Guide de Bretagne : Histoire

Préhistoire

Il y a en Bretagne un extraordinaire patrimoine préhistorique : alignements de Carnac dans le Morbihan, dolmen de la Roche-aux-fées dans l'Ille-et-Vilaine, cairn de Barnenez dans le Finistère, menhirs de Monteneuf en Morbihan, ou encore atelier de taille de haches de pierre dans les Côtes-d'Armor... Les traces des anciens peuples suscitent toujours les interrogations des chercheurs contemporains, d'autant plus que ces découvertes n'ont pas encore révélé tous leurs secrets et on cherche toujours le fil de l'histoire entre légendes, mythes et réalités...

Une occupation liée aux variations climatiques

Au vu des différents indices archéologiques collectés, la fréquentation du Massif armoricain daterait de 600 000 ans avant notre ère. Des traces d'occupation humaine ont été retrouvées au Mont-Dol (époque paléolithique) et sur l'île de Tréviec (époque mésolithique). Durant tout le Paléolithique, les zones d'occupation étaient liées aux variations climatiques, celles-ci influant sur le niveau des eaux. C'est ainsi que la Manche se retrouva quasiment à sec vers -20 000 (le niveau de la mer ayant baissé d'environ 120 mètres !). Mammouths, rennes et chevaux évoluaient alors en troupeaux, sur ces steppes émergées provisoirement. Les chasseurs cueilleurs nomades du Paléolithique s'adaptèrent à ces variations en suivant les migrations des troupeaux d'herbivores. C'est vers -7 000, après les derniers épisodes de grand froid, que les pratiques humaines évoluent. C'est le début de la sédentarisation et des premières pratiques agricoles. C'est également à cette époque, en raison de la montée des océans sur les franges côtières autrefois occupées, que se créent les îles de Groix ou Belle-Île.

Une terre de mégalithes

A partir de -5 500, le paysage se hérisse petit à petit de mégalithes, objets de rites funéraires tout particulièrement bien exprimés en Bretagne. L'ère néolithique s'ouvre sur la péninsule armoricaine comme en témoignent les grands sites mégalithiques du golfe du Morbihan, une référence du Néolithique à l'échelle européenne. On peut ainsi découvrir les célèbres alignements de Carnac, mais également le grand menhir brisé de Locmariaquer ou encore les cairns de Saint-Michel et de Gavrinis. Les réponses aux nombreuses questions soulevées par le phénomène " pierre dressée " (littéralement men hir en breton) évoluent au cours des siècles. Débarrassées des explications hasardeuses évoquant mythes et légendes celtiques, les explications actuelles tendent à dire qu'il s'agit de monuments funéraires à chambres multiples (cairn de Barnenez), et ouvrages non funéraires marquant la naissance de sociétés hiérarchisées (blocs couchés de Kerdruellan à Belz, alignement de l'île de Hoëdic, menhir en schiste pourpre de Saint-Just...). Certaines de ces énormes pierres, qui dépassent les 300 tonnes, ont parfois été transportées sur près de trente kilomètres ! C'est le cas pour l'aiguille de Locmariaquer. De nombreux sites sont inscrits ou classés Monuments historiques. Les hommes qui ont dressé ces mégalithes possédaient également des armes de bronze et ont imposé leur domination sur tout l'Occident. Jusqu'au jour où des peuples occupant auparavant l'Europe centrale sont partis à la conquête des terres avoisinant la mer du Nord, la Baltique, la Grande-Bretagne actuelle et l'Irlande. Il s'agissait des Celtes...

Antiquité

En provenance du coeur de l'Europe, entre l'Elbe, le Rhin et la Mer du Nord, les peuples celtes vont envahir l'ouest du continent entre 1000 et 800 avant J.-C.

Des Celtes à la conquête romaine

Les Goïdels mettent le cap vers l'Angleterre et l'Irlande, les Brittons également vers l'Angleterre, mais aussi vers le pays de Galles. Au premier siècle av. J.-C., plusieurs tribus celtes occupaient le massif armoricain. Il y avait les Redones (installés dans le bassin de la Vilaine, entre la Manche, la Rance, le Couesnon et la forêt de Paimpont), les Namnètes (occupant le territoire du département actuel de Loire-Atlantique), les Ossimes (à l'ouest de la péninsule), les Coriosolites (installés entre la rivière de Morlaix et la Rance, au nord de la forêt de Paimpont) ainsi que les Vénètes (marins renommés installés sur la côte sud armoricaine). Principale nation armoricaine, les Vénètes opposaient une farouche résistance à l'envahisseur romain. C'est finalement en 57 avant J.-C. que César réduisit à néant la flotte de ces marins et mit fin à la puissance celte. Pour y arriver, il coupa leurs cordages à l'aide de grandes faux lors d'un affrontement en pleine mer. L'Armorique gallo-romaine connut ensuite une période de prospérité, durant les trois premiers siècles après J.-C. Les cinq capitales de l'époque (Carhaix, Corseul, Vannes, Rennes et Nantes) furent alors reliées par des voies dallées et maçonnées, les fameuses voies romaines dont il reste encore quelques bornes aujourd'hui. Comparé à l'organisation tribale des nations celtes, ce fut une véritable révolution en matière de communication et de commerce. En quelques années, l'Empire romain fit table rase des traditions celtes (divinités, pratiques religieuses et langue). Le droit romain remplaça alors les coutumes non-écrites des peuples antérieurs. L'organisation sociale est également bouleversée avec, notamment, la généralisation du fundus romain (population nombreuse vivant sous l'autorité d'un domus, maître du domaine). Aujourd'hui, on trouve encore des vestiges de l'époque romaine comme dans les régions de Vannes et Corseul (Fanum Martis) où les ruines du temple de Mars dominent le site du Haut-Bécherel.

