Guide de BELGRADE (БЕОГРАД) : Mode de vie

Vie sociale
Démographie

Démographiquement parlant, la Serbie est dans une situation critique comme les chiffres l'indiquent. Le taux de natalité en 2017 est de 9,20 ‰ et le taux de mortalité, bien supérieur, est de 14,80 ‰. L'accroissement naturel est négatif, soit -0,468 ‰ et le taux de fertilité est passé de 1,6 en 2000 à 1,46 en 2016. En d'autres termes, la population serbe ne se renouvelle pas suffisamment. Estimée en 2017 à 7 022 000 habitants, la population a tendance à perdre quelques dizaines de milliers d'individus par an.

En outre, tous les chiffres indiquent un vieillissement de la population. Entre 2000 et 2017, la tranche de population comprise entre 0 et 14 ans a diminué de 16,1 % à 15 % et la tranche d'âge 65 ans et plus a augmenté de 16,6 % à 16,8 %.

N'oublions pas néanmoins que les différentes vagues d'émigration au cours des soixante dernières années sont aussi responsables de la diminution de la population serbe. Et en dehors des frontières de Serbie, on estime la diaspora serbe à environ 4 millions.

Habitat

L'habitat est à la fois différent de celui de l'Europe de l'Ouest, et très différent également entre la ville et la campagne. Les centre-villes sont souvent agréables, avec de larges avenues bordées d'arbres et surtout leurs rues piétonnes autrement appelées korso sont une tradition ancienne. Mais le système communiste et la nécessité de reconstruire tout un pays dévasté par la deuxième guerre ont provoqué la multiplication des grandes barres d'immeubles aux abords des grandes villes. Vu de l'extérieur, c'est typiquement communiste, mais on est surpris, une fois à l'intérieur de ces vaisseaux citadins, par la vitalité qui s'y déploie. Les appartements sont en général spacieux. Mais, surtout, le Komšiluk, système très ancien dans les Balkans d'entraide entre voisins, y est très développé. On se fréquente et on se marie même parfois entre amis d'enfance du même palier. Ainsi, chaque quartier, qu'il soit périphérique et constitué de barres, ou plus central et ancien, possède sa vie propre et son autonomie. Au milieu de tout cela, le communisme a laissé ce qu'il avait de meilleur : des réseaux de transports en commun très étendus et des équipements collectifs, notamment culturels, nombreux. A la campagne, c'est une autre histoire. Les villages sont modernes, parfois trop. Le volontarisme titiste a donné un visage quelquefois surréaliste à certains villages, où des immeubles HLM écrasent en plein centre les belles demeures et les parcs jadis romantiques à souhait. Il faut donc aller dans les plus petits d'entre eux et, telle qu'elle est, la campagne est encore de toute beauté, avec ses grandes maisons paysannes disséminées dans la nature et agrémentant de leurs toits de chaume les lignes ondulées des collines de Choumadie. Le prix des logements commence à augmenter dans les grands centres, mais de nombreux citadins sont propriétaires de leur demeure, grâce à une politique de vente à bas prix des logements sociaux dans les années 1990. Pour autant, la situation globale du logement va vers une crise qui risque de durer. Pendant trop longtemps, rien n'a été construit et l'exode rural, un phénomène de fond qui a commencé il y a longtemps, rend la problématique aiguë dans les grandes villes pendant que des villages entiers meurent. A Belgrade, si on assiste à une frénésie de construction, parfois sans cohésion avec un quelconque plan d'urbanisme, les immeubles qui sortent de terre sont autant destinés aux bureaux qu'aux logements. Le tout avec des prix au mètre carré qui se comptent en milliers d'euros.

Education

Même s'il manque de moyens, le système éducatif serbe possède de nombreuses infrastructures parfois vétustes. Sur l'année 2010/2011, sur l'ensemble des élèves, 53 % revenaient au primaire, 26 % au secondaire et 21 % aux études supérieures. Le taux d'analphabétisme est de 3,4 % en 2011. Malgré le grand nombre des familles déplacées et un haut niveau de ruralité, le système scolaire joue encore son rôle d'intégrateur social. Seule ombre au tableau, la fuite des cerveaux et la nécessité, pour les enfants de réfugiés notamment, d'intégrer tôt le monde du travail ont fait baisser depuis dix ans le nombre des inscriptions universitaires.

