Guide de BELGRADE (БЕОГРАД) : Arts et culture

<p>Street art dans le centre-ville, rue Balkanska.</p>

Street art dans le centre-ville, rue Balkanska.

Architecture
<p>L'ancien bâtiment de la banque coopérative à Savamala.</p>

L'ancien bâtiment de la banque coopérative à Savamala.

L'architecture serbe est avant tout connue pour ses très nombreux monastères et églises orthodoxes élevés sur le territoire de Serbie entre le XIe et le XIVe siècle. Ce très précieux patrimoine architectural peut se départager en trois groupes :

Ecole rascienne. Mêlant style byzantin et influences romanes, cette école est développée au XIIe siècle par la dynastie des Nemanjić. Studenica et Ðurđevi Stupovi, construits à la fin du XIIe siècle, en sont les monastères les plus représentatifs.

Style serbo-byzantin. Au début du XIVe siècle, apparaît une architecture plus imposante, reposant sur un haut degré de technicité et utilisant notamment des croisées d'ogives. Ce style est visible dans les monastères de Gračanica et de Peć.

Ecole de la Morava. Au XIVe siècle, l'art religieux se déplace dans la vallée de la Morava et du Danube. C'est une architecture plus affinée, combinant différents types de pierre et jouant sur les formes géométriques. Ravanica, Resava, Krušedol en sont de bons exemples.

Quels styles plus particulièrement à Belgrade ?

En vous baladant dans les rues de Belgrade, vous serez frappé par la palette importante de styles architecturaux présents. Malheureusement, comme la ville a subi de nombreux bombardements et de guerres, il reste peu de témoins du passé. La plupart des bâtiments sont relativement jeunes et les plus vieux datent plutôt du début du XIXe. Voici néanmoins quelques pistes architecturales.

Le paysage architectural serbe a également été influencé par le style austro-hongrois. A Belgrade, il suffit de faire un tour du côté de Zemun pour avoir la simple et pure impression de déambuler dans une petite bourgade autrichienne. Façades colorées et immeubles relativement bas sont au rendez-vous.

Le style moderne serbo-byzantin, développé à la fin du XIXe siècle est largement influencé du style serbo-byzantin médieval. Seulement, il ne concentre pas sur les édifices religieux mais sur des constructions civiles. A Belgrade, vous pourrez admirer dans ce style l'ancienne centrale téléphonique (Kosovska 47, Косовска) ou encore le bâtiment du Patriarcat de Belgrade, en face de la Cathédrale St Marc.

Le style ottoman avec notamment deux Konaks en particulier qui servaient de résidences princières. La résidence de la Princesse Ljubica (Kneza Sime Markovića 8, Кнеза Симе Марковића) ainsi que celle de son mari, le Prince Miloš (Rakovički put 2, Раковички Пут).

Le style néo-byzantin est le mieux représenté au travers de la Cathédrale St Sava qui n'est pas, à l'intérieur, achevée. La présence de voûtes, d'arcades, dômes et mosaïques sont typiques puisque le style s'inspire, comme son nom l'indique, de l'architecture byzantine.

L'Art nouveau ainsi que la Sécession ne sont pas en reste. A voir l'hôtel Bristol sur la Karađorđeva (Карађорђева) construit entre 1910 et 1912 par l'un des architectes serbes les plus en vogue de son époque Nikola Nestorović. Le bâtiment du musée Zepter sur la Knez Mihailova (Кнез Михаилова) est une des rares représentations du style sécessioniste berlinois. L'hôtel Moskva sur Terazije (Теразије) est lui inspiré de l'Art Nouveau russe.

L'Art déco est aussi intégré dans le paysage belgradois. Quelques exemples à voir avec le Palais Albanija au début de la Knez Mihailova (Кнез Михаилова - côté Terazije), le musée de l'histoire de Serbie (Trg Nikole Pašića 11, Трг Николе Пашића) ou encore le musée ethnographique (Studentski Trg 13, Студентски Трг).

Artisanat

La Serbie est encore très attachée à son savoir-faire artisanal qui, comme le pays tient à son identité culturelle, perdure et ne se laisse pas encore avaler par les grosses industries. Ici, on apprécie toujours autant se servir de ses mains.

