Guide de République dominicaine : Histoire

Chronologie

3000 av. J.-C > premières traces de peuplement.

De 500 à 900 > migrations aborigènes.

6 décembre 1492 > découverte de l'île par Christophe Colomb.

1502 > un cyclone détruit la cité de La Nueva Isabela, fondée en 1496. Santo Domingo de Guzman est fondée.

1508 > le pays est baptisé île de Saint-Domingue par décision du roi Ferdinand. Son nom de Quisqueya, ou " mère de toutes les terres " en taïno, est abandonné.

Du 11 janvier au 10 février 1586 > pillage de l'île par Francis Drake.

1655 > débarquement des Français.

1697 > l'Espagne reconnaît l'occupation française par le traité de Ryswick.

3 juin 1777 > traité d'Aranjuez.

23 août 1791 > insurrection des esclaves menée par Toussaint Louverture.

29 août 1793 > affranchissement des esclaves par la Convention. Invasion de l'île par les Espagnols et les Anglais.

1795 > Toussaint Louverture est nommé gouverneur de la partie occidentale après sa pacification. Traité de Bâle : la partie orientale est rattachée aux possessions françaises.

1802 > la partie orientale de l'île redevient espagnole.

1er janvier 1804 > la république d'Haïti est proclamée.

1809 > victoire des armées espagnoles contre les troupes haïtiennes dans la partie orientale.

1814 > restitution des terres dominicaines à l'Espagne.

4 novembre 1821 > déclaration d'indépendance de la partie espagnole.

Janvier 1822 > invasion et annexion par les troupes haïtiennes.

27 février 1844 > proclamation d'indépendance de la République dominicaine.

Mars 1861 > le pays redevient une colonie espagnole pour quatre ans.

Février 1865 > la République dominicaine recouvre son indépendance. Naissance de la IIe République.

1905 > banqueroute nationale.

1907 > les Etats-Unis prennent le contrôle des finances nationales.

1916-1924 > débarquement et occupation par les troupes américaines.

1924 > IIIe République, élection de Horacio Vásquez.

11 avril 1930 > coup d'Etat et arrivée au pouvoir du dictateur Rafael Trujillo (il y restera jusqu'en 1961).

1937 > assassinat de 18 000 Haïtiens.

Août 1960 > Joaquín Balager remplace Hector Trujillo, frère du dictateur, à la présidence de la République.

30 mai 1961 > assassinat de Rafael Trujillo.

Décembre 1962 > premières élections libres : Juan Bosch, libéral de gauche, devient président.

Septembre 1963 > coup d'Etat militaire qui renverse Juan Bosch.

1965 > révolte d'une partie de l'armée, appuyée par des groupes de gauche, pour rétablir Bosch, mais l'ordre est rétabli par un débarquement de troupes américaines.

1966-1978 > présidence de Joaquín Balaguer, libéral, anticommuniste et pro-américain.

1978 > élection de l'opposant Antonio Guzman, du parti révolutionnaire (PRD).

Juin 1979 > deux cyclones dévastent l'île.

1982 > élection de Jorge Blanco du PRD (Parti révolutionnaire dominicain).

1986 > élection de Joaquín Balaguer, de nouveau en 1990, devant son éternel rival, Juan Bosch.

1992 > Inauguration du Faro a Colón, à Saint-Domingue, pour commémorer le 500e anniversaire de la découverte de l'Amérique par Colomb.

1996 > élection de Leonel Fernández Reyna, du Parti de la libération (PLD), contre Peña Gómez.

Juin 2000 > élection de Hipolito Mejia (PRD).

Mai 2004 > réélection de Leonel Fernández le 16 mai 2004.

Mai 2008 > nouvelle réélection de Leonel Fernández avec 53,83 % des suffrages contre le candidat du Parti révolutionnaire dominicain Miguel Vargas Maldonado.

Janvier 2010 > adoption de la nouvelle Constitution retirant la limitation du nombre de mandat pour le président de la République, alignant les dates des élections législatives sur celles des présidentielles et prohibant totalement l'IVG volontaire.

12 janvier 2010 > bien que le séisme qui a ravagé Haïti n'ait pas directement affecté la République dominicaine d'un point de vue matériel et humain, il a rapproché les deux nations jusqu'alors à couteaux tirés d'un point de vue diplomatique, notamment sur des questions de politique migratoire.

16 mai 2010 > victoire du PLD, le parti du président Leonel Fernández, aux élections législatives. Les prochaines auront exceptionnellement lieu 6 ans plus tard, en mai 2016.

20 mai 2012 > élection de Danilo Medina à la présidence de la République, dès le premier tour, avec 51,2 % des votes devant Hipólito Mejía (ancien président de la République de 2000 à 2004). Danilo Medina s'engage à poursuivre les objectifs de son prédécesseur, c'est-à-dire attirer 10 millions de touristes en République dominicaine dans les 10 ans à venir, ce qui doit permettre le développement du pays grâce à la création de 400 000 emplois.

15 mai 2016 > réélection de Danilo Medina à la présidence de la République dès le premier tour avec 61,8 % des votes devant Luis Abinader (35 %). Le président sortant a bénéficié de la forte croissance économique qu'a connu le pays sous son mandat, ainsi que des progrès en terme de réduction de la pauvreté.

Mars 2017 > une enquête tentaculaire sur le système de corruption Petrobras a révélé que des groupes brésiliens de bâtiment, dont Odebrecht, avaient monté un cartel pour truquer les juteux marchés de sous-traitance, distribuant des pots de vin à des hommes politiques. La justice d'une dizaine de pays, dont la République dominicaine, a demandé des informations aux procureurs brésiliens afin d'enquêter localement. L'enquête a conduit la Banque brésilienne de Développement (BNDES) à suspendre le paiement de 3,6 milliards de dollars pour 16 projets répartis dans 10 pays dont la République dominicaine. Plusieurs personnes sont impliquées dans l'actuel gouvernement. Ce scandale, qui n'est pas terminé, bloque plusieurs projets qui devaient être financés par BNDES et qui sont aujourd'hui au point mort, parmi lesquels une usine thermoélectrique.

Septembre 2017 > l'ouragan Irma frappe durement le nord des Antilles. La République dominicaine est relativement épargnée.

