Guide des Pays Baltes : Histoire

Chronologies

Lituanie

1009> Le nom de Lituanie apparaît pour la première fois dans les chroniques allemandes de Quedlinburg.

XIIIe siècle> Le premier roi lituanien, Mindaugas, couronné en 1253, unit les peuples de la région pour lutter contre les chevaliers germaniques et fonde le Grand Duché de Lituanie. La cathédrale de Vilnius est construite lors de son règne.

XIVe siècle> Le Grand Duc Gediminas fonde Vilnius en 1323. Face à la menace des chevaliers Teutoniques à l'ouest, et des Russes à l'est, le Grand Duc Jagellon se rapproche de son voisin polonais en se mariant, en 1385, avec la reine Jadwiga et se convertit avec son pays au catholicisme. De 1386 à 1572, les deux royaumes seront réunis.

XVe siècle> Une coalition polono-lituanienne écrase les chevaliers Teutoniques à la bataille de Tannenberg ou Grunwald (Zalgiris pour les Lituaniens), en 1410. C'est l'apogée du Grand Duché de Lituanie sous le règne de Vytautas le Grand (jusqu'à sa mort en 1430). Le pays, qui s'étend alors de la Baltique jusqu'à la mer Noire, recouvrant une partie de l'Ukraine et de la Biélorussie actuelle, est à l'époque l'un des plus grands et des plus puissants d'Europe. Les Karaïtes s'implantent à Trakai, et la communauté juive de Vilnius prospère.

XVIe siècle> Le premier livre en lituanien est publié en 1547. Après la mort de Vytautas, le royaume de Lituanie s'affaiblit. Après l'Union de Lublin, en 1569, la Lituanie est rattachée à la Pologne et tombe sous l'influence de cette dernière (langue, aristocratie locale...). Bref, c'est la petite Pologne qui absorbe la grande Lituanie. L'université de Vilnius est créée en 1579.

XVIIIe siècle> A la suite du partage de la Pologne entre la Russie, la Prusse et l'Autriche, la Lituanie tombe, en 1795, dans le giron de la Russie tsariste d'Alexandre Ier. La région de Königsberg (Kaliningrad) et une partie de la côte (Klaipėda) reviennent à la Prusse.

XIXe siècle > A partir de 1863, un réveil national s'opère au sein de l'intelligentsia lituanienne dans le domaine de la langue et de la religion.

1905> Les idées de la première révolution en Russie se propagent jusqu'en Lituanie où elles suscitent la volonté d'autonomie.

1914> Partie intégrante de la Russie tsariste, la Lituanie entre dans le premier conflit mondial.

16 février 1918 > Signature de l'Acte d'indépendance de la Lituanie.

9 octobre 1920> La Pologne annexe Vilnius et la capitale de la Lituanie est transférée à Kaunas et ce jusqu'en 1940.

1926 à 1939> La Lituanie indépendante vit sous le régime autoritaire de Smetona.

1939> L'Allemagne nazie et l'URSS se partagent l'Europe en signant le pacte Molotov-Ribbentrop. La Lituanie tombe dans le giron soviétique.

1941 à 1944> Le pays est de nouveau occupé par les Allemands.

7 juillet 1944> Après la défaite allemande, l'Armée rouge reprend possession de la Lituanie.

14 mai 1972> Le jeune étudiant de 19 ans, Romas Kalanta, s'immole par le feu à Kaunas pour alerter le monde occidental de la situation de son pays. C'est la première protestation de ce genre contre le système soviétique.

1985> Arrivée de Gorbatchev à la tête de l'Etat soviétique. Début de la perestroïka.

3 juin 1988> Création du mouvement réformateur Sajudis, début des rassemblements du mouvement lancé par des intellectuels et des universitaires en faveur de l'indépendance.

4 mars 1990> Les candidats du mouvement Sajudis obtiennent la majorité aux premières élections libres depuis 1940.

11 mars 1990> Le Parlement et son nouveau président, Vytautas Landsbergis, proclament l'indépendance et réclament le départ des troupes soviétiques.

17 avril 1990> Début du blocus économique russe contre la Lituanie.

13 janvier 1991> Les troupes soviétiques tentent d'entrer dans le parlement, mais la foule les en empêche. Les troupes soviétiques prennent alors d'assaut la tour de la télévision de Vilnius. Bilan : 14 civils tués et plus de 700 blessés.

Septembre 1991> La Communauté internationale reconnaît l'indépendance des Etats baltes.

14 février 1993 > Algirdas Brazauskas, ex-communiste, pragmatique et populaire, est le premier président de la République lituanienne, élu au suffrage universel. Son parti (social-démocrate) est le LDP (Labour Democratic Party).

25 juin> Réintroduction du litas, la monnaie nationale d'avant-guerre.

31 août > Les troupes soviétiques quittent le territoire lituanien. La Lituanie devient le 27e Etat du Conseil de l'Europe.

1997> Premiers procès des anciens membres du NKVD soviétique, coupables de meurtres. Le ministre des Finances est impliqué dans un nouveau scandale et doit démissionner. La Seimas vote la loi de restitution de la propriété.

1998> Les élections présidentielles de février désignent Valdas Adamkus, Lituanien vivant aux Etats-Unis depuis 48 ans, comme troisième président lituanien depuis le retour à l'indépendance.

2001 > La Lituanie intègre l'Organisation mondiale du commerce.

5 janvier 2003> L'ancien maire de Vilnius, Rolandas Paksas, remporte les élections présidentielles aux dépens du président sortant Valdas Adamkus.

10-11 mai> 91 % des votants disent oui à l'Europe lors du référendum.

de janvier à avril 2004> Le président Paksas est démis de ses fonctions car il est accusé d'avoir abusé de sa fonction, corruption et violation de la Constitution. Il est remplacé par Arturas Paulauskas, président du Parlement qui assure l'intérim jusqu'à l'organisation de nouvelles élections présidentielles.

2 avril> La Lituanie entre dans l'OTAN.

1er mai> La Lituanie intègre l'Europe avec neuf autres pays d'Europe centrale et orientale (PECO).

13 juin> Élection présidentielle, Valdas Adamkus est élu président pour la seconde fois (1998-2003) après avoir quitté le pouvoir pendant seulement 18 mois. Le même jour, les Lituaniens élisent leurs premiers députés européens (13 députés) qui siègeront au Parlement européen.

31 décembre > Arrêt définitif de l'un des deux réacteurs de la centrale nucléaire d'Ignalina.

20 juin 2005> Viktor Ouspakitch, ministre de l'Economie et député, démissionne de ses deux mandats. Il est accusé d'avoir abusé de ses fonctions à des fins personnelles, mais il est également accusé d'avoir falsifié ses diplômes et donc menti sur sa véritable formation.

16 mai 2006> La commission européenne rend sa décision, l'adoption de l'euro est reportée à l'année 2009 en raison d'une trop forte inflation.

4 juillet 2006> Formation du nouveau gouvernement, approuvé par le Parlement. Le nouveau Premier ministre est le social-démocrate Gediminas Kirkilas.

21 décembre 2007> Entrée dans l'espace Schengen.

