Guide d'Islande : Histoire

Chronologie
<p>Thingvellir en 1930.</p>

Thingvellir en 1930.

Chronologie

VIIIe siècle> Découverte de l'Islande par des moines irlandais. A Hella, dans le sud-ouest, des grottes attestent la présence d'ermites.

865> Un Viking de Suède atteint l'Islande.

874> Ingólfur Arnarson, un Viking de Norvège, hiverne sur la côte sud-ouest puis s'installe à Reykjavík. C'est le début de la colonisation de l'Islande par les Vikings norvégiens, contraints de s'exiler pour échapper à la tyrannie du roi Harald Ier " à la belle chevelure ".

930> Un Parlement de chefs régionaux, les Goðars, se réunit à Þingvellir dans le sud-ouest. L'Alþing, qui siège désormais chaque printemps, fixe les lois et règle les contentieux, détenant en fait un pouvoir fédéral.

985> Erik le Rouge découvre le Groenland et y établit une colonie indépendante, qui organisera un commerce prospère avec le reste du monde scandinave pendant quatre siècles avant de disparaître dans l'oubli.

1000> Malgré des réticences locales, l'Alþing impose rapidement le christianisme comme religion officielle. Leif l'Heureux, fils d'Erik le Rouge, atteint les côtes de l'Amérique du Nord, qu'il nomme Vínland (pays du vin). Cependant, l'hostilité des Amérindiens empêchera les tentatives de colonisation.

1100 environ> Grâce au christianisme, l'esclavagisme disparaît de l'île.

1120 environ> Écriture de l'Íslendingabók (Livre des Islandais).

1225 environ> Écriture d'Heimskringla (Histoire des rois de Norvège).

1230-1262> Époque du clan des Sturlungar au cours de laquelle ont été écrites les principales sagas, récits de la colonisation et des luttes de clans. Assassinat de Snorri Sturluson, en 1241.

1262-1264> Fin de la période la plus brillante du pays. A la suite des luttes entre différents clans, l'Islande perd son indépendance et tombe sous le joug de la Norvège. C'est le début de la période noire de l'histoire islandaise : épidémies, catastrophes naturelles, guerres et famines se succèdent.

1380> L'Islande devient danoise avec la Norvège.

1402-1404> La mort noire (peste) ravage l'Islande.

1551> Le roi du Danemark, Christian III, impose le luthéranisme à la population de l'île, ce qui a pour effet d'intensifier les luttes de clans rivaux.

1602> Le Danemark établit un monopole commercial avec l'Islande. Les nombreuses entorses hanséatiques et britanniques entretiennent une atmosphère conflictuelle.

XVIIIe siècle> La stagnation économique et le déclin démographique s'aggravent. Le Danemark, en guerre, ne peut subvenir aux besoins locaux

1660-1665> L'Alþing perd son pouvoir législatif et ne devient qu'un simple tribunal. Les Danois imposent en effet un pouvoir absolutiste.

1707> La variole s'attaque à l'île.

1783-1784> L'éruption des Lakagígar décime une partie de la faune et de la population.

1845> Le roi du Danemark réinstaure l'Alþing en tant que chambre consultative qui avait été abolie en 1801.

1854> Le monopole danois sur le commerce islandais est supprimé.

1874> Sous la pression des mouvements nationalistes, la Couronne danoise accorde à l'Islande sa propre Constitution.

1880-1914> De nombreux Islandais émigrent vers le Canada et les États-Unis en raison de la rudesse des conditions économiques.

1904> Statut d'autonomie.

1906> Un câble téléphonique joint l'Islande à l'Écosse.

1908> Droit de vote pour les femmes au niveau local.

1915> Droit de vote pour les femmes afin d'élire les députés.

1918> Semi-indépendance : le roi du Danemark reste le souverain de l'île.

1920> Apparition de la Cour suprême.

1944> Coupée du Danemark, la République islandaise, soutenue par les Américains auxquels l'île sert de base militaire, est proclamée à Þingvellir le 17 juin.

1946> L'Islande adhère à l'ONU.

1949> L'Islande est l'un des membres fondateurs de l'OTAN.

1956> L'Alþing se voit refuser le retrait des troupes américaines du territoire islandais par l'OTAN.

1958> Crise du hareng qui disparaît des côtes islandaises. Les limites des eaux territoriales sont élargies de 3 miles (5,5 km) à 12 miles. " Guerre de la morue " avec les Britanniques qui s'obstinent à pêcher dans la zone.