Longtemps au coeur du système d'enseignement yougoslave, Belgrade ne compte pas moins de 30 facultés et un tiers des étudiants du pays. Le premier lycée fut ouvert à Kragujevac en 1838 et la première université à Belgrade en 1903 : depuis, l'éducation s'est toujours développée à partir de cette région. Sous Tito, Belgrade était la capitale intellectuelle de la Yougoslavie, et l'Académie serbe des sciences fondée en 1945, était puissante. En outre, la capitale abritait le siège de toutes les institutions culturelles d'importance.

Le système éducatif serbe est fondé sur des pratiques didactiques fortement imprégnées des systèmes russe et allemand. L'influence allemande se fait sentir dans les horaires et l'organisation des classes. Les élèves alternent une semaine de cours le matin et l'autre l'après-midi. Le matin, l'école peut commencer très tôt (7h30) et se termine vers 13h. Les élèves ont alors toute l'après-midi pour vaquer aux activités sportives et artistiques. Côté enseignement des langues, on les apprend par petits groupes. Le français a longtemps été la première langue enseignée mais elle a été remplacée par l'anglais. Mais le prestige du français reste intact et peut-être pourrez-vous tomber sur quelques personnes âgées avec qui échanger un peu.

L'université, elle, est le lieu de tous les changements. En 2001, l'apparition des " droits d'inscription universitaire " a posé des problèmes financiers à beaucoup d'étudiants. Pourtant, le système fonctionne et les 5 universités de Serbie ont adopté les critères de Bologne en 2006 en réorganisant notamment les cycles, en réduisant les années d'études et en aboutissant à la reconnaissance internationale des diplômes. Les universités privées sont apparues depuis peu dans le paysage estudiantin. Au nombre de 16, elles sont réservées à une élite capable de payer des droits très élevés.

Santé

En Serbie, la santé est encore largement étatisée. L'accès à la santé est donc gratuit et accessible à tous. Tous les salariés ont accès à la Sécurité sociale et une assez bonne couverture des grandes maladies est assurée. Les médecins sont des salariés de l'Etat et lorsqu'un patient consulte, c'est forcément en dispensaire ou à l'hôpital. Voilà pour la théorie. C'est certes encore vrai dans la pratique, mais le système est au bord de l'implosion. Parce que les cliniques privées ont poussé comme des champignons, que beaucoup de médecins généralistes et spécialistes se sont mis à leur compte. Et cela coûte très cher. Bien entendu, comme une bonne partie de la population ne peut accéder à ce système libéral, les structures étatiques perdurent, grâce aux Dom Zdravlje, les maisons de santé, des structures de type dispensaires, dans lesquelles l'Etat a décidé de réinvestir massivement dans le cadre du plan national d'investissement. Ce faisant, le très bon système étatique, hérité du communisme, survivra sans doute. Voici son fonctionnement : on vous attribue un médecin et tout est pris en charge par l'Etat, consultation comme médicaments. En pharmacie, le patient se présente sans ordonnance, ne débourse rien et reçoit les pilules et autres gélules à l'unité. Le résultat de cette politique d'assurance maladie est le très bon niveau de prise en charge médicale de la population : on compte en Serbie 4,32 médecins pour 100 000 habitants, contre 2,95 en France. Cependant, avec la transition économique, les dysfonctionnements sont nombreux, à l'hôpital d'abord. Toutes les villes, même de moindre importance, disposent d'un hôpital d'Etat, gratuit. Le service n'y est plus tout à fait de qualité. Et la corruption s'est installée. Ainsi, il est nettement préférable de payer pour avoir un bon service. Même chose avec le médecin d'État. Sans compter sur l'isolement sanitaire des années 1990 et le manque de ressources de l'État qui ont entraîné le vieillissement des appareils et installations. Cette paupérisation, navrante pour les médecins, oblige parfois les hospitalisés à apporter à l'hôpital leurs médicaments et... leurs draps ! Autre source d'inquiétude, le travail informel qui empêche la prise en charge d'une partie croissante de la population. Le financement du système repose sur des cotisations versées par l'entreprise (prélevées à la base). Les ouvriers et étudiants qui font des petits boulots sont donc à l'écart du système. Concernant les étrangers que vous êtes, vous ne serez accepté, contre paiement, dans les Dom Zdravlja d'Etat que si votre problème comporte un caractère d'urgence. Sinon, vous irez dans le privé, dont les tarifs, étant donné votre nationalité, seront... élastiques. Et payables en euros.