2009> Millénaire de la Lituanie, Vilnius est capitale européenne de la Culture. En mai, Dalia Grybauskaitė est élue présidente de la Lituanie. La crise qui frappe le pays, terrassé par une récession de 15 %, oblige le gouvernement à adopter une politique de forte austérité.

Octobre 2012 > Lors des élections législatives, l'opposition emporte la victoire. Le social-démocrate Algirdas Butkevicius devient Premier ministre. Les Lituaniens refusent par référendum la construction d'une nouvelle centrale nucléaire, malgré les forts problèmes énergétiques du pays.

1er juillet 2013 > Pour la première fois, la Lituanie prend la présidence de l'Union européenne.

Décembre 2013-mai 2014 > Lors de la crise entre la Russie et l'Ukraine, la Lituanie soutient cette dernière et accueille des soldats américains ainsi que 5 navires de l'OTAN comme mesures de dissuasion face à la Russie. La Lituanie, tout comme la Lettonie et l'Estonie, s'inquiète du potentiel militaire grandissant de la Russie à ses frontières, la crise ukrainienne n'ayant fait que renforcer cette appréhension.

Mai 2014 > Dalia Grybauskaite est réélue présidente de la République.

1er janvier 2015> La Lituanie intègre la zone euro.

2018 > La Lituanie fête le centenaire de son indépendance.

 

Lettonie

XIIe siècle > Arrivée dans la région des chevaliers germaniques, à la recherche d'une base pour leur commerce avec la Russie. Les tribus païennes lives et lettones seront évangélisées de force.

1201> Fondation de la ville de Rīga, autour de son château, par l'évêque Albert de Brême.

1202> Création de l'ordre des chevaliers Porte-Glaive, soutenu par le pape Innocent III. Les dernières résistances des tribus lettones sont écrasées en 1290. Les conquérants donnent le nom de Livonie à la région et se disputent son contrôle pendant deux siècles.

1522 > La Réforme protestante est introduite par les prêtres germaniques.

XVIIe siècle > La guerre entre la Suède et la Pologne a pour conséquence le partage de la région entre les deux puissances. Les provinces de Zemgale et de Courlande sont intégrées à l'Empire polono-lituanien (c'est l'époque florissante du duché de Courlande, de ses conquêtes maritimes et du duc Kettler) et le nord de la Lettonie tombe entre les mains des Suédois. Leur occupation laisse encore dans les mémoires le souvenir d'une période libérale et progressiste.

A partir de 1700> Les Russes investissent la région et reprennent la Livonie aux Suédois. En 1795, tout le pays est entre leurs mains, et ce jusqu'au XXe siècle. Rīga devint la troisième ville industrielle de la Russie tsariste, après Moscou et Saint-Pétersbourg.

XIXe siècle> Après les révoltes paysannes du début du XIXe, les intellectuels, au cours de la seconde partie du siècle, mettent en avant l'identité nationale lettone dans la presse et à travers le folklore. Barons et Valdemaras en sont les figures emblématiques.

1905 > La révolution russe ébranle fortement la Lettonie où le prolétariat des villes est très important. Grèves et manifestations sont écrasées dans le sang par les troupes tsaristes.

1915 > L'Allemagne occupe la Lettonie et prend Rīga après le retrait russe de septembre 1917 (révolution).

1918 > Les nationalistes lettons profitent de la défaite allemande pour déclarer leur indépendance. Pendant deux ans, les troupes de la jeune République repoussent les assauts des derniers corps francs allemands et des bolchéviques.

1921> L'indépendance de la Lettonie est reconnue par la communauté internationale (l'URSS comprise).

1934> Après un coup d'État, Ulmanis instaure une dictature.

1939> La Lettonie est victime du pacte germano-soviétique et de son partage de l'Europe de l'Est. Elle tombe entre les mains de l'URSS. S'ensuivent l'invasion par des troupes soviétiques et les déportations.

1941> Hitler lance son offensive contre les Soviétiques et occupe la Lettonie. Certains voient en ces Allemands des " libérateurs " mais l'illusion est éphémère. Les nazis exterminent les juifs de Lettonie à 90 %, persécutent la population et enrôlent de force les jeunes.

1944> Dans la foulée de la défaite allemande, l'URSS reprend possession de la Lettonie. Des milliers de Lettons s'enfuient, d'autres prennent le maquis et tentent de résister aux Soviétiques. Staline multiplie les déportations de Lettons en Sibérie ; le régime communiste est instauré et les Russes arrivent massivement pour coloniser la République. La Lettonie restera soviétique jusqu'en 1991.

1988 > Après les protestations des groupes écologistes contre des projets soviétiques et les dénonciations publiques d'écrivains contre le pacte Molotov-Ribbentrop de 1939, le mouvement indépendantiste prend de l'ampleur. En octobre, des manifestations ont lieu dans Rīga. Un Front populaire est créé. On ressort le drapeau letton de la période d'indépendance de l'entre-deux-guerres.

1990> En mai, le Conseil suprême restaure l'indépendance.

1991> En janvier, les troupes soviétiques prennent d'assaut le bâtiment du ministère de l'Intérieur, à Rīga. Cinq personnes sont tuées et de nombreuses autres blessées. Après le coup d'Etat manqué à Moscou, l'URSS s'effondre. Le Parti communiste local est interdit. En septembre, l'indépendance de la Lettonie est reconnue par la communauté internationale.

1993> Le lat, monnaie nationale, est réintroduit en remplacement du rouble letton transitoire. En juin, une coalition de centre droit et du Parti paysan remporte les élections. Guntis Ulmanis est élu président.

1994> En août, départ des troupes soviétiques.

1995> Les législatives voient la montée de deux partis, l'un constitué d'anciens cadres du régime précédent (le Saimnieks) ; l'autre de tendance nationaliste (le Mouvement du peuple pour la Lettonie). Un gouvernement de très large coalition est nommé sous la direction d'Andris Škile.

1999> Le 17 juin, Vaira Vīke-Freiberga, une Canado-Lettone, est élue présidente de la République lettone, une première historique en Europe.

2001> Du 17 au 19 août, plus d'un million et demi de personnes célébraient le 800e anniversaire de la fondation de la ville de Rīga.

2002> En octobre, avec plusieurs autres candidats, la Lettonie est invitée à rejoindre l'Union européenne à condition de mener à bien certaines réformes.

29 mars 2004> La Lettonie adhère à l'OTAN.

1er mai 2004> La Lettonie devient membre de l'Union européenne et, en juin, les Lettons élisent leurs premiers députés européens au nombre de 9.

1er janvier 2005> Le lat est aligné sur l'euro en vue de son adoption de la monnaie unique prévue en janvier 2008, mais repoussée par la suite.

Juin 2005 > Ratification de la Constitution européenne par la Saiema (parlement letton).

Septembre 2006> La Saiema approuve le projet de loi visant à faire adhérer le pays à l'Organisation internationale de la francophonie.

7 octobre 2006 > Victoire de la coalition du centre-droit aux élections.

9 novembre 2006> Aigars Kalvitis est reconduit à la tête du gouvernement par la présidente Vaira Vīke-Freiberga suite à la victoire de son parti.

