1942) est désigné pour en conduire les travaux. L'architecte tchèque compte déjà de nombreuses réalisations à Sarajevo comme le Musée national ou la synagogue ashkénaze. Les grandes lignes de son projet : un bâtiment néo-Renaissance d'inspiration byzantine, un plan en forme de triangle équilatéral, haut de deux étages, avec une salle hexagonale centrale et la façade au nord-est. Le site retenu correspond à l'ancien place Mustaj-pasha où se trouvaient deux auberges et une maison ottomanes. L'un des propriétaires expulsés obtint que l'on démonte et que l'on remonte pierre par pierre sa bâtisse. Il s'agit de maison connue sous le nom de Inat kuća, qui se trouve depuis en face de la Bibliothèque nationale, sur la rive gauche de la Miljacka, et qui abrite un restaurant depuis 1998. Mais avant même que les travaux du nouvel hôtel de ville débutent, un conflit oppose l'architecte au baron hongrois Béni Kállay, administrateur de la Bosnie et ministre des Finances de l'Empire. Celui-ci souhaite un bâtiment plus haut et plus imposant, qui s'intègre dans le quartier de Baščaršija marqué par l'architecture ottomane et surtout qui se démarque du style byzantin. Béni Kállay a été consul à Belgrade de 1868 à 1878 et a vu l'architecture néo-byzantine éclore dans la nouvelle Serbie indépendante, principale rivale de l'Empire austro-hongrois dans les Balkans.

Style mamelouk. Pařík refuse de modifier son projet et est écarté. Il est remplacé en 1892 par l'architecte d'origine croate Alexander Wittek (1852-1894) qui a déjà travaillé sur la restauration de la fontaine de la place Sebilj. Il conserve la forme triangulaire et le hall central dessinés par Pařík, rehausse le bâtiment de deux étages pour qu'il domine le quartier et imagine un étonnant style « néo-mauresque ». Pour cela, Wittek va chercher l'inspiration en Andalousie et en Egypte : d'un côté, les bandes bicolores, la forme des chapiteaux des colonnes et des arcs du hall de l'Alhambra de Grenade, de l'autre, les riches ornementations de deux mosquées du Caire, Sultan Hasan II (1356) et al-Ashraf Qaytbay (1474), caractéristiques de l'architecture mamelouke. Cet improbable mélange de styles n'a rien à voir avec l'architecture ottomane de Bosnie, mais, qu'importe, cela plaît au puissant baron hongrois Béni Kállay. Ce choix résulte du goût l'époque pour un orientalisme fait de bric et de broc et dénote une certaine vision colonialiste de l'Empire austro-hongrois marquée par une complète méconnaissance de l'héritage ottoman de la Bosnie. Les travaux commencent dans le courant 1892. Mais rapidement, Wittek tombe malade et quitte Sarajevo pour décéder en Autriche en 1894. Entre-temps, il est remplacé par un autre architecte, le Croate Ćiril Iveković (1864-1933). Celui-ci n'apporte que des modifications mineures au projet de Wittek. Le bâtiment est finalement inauguré le 20 avril 1896.

Hôtel de ville, parlement… Utilisée d'abord comme mairie et tribunal de la ville, la Vijećnica abrite également à partir du 3 juin 1910 le nouveau parlement bosniaque créé dans la foulée de l'annexion officielle de la province à l'Empire en 1908. En 1945, à la libération de la ville, le bâtiment est d'abord utilisé comme siège de la nouvelle Académie des Sciences et des Arts de Bosnie-Herzégovine. Puis à partir de 1951, il devient le siège de la Bibliothèque universitaire où seront peu à peu accumulés entre 1 et 2 millions d'exemplaires. L'inventaire précis n'a jamais été connu. Mais, jusqu'en 1992, les chercheurs du monde entier s'y rendent pour consulter ici toutes les publications produites par le pays depuis le XIXe siècle, environ 500 manuscrits, quelque 150 000 livres rares, des collections uniques d'images et cartes postales anciennes, tous les travaux de thèse réalisés en Bosnie, ainsi que la plupart des parutions de référence des Balkans.