Une île indienne

L'histoire de la République dominicaine est d'abord celle d'une île indienne appelée Quisqueya, " la mère de toutes les terres " en langue taïno. On sait relativement peu de choses sur les habitants originels de l'île, et ce que l'on sait nous vient de quelques récits faits par les moines et les colons. Un moine entre autres a largement contribué à faire connaître les us et coutumes taïnos jusqu'à nos jours : Bartolomé de Las Casas.

Selon des sources archéologiques, l'île était déjà peuplée il y a 3 000 ans. La population indigène qui vivait dans l'île à l'arrivée des Espagnols s'élevait environ à 2 millions de personnes suivant les données de l'Unesco, seulement 600 000 suivant différentes autres sources, et était composée de groupes d'aborigènes, les Arawak, venus des forêts tropicales du Venezuela et des rives du fleuve Orénoque. D'autres sources indiquent qu'ils seraient les descendants des Mayas du Yucatán et du Guatemala. Ils seraient arrivés dans l'île au cours de plusieurs vagues de migration, entre le VIe et le Xe siècle, chassés de leurs territoires d'origine par les Indiens Caraïbes, qui sacrifiaient les prisonniers et faisaient de leurs femmes des esclaves. Ces Arawak, devenu Taïnos, seront appelés Indiens par les Espagnols, convaincus d'être arrivés aux Indes.

Taïno signifie " homme bon, pacifique ". Les Taïnos sont de taille moyenne, environ 1,70 m, et de constitution robuste ; leur peau est de couleur cuivre, leurs cheveux sont noirs, lisses et brillants, coupés droits sur la nuque et au-dessus des sourcils. La forme de leur front, large et fuyant, est obtenue par aplatissement du front des bébés à l'aide de bandes de coton et de palmes ; leur nez est busqué.

Ce peuple, tranquille et peu adepte de l'effort inutile, est principalement établi sur les côtes et dans les plaines du centre du pays. Sa civilisation est la plus développée des Antilles. Sa culture exercera beaucoup d'influence sur les autres cultures précolombiennes des Antilles. Les Taïnos habitaient dans des villages, où l'on rencontrait deux types d'habitats distincts. Le bohío, une habitation circulaire, et le caney, beaucoup plus grand et de forme rectangulaire, où le cacique et sa famille logeaient. Ces villages comportaient de grandes places cérémonielles, les bateyes, où ils pratiquent le jeu de balle (balle que l'on ne doit pas toucher avec les mains). Ils vivent de la pêche, poissons et tortues, de la cueillette et surtout d'une agriculture sur brûlis qu'ils maîtrisent bien. On a retrouvé peu d'instruments agraires. Les prairies sont incendiées, la cendre est mêlée à la terre et les graines semées. Ils cultivent ainsi le maïs, semé à la pleine lune, le potiron, le manioc, dont ils extraient le redoutable cyanure, la patate douce, l'arachide, l'ananas, le piment, le haricot, la cacahuète, la coloquinte, le tabac et le coton, dont ils tissent les hamacs et le nawa, espèce de tablier et unique pièce de vêtement des hommes et des femmes. Leur méthode de chasse est elle aussi sommaire, mais efficace, puisqu'ils incendient des parcelles de terre après y avoir rabattu le gibier qu'ils convoitent. Il leur suffit ensuite de récupérer les animaux brûlés. Pour attraper les oiseaux, ils enduisent de résine les branches des arbres dans lesquels ils attirent leurs proies en imitant le cri des oiseaux. Leurs canoës, creusés dans d'immenses troncs d'arbres, peuvent transporter jusqu'à quatre-vingts personnes.

Ils ne possèdent pas d'écriture, ni de signes qui en tiennent lieu. Leur histoire se transmet oralement grâce à des récits chantés. Ils ont un calendrier lunaire, apprécient la musique et la danse et pratiquent le jeu traditionnel de la pelote, le jeu du batos, une balle faite d'une pâte de racines et d'herbes bouillies, qui ne peut être touchée qu'avec la tête, les épaules, les fesses, les hanches et surtout les genoux. Sculpteurs et potiers habiles, ils travaillent le bois et la pierre, les transformant en ustensiles, et fabriquent des céramiques et des sculptures très élaborées, notamment des représentations divines. Dans la société taïno, l'art est essentiel. Il permet d'incarner les croyances magico-religieuses, animistes et totémiques de la culture. Le symbolisme et l'abstraction figurative de ces oeuvres de pierre, de coquillages, d'os et de bois montrent la conception taïno du monde mythologique. Les objets sont majoritairement des cemis, des amulettes, des bancs cérémoniels et des ustensiles à usage religieux. C'est autour du culte des Zemís, (tout à la fois des dieux, des ancêtres et des esprits) que la religion Taino est centrée. Deux dieux principaux se partagent l'hégémonie des divinités Taïno. Yúcahu, le dieu de la mer et du manioc et Atabey, mère de Yúcahu, déesse des eaux douces et de la fertilité.
Les rites funéraires sont bien établis, les femmes étant chargées de rendre les derniers hommages aux morts. Elles enveloppent les cadavres dans de larges bandes de coton, puis elles les descendent dans des fosses profondes avec les objets que le défunt avait le plus aimés. Le cadavre est assis sur un banc, et l'on recouvre la fosse d'un toit de branchages et de feuillages que l'on charge de terre. L'inhumation est accompagnée de chants et de cérémonies religieuses. Les funérailles du cacique, le chef, durent de quinze à vingt jours. Avant de l'ensevelir, on vide le cacique de ses parties molles qui sont séchées au feu et enfermées dans des urnes. On oblige parfois une ou plusieurs de ses femmes à s'enterrer avec lui et on distribue à la population le reste de ses effets.

Vers le IXsiècle, les particularismes insulaires apparaissent avec des emprunts respectifs qui indiquent des échanges entre les différentes îles des grandes et des petites Antilles. Les groupes vivent de la pêche et de la cueillette, ce qui indique une parfaite adaptation au milieu insulaire.
Cinq cacicazgos, ou royaumes taïnos, se partageaient l'île à l'arrivée des Espagnols. Chacun était gouverné par un cacique, le grand chef, qui avait le privilège de la polygamie. Maguà était dirigé par le cacique Guarionex, Marien par Guacanagarix, Maguana par Caonabo, Higüey par Cayacoa, Jaragua par Bohechio, qui fut remplacé par Anacoana, réputée être la femme la plus belle et la plus habile de l'île. Anacoana (figure inspiratrice de légende et d'histoire) assistera au génocide de sa tribu, ordonné par Nicolas de Ovando en 1503.

