Guide de BELGRADE (БЕОГРАД) : Population et langues

Les Serbes font partie de la famille des Slaves du Sud, qui sont arrivés de l'Ukraine actuelle et se sont installés au VIe siècle entre le Danube et la côte adriatique. Les Serbes créent des féodalités à partir du VIIe siècle à l'intérieur, puis en dehors de l'Empire byzantin. Ils sont évangélisés par la mission des moines grecs Cyrille et Méthode qui, partant du mont Athos, vont remonter à la fin du IXe siècle toute la vallée de la Morava jusqu'au Danube. Les Serbes forment donc un peuple de tradition orthodoxe et de langue slave.

Une importante variété ethnique

Aujourd'hui, la Serbie repose sur de fortes minorités qui modèlent sa culture : les Serbes ne représentent que 82,8 % de la population. Les autres composantes de la population sont, parmi les principales, les Hongrois (en Voïvodine), Bulgares, Bosniaques (au Sandžak), Roumains (dans le Banat), Roms, Croates, Monténégrins, Albanais et Slovaques, les communautés valaques, ruthènes et d'autres encore. Ainsi, on y compte 26 nationalités différentes. La première raison de ce formidable mélange est historique. En effet, l'Empire ottoman intègre pendant cinq siècles des communautés venues de tout l'empire et ne se soucie pas des frontières nationales. Les Austro-Hongrois installés au nord du Danube à la Renaissance développent l'économie en favorisant les migrations. C'est ainsi que les Souabes s'installent dans les régions minières au XVIIe siècle et deviennent les Vabas, avec un statut de minorité reconnu. Surtout, les frontières de la Serbie ont très souvent évolué dans l'histoire.

L'autre facteur est politique. Alors qu'en Europe de l'Ouest, les Etats-nations naissent, créant le concept de citoyenneté en assimilant leurs minorités ; dans les Balkans, l'on se bat contre des empires ou pour des territoires. Ainsi, l'ethnicité revêt la plus haute importance. C'est ainsi que la Constitution serbe de 2006 précise que la Serbie est le pays des Serbes et de tous ceux qui y vivent. On marque toujours la différence.

L'éternelle question identitaire

Aujourd'hui, les minorités sont représentées à tous les niveaux politiques et des outils juridiques garantissent leurs droits. Les Hongrois de Voïvodine en sont l'exemple. Dans les villes et villages où ils forment la majorité, ils apprennent le hongrois à l'école. Dans les administrations et juridictions, tous les documents sont également en hongrois. Au Parlement provincial de Novi Sad, les députés participent aux débats dans leur langue identitaire, échanges qui sont relayés par des médias en hongrois. Pour autant, ces mécanismes concernent surtout la langue, et ne s'appliquent guère aux autres communautés, moins nombreuses.

Ainsi, certains Bosniaques du Sandžak réclament la reconnaissance de la langue bosniaque, au demeurant quasi identique au serbe. Dans la vallée de Preševo, les quelque 100 000 Albanais ne disposent pas d'outils particuliers de discrimination positive, si ce n'est, en théorie, des postes dans l'administration.

L'autre question importante est celle des réfugiés. La Serbie a accueilli après les guerres des années 1990 jusqu'à 800 000 réfugiés ou déplacés. Ce chiffre est tombé à moins de 500 000 selon un rapport du HCR, à la fin 2004. Ce sont principalement des Serbes de la Krajina (180 000) et du Kosovo (207 000 déplacés dont 68 % de Serbes), mais aussi beaucoup de Roms. La plupart ont trouvé des situations d'hébergement temporaire, voire définitif, mais certains vivent encore dans des centres pour réfugiés dont beaucoup sont délabrés et sans chauffage. Les retours en Bosnie mais surtout en Croatie, sont lents, même si dans le cas de la Croatie et en vue de son adhésion à l'Union européenne, elle prend des mesures pour favoriser le retour de tous ceux qui en ont été chassés.

Mais pour ceux qui sont encore en Serbie, la situation n'est pas brillante. Oubliés, ils ne reçoivent guère d'aide et de compassion. C'est particulièrement vrai pour les Serbes du Kosovo qui, de plus, n'ont que peu d'espoir d'y retourner.

Le dernier recensement de 2011 indique pour l'instant que la population totale (hors Kosovo) est de 7 120 666, dont 1 135 000 appartiennent aux minorités. Celles-ci se répartissent ainsi après les 82,86 % que représentent les Serbes : les Hongrois 3,91 %, les Bosniaques 1,81 %, les Roms 1,44 %, les Yougoslaves 1,08 %, les Croates 0,92 %, les Albanais 0,82 %, les Slovaques 0,79 %, les Valaques 0,53 %, les Roumains 0,46 %, les Macédoniens 0,34 %, les Bulgares et Bunjevcis respectivement 0,27 %, les Musulmans 0,26 %, les Ruthènes 0,21 %, les Slovènes et les Ukrainiens 0,07 % chacun, les Gorans 0,06 %, les Allemands 0,05 % puis les Russes et les Tchèques avec chacun 0,03 %.

Une langue slave

La langue parlée appartient à la branche méridionale des langues slaves. Elle est issue du slavon d'église, une langue littéraire parlée par les Serbes et les Croates pendant longtemps et codifiée au XIe siècle. Ce vieux slavon, accessible à une minorité de lettrés, a été réformé au XIXe siècle par Vuk Karadžić. Ce grammairien originaire de Choumadie centrale a simplifié la langue selon le principe " écris comme tu parles " : la conséquence est que l'orthographe serbe est claire car elle suit la phonétique exacte des mots. Tout ce qui se prononce s'écrit et tout ce qui est écrit doit se prononcer. Cette règle ne comporte aucune exception. Cette réforme a facilité, au moment où l'Etat serbe était en train de se former, la vulgarisation de la culture serbe et la diffusion des idées politiques, aussi bien en Serbie que dans les empires austro-hongrois et ottomans qui comptaient encore de fortes minorités serbes à la veille de la Première Guerre mondiale.

L'autre particularité de cette langue est sa très grande richesse lexicale et syntaxique, du fait de son utilisation dans des régions de cultures différentes. En effet, les Serbes de Bosnie et les Monténégrins parlent le jekavien, alors qu'en Serbie on parle l'ékavien. La différence consiste en l'ajout quasi systématique de la lettre " J " dans la plupart des mots pour le jekavien. Outre cette différence, la langue serbe comporte des mots d'origine turque, qu'elle a assimilé au cours des siècles. C'est ce qui la distingue du croate, par ailleurs quasi identique. Du temps de la Yougoslavie, la langue se nommait serbo-croate, une appellation évidemment complètement oubliée maintenant, pour des raisons politiques. Ces particularités linguistiques expliquent une certaine différence culturelle entre les Serbes orientaux et occidentaux. On reconnaît donc immédiatement la région d'origine de son interlocuteur.

Enfin, il faut savoir que les Serbes utilisent les alphabets cyrilliques et latins avec la même facilité. Cette question est devenue également un enjeu politique dans les années 1990, période où s'est opéré parfois un retour appuyé au cyrillique. Aujourd'hui, les médias et les milieux économiques utilisent un peu plus l'alphabet latin, tout comme l'ensemble de la société. Dans le but de préserver la particularité de l'alphabet, ses géniteurs ont toutefois précisé dans la nouvelle Constitution que l'alphabet cyrillique était le seul officiel. Ainsi, l'administration utilise exclusivement le cyrillique.

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