1963> Naissance d'une nouvelle île, Surtsey, suite à une éruption volcanique sous-marine au large des côtes islandaises.

1971> Restitution par le Danemark des anciens manuscrits des sagas.

1972> Extension de la zone de pêche exclusive à 50 miles, attirant de nouveau la désapprobation des Anglais.

1973> Rupture temporaire des relations diplomatiques entre Londres et Reykjavík après qu'un chalutier britannique a été envoyé par le fond.

1973> Eruption volcanique et évacuation des îles Vestmann.

1973> Les présidents Nixon et Pompidou se réunissent à Reykjavík.

1974> Inauguration de la route circulaire n° 1, permettant de faire le tour de l'Islande.

1975> Les limites des eaux territoriales sont de nouveau élargies (200 miles/370 km). Il en résulte une nouvelle " guerre de la morue " avec la Grande-Bretagne.

1976> La dixième guerre de la morue, depuis le XVe siècle, est gagnée par l'Islande face aux Anglais.

1980> Vigdis Finnbogadóttir devient la première femme au monde à avoir été élue démocratiquement à la présidence de la république. Elle a été réélue à trois reprises, en 1984, 1988 et 1992.

1989> Fin de la période de prohibition de la bière en Islande.

1993> Interdiction de chasser la baleine, moratoire confirmé en mai à Kyoto.

1994>L'Islande fait partie de l'EEE (Espace Economique Européen).

1996> Inondation gigantesque (jökulhlaup) de la plaine désertique au sud du Vatnajökull, suite à une éruption volcanique sous-glaciaire, et coupure de la route circulaire n° 1.

1998> Accords de pêche avec la Norvège, la Russie, l'Union européenne et les Îles Féroé concernant le hareng, et avec la Norvège et le Groenland pour le capelan.

1999> Le Parlement islandais donne à la société privée DeCode Genetics (qui travaille avec Hoffmann-Laroche) l'accès aux données génétiques, médicales et généalogiques de la population du pays. Levée de l'interdiction de chasser la baleine.

2000> Éruption du volcan Hekla, le 26 février, suivie de deux tremblements de terre imposants, les 17 et 21 juin.

2001> L'Islande fait partie des pays de Schengen.

2002> L'Islande devient membre de l'IWC (International Whaling Commission), organisme de régulation de la chasse à la baleine.

2003> IBM réalise un accord avec la société DeCode Genetics pour vendre le logiciel Clinical Gene Miner.

2004> Ólafur Ragnar Grímsson entame un 3e mandat.

2004> Éruption du volcan Grimsvötn (novembre).

2005> L'Islande accorde la nationalité islandaise au joueur d'échec Bobby Fischer. Unnur Birna Vilhjámsdóttir devient Miss Monde.

2006> L'armée américaine annonce son retrait du territoire islandais après 55 ans de présence.

2007> Fin de la construction d'un immense barrage très contesté au nord du Vatnajökull.

Mai 2008> Faute d'adversaire, l'élection présidentielle n'a pas lieu et le président Ólafur Ragnar Grímsson poursuit sa mission.

Août 2008> L'équipe de handball masculine remporte la médaille d'argent aux JO de Pékin (défaite 23-28 contre la France) - un exploit historique.

Automne 2008> Début de la crise économique qui touche gravement le pays très " porté " depuis quelques années sur l'économie spéculative. Le gouvernement nationalise les trois grandes banques du pays et demande de l'aide à la communauté internationale.

Janvier 2009> Devant les revendications de la population, le premier ministre Geir Haarde annonce sa démission. Un nouveau gouvernement de gauche, avec l'appui des Verts, est mis en place. La remplaçante Jóhanna Sigurðardóttir est la première femme ouvertement homosexuelle désignée à ce poste.

2010> Avril : les aéroports du monde entier sont paralysés en raison de l'éruption du volcan Eyjafjöll, le trafic aérien sera totalement perturbé pendant près de 15 jours.

Mars 2010 > Le " non " est majoritaire lors du référendum organisé pour adopter une loi prévoyant le remboursement d'une partie de la dette contractée par la banque d'épargne en ligne Icesave au profit du Royaume-Uni et des Pays-Bas.

2011 > Une nouvelle assemblée constituante de 15 hommes et 10 femmes est élue.

Avril 2011> Nouveau référendum sur la dette islandaise, le " non " reste majoritaire.