Mœurs et faits de société
Structure de la société

La situation économique et politique, en plus des différents conflits, a entièrement bouleversé le champ social. Naguère enfants chéris du régime, les ouvriers et les employés subissent de plein fouet la transition vers un système libéral qui ne les protège plus.

La classe ouvrière, encore nombreuse est dispersée entre ceux qui sont restés dans les entreprises désormais privatisées et ceux qui travaillent dans le secteur informel. Quant à la classe moyenne, elle émerge enfin, du moins dans les villes. C'est elle qui tire désormais la croissance du pays, en consommant et s'endettant. Mais elle est la seule à tirer son épingle du jeu, avec des salaires, au moins à Belgrade, qui peuvent aller jusqu'à 1 200 €. Le haut de la pyramide est encore occupé par quelques milliers de riches, qui doivent tout au système Milošević des années 1990. Pour tous les autres, la conséquence est une extrême précarisation : le salaire moyen en novembre 2011 était d'environ 410 €. Néanmoins, le seuil de pauvreté touche 700 000 habitants en Serbie. Seuls s'en sortent ceux qui ont gardé un lien avec le milieu rural.

Dans une société rurale à 45 % en 2015, la place de la femme est complexe. Le régime communiste lui avait donné très tôt le droit au divorce et à l'avortement, ce qui l'a affranchie de la dépendance à l'homme et lui a même octroyé une égalité certaine. Mais une fonction traditionnelle est restée intacte, celle du rôle central à la maison. La Serbie est de ce point de vue un pays typiquement méditerranéen, où l'épouse seconde son mari en s'occupant du foyer, mais également en gérant le budget familial et en ayant seule la charge d'éduquer les enfants. La famille est fondamentale en Serbie. La tradition patriarcale a laissé des traces, et il n'est pas rare de voir cohabiter trois générations sous un même toit. Les enfants ont trouvé là, il est vrai, un moyen de ne pas se confronter trop tôt aux rigueurs de la vie et ils quittent le domicile familial souvent seulement au moment du mariage (30 ans, en moyenne). Il est cependant difficile de faire la part de la tradition et de l'aspect économique dans cette façon de vivre, tant la quasi-impossibilité de trouver un logement en rapport avec ses revenus oblige la jeunesse à temporiser. Pour autant, tous prennent soin de leurs parents jusqu'à leurs plus vieux jours. Il est ici pratiquement inconcevable de placer ses parents dans une maison de retraite. La solidarité est donc le maître mot et la cohésion sociale en découle. Autre signe de cette solidarité, très peu de mendiants, malgré la pauvreté qui s'accroît, importunent les passants. Et par voie de conséquence, les SDF sont bien moins nombreux que dans les villes françaises.

Identité

Des problèmes d'identité se posent plus ou moins à toutes les composantes de cette mosaïque ethnique qu'est la Serbie. Les Hongrois de Voïvodine regardent vers le grand frère hongrois et, lorsqu'une certaine presse considère que les incidents qui se font de plus en plus nombreux dans la province en 2004 et 2005, sont tous à caractère ethnique, le Premier ministre hongrois interpelle le gouvernement serbe. Mais c'est finalement plutôt la Voïvodine elle-même, y compris souvent chez les Serbes, qui souhaite le retour d'une vraie autonomie.

Les Tziganes ou Roms ont d'autres préoccupations. Vivant disséminés sur le territoire et plutôt mal considérés par les pouvoirs publics et surtout souvent méprisés par tout le monde, ils offrent la particularité de se scinder en plusieurs groupes.

Un Tzigane de Niš ou Leskovac ne pourra pas comprendre un Tzigane de Voïvodine, car ils utilisent des dialectes roms différents. Mais ce sont, bien entendu, les communautés vivant dans des régions homogènes qui revendiquent et protègent le mieux leur identité. Ainsi, les Bosniaques à Novi Pazar sont en très forte majorité. Ils se préoccupent peu de la société serbe et parlent le bosniaque, fréquentent l'université musulmane, et leur vie culturelle est peu influencée par Belgrade. Il en va de même dans la vallée de Preševo, où l'on ne parle qu'albanais entre soi et où l'on se préoccupe plus du devenir de la communauté albanaise que du destin de la Serbie. L'esprit communautaire est donc fortement ancré dans ces quelques régions, où les Serbes sont minoritaires. Les questions identitaires sont ainsi fondamentales en Serbie, tout comme en ex-Yougoslavie. Les Serbes ont construit leur identité nationale sur l'idée de leur existence en tant que peuple, existence souvent menacée dans l'histoire, au moins pour ce qui est de la question du territoire. Ainsi, la culture et la religion, et donc son patrimoine, ont été et représentent toujours le lien indispensable pour une communauté qui n'a pas toujours eu d'Etat.