Nombreux sont encore aujourd'hui les adeptes de peinture religieuse comme les icônes ou encore les fresques. L'orfèvrerie, depuis l'Empire ottoman, a délaissé le travail de l'étain et de l'argent pour la fabrication de colliers et autres bijoux.

La broderie de costumes et de vêtements, mais aussi des nappes et autres décorations d'intérieur, présente de multiples aspects.

Souvenir de l'Empire ottoman, le café a développé un champ d'activités artisanales qui lui sont consacrées comme la fabrication de services à café en étain ou en cuivre, de plateaux ornementés, de moulins en bois parfois incrustés de nacre, etc.

La rakija, c'est l'alcool typique serbe à côté duquel vous ne pourrez pas passer, même si vous le voulez. Beaucoup de Serbes fabriquent leur propre rakija et ne sont pas avares de vous faire déguster.

Que ramener de son voyage ?

Les icônes. Vous en trouverez dans les églises ou dans des magasins spécialisés. Si ce sont de véritables icônes, n'oubliez pas de demander au vendeur le papier qui vous permettra de faire sortir l'icône du territoire.

Côté gastronomie. Une bouteille de šljivovica - rakija à la prune - est assez typique. Un pot de cette délicieuse purée de poivrons à manger comme condiment qu'est l'ajvar réjouira les gourmands (conseil : prenez la marque Bakina Tajna). Une petite boîte de loukoums serbes achetée dans la confiserie spécialisée Bombondžija, la plus vieille de la ville. De la bière artisanale qui gagne en popularité et à être connue. On trouve de plus en plus de magasins spécialisés en centre-ville. Les marchés comme Kalenić ou Zeleni venac sont idéaux pour acheter de vrais produits bio faits maison comme de la confiture ou du miel. Sans oublier bien sûr que la Serbie est célèbre pour ses vins !

Vêtements. Enfin, si vous souhaitez rapporter un vêtement qui sorte un peu du traditionnel tee-shirt " I love Belgrade ", on vous conseille de filer à la boutique Makadam Concept Store où on trouve notamment la marque Sirogojno Style qui propose une gamme de pulls, vestes et autres vêtements en laine typiques de la région de Zlatibor et réalisés à la main. Ou encore de superbes tee-shirts de la marque Dechkotzar disponibles dans la même boutique ou dans son propre concept store DechkoTzar Flagship Store.

Cosmétique artisanaux. Belgrade Design District est un lieu incontournable de visite et un endroit tout indiqué pour trouver des objets uniques de designers locaux. Notre dernier coup de coeur, la boutique All Nut, qui propose des cosmétiques handmade faits avec tous types d'huiles pressées.

Cinéma

Le cinéma serbe s'est affirmé dans les années 1990 avec des réalisateurs prestigieux comme Emir Kusturica ou Goran Paskaljević. Pour ces créateurs, la France n'est pas seulement un lieu de travail, elle est devenue leur principale résidence. Des acteurs les ont suivis, comme Miki Manojlović, que l'on a vu dans plusieurs films français à succès, depuis le milieu des années 1990, ou encore Radivoje Rasha Bukvić, qui a joué aux côtés de Deneuve dans Les Bien-aimés (2011) de Christophe Honoré. Bukvić a joué aussi dans : Coco Chanel and Igor Stravinski de Jan Kounen (2009), Un chat, un chat de Sophie Fillieres (2008) avec Chiara Mastroianni, Taken de Luc Besson (2007) et La Californie de Jacques Fieschi (2005) avec Ludivine Sagnier. Mentionnons aussi Branka Katić dont l'apparition remarquée dans Chat noir, chat blanc (1998) d'Emir Kusturica lui a permis d'avoir une visibilité à l'international. On l'a vue en 2010 dans L'homme qui voulait vivre sa vie d'Eric Lartigau, aux côtés de Catherine Deneuve.

Les liens entre le cinéma serbe et la France sont donc très forts. Bien que la situation politique et les guerres aient fortement amoindri les capacités de la Serbie, 7 à 8 films sortent bon an mal an dans le pays. L'école de Belgrade forme encore de très bons réalisateurs et une pléiade d'acteurs prometteurs.

En France, le Festival du film méditerranéen (section courts-métrages notamment) ou le Festival de Cannes (Kusturica, deux fois Palme d'Or) connaissent bien les réalisateurs serbes. Il faut mentionner que le Festival de Belgrade, par son engagement et son éclectisme, favorise l'éclosion de jeunes talents.