2012 > Le pays gère la crise et ses décisions l'amènent à voir des chiffres positifs dès le début de l'année 2011. En 2012, le bilan est toujours positif et le pays est cité en exemple par de nombreux économistes dans le monde. Olafur Grímsson, président de l'Islande depuis 1996, est réélu pour la cinquième fois consécutive en juin.

2013 > La reprise économique islandaise se confirme (croissance de 2,8 %, chômage en baisse à 5,4 %), mais le pays reste encore fortement dépendant des exportations et de la zone euro. La consolidation des finances publiques et la restructuration des dettes du secteur privé demeurent toujours inachevées et fragiles.

Avril 2013> L'opposition de droite s'impose aux élections législatives. Sigmundur Gunnlaugsson du Parti du Progrès est nommé Premier ministre.

Août 2014 > Le Bárðarbunga se réveille, sans conséquences majeures. Les scientifiques redoutent toutefois une éruption sous le glacier recouvrant le volcan, qui provoquerait des puissantes inondations (jökulhlaup) et des retombées de cendres.

Avril 2016> Trois mois suite son élection, le Premier ministre Sigmundur Gunnlaugsson démissionne, après avoir été impliqué dans le scandale des Panama Papers.

Juin 2016> L'équipe nationale de football rentre dans l'histoire après s'être hissée en quart de finale de l'Euro, éliminant notamment l'Angleterre en huitième de finale.

Décembre 2016> Les statistiques liées au tourisme flambent : avec moins d'1 million de visiteurs en 2014, le pays a augmenté sa fréquentation touristique de près de 70 % en 2 ans, avec près de 1,7 million de visiteurs en 2016, et plus de 2 millions en 2017. Et pourtant, la couronne islandaise a elle aussi explosé de 20 % par rapport à l'euro sur la seule année 2016.

Septembre 2017 > Le gouvernement dirigé par Bjarni Benediktsson implose après le retrait du parti Avenir Radieux, membre de la coalition gouvernementale, et suite à un scandale éclaboussant le Premier ministre.

Octobre 2017 > Les élections parlementaires anticipées voient la victoire, sans majorité absolue, du Parti de l'indépendance. Suite à des négociations tripartites, un gouvernement de coalition, dirigé par Katrín Jakobsdóttir (Parti écologique), est établi.

Juin 2018 > L'Islande participe pour la première fois de son histoire à la Coupe du monde de football, organisée en Russie.

Des origines à nos jours

L'histoire de l'Islande est relativement brève comparée à celle d'autres pays. Les historiens estiment en effet que les premières traces de colonisation ne sont apparues qu'au VIIIe siècle. Pourtant, tout laisse à penser que l'île fut découverte bien avant cette période. Des extraits du journal de voyage d'un navigateur et mathématicien de Marseille, Pythéas, accréditeraient l'idée que cet homme la découvrit avant même l'arrivée de Vikings suédois. Afin de connaître la limite du monde, il navigua vers les îles britanniques en 330 av. J.-C., s'engageant ensuite dans la mer du Nord. Il y décrit une île nommée Thule (ou Ultima Thule) qui se trouve à six jours de la Grande-Bretagne et à une journée du bout du monde. Devant cette situation géographique particulière, l'Islande pourrait très bien représenter cette Ultima Thule.

La colonisation de l’Islande (VIIIe siècle-930)

Même si les textes officiels affirment que l'Islande a été découverte au VIIIe siècle par des moines irlandais, des historiens pensent que cette arrivée sur l'île correspondrait à la période des navigations fabuleuses de ces religieux, entre 577 et 583. Ces derniers n'auraient toutefois pas gardé le secret de cette découverte et l'auraient annoncé à des " Écossais ". De nombreuses traces attestent de la présence de ces ermites sur l'île, notamment dans des grottes non loin du village de Hella. En 865, Garðar Svávarsson, un Viking suédois, pose le pied en Islande, au nord de l'île, après avoir dérivé suite à de fortes tempêtes. Il passe l'hiver à l'emplacement de l'actuelle Húsavík puis repart ensuite en laissant sur les lieux trois des personnes qui l'accompagnaient, tout en nommant l'Islande, Garðarshólmi. Le nom de Húsavík aurait été octroyé à la ville après que Garðar eut bâti quelques habitations. Mais ce premier essai de colonisation se transforme vite en échec, le manque de foin ne pouvant subvenir aux besoins alimentaires des animaux, dont la vie dépendait. Dès le début des années 870, un second colon, de nationalité norvégienne cette fois, débarque au sud-ouest du territoire, Ingólfur Arnarson. Il construit sa ferme à Reykjavík, exemple suivi par de nombreux Vikings de Scandinavie qui s'installent, accompagnés de leurs esclaves celtes, sur des surfaces pourtant inhospitalières.