Les invasions barbares en Armorique

L'Empire romain vacilla sous la pression des peuples germains qui envahirent l'Armorique et la pillèrent. Cet événement provoqua naturellement d'importants troubles au cours du Ve siècle... Les fouilles archéologiques réalisées sur les côtes témoignent ainsi d'incendies et d'habitations désertées précipitamment à cette époque. L'hypothèse d'attaques pirates soudaines se vérifie notamment sur le site de Corseul. Les Alains et surtout les Saxons pillèrent des villages côtiers, laissant à cette époque l'image d'une péninsule armoricaine couverte de forêts et bien moins peuplée que le reste de la Gaule.

L'émigration des Bretons insulaires

Habitée par des populations portant le nom de Pretani, l'Angleterre actuelle (île de Bretagne, anciennement Pritannia) fut également concernée par les mouvements migratoires. D'abord envahie par les Celtes (les Goïdels, et plus tard les Bretons), l'île fut ensuite convoitée par César, dès 55 avant J.-C. Les invasions barbares refoulèrent les Bretons vers l'ouest de l'île. C'est ici que de grandes figures, tel Arthur resté célèbre pour ses exploits contre le nouvel envahisseur anglo-saxon, ont laissé leur nom dans l'Histoire et les légendes... Cependant, l'invasion était inévitable et provoqua alors de grandes vagues d'émigration. Fuyant par voie maritime, certains Bretons débarquèrent en Galice, sur les côtes nord de l'Espagne. La majeure partie a abordé la péninsule armoricaine dès 461. Cette nouvelle population fit souche en Armorique, alors dénommée Brittannia : Bretagne. Trois principautés bretonnes se répartissent bientôt le nouveau territoire : la Domnonée (nord de la péninsule, de l'Elorn au Couesnon), la Cornouaille (pointe occidentale) et le Bro-Werec (côte sud). Du fait de la désertification en Armorique occidentale, cette vague de population de langue celtique s'implanta beaucoup plus profondément à l'ouest qu'à l'est de la péninsule (l'actuelle Haute-Bretagne).

Une Église bretonne en Armorique

Ce sont les moines émigrants bretons qui ont évangélisé l'Armorique, largement païenne jusque-là. Six évêchés sont alors fondés au Ve siècle : Quimper (par saint Corentin), Léon (par saint Pol-Aurélien), Saint-Brieuc (par saint Brioc), Tréguier (par saint Tugdual), Dol (par saint Samson), et Aleth (par saint Malo). La création de monastères, de leur agglomération et d'ermitages a laissé des traces dans l'étymologie des noms de lieux actuels : Ploufragan, Locmaria, Lannilis, Ploemeur... À l'est de l'Armorique, en Haute-Bretagne, l'évangélisation se poursuit également, mais par des évêques gallo-romains : saint Melaine à Rennes, saint Patern à Vannes et saint Félix à Nantes.

Moyen Âge

Les princes bretons de Cornouaille, Domnonée et Bro-Werec, exerçaient leur gouvernement de façon divisée sur la péninsule armoricaine. Jusqu'au VIIe siècle, les voisins francs, trop occupés par les divisions internes aux Mérovingiens et par les invasions barbares, ne représentaient pas de danger. C'est l'avènement des Carolingiens au pouvoir qui poussera les Bretons à s'unifier dans le but de mieux lutter pour leur indépendance vis-à-vis des Francs.

Victoire contre les Francs à Ballon

Cherchant à profiter des faiblesses des rois mérovingiens, les Bretons tentèrent d'affirmer leur indépendance jusqu'à ce que Charlemagne soumette la péninsule en 799. Le tournant de l'histoire bretonne commence sans doute en 831, lorsque Louis le Pieux, fils de Charlemagne, fit duc de Bretagne un seigneur vannetais, Nominoë. A la mort du souverain carolingien, Nominoë engagea la Bretagne dans une lutte d'indépendance. Considéré comme le père de la nation bretonne, il est important de se souvenir de Nominoë. En 845, ce dernier battit à Ballon (près de Redon) les Francs commandés par Charles le Chauve.

La monarchie bretonne à son apogée

C'est Erispoë, fils de Nominoë, qui reprit le flambeau de la lutte après la mort de son père. Malheureusement, il fut assassiné par son cousin, Salomon, qui briguait la couronne de Bretagne. Sous son règne, les traités avec les Francs d'Entrammes (en 863) et de Compiègne (en 867) concédèrent à la Bretagne, l'Anjou, le Maine, le Cotentin ainsi que Jersey et Guernesey (deux îles peuplées par des Bretons depuis des décennies). À cette époque, Salomon est à l'apogée de sa puissance. Il se faisait appeler "Prince de toute la Bretagne et d'une partie de la Gaule".

Invasions normandes et ruine de la Bretagne

Les invasions normandes, à partir de 875, fragilisèrent le pouvoir breton. A la mort d'Alain, dernier roi de Bretagne, suivirent des conflits de succession entre seigneurs bretons, machtierns (ceux-ci profitant de leur place forte pour revendiquer le pouvoir). Ces divisions furent exploitées par les envahisseurs scandinaves, les Normands. C'est ainsi que toutes les côtes furent ravagées, et Nantes mise à sac.

