Guide de BELGRADE (БЕОГРАД) : Politique et économie

Politique
Structure étatique

La Serbie est une démocratie parlementaire monocamérale composée d'une assemblée nationale, d'un président de la République et d'un gouvernement.

L'Assemblée nationale est composée de 250 parlementaires élus au suffrage direct. Pour être représenté, un parti politique doit obtenir 5% des voix mais cela ne vaut pas pour les partis représentant des minorités nationales. Afin de pouvoir présenter des listes aux élections, les divers partis politiques serbes doivent fournir une liste de 10 000 signatures. L'Assemblée nationale contrôle avec le Gouvernement et le Premier ministre les institutions de la province autonome de Voïvodine. Elle détient le pouvoir constituant et le pouvoir législatif.

Le Président de la République représente l'unité de l'Etat. Il est élu au suffrage universel direct pour cinq ans. Il dispose de pouvoirs exceptionnels en cas d'état d'urgence et peut dissoudre l'Assemblée nationale. Les dernières élections présidentielles, le 2 avril 2017, ont vu l'élection dès le premier tour de celui qui était Premier ministre depuis trois ans, le candidat du Parti progressiste serbe (SNS), Aleksandar Vučić.

Le Gouvernement en vigueur détient le pouvoir exécutif. Il dirige la politique économique du pays ainsi que les affaires intérieures. Depuis juin 2017, le président du gouvernement, ou Premier ministre, est Ana Brnabić, qui fait partie du Parti progressiste serbe (SNS). Née en 1975, elle est la première femme Premier ministre de Serbie. D'origine croate et ne cachant pas son homosexualité, elle est une personnalité remarquée et qui incarne à l'international une nouvelle génération accédant aux plus hautes responsabilités en Serbie.

Le maire de Belgrade. Du fait de l'ancienneté de son statut (on élit ou nomme un maire de Belgrade depuis 1815 et le régime de la principauté de Serbie), de la prédominance de la capitale serbe dans la vie économique et politique du pays, le maire de Belgrade est souvent considéré comme le troisième homme politique le plus important de Serbie (après le président et le Premier ministre). Dans la foulée de l'élection présidentielle, c'est un nouveau maire sans étiquette mais rattaché au Parti progressiste serbe du président Vučić qui a été élu le 7 juin pour un premier mandat en tant que maire de Belgrade. Avec 45 % des voix et 63 sièges sur 110 à l'assemblée municipale, le chirurgien pédiatre Zoran Radojičić n'a pas besoin de constituer de coalition pour présider aux destinées de la ville. D'aucuns s'inquiètent de la concentration de tous les pouvoirs politiques entre les mains du Parti progressiste serbe et de ses affiliés.

Partis

Le paysage politique serbe est très varié comme les principaux partis présentés ci-dessous le démontrent.

Le Parti progressiste serbe (SNS) a été fondé en octobre 2008 par Tomislav Nikolić, qui fut président de la République serbe entre 2012 et 2017, après une scission du Parti radical serbe. Ce parti se veut plus modéré tout en restant nationaliste et conservateur. Il est également pro-européen, à l'inverse du Parti radical, et affilié à Bruxelles au Parti populaire européen. Le parti est dirigé par Aleksandar Vučić, l'actuel président de la République serbe depuis 2017 (et qui fut également Premier ministre de 2014 à 2017). Zoran Radojičić, le nouveau maire de Belgrade depuis le 7 juin 2018, est membre du SNS.

Le Parti démocratique (DS) est le parti de l'ancien président de la République, Boris Tadić, et de l'ancien Premier ministre assassiné en 2003, Zoran Đinđić. Né en 1991, ce parti est membre associé du Parti socialiste européen et sa ligne politique est sociale-démocrate. Le DS soutien l'adhésion de la Serbie à l'Union européenne sans reconnaître pour autant la souveraineté du pays sur le Kosovo.

Le Parti radical serbe (SRS) est un parti nationaliste, eurosceptique et russophile fondé en 1991. Le président, Vojislav Šešelj, est jugé depuis plusieurs années par le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY) et accusé de crimes contre l'humanité et crimes de guerre. Le SRS soutient l'idée d'une grande Serbie incluant l'essentiel de l'ancienne Yougoslavie.