L'exil des Vikings est en partie dû aux luttes du roi de Norvège, Harald le Blond, contre d'anciens gouverneurs. Egalement surnommé Harald Ier " à la belle chevelure ", cet homme sans pitié souhaitait conquérir de nouveaux territoires. Il gagne une importante bataille à la fin du VIIIe siècle, ne laissant plus d'autre choix à ses ennemis que celui de fuir. Bon nombre de Vikings se réfugièrent alors en Ecosse et en Islande en naviguant depuis la Norvège ou la Grande-Bretagne afin d'échapper aux griffes de Harald Ier.

L'exemple de colonisation insufflé par Ingólfur Arnarson permet alors de fonder une nouvelle société d'hommes libres caractérisée par un individualisme forcené, basée avant tout sur la loi et l'égalité. Certains écrits datant du Xe siècle relatent une révolte d'esclaves, très vite surmontée grâce à l'arrivée massive de Vikings. L'expansion du monde viking constitue cette fois-ci un succès, sûrement grâce aux technologies modernes employées qui permettaient de construire des bateaux fiables, mais aussi grâce à l'accroissement progressif de la population qui offrait de plus grandes opportunités de vaincre les difficultés du quotidien. Quant au sort des moines irlandais, certains tendent à dire qu'ils ont quitté l'île peu après la colonisation viking de l'île, tandis que d'autres attestent qu'ils auraient très bien pu rester en Islande sans subir aucune influence.

Les premières institutions se forment (930-1120)

Au cours de l'année 930, un système républicain unique prend place en Islande, notamment grâce à la création de l'Alþing à Þingvellir, l'assemblée parlementaire la plus ancienne au monde. Celle-ci promulgue les lois, mais fait également office de tribunal. Comme aucune réelle monarchie n'existait en Islande, ce système dura près de 300 ans. Un code législatif et constitutionnel fut créé, attestée par des écrits dès le XIIe siècle. Un fonctionnaire payé par l'Etat, le " diseur de lois ", apprenait par coeur les articles et les enseignait ensuite à sa descendance. L'île se voit dès lors divisée en quatre cours de justice régionales, dotées de trois chefs qui, accompagnés de prêtres nordiques, président ces assemblées locales.

Une assemblée annuelle de l'Alþing prend ensuite place à Þingvellir. En 985, un Viking du nom d'Erik le Rouge quitte l'Islande pour créer une colonie nordique permanente au Groenland. Parti avec 25 bateaux, il ne voit que 14 d'entre eux atteindre les côtes du Groenland. Mais l'histoire de cette colonie ne s'arrête pas là, puisque, Leifur, dit le Chanceux, découvrit lui l'Amérique du Nord en l'an mil. La Norvège, quant à elle, se convertit au christianisme sous le roi Olaf Tryggvason vers la fin du Xe siècle. Des missionnaires, dont un certain Gizzue, arrivent en Islande et proposent à l'Alþing de changer la religion du pays, ce qui provoque le chaos et divise les chefs insulaires. Les Islandais adoptent toutefois le christianisme de manière pacifique lors de l'assemblée annuelle de l'Alþing de l'an mil. Il s'ensuit la création de deux évêchés, l'un en 1056 à Skálholt et l'autre en 1106 à Hólar, qui deviennent de véritables lieux culturels pour tout le territoire. L'arrivée du christianisme offre en outre aux esclaves leur liberté vers l'an 1100.

Dans l’univers des sagas (1120 environ-1262)

Les XIIe et XIIIe siècles se caractérisent par la littérature islandaise et nordique. En 1120, le prêtre Ari Þorgilsson écrit ainsi le premier ouvrage sur l'histoire de l'Islande, Íslendingabók. On y retrouve la période de christianisation précédemment décrite, ainsi que l'importance du diseur de lois, ce dernier prévenant des dangers cette nation divisée en deux camps. Différentes traditions littéraires apparaissent au cours de cette époque. La première d'entre elles, la poésie épique, est très vite substituée par les sagas dès la fin du XIIe siècle. Vers 1225, un autre ouvrage marque cette période littéraire, Heimskringla, chronique des rois de Norvège, écrite par Snorri Sturluson. Pas moins de 16 sagas se regroupent au sein de cette oeuvre magistrale et dévoilent notamment le règne du roi Harald. De 1230 à 1262, l'époque des Sturlungar représente également une période riche pour la littérature islandaise avec les récits de la colonisation et la lutte des clans.

