MUSEUM OF ISLAMIC ART

Musée spécialisé |

L'avis du Petit Futé sur MUSEUM OF ISLAMIC ART

Plaque millesim 2018

" Il faut inventer, décréter les travaux de paix. L'argent n'est qu'un moyen. Il y a Dieu et le Diable - les forces en présence. Il est encore temps de choisir, équipons plutôt que d'armer. Ce signe de la Main ouverte pour recevoir les richesses créées, pour distribuer aux peuples du monde, doit être le signe de notre époque. " Ainsi parlait Le Corbusier, qui fit son voyage en terre d'Islam, comme le fera en l'an 2000 Ieoh Ming Peï, passant par Cordoue et Damas sans trouver ce qu'il cherchait, puis Sousse plus près du but, puis Le Caire. Là, devant le pavillon des ablutions édifié au XIIIe siècle au sein de la mosquée Ahmad Ibn Touloun, le maître rencontre l'équilibre de la géométrie et de la lumière, une sorte d'alliance du désert et du soleil, une épure. " Une oeuvre cubiste ", lâche Peï, à propos de ce bâtiment commandé par le Sultan Lajin. Il s'agit d'un dôme supporté par un tambour octogonal reposant sur une base carrée, avec quatre entrées archées et une fontaine pour les ablutions au centre. Huit siècles plus tard, cette émotion convaincra l'architecte octogénaire d'abandonner sa studieuse retraite pour offrir au Qatar un musée d'Art islamique. Terrain miné, d'autant que Peï est parachuté à Doha sur décision de l'émir alors que le concours international a déjà été remporté par l'architecte palestinien Rasem Badram. Le Sino-Américain n'a plus rien à prouver, mais en terre musulmane, il souffle le projet à un professionnel connu pour avoir réalisé la grande mosquée de Riyad. En 2008, l'édifice est inauguré et le spectacle de la beauté pure s'impose à tous : un classique universel est né, enfant de l'atelier Gropius et d'une fontaine cairote, forme complexe surmontée d'un puits lumineux circulaire, puis octogonal, puis quadrangulaire, forteresse délicate de grès français, percée de rares ouvertures visibles mais pourvue d'une monumentale baie vitrée côté mer. Ne pas oublier non plus de visiter le parc du MIA, une oeuvre à part entière ouverte jour et nuit.

La visite. Peï a fait appel à celui qui fut son partenaire au Louvre, Jean-Michel Wilmotte, sculpteur d'espaces, pour tailler des volumes surdimensionnés dans des panneaux de verre anti-reflets de plus de quatre mètres de haut, osant le porphyre et le louro faya, ce bois brésilien au grain unique. Résultat stupéfiant de bout en bout de la visite, que l'on conseille de faire en empruntant les grands escaliers plutôt que l'ascenseur, du niveau 2 thématique (calligraphie, sciences, formes et expressions artistiques islamiques) au niveau 3 chronologique parcourant un millénaire de création dans les mondes de l'Islam (beaucoup d'oeuvres du Maroc, Irak, Iran, Turquie, Afghanistan, Inde islamique). Une exposition temporaire complète la visite (thématique changeante). Notre commentaire vous aura préparé à une belle visite, mais c'est un choc esthétique qui vous attend. Afin de profiter pleinement de ce musée de classe mondiale, on s'accordera deux bonnes heures au minimum sur place, avec le bonus recommandable des audioguides. Entrée par le niveau 1 dans l'atrium monumental, boutique, auditorium, café Ducasse.