Des pétroglyphes taïnos épars dans le pays

Le pays est riche en témoignages de la civilisation taïno. L'art rupestre est présent et de nombreux pétroglyphes décorent les parois de nombreuses grottes, comme celles du Pomier ou de Las Maravillas ou encore dans le parc des Haïtises ou dans les alentours du parc Enriquillo.

Un photographe, Daniel Duvall, s'attache à rendre sur papier photo ces tranches d'histoires peintes sur les parois rocheuses. Il vend ses images pendant la brocante face au Nicolas de Ovando à Santo Domingo tous les dimanches matin.

Divinités des Taïnos

Voici les principales divinités des Taïnos. De nombreux sites Internet regorgent d'informations les concernant. La culture des Taïnos étant orale, ce sont toujours des informations du point de vue de l'homme colonisateur et évangélisateur qui nous donnent un peu de leur histoire. Seuls leur artisanat et leur peinture sont des témoignages directs.

Yúcahu Vagua Maorocoti (Trigonolito). Dieu de la fertilité, esprit du yucca et de la mer. Le Señor Yucador, figurine de forme triangulaire, était enterré dans les champs de yuccas, le principal aliment des Taïnos pour fertiliser la terre.

Atabey. Mère de Yúcahu, déesse des eaux douces et de la fertilité.

Baibrama. Dieu de la guérison des personnes.

Behique. Le médecin sorcier représente la personne la plus savante de la tribu taïno. Chargé de guérir les malades, il connaît toutes les plantes médicinales. Si un malade venait à mourir, il était de coutume de tuer le médecin à coup de pierres.

Boinayel et Márohu. Les dieux jumeaux de la pluie et du beau temps.

Coaybay. Dieu de la terre des morts.

Opiyelguabirán. Dieu mi-chien mi-humain, qui veille sur les morts.

Guabancex. Déesse des tempêtes.

La déesse Lune, Yocahuma, sort d'une grotte du pays du cacique Mautiatibuel, le fils de l'aube. Elle retourne s'y cacher quand sort le dieu Soleil, son double masculin.

Cemi Boinayel. Dieu de la pluie.

L'arrivée des conquistadors

Christophe Colomb découvre l'île le 6 décembre 1492, au cours du premier de ses quatre voyages. Il a déjà accosté dans les îles de San Salvador et de Cuba, mais sans y avoir établi de colonie. Il débarque sur la côte nord de l'île de Quisqueya - future Hispaniola - sur l'actuelle plage du Môle Saint-Nicolas à Haïti. L'accueil des indigènes, sans être franchement hostile, est plutôt réservé. Christophe Colomb prend possession de l'île au nom des souverains espagnols et la baptise Espagnola. Séduit par sa beauté, il exprime ainsi son enthousiasme dans ses lettres aux Rois Catholiques : " Je certifie à Vos Altesses que ces régions sont si étendues, si bonnes et si riches, en particulier celles de l'île Espagnola, qu'on ne saurait assez les louer, et personne ne pourrait le croire sans l'avoir vu. " Dans son testament, il émettra le voeu d'être enterré dans cette île qu'il n'a jamais cessé d'aimer.

La conquête a pour objectif de rapporter de l'or, de l'argent, des pierres précieuses et de nouvelles espèces végétales à l'Espagne, de contrôler politiquement les territoires du Nouveau Monde et de convertir les Indiens au catholicisme. Espagnola, appelée plus tard Hispaniola, apparaît rapidement comme l'endroit idéal pour établir la première colonie espagnole, d'autant plus qu'aux dires des indigènes l'or abonde dans l'île. Les débris de la Santa María naufragée serviront à construire sur la côte nord le premier fort, baptisé fort de la Nativité (La Navidad). En repartant pour l'Espagne pour rendre compte aux souverains espagnols de ses découvertes, Christophe Colomb laissera trente-neuf hommes au fort de la Nativité sous le commandement de Diego de Arana. Dix mois plus tard, le 22 novembre 1493, il est de retour. Le grand amiral ne trouve plus aucune trace de ses hommes autour du fort dévasté. Des expéditions de représailles sont alors lancées contre les Indiens. Le processus de dépeuplement de l'île a commencé.
" Le premier spectacle qui s'offrit aux regards des Espagnols, ce fut la forteresse abattue. Colomb l'envoya visiter et l'on n'y trouva personne. Quand on eut pris terre, quelques hommes furent envoyés en avant, et ils n'aperçurent que quatre ou cinq Indiens, qui se mirent à fuir. Ils virent ensuite de la terre fraîchement remuée. Elle recouvrait le cadavre de plusieurs Espagnols qu'on reconnut à leurs vêtements. Sur ces entrefaites, arriva un frère du cacique qui, dans une harangue étudiée, prétendit que les Espagnols s'étaient livrés aux plus grands excès, que tous ces chefs vinrent assiéger la forteresse où il ne restait que quatre hommes avec le commandant, tous les autres ayant été tués en diverses rencontres  ; que ces cinq Espagnols se défendirent vaillamment jusqu'au moment où Caonabo s'avisa de mettre le feu en plusieurs points de la forteresse  ; que les assiégés, ne pouvant l'éteindre, se sauvèrent du côté de la mer et se noyèrent en essayant de traverser le port à la nage. " (Histoire descriptive et pittoresque de Saint-Domingue, M. de Marlès, 1850.)