L’Islande norvégienne (1262-1380)

La période la plus brillante de l'Islande s'éteint progressivement. Dès le début du XIIIe siècle, la période de paix qui a duré plus de 200 ans cesse. L'époque des Sturlungar se caractérise en effet par de nombreuses batailles, dont celle de la baie d'Húnaflói en 1244, surnommée " bataille de la Baie ", mais aussi par des actes de trahison et une instabilité politique prononcée. Gissur Þorvaldsson propose une alternative pour stopper le chaos qui s'abat sur l'île : accepter le roi de Norvège comme souverain. L'Islande se soumet alors à la couronne de Norvège en signant le " Vieux pacte " et perd son indépendance. L'ancienne loi est dès lors remplacée, les droits des chefs de clan sont abolis, des comtés sont créés, et ceux qui vont les diriger sont désignés par le roi. Pendant ce temps, la nature réalise son oeuvre, avec, en particulier, plusieurs éruptions du volcan Hekla en 1300 et 1341. Ces phénomènes entraînent la mort de milliers d'habitants, détruisant le territoire, mais formant également le ferment de nombreuses épidémies. La peste noire en provenance de Norvège provoque l'arrêt immédiat du commerce avec l'Islande en 1349.

L’Islande danoise (1380-1854)

En 1380, l'Islande devient danoise. Seulement, ce changement radical n'affecte en rien le déclin du pays qui ne cesse de s'aggraver. Neuf ans plus tard, une nouvelle éruption du volcan Hekla survient, entraînant davantage de pertes en vies humaines et détruisant la faune et la flore. De 1402 à 1404, une épidémie de peste noire continue de décimer la population. Près des deux tiers des habitants de l'île disparaissent. En 1551, Christian III, roi du Danemark, impose le luthéranisme comme religion sur l'île, alors que le catholicisme était devenu religion officielle depuis l'an mil. Les luttes s'accentuent et la violence envahit la majorité du territoire. Ce conflit ne cesse que lors de l'exécution de l'évêque catholique Jón Arason, mort dans l'injustice la plus totale en 1550, sans procès. Devant la concurrence que constitue l'Islande dans le secteur de la pêche, le Danemark accentue davantage la récession économique de l'île. Il l'isole et lui empêche tout échange avec les îles Britanniques et les contrées germaniques. Afin d'anéantir totalement l'économie islandaise, le Danemark instaure en 1602 un monopole commercial avec l'Islande, qui ne peut ainsi commercer avec d'autres Etats. Du XVIe au XVIIIe siècle, l'Islande subit en outre des attaques de pirates qui pèsent lourdement sur le pays. De 1707 à 1709, c'est au tour de la variole de s'attaquer aux Islandais. En 1783, le flot de lave gigantesque et, surtout, le tephra, provoqués par l'éruption de Lakagígar, aboutissent à une famine sans précédent. Le bétail a quasiment disparu : 80 % des moutons, 75 % des chevaux et 50 % des vaches meurent empoisonnés par les gaz issus de cette catastrophe. A elle seule, l'éruption de Lakagígar aura anéanti près du quart de la population. Au début du XVIIe siècle, l'Alþing perd tout pouvoir législatif. L'assemblée la plus vieille du monde ne devient qu'un simple tribunal, dans l'attente de son abolition en 1801, avant de réapparaître en 1845 comme chambre consultative dont le siège s'établit à Reykjavík. De toute évidence, le Danemark ne peut subvenir aux besoins des Islandais qui font face à des catastrophes naturelles incessantes ainsi qu'à une récession économique prononcée. Lorsqu'en 1814 la Norvège devient réellement indépendante, l'Islande reste toutefois attachée au Danemark, dans l'espoir de retrouver une indépendance depuis longtemps perdue.