Mai 2007> Election du nouveau président de la République, Valdis Zatlers.

21 décembre 2007> La Lettonie entre dans l'espace Schengen.

Décembre 2008 > Le Fonds monétaire international prend acte de la gravité de la situation économique Lettonne suite aux effets de la crise financière mondiale et débloque une somme de 1,68 milliard d'euros. Malgré cette aide, des émeutes se dérouleront à Riga le mois suivant pour protester contre la précarité galopante.

Janvier 2010 > Le taux de chômage en Lettonie touche selon les chiffres officiels près de 20 % de la population, faisant du pays l'un des plus marqués en la matière au sein de l'Union européenne.

Juin 2011 > Andris Bērziņš est le nouveau président de la République.

Novembre 2012 > Le toit d'un supermarché de la chaîne Maxima s'écroule, provoquant la mort de 54 personnes. Le premier ministre Vladis Dombrovskis démissionne. Laimdota Straujuma lui succède ; c'est la première femme à prendre la tête du pays.

1er janvier 2014 > La Lettonie entre dans la zone Euro.

1er janvier 2015> La Lettonie prend le relais de l'Italie à la présidence de l'Union européenne.

3 juin 2015> Raimonds Vējonis, premier chef d'Etat écologiste, est élu Président du pays.

2 juin 2016 > La Lettonie devient le 35e pays-membre de l'OCDE.

2018 > La Lettonie célèbre les 100 ans de son indépendance.

 

Estonie

1154> Sous le nom de Koluvan, la ville de Tallinn est pour la première fois portée sur la mappemonde par un géographe arabe du nom d'Al-Idrisi.

1202> La croisade contre les peuples païens de la Baltique est lancée par les chevaliers germaniques qui établissent leur base à Rīga.

1219> Le roi Voldemar II du Danemark prend le contrôle du nord de l'Estonie. Il nomme la ville Tallinn, ville des Danois, de Taani, danois et linn, ville.

1248 > Tallinn, Reval en allemand et en suédois, est officiellement intégré à la Ligue hanséatique par le décret de Lubeck et se développe comme carrefour commercial entre l'est et l'ouest.

1343-1345> La révolte de la Saint-Georges conduit le roi du Danemark à vendre en 1346 la province d'Estonie aux chevaliers germaniques.

XVIe siècle> Déclin de la Ligue hanséatique et hausse de la menace moscovite montante après l'absorption de la République de Novgorod.

1525> Impression du premier livre qui fera entrer la langue estonienne dans les publications européennes.

1558 à 1583> Guerre de Livonie qui aboutit à la domination suédoise. La période qui suivra sera marquée par un important développement culturel. En 1632, les Suédois fondent l'université de Tartu.

1632> Inauguration de l'université de Tartu.

1721> A la fin de la guerre du Nord, les Russes s'emparent de la région. Pendant deux siècles, l'Estonie sera sous contrôle tsariste et ses paysans réduits au servage.

1739> Première publication de la Bible en estonien.

1857> Kreutzwald publie le Kalevipoeg, conte épique en langue estonienne qui va lancer le mouvement de réveil national. Sous Alexandre II de Russie, les conditions de la paysannerie estonienne s'améliorent.

1869> Le festival folklorique de chants de Tartu est la première démonstration publique de la conscience nationale estonienne. Mais, à partir de 1881, Alexandre III intensifie la russification de l'Estonie.

1918> L'Estonie profite de la Révolution russe et de la fin de la guerre pour proclamer l'indépendance.

1920> Après des combats contre des corps francs allemands restés sur place et les bolchéviques, la signature du traité de Tartu confirme la reconnaissance de l'Estonie par la Russie soviétique.

1921> Les premiers vols reliant Tallinn à Stockholm sont installés.

1930> L'Estonie indépendante tombe sous le pouvoir autoritaire de Konstantin Päts.

1933> L'état d'urgence est proclamé le 11 août.

1934> Le 12 mars, tous les partis politiques sont interdits.

1936> Toutes publications provenant de l'Empire soviétique sont interdites.

1937> Le 1er sous-marin britannique est délivré à la marine estonienne.

1940> Occupation soviétique après la signature du pacte Molotov-Ribbentrop le 23 août 1939.

1941> Alors que les premières déportations en Sibérie ont commencé, les troupes allemandes arrivent à Tallinn.

1941-1944> Occupation allemande.

1944> Après le retrait allemand, se forme un gouvernement estonien provisoire qui sera dissous 5 ans plus tard avec l'arrivée des troupes d'URSS qui resteront établies jusqu'à la récente indépendance.

1949> A partir de mars, les déportations vers les camps de travaux forcés en Sibérie reprennent.

1950> La population à Tallinn atteint 200 000 habitants.

1964> Urho Kekkonen, le président de la République finlandaise, passe trois jours en Estonie, et devient le 1er leader étranger à visiter le pays depuis la guerre.

1976> Des intellectuels dissidents écrivent une lettre au Congrès américain pour protester contre l'occupation soviétique.

1987> Anniversaire du pacte germano-soviétique. 2 000 personnes se rassemblent à Tallinn pour protester contre les 50 années de domination. Une proposition pour une autonomie économique est publiée dans la presse locale.

1988> Des manifestations sont organisées en faveur de l'indépendance et de la création d'un front populaire. Les festivals de chants, symbole de l'identité estonienne, rassemblent des milliers de personnes.

1989> Le drapeau estonien est hissé à Tallinn sur la tour Tall Hermann. En août les Estoniens participent à la formidable chaîne humaine de deux millions de personnes organisée entre Tallinn et Vilnius pour l'indépendance des pays Baltes.

1990> Le Parti communiste estonien se déclare indépendant du Parti central de Moscou.

20 août 1991> L'Estonie déclare la restauration de son indépendance qui est reconnue en septembre par l'ensemble de la communauté internationale.

1992> L'Estonie introduit la couronne, sa monnaie nationale. Lennart Meri devient président de la République.

1993> L'Estonie devient membre du Conseil de l'Europe.

1996> Lennart Meri est réélu président.

1997> Le Conseil européen décide d'ouvrir les négociations d'adhésion de l'Estonie à la Communauté européenne.

1998> Les négociations sont entamées (31 mars 1998) et commencent par l'analyse de l'acquis communautaire.

13 novembre 1999> L'Estonie devient le 135e Etat membre de l'ONU.

8 octobre 2001> Arnold Rüütel est élu président de la République d'Estonie.

25 mai 2002 > Tallinn accueille le 47e concours eurovision de la chanson.

29 mars 2004> L'adhésion de l'Estonie à l'OTAN est effective.

1er mai 2004 > L'Estonie, tout comme les deux autres États baltes, devient membre de l'Union européenne.

21 décembre 2007> Entrée dans l'espace Schengen.

Juin 2009 > Pays engagé dans la guerre en Afghanistan, l'Estonie prend la décision après un vote au parlement de doubler sa présence militaire sur place avec près de 300 soldats.

1er janvier 2011> Entrée dans la zone euro, l'Estonie dit adieu à la couronne et adopte l'euro comme monnaie d'échange.

Mars 2014> Taavi Rõivas devient Premier ministre. Âge de 34 ans, c'est le plus jeune ministre d'Europe.