A l'époque communiste, les grands réalisateurs étaient souvent d'origine serbe. On se souvient du très beau J'ai même rencontré des tziganes heureux (1967) d'Aleksandar Petrović (né et mort à Paris), qui narrait, avec une musique magnifique, la vie quotidienne mais bien peu banale de Tziganes du sud de la Serbie. Ce film lui a valu le Grand Prix spécial du jury et le Prix de la Critique internationale à Cannes en 1967. Il faut dire qu'à l'époque Petrović et les autres réalisateurs de la " nouvelle vague " serbe étaient bannis lors du régime de Tito : Želimir Žilnik (Rani radovi, 1968 - l'Ours d'or à Berlin), Dušan Makavejev (Innocence sans protection, 1968 - l'Ours d'argent à Berlin), Živojin Pavlović (Une fois que je serai mort et que j'aurai disparu, 1967). Un an avant la mort de Tito, un film prémonitoire racontait, à travers l'itinéraire chaotique d'un autocar de campagne, les dissensions entre les différents peuples de Yougoslavie  : Qui chante là-bas ? de Slobodan Šijan. La période communiste est bien représentée par le film du réalisateur Goran Marković, Tito et moi, sorti en 1992. Depuis quelques années, apparaissent de nouveaux talents.

Au milieu des années 1990, la guerre et la situation économique valent au cinéma serbe des films durs mais captivants. Lepa sela, lepo gore (Joli village, jolies flammes en français) de Srđan Dragojević narre l'histoire vraie de deux amis d'enfance, l'un Serbe, l'autre musulman, que tout va séparer pendant la guerre en Bosnie. Baril de poudre, sorti en 1998, de Goran Paskaljević raconte, en des courtes scènes alertes et incisives, la dépression des Belgradois pendant l'isolement international qu'ils subissent. Ces dernières années, les thèmes sont plus consensuels et, parmi les meilleurs films, il faut retenir Kordon de Goran Marković et Profesionalac de Dušan Kovačeviç. Les jeunes talents serbes ont été, à plusieurs reprises, récompensés dans les festivals, comme Stefan Arsenijević qui reçut l'Ours de Berlin en 2003 en court-métrage. Les réalisateurs les plus prometteurs sont Srđan Golubović (Klopka/Le Piège, film sur la transition après l'ère Milošević, classé parmi les meilleurs 10 films de la Berlinale 2007), Miloš Radović (Mali svet, Pad u raj), les jeunes Stefan Arsenijević (Ours d'or à Berlin en 2003) et Nikola Ležaić dont Tilva Roš est devenu le film serbe le plus récompensé de la dernière décennie.

Enfin, n'oublions pas les acteurs, parmi lesquels Ilija Stanojević, qui, en 1911, réalisa également Karađorđe, le premier film muet de Serbie, ou encore Miki Manojlović, Žanka Stokić, Pavle Vujisić, Zoran Radmilović, Dobrica Milutinović, Bora Todorović, Mira Banjac, Dragan Nikolić, Milena Dravić, Ljubiša Samardžić et Lazar Ristovski (le grand gaillard moustachu dans Underground). Tout le monde connaît également Rade Šerbedžija, qui la plupart du temps joue des rôles de méchants comme dans Le Saint de Phillip Noyce et qui apparaît dans Eyes Wide Shut, Snatch, Harry Potter et les reliques de la mort, X-Men : le commencement ou encore Taken 2. Dans la nouvelle génération, on peut citer comme acteurs déjà reconnus Sergej Trifunović, Mirjana Joković, Nebojša Glogovac, Marija Karan et Branka Katić.

Danse

Les danses traditionnelles s'appuient sur des instruments et des habitudes qui allient rythme ottoman et danses slaves. Le kolo serbe est le plus répandu. A l'origine ronde villageoise, où garçons et filles se tenaient par la main, le kolo a évolué pour devenir un véritable spectacle aux chorégraphies multiples. On le danse aujourd'hui dans toutes les grandes célébrations, en se tenant par l'épaule.