Vers l’indépendance de l’Islande (1854-1944)

Le XIXe siècle fait renaître un véritable sentiment national en Islande. Jón Sigurðsson représente ainsi l'un des grands leaders du mouvement indépendantiste du pays. Ses talents journalistiques ont déchaîné les foules, notamment grâce au journal Ny Felagsrit, fondé en 1841, et beaucoup lui attribuent d'ailleurs la proclamation d'une nouvelle constitution accordée par le Danemark en 1874. Cette année-là, le pays fête en grande pompe le millénaire du peuplement de l'île. Diverses manifestations sont organisées et c'est à cette occasion que le futur hymne national (Ô Dieu de notre patrie ! adopté en 1944) est composé. Seulement, en raison des catastrophes qui ont dévasté l'île et de la situation économique précaire, une grande partie de la population décide de s'exiler, au Canada et aux Etats-Unis notamment. Cet exode massif, qui commence en 1880 pour se terminer en 1914, n'empêche pourtant pas l'Islande d'obtenir un statut d'autonomie en 1904. Cette indépendance reste toutefois imparfaite et partielle puisque le pays continue à reconnaître la monarchie danoise. Après avoir réalisé l'exploit de se voir reliée au reste du monde, notamment à l'Ecosse, par un câble téléphonique, l'Islande accorde aux femmes le droit de vote en 1908, tout d'abord au niveau local, puis en 1915 pour l'élection des députés. Ce pays, où la femme a très vite disposé des mêmes droits que l'homme, montre ainsi un premier exemple mondial de l'égalité des sexes, sans caractère discriminatoire. En 1918, l'Islande devient un Etat souverain, en étroite union avec le Danemark. Dès 1920 naît alors la Cour suprême. Les années passent et l'invasion allemande du Danemark en 1940 apporte un nouveau coup de fouet à l'indépendance islandaise. L'Alþing peut désormais assumer librement toutes les prérogatives du roi et se lancer dans les affaires étrangères. En cette même année, l'île ne se montre pourtant pas hors de portée du champ allemand. De ce fait, la Grande-Bretagne envoie ses troupes pour protéger le pays, elle sera remplacée par l'armée américaine l'année suivante. L'Islande repose en effet sur une position géographique stratégique quant aux conflits mondiaux. Elle devient un porte-avions pour les Alliés.

L’Islande indépendante (de 1944 à aujourd’hui)

Dès 1944, un vote a lieu afin de déterminer si les Islandais désirent, oui ou non, rester en relation avec le Danemark. La majorité refuse et l'indépendance de l'Islande est déclarée le 17 juin. Le pays se tourne dès lors résolument vers l'extérieur. Il adhère à l'ONU en 1946, puis devient membre fondateur de l'Organisation du traité de l'Atlantique Nord, l'OTAN, en 1949. L'Amérique voit en l'Islande une réelle position stratégique et laisse ses troupes sur le territoire dans la base de Keflavík afin de maîtriser le ciel au-dessus de l'Atlantique Nord. Malgré une demande de retrait de ces unités en 1956 par l'Althing, l'OTAN oppose une fin de non-recevoir. En 1958, l'Islande connaît une crise grave, la " guerre de la morue ", en raison des limites de ses eaux territoriales. Ces dernières, passées de 3 à 12 milles nautiques, déplaisent fortement à la Grande-Bretagne qui continue à pêcher au sein de cette zone. Des échanges de feux prennent régulièrement place entre les vaisseaux des garde-côtes islandais et anglais, jusqu'à ce que le conflit cesse en 1961 suite à un accord sur de nouvelles limites. En 1971, alors que les anciens manuscrits des sagas sont restitués par le Danemark, le gouvernement de coalition en place depuis 12 ans perd sa majorité au profit d'une autre coalition, alliant progressistes, communistes et libéraux de gauche. La " guerre de la morue " reprend en 1972, suite à une extension des zones de pêche exclusives à 50 milles nautiques. Un nouvel accord survient en octobre de l'année suivante, les Anglais devant réaliser alors quelques concessions. 1973 se caractérise par l'éruption du volcan Helgafell, dans l'archipel des Vestmann, mais aussi par une révision du pacte de défense américain de 1951, notamment en ce qui concerne la présence des troupes américaines sur l'île. Ceux qui croyaient la " guerre de la morue " terminée se sont, quant à eux, trompés. L'extension des limites des eaux territoriales à 200 milles nautiques en 1975 entraîne un nouveau conflit entre Islande et Grande-Bretagne, déclenchant la quinzième " guerre de la morue ", finalement " gagnée " par l'Islande.