Octobre 2014 > L'Estonie est la première des ex-Républiques soviétiques à ouvrir l'union civile aux couples homosexuels, avec une loi qui permet aussi l'adoption d'enfants par ces derniers.

3 octobre 2016 > Kersti Kaljulaid est élue Présidente de l'Estonie après six tentatives de vote au parlement Riigikogu. A 46 ans, elle devient le plus jeune chef d'État.

29 septembre 2017 > Tenue du premier Sommet numérique européen à Tallinn.

2018 > A l'instar des deux autres pays, l'Estonie fête les 100 ans de la proclamation de son indépendance.

Kaliningrad

XIIIe siècle> Invasion de la région par les chevaliers Teutoniques qui écrasent les tribus prussiennes locales. Fondation de la ville de Königsberg en 1255. Les Prussiens se fondent aux populations germaniques.

XIVe siècle> Königsberg rejoint la Ligue hanséatique. Les chevaliers Teutoniques poursuivent leur avancée vers la Lituanie.

XVe siècle> Défaite des chevaliers Teutoniques à la bataille de Tannenberg par une coalition polono-lituanienne. Après avoir perdu sa capitale (Marienburg), l'ordre teutonique élit résidence à Königsberg et prête allégeance au royaume de Pologne.

1544 > Fondation de l'université de Königsberg.

XVIe et XVIIe siècles> Albrecht, qui dissout l'ordre teutonique, devient Grand-Duc de Prusse sous la tutelle polonaise. A sa mort, le duché s'unit à l'Etat germanique de Brandebourg.

XVIIIe siècle> Frédéric II de Brandebourg est couronné Frédéric Ier de Prusse au château de Königsberg (1701). Naissance, à Königsberg, du philosophe Emmanuel Kant (22 avril 1724). Entre 1756 et 1763, la guerre de Sept ans entre la Prusse, l'Autriche et la Russie conduit à la défaite de la Prusse. La région est occupée par les Russes.

XIXe siècle> Les troupes napoléoniennes occupent la Prusse-Orientale qui s'allie finalement à la Russie, en 1812, pour repousser les Français. En 1871, la Prusse-Orientale fait partie intégrante du Reich allemand.

1896> Ouverture du zoo de Königsberg.

1919> A la suite du traité de Versailles, la Prusse est séparée du reste du territoire allemand par le couloir de Gdansk.

1944 > Occupée par les nazis, Königsberg est détruite par les bombardements anglais. En août, l'Armée rouge entre sur le territoire.

1945> L'Armée rouge s'empare de Königsberg après une longue bataille. A la fin de la guerre, 90% de la vieille ville est en ruine. Les habitants germaniques sont massacrés ou déportés, et la région est intégrée à l'URSS.

4 juillet 1946 > Königsberg est rebaptisé Kaliningrad.

1948> Exploitation de la mine d'ambre.

1956 et 1960> Visites de Khrouchtchev, premier secrétaire du Parti communiste.

Années 1980> Retour à Kaliningrad des Allemands originaires de la région et vivant jusqu'alors dans les autres parties de l'URSS.

1991> Après l'indépendance de la Lituanie, Kaliningrad devient une enclave russe séparée du reste du territoire. La région s'ouvre aux étrangers. Visite de Boris Eltsine qui promet l'élaboration d'une zone franche.

1992> Kaliningrad se transforme en port franc afin d'attirer les investisseurs et de devenir le Hong Kong de la Baltique. Un gouverneur est nommé par Moscou. Début de la rénovation de la cathédrale.

1995> Un décret présidentiel abolit momentanément le statut de zone franche de l'enclave de Kaliningrad. Victoire des communistes aux élections.

1996> Réélu président, Eltsine rétablit les avantages économiques spécifiques à la région pour attirer les investisseurs. Lors de sa visite, Eltsine pose la première pierre de la nouvelle cathédrale.

1998> La crise économique russe touche de plein fouet Kaliningrad : banqueroute, investisseurs démunis, inflation de plus de 30 % et dévaluation du rouble. En septembre, l'état d'urgence est proclamé, Kaliningrad reçoit de l'aide humanitaire des pays voisins.

1999> Le gouverneur de Kaliningrad, Leonid Gorbienko, propose de faire de l'enclave le quatrième Etat balte.

2000-2001> Contentieux entre l'Union européenne et la Russie sur l'avenir de Kaliningrad lorsque la Lituanie et la Pologne feront partie de l'Union européenne. Les sommets et les commissions se succèdent sans résultats concrets.

Novembre 2002> Le sommet de Bruxelles permet de trouver enfin une issue, avec la signature d'un accord provisoire. D'un point de vue politique et juridique, il semblerait possible que les négociations entre l'Union européenne, la Lituanie, la Pologne et la Fédération de Russie aboutissent à un régime de visa privilégié, conformément à l'accord de Schengen, pour le transit routier et ferroviaire en provenance et à destination de la région de Kaliningrad, préservant ainsi la situation actuelle.

2003> Projet de TGV entre Kaliningrad et la Russie qui traverserait la Lituanie sans s'arrêter.

2004 > Exploitation de gisement de pétrole en mer baltique. Reconstruction du pipeline.

3 juillet 2005> Célébration du 750e anniversaire de Königsberg avec Vladimir Poutine, Gerhard Schröder et Jacques Chirac.

28 septembre 2005> Nomination, par Moscou et non plus par les élections démocratiques, du nouveau gouverneur Georgy Booss, qui remplace le très frauduleux Vladimir Egorov.

Mars 2008 > Le nouveau gouverneur fait part des progrès réalisés pour revivifier la région, et annonce un retour à l'équilibre budgétaire pour 2015 après de nombreux investissements dans le domaine énergétique comme ferroviaire, routier et portuaire.

Février 2011 > L'Union européenne et la Fédération de Russie envisagent de plus en plus sérieusement un statut spécial pour la région de Kaliningrad abolissant pour cette seule région et à titre expérimental le régime de visas (et non un simple allégement de la procédure comme auparavant).

2012 > Entrée en vigueur de la loi selon laquelle les habitants de la région n'ont plus besoin de visa pour les pays de l'UE.

2018 > Kaliningrad est l'une des villes-hôtes de la Coupe du monde 2018.

Les origines et l’ère chrétienne

Jusqu'à la fin du Ier millénaire, on dispose de peu d'éléments relatifs à l'histoire des peuples baltes hormis quelques données archéologiques et linguistiques. Les premiers habitants de la région furent les peuples de langue finno-ougrienne venus de l'Est (de la région de l'Oural), vivant de la chasse. Ils s'installèrent dans le Nord entre 4000 av. J.C. et le début de notre ère. Les Estes s'implantèrent au sud du golfe de Finlande, les Lives (dont il ne reste que très peu de descendants), autour du golfe de Rīga.

A partir de 2000 av. J.-C., les peuples de langue balte (famille indo-européenne), ancêtres des Lettons et des Lituaniens, s'établirent plus au sud, aux confins de la Daugava et du Niémen.