Le čoček vient de Serbie méridionale et, sur un rythme plus lent, fait danser des petits groupes de gens qui se font face. Il n'est pas rare de voir à cette occasion des déhanchements dignes des meilleures danses du ventre ! Les instruments qui accompagnent le plus souvent ces danses sont le fifre, la clarinette, le tambour et deux instruments typiques : le diple (sorte de cornemuse) et la guzla (instrument à cordes fait en bois d'érable), le plus répandu, qui distille un son particulièrement triste et monocorde, puisqu'elle n'a... qu'une corde.

Littérature
Brève histoire

C'est tout d'abord au Moyen Age, grâce à l'alphabet que les apôtres Cyrille et Méthode ont mis à la disposition de peuples slaves, que la littérature serbe prend véritablement naissance. Rédigée en vieux slave, elle mêle des éléments du parler populaire. A cette époque, elle est avant tout une littérature de traduction et d'imitation avant de s'en détacher au début du XIIIe. L'un des genres très en vogue à cette époque est celui de la biographie que le fondateur de l'Eglise autonome serbe Sava Nemanjić - ou Saint Sava - a lui-même instauré. On relate alors les exploits et les vies des souverains et des hauts dignitaires ecclésiastiques. Après la conquête turque, la littérature serbe continue son évolution au sein des monastères. Le despote Stefan Lararević instaura à cette époque l'école de Resava, dans le monastère du même nom, où les moines corrigeaient, traduisaient et recopiaient des manuscrits.

À la fin du XVIIe, les Serbes émigrés en Hongrie redonnent son essor à la littérature en reprenant tout d'abord la tradition médiévale. Les écrits évoquent l'histoire nationale, préoccupation de l'époque puisqu'une partie de la Serbie est sous le joug turc. Quelques auteurs comme Đorđe Branković ou Pavle Julinac rédigent des chroniques historiques. D'autre part, la littérature didactique laïque fait son apparition avec Gavrilo Venclović et Zaharije Orfelin qui en sont chantres. Dositej Obradović cherche le premier à dégager la langue de la tradition cléricale. Basés sur les parlers populaires, ses écrits sont essentiellement des traités didactiques et des fables. Dans sa lignée didactique suivront les auteurs Jovan Muškatirović et Pavle Solarić. Enfin, c'est à Milovan Vidaković que l'on doit les premiers romans serbes à la fin du XVIIIe et début du XIXe.

A cette époque, alors que la Serbie se débarrasse peu à peu de l'occupation ottomane en acquérant de plus en plus d'autonomie, apparaît comme un renouveau d'une vie culturelle nationale. On s'intéresse de près à la littérature orale dont la langue va être largement l'inspiration de l'expression littéraire. Ce sont les temps bénis de Vuk Karadžić qui réforme la langue littéraire serbe en lui faisant correspondre une lettre à un phonème de façon à ce que l'on écrive comme on prononce. En plus d'être linguiste, Karadžić rencontre un large succès auprès des Romantiques à travers l'Europe avec ses recueils de poèmes lyriques et héroïques. Les chants oraux, leur langue et la poésie qui les animent ont trouvé à l'époque romantique un écho favorable auprès des écrivains serbes. Le sentiment national est à l'honneur ainsi que les traditions populaires. Le grand poète de l'époque, le prince-évêque du Monténégro Petar II Petrović-Njegoš, excelle dans le genre. En outre, certains poètes s'engagent en exaltant le nationalisme et la démocratie comme Jovan Jovanović Zmaj ou encore Branko Radičević.

Le réalisme serbe, issu de la question sociale et des problèmes causés par le capitalisme naissant auprès de la paysannerie, est incarné au cours du XIXe siècle par l'idéologue Svetozar Marković, adepte du socialisme. De son côté, Jovan Sterija Popović est connu pour ses comédies de moeurs dans le milieu bourgeois. Jakov Ignjatović, quant à lui, est le premier prosateur réaliste. Il dépeint au travers de ses romans la décadence de la petite bourgeoise serbe de Hongrie. Avec Janko Veselinović et Milovan Glišić, la nouvelle rurale devient un des principaux genres littéraires, le monde patriarcal est lui la source d'inspiration de Laza Lazarević. Dans la même lignée, citons Svetolik Ranković, Simo Matavulj ou encore Stevan Sremac.