En 1980, l'égalité homme femme propre à l'Islande apparaît aux yeux de la communauté internationale. Vigdis Finnbogadóttir est élue démocratiquement au poste de président de la République ; c'est la première fois au monde qu'une femme occupe un tel poste. Ses réélections confirment d'ailleurs le succès de cette femme dans ses fonctions régaliennes. La prohibition de la bière se termine en 1989, deux ans après un sommet organisé entre Reagan et Gorbatchev à Reykjavík. La chasse à la baleine devient très vite un sujet de conversation. Le moratoire de Kyoto est confirmé en mai 1993, peu avant l'entrée de l'Islande dans l'espace économique européen (EEE) en 1994, puis dans celui de Schengen en 2001. La demande de l'Islande afin de devenir membre de l'IWC, organisme mondial de régulation de la chasse à la baleine, est rejetée à plusieurs reprises. Ce n'est qu'en 2002 que son adhésion devient effective. La présidence de la République islandaise est, quant à elle, assurée par Ólafur Ragnar Grímsson depuis août 1996. Ce dernier a succédé à Vigdís Finnbogadóttir qui, suite à quatre mandats, a souhaité se consacrer à la présidence du Conseil des gouvernantes du monde à la John F. Kennedy School of Government de l'université d'Harvard, et s'avère digne ambassadrice de l'Unesco. Ólafur Ragnar Grímsson a renouvelé par quatre fois son mandat, en 2000 tout d'abord, sans grande opposition, puis le 26 juin 2004, en battant avec 85,6 % des voix son opposant Baldur Ágústsson, en 2008, car aucun autre candidat ne s'est présenté face à lui, et en 2012. Il démissionne en 2016 suite aux scandales des Panama Papers. Le président actuel, dont la fonction est symbolique, est Guðni Thorlacius Jóhannesson, un universitaire.

Les années 1990 et le début du nouveau millénaire restent sujets à des phénomènes naturels de grande ampleur. Le volcan Hekla a ainsi connu plusieurs éruptions, en 1991 et 2000 notamment. Le sud de l'île a en outre tremblé les 17 et 21 juin 2000, tandis que l'éruption gigantesque du Vatnajökull de 1996 a provoqué un jökulhlaup, une inondation de grande ampleur. Suite à cette catastrophe, la route 1 a dû être reconstruite par endroits. En 2004, le volcan Grimsvötn, situé sous le Vatnajökull et considéré comme l'un des plus actifs d'Islande, s'est réveillé de nouveau sans engendrer cependant de grands bouleversements. En 2010, ce sont les cendres du volcan Eyjafjöll qui obscurcissent le ciel européen et conduisent à l'arrêt du trafic aérien mondial pendant une quinzaine de jours. L'un des sujets qui a fait connaître l'Islande au cours de ce nouveau millénaire reste le droit conféré à la société DeCode Genetics d'accéder aux données génétiques, médicales et généalogiques de la population islandaise. Devant l'homogénéité des habitants de l'île, les gènes mis en cause dans de nombreuses maladies ont ainsi pu être découverts lors des travaux de chercheurs. L'intérêt de ces travaux a poussé IBM à réaliser un accord de vente du logiciel Clinical Gene Miner avec DeCode Genetics en 2003.

Des personnalités politiques hors du commun

L'Islande s'est régulièrement fait remarquer avec ses personnalités politiques avant-gardistes. Premier pays au monde a avoir élu démocratiquement une femme présidente, Vigdís Finnbogadóttir, très appréciée des Islandais, qui prolongèrent son mandat quatre fois consécutives entre 1980 et 1996. Cette femme de tête affirma la place de l'île sur la scène internationale et s'implique encore aujourd'hui fortement dans le domaine culturel et la protection des droits des femmes. C'est elle qui mit en place une école de formation des guides touristiques et aussi la première troupe de théâtre nationale. Jón Gnarr, maire de Reyjavik entre 2010 et 2014, demeure aussi parmi les personnalités politiques islandaises les plus excentriques. Connu comme acteur comique plutôt irrespectueux des standards sociaux - il a notamment interprété Hitler avec son fameux signe nazi ! -, il forme fin 2009 "le Meilleur Parti", un parti satirique qui parodie les partis politiques islandais. Son élection, en plein marasme financier, fait alors sensation. Perçu comme un clown assisté d'un punk et de conseillers sans expérience réelle, le bilan de son mandat s'avère finalement plutôt positif : assainissement des finances, mise en place d'une politique favorable au tourisme, création de kilomètres de pistes cyclables et de nouveaux plans d'urbanisme, réorganisation des écoles, développement des petits ateliers d'art et surtout une gérance intègre faite de vérité sans ambages et à sa manière...tout en ayant continué à faire la une des journaux pour ses positions clownesques ! Parmi les faits mémorables, le Coluche islandais a accueilli Lady Gaga et voté aux élections parlementaires de 2013 habillé en Jedi, a pris part aux défilés de la Gay Pride déguisé en drag-queen ou encore brandit des affiches "Libérez Pussy Riot" ! En 2014 et malgré l'opinion publique favorable, l'anarcho-surréaliste a décidé de ne pas se représenter pour laisser place à l'alliance des sociaux-démocrate. La politique islandaise, profondément inscrite dans l'ère du temps, est souvent décrite comme un modèle précurseur à suivre...même s'il paraît difficile un jour d'imaginer cela chez nous !

