Guide de BELGRADE (БЕОГРАД) : Histoire

Chronologie

40 000 av. J.-C.> Premières traces d'installation en Serbie.

au IIIe siècle av. J.-C.> Fondation de Singidunum (Belgrade) par les Scordisques, une tribu celte.

au début du IIe siècle ap. J.-C.> Installation de la légion romaine IV Flavia Felix à Singidunum.

395> L'empire romain se scinde en deux entités qui sont l'Empire romain d'Occident et l'Empire romain d'Orient. La ville de Singidunum est alors rattachée à ce dernier.

entre le IVe et le VIIe siècle> Singidunum est successivement prise et détruite par les Huns, les Sarmates, les Goths, les Gépides, l'Empire byzantin (romain d'Orient), les Avares et enfin les Slaves. Ces derniers embrassent le christianisme au IXe siècle.

vers 780> Le premier souverain serbe connu de l'histoire est le Prince Viseslav.

878> Première mention du nom slave de la ville, Belgrade, qui signifie " ville blanche " en raison de la couleur de la roche calcaire qui constitue la forteresse bâtie sur place.

au IXe siècle> Les missionnaires chrétiens Cyrille et Méthode évangélisent les peuples slaves et mettent au point le premier alphabet slave, le glagolitique.

entre le IXe et le XIIe siècle> Belgrade passe sous la domination bulgare, byzantine et hongroise. Elle est également saccagée par les Croisés se rendant à Jérusalem.

1166 - 1228> Stefan Ier Nemanjić, fondateur de la dynastie des Nemanjić, crée un Etat indépendant serbe. Il devient roi de Serbie en recevant la couronne royale du pape Honorius.

1219> L'Eglise orthodoxe serbe est indépendante et saint Sava, frère de Stefan Ier Nemanjić, en devient le premier archevêque.

1284> Le roi Dragutin, qui a renoncé au trône pour y laisser monter son frère Milutin, reçoit de son beau-père, le roi hongrois Stefan V, Belgrade. C'est la première fois que la ville est dirigée selon une administration serbe.

1282 - 1321> Le frère de Dragutin, le roi Stefan Uroš II Milutin, agrandit l'Etat serbe vers le sud.

1331 - 1355> Le roi Dušan est couronné empereur des Serbes et des Grecs. Il crée un code à son nom, le code de Dušan, qui établit un système de lois universel au sein de son Empire.

1355 - 1371> Sous le règne de l'empereur Stefan Uroš V, surnommé Nejaki (le Faible), l'Empire se désagrège, gangréné par les volontés d'indépendance des grands nobles serbes. C'est le dernier représentant direct de la dynastie des Namanjić.

1389> Bataille du Kosovo Polje. Le Prince Lazar Hrebeljanović rallie la noblesse serbe à ses côtés pour combattre contre l'envahisseur turc. L'armée serbe triomphe mais c'est une victoire à la Pyrrhus tant le bilan humain est désastreux. Les deux armées opposées ont chacune perdu leur chef : Lazar et Mourad Ier, morts tous les deux au combat.

1402> Le fils de Lazar, Stefan Lazarević, devient despote.

1403> Stefan Lazarević fait de Belgrade la capitale de la Serbie. Sous son règne, la ville connaît un expension économique et culturelle importante. A la mort du despote, les Hongrois revendiquent de nouveau Belgrade.

1440> Le sultan Mourad II assiège Belgrade avec une armée de 100 000 soldats turcs et 200 navires. Les Serbes résistent.

1456> Le sultan Mehmed II assiège Belgrade avec une armée de 150 000 hommes. Les Turcs lèvent le siège lorsque le sultan est blessé.

1459> Les Turcs conquièrent la ville de Smederevo, capitale de la Serbie depuis la mort de Stefan Lazarević. La Serbie perd son indépendance.

1521> Soliman le Magnifique s'empare de Belgrade.

1688 - 1690> Prise de Belgrade par les Autrichiens.

1690 - 1717> Domination turque.

1717 - 1739> Eugène de Savoie conquiert Belgrade. Nouvelle domination autrichienne qui s'achève avec le traité de Belgrade à la suite duquel la ville revient aux Turcs.

1789 - 1791> Nouvelle guerre austro-turque. Les Autrichiens s'emparent de Belgrade et la restituent de nouveau aux Turcs suite au traité de Sistova.

15 février 1804> Première insurrection des Serbes contre le pouvoir ottoman. Révolte menée par Đorđe Petrović, plus connu sous le nom de Karageorges ou Georges le Noir.