Au sortir de la Grande Guerre, la vie littéraire serbe est touchée par la vague avant-gardiste européenne. Belgrade devient le centre de la vie littéraire yougoslave. Nombreux sont les auteurs qui s'y retrouvent, de retour d'exil et ceux dont les villes et villages d'origine appartenaient à l'Empire autro-hongrois. C'est à cette époque qu'Ivo Andrić s'illustre, au travers de sa prose poétique et de ses nouvelles. Le surréalisme fait également son apparition avec notamment Milan Dedinac.

Avec l'arrivée au pouvoir de Tito et la création de la République fédérale socialiste de Yougoslavie, la littérature serbe se teinte d'un ton social et militant. La lutte révolutionnaire est exaltée par le surréalisme, la poésie... Oskar Davičo, Vasko Popa, Desanka Maksimović, Stevan Raičković, Miodrag Pavlović, Ivan Lalić, Borislav Radović et Branko Miljković sont autant de noms connus pour cette période.

Avec les années 1960, c'est le retour à la littérature de l'entre-deux-guerres et à la critique sociale. Miloš Crnjanski rentre en Yougoslavie en 1965 et y réintègre pleinement la vie littéraire. Miodrag Bulatović décrit dans ses nouvelles et dans ses romans la tendresse et la cruauté de héros marginaux. Le réalisme renouvelé fait également son apparition (Živojin Pavlović, Slobodan Selenić, Vladimir Stojšin, Momo Dimić), ainsi qu'un nouveau genre de roman historique où, pour Danilo Kiš et Milorad Pavić, l'imagination et la réalité se confondent.

Les grands écrivains serbes

Ivo Andrić (1892-1975) : S'il faut que vous ne reteniez qu'un nom dans le paysage littéraire serbe, c'est celui-ci, car Ivo Andrić a obtenu en 1961 le Prix Nobel de littérature. Né à Dolac, en Bosnie, il grandit à Višegrad dont il rendra célèbre le pont (Le Pont sur la Drina). Après avoir étudié la philosophie à Zagreb, Vienne et Cracovie, il est fait prisonnier au début de la Grande Guerre en 1914 à cause de ses activités anti-autrichiennes. En 1923, un Doctorat en lettres en poche, il rejoint le corps diplomatique yougoslave, ce qui l'amène à se trouver en poste à Berlin en 1941. Rentré à Belgrade la même année, il commence la rédaction de trois grandes oeuvres qui seront publiées au sortir de la guerre : Na Drini ćuprija (Le Pont sur la Drina), Travnička hronika (La Chronique de Travnik), and Gospođica (La Demoiselle). En 1946, il devient membre de l'Académie serbe des Sciences et des Arts puis, plus tard, président de l'Association des Ecrivains Serbes.

Dans Le Pont de la Drina et Chronique de Travnik, Andrić décrit la vie de cette région de Bosnie où pendant des siècles, l'Orient et l'Occident se sont déchirés, par conflit d'intérêt et d'influence. Une région dont la population se compose d'hommes et de femmes de nationalités et de religions différentes. Une oeuvre dont les thèmes sont encore d'actualité.

Andrić s'est également illustré dans le genre de la nouvelle avec L'Eléphant du vizir, L'Histoire du serf Siman ou encore Titanic et autres contes juifs de Bosnie.

Miloš Crnjanski (1893-1977) : Une des figures majeures de la littérature serbe moderne. Né en Voïvodine austro-hongroise, il fait ses études secondaires à Vienne. Sa carrière littéraire commence par des recueils de poèmes : Lirike Itake (Ithaque en français) en 1919 et Lettres de Paris trois ans plus tard. C'est essentiellement dans la prose qu'il excelle. Il publie en 1921, le Journal de Čarnojević, roman poétique court dans lequel il exprime son dégoût d'un monde absurde où règne le chaos. En 1929, c'est le succès que lui apporte son roman Migrations ainsi qu'une reconnaissance mondiale : à travers la description romancée des migrations de la diaspora serbe dont il est lui-même issu. Il accentue cette veine romanesque dans le Roman de Londres (1971) qui traite de nouveau d'errance et d'exil. Son personnage principal, un aristocrate russe, pense trouver dans l'Angleterre de l'après-guerre une civilisation raffinée mais finalement il n'y verra au contraire que l'exemple d'un monde décadent.