Naissance du duché de Bretagne

Il faut attendre 937 pour que le sol breton soit libéré de la main-mise normande par Alain dit "Barbe-Torte", reconnu premier duc de Bretagne à l'issue de son oeuvre libératrice. Jusqu'au XIIe siècle, les grandes maisons bretonnes de Rennes, Nantes et Cornouaille n'auront de cesse de se disputer le pouvoir à la tête du duché, devenant un véritable enjeu géostratégique dans le contexte de conflit ouvert entre la dynastie anglaise des Plantagenêts et la maison de France.

Guerres de succession et âge d'or

Au XIVe siècle, alors que la France et l'Angleterre sont aux prises avec la guerre de Cent Ans, un terrible conflit de succession déchira la Bretagne, opposant Jean de Montfort, soutenu par l'Angleterre, à Charles de Blois (favori du roi de France). La guerre dura 23 ans et se termina par la victoire de Monfort à Auray en 1364. Un an plus tard, Jean de Montfort fut reconnu par le roi de France comme duc de Bretagne, sous le nom de Jean IV. Le règne de son fils, Jean V, marqua le début d'une période de construction et d'essor économique et artistique. La Bretagne affirma ainsi son indépendance et son identité en battant sa monnaie, en entretenant son armée et en possédant une administration propre. C'est alors que la Bretagne connaît son âge d'or sous les règnes successifs de François Ier (1442-1450), Pierre II (1451-1456), Arthur III (1457-1458) et François II (1458-1488). Le gothique flamboyant s'imposa à cette même époque, comme en témoignent encore aujourd'hui les églises de Bais, Louvigné-de-Bais, Moutiers, Domalain, Notre-Dame à Vitré ou la chapelle Saint-Fiacre au Faouët.

Bertrand du Guesclin : le "dogue noir" nommé connétable

C'est près de Dinan, au château de la Motte-Broons, que du Guesclin vit le jour en 1320. Sa laideur fit dire de lui qu'il était " le plus laid qu'il y eût de Rennes à Dinan ". A tout juste 15 ans, lors d'un tournoi sur la Place des Lices à Rennes, alors qu'il avait interdiction d'y participer, il défia tous ses adversaires avant de refuser de combattre son père en inclinant sa lance par respect au moment de la joute. C'est à partir de 1342 qu'il prit part aux combats de la guerre de succession de Bretagne, le plus souvent pour son propre compte. Passé en 1357 au service de Charles V, il s'illustra contre les Anglais en Bretagne puis en Normandie et en Maine. Du Guesclin fut nommé connétable de France en 1370, et réussit, en dix ans, à chasser les Anglais de presque tout le territoire français ! La plupart de ses succès sont liés à une judicieuse tactique de harcèlement lui valant ainsi le surnom de " dogue noir de Brocéliande ". Il meurt finalement en 1380, lors du siège qu'il mena en Gévaudan. Les ossements du défunt connétable reposèrent dans un premier temps dans la basilique royale de Saint-Denis, aux côtés des rois de France. Son coeur, quant à lui, fut déposé sous une dalle au couvent des Jacobins, à Dinan. La pierre tombale et l'urne contenant le coeur de du Guesclin furent transférés dans la basilique Saint-Sauveur de Dinan en 1810.

Le destin malheureux de Gilles de Bretagne

Le château du Guildo, situé à l'embouchure de l'Arguenon, à Créhen, porte encore le nom de Gilles de Bretagne. Frère du duc de Bretagne François Ier (qui régna de 1442 à 1450), Gilles de Bretagne a côtoyé enfant le futur roi d'Angleterre, Henri VI, avec qui il se lia d'amitié. Gilles promit alors de servir " le Roy d'Angleterre à la paix et à la guerre en toutes les façons qu'il lui plaira de commander ". Propos pour le moins imprudent en cette période trouble, qui vint s'ajouter à une rivalité plus profonde entre les deux frères, Gilles s'estimant lésé par le testament de Jean V. Par ailleurs, Gilles éveilla de farouches convoitises en enlevant la jeune Françoise de Dinan-Montafilan (alors seulement âgée de 8 ans !), la plus riche héritière du duché de Bretagne, à la mort de son père. Elle fut alors demandée en mariage par Gilles de Bretagne.

Les frasques de Gilles, soutenu par le roi d'Angleterre, lui valurent une fin précoce des plus tragiques. L'un des prétendants de la riche héritière Françoise de Dinan, Arthur de Montauban, soutenu par le roi de France Charles VII, devint l'âme du complot qui allait aboutir au meurtre de Gilles de Bretagne. En 1446, François Ier fit arrêter son frère au Guildo par quatre cents " lances françaises " envoyées par Charles VII, et le fit interner à Dinan. En réaction, les Anglais s'emparèrent de Fougères et pillèrent la ville. En avril 1450, Gilles fut transféré au château de La Hardouinaye. Ses geôliers, soudoyés par Arthur de Montauban, décidèrent de le faire périr, par le poison d'abord, puis par la faim. Ses souffrances lui firent pousser de tels gémissements qu'une femme passant devant le château l'entendit, et lui apporta chaque jour, en secret, du pain et de l'eau. Six semaines plus tard, stupéfaits de le trouver toujours vivant, ses geôliers, en désespoir de cause, l'étranglèrent de leurs mains et finirent de l'étouffer entre deux paillasses. Sa dépouille fut inhumée à l'abbaye de Boquen, à Plénée-Jugon. Quelques jours plus tard, le cordelier qui avait reçu la dernière confession de Gilles de Bretagne se présenta au duc François Ier et le cita, de la part de sa victime, "à comparaître dans quarante jours devant le tribunal de Dieu". Le duc, extrêmement frappé par ces paroles, tomba malade presque aussitôt, et expira le 17 juillet suivant...