Parmi les peuples baltes, on distingue plusieurs groupes : les Latgals ou Lettes (centre-est de la Lettonie), les Koures (côte ouest lettone), les Zemgals ou Semigallians (centre-ouest de la Lettonie), les Selonians (centre de la Lettonie). Koures, Zemgals et Selonians couvrent aussi une partie nord de la Lituanie.

La Lituanie fut surtout peuplée par les Samogitiens (au centre), les Aušktaitiai (à l'est) et les Yotvingiens (au sud). L'ouest lituanien était habité par les Prussiens, également appelés Borusses.

Ces peuples de la région baltique, que l'historien Tacite a surnommés " Aestii " et " Fenni " (peuples de l'est et des marécages), étaient peu connus des Grecs et des Romains. La connaissance qu'ils en avaient, ils la tenaient surtout des marchands germains qui exportaient vers l'Empire l'ambre très convoité des Baltes, transformé en bijoux et autres ornements.

Aux alentours du Ve siècle, ces peuples paysans et marchands de la région baltique subirent la domination des Goths, puis celle des Huns et des Slaves qui vinrent s'établir en grand nombre dans la région de la future Lettonie.

Au IXe siècle la région vit, à l'ouest, l'invasion des Vikings (les Varègues, aventuriers suédois et autres marins danois). Rejetés à la mer, vers l'an mille, par les Estes et les Koures, ces derniers entreprirent également des expéditions maritimes pour aller piller les chrétiens en Suède ou au Danemark. Au milieu du XIe siècle, les armées russes, à l'est, tentent d'imposer la religion orthodoxe à toute la région baltique. Le début du IIe millénaire est marqué par les appétits de conquête des puissances voisines et par leur volonté d'évangéliser ces peuples d'Europe, résolument païens et heureux de l'être...

La période médiévale et la colonisation des chevaliers germaniques
<p>Ancienne cathédrale de Tartu.</p>

Ancienne cathédrale de Tartu.

Dès la fin du XIIe siècle, les Baltes sont victimes de la volonté de christianisation et de colonisation des ordres monastiques et militaires germaniques, dans le but aussi de créer des conditions favorables aux marchands de la Ligue hanséatique. L'arrivée de marchands et artisans dans la région étant concomitant de la colonisation par les populations germaniques (le fameux drang nach osten).

La Livonie est la première région à subir la poussée des chevaliers conduits par l'évêque Albert, avec la bénédiction du pape Innocent III. Les colons allemands affluent. L'année 1200 voit la fondation de Rīga. La ville se développe autour de la cathédrale. Formés en 1204 par le moine Théodoric et aidés par les Danois, les chevaliers Porte-Glaive poursuivent la conquête vers le nord, vers l'Estonie où ils rencontrent de vives résistances. Maîtres du pays dès 1227, leur expansion sera arrêtée aux frontières de la Russie rivale, sur le lac Peïpous, par Alexandre Nevski (bataille de la Glace). A partir de 1237, les chevaliers Porte-Glaive du nord se rassemblent sous le nom de l'ordre Livonien.

Occupés et dominés, les Lettons, les Lives et les Estoniens perdent peu à peu leur identité pour devenir des vassaux sur leur propre territoire. Cette période est marquée parallèlement par l'implantation des Allemands, une implantation à caractère surtout commercial et financier dans le cadre de la Hanse.

Le sud de la région baltique subit de son côté la pression des chevaliers Teutoniques qui, chassés de Terre sainte, s'établissent en Prusse dès 1226 pour évangéliser de façon violente les populations borusses. Ces populations, ancêtres des Prussiens, seront totalement exterminées.

Les chevaliers Teutoniques s'unissent alors aux Porte-Glaive du nord pour former un Etat germanique et étendre leur domination à la Lituanie, la dernière insoumise.

A cette époque, le Grand-Duché de Lituanie représentait un des plus vastes pays d'Europe. S'étendant de la Baltique à la mer Noire, englobant la Biélorussie et l'essentiel de l'Ukraine, il constituait pour l'Occident un rempart contre les invasions barbares venues de l'est.

Pour éviter la croisade chrétienne qui menaçait son pays, le grand-duc Mindaugas et ses chevaliers se convertirent en 1252 au catholicisme.

Cependant la forte influence du paganisme dans la région, ajoutée à la tentation certaine de se rapprocher de l'orthodoxie et de Byzance (du fait de la présence de nombreuses populations slaves sur le territoire lituanien), conduit les chevaliers germaniques à ne pas relâcher leur pression, bien au contraire. Mais ce n'est qu'au cours du XIVe siècle, sous Gédymin, puis Vytautas qui consolide l'Empire lituanien, que le pays manifestera sa conversion au catholicisme en se rapprochant de son voisin polonais, se préservant ainsi de la conquête.

Déjà en 1385, le grand-duc Jagellon, prédécesseur de Vytautas, avait scellé le destin de la Lituanie en se mariant avec la reine Hedwige de Pologne. Ainsi, par simple union, le petit pays absorbait le grand voisin lituanien de l'époque. Cet événement, resté présent dans les mémoires, est à l'origine de la longue animosité qui a alimenté les relations entre les deux pays. La sanglante défaite de Tannenberg (ou Grunwald) en 1410, qu'une coalition polono-lituanienne inflige aux chevaliers germaniques, sonne le déclin de l'ordre Teutonique.

Le processus de colonisation de la région baltique sera dorénavant poursuivi, d'une manière plus pacifiste et à des fins commerciales, par une classe allemande nobiliaire qui dominera surtout le nord (Estonie, Livonie, Lettonie), dans le cadre de la Ligue hanséatique et de son capitalisme marchand et international.

Au moment de la Réforme, cette présence allemande se traduira par l'influence du protestantisme luthérien dans la région, tandis qu'au sud, la Lituanie, du fait de son rapprochement avec la Pologne, s'ancrera dans le catholicisme.

L’expansion polonaise et la progression russe

A la fin du XVe siècle, la région baltique subit la pression des Russes conduite par Ivan le Terrible. Au sud, face au danger grandissant, l'Union de Lublin, proclamée le 1er juillet 1569, unit définitivement le royaume de Pologne au grand-duché de Lituanie pour former une seule et unique république. L'influence polonaise sur le territoire lituanien concernera l'économie aussi bien que la religion et l'enseignement...

Au nord de la région baltique (Estonie, Lettonie), appelés à l'aide par les Germaniques, les Suédois aidés des Polonais contiennent pendant un moment la menace russe.

Mais l'alliance polono-suédoise dégénère en affrontement et tourne à l'avantage des Suédois. Ceux-ci imposeront leur domination sur l'Estonie tout au long du XVIIe siècle. Sous le règne de Charles XI, les Suédois engagent de profondes réformes sociales, qui améliorent les conditions de la classe paysanne mais entament les avantages de la noblesse et des barons germaniques.

Le repli des Polonais vers le sud-est de la Lettonie (la région de Latgale) explique que cette région soit restée, aujourd'hui encore, catholique. La fin du XVIIe siècle est marquée par l'irrésistible progression de la Russie tsariste de Pierre le Grand qui chasse les Suédois de la Lettonie.