Colomb et les Taïnos

Dans sa correspondance avec les rois d'Espagne, Christophe Colomb décrit ainsi les hommes qu'il vient de rencontrer sur l'île d'Espagnola et qu'il nomme alors les Indiens : " J'ai déjà vu trois de mes hommes à terre mettre en fuite une foule d'Indiens. Ils ne possèdent pas d'armes et vont tout nu. Ce sont des gens pleins d'humanité et sans méchanceté aucune. Ils aiment leur prochain comme eux-mêmes et ils ont une façon de parler qui est la plus douce du monde, toujours aimablement et avec le sourire. "

Les premiers pas de la colonie

" Colomb cherche un endroit propre à un établissement solide. Très vite, l'amiral choisit une baie à l'est du fort de la Nativité, dévasté, pour y construire une nouvelle colonie qui voit le jour le 2 janvier 1494. La Isabela, baptisée en l'honneur de la reine d'Espagne, est édifiée sur la côte nord de l'île, mais trop vite. La côte est insalubre, et les difficultés rencontrées au cours de la construction sont nombreuses. Comme il voulait se rapprocher des mines d'or du Cibao, il partit avec toute sa flotte, s'avança vers l'est et crut avoir trouvé ce qu'il cherchait à dix-huit ou vingt lieues de son ancien établissement. Une rivière d'environ cent pas de large forme un assez bon port, quoique un peu découvert du côté nord. Sur le bord de cette rivière s'élève un plateau fort haut que les rochers entourent, qui domine le port et d'où l'on aperçoit une grande partie du pays. Ce fut sur ce plateau qu'il jeta les fondements de la ville d'Isabelle, ainsi nommée en l'honneur de la reine de Castille. " (Histoire descriptive et pittoresque de Saint-Domingue, M. de Marlès, 1850.)

Les conquistadors en quête d'or ont découvert les gisements des montagnes et de la plaine du Cibao. De l'or il y en a, et de quoi attiser toutes les convoitises. Sans cesse plus exigeants, les Espagnols font pression sur les indigènes pour découvrir d'autres lieux plus riches en or. Les Indiens refusant de collaborer seront emprisonnés à La Isabela puis exécutés par les colons pour servir d'exemple. Cet épisode sonne le glas des bonnes relations entre conquérants et indigènes. Désormais la guerre est déclarée et les Espagnols font 1 500 prisonniers, dont une moitié est embarquée pour l'Espagne. Aucun ne survivra à la traversée. La résistance va s'organiser dans l'île. Les colons multiplient les expéditions, tentant sans succès de convaincre les chefs de tribus de collaborer pour trouver toujours plus d'or. Au terme d'une guerre de dix mois, les Indiens sont tous asservis. L'exploitation intensive des mines d'or démarre avec une main-d'oeuvre indienne réduite en esclavage. Entre-temps, on a abandonné La Isabela, première colonie permanente du Nouveau Monde, au nord de l'île (à l'ouest de l'actuelle Puerto Plata), au profit de La Nueva Isabela, fondée en 1496 au sud de l'île, à l'embouchure du fleuve Ozama par Bartolomeo Colomb, frère cadet de Christophe Colomb. En 1502, cette dernière est anéantie par un cyclone. Santo Domingo de Guzmán voit alors le jour sur la rive ouest du même fleuve. La future capitale de la République dominicaine est baptisée en l'honneur du saint espagnol Santo Domingo de Gúzman (1170-1221), fondateur en son temps de l'ordre dominicain.
Jalousé, critiqué pour son administration, Christophe Colomb perd peu à peu de son crédit auprès des Rois Catholiques. Exacerbées par les rivalités, intrigues et rébellions se succèdent dans la petite colonie. La cour d'Espagne est au coeur de ces intrigues, et les médisances trouvent un écho chez les Rois Catholiques, en particulier auprès de Ferdinand, qui n'a jamais été très favorable au Génois. Colomb se voit privé de son titre de gouverneur du Nouveau Monde au profit de François de Bobadilla, un gentilhomme pauvre, intéressé, ambitieux et d'un naturel très violent. Celui-ci n'aura de cesse de se débarrasser de Colomb, qu'il fait arrêter et enfermer dans la citadelle. Il entame immédiatement un procès au cours duquel Colomb est accusé de mauvaise administration, de détournements de soldes, de dureté dans le gouvernement, de guerres illégitimes... Bobadilla fait renvoyer l'amiral en Espagne avec ses frères. Ils arriveront fers aux pieds, tels des criminels.
Devant la pression de l'opinion publique, les Rois Catholiques désavouent Bobadilla et décident d'abandonner toute poursuite contre le grand amiral qui repart pour Española. Nicolas de Ovando, grand commandeur de l'ordre d'Alcantara, est le nouveau gouverneur que choisissent Ferdinand et Isabelle pour un mandat de deux années. Le 15 avril 1501, il arrive dans l'île au port de Saint-Domingue. Sous sa direction, la nouvelle capitale va se développer rapidement. Il en est l'architecte : l'île devient le centre du pouvoir espagnol, le coeur du nouvel empire où sont prises toutes les décisions concernant l'exploration du Nouveau Monde.
Christophe Colomb poursuit ses expéditions, éloigné de l'administration de la colonie par les Rois Catholiques. On l'oubliera même durant un an, de juin 1503 à juin 1504, dans l'île de la Jamaïque, où il est contraint de faire étape lors du retour de son quatrième voyage. En septembre 1504, Colomb repart pour l'Espagne, il ne reviendra plus dans le Nouveau Monde qu'il a découvert. A son arrivée au port de San Lucar, il apprend la disparition d'Isabelle, décédée le 9 novembre. Il a perdu avec elle sa seule alliée. Malgré ses efforts, il ne retrouvera pas sa charge de vice-roi et mourra en disgrâce.

