Guide des Pays Baltes : Mode de vie

Vie sociale
<p>Passage Sainte-Catherine (Kathariina Käik).</p>

Passage Sainte-Catherine (Kathariina Käik).

Comparés aux Latins expansifs et agités, les habitants des pays Baltes apparaissent plutôt calmes, discrets, réservés et modestes. Ce qui peut s'expliquer par les conditions difficiles et l'univers contraignant dans lesquels ils ont évolué et qui semblent avoir amplifié ces traits de caractère. Tout comme les Nordiques, les Baltes apparaîtront froids et ne se lieront avec autrui qu'après d'amples précautions. Ne vous attendez pas par conséquent à des démonstrations amicales exubérantes, le Balte reste très mesuré, trop peut-être... Peu communicatif, il demeure relativement neutre vis-à-vis de l'étranger, allez de préférence vers lui car il n'est généralement guère disposé du fait de sa nature à faire le premier pas.

Attachement à la nature

Autre trait de caractère, le rapport quasi affectif qu'ils entretiennent tous (même les citadins) avec la nature. Ces derniers peuples païens christianisés en Europe ont gardé de leur lointain passé des coutumes et traditions. Ainsi les fleurs, par exemple, accompagnent toutes les relations humaines (et l'on trouve des vendeurs de fleurs un peu partout car on s'en offre souvent). Pour les citadins, tous les prétextes sont bons pour aller en forêt ramasser des champignons ou des fraises, faire une partie de pêche, se promener ou aller se baigner dans les lacs quand la saison y est propice.

Les cicatrices de l’occupation soviétique

Il existe également un très fort attachement à leur pays et au folklore, qui s'explique en grande partie par ce destin déchiré au cours de l'histoire et la volonté de l'URSS de détruire toutes racines. Il faut également rappeler que les cinquante années d'occupation soviétique ont sclérosé, muselé, et assombri l'esprit des lituaniens.

Des habitudes héritées du système passé restent présentes dans les mentalités - surtout chez les deux dernières générations, c'est-à-dire les 30/70 ans qui n'ont connu que cette période de l'histoire de leur pays - et même si tous cherchent à oublier ce trop long épisode, des années seront encore nécessaires pour que les traces disparaissent. L'indépendance est récente et l'avenir appartient désormais surtout aux plus jeunes générations.Toutefois, depuis quelques années déjà, les gens semblent avoir retrouvé le sourire et l'envie de s'amuser, de sortir... Car, même si les conditions économiques sont loin d'être satisfaisantes pour tous (il y a les nombreux laissés-pour-compte de l'indépendance et de la crise économique frappant désormais le pays), l'atmosphère pesante et pessimiste de l'époque soviétique a disparu. Seule la population russophone demeure attachée moins à l'ancien régime qu'aux symboles et aux souvenirs qu'ils véhiculent, d'où parfois des situations de heurts sérieux comme en Estonie en 2007 suite au déplacement d'une statue de bronze d'un soldat de l'armée Rouge.

La place de la femme

Dans les pays Baltes, la femme est souvent le véritable " homme fort " de la nation, de la famille ou du couple. La tradition y est matriarcale et la femme y dispose d'un degré de liberté et de choix bien supérieur à celui des pays slaves. Les femmes peuvent être chauffeur de bus, peintre en bâtiment, chef d'entreprise ou politicienne. Milda, la jeune fille représentée au sommet du Monument de la Liberté à Rīga, est l'équivalent de notre Marianne nationale.

Tempéraments nationaux

Le stéréotype veut que les Lituaniens soient un peuple émotif, parfois exalté, comparé à leurs voisins du Nord. Ils deviennent aussi facilement irritables si vous les jugez trop hâtivement. Pendant le conflit pour l'indépendance au début des années 1990, la Lituanie a acquis une renommée et une sympathie mondiale pour son duel " David contre Goliath " avec Moscou. Beaucoup ont considéré la Lituanie comme la plus courageuse des anciennes Républiques soviétiques, la seule uniformément peu disposée à plier ses principes face aux menaces russes. Cette endurance face au climat ainsi qu'à l'adversité se retrouve dans le caractère quotidien du Lituanien avec cette inertie palpable lors de contacts avec la population.