1806> Belgrade est libérée par les insurgés serbes et redevient la capitale de la Serbie.

1813> Etouffement de la première insurrection : les Turcs reprennent Belgrade.

1815> Seconde insurrection serbe menée, cette fois, par Miloš Obrenović. Autonomie partielle de la Serbie accordée par l'Empire ottoman.

1817> Assassinat de Karageorges commandité par Miloš Obrenović.

1830> La Serbie devient une principauté autonome et Miloš Obrenović en est nommé souverain héréditaire.

1839 - 1842> Premier règne du prince Michel Obrenović.

1842 - 1858> Règne d'Alexandre Karađorđević, fils de Karageorges.

1860 - 1868> Second règne du prince Michel Obrenović.

1867> Les Turcs se retirent de Belgrade.

1868 - 1889> Règne du prince Milan Obrenović qui devient roi en 1882.

1876 - 1878> Guerre serbo-turque. Les Serbes libèrent le sud-est de la Serbie. Le congrès de Berlin signe l'indépendance du pays.

1882> Proclamation du royaume de Serbie. Le prince Milan Obrenović devient roi.

1889 - 1903> Règne du roi Alexandre Obrenović qui s'achève par son assassinat et celui de sa femme Draga. Pierre Ier Karađorđević monte sur le trône.

1912> Première guerre balkanique opposant la Serbie, la Grèce, le Monténégro et la Bulgarie à l'Empire ottoman. Libération du Kosovo et de la Métochie de l'influence turque.

1913> Seconde guerre balkanique. La Serbie vainc la Bulgarie.

1914> Déclenchement de la Première Guerre mondiale. L'armée austro-hongroise s'empare de Belgrade. Après les batailles du Cer et de Kolubara, premières victoires des Alliés, les Serbes libèrent Belgrade et repoussent les Austro-hongrois hors de Serbie.

1915> Les troupes austro-hongroises et allemandes occupent Belgrade. L'armée serbe et le gouvernement quittent le pays à travers l'Albanie pour la Grèce et notamment l'île de Corfou.

1916> Les soldats serbes soignés reprennent le combat aux côtés des Alliés sur le Front de Salonique.

1918> Percée du Front de Salonique et reprise de Belgrade par l'armée serbe. Fin de la Première Guerre mondiale. 28 % de la population totale serbe a été décimée. Naissance du royaume des Serbes, des Croates et des Slovènes.

1921 - 1934> Règne du roi Alexandre Ier Karađorđević qui s'achève par son assassinat à Marseille, lors d'une visite officielle en France.

1929 - 1941> Le royaume des Serbes, des Croates et des Slovènes devient le royaume de Yougoslavie.

6 avril 1941> Les Nazis bombardent Belgrade. Pierre II Karađorđević, le jeune roi, et le gouvernement, doivent partir en exil.

1941 - 1945> Occupation de la Yougoslavie par l'Allemagne et les pays voisins. Mise en place de deux mouvements de résistance serbes : les Chetniks de Draža Mihailović, monarchistes, et les Partisans dirigé par Tito, communistes.

20 octobre 1944> L'Armée rouge et les Partisans de Tito libèrent Belgrade.

1945> Abolition de la monarchie et proclamation de la République fédérale populaire de Yougoslavie gouvernée par Tito. Belgrade, en tant que capitale, va connaître un développement industriel et culturel important.

1948> Rupture entre Tito et Staline.

1961> Première conférence du mouvement des Non-Alignés à Belgrade.

1963> Le pays change de nom et devient la République fédérale socialiste de Yougoslavie.

1980> Mort de Tito. Le pays est désormais gouverné par une présidence tournante : chaque année, un représentant issu de l'une des six républiques composant la Yougoslavie se retrouve à la tête de la fédération.

1991> Montée des nationalismes et des visions politiques divergentes. La Slovénie et la Croatie déclarent leur indépendance déclenchant une guerre civile. Indépendance également de la Macédoine.

1992> La Bosnie déclare à son tour son indépendance. Proclamation de la République fédérale de Yougoslavie qui réunit la Serbie et le Monténégro.

1993> Hyperinflation : on imprime un billet de 500 000 000 000 dinars.

1996> Protestations massives à l'encontre de la fraude aux élections municipales de Slobodan Milošević.