Le déclin de la colonie espagnole

En 1509, Nicolas de Ovando est rappelé en Espagne et Diego Colomb, le fils de l'amiral, qui n'a cessé de revendiquer les droits de son père sur les territoires du Nouveau Monde, lui succède. Le nouveau gouverneur général perd vite le titre de vice-roi des Indes et Ferdinand, le souverain espagnol désormais seul au pouvoir, va limiter ses pouvoirs en créant à Santo Domingo une Audience royale, une cour souveraine par rapport à ses décisions. En quinze ans, Hispaniola a perdu presque la totalité de ses Indiens taïnos. Si les maladies et les épidémies les ont décimés, la rupture de leurs équilibres traditionnels et la perte de leurs repères ne sont pas étrangères à leur disparition. En effet, les Espagnols cherchaient à tout prix à reproduire leur mode de vie propre et, en particulier, à ne pas abandonner leurs habitudes alimentaires. Si les cultures de céréales et de vigne ont été des échecs, le succès de l'élevage bovin extensif a ruiné les cultures vivrières traditionnelles des Indiens. Le travail forcé des Indiennes, exigé par les Espagnols, les a détournées de leur rôle nourricier au sein des tribus. Enfin, les maladies transmises par les Européens, la petite vérole notamment, a décimé la population non immunisée. Ajoutons à ce sombre tableau que les suicides collectifs étaient une façon de protester face à l'envahisseur. Les lois de protection des Indiens, adoptées grâce au père dominicain Bartolomé de Las Casas, arrivent trop tard et ne peuvent enrayer le phénomène de disparition des Indiens. Le génocide de la population indigène obligeant les Espagnols à rechercher une autre source de main-d'oeuvre, on se tourne vers les Indiens caraïbes, mais sans succès. Commence alors l'importation des esclaves africains, principalement originaires d'Afrique de l'Ouest. Déjà acclimatés aux rudesses d'un climat tropical, ils se montrent résistants. Les esclaves sont répartis en plusieurs catégories. Les domestiques sont les privilégiés, vient ensuite la main-d'oeuvre spécialisée, puis les travailleurs agricoles. La conquête du Mexique et du Pérou offre bientôt aux Espagnols des terres plus vastes et plus riches. Ces nouvelles colonies se forment au détriment de l'île. Les intérêts économiques et politiques se déplacent vers le continent américain. L'or est finalement trop rare à Hispaniola et les gisements se tarissent. L'île se vide alors progressivement de ses Espagnols. Les colons qui restent se tournent vers l'élevage bovin et porcin et cultivent la canne à sucre. C'est alors que la concurrence d'autres colonies se fait rude. Les nouveaux territoires américains, comme le Brésil, sont riches et deviennent vite de gros producteurs de sucre. L'exode des colons de l'île s'accentue. Hispaniola n'est bientôt plus qu'une escale sur la route de territoires plus prospères. Les pays occidentaux ne possédant pas d'empire colonial tentent de s'implanter dans le Nouveau Monde en utilisant les corsaires comme tête-de-pont. Pendant cette période, Hispaniola, délaissée par les autorités espagnoles, devient la cible des pirates et le refuge des contrebandiers, qui annexent la côte nord. Progressivement, ces boucaniers se sédentarisent en établissant les premières plantations, et abandonnent la chasse aux bovins au profit de l'agriculture.

Du 11 janvier au 10 février 1586, l'Anglais Francis Drake organise la mise à sac de la capitale, pour la libération de laquelle il exige une énorme rançon. " L'année 1586 fut fatale à Saint-Domingue : le fameux François Drack (Francis Drake ndlr), non moins habile navigateur que pirate avide et entreprenant, débarqua onze cents hommes un peu au-dessus de Saint-Domingue. Les Anglais, divisés en deux corps, attaquèrent la ville et l'emportèrent en peu de temps, malgré le canon des assiégés qui se sauvèrent à la hâte par une porte que les Anglais avaient laissée libre. Le butin fut loin de répondre aux espérances que Drack avait envisagées. La citadelle tenta de se défendre, elle fut emportée d'assaut. Drack mit ensuite la ville au pillage et, le pillage consommé, il donna ordre d'abattre la ville même, faute par les habitants de payer la rançon qu'il exigeait d'eux. Les démolitions ayant commencé, les Espagnols accoururent et rachetèrent leur ville ". (Histoire descriptive et pittoresque de Saint-Domingue, M. de Marlès, 1850).

Le sermon de 1511

Ce célèbre sermon fut prononcé par Antonio de Montesinos, un prêtre dominicain de l'île d'Hispaniola qui a précédé Bartolomé de Las Casas dans la défense des droits des indiens d'Amérique dans l'empire espagnol. Montesinos y dénonce les injustices dont il a été témoin avec ce discours : " la voix qui crie dans le désert de cette île, c'est moi, et je vous dis que vous êtes tous en état de pêché mortel à cause de votre cruauté envers une race innocente. Ces gens ne sont-ils pas hommes ? N'ont-ils pas une âme ? ". Le prêtre avait commencé, à partir de 1511, à refuser les sacrements aux propriétaires d'encomienda indignes et à les menacer d'excommunication, ce qui lui aliène l'oligarchie locale, en particulier le gouverneur Diego Colomb, le fils de Christophe Colomb. Le dirigeant de la mission dominicaine, Pedro de Cordoba, fut sommé par les autorités de livrer Antonio de Montesinos, mais refusa, affirmant qu'il avait exprimé le sentiment unanime de la communauté. En représailles, le gouverneur fit couper les vivres aux dominicains et dépêcher un courrier au Roi pour qu'il fasse immédiatement cesser ce scandale ; le supérieur des franciscains étant envoyé en ambassade pour porter la dénonciation contre les dominicains. Montesinos est finalement invité à se rendre auprès de Ferdinand de Castille pour lui faire un rapport sur le sort réservé aux Indiens. Touché, le roi décide de réunir une assemblée de théologiens et de juristes dont le travail est à l'origine des lois de Burgos (27 décembre 1512) qui réduisent le travail forcé des indigènes à 9 mois par an et contraignent les encomenderos à évangéliser les Indiens. Ces lois ne sont cependant pas bien respectées. Une imposante statue de Montesinos trône aujourd'hui à Santo Domingo, au sud de la zone coloniale, le long du Malecón.