Dernières nouvelles…

L'année 2006 marque la fin de la présence de l'armée américaine sur le sol islandais, présence objet de tous les débats depuis des décennies. Cela indique la " fin définitive " de la guerre froide. Bien que souhaité par bien des habitants, ce retrait n'a pas enchanté tout le monde. En effet, de nombreux emplois directs et indirects ont disparu et la base militaire de Keflavik, désormais vidée de ses marines, devient peu à peu un simple et un peu triste lotissement géant. L'Islande en plein rêve économique n'a pas trop souffert de ce départ, n'a pas créé d'armée non plus. La crise de 2008 a fait beaucoup plus de dégâts. L'économie, en grande partie virtuelle, a montré ses limites quand les bourses du monde entier sont devenues folles et que la bulle spéculative a explosé. Le pays qui connaissait le plein emploi a compté tout à coup 7 000 chômeurs - dont beaucoup de travailleurs immigrés qui avaient été appelés en grand nombre pour accompagner le développement du pays. Mais le pays ne s'est pas laissé abattre. Nationalisation des banques, refus de payer la dette à la Grande Bretagne et aux Pays-Bas, politique monétaire ad hoc, tout est fait pour garder le pays à flot. Le résultat est assez spectaculaire : dès 2011 le pays retrouve des chiffres positifs et un taux de chômage de nouveau à la baisse. En 2013, la croissance est de 2,8% contre 1,5% en 2012 tandis que le chômage est de 5,4% contre 6% en 2012. En bref, l'économie islandaise a entamé une nouvelle phase de croissance et dispose de certaines ressources non négligeables dont la pêche, l'énergie géothermique, le tourisme (en plein boom), une main-d'oeuvre bien formée ou encore le développement de nouvelles filières (TIC, data centers, silicium). Son rapprochement avec l'UE et sa monnaie forte, quitte à céder un peu de terrain sur la question des quotas de pêche, est toujours incertain, surtout dans un climat où l'Europe est menacée d'implosion à tout moment. Si le pays a officiellement déposé sa candidature en 2009 et ouvert des négociations, en 2014 une pétition réclamant le retrait de la candidature d'adhésion a dépassé les 53 000 signatures. Alors qu'une majorité d'Islandais demeure opposée à l'entrée dans l'UE, environ 60% des électeurs souhaitent que les négociations soient poursuivies. Un rapprochement progressif avec la Chine est officiellement remarqué en juillet 2014 lors d'un accord de libre-échange (ALE) qui compte lever petit à petit les barrières tarifaires au cours des prochaines années, notamment dans les domaines des sciences, des technologies marines et polaires, de la géothermie ou encore de l'énergie solaire. Il s'agit du premier accord de ce genre entre un pays européen et la Chine. Autre enjeu à venir, celui de la diversification de l'économie et de l'utilisation du territoire. La construction d'un barrage géant en bordure du Vatnajökull, très critiquée, marque une volonté d'industrialisation du pays. Mais la population est de plus en plus nombreuse à s'interroger sur cette politique d'exploitation de l'île. En 2015 et 2016, le principal enjeu économique fut lié au tourisme, industrie ayant vu augmenter le nombre de visiteurs de plus de 60 % durant cette période. Les constructions hôtelières, les agrandissements de parking et les rénovations de routes s'accélèrent, tandis que les glaciers continuent de reculer. Le souci écologique devient l'une des questions majeures de ce tournant important dans l'histoire du pays ; cela explique, en partie, l'excellent score réalisé par les écologistes lors des dernières élections législatives (octobre 2017).

Adresses Futées d'Islande

Où ?
Quoi ?
Ailleurs sur le web
Avis