Grands militaires, ils firent pièce jusqu'à sa disparition au puissant ordre Teutonique et étendirent la Lituanie du XVe siècle en un empire touchant les rives de la mer Noire ; elle a inclus de grandes régions de l'Ukraine actuelle, de la Biélorussie et de la Russie. Cette grande histoire mène quelques chefs lituaniens à agir singulièrement comme s'ils représentaient toujours une grande puissance.

Enfin, sans tomber dans les clichés, on pourrait dire que la Lituanie est le plus rural des trois pays Baltes. Ce passé agraire plus fort que celui de ses deux voisins se traduit même dans les grandes villes comme Vilnius par une certaine rusticité dans le comportement comme dans les interactions humaines.

En aparté, il faut noter qu'en dépit de cette endurance qui leur a permis de passer les siècles les Lituaniens sont les champions du monde du suicide. Le taux de suicide est très fort dans les campagnes (50 % de plus qu'en milieu urbain), et très fort chez les personnes âgées et chez les jeunes de sexe masculin.

Plus citadin et international que ses voisins Tallinn et Vilnius, Rīga (la plus grande et la plus industrialisée des trois capitales) est un port de longue date destiné au commerce extérieur (depuis l'époque de la Hanse), ce qui a favorisé son ouverture sur le monde. Les Lettons n'en gardent pas moins un caractère très imprégné de culture scandinave. Ainsi ils pourront paraître très froids et distants alors même qu'ils vivent le moment le plus exaltant de leur vie. On retrouvera pourtant les mêmes, dansant avec une fantaisie et une énergie folle, sur la piste de danse du club du coin, sans se soucier de la convenance et du rythme de la mélodie.

Reflets de leur position géographique, les Lettons oscillent étonnamment entre le feu et la glace, de fait ils sont le peuple le plus vivant des trois républiques et les plus abordables par les visiteurs de passage. Cependant attention, un jour ils partiront sans vous saluer, et le lendemain ils vous accueilleront avec l'effusion que l'on réserve à son meilleur ami. Pour mieux comprendre ces paradoxes, il faut garder l'histoire du pays à l'esprit. La toute fraîche indépendance a provoqué le renouveau de l'identité nationale, si longtemps opprimée, et donne aux Lettons la fierté d'un peuple jeune qui a rejoint la cour des grands.

Avec l'économie qui s'améliore et leur entrée dans l'Union européenne, les Lettons sont devenus plus confiants. Mais cette nouvelle confiance ne s'accompagne pas d'une arrogance aussi manifeste qu'en Estonie. Le Letton est un peu plus facile à vivre et le sourire lui vient plus facilement et naturellement que son voisin. Dans son livre, La Révolution balte, Anatol Lieven décrit les Lettons comme suit : " La Lettonie est une nation indéterminée, chevauchant de manière instable entre ses deux voisins plus décisifs... Les Lettons se considèrent comme des rêveurs avec un bon sens pratique... Ils sont considérés par les autres Baltes comme ayant la capacité rare de croire deux choses contradictoires en même temps... "

Le caractère des Estoniens a inévitablement été façonné par l'histoire du pays et l'environnement naturel. S'ils sont introvertis et taciturnes durant les longs et sombres hivers, les beaux jours leur donnent l'inspiration des grands festivals de chants. Les Estoniens sont réputés être têtus et avoir tendance à ne pas se laisser impressionner par le premier venu. Ernest Hemingway a écrit que dans chaque port du monde, on peut trouver au moins un Estonien ; il voulait parler de l'esprit d'entreprise qui anime ce petit peuple.

Le sens de l'amitié est très fort chez les Estoniens, ne le sous-estimez pas ! Ainsi, lorsque vos compagnons locaux vous inviteront à porter un toast à tout et n'importe quoi, ne refusez jamais et ne manquez pas de regarder chaque personne de l'assistance dans les yeux en trinquant. Sans quoi vous risqueriez de vexer très profondément vos nouveaux amis.