La domination française

Malgré l'absence d'or, l'île subsiste grâce au commerce de bois, de sucre, de tabac, de coton et de gingembre. Mais le souverain espagnol réglemente fermement le commerce avec les autres puissances européennes, ruinant petit à petit l'économie vacillante de l'île. C'est le moment choisi par la France pour essayer de grignoter l'hégémonie espagnole. Les Français débarquent sur l'île de la Tortue, à quelques encâblures de la côte nord, et sur toute la partie ouest de Saint-Domingue, à partir de 1655. Cette implantation est facilitée dès 1603 par une décision du gouvernement espagnol. On regroupe tous les colons dans les alentours de la ville de Saint-Domingue afin d'éviter les trafics avec les contrebandiers, qui se révèlent bien plus lucratifs pour les habitants que le commerce avec l'Espagne. Malgré cette occupation illégale, les Français placent l'île sous le commandement de la Compagnie des Indes, et Bertrand d'Oregon de la Bovère en est nommé gouverneur. En 1697, l'Espagne reconnaît l'occupation française. Le traité de Ryswick officialise son contrôle de la partie occidentale de l'île, qui devient la colonie française de Saint-Domingue. La partie orientale de l'île reste possession espagnole sous le nom de Audienca Española de Santo Domingo. Le 3 juin 1777, le traité d'Aranjuez fixera les frontières entre les deux colonies.
L'histoire de l'île va être désormais liée à celle de la Révolution française, et 1791 marque le début de l'insurrection des esclaves dirigée par Toussaint Louverture. La révolte éclate le 23 août 1791. Le 29 août 1793, leur affranchissement est proclamé par la Convention. En Europe, l'Angleterre et la France sont en guerre. Profitant du désordre, la perfide Albion s'est alliée à l'Espagne pour occuper l'île. Des troupes venues de Jamaïque vont aider les Noirs dans leur lutte contre les Français. Le sud est rapidement conquis par les Anglais tandis que les Espagnols occupent la partie nord. La colonie française est prise en étau. Toussaint Louverture, un ancien esclave devenu le chef du mouvement insurrectionnel, choisit son camp. Allié aux Français, il chasse Anglais et Espagnols au terme d'une lutte sanglante. Il devient gouverneur de la partie occidentale en 1795 après l'avoir pacifiée. Cette même année s'ouvre l'ère de la France : le traité de Bâle rattache la partie espagnole de l'île à la France, qui possède alors la plus riche colonie européenne du Nouveau Monde avec 500 000 esclaves pour 30 000 colons.
En 1801, Toussaint Louverture fait adopter une nouvelle constitution, contre l'avis de Napoléon. La France envoie des troupes pour reprendre le contrôle, mais l'expédition tourne à la déroute et les pertes en hommes sont énormes. En 1802, Toussaint Louverture, dont le mode de gouvernement est jugé trop autonomiste, est ramené prisonnier à Paris où il mourra un an plus tard. La partie orientale de l'île redevient espagnole. Cependant, la république d'Haïti est proclamée le 1er janvier 1804. Haïti est le premier pays à se libérer du colonialisme. Un ancien esclave, Jean-Jacques Dessaline, en devint l'empereur.

La naissance de la République et les occupations successives

En 1805, les armées haïtiennes envahissent la partie orientale de l'île désormais espagnole. Mais la bataille de Palo Hincado, en 1809, marque la victoire des armées espagnoles, aidées de la marine britannique, sur les Haïtiens. Suit une brève période d'indépendance dans l'histoire dominicaine, connue sous le nom de La España Boba, au cours de laquelle la métropole abandonne progressivement sa colonie. Cette période prend fin avec la déclaration d'indépendance de José Nuñez Cacéres, le 4 novembre 1821, et la naissance de l'Etat indépendant d'Haïti espagnol le 10 décembre. Indépendance éphémère, car, en janvier 1822, la jeune République est de nouveau annexée par les troupes haïtiennes du président Jean-Pierre Boyer, qui déclare l'île une et indivisible. Elle restera sous domination haïtienne pendant vingt-deux ans, jusqu'en 1844. A cette date, l'île est définitivement séparée en deux parties. L'indépendance est déclarée à la Porte du Condé, et la partie ouest prend le nom de République dominicaine le 27 février 1844.

Les trois pères de la patrie, Juan Pablo Duarte, Francisco del Rosario Sanchez et Ramón Matias Mella, ont réussi à libérer le pays de la domination haïtienne grâce à l'efficacité de leur société secrète, la Trinitaria, créée le 16 juillet 1839, et dont les membres étaient principalement issus de la bourgeoisie. Juan Pablo Duarte a conçu l'idée de cette société pendant son service dans l'armée haïtienne. Il sillonnera le pays pour recruter des adeptes et des conjurés. Le 9 juin 1844, Duarte, aidé de plusieurs militaires de haut grade, se soulève contre la junte haïtienne. Il sera élu président de la République, mais les rivalités politiques apparaissent très vite. Le général Santana, appuyé par l'armée, marche sur la capitale et s'empare du pouvoir. Le 22 août 1844, Duarte est destitué et s'exile au Venezuela.
La lutte pour le pouvoir opposera pendant les vingt-cinq années suivantes les généraux Pedro Santana et Buenaventura Báez. En 1861, face aux volontés expansionnistes d'Haïti et sur la demande du président dominicain Pedro Santana, le pays redevient une colonie espagnole pour quatre années. Une nouvelle rébellion éclate contre cette domination. Le 16 août 1863, dans les montagnes de Capotillo, la restauration de la République est proclamée. La guerre de la Restauration a commencé, menée par le général Gregorio Luperón. Elle se terminera par la déroute des armées espagnoles en 1865. La Deuxième République est née. Mais la nouvelle indépendance est encore fragile. A tel point qu'en 1869 le président Báez propose l'annexion de son pays à son grand et puissant voisin, les Etats-Unis d'Amérique. Mais, si la fiancée n'est pas sans charme, elle n'en possède pas assez pour séduire les Etats-Unis. Le Sénat américain refuse l'offre et la République reste livrée à elle-même. Suivent des années de luttes fratricides pour le pouvoir, de chaos politique et de problèmes économiques. La dictature du président Ulises Heureaux ensanglante le pays de 1884 jusqu'à son assassinat à Moca en 1899. En 1916, le débarquement des marines américains préfigure la mainmise des Etats-Unis sur le pays. L'économie est totalement réorientée selon les besoins spécifiques des Etats-Unis. De puissantes compagnies américaines s'implantent, annexant les productions agricoles et minières. Un gouvernement militaire est mis en place jusqu'en 1924. La République dominicaine est devenue un satellite des Etats-Unis.

L'ère de Trujillo ou trois décennies d'une dictature sanguinaire (1930-1961)

La IIIe République naît avec l'élection d'Horacio Vásquez. Il gouvernera jusqu'en 1930, date à laquelle il est chassé du pouvoir par un coup d'Etat. Cette même année, commence le règne de Trujillo, militaire largement soutenu par les Etats-Unis. Les douanes et l'administration resteront jusqu'en 1940 sous contrôle américain, le temps pour les Etats-Unis de consolider le pouvoir du dictateur en place.