Au gré des rotations d'expositions, vous aurez peut-être la chance de pénétrer dans la section spectaculaire et mystérieuse des automates les plus anciens de l'histoire. De la magie pure, en total multimedia, Matrix Reborn. Le Livre des Secrets dans les résultats des idées a été copié en 1266 à Tolède à partir d'un original du XIe siècle de l'ingénieur andalou Ibn Khalaf al-Muradi. La seule copie de ce manuscrit est conservée à la Biblioteca Medicea Laurenziana à Florence. " C'est une source rare pour qui étudie la technologie arabe ancienne à laquelle se réfère la recherche sur les inventions de la Renaissance comme celles de Léonard de Vinci ", déclare Massimiliano Lisa du centre de recherche italien Leonardo3. Il s'agit d'un processus qui repousse toutes les limites et témoigne de la force de la culture qui unissait les peuples. Le manuscrit est d'origine arabe. Il a émigré de l'Espagne vers l'Italie et, aujourd'hui, il retourne au monde musulman grâce à une exposition permanente à Doha, qui en offre une version numérique interactive, témoignant ainsi de l'importance de la technologie dans la mise en valeur des biens culturels. Grâce à sa publication, le monde entier pourra bénéficier de ce manuscrit. Le public découvrira ainsi que la technologie a une histoire bien plus ancienne que ce que l'on pourrait communément imaginer. Il y a mille ans, des inventeurs et des ingénieurs étaient parfaitement capables de créer des automates qui fonctionnaient, jetant ainsi les bases de la mécanique moderne. Le mécénat de l'émir du Qatar a permis le financement d'une équipe de chercheurs du centre de recherche italien Leonardo3. Toute les machines ont été interprétées et reconstruites. A Doha, vous découvrirez une reconstruction numérique interactive du manuscrit, des modèles tridimensionnels animés et un écran tactile holographique. Deux machines du Livre des Secrets ont été physiquement reconstruites : Le Destructeur de Forteresses et l'Horloge à Trois Personnages. Surfez sur www.leonardo3.net pour en savoir plus sur ce Da Vinci Code islamique !

Appréciation d'esthète par Guy Boyer de Connaissance des Arts : " De l'extérieur, la silhouette trapue rappelle celle d'un gros coffre-fort. Cet empilement de gros dés de couleur sable, en lévitation au-dessus de l'eau, accroche la forte lumière de cette région du Golfe et s'avère très photogénique. A l'intérieur, l'espace central emporte l'admiration des visiteurs par sa taille immense évoquant un hall d'aéroport et sa structure complexe de cercles et de carrés qui se termine par une coupole à facettes aux reflets métalliques. L'originalité principale de cette composition architecturale repose sur l'étrange imbrication d'un escalier aérien placé à la base et d'une lourde masse de pierre supportant le dôme par quatre pans coupés de hauteur inégale (les deux, qui font face aux larges baies, étant beaucoup plus grands et jouant astucieusement le rôle de réflecteurs de lumière). De cet atrium partent la galerie du rez-de-chaussée, dévolue aux expositions temporaires, et celles des collections permanentes sur les deux niveaux supérieurs. Ces galeries en U ont été aménagées par Jean-Michel Wilmotte et privilégient la pénombre pour mettre en valeur de manière théâtrale plus de six cents objets d'art islamique, au premier rang desquels il faut mentionner un superbe cheval de bronze de l'Espagne du Xe siècle, de rarissimes tapis iraniens, une impressionnante collection d'astrolabes en cuivre et de très nombreux bijoux indiens. Un bois sombre du Brésil alterne avec du porphyre d'Argentine poli, strié ou layé. De sobres vitrines centrales mettent les objets à hauteur d'observation et permettent de les voir sous tous leurs angles. L'option retenue pour le premier étage est un accrochage thématique tandis que le deuxième souligne la chronologie, de l'Espagne omeyyade à l'Egypte ayyoubide, de l'Iran de Tamerlan à l'Inde du Shah Jahan. "Une salle a été spécialement aménagée sur le thème de la figure, souligne le directeur du musée, pour contredire l'idée reçue d'un art islamique uniquement abstrait." On y croise aussi bien des scènes de chasse de manuscrits persans que des léopards parsemant un tapis indien. La richesse des collections, réunies en une dizaine d'années, laisse pantois et, grâce à la très belle intervention de Wilmotte, fait oublier la lourdeur de certains détails architecturaux de Peï. "

Au printemps 2006, l'émir du Qatar et le président Chirac associèrent leurs volontés pour présenter au Louvre quarante-deux chefs d'oeuvre d'art islamique des collections nationales du Qatar, désormais exposés au MIA. L'occasion de s'attarder en particulier sur quatre pièces exceptionnelles, commentées avec les mots de l'expert par le conservateur général Francis Richard :

Décret impérial, ou firman, de Soleïman le Magnifique. Turquie (Istanbul), daté de 1559.