Le G17 + a été créé en 2002. Le G17 + est un parti conservateur, membre du Parti populaire européen (PPE). Ce parti est favorable à une adhésion de la Serbie à l'Union européenne et demande une décentralisation accrue en Serbie.

Le Parti démocrate de Serbie (DSS) est né d'une scission avec le Parti Démocratique en 1992. C'est le parti de Vojislav Koštunica (Premier ministre entre 2004 et 2008). Le Parti démocratique de Serbie est démocrate-chrétien et conservateur. Il est notamment opposé à l'indépendance du Kosovo et ne veut pas envisager d'adhésion à l'Union européenne tant que cette question n'est pas réglée.

Le Parti socialiste de Serbie (SPS) fut fondé en 1990 pour prendre la suite de la Ligue des communistes de Serbie, au pouvoir pendant la Guerre froide. Le SPS était le parti de Slobodan Milošević pendant la guerre de Yougoslavie. Officiellement social-démocrate, le Parti socialiste de Serbie est en fait un parti politique nationaliste, fortement opposé à l'indépendance du Kosovo. Son chef de file, Ivica Dačić, qui occupa le poste de Premier ministre par intérim en 2017.

Le Parti libéral-démocrate (LDP) date de 2005, issu d'une scission avec le Parti démocratique. Social-libéral, membre du Parti européen des libéraux, démocrates et réformateurs, ce parti est pro-occidental. Il reconnaît l'indépendance du Kosovo.

La Nouvelle Serbie est née en 1997. Ce parti est issu d'une scission du Mouvement serbe du renouveau. Conservateur et monarchiste.

Le Parti des retraités unis de Serbie (PUPS) défend les intérêts des retraités.

Le Mouvement serbe du renouveau a été fondé en 1990. Monarchiste et conservateur, il est favorable à l'adhésion du pays à l'Union européenne.

Le Parti social-démocrate de Serbie date de 2009 et épouse une ligne politique sociale-démocrate.

Enjeux actuels

L'Union européenne. La Serbie a depuis mai 2012 élu à la tête du pays le nationaliste Tomislav Nikolić, issu du Parti progressiste serbe (SNS). Déjà candidat à l'élection présidentielle serbe de 2000, Tomislav Nikolić était arrivé en troisième position derrière Vojislav Koštunica et Slobodan Milošević. Il échoue à nouveau en 2004 face à Boris Tadić puis en 2008, face au Président sortant. Cette même année, il démissionne du Parti radical (SRS) eurosceptique et fonde le Parti progressiste. Finalement, le 20 mai 2012, il remporte 49,7% des voix et devient le second Président de la République de Serbie, depuis sa séparation d'avec le Monténégro en 2006. En étant élu à la Présidence, Tomislav Nikolić a tenu à rassurer les Serbes en déclarant que la Serbie maintiendrait sa voie européenne. En mars 2012, la Serbie a obtenu le statut officiel de candidat à l'adhésion de l'Union européenne.

Le Kosovo. Régi par la résolution 1244 des Nations unies depuis 1999 et le départ de l'armée serbe de la province, le Kosovo a déclaré son indépendance en 2008. Indépendance non reconnue par Belgrade. La tutelle de la Minuk (Mission intérimaire des Nations unies au Kosovo) est théoriquement terminée mais elle a progressivement cédé ses pouvoirs à une mission de l'Union européenne, Eulex, chargée d'accompagner le pays vers un Etat de droit. Depuis le 10 septembre 2012, le Kosovo a accédé à sa pleine souveraineté. Mais si ce dernier est formellement indépendant, il est toujours largement sous tutelle internationale et a été reconnu par 97 pays (novembre 2012). L'enjeu pour la Serbie sera de trouver un terrain d'entente avec le Kosovo, c'est même une obligation dans la longue marche pour une adhésion à l'Union européenne.

Ana Brnabić, Première ministre de Serbie, femme et homosexuelle

Elle est indubitablement la sensation du mandat présidentiel d'Aleksandar Vučić. À peine élu et investi le 31 mai 2017, ce jeune (il est né en 1970) mais expérimenté homme politique s'est empressé de nommer à la tête de son gouvernement Ana Brnabić, décision inattendue et qui n'a pas manqué de surprendre, sur la scène nationale comme internationale. Il s'agit tout d'abord d'une décision historique puisque Ana Brnabić est la toute première femme à accéder au poste de Premier ministre en Serbie. Autre point surprenant dans le profil de la cheffe du gouvernement serbe, un CV politique relativement maigre puisqu'elle n'est entrée que très récemment en politique et ne possédait au moment de sa nomination qu'un an d'expérience dans des fonctions ministérielles en tant que ministre des Administrations publiques et des Affaires locales.