" Son Excellence le généralissime docteur Rafael Leonidas Trujillo Molina, Honorable Président de la République, Bienfaiteur de la Patrie et Reconstructeur de l'Indépendance Financière ", c'est tout simplement la formule officielle qui désigne le nouveau dictateur arrivé au pouvoir grâce au coup d'Etat militaire du 11 avril 1930. Général et chef de l'armée dominicaine, Trujillo évince le premier président de la République, librement élu en 1924, Horacio Vásquez. Mégalomane absolu, il établit l'une des dictatures les plus tyranniques et les plus répressives de l'Amérique latine. Ses méthodes de gouvernement s'appuient sur l'armée et la police, tandis que les calies, membres de son réseau personnel d'indicateurs, sèment la terreur dans toute la population. Peu à peu, toutes les libertés individuelles disparaissent et l'opposition politique est muselée, quand elle n'est pas liquidée. Pour lutter contre l'émigration haïtienne, l'assassinat de près de 20 000 Haïtiens est perpétré en 1937. Comme tous les dictateurs, Trujillo entretient le culte de sa personnalité. Il fait de l'île sa propriété privée, la parsème de deux mille statues à sa gloire et rebaptise la capitale Ciudad Trujillo. Il impose les initiales de son auguste nom à l'usage du seul et unique parti politique : le RLTM pour Rectitude, Liberté, Travail, Moralité. Les documents officiels sont datés de l'année de l'ère Trujillo. Pour que le peuple sache que sa lignée ne s'éteindra pas, il nomme son fils de 4 ans colonel de l'armée ! Pour consolider ses acquis personnels, le Bienfaiteur de la Patrie fait main basse sur la quasi-totalité des entreprises du pays, mines, raffineries de sucre, scieries... A sa mort, sa fortune sera estimée à quelque 800 millions de dollars.
Cependant le bilan ne sera pas complètement négatif. Le commerce extérieur étant florissant, la dette extérieure américaine est remboursée, tandis qu'une première vague de grands travaux (barrages et routes) améliore notablement les infrastructures du pays. Mais ce n'est pas suffisant pour faire taire les voix internationales et dominicaines qui s'élèvent contre lui. Le 12 mars 1956, il fait enlever, à New York, Jesus Galíndez, réfugié politique espagnol représentant du gouvernement basque en exil, auteur d'une thèse L'Ere de Trujillo, qui est retrouvé assassiné. Cette disparition est largement dénoncée par la presse et l'opinion internationale. En août 1960, Joaquín Balaguer, ancien secrétaire d'Etat, remplace Hector Trujillo, le frère du dictateur, à la présidence de la République. Un complot ourdi par de nombreux anciens collaborateurs, militaires et politiques, dont certains se sont sali les mains en servant le régime, mettra fin au règne du tyran Trujillo qui manipule dans l'ombre ses présidents fantoches (lire à ce sujet l'excellent roman de Mario Vargas Llosa, La Fête au bouc). Le généralissime meurt assassiné, criblé de balles dans sa voiture sur la route de San Cristóbal, dans des circonstances jamais totalement élucidées la nuit du 30 mai 1961.

Figures historiques de l'ère Trujillo

Rafael Leonidas Trujillo Molina (1891-1961). " Le tronc de l'arbre généalogique de Trujillo est bien connu  ; deux personnages y figurent : l'un est un militaire espagnol, l'autre est un marquis français. Tous deux furent des conquistadores qui arrivèrent en Amérique portant la cape, l'épée et le panache, une croix sur la poitrine ". C'est par ces mots que commence la biographie officielle de Trujillo... On s'est employé à rabaisser les origines de Trujillo, mais on s'accorde sur l'identité de ses grands-parents et de ses parents. Son grand-père paternel était un officier de la police secrète espagnole pendant les quatre années où le pays fut annexé (de 1861 à 1865). En 1865, il partit pour Cuba où il devint le chef de la police de La Havane. Il l'était toujours lorsque les patriotes cubains libérèrent l'île en 1898. Il repartit alors pour l'Espagne, laissant son fils José dans la ville de San Cristóbal, fils qu'il avait eu en 1865 d'une fille de famille créole, Silveria Valdez. Le grand-père maternel de Trujillo, Pedro Molina, était dominicain. Il épousa une fille d'Haïtiens qui engendra Julia Molina en 1865. José Trujillo et Julia Molina se marièrent en 1885. Ils eurent 4 filles et 7 fils, dont Rafael Leonidas qui naquit le 24 octobre 1891. Vers 16 ans, il obtint son premier travail comme télégraphiste. Certains se plaisent à ironiser sur le titre qu'il se donnera plus tard de benefactor, bienfaiteur de la patrie, en référence à son premier emploi. Sa carrière militaire est fulgurante. En janvier 1919, il obtient de servir pour le gouvernement militaire américain. En décembre 1921, il sort de l'école militaire de La Haina avec son diplôme d'officier en poche. En 1922, il est promu capitaine, en 1924 commandant, et en 1925 il est nommé colonel et chef de la police par le président Horacio Vásquez, dont il prendra la place en 1930 à la suite d'un coup d'Etat, origine de son épopée despotique. Durant 31 ans, il dirigera d'une main de fer le pays, éliminant toute opposition politique réelle. Les personnes assassinées, arrêtées arbitrairement et torturées se comptent en dizaines de milliers. Trujillo profita de ce pouvoir sans partage pour se forger une fortune colossale grâce à l'acquisition par la menace ou la contrainte de nombreuses entreprises et propriétés terriennes. Longtemps soutenu par les Etats-Unis pour son aversion du communisme, il refusera plusieurs fois de se retirer pacifiquement du pouvoir, à la demande du voisin américain. Ces derniers décident alors de laisser les opposants au régime agir. Le 30 mai 1961, sur la route reliant Saint-Domingue à San Cristóbal, la voiture de Trujillo tombe dans une embuscade où il mourra, l'arme à la main, le corps criblé de plusieurs balles. Ses obsèques ont lieu le 2 juin 1961 au Palais National après une longue procession rassemblant des milliers de personnes. Après avoir été tranférés un temps au cimetière du Père-Lachaise à Paris, ses restes reposent désormais dans un petit village modeste en banlieue de Madrid.

Joaquín Balaguer (1906-2002). Né à Navarrete, avocat, poète, politicien, ancien ministre de Trujillo, il a terminé son huitième mandat consécutif en 1996. Fondateur du PRSC (Parti réformiste social-chrétien) ou Colorado (rouge), il obtint son doctorat de droit à la Sorbonne au début des années 1930. Ecrivain prolifique, il a publié ses premiers vers en 1922, ainsi qu'une Histoire de la littérature dominicaine, oeuvre de référence. Il fut professeur à l'Ecole normale, avocat, ambassadeur, ministre. Il était président de la République quand survint l'assassinat de Trujillo. Il est revenu au pouvoir en 1966 et s'y est maintenu depuis, après une courte interruption. Malgré son grand âge qui en fait le doyen des présidentiables, il a été réélu pour deux ans à la présidentielle de mai 1994. Il s'est même représenté à 93 ans à l'élection de mai 2000, à laquelle il est battu bien qu'il ait remporté 25 % des voix.