Tout comme les Lituaniens et les Lettons, les Estoniens sont très attachés à la nature qui les entoure. Les fleurs sont ainsi particulièrement présentes dans la vie quotidienne. Pour un rendez-vous galant ou non, que ce soit avec sa mère ou sa petite amie, un Estonien ne manquera jamais de se présenter au moins avec une fleur. Les fleurs s'offrent toujours en nombre impair et souvent emballées dans du papier. Même entre hommes, à l'occasion d'un anniversaire ou d'une célébration, les fleurs seront bien accueillies. De nombreux kiosques de fleuristes quelquefois même ouverts 24h/24 et 7j/7 ponctuent les rues des villes estoniennes.

Le 1er septembre, jour de la rentrée des classes, les enfants dans leurs plus belles tenues se présentent à l'école avec des bouquets destinés aux professeurs. Pour les citadins, tous les prétextes sont bons pour aller en forêt ramasser des champignons, des myrtilles, des canneberges ou encore des noisettes et des fraises des bois. Eté comme hiver, les villes se vident le week-end et chacun rejoint la petite maison de campagne familiale (souvent une simple cabane en bois) pour s'adonner aux joies du plein air et du sauna traditionnel.

Ainsi la fête de la Saint-Jean dont l'origine païenne célèbre le retour du soleil reste un des points forts de l'année. En famille ou entre amis, les Estoniens passent alors la nuit à chanter, à danser et à profiter de cet instant d'harmonie avec la nature. 83 % des Estoniens déclarent avoir physiquement besoin de nature au moins une fois par semaine.

Religion
<p>La Colline des Croix près de Šiauliai.</p>

La Colline des Croix près de Šiauliai.

La tolérance religieuse
<p>L'Université de Vilnius et l'église Saint-Jean.</p>

L'Université de Vilnius et l'église Saint-Jean.

Malgré l'importante diversité des religions représentées dans les pays Baltes, on remarque une grande tolérance religieuse, dont témoigne le partage fréquent des lieux de culte entre les différentes confessions. Enfin, le paganisme et la croyance dans les forces de la nature sont toujours très présents dans les mentalités, comme le prouve chaque année, au mois de juin, la célébration très suivie des feux de la Saint-Jean.

La religion sous le régime soviétique

Le régime soviétique avait condamné les trois Etats baltes à l'athéisme forcé et tout ce qui avait rapport à la religion avait été banni de la société : les prêtres étaient déportés ou persécutés, les biens de l'Eglise nationalisés, les lieux de culte fermés et transformés en musées ou en planétariums... Ce faisant, les Soviétiques ont paradoxalement préservé les traditions anciennes, païennes, qu'ils considéraient comme inoffensives puisque simple folklore, tout en concentrant leurs efforts envers les religions monothéistes.

Le renouveau religieux de l’indépendance
<p>Aušros Vartai, porte de l'Aurore.</p>

Aušros Vartai, porte de l'Aurore.

Cinquante années de domination soviétique ont engendré un très fort sentiment religieux. Dès la fin de l'URSS, les Estoniens ont pu reprendre au grand jour leurs pratiques religieuses. De nouvelles congrégations jusqu'alors interdites se sont installées (baptistes évangélistes, Eglise adventiste du Septième Jour, pentecôtistes, témoins de Jéhovah) ainsi que des sectes (Krishna, Moon). Aujourd'hui encore, les églises de tout culte ne désemplissent pas, comptant sur leurs bancs des hommes, femmes et enfants de tout âge et tout niveau social.

Estonie et Lettonie, majoritairement protestantes

La Lettonie a été christianisée assez tardivement. Aujourd'hui, le protestantisme luthérien est la religion la plus importante. Les catholiques sont concentrés à l'est du pays, en Latgale (influence polonaise). L'Eglise orthodoxe trouve ses fidèles dans l'importante communauté russophone. La Lettonie compte également six communautés juives.