De la Renaissance à la Révolution

Alors que l'unité bretonne s'est construite au fil des siècles face à la menace franque puis française, la Bretagne tombe dans le giron du royaume de France au XVIe siècle, tout en conservant bon nombre de privilèges. Ces derniers seront remis en cause à la Révolution.

Et le duché de Bretagne devint province française...

Fille du duc souverain de Bretagne François II (1435-1488) et de sa seconde épouse Marguerite de Foix princesse de Navarre (1449-1486), Anne de Bretagne n'a que onze ans lorsqu'elle hérite du duché, en 1488. Son couronnement a lieu un an plus tard à Rennes. Face à la pression des troupes françaises établies près de la ville, n'ayant plus aucun secours de ses alliés anglais et espagnols, la duchesse consent à épouser le roi de France Charles VIII, seule solution pour sauver le duché de Bretagne de la ruine. C'est en Touraine qu'est célébré le mariage en 1491. Par ce contrat, les époux se sont fait réciproquement cession de leurs droits sur la Bretagne. En 1498, Charles VIII meurt, laissant une veuve âgée de 21 ans. Celle-ci se remarie en 1499. Son nouvel époux est le roi Louis XII. Négociation du mariage : la Bretagne devait rester indépendante, même après la mort de la duchesse. Deux fois reine de France, Anne de Bretagne a laissé l'image d'une femme de pouvoir visionnaire, attachée à l'indépendance de son duché vis à vis du royaume de France. Elle meurt en 1514, laissant sa fille, Claude, héritière du duché. En épousant François Ier en 1514, cette dernière devient reine de France. L'année suivante, le roi lui fait signer un acte de donation perpétuel du duché de Bretagne, contraire bien évidemment aux aspirations de la défunte Anne de Bretagne. Claude meurt en 1524, à l'âge de 24 ans. C'est en 1532 que le Pacte d'union officialise le rattachement du duché de Bretagne au royaume de France tout en garantissant les droits, libertés et privilèges du pays !

Le XVIe siècle, siècle de la prospérité

Jusqu'à la fin du XVIe siècle, la Bretagne est surnommée le " Pérou des Français " tant l'essor économique et industriel y est florissant. Au palmarès des activités rentables : la fabrication et le commerce de la toile (essentiellement exportée vers l'Angleterre, l'Espagne ou les Flandres). Cette prospérité économique favorise alors le développement des arts et l'on voit bon nombre d'églises et de chapelles portant le témoignage de la fusion entre style gothique et Renaissance. C'est une époque de belle richesse architecturale et sculpturale, mais une époque également riche en matière d'art du vitrail et de la broderie.

Guerres de religion en Bretagne

Les guerres de religion se traduisent en Bretagne par des conflits entre le duc de Mercoeur, cousin des Guises, nommé gouverneur de Bretagne en 1582, allié des Espagnols catholiques, et les partisan du roi Henri IV, alliés aux Anglais protestants. Le duc de Mercoeur se soumet au roi de France en 1598, année du fameux édit de Nantes, accordant liberté de conscience aux protestants.

La révolte du papier timbré ou des " Bonnets rouges "

Sous le règne de Louis XIV qui gouverne depuis 1661, la Bretagne est marquée par une révolte qui fera date et sert encore de référence au XXIe siècle. En 1672, la France est en guerre contre les Provinces unies (l'Empire, l'Espagne et l'Angleterre). Les finances de l'Etat ne suffisant plus, Colbert imagine de nouvelles taxes, notamment sur le papier timbré (ainsi que sur tous les papiers et parchemins fabriqués dans le royaume), le monopole du tabac et un droit de marque sur la vaisselle d'étain. Comme on peut s'en douter, ces mesures furent mal accueillies en Bretagne (rappelons-le, celle-ci bénéficiait de certains droits garantis par le traité d'union de 1532). Les nouveaux édits sont cependant enregistrés par le Parlement de Bretagne en 1673 et 1674, devenant ainsi applicables. En 1675, une insurrection éclate à Rennes. Le bureau de tabacs, le bureau de contrôle et le bureau du papier timbré sont pillés et saccagés, la foule criant : " Vive le roi sans gabelle ! " Des troubles éclatèrent par la suite à Nantes, Dinan, Lamballe, Montfort et Vannes. L'insurrection gronda également en Basse-Bretagne, dans la région de Guingamp et Châteaulin, ainsi que dans le Poher et les Montagnes noires. Ces révoltes paysannes, dites des " Bonnets rouges ", seront plus profondément attisées par la misère régnant dans les campagnes. Après l'assassinat de l'un des meneurs (un notaire nommé Le Balp) en 1675, une répression sévère est ordonnée : les paysans de la région de Quimper, Pontivy, Hennebont et Carhaix sont pendus et envoyés aux galères. Le duc de Chaulnes envoie 6 000 hommes à Rennes pour y exercer une égale " punition ".

Révoltes contre le centralisme au XVIIIe siècle

Le centralisme exacerbé de Colbert, lors des dernières années du règne de Louis XIV, attise l'esprit de résistance en Bretagne. Celle-ci est alimentée par le poids des taxes et impôts ponctionnés par Paris, pressurant villes et campagnes. Voici quelques chiffres pour se rendre compte de la dette : la province ne disposait que de 5 millions de recettes et devait faire face à 9 millions de dépenses ordinaires ! C'est donc dans une ambiance quelque peu tendue que les Etats se réunirent à Dinan en 1717... Mais les Etats de Bretagne refusent de voter le " don gratuit " de 2 millions. Ils sont dissous par le commandant en chef de Bretagne, le maréchal de Montesquiou. Ce renvoi des Etats tend encore un peu plus les relations entre la Bretagne et Paris. Le Parlement de Bretagne adresse alors ses remontrances au roi : " Le renvoi des Etats donne atteinte au traité d'union de 1532. " En réaction, révoltes et complots fleurissent, notamment à Lamballe, à Vitré, en presqu'île guérandaise et en centre-Bretagne. Parmi les gentilshommes rebelles se trouvait le marquis de Pontcallec. Celui-ci fut exécuté à Nantes en 1720 pour lèse-majesté et félonie, ce qui provoqua émoi et révolte, faisant dès lors entrer le marquis dans la légende.