Dans cet espace complexe, et avec une histoire les ayant séparé, des fractures culturelles entre divers sous-groupes sont apparues. Les Serbes à l'ouest de la Drina sont mieux organisés et plus solidaires que ceux de Choumadie, rompus aux querelles typiquement byzantines.

Encore aujourd'hui, les réfugiés des Krajina croates et bosniaques ont du mal à s'intégrer à la société serbe centrale. Pour tout dire, les Serbes de Serbie, et plus particulièrement de Belgrade, n'aiment pas être comparés aux Serbes de Bosnie, par exemple.

Les caractères sont pour ces raisons fortement marqués par l'histoire. Lorsqu'on arrive de Novi Sad à Belgrade, on est frappé par le changement de rythme et d'atmosphère. Autant le citoyen de Voïvodine est calme et tempéré, autant le Belgradois est électrique et haut en couleur. Plus on va vers le sud, plus l'empreinte de la famille et du cercle restreint d'amis est forte : au Monténégro et au Kosovo, l'esprit clanique prédomine.

Religion
<p>Cathédrale de Saint-Sava.</p>

Cathédrale de Saint-Sava.

La Serbie est essentiellement orthodoxe mais abrite d'autres confessions ou religions.

En effet, le système de vilayet - région autonome du point de vue confessionnel et administratif - a permis l'essor de confessions venues parfois de très loin : les Egyptiens coptes y ont encore une église et des représentants !

Contrairement aux idées reçues, les communistes n'ont pas empêché le sentiment religieux, même s'ils ont, au moins au début, tout fait pour réduire son influence. La création d'un patriarcat macédonien en 1954, puis une certaine liberté accordée ensuite à l'église orthodoxe ont fait que l'Eglise n'a pas disparu à une époque où bien peu la fréquentaient. Aujourd'hui, la sortie du communisme s'accompagne d'une très grande vitalité religieuse. Vitalité encouragée au début par Milošević pour servir ses desseins alors qu'il était lui-même athée.

Les Serbes ne sont pas particulièrement pieux, mais l'orthodoxie - unique dépositaire de leur langue et de leur patrimoine pendant cinq siècles - est vécue comme un aspect fondamental de leur culture. Les baptêmes d'adultes ont été légion ces dernières années, car on a tenté de rattraper le temps perdu sous le communisme, et les associations bénévoles pour entretenir les églises sont assez actives. Parfois, des personnalités des milieux sportifs ou économiques mettent la main à la poche, comme le basketteur Dejan Bodiroga pour le monastère de Ðurđevi Stupovi. L'église orthodoxe est autocéphale et donc par essence nationale.

Les catholiques occupent une position particulière, car ils sont représentés par des communautés nombreuses et diverses. Les Hongrois, les Croates et les Ruthènes de Voïvodine pratiquent leur religion dans la bonne entente avec les autres peuples orthodoxes. Autre grande religion du pays, l'islam est protégé par une association islamique créée à Novi Pazar. Les musulmans du Sandžak sont des descendants de Slaves qui se sont convertis à l'islam à l'arrivée des Ottomans. D'obédience sunnite, ils ont bénéficié pendant longtemps de la construction de nombreuses mosquées. Ils obéissent au mufti de Novi Pazar plutôt qu'à celui de Belgrade. Les Albanais musulmans sont eux, moins religieux et vivent l'islam, surtout depuis l'ère Milošević, comme un aspect de leur identité nationale. Le tableau ne serait pas complet sans l'évocation des protestants.

Ce sont les Slovaques et les rares Allemands de Voïvodine, qui mettent un point d'honneur à maintenir leurs traditions, sans rien demander à l'Etat. Dans les écoles et les villages, les comptines, chorales et fêtes traditionnelles sont autant d'occasions de se rattacher à leurs communautés respectives.

Enfin, à Belgrade, d'après le recensement de 2011, la ville comptait plus de 90 % d'orthodoxes, quelque 1,3 % de musulmans et 1 % de catholiques romains. En outre, on recensait 0,2 % de protestants et 0,03 % de juifs.

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