1999> La situation au Kosovo s'envenime et de violents conflits entre les Albanais et les Serbes éclatent dans cette province. L'OTAN bombarde durant trois mois Belgrade et la Serbie. Suite à l'Accord de Kumanovo, le Kosovo-et-Métochie est placé sous le protectorat des Nations unies. Environ 200 000 Serbes du Kosovo se réfugient en Serbie.

2000> Slobodan Milošević perd à l'élection présidentielle fédérale et quitte le pouvoir.

2003> Naissance de la fédération Serbie-et-Monténégro.

12 mai 2003> Le Premier ministre Zoran Đinđić est assassiné.

17 et 18 mars 2004> Au Kosovo, alors que l'OTAN et les forces de l'ONU sont présentes, environ 50 000 Albanais créent des émeutes contre les Serbes, les Roms et Ashkalis. Une trentaine d'églises et de monastères sont endommagés ou détruits.

2006> La Serbie redevient un Etat indépendant. Statut du Kosovo toujours en suspens.

17 février 2008> Déclaration unilatérale de l'indépendance du Kosovo. La Serbie s'y oppose farouchement et la reconnaissance de ce nouvel Etat divise la communauté internationale. La France reconnaît l'indépendance du Kosovo.

2009> La Serbie fait une demande d'adhésion à l'Union européenne.

26 mai 2011 et 19 juillet 2011> Arrestations respectives de Ratko Mladić, commandant en chef de l'armée de la République serbe de Bosnie pendant la guerre de Bosnie, et de Goran Hadžić, président de la République serbe de Krajina, durant la guerre en Croatie. Tous deux étaient activement recherchés par le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY).

2012> Belgrade obtient le statut de candidat officiel à l'Union européenne en mars. En mai, le nationaliste Tomislav Nikolić est élu président de la République en Serbie.

2014> Le parti progressiste serbe remporte les élections municipales belgradoises, mettant fin à 10 ans de mandature du parti démocratique.

2016> La Serbie et Belgrade sont touchées par la crise des migrants syriens et du Moyen-Orient, très nombreux à transiter par ce pays et à devoir être pris en charge. La gestion de la crise par l'UE douche l'enthousiasme des Serbes quant au processus d'adhésion.

2017> Aleksandar Vučić, Premier ministre du gouvernement sortant, remporte en avril l'élection présidentielle dès le premier tour avec plus de 55 % des voix. Il nomme Ana Brnabić à la tête du gouvernement. Elle est la toute première femme à accéder à ces fonctions au poste de Premier ministre en Serbie.

2018> En septembre, ne faisant pas mystère de son homosexualité, Ana Brnabić participe à une Gay Pride de Belgrade qui fut longtemps interdite et sujette à de violentes controverses.

Les origines préhistoriques

Les premiers habitants de la " ville blanche " arrivent sur le territoire au IVe siècle avant notre ère. Ils choisissent ce site pour son emplacement particulier au confluent de deux grandes rivières, la Save et le Danube, où s'étendent des plaines fertiles. Ainsi que l'ont attesté des fouilles sur le tertre de la citadelle et sur le site de Vinča, Belgrade et sa région ont été occupées dès l'époque néolithique ; la cité de Lepenski Vir, plus à l'est sur le Danube, remonte même à 8 000 ans. Plus tard, cette région sera habitée par des populations illyriennes et celtes. Parmi ces dernières, la tribu des Scordisci s'empare en -279 av. J. -C. d'une colonie thrace au confluent de la Save et du Danube : c'est à cet endroit que sera bâtie la forteresse de Singidunum, sur un site localisé près de l'actuelle forteresse de Kalemegdan.

La période romaine

Les Romains s'emparent de la forteresse de Singidunum au Ier siècle avant notre ère et, à la fin du Ier siècle de notre ère, la légion romaine de Flavius y établit son quartier général. Singidunum devient une municipalité romaine au début du IIIe siècle, et est élevée au rang de colonie en l'an 239. A la division de l'Empire romain, en 239, Singidunum tombe sous le contrôle de l'Empire romain d'Orient et prend le nom grec de Singedon.

Les envahisseurs barbares

Pendant plusieurs siècles, Singedon subit alternativement la domination barbare et la suzeraineté byzantine. En 441, les Huns d'Attila détruisent une première fois la ville.

Dix ans plus tard, elle est reconquise par les Byzantins, puis, en 470, tombe de nouveau aux mains des barbares, des Sarmates cette fois. Après une courte incursion des Wisigoths, la ville se soumet aux Byzantins pendant plus d'un siècle. A partir de 584, ce sont les Avars qui s'y installent, suivis des Slaves au milieu du VIIe siècle. En fait, pendant les VIIe et VIIIe siècles, le site est la plupart du temps désert et les tribus orientales ne font qu'y passer.