Quant à la religion dite " ancienne " (ou, en letton, Dievturiba), qui ressemble fortement à celles des Celtes, elle est encore très présente. Il en va de même des traditions quotidiennes. Le point fort de ses cérémonies est le solstice d'été (Ligo, durant le week-end le plus proche du 24 juin). Les vivre sur un des lieux saints anciens (Drusti en Lettonie) vaut largement un séjour de quelques jours. L'être mythique principal du paganisme letton, notamment chanté dans les chansons folkloriques, est Dievs - Dieu, dans lequel sont combinées des notions pré-chrétiennes et chrétiennes. Dievs reste avec les hommes tout au long de leur vie, mais la déesse Laima est celle qui décide principalement du destin d'un homme. Laima et la déesse Māra sont les principales protectrices des filles orphelines, jeunes mariées, femmes enceintes et des femmes en général. Dans les chansons folkloriques, la nature est personnifiée par plusieurs personnages maternels, dont les principaux sont : Vēja māte - la Mère des vents, Meža māte - la Mère Forêt et Jūras māte - la Mère des flots. Le royaume des morts est régi par Zemes māte - la Mère Terre ou Veļu māte - la Mère des âmes.

L'Estonie est considérée comme le moins religieux des trois pays baltes. Les cultes les plus pratiqués en Estonie sont, dans l'ordre d'importance, la religion luthérienne, orthodoxe et baptiste. De la période de domination soviétique on retiendra un personnage important qui a marqué l'histoire de la ville de Tallinn : l'évêque Alexi. Il fut nommé en 1962 à l'âge de 32 ans. Fils d'un vieil aristocrate allemand et d'une Russe pure souche, il a grandi dans un environnement bilingue, ce qui a poussé les autorités à s'intéresser à lui. Il a notamment protégé de l'expulsion les religieuses du couvent de Kuremä. Dans les années 1980, il a tenu un rôle important à la conférence des églises d'Europe. La confession orthodoxe est représentée par la communauté russophone de l'Estonie. En 1997, l'Eglise orthodoxe a été officiellement reconstituée derrière l'archevêque d'Helsinki.

Lituanie : des sites païens au catholiscisme

Les Lituaniens, de forte tradition païenne, idolâtrant les forces de la nature, ont été les derniers peuples d'Europe à être christianisés de force, dès le XIVe siècle, par le Grand Duc Mindaugas, du fait de son alliance avec la Pologne catholique. L'appartenance à l'Empire tsariste y a apporté la religion orthodoxe, déjà implantée en Lituanie depuis le XIVe siècle à la suite de son rapprochement avec Byzance. Il faut souligner également la présence importante de la religion juive en Lituanie, Vilnius était appelé la " Jérusalem du Nord " jusqu'à la Seconde Guerre mondiale. Après l'extermination de la population juive par les nazis (250 000 personnes), elle reprend peu à peu de son influence depuis l'indépendance.

La Lituanie est sûrement le plus religieux des pays Baltes. Les Lituaniens étaient encore païens jusqu'au XIVe siècle, quand ils adoraient Perkūnas, le dieu du Tonnerre. Ensuite, ils devinrent des catholiques loyaux, mais beaucoup parlent avec une teinte de regret de la perte de leurs rituels païens. Les catholiques y sont majoritaires (80 %) comme chez sa voisine la Pologne. L'Eglise orthodoxe y est représentée, de même que le sont les luthériens, les évangélistes, les baptistes, l'islam et le judaïsme. L'Eglise, en Lituanie, est séparée de l'Etat et les adeptes de toutes les religions y sont égaux devant la loi. Depuis l'indépendance, et afin de refaire de Vilnius un des centres religieux importants d'Europe, les Eglises (catholiques en particulier) ont bénéficié de nombreux subsides. Symbole de cette renaissance, le voyage officiel que le pape Jean-Paul II a fait en Lituanie, en 1993.

Pourtant, jusqu'à leur christianisation tardive, les Lituaniens, comme tous les peuples baltes, vénéraient les forces de la nature. Autour de Dievas, le dieu-père, les divinités étaient nombreuses, représentant chaque élément et phénomène naturel. La plus populaire de ces figures est probablement Perkūnas, le dieu du Tonnerre, encore célébré aujourd'hui par la présence de totems. Les Lituaniens vénéraient aussi le feu (la pratique de la crémation était courante). A lire, l'ouvrage d'Algirdas Julien Greimas sur la mythologie lituanienne, Des dieux et des hommes, publié aux PUF. Initiant un mouvement de fond dans l'Europe, les Lituaniens ont accueilli en 1998 le premier rassemblement mondial des religions ethniques (World Congress of Ethnic Religions).

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