Les Bretons s'illustrent contre les Anglais

Le duc d'Aiguillon a laissé son nom dans l'Histoire pour avoir organisé la défense côtière en Bretagne, face aux Anglais. Après une incursion dans la région de Saint-Malo, Saint-Lunaire et Saint-Briac, la flotte anglaise débarque des troupes à Saint-Cast, en 1758. Une centaine de volontaires parviennent à retenir les troupes anglaises en route vers Matignon, suffisamment longtemps pour permettre au duc d'Aiguillon de concentrer ses troupes à Saint-Potan. Les Anglais sont rejetés à la mer et perdent 2 700 hommes. Par vengeance, ils occupent Belle-Ile de 1761 à 1763.

Effervescence à la veille de la Révolution

C'est par le biais des sociétés de pensée et de la franc-maçonnerie que les idées nouvelles des philosophes se répandent rapidement en Bretagne (en réponse aux critiques récurrentes contre le centralisme royal). Ancrée dans ses privilèges datant de 1532, la province de la Bretagne est appelée à disparaître puisque la souveraineté populaire tend à créer ses lois, traduction de la volonté générale. La dernière réunion des Etats de Bretagne a lieu en 1788, marquant le fossé grandissant entre la noblesse et le Tiers-Etat. Parmi les sujets de vive opposition : la répartition inégale des impôts, le contrôle des octrois municipaux...

Corsaires malouins célèbres

René Duguay-Trouin (Saint-Malo, 1673-1736). Fils d'un riche armateur malouin, Duguay-Trouin a probablement été l'un de ceux qui auront le mieux servi la France dans la guerre des courses. Il dirige déjà son premier bateau corsaire à l'âge de 18 ans et fait d'un amiral hollandais son premier prisonnier important 5 ans plus tard. C'est en 1697 qu'il intègre la marine royale et devient capitaine de frégate. Il reprend les courses aux prémices de la guerre de Succession d'Espagne, puis revient par la suite à la Royale où il est promu capitaine de vaisseau en 1705. Ses nombreux exploits, comme la déroute de la flotte portugaise qui comportait plus de 200 vaisseaux, lui valent d'être anobli en 1709. Il est ainsi au sommet de sa gloire en 1711, lorsqu'il fit tomber Rio de Janeiro en à peine 11 jours ! En 1715, il poursuit sa carrière en tant que chef d'escadre puis devient lieutenant général des armées navales en 1728. Il meurt à Paris à l'âge de 63 ans.

Robert Charles Surcouf (Saint-Malo, 1173-1827). Impossible d'évoquer les corsaires malouins sans évoquer celui qui est sans doute le plus illustre d'entre eux, le redoutable Robert Surcouf. Embarqué dès l'âge de 13 ans en tant que mousse, il devient à 20 ans capitaine-marchand et pratique la traite des noirs pour le compte de planteurs de l'île de La Réunion. A partir de 1795, il se lance dans la course contre les navires anglais dans les eaux de l'océan Indien où il acquiert sa réputation de redoutable corsaire grâce à des prises exceptionnelles. En 1809, il entreprend d'armer pour la course sur les mers et après 1815, il devient l'un des plus riches armateurs de Saint-Malo. C'est d'ailleurs ici qu'il finit ses jours à l'âge de 54 ans.

Futé : on peut embarquer et vivre l'aventure corsaire à bord de la réplique du célèbre cotre de Surcouf : Le Renard, son dernier bateau armé. Il est à quai à Saint-Malo.

De la Révolution au XXIe siècle

Avec la Révolution, c'en est fini des privilèges de la province de Bretagne. Celle-ci se retrouve divisée en 5 départements, en districts, en cantons et en municipalités. C'est une nouvelle ère qui commence, subtile mélange de modernité et de conservatisme.

La chouannerie en Bretagne

À la différence des chouans vendéens, exclusivement mobilisés autour du catholicisme et de la royauté, les mouvements de chouannerie bretons sont animés par des volontés plus diverses, notamment le refus de la conscription et l'hostilité à l'égard des agents du fisc. Parmi les meneurs à l'instigation de cette contre-Révolution, citons La Rouërie, né à Fougères, qui voyait par ce mouvement insurrectionnel un moyen de restaurer les États et l'autonomie de la Bretagne. La révolte débuta au mois de mars 1793, éclatant dans les campagnes de Fougères, Vitré, Rennes, Redon, Lamballe, Moncontour, dans le Léon et le Morbihan. La Terreur ne faisait qu'alimenter ces mouvements rebelles. Parmi les chefs reconnus par les masses paysannes : Cadoudal à Auray, Guillemot à Bignan, Bobinot de Saint-Régent à Loudéac et la Trinité-Porhoët, Boishardy à Moncontour, Bois-Guy à Fougères, de Silz à Redon... Aux batailles rangées des Vendéens, les chouans bretons privilégièrent les embuscades éclairs et les techniques de type guérilla. Leur maîtrise du territoire est telle que l'on rapporte qu'en 1794, Boishardy pouvait relier Moncontour à Jugon en compagnie de 500 hommes sans être inquiété outre mesure par les "Bleus" ! Les chouans tentèrent également des alliances avec les émigrés réfugiés en Angleterre. En 1794, un débarquement est organisé dans la presqu'île de Quiberon, mais l'opération est refoulée par les troupes républicaines de Hoche. S'ensuit un épisode de répression pendant l'année 1796. La chouannerie perd alors sa motivation religieuse avec la signature du Concordat entre le premier consul Napoléon Bonaparte et le représentant du pape Pie VII, en 1801. Elle prend fin le 21 avril 1804 avec la mort de Cadoudal sur l'échafaud.