Destruction et reconstruction

« Une catastrophe culturelle ». A partir du 25 août 1992, à 20h30, 25 obus incendiaires au phosphore blanc tombent sur la Vijećnica à partir de quatre positions différentes. Les artilleurs serbes feront ensuite tomber 40 obus autour de l'édifice pour tenter d'empêcher les secours d'arriver. Secours qui, de toute façon ne disposaient pas d'eau pour éteindre l'incendie, toutes les canalisations ayant été coupées au début du siège. A 10h30, le lendemain, le feu aura gagné tout l'édifice, continuant de brûler pendant plus de quarante-huit heures. Le bombardement est condamné par tout le monde. Le Conseil de l'Europe parle « d'une catastrophe culturelle et européenne d'une ampleur terrifiante » tandis que la commission d'experts de l'ONU décrira quelques mois plus tard une « destruction intentionnelle des biens culturels qui ne peut être justifiée par la nécessité militaire ».

Stars internationales. L'émotion est telle que des artistes du monde entier vont se rendre sur place pendant des années pour voir et témoigner aux côtés des journalistes. Imitant le geste de Vedran Smailović qui fut le premier à jouer dans les ruines de la Vijećnica, plusieurs musiciens internationaux viennent à leur tour donner un concert à Sarajevo. Certes, cela permet de faire parler du martyr vécu par la ville. Mais cela agace aussi les habitants : eux qui sont enfermés dans leur ville voient arriver et repartir des stars qui restent à peine quelques heures, donnant des concerts réservés à une élite. Le chef d'orchestre français Hugues Reiner aura une attitude différente. Habitué aux conditions extrêmes (il vient par exemple de diriger un concert depuis le sommet du mont Blanc pour la Fête de la musique quelques mois plus tôt), il arrive en novembre 1993 et choisi de rester sept semaines dans la capitale assiégée. Son objectif n'est pas seulement de donner un concert, mais de reconstituer l'Orchestre de la radio-télévision de Sarajevo. Composé d'habitants de toutes origines et confessions, celui-ci s'est disloqué dès les premiers mois de la guerre. Alors, avec l'aide de musiciens locaux, il part à leur recherche, tente de les faire revenir et, quand cela n'est pas possible, fait passer des auditions pour les remplacer. Ce qu'il leur propose, c'est de jouer ensemble, malgré leurs différences, un seul morceau, la Symphonie n° 3 de Beethoven, la Symphonie héroïque. Celui-ci sera joué dans les ruines de la Vijećnica ouverte à tous le 31 décembre 1993. Mais l'événement, seulement filmé par une équipe de télévision française, passera alors inaperçu, Barbara Hendricks donnant elle aussi un récital ailleurs dans la ville le même soir.

Un projet sans ambition. Dans les mois et années qui suivent, la Vijećnica tombe peu à peu dans l'oubli. Quelques employés de la bibliothèque tentent de restaurer les livres sauvés de l'incendie. Après la guerre, un furieux débat s'engagera sur l'avenir de la Vijećnica. La plupart des artistes et intellectuels du pays militant pour que l'on fasse du bâtiment un lieu de mémoire ou, au moins, un lieu de culture. Ils ne seront pas entendus. Car la municipalité profite du manque de moyens de l'université pour récupérer la Vijećnica et en faire un lieu de réception de prestige. Elle profite aussi de larges budgets alloués pour la restauration par différents donateurs, notamment l'Union européenne (13 millions d'euros). La chantier durera plus de vingt ans. La nouvelle Vijećnica sera inaugurée le 9 mai 2014. Quelques mois après la nouvelle bibliothèque Gazi Huervebova. Destinée aux étudiants en théologie et financée par le Qatar, cette dernière est devenue la plus grande bibliothèque du pays. Ce qui fait dire à de nombreux observateurs que, le 25 mai 1993, les artilleurs serbes ont gagné la guerre : en détruisant définitivement l'ancienne bibliothèque de la Vijećnica, ils ont effacé toute une partie de l'histoire et de l'aspect multi-culturel de Sarajevo.

Visite

Extérieur. Ouverte depuis 2014 aux visiteurs, la Vijećnica s'avère très décevante. A l'intérieur comme à l'extérieur, rien ne laisse imaginer ce qu'elle a pu représenter avant la guerre, ni ce qu'elle a enduré pendant la guerre. Seules deux plaques, l'une en anglais, l'autre en bosniaque-serbo-croate, à l'entrée, rappellent ce qui s'est passé : « Dans la nuit du 25 au 26 août 1992, les criminels serbes ont mis le feu à la Bibliothèque nationale et universitaire de Bosnie-Herzégovine. Plus de deux millions de livres et journaux ont disparu dans les flammes. N’oubliez pas, souvenez-vous en et restez avertis. » Il va s'en dire que ce texte a lui aussi provoqué quelques remous (non, tous les Serbes ne sont pas des criminels...). L'aspect trop rutilant du lieu n'attire d'ailleurs que peu de monde.