Encre, couleurs et or sur papier, longueur : 295 cm, largeur : 59,5 cm.

" Par cet édit rédigé en turc ottoman, Soliman le Magnifique cédait à sa petite-fille un palais à Istanbul. Le texte commence par une formule invocatoire et s'achève avec la signature des témoins. La tughra, la signature du souverain, occupe une place centrale : elle est d'une dimension impressionnante et abondamment ornementée. Censées à l'origine représenter la main du sultan au travers d'un pouce et de trois doigts, les tughras passèrent d'une forme rudimentaire à une configuration abstraite et sophistiquée. La tughra de Soliman le Magnifique - qui régna de 1520 à 1566 - est l'une des plus belles. Au début, elle ressemblait à celle de son père, mais elle finit par s'en distinguer. Ici, les lettres bleu outremer sont soulignées d'or ; les verticales, les courbes, les boucles et les entrelacs, exécutés d'une main assurée, donnent à la tughra un rythme musical, tandis que les différents compartiments de cette composition calligraphique sont tapissés de pousses délicates, de branches feuillues spiralées et de petites fleurs qui, bien que revêtant diverses formes, sont en harmonie. Le papier est parsemé de gros points bleus, et les lignes de texte apparaissent en or ou en noir derrière un pointillé doré. L'impressionnante tughra, l'élégance du divani (l'écriture de la chancellerie ottomane), l'or utilisé, la taille substantielle du rouleau et la place importante occupée par les quelques lignes de texte donnent à ce document beaucoup de majesté et transforment un papier officiel en une oeuvre d'art. "

Amulette, Inde, datée 1041 AH/1632 apr. J.-C.

Jade, largeur : 5,1 cm, hauteur : 3,3 cm, épaisseur : 0,3 cm.

" Le jade blanc a été poli : il est lisse au toucher. Il porte une inscription élégamment calligraphiée en nasta'liq. Gravée dans le jade blanc, elle crée un subtil effet de blanc sur blanc, à peine perceptible mais elle est présente sur trois faces de l'amulette, sur le devant, au dos et dessous. Elle se compose de versets coraniques ; elle indique en outre le nom et les titres de Shah Jahan ainsi que l'année 1041 (1631-1632). Ce haldidi, un type de pendentif censé aider à calmer les " battements de coeur " de celui qui le porte, fut fabriqué quelques mois après la mort de Mumtaz Mahal, l'épouse de l'empereur ; celui-ci immortalisa son amour pour elle en lui faisant construire un magnifique mausolée, le Taj Mahal. "

Coupe, Irak (probablement Bassorah), IXe siècle.

Pâte argileuse, décor peint bleu. Cobalt sur glaçure opacifiée, Diamètre : 20,5 cm.

" Cette coupe est d'un extraordinaire minimalisme. Son seul décor : une ligne de calligraphie qui s'étire uniquement sur la moitié de sa surface. C'est d'un effet saisissant. Cette écriture très aérienne plonge la coupe dans un silence profond, en partie dû à la place particulière accordée au " vide ". " ma 'oumila salouha " (" Ce qui a été fait en valait la peine "), dit la phrase en bleu cobalt, écrite en caractères coufiques. Le trait enlevé vibre en bout de lettres, et se transforme en un motif folié. On dirait " de l'encre sur de la neige " (Arthur Lane). Au début du IXe siècle, les potiers musulmans étaient fascinés par la porcelaine chinoise et cherchaient à l'imiter. Par sa forme, cette coupe rappelle du reste fortement la porcelaine chinoise. Les ingrédients nécessaires à la fabrication de celle-ci n'existaient cependant pas au Proche-Orient. Les potiers de Bassora, un centre de céramique renommé pour la qualité de ses productions, eurent alors l'ingénieuse idée de recouvrir leurs modestes céramiques d'une glaçure opaque afin de lui donner un aspect plus raffiné. Mais la véritable innovation fut en fait l'introduction de décors bleu cobalt sur fond blanc. Les potiers musulmans du IXe siècle furent ainsi à l'origine de la céramique " bleu et blanc " qui fleurit entre les mains des potiers chinois quelques siècles plus tard. "

Biche, bouche de fontaine, Espagne, milieu du Xe siècle.