A la recherche de la démocratie

La révolution cubaine bat alors son plein et l'influence de cette proche voisine se fait sentir dans la vie politique et sociale dominicaine. Après l'intermède Balaguer, Juan Bosch Gavino, le leader du Parti révolutionnaire dominicain, d'obédience socialiste, arrive au pouvoir en 1962, au terme d'un exil de vingt-cinq années. Soupçonné de sympathies communistes, il est renversé par l'armée et l'extrême-droite, et chassé du pouvoir six mois plus tard. Un triumvirat, présidé par Donald Reid Cabral, lui succède. Les partisans de Juan Bosch s'insurgent et conduisent le pays au bord de la guerre civile. Le 24 avril 1965, alors qu'un soulèvement de masse désorganise les milieux gouvernementaux, une armée populaire bat l'armée de Wessin y Wessin, qui demande l'aide des Etats-Unis. Ceux-ci décident d'intervenir, échaudés par l'exemple cubain et la menace communiste qui se profile.

La dernière intervention américaine a lieu fin mai 1965. 40 000 soldats occupent l'île sous prétexte de protéger leurs ressortissants. Les Américains publieront une liste de 53 militants communistes arrêtés pour justifier cette opération interventionniste. D'avril à septembre 1965, le pays va connaître sept gouvernements successifs avant que les Etats-Unis n'y imposent le gouvernement provisoire du président Hector Garcia Godoy. En 1966, les élections ramènent au pouvoir Joaquín Balaguer. Il y restera jusqu'en 1978, prônant une politique pro-américaine, anticommuniste, autoritaire et répressive, ayant pour but de revitaliser l'économie. Une vague d'émigration dominicaine à destination de l'Europe, mais aussi de Cuba et d'autres pays d'Amérique latine, laisse exsangues les milieux politiques de gauche et dévitalise la vie politique dominicaine. Les Etats-Unis reprennent leur double rôle de banquier et de tuteur politique. Différents présidents se succèdent : Antonio Guzmán, Salvador José Blanco... et Balaguer qui revient au pouvoir en 1986. Son programme politique peut se résumer ainsi : austérité budgétaire, réduction des dépenses publiques, autofinancement, développement des grands travaux et des secteurs prioritaires comme l'agriculture, la construction, les zones franches industrielles et le tourisme. Agé de 89 ans et pratiquement aveugle, Balaguer, après avoir annoncé le 25 février 1993 qu'il ne briguerait pas un septième mandat, revient sur ses déclarations et est réélu président en 1994 au nom du PRSC (Parti réformiste social-chrétien). Toutefois, les résultats électoraux sont largement contestés par les partis d'opposition, et le président Balaguer est discrédité aux yeux de l'opinion internationale. En effet, le candidat Peña Gómez était largement en tête des premières estimations quand une panne d'électricité nationale modifia les résultats du dépouillement électoral. Pour apaiser la grogne internationale et la violence mal contenue dans le pays, un accord fut trouvé, laissant la présidence à Balaguer pendant deux années et fixant des élections exceptionnelles en 1996.

La République dominicaine aujourd'hui

La campagne électorale de 1996 mobilisa le pays pendant presque trois ans, ce qui bloqua quelque peu les décisions d'ordre économique, politique et administratif. Ces élections furent surveillées par de très nombreux observateurs internationaux. Peña Gómez, malgré son avance dans tous les sondages, ne remporta pas cette élection, ce qui fit dire à ses militants qu'il y avait eu de nouvelles fraudes électorales. Le président élu, Leonel Fernandez, alors âgé de 43 ans, est issu du parti de Juan Bosch, ancien opposant de Balaguer. Pour gagner ces élections, il avait réalisé une coalition avec le président déchu, acceptant de reprendre un certain nombre de ministres et de fonctionnaires de l'ancienne administration. Ce jeune avocat, fils spirituel de l'un des leaders politiques les plus respectés du pays, a donné un nouvel élan au pays. Processus de privatisation de pans entiers de l'économie, modernisation des réseaux routiers, des transports, le bilan de l'administration Fernández est positif, le produit intérieur brut progresse d'ailleurs de 8 % durant son mandat. Mais en 2000, c'est Hipolito Mejia qui prend la relève, avant le retour de Leonel Fernandez en 2004, qui sera encore une fois réélu en 2008 avec avec 53,83 % des voix, contre le candidat du Parti révolutionnaire dominicain Miguel Vargas Maldonado.

Les élections législatives se sont tenues en 2010 et ont vu la victoire du PLD du président Leonel Fernández remportant 105 sièges sur les 183. Le mandat des députés va durer exceptionnellement 6 ans car suite au changement de la constitution, les élections législatives doivent désormais coïncider avec l'élection présidentielle. En mai 2012, Danilo Medina remporte l'élection présidentielle en devançant dès le 1er tour l'ex-président Hipolito Mejia avec 51,21 % des voix. Danilo Medina indique que ses priorités étaient d'élever le niveau de vie des Dominicains et de réduire la pauvreté, qui touche un tiers de la population, d'améliorer l'agriculture et les infrastructures et de travailler à un traité de libre-échange avec le voisin Haïti. Lors de son mandat plusieurs grands chantiers on été effectués, notamment en terme d'infrastructures routières. Malheureusement, les inégalités et la corruption sont restés d'actualité.

Au niveau de la politique extérieure, la loi limitant l'immigration haïtienne votée en 2013 a suscité de vives critiques de la part de la communauté internationale. Le changement de la loi régulant l'obtention de la nationalité dominicaine a dépossédé des milliers d'Haïtiens de leurs papiers, et fait de nombreux apatrides. Un fort sentiment nationaliste et anti-haïtiens a accompagné ces événements.

Réélu en mai 2016 dès le premier tour avec 61,8 % des voix, Danilo Medina a profité des bons résultats économiques du pays ainsi que de la réduction notable de la pauvreté sous son premier mandat. Son parti a en revanche reculé lors des élections législatives qui se déroulaient au même moment que la présidentielle.

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