Danilo Kiš (1935-1989) : Ecrivain serbe parmi les plus connus et le plus traduit en France où il s'installa en 1979 et où il vécut jusqu'à sa mort. Né à Subotica, en Voïvodine, d'un père juif et d'une mère monténégrine, il vivra à Novi Sad puis dans le village d'origine de son père en Hongrie à Kerkabarabás à cause des massacres de juifs et de Serbes perpétrés par l'armée hongroise. Son père sera d'ailleurs déporté à Auschwitz d'où il ne reviendra pas. Ses premières traductions et poésies paraissent au Monténégro dans les années d'après-guerre, et ses essais et nouvelles à Belgrade, dans les années 1950. La carrière de Danilo Kiš prend néanmoins son véritable envol lorsqu'il s'installe à Strasbourg en 1962, où il devient lecteur à l'université. Tout en poursuivant la traduction des grands auteurs français et russes, Danilo Kiš déploie l'éventail de ses talents. Il collabore avec l'Atelier 212 de Belgrade et s'essaie à la dramaturgie théâtrale. En 1965, il publie son premier roman, Jardin, cendre, traduit en français en 1971. Il s'agit de son oeuvre la plus caractéristique. Dans un style très personnel, le narrateur raconte son enfance en Yougoslavie et en Hongrie pendant la guerre, à travers le personnage d'Edouard Sam, un doux illuminé qui consacre son temps à écrire une encyclopédie, davantage nourrie de rêves que de connaissances précises. Léger et imaginatif, le style de Danilo Kiš se perfectionne au fil des ouvrages de plus en plus énigmatiques. Chagrins précoces (1969), Sablier (1972) et Un tombeau pour Boris Davidovitch (1976) figurent parmi les plus connus. Parallèlement à ses travaux de romancier, il poursuivit son oeuvre théâtrale et exerce sa fonction de lecteur à Bordeaux puis à Lille. Récompensé par les plus grands prix littéraires dans son pays (NIN, Ivo Andrić) et en France (Grand Aigle d'or de la ville de Nice), Danilo Kiš est mort en 1989 d'un cancer.

Milorad Pavić (1929-2009) : Romancier, conteur, historien de la littérature serbe et spécialiste de la poésie baroque, Milorad Pavić est né à Belgrade en 1929. Son premier ouvrage publié en 1991 à Belgrade, Palimpsestes, est un recueil de poésies, suivi trois ans plus tard d'une monumentale Histoire de la littérature serbe à l'âge du baroque. Il est surtout connu pour son Dictionnaire khazar (1984), qu'il présente comme un roman-lexique et qui casse les codes de la lecture linéaire. Cet ouvrage reçut un accueil mondial triomphant puisqu'il a été traduit dans une vingtaine de langues. Milorad Pavić avait même été sélectionné comme candidat à la liste du prix Nobel de littérature en 2002. En 1991, il devient membre de l'Académie serbe des sciences et des lettres.

Goran Petrović (1961) : Il est l'un des jeunes écrivains serbes les plus doués de sa génération. Né à Kraljevo, il vit désormais à Belgrade. Il a écrit une dizaine d'oeuvres dont certaines sont traduites dans de nombreuses langues. En 2000, il a reçu le prix NIN pour l'un des ses romans, une haute distinction littéraire en Serbie. En français sont disponibles les romans Soixante-neuf tiroirs, Le Siège de l'Eglise Saint-Sauveur et Sous un ciel qui s'écaille.

Vladimir Tasić (1965) : Un auteur issu de la nouvelle génération littéraire également. Né à Novi Sad, Vladimir Tasić est professeur de mathématiques au Canada, à Nouveau-Brunswick. Il a déjà remporté le prix NIN et le prix Vital en Serbie grâce à son roman Pluie et Papier.

Médias locaux
Musique

La vie en Serbie se passe en musique, vous allez vite vous en apercevoir. La musique traditionnelle serbe est le chant polyphonique, issu de la tradition patriarcale et villageoise : les habitants du village se scindent en deux groupes, hommes et femmes, et entonnent des chants aux variations de sons très importantes. Ces chants sont accompagnés d'instruments à vent comme la flûte et la clarinette. De même, la musique tamburaši, à base de tambours et d'accordéons, jouée par de petits groupes de musiciens représentent des orchestres très populaires. Impossible de passer à côté, notamment dans les kafanas en soirée où des groupes d'amis entonnent en choeur des chansons slaves connues de tous, comme le lyrique Hej Sloveni, ou le très beau et mélancolique Hej Krčmarice. Il existe une chanson serbe pour illustrer chaque instant dans la vie de tous les jours et il est très populaire de dédier une chanson à l'un de ses amis par radio afin qu'il se reconnaisse dans la chanson, une manière de partager des instants vécus.