En 1721, le traité de la paix de Nystad consacre la victoire de la Russie et de ses visées expansionnistes à l'ouest. Motivés par l'intérêt commercial de la région dû à sa position stratégique (zone intermédiaire pour l'accès à l'ouest européen), les Russes consolident leur présence dès le début du XVIIIe siècle, sous le règne de Catherine II, d'abord en Estonie et en Livonie, et étendent leur administration à toute la Lettonie et à la Courlande où les intérêts des barons germaniques coïncident avec les leurs.

Quant à la Lituanie, son sort est lié au XVIIIe siècle à celui de la Pologne, qui sera partagée trois fois consécutives entre l'Autriche, la Russie et la Prusse (1772, 1793 et 1795). En conséquence, une bonne partie du territoire lituanien passe également sous tutelle russe, exceptée la région de Königsberg (Kaliningrad aujourd'hui), qui est rattachée à la Prusse.

Au début du XIXe siècle, toute la région baltique est sous le contrôle de la Russie tsariste.

Les chevaliers Porte-Glaive

Les chevaliers Porte-Glaive, ordre militaire et religieux fondé en 1202 par Albert d'Apeldern, évêque de Livonie, dans le but de christianiser les populations baltes était modelé sur celui du Temple. Il s'appela d'abord ordre des Frères de la milice du Christ. Le premier grand-maître fut Winno de Rohrbach. L'ordre déjà maître d'une partie de la Livonie, entreprit en 1216 la conquête de l'Estonie, qu'il soumit entièrement en 1223. A la suite de longues dissensions entre les Porte-Glaive et les évêques de Rīga, l'ordre dut fusionner avec celui des chevaliers Teutoniques, en 1237, après la mort de son deuxième grand-maître, Volkwin, à condition que la partie de la Livonie et de l'Estonie appartenant aux Porte-Glaive forme une maîtrise de l'ordre Teutonique, et soit gouvernée par un maître provincial. Les chevaliers Porte-Glaive restèrent sous la dépendance des chevaliers Teutoniques jusqu'en 1525, époque à laquelle Walter (ou Gautier) de Plettenberg racheta à Albert de Brandebourg le duché de Livonie et reconstitua l'ordre.

Le cinquantième et dernier grand-maître de cet ordre Gotthard Kettler, après s'être converti au Luthéranisme, céda la Livonie à Sigismond II, roi de Pologne, et devint duc de Courlande par le traité de Vilna, en 1562. Les membres de cet ordre portaient une robe de serge blanche avec la chape noire, deux glaives rouges croisés de noir étaient brodés sur la poitrine, et un autre à l'épaule gauche.

La période libérale et la montée des nationalismes

Les échos de la Révolution française parviennent jusqu'aux bords de la Baltique. Le début du XIXe siècle sera marqué par le mécontentement grandissant et les soulèvements de la classe paysanne balte. Déjà, sous le règne de Catherine II, avaient été amorcées des tentatives d'amélioration, aussitôt freinées par la classe dominante des barons germaniques qui jouissaient également de privilèges sous l'administration russe.

Réprimées dans un premier temps, les revendications paysannes seront partiellement satisfaites lors de la période libérale impulsée par Alexandre Ier qui aboutira à l'abolition du servage d'abord en Estonie (1816), puis en Courlande (1817) et en Livonie (1818). En Lituanie, le servage ne prendra fin qu'en 1861. Bien qu'en retard sur la question paysanne, la Lituanie bénéficie en ce début de siècle d'une libéralisation sur le plan religieux et de l'enseignement. Mais face au renouveau inquiétant de la culture polonaise, les Russes réagiront violemment dès 1830. Leurs cibles principales seront l'enseignement, l'Église catholique et la noblesse. Cette période de répression marque surtout une volonté de " dépoloniser " la région. En 1831, la Lituanie se soulève contre le Tsar. La répression est forte : les monastères sont fermés, les églises catholiques deviennent orthodoxes, l'université de Vilnius est fermée et le russe est enseigné obligatoirement. C'est la première vague d'émigration vers l'Amérique du Nord. En 1863, une autre rébellion a lieu. Les répressions sont assouplies, mais les livres, même en lituanien, doivent exclusivement être écrits en cyrillique. En réponse à cela, la littérature imprimée en caractères latins, se développe illégalement.

C'est sous le règne d'Alexandre III (à partir de 1881) que le processus de russification et d'expansion de la religion orthodoxe s'amplifiera. Simultanément, on assiste en Lituanie à une forte prise de conscience identitaire, phénomène qui s'étendra aux provinces baltes dans la deuxième partie du XIXe siècle. En 1883 paraît le premier journal exclusivement en lituanien : Aušra (ou " Aurore ").

En Estonie et en Lettonie, le réveil national se fait surtout à l'encontre des barons germaniques. Il se traduit également par un important essor des langues nationales, de l'enseignement, de la presse, du folklore, des mouvements littéraires et intellectuels.

La révolution russe de 1905 ne restera pas sans répercussions sur les peuples baltes, où les tentatives d'autonomie se traduiront par des soulèvements paysans en Estonie et des mouvements d'indépendance en Lettonie et en Lituanie. Les autorités russes y répondront avec violence par des massacres de populations et des déportations massives en Sibérie.

La Première Guerre mondiale

Au début de la guerre de 1914, même si l'idée nationaliste est très présente chez les Baltes, celle d'indépendance face à la Russie est moins affirmée et ils participent courageusement aux combats contre les troupes du kaiser. Dès 1915, les provinces baltes sont envahies par les Allemands qui bénéficient par la suite du retrait russe causé par la révolution bolchevique. En 1918, le traité de Brest-Litovsk consacre la nouvelle domination germanique sur la région. Mais la défaite du Reich est proche, et stimulé par les événements de Russie, le patriotisme balte se transforme en véritable projet sécessionniste.

Soutenus par la communauté occidentale (soucieuse de créer un cordon sanitaire la protégeant des Soviétiques) et leurs diasporas installées à l'étranger, les Baltes en profitent pour déclarer leur indépendance en dépit de l'occupation allemande.

Menacés d'invasion par les bolcheviques, attaqués par les Russes blancs réprouvant les corps francs allemands pourtant appelés à la rescousse, les jeunes armées nationales arrivent à repousser l'ennemi et à affirmer leur liberté. A partir de 1920, l'indépendance de l'Estonie, de la Lettonie et de la Lituanie sont effectives et reconnues. Un traité de paix est signé avec Lénine.

Victime une nouvelle fois des visées expansionnistes de son voisin, la Lituanie doit concéder Vilnius à la Pologne. Pendant cette courte période d'indépendance, la capitale sera transférée à Kaunas.

La courte période d’indépendance (1920-1939)
<p>Monument de la Liberté.</p>

Monument de la Liberté.