Bronze coulé, décor gravé, hauteur : 48,1 cm, largeur : 41,1 cm.

" Cette belle biche, à l'attitude paisible et au regard songeur, est probablement originaire d'un palais andalou du Xe siècle ; là, l'eau devait tomber en cascade de sa bouche en forme de coeur. On a trouvé un cerf assez similaire dans les ruines de Madinat al-Zahra (près de Cordoue), et il est possible que tous deux aient orné la même fontaine, comme les lions de la fontaine située dans la cour des lions à l'Alhambra. Dans les palais islamiques, les fontaines sont des éléments architecturaux très importants. Une fontaine comportant une biche et un cerf devait avoir une fonction hautement symbolique, car l'association de ces deux animaux, mâle et femelle, représente dans la pensée mystique l'union des hommes et des femmes dans leur cheminement spirituel. La qualité sculpturale de cette biche, notamment de sa tête, est étonnante. Pas de naturalisme, mais une forme stylisée qui rend compte des traits essentiels de l'animal. On notera quelques détails, comme ses oreilles dressées. La dimension abstraite, que prête à l'animal sa forme stylisée, se trouve renforcée par un décor d'arabesques : les lignes ondulent, formant un motif régulier à base de demi-palmettes encerclées. Une bordure semblable à un galon en tissu met fin aux arabesques qui recouvrent le corps de la biche. Ainsi la biche semble-t-elle porter un costume ornementé, quelques accessoires - telles la rosette qu'elle a sur la tête ou sa petite natte - ajoutent à la solennité de cette noble créature. "
www.louvre.fr

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Informations et horaires sur MUSEUM OF ISLAMIC ART

Ouvert de 9h à 19h du samedi au jeudi et de 13h30 à 19h le vendredi. Admission 30 minutes avant la fermeture. Entrée gratuite.
Services :

Avis des membres sur MUSEUM OF ISLAMIC ART

Note générale : 5/5
Rapport Qualité/Prix
Service
Originalité
4 avis d'internautes
5/5
Rapport Qualité/Prix
Service
Originalité
Visité en novembre 2019
Riche collection
Plusieurs raisons d'y aller, à commencer par le bâtiment. Arrivée sur une allée bordée de palmiers et vue sur la nouvelle ville depuis la terasse du musée. La collection d'art islamique est très bien fournie, incluant des pièces rares d'Afghanistan et Syrie.
Avis déposé le 01/11/2019
5/5
Rapport Qualité/Prix
Service
Originalité
Visité en février 2017
Musée très riche, collection exceptionnelle : enluminures, tapis, poteries, poignards aux manches et étuis très finement ciselés, corans miniatures, aiguières, lampes à huile, astrolabes... objets perses, égyptiens, chinois...
Et de plus c'est gratuit !
Avis déposé le 27/03/2017
5/5
Rapport Qualité/Prix
Service
Originalité
Visité en mars 2016
Même si vous n'êtes pas particulièrement attiré par les arts islamic, venez découvrir ce musé de toute beauté. La construction par elle même mérite déjà le detour ce bâtiment construit sur une langue de terre donnant directement sur la mer, a la tombée du jour le coucher du soleil a travers les arches du musé donnant sur l'eau est a surtout ne pas manqué, le parc autour du musé est verdoyant et d'un calme très reposant , n'hésitez absolument pas a venir y passer quelques heures.
Avis déposé le 30/01/2017
5/5
Rapport Qualité/Prix
Service
Originalité
Visité en janvier 2017
Cet endroit est exceptionnel : extérieurs avec jardin et vue sur la skyline de Doha, architecture contemporaine, intérieur, collections extraordinaires issues de nombreux pays, extraordinaire mise en valeur des collections.

Petite cerise sur la gâteau : restaurant Ducasse au dernier étage !
Avis déposé le 27/01/2017
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