La musique tzigane ou rom s'illustre parfaitement dans les films de Kusturica comme Underground ou Le Temps des Gitans. En Serbie, ce sont les trubači, c'est-à dire les joueurs de trompettes. Orchestres de cuivres formés par des Tziganes, ces fanfares de village vont de cabaret en cabaret et, à la moindre sollicitation de votre part, sont capables d'improviser toute chanson du répertoire national - la meilleure étant sans aucun doute Mesečina. Les valeurs sûres restent les orchestres de Fejat Sejdić, Dejan Petrović et Bakija Bakić. Parmi eux, certains sont devenus des stars, comme Boban Marković qui se produit dans de grandes salles à Belgrade.

Plus classiques mais toujours tziganes, les ensembles de cordes inspirés des Tziganes russes accompagneront souvent vos repas dans les grands hôtels. Le fameux groupe Odjila ou les nouveaux Loulou Djine interprètent tout le répertoire tzigane classique : des must comme Pilem ou Kiko tuke ne manqueront pas de vous séduire. Et tous vos sens seront mobilisés à l'écoute de l'hymne tzigane par excellence, Ederlezi, qui sera repris en choeur par toute l'assistance.

La musique de films est également une grande spécialité locale. Tout le monde connaît Goran Bregović, l'imaginatif compositeur des films de Kusturica : du Temps des Gitans à Chat noir, Chat blanc, Bregović a toujours basé ses compositions sur la musique trubači, avec choeurs et instruments traditionnels. Il en revisite les bases pour composer une nouvelle musique sophistiquée et aux influences étrangères.

Le Turbo-folk est un mélange détonant de rythmiques saccadées et synthétiques mêlées à des mélopées très traditionnelles. Ce genre musical de la fin des années 80 est rapidement devenu un incontournable du paysage musical serbe. Des radios et des chaînes privées, comme Pink, ont bâti leur empire sur cette musique. Et du chauffeur de taxi au politicien, tout le monde l'écoute !

L'icône du Turbo-folk est la chanteuse Ceca (de son vrai nom Svetlana Ražnatović), une femme aux formes girondes et siliconées, à la voix puissante. Parmi les autres stars, il y a Jelena Karleuša, une blonde platine au goût de la provocation prononcé.

Côté rom, Šaban Šaulić ou l'indéboulonnable Džej Ramadanovski sont des vieux de la vieille.

Autres musiques : Les grands courants musicaux sont aussi représentés en Serbie. La chanson d'auteur comporte quelques représentants admirables, comme Ðorđe Balašević, qui chante des chansons fortes, poétiques et souvent tristes avec une voix chaude et un talent rare. Le rock a ses étoiles : Rambo Amadeus, Katarza, Darkwood Dub, Kanda, Kodža i Nebojša, Van Gogh ou bien encore Riblja Čorba. L'une des caractéristiques des musiques en Serbie, tous styles confondus, est le mélange paradoxal de mélancolie et d'énergie sursautante. Au rayon des souvenirs, le mythe yougoslave des années 1970 et 1980 s'est reformé en 2005 le temps d'une tournée. Ils étaient 300 000 à Belgrade venus écouter Bijelo Dugme, le groupe phare de la scène rock des Balkans, inventeur du son Rock YU après avoir eu un style très progressive-rock. Pour finir, Bojan Zulfikarpašić, dit Bojan Z, représente l'une des grandes valeurs du jazz mondial. S'il vit en France depuis 20 ans, ce natif de Belgrade et Serbe de Bosnie, aime venir jouer dans sa ville d'origine. Son quartet avec Henri Texier et Michel Portal entre autres en a fait un jazzman très demandé.