Exsangues au sortir de la guerre, les trois États entreprennent leur reconstruction économique. Des réformes agraires sont engagées qui redistribuent les terres aux paysans. L'industrie est rénovée, et opère sa reconversion. La démocratie est restaurée. Mais, encore fragile, elle est propice aux durcissements de l'exécutif et aux coups d'État. En 1923, la Lituanie récupère Memel qui devient Klaipėda, un important port de la Baltique. Des régimes nationalistes et autoritaires sont rapidement installés, à commencer par la Lituanie en 1926 avec la présidence de Antanas Smetona. Au milieu de la crise économique mondiale des années 1930, la Lettonie ressent également une profonde désaffection de la part de la population. Pour tenter de ramener une certaine stabilité dans le pays, le Premier ministre, M. Ulmanis, organise un coup d'État pacifique à Rīga le 15 mai 1934, dissolvant la Saeima (le Parlement) et suspendant les activités de tous les partis politiques. Une croissance économique rapide s'ensuit, durant laquelle la Lettonie accède à un des niveaux de vie les plus élevés d'Europe.

Quant à l'Estonie, de 1919 à 1933, pas moins de 20 gouvernements se succèdent. Épuisé par la guerre, le pays se retrouve dans une situation économique très difficile. L'export vers le voisin russe étant fermé, l'Estonie devait chercher d'autres marchés pour vendre ses marchandises dont le textile, le bois, les produits alimentaires etc. C'est en période d'entre-deux-guerres que l'Estonie a établi des échanges réguliers avec la Finlande, l'Angleterre, la Pologne et l'Allemagne.

Malgré ces débuts difficiles, l'économie des trois jeunes républiques s'améliore grâce au dynamisme des citoyens motivés par le redressement de leur pays. Face aux menaces des puissances voisines, un projet d'entente baltique entre les trois pays voit le jour et un traité est signé en 1934. Une union qui ne saura mettre à l'abri la région confrontée aux visées hitlériennes.

La Seconde Guerre mondiale

En 1939, le IIIe Reich exige le rattachement à l'Allemagne de la ville de Klaipėda (Memel), sous administration lituanienne depuis le traité de Versailles. La Lituanie doit s'incliner face à la puissance hitlérienne.

Les pays Baltes cherchent à tout prix la neutralité dans le conflit qui s'annonce. Mais le pacte de non-agression Molotov-Ribbentrop, signé entre l'URSS et l'Allemagne, va marquer la fin de leur souveraineté.

Pour protéger son flanc oriental, le IIIe Reich abandonne, contre des concessions financières et territoriales, les États baltes à l'URSS. Malgré les pactes d'assistance mutuelle signés avec Moscou et censés préserver leur indépendance, les territoires des pays Baltes sont envahis par les troupes soviétiques et, dès le printemps 1940, leur annexion pure et simple par l'URSS est engagée. En août 1940 les trois pays Baltes ont officiellement adhéré à l'URSS. S'ensuivent la dissolution des gouvernements nationaux, les déportations, les exécutions et une soviétisation systématique de la région.

En 1941, l'entrée en guerre du IIIe Reich contre l'URSS provoque l'arrivée des armées allemandes dans les pays Baltes. Ayant chassé les Soviétiques, les Allemands sont considérés à certains égards comme des libérateurs, sans pour autant que les Baltes soient pro-nazis. La région baltique ajoutée à la Biélorussie devient alors Ostland, administré par le Reich, et la répression s'abat sur les populations. Au grand dam des Baltes, les nazis n'avaient aucune intention de rétablir les gouvernements nationaux, ni faire renaître l'identité des trois pays opprimée jusque-là par la soviétisation imposée. En réponse, un mouvement de résistance balte s'organise en liaison avec les Alliés. Mais les nazis réussissent à lever des formations militaires baltes (notamment en Lettonie et en Estonie) prêtes à la collaboration. Le tristement célèbre groupe Arajs, en Lettonie, ainsi que des volontaires de la police auraient même participé à l'extermination de la population juive organisée par les SS. 5 000 Juifs estoniens, 90 000 Juifs lettons et 200 000 Juifs lituaniens seront éliminés dans les camps de concentration nazis.

La soviétisation

Dès l'automne 1944, la défaite allemande est suivie du retour de l'armée Rouge sur les territoires baltes et leur reprise en mains par le pouvoir soviétique. Abandonnés par les dirigeants occidentaux, les trois États deviennent des républiques de l'URSS à part entière.

Toute tentative de revendication de l'indépendance réprimée, une soviétisation massive et violente a été tout de suite engagée : persécutions religieuses, déportation des opposants, destructions (dont le bombardement de Königsberg qui deviendra par la suite Kaliningrad), installation de nombreux colons russes dans le domaine économique, politique, militaire et culturel. L'économie des trois pays baltes devait dorénavant suivre les instructions imposées par le gouvernement de Moscou. Cependant, les investissements dans l'industrie balte ont permis à ces trois pays, notamment à l'Estonie, d'atteindre le niveau de vie le plus élevé de toutes les républiques soviétiques. Les dirigeants soviétiques misaient sur l'excellence professionnelle des ouvriers et des ingénieurs de la région. Grâce au voisinage avec la Finlande, l'Estonie a pu bénéficier des échanges commerciaux avec Helsinki ce qui lui a permis d'avoir un pas d'avance sur les autres pays de l'URSS.

Sur le plan social, une partie de l'élite balte réussit à émigrer vers l'ouest dès 1944. De 1945 à 1952, 350 000 personnes seront déportées en Sibérie (les chiffres officiels n'en dénombrent que 120 000 !). Le russe a supplanté les langues nationales en coupant des peuples entiers de leur culture et de leur histoire. Pour l'Estonie, cette période est marquée par le rattachement d'une partie à l'ouest (la région de Narva) au territoire de la République socialiste soviétique de Russie. Ce différend frontalier reste en suspens à l'heure actuelle et n'a pour l'instant toujours pas trouvé de solution malgré des tentatives régulières de la part des parties.

Ulmanis, 1er Premier ministre de la Lettonie indépendante

Né en Courlande, il fit ses études à Jelgava en agriculture. Pendant la Première Guerre mondiale il participa au mouvement d'aide aux réfugiés. En 1917 à Valka il fonda l'Union agraire dont il fut élu président. Quand le 18 novembre 1918, le Conseil national proclama l'indépendance de la Lettonie, il fut élu chef du gouvernement provisoire qui dura jusqu'en 1921. Il mit en place le premier parlement letton, la Saiema, en 1920. Premier ministre à plusieurs reprises il souffrit de l'instabilité politique.

En mai 1934 Ulmanis déclara, avec l'aide du général Baldis, l'état de siège et réalisa un coup d'État. Il fit arrêter les dirigeants de l'opposition, suspendit la constitution, renvoya le parlement et interdit tous les partis. Une sorte de dictature se mit en place qui dura jusqu'à la guerre. Après l'invasion soviétique en 1940, Ulmanis fut arrêté et déporté en URSS où il mourut en 1942.

La marche vers l’indépendance

Ainsi, les pays Baltes vont vivre au rythme forcé de l'occupation soviétique pendant près de cinquante ans, ce qui n'entamera pas le sentiment national. Dès les premières années de domination, des Baltes vont entrer en résistance contre le pouvoir soviétique - on les appellera les " Frères de la forêt " car ils vont s'y cacher - mais ces mouvements seront réprimés et écrasés au début des années 1950.

La politique autoritaire de Moscou refroidit les ardeurs rebelles du peuple jusque dans les années 1970. En Estonie, un des fameux et derniers Frères, Kalev Arro, qui durant près de 20 ans a vécu déguisé en clochard pour échapper aux autorités, est abattu en 1974. Un autre, August Sabe, converti en pêcheur, tombe en 1978 alors qu'il tentait une évasion vers la Suède.