Intérieur. Ce vaste lieu accueille désormais une partie des services administratifs de la mairie, une salle de réception pour les hôtes de prestige au-dessus de l'entrée principale, une bibliothèque non-universitaire (qui était encore vide début 2015) et un espace pour des expositions temporaires dans la cour intérieure sous la verrière. Certes, on peut emprunter le monumental escalier et faire un tour dans la galerie hexagonale, admirer le travail de reproduction des boiseries et des peintures. Mais les expositions temporaires ne sont en général pas très intéressantes. Et surtout, le lieu manque de chaleur : l'acoustique est désagréable, aucun employé ne guide les visiteurs, aucun panneau sur les portes ou dans les couloirs ne permet de se repérer. En revanche, les agents de sécurité – très nombreux et pas très aimables – sont omniprésents.

Je gagne 100 foxies
Partagez ce bon plan

Adresse et contacts :
ANCIENNE BIBLIOTHÈQUE NATIONALE (VIJEĆNICA)

Obala Kulina Bana
Quartier de Baščaršija

  Sarajevo
Bosnie-Herzégovine
Voir sur la carte
  • +387 33 27 54 23

Préparez votre voyage !

transports
  • Vol pas cher
  • Louer une voiture
  • Traversée Maritime
hebergement
  • Réservez un hôtel
  • Votre logement Airbnb
  • Location de vacances
Séjours
  • Voyagez sur mesure
  • Réservez une croisière
  • Week-ends en France
Sur place
  • Activités Airbnb
  • Réservez une table
  • Trouvez une activité
  • Expériences & Boxs
  • Expériences & Boxs

Avis des membres sur ANCIENNE BIBLIOTHÈQUE NATIONALE (VIJEĆNICA)

Note générale : 4.3/5
Rapport Qualité/Prix
Service
Originalité
3 avis
5/5
Rapport Qualité/Prix
Service
Originalité
Visité en août 2018
Original et bien rénové
La visite est sympa ça change des musées
Avis déposé le 08/10/2018 
4/5
Rapport Qualité/Prix
Service
Originalité
Visité en août 2016
Je sais que tout le monde n'est pas fan de cette bibliothèque...un peu vide maintenant. Ok,c'est vrai, le lieu est un peu froid à l'intérieur. Mais, moi,j'ai bien aimé, c'est lumineux, il y a des vitraux assez modernes. L'exposition sur l'histoire de Sarajevo est plutôt très bien faite. Et quand, je m'y suis rendue, le personnel était très aimable ! Voilà, même si ce lieu est beaucoup décrié, ça saurait dommage de ne pas y aller...au moins pour le symbole....
Avis déposé le 06/08/2017 
4/5
Rapport Qualité/Prix
Service
Originalité
Visité en février 2017
Somptueux

La visite est à 5 KM mais vaut la peine. L'intérieur est somptueux : penser à visiter l'étage ! Au rez-de-chaussée était installée une exposition sur Sarajevo de 1914 à 2014, intéressante et très bien illustrée, en bosno-serbo-croate et en anglais (mais textes un peu lourds à lire).
Avis déposé le 05/07/2017 
Je gagne 100 foxies

En savoir plus sur Sarajevo

Je dépose mon avis et je gagne des Foxies

(50 caractères minimum) *
Votre photo doit respecter le poids maximal autorisé de 10 Mo
Rapport Qualité/Prix
Service
Originalité

    * champs obligatoires

    Pour soumettre votre avis vous devez vous connecter.

    Rejoignez la communauté

    * champs obligatoires

    Déjà membre ?

    Merci pour votre avis !
    • Bravo, votre compte a été créé avec succès et nous sommes heureux de vous compter parmi nos Membres !
    • Votre avis a été envoyé à notre équipe qui le validera dans les prochains jours.
    • Vous pouvez gagner jusqu'à 500 Foxies en complétant votre profil !