Les Bretons dans la guerre de 1870

L'épisode de la guerre de 1870 a particulièrement marqué les esprits en Bretagne. Alors que les armées prussiennes encerclent Paris, des armées sont formées en province pour secourir la capitale. En Bretagne, c'est Kératry qui en est le général. Il s'installe avec 60 000 Bretons dans un camp sommaire à Conlie, près du Mans. Peu d'armes seront finalement envoyées par Gambette qui laissera ces soldats dans l'inaction et la boue du camp, surnommé Kerfank (littéralement "ville-boue" en breton). Cet épisode illustre la méfiance du gouvernement central au regard de cette armée bretonne, potentiellement porteuse du germe autonomiste, si craint du pouvoir étatique. Pour toute réponse à ses pressantes interrogations, le maire de Rennes se verra notifier : "Que voulez-vous, à Tours, ces messieurs craignent que ce soit une armée de chouans." Pour l'anecdote, à la prise de commandement de Marivault lors du remplacement de Kératry, alors qu'il passait en revue les soldats bretonnants, ceux-ci se seraient mis à crier "d'ar gêr, ma general, d'ar gêr ! " Marivault loua leur ardeur à vouloir partir à la guerre, ignorant qu'en breton d'ar gêr ne veut pas dire "à la guerre", mais "à la maison"...

Terre de romantiques et de folkloristes

C'est au cours du XIXe siècle que s'exacerbe le sentiment d'appartenance à un monde en profonde mutation. Nombre d'écrivains bretons s'inscrivent alors dans le courant romantique. Citons parmi les plus connus François-René de Chateaubriand (1768-1848), Ernest Renan (1823-1892), Paul Féval (1817-1887), Zénaïde Fleuriot (1829-1890), Anatole Le Braz (1859-1929), Charles Le Goffic (1863-1930)... L'attrait pour l'"esprit du peuple" ou le "génie populaire" se traduit par des travaux de folkloristes faisant encore référence au XXIe siècle. De ces "ethnographes bretons" l'on retiendra les noms de Paul Sébillot (Contes populaires de Haute-Bretagne), Amand Dagnet (Croyances populaires du pays fougerais), Adolphe Orain (Glossaire du patois d'Ille-et-Vilaine), Théodore Hersart de la Villemarqué (Barzaz-Breiz), François-Marie Luzel (Gwerziou Breiz-Izel), François Jaffrennou (Barzaz Taldir), ou encore Philomène Cadoret (Mouez meneou Kerne)...

Émergence du mouvement nationaliste breton

Le mouvement breton prend son essor au sein de l'Association bretonne, fondée en 1843. Les écrits des folkloristes et l'unité créée lors de la guerre de 1870 contribuent à réveiller un fort sentiment d'appartenance à une entité historique. C'est en 1898, sous l'influence de Le Goffic et Le Braz, que l'Union régionaliste bretonne est fondée. Parmi les revendications : décentralisation politique et culturelle, enseignement de l'histoire de la Bretagne dans les écoles, enseignement de la langue bretonne (refoulés sous les termes de patois, les langues régionales sont alors formellement proscrites au sein des écoles par les "hussards noirs de la République"). Le lourd tribut payé par la Bretagne lors de la Première Guerre mondiale au nom de la France (150 000 morts) accentuera ce mouvement politique centrifuge. Un mouvement revendiqué par certains comme "nationaliste". Le Groupe régionaliste breton publie en 1919 le premier numéro de son journal, dont le nom Breiz atao (Bretagne toujours) servira de slogan à certains régionalistes tout au long du XXe siècle. Ce journal servira d'organe du Parti national breton entre 1931 et 1939.

Création du mouvement artistique Ar seiz breur

Le courant artistique Ar seiz breur (les sept frères) voit le jour en 1923, sous l'impulsion de Jeanne Malivel, Georges Robin et René-Yves Creston. Les artistes qui s'en revendiqueront se donneront pour objectif de briser l'image passéiste associée à la Bretagne, en stimulant une création des plus modernistes dans tous les domaines des arts, de la décoration et de l'artisanat. De ce courant se dégage un attachement à la tradition mêlé d'un parti pris radical orienté vers le modernisme.

Les Bretons dans la tourmente de la Seconde Guerre mondiale

Les années 1930 voient le ciel breton s'assombrir. Ce sont d'abord des vagues de réfugiés espagnols fuyant la répression franquiste, qui, dès 1934 (répression des mineurs d'Asturies) et plus tard en 1936 (déroute des Républicains), annonceront le conflit majeur du XXe siècle. Certains maires ruraux craignant la contamination de leur population à majorité catholique par les idées de ces Républicains "rouges", la prise en charge de ces populations ne se fait pas sans heurts. Certains camps de réfugiés resteront tristement célèbres, comme celui du Gouëdic, à Saint-Brieuc, dont l'écrivain Louis Guilloux (alors investi au sein du Secours rouge) relate la déplorable situation dans ses écrits. Avec l'occupation allemande, certains militants séparatistes du Parti national breton croient percevoir une occasion unique de créer une république bretonne, en s'alliant à l'Allemagne nazie. Égarement qui sera utilisé comme carte de discrédit par les détracteurs du renouveau culturel et politique breton de la seconde moitié du XXe siècle. Le 30 juin 1941, le décret Pétain-Laval sépare le département de la Loire-inférieure (aujourd'hui Loire-Atlantique) du reste de la Bretagne. Sous l'Occupation, nombre de Bretons prendront la mer pour se rendre en Angleterre. Des maquis seront également actifs. À titre d'exemple, les réseaux Shelburn à Plouha et Alibi à l'Île-Grande seront les seuls liens maritimes avec l'Angleterre fin 1943 début 1944. La Bretagne est libérée par les colonnes du général Patton. Des poches de résistance allemande feront se prolonger le conflit, notamment à Saint-Malo, Brest, Lorient et Saint-Nazaire, villes qui sortiront très meurtries, voire rasées, suite aux assauts libérateurs. Sonne alors l'heure de la reconstruction.

La population bretonne au XIXe siècle

Au cours du XIXe siècle, la population bretonne augmente de plus d'un million d'habitants. Les chiffres du recensement parlent d'eux-mêmes : la Bretagne passe de 2 276 000 habitants en 1796 à 3 271 712 habitants en 1911 ! Cet essor démographique est contrasté dans le temps et l'espace. Après 1870, le taux de natalité diminue fortement. Par ailleurs, alors que certaines villes moyennes souffrent de l'émigration croissante (Loudéac, Quintin, Josselin...), d'autres villes plus importantes (Rennes, Vannes, Quimper, Saint-Brieuc...) connaissent une constante progression, ceci jusqu'à la Première Guerre mondiale.

1944 : "libération" de la presse quotidienne en Bretagne

A l'issue de la libération de la Bretagne, de nouveaux journaux quotidiens voient le jour entre août et septembre 1944. Parmi eux : La Liberté du Morbihan, La Résistance de l'Ouest, Ouest-France (anciennement Ouest-Eclair) et Le Télégramme. Actuellement, seuls les deux derniers titres sont encore en activité.

De nos jours

Encore abasourdie par la déferlante mondiale de 1939-1945, la Bretagne s'oriente rapidement vers sa reconstruction, dans les années 1950, à la recherche d'un nouveau modèle de développement politique, économique et culturel. Les germes de cette modernité nouvelle porteront leurs fruits jusqu'à la fin du XXe siècle, période charnière, à l'heure européenne, dans un contexte d'échanges mondialisés.

La révolution du monde rural

Parmi les faits marquants de ce nécessaire renouveau figurent les profonds bouleversements que connaîtra le monde agricole. Au quotidien, l'arrivée de l'électricité de plus en plus généralisée dans les campagnes est le fait marquant de la génération d'après-guerre. Les habitudes de travail vont également connaître une évolution rapide, notamment avec la mécanisation croissante du monde agricole et l'arrivée du tracteur, qui remplacera désormais le cheval, compagnon de labeur séculaire du cultivateur. Dans les années 1970, la logique économique s'empare du secteur agricole. Un nouveau modèle sert alors de référence. On ne parle plus alors de paysans, mais bel et bien d'entrepreneurs agricoles, maillons dépendants de la chaîne industrielle agroalimentaire englobant également le milieu de la pêche. Aux objectifs de productivité correspondront de nouvelles occupations de l'espace. Pour faciliter le rendement de l'exploitation, on procède au remembrement. Les années 1970 ont ainsi marqué les paysages ruraux par la mise à mal du bocage breton, les haies et talus étant arrachés pour obtenir des parcelles plus grandes, plus facile à cultiver avec des engins de plus en plus imposants. Effet indésirable qui n'a pas été anticipé à l'époque : le bocage n'exerçant plus son rôle de filtre, les eaux pluviales ne sont plus absorbées et ruissellent le long des champs, provoquant vagues de boue et inondations récurrentes.