Ana Brnabić a quitté la Serbie après ses études secondaires et effectué son parcours d'études supérieures aux États-Unis et au Royaume-Uni. Diplômée des universités de Northwood (Michigan) et Hull, elle revient au pays et entame une carrière de consultante et d'administratrice pour des organisations non gouvernementales et fonds d'investissement dans les énergies renouvelables.

Mais c'est une homosexualité dont elle ne fait pas mystère qui fit d'abord et avant tout sensation dans la nomination d'Ana Brnabić. Sa position est très claire et transparente, et sa participation à la LGBT Pride de Belgrade en septembre 2018 a été largement couverte. Une présence, certes à titre personnel, mais vraiment pas anodine dans un pays plutôt traditionaliste où cette manifestation a été longtemps interdite pour des raisons de sécurité, les cortèges étant très régulièrement violemment attaqués. Ana Brnabić se veut cependant pragmatique et refuse de se définir comme une militante des droits LGBT. Elle indique d'ailleurs que les urgences sociales et économiques du pays sont telles qu'un débat sur le mariage homosexuel est loin d'être une priorité dans la feuille de route de son gouvernement.

Une femme, jeune, homosexuelle, non professionnelle de la politique, formée aux États-Unis et en Angleterre et qui participe à la Gay Pride, cela fait en tout cas beaucoup de couleuvres à avaler pour une partie de la population et de la classe politique serbe. Certains opposants et analystes de la politique serbe voient en elle le " Cheval de Troie " et la caution d'Aleksandar Vučić dans sa quête pour l'intégration de la Serbie à l'Union européenne. Il n'en demeure pas moins que l'ascension fulgurante d'Ana Brnabić est l'éclatant symbole de l'arrivée au pouvoir d'une nouvelle génération de dirigeants dans les plus hautes sphères de l'État et de la société.

Économie
Principales ressources

La Serbie produit seulement 25 % de ses besoins énergétiques ; elle importe les trois quarts de ses hydrocarbures et ne peut compter que sur des réserves de 30 ans. Ses centrales thermiques fonctionnent à hauteur de 65 %, grâce au charbon fourni notamment par les mines de Kolubara et Kostolac (les ressources y sont assurées jusqu'en 2060). L'autre problème de la Serbie est le piètre état de ses centrales électriques. En raison d'une mauvaise maintenance et sans nouvelle création depuis quinze ans, leur capacité a été réduite de 77 % de 1992 à 2001, ce qui provoque parfois des coupures d'électricité. La situation cependant s'améliore lentement, notamment avec l'aide étrangère. Mais les barrages de Ðerdap, sur le Danube améliorent un peu la situation.

La Serbie a de meilleures capacités en minerais. Les mines de cuivre de Bor et Majdanpek, à l'est du pays, suffisent à la production métallurgique et permettent même des exportations. Par ailleurs, le territoire national regorge de ressources porteuses d'avenir, comme différents types de phosphates ou des métaux rares tel que le zircon. D'autres possibilités d'investissement existent dans les carrières de pierre d'Arandjelovac ou les entreprises d'eaux minérales, nombreuses et en plein boum, particulièrement à l'exportation.

La part du secteur agricole dans le PIB a augmenté très doucement ces dernières années pour atteindre les 10,5 % en 2017 bien que l'offre d'emploi ait diminué. 6 120 000 ha sont cultivés, la Serbie subvient à ses besoins. Elle est notamment un gros producteur de blé, maïs et sucre. Et l'un des premiers pays au monde exportateurs de framboises. Le raisin et la prune ne sont pas en reste.