La domination byzantine

Pendant trois siècles, la ville sera l'objet d'âpres rivalités entre potentats orthodoxes. Les Bulgares l'occupent entre 820 et 971 puis quelques années en 1230, les Macédoniens y sont à la fin du IXe siècle et, en 1071, les Hongrois en chassent pour la première fois les Byzantins qui avaient repris la ville en 1074.
Le nom de Beli Grad (la " ville blanche ") apparaît pour la première fois en 878, dans une lettre du pape Jean VIII au prince bulgare Boris Mihaïl (ou : Boris Ier).
Depuis, son nom sera toujours Belgrade, avec cette identité forte d'une ville maintes fois occupée et détruite, mais toujours renaissant de ses cendres (les Hongrois la détruiront encore totalement en 1124 et 1183 !).

L'Empire serbe

En 1284, le roi hongrois Ladislas IV confie les clés de la ville au roi serbe Dragutin. De 1316 à 1319, Milutin règne sur Belgrade, qui retombe ensuite pour 80 ans aux mains des Hongrois. Mais, en 1403, en accord avec le roi de Hongrie Sigismund, le despote Stefan Lazarević, fils du prince Lazar tué au Kosovo, fait de Belgrade la capitale de l'Etat serbe médiéval.
Il relève économiquement la ville et en augmente la puissance militaire. A sa mort en 1427, le despote Ðurađ Branković la cède aux Hongrois et s'en va résider à Smederevo, plus à l'est sur le Danube.

Saint Sava (1169-1236), une icône orthodoxe

Rastko, l'un des trois fils de Stefan Nemanja, souverain de la principauté de Rascie, est au moins aussi connu que son frère, Stefan Ier Nemanjić, premier roi de Serbie. En effet, Rastko n'est autre que Saint Sava, le père fondateur de l'Eglise orthodoxe serbe, autonome depuis 1219. Il fut notamment le premier archevêque de Serbie. Très attachés à leur héritage religieux, les Serbes vouent un véritable culte à Saint Sava dont la cathédrale du même nom à Belgrade est, en toute simplicité, le deuxième plus grand édifice orthodoxe au monde. A son emplacement, les reliques du saint furent brûlées en 1594 par le grand vizir Koca Sinan Pacha, en signe de représailles aux révoltes des Serbes orthodoxes qui portaient sur leurs drapeaux l'effigie de Saint Sava.

Mais en plus d'être le fondateur de l'Eglise orthodoxe serbe, dont il légifère le fonctionnement et l'organisation, Saint Sava travailla à l'éducation de la population serbe en instituant, autour des monastères, des écoles où les moines venaient enseigner aux personnes de toutes origines. Il est d'ailleurs le saint patron des étudiants et du savoir. Excellent biographe, il est aussi reconnu comme l'un des pères de la littérature médiévale serbe.

Il est fêté le 14 janvier du calendrier julien.

Entre les Turcs et les Autrichiens

Au cours des XVe et XVIe siècles, Belgrade est le théâtre des luttes fréquentes et sanglantes entre les Autrichiens et les Turcs : ces derniers vont jusqu'à appliquer à la ville l'épithète de darol i jehad, " foyer des guerres de religions ".
Après plusieurs tentatives au XVe siècle, l'armée ottomane finit par entrer à Belgrade le 29 août 1521. Maximilien de Bavière les en déloge en septembre 1688. Deux ans plus tard, ils reviennent et, en 1717, le prince Eugène de Savoie les en chasse de nouveau. La domination autrichienne va durer plus de vingt ans, et, en 1739, Belgrade sera rendue aux Turcs.

Les insurrections contre les Turcs

En 1804, les Serbes se soulèvent à l'appel de Karadjordje. Après de terribles et longues luttes, ils reprennent Belgrade en 1806 et la gardent jusqu'en 1813. En 1815, une nouvelle insurrection, menée par Miloš Obrenović, aboutit à la conclusion d'un accord : la Serbie acquiert une autonomie politique en 1817, mais reste sous la suzeraineté turque et doit payer l'impôt aux Ottomans.
La Serbie devient indépendante en 1878, au congrès de Berlin, et Belgrade acquiert définitivement le statut de capitale de la Serbie. Au début du XXe siècle, Belgrade est le Piémont