Le sursaut culturel

Tandis que Glenmor allume, dans les coeurs, les feux salutaires des révoltes paysannes, la Bretagne retrouve ses racines. Loeiz Roparz, de Poullaouenn, s'attache à préserver et à promouvoir le kan ha diskan, chant tuilé du Centre-Bretagne. Dès 1959, les soeurs Goadec mettent le feu aux planches à Châteauneuf-du-Faou, tandis que la petite ville de Gourin voit en 1956 renaître les concours de sonneurs de couples qui avaient connu leurs heures de gloire avant la Première Guerre mondiale grâce au mouvement revivaliste et régionaliste. Cependant, c'est à Paris encore, dans les milieux de l'émigration, que se produit l'événement qui va révolutionner le petit monde de la musique bretonne. Jorj Cochevelou, traducteur au ministère de l'Intérieur, termine en 1953 une petite harpe sur les plans de laquelle il travaille depuis la guerre. Jorj Cochevelou, qui pense d'abord à qualifier sa harpe de "  bretonne  ", lui préfère finalement l'épithète de "  celtique  ", qui lui ouvre potentiellement des horizons plus vastes. Son fils Alan a neuf ans. En 1967, il troque son patronyme d'état civil contre un nom de scène, sonore et musical. Il sera désormais Alan Stivell (inspiré du mot breton stival qui signifie la source). De sa rencontre, fortuite, un beau jour de 1967 dans un bar de Bénodet, avec le guitariste Daniel Le Braz, qui deviendra Dan ar Braz, naît l'idée d'une formation constituée autour de la voix et de la harpe. C'est une première qui va véritablement révolutionner l'univers musical breton jusque-là resté surtout traditionnel malgré l' invention  du bagad,  sur le modèle du pipe-band écossais. Il fallait l'oser à une époque où, selon les propos mêmes de Jean-Pierre Pichard, le directeur artistique du Festival interceltique, "  on n'aurait pas parié un kopeck sur la survie de la musique et de la culture du pays  ". Le succès est immédiat. En 1971, alors que Glenmor reste interdit d'antenne, Alan Stivell passe sur toutes les ondes radiophoniques de l'Hexagone. Puis un événement va transformer durablement le destin musical et identitaire de la Bretagne. En janvier 1972, Alan et son groupe donnent un concert à l'Olympia, salle mythique de la scène parisienne. Tout le Paris breton est là. C'est l'ébullition, l'effervescence. La Bretagne est en marche, débarrassée de ses vieux complexes. La foule est en transe, pavoisée de gwenn ha du, le drapeau breton. L'écrivain Xavier Grall, qui y est, raconte l'expérience  : " Salle de l'Olympia, premier récital de Stivell. J'y suis. Rideau... Derrière le harpeur, ils sont tous là, les premiers compagnons. Ils ont tous du génie [... ] Salle pleine. C'est parti. "  The wind of Keltia  ". La harpe ruisselle, le vent celtique, douceur du vent. C'est parti. Jeux de lumière sur le groupe illuminé. Car ils sont tous illuminés ceux-là, rimbaldiens, organisant magiquement la fête des sons et des couleurs. Ça chauffe, ça chauffe. Ça brûle... C'est chaud [... ]. Immédiatement il se passe quelque chose. C'est physique. Une communion populaire. Une envie de scander, de danser, violente, impérative, c'est instinctif.  "

Le phénomène "fest-noz"

Le fest-noz - on devrait d'ailleurs écrire "la" fest-noz, car le mot breton "  fest  " est féminin - est jusqu'à la Seconde Guerre mondiale une fête occasionnelle, spontanée, privée, liée au monde rural, dans la région du Poher, en Centre-Bretagne. C'est vers la fin des années cinquante que Loeiz Roparz et ses amis du cercle celtique Mesaerien Poullaouen inventent le fest-noz "mod nevez" ("nouvelle mode"), qui se déroule en salle, et où les chanteurs se retrouvent sur scène équipés d'un micro. Le succès est immédiat. Fulgurant même. Adapté à l'évolution de la société bretonne, la formule se répand comme une traînée de poudre. Expérimenté à Paris en avril 1957, puis à Poullaouen en décembre de la même année, le fest-noz mod nevez est "  exporté  " dès 1958 dans les Côtes-d'Armor, à Saint-Servais, où les frères Morvan, de Saint-Nicodème, entament une carrière prestigieuse. En 1959, les soeurs Goadec montent pour la première fois sur les planches à Châteauneuf-du-Faou, où elles subjuguent danseurs et auditoire. "  Partis du Kreiz Kerné (centre Cornouaille), les festoù-noz gagnent toute la Bretagne  " titre Le Télégramme dans son édition du 14 mars 1961. Le succès de la formule ne devait plus se démentir. Le fest-noz devient très vite le partenaire obligé de tout festival qui se respecte, des fêtes de Cornouaille au Festival Interceltique. Si, durant les seventies, le fest-noz avait des allures souvent militantes, ce n'est plus le cas de nos jours. Définitivement passé dans les moeurs, il draine désormais des milliers de garçons et de filles qui n'ont d'autre objectif que de s'amuser et de se défouler au son des bombardes et des binious, mais aussi à celui de l'accordéon diatonique ou chromatique, du violon, de la clarinette... A chaque terroir ses " grands tubes " : l'an-dro ou l'hanter-dro au Vannetais, la gavotte à la montagne, la dans fisel ou la dans plinn au secteur de Bourbriac, l'avant-deux au nord Ille-et-Vilaine, la contredanse à l'est des Côtes-d'Armor... La transe semble parfois au bout de la danse.

La remise en cause du modèle au XXIe siècle

Si la culture reste un moteur de développement, avec le tourisme, le modèle breton est, par certains aspects, remis en cause en ce début de XXIe siècle. L'accroissement démographique, surtout sur les côtes, pose la question de l'urbanisation galopante au détriment des terres cultivables. De forts déséquilibres se font jour, entre le dynamisme croissant de l'axe Nantes-Rennes-Saint-Malo à l'est, et la perte de vitesse du centre et de l'ouest de la région. Au fil des ans, la question environnementale s'est également invitée au centre du débat, notamment suite aux différentes marées noires dues à l'échouage de pétroliers. On retiendra les plus tristement célèbres : Torrey Canyon en 1967, Olympic Bravery en 1976, Amocco Cadiz en 1978, Gino en 1979, Tanio en 1980, Erika en 1999. La protection de l'environnement met également aux prises les tenants du modèle agricole productiviste intensif mis en place au XXe siècle et les associations environnementalistes, pour qui les pollutions de type " algues vertes " sont d'origine agricole. Côté linguistique, le breton et le gallo sont de plus en plus menacés au sein d'un univers francophone omniprésent, bien que des initiatives de sauvegarde et de transmission soient entreprises de façon fructueuse (écoles bilingues français-breton, écrits en gallo et breton dans la presse, stages d'initiation et de perfectionnement, spectacles, créations sonores...). Dans un monde globalisé, la région Bretagne ne manque pas d'atouts pour exister, mais elle doit sans cesse se réinventer un dessein collectif, naviguant entre deux écueils : le repli identitaire et la dilution au sein d'un univers standardisé et homogénéisé.

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