L'industrie serbe a pâti à la fois de l'embargo international et des bombardements du printemps 1999. De 1992 à 1998, le trafic sur le Danube et les exportations et importations sont restés bloqués, et même les investissements des émigrés étaient interdits. La production industrielle a baissé en dessous de son niveau de 1989. La seconde phase des bombardements en avril-mai 1999 avait pris pour cible des sites industriels importants, comme les usines automobiles Zastava, métallurgiques, ou chimiques de Panćevo. Mais même sans cela, la situation de l'industrie, surtout l'industrie de transformation qui représente 75 % du total, était déjà catastrophique. Car la Serbie n'a démarré que très tard dans les années 2000, la restructuration du secteur et sa privatisation. Depuis, ce sont surtout les investissements étrangers qui font la différence. Mais que ce soit dans les biens de consommation, les biens intermédiaires ou l'énergie, toutes les données étaient en hausse jusqu'en 2008.

La crise mondiale affecte depuis de plein fouet la Serbie. La consommation privée, l'investissement ont régressé ce qui pousse l'Etat serbe à s'orienter vers un modèle économique dont la priorité est l'exportation. Malheureusement, la balance commerciale de la Serbie reste structurellement déficitaire durant la décennie 2010. Quant au taux de croissance en 2015, il était de 0,75 %. En effet, la baisse du pouvoir d'achat mêlé à une stagnation des rémunérations et à la dépréciation du dinar sont à l'origine de cette croissance négative. Les réformes menées par le gouvernement d'Aleksandar Vučić portent néanmoins leurs fruits ces trois dernières années puisque les taux de croissance positifs ont été cumulés avec 2,8 % en 2016, 1,9 % en 2017 et 3 % en 2018. Bien qu'il reste élevé, le taux de chômage a très fortement baissé durant cette période, passant de 17,9 % à 11,9 % de la population active entre 2015 et 2018.

Place du tourisme

La Serbie a désormais renoué avec le tourisme international. En moins de dix ans, les chiffres de la fréquentation touristique ont plus que doublé et sont en progression constante chaque année. On comptait ainsi 680 000 arrivées en 2010 pour 1 590 000 visiteurs en 2018. Les touristes étrangers viennent principalement d'ex-Yougoslavie et de la région : les Bosniaques sont en tête, suivis de la Turquie (3e contingent), de l'Allemagne (4e), de la Croatie (5e) et de la Bulgarie (6e). Une nationalité a fait une progression fulgurante en 2018 : en doublant leur nombre de visiteurs sur une année (passant de 51 000 à 100 000), les Chinois sont passés de la 11e à la 2e place du classement. C'est la confirmation que la Serbie a largement intégré le programme des voyagistes chinois dans leurs parcours en Europe centrale.

Les points de prédilection sont, par ordre d'importance, Belgrade, Novi Sad et ses environs, la station d'hiver de Kopaonik. Le festival de Guća est également devenu incontournable avec plus de 500 000 visiteurs, dont une part grandissante d'étrangers.

À cela plusieurs raisons. L'image de la Serbie, dans laquelle elle a décidé d'investir, en particulier dans le tourisme, s'améliore. Ainsi, depuis 2008, 60 millions d'euros ont été investis dans le secteur, dans le cadre du plan national d'investissement. Une stratégie à l'horizon 2015 a été adoptée et a concerné tous les secteurs ; infrastructures, création d'une nouvelle identité, publicité à l'international et développement de l'offre. Le tout à travers 11 " master plans " régionaux. Et déjà, le secteur a rattrapé son retard en technologie. Des changements considérables se sont produits ces dernières années. Equipement des commerces relatifs au tourisme en moyens de paiement automatiques, loi d'harmonisation des services hôteliers d'une à cinq étoiles et réservation des chambres par Internet.

Dans un pays où une grande majorité de la population est équipée d'accès Internet, les commerçants liés au tourisme se sont rapidement adaptés. A cela, une raison majeure : le parc hôtelier et l'ensemble du secteur a accéléré sa privatisation. Désormais, la grande majorité des établissements sont privés et veulent attirer du monde pour être rentables. Des groupes financiers ont investi dans le tourisme, tel le serbo-américain Srba Ilić qui, à travers le géant des croisières maritimes Uniworld, a racheté la compagnie nationale Putnik et la franchise Hertz, ce qui lui permet de rénover le parc hôtelier et de posséder la principale flottille sur le Danube.

Bien sûr, la Serbie, sans accès à la mer, ne sera pas, et n'en rêve d'ailleurs pas, l'une des principales destinations dans le monde. Mais ainsi, vous serez toujours accueillis comme des hôtes particuliers.

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