En 1972, le jeune étudiant lituanien Romas Kalanta s'immole par le feu pour alerter l'Occident de la situation de son pays. Les émeutes qui s'ensuivent sont violemment réprimées. En 1975, une mutinerie de marins baltes est noyée dans le sang. Des pétitions contre les persécutions religieuses se font plus nombreuses.

La perestroïka engagée par Gorbatchev va profiter aux Baltes. Cette période sera marquée par l'agitation et les manifestations nationalistes. Les revendications portent sur la dénonciation de la russification forcée, sur la défense des langues baltes nationales, sur les problèmes écologiques, sur la préservation du patrimoine culturel.

Dès 1986, les manifestations nationalistes contre le pouvoir soviétique s'amplifient (mouvement Helsinki 86 en Lettonie, Sajudis en Lituanie, Parti pour l'Indépendance en Estonie). Dans le même temps, des fronts pro-soviétiques (formés par les populations russophones) s'organisent dans les grandes villes (comme le mouvement Yedinstvo, en Lituanie). Même les Russes des pays Baltes vont en grande partie approuver la marche vers l'indépendance, les partis communistes locaux rejoignent les Fronts populaires.

En 1988, l'Estonie rétablit sa souveraineté ainsi que son drapeau et sa langue nationale. Un Front populaire est créé. Sous l'égide du mouvement Sajudis, la Lituanie en fait de même l'année suivante. La Lettonie suit plus lentement le processus engagé par ses soeurs baltes (du fait de la présence d'une importante et influente minorité slave sur son territoire). En outre, les Baltes sont à l'avant-garde de la réforme économique en URSS et s'en servent pour mettre en avant leur autonomie.

Leur " révolution en chantant " (nommée ainsi du fait de la grande tradition du chant dans les pays Baltes, où les manifestations pacifiques s'accompagnent de chansons) ne peut plus faire marche arrière. Le 23 août 1989, une chaîne humaine de plus d'un million de personnes et reliant les trois pays Baltes est formée en commémoration du 50e anniversaire du pacte germano-soviétique. Dès 1990, les événements s'accélèrent. En mars, la Lituanie déclare, la première, son indépendance. Le nouveau président Lansbergis, musicien de profession et qui n'a jamais adhéré au Parti communiste, incarne le renouveau de l'idée nationale. Les mois suivants, les deux autres pays Baltes proclament leur indépendance.

Les puissances occidentales ne veulent pas compromettre le processus de dégel gorbatchevien et soutiennent tacitement ce retour à la liberté. La réaction de Moscou, elle, ne se fait pas attendre : embargo énergétique et débarquement des troupes soviétiques.

En janvier 1991, les bérets noirs (forces spéciales du ministère de l'Intérieur de l'URSS) prennent d'assaut la télévision de Vilnius, puis interviennent à Rīga et, enfin, à la frontière lituanienne : on comptera des morts et de nombreux blessés. Mais le pouvoir soviétique ne peut plus rien contre la marche de l'histoire, et, en septembre 1991, l'indépendance des pays Baltes est officiellement reconnue par la communauté internationale.

La seconde indépendance

Le 20 août, l'Estonie déclare la restauration de son indépendance qui est reconnue en septembre par l'ensemble de la communauté internationale. Pour nombre d'Estoniens, le retour à l'indépendance fut une telle surprise et une telle joie qu'ils le désignent volontiers comme le plus beau jour de leur vie. Malgré cela, une minorité a souffert de ce changement brutal de régime et en vient souvent à regretter les points positifs du système soviétique. La plupart des personnes âgées ayant travaillé sous l'Union soviétique ont vu s'envoler leurs retraites et leurs pensions à la chute de celui-ci. Le soutien financier de la nouvelle génération leur est donc indispensable, mais rend leur situation très précaire. Après le regain d'indépendance, l'Estonie a suivi le modèle économique de l'Europe de l'Ouest. L'ouverture des frontières a favorisé le développement des secteurs touristique et tertiaire. Les relations avec la Russie ne sont pas des plus faciles. Les Russes nés en Estonie sont plus ou moins regroupés au nord de Tallinn à Narva. Aujourd'hui les jeunes se doivent de parler estonien s'ils espèrent assurer leur avenir dans le pays.

Le 21 août 1991, le Parlement letton restitue l'indépendance d'avant-guerre. La souveraineté de la Lettonie est reconnue par l'URSS en septembre 1991. Quelque temps après le rétablissement de son indépendance, la Lettonie devient membre des Nations unies et s'empresse de retourner vers la communauté mondiale des nations démocratiques. En 1992, la Lettonie est éligible au Fonds monétaire international, et, en 1994, joint le programme de " Partenariat pour la Paix " de l'OTAN, signant également l'accord de libre-échange avec l'Union européenne. La Lettonie est aujourd'hui une nation membre du Conseil européen. La Lettonie est également la première des nations baltes à joindre l'Organisation mondiale du commerce en 1999.

Le 17 septembre 1991, l'indépendance de la Lituanie est officiellement reconnue par la communauté internationale. Après 50 ans d'oppression, le pays renaît et l'économie s'ouvre aux investisseurs privés. En octobre, un système basé sur le modèle français, avec la séparation du Président et de la Seimas (parlement) est adopté par référendum. En mai 1992, la Lituanie entre dans le Conseil de l'Europe, en juin le Litas est réintroduit. Fin août, les derniers soldats russes quittent définitivement le territoire et le pape Jean-Paul II rend visite au pays. En 1993, Algirdas Mykolas Brazauskas devint le 1er président de la seconde indépendance.

L’entrée dans l’Europe

En cours d'écriture depuis 1992, une nouvelle étape de l'histoire des pays Baltes a été franchie en mai 2004.

L'entrée dans l'Union européenne des trois États est un pas vers l'accès à un niveau de vie occidental, challenge du XXIe siècle. L'élargissement de l'Union européenne de 15 à 25 membres a été une étape historique - le 1er janvier 2007 -, la Bulgarie et la Roumanie sont venues grossir les rangs de l'Union. L'Estonie, la Lettonie et la Lituanie ont intégré l'Europe avec sept autres pays d'Europe centrale et orientale (PECO) : Pologne, République tchèque, Slovénie, Slovaquie, Hongrie, Malte et Chypre.

Afin d'aboutir à une intégration totale dans l'UE et après leur acceptation au sein de l'espace Schengen, un dernier objectif reste à atteindre : le passage à l'euro. Un obstacle franchi par l'Estonie depuis le 1er janvier 2011 mais rendu plus difficile pour les deux autres pays Baltes frappés durement par la crise. Finalement, la Lettonie rejoint la zone euro le 1 janvier 2014, la Lituanie le 1 janvier 2015.

L'adhésion des pays Baltes à l'UE va certainement marquer l'histoire de ces pays. Cette nouvelle étape est perçue comme l'occasion de faire découvrir au monde entier l'existence des peuples aux caractères forts, prêts à relever des défis économiques importants propres au XXIe siècle.

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