Pour aller plus loin. Il existe un excellent blog en français qui essaie d'expliquer l'ex-Yougoslavie à travers ses musiques (lire : " La grande Serbie (la vraie), son underground, sa pop-culture "), mais aussi qui donne l'agenda des concerts des artistes des Balkans en France : www.yougosonic.blogspot.com

Peinture et arts graphiques

La peinture est l'un des arts nationaux les plus anciens et les plus aboutis. Ses débuts sont marqués par des productions sur bois d'icônes religieuses. Aux XIIe et XIIIe siècles, des peintures murales apparaissent dans les monastères. L'ange blanc du monastère de Mileševo et les chevaliers et portraits princiers de celui de Resava figurent parmi les joyaux de cet art médiéval. Au XIXe siècle, les représentations historiques et le courant symboliste donnent un souffle nouveau à l'art pictural de la Serbie. Mais c'est véritablement le XXe siècle qui verra éclore des talents de renommée internationale qui constitueront l'école yougoslave. Si vous êtes amateur de peinture, ne manquez pas de visiter le Musée national de Belgrade (s'il ouvre après rénovation), dont l'exposition permanente englobe trois siècles de peinture en Serbie, mais aussi des Renoir, Van Gogh et Picasso de la collection Chlomovitch.

La Serbie est notamment réputée pour ses peintres naïfs, comme Janko Brašić, Sava Sekulić, Martin Jonaš et Zuzana Halupova.

Aujourd'hui, différentes écoles sont actives en Serbie. Les Beaux-Arts de Belgrade, mais aussi de Novi Sad, qui accueillent 80 studios de peintres dans les murs de la forteresse de Petrovaradin attestent de la place qu'a prise la peinture en Serbie. A tel point que Novi Sad est connue en ex-Yougoslavie pour son dynamisme dans ce domaine. Parmi justement la nouvelle génération de la capitale de Voïvodine, citons Maja Erdeljanin. Pleine de couleurs vives, entre douceur et violence, sa peinture mêle l'abstraction et le figuratif dans une réinterprétation de l'idée impressionniste où les couleurs jouent un rôle majeur.

Une visite du Musée Zepter à Belgrade vous donnera un très bon éventail des écoles de peinture serbes.

Quelques grands noms

Olja Ivanjicki (1931-2009) est née en Serbie dans une famille russe expulsée d'URSS après la Révolution d'Octobre. Ce peintre, sculpteur, poète, artiste multimédia, visionnaire, architecte et styliste de mode est un grand nom de l'art contemporain serbe. Dans son oeuvre influencée par le pop art, elle était l'une des fondatrices et la seule femme d'un important cercle artistique serbe, Mediala.

Paja Jovanović (1859-1957) est l'un des peintres réalistes serbes les plus célèbres. Il est réputé pour ses portraits de personnages aristocratiques et ses fresques tirées de l'histoire nationale.

Petar Lubarda (1907-1974) est LE peintre monténégrin de renommée internationale. Ses oeuvres avant-gardistes l'ont très vite distingué de ses pairs des années 1950. Ses compositions oniriques, mêlant thèmes expressionnistes et images post-modernes, nous plongent dans un univers tout à fait surréaliste. Il n'hésite pas à assembler matériaux hétéroclites et objets de la vie quotidienne.

Nadežda Petrović (1873-1915) est considérée comme le peintre féminin serbe le plus important de la fin du XIXe et du début du XXe siècle. Elle peint en suivant différents courants comme l'impressionnisme, l'expressionnisme mais surtout le fauvisme, qui fait sa renommée. Ses peintures sont dominées par ses couleurs préférées : le rouge vivant et le vert. Plus de 200 de ses tableaux sont préservés, faisant partie des collections d'un grand nombre de musées et de galeries en Serbie. C'est elle que l'on retrouve sur les billets de 200 dinars serbes.

Ljuba Popović (1934) est l'un des créateurs du mouvement surréaliste de Belgrade et le chef de file des peintres serbes à Paris. Il crée en 1960, avec des amis, un groupe d'avant-garde nommé Mediala : on y reconnaît déjà son style agressif, mêlant une technique quasi pointilliste et de grands aplats rectilignes. Ljuba Popović produit une peinture tourmentée, mêlant corps féminins, architecture et formes surréalistes dans des compositions d'une rare intensité de couleurs. Une peinture qui met en relation le désir et la mort, la pureté et le chaos, le microcosme et le macrocosme.

Adresses Futées de BELGRADE (БЕОГРАД)

Où ?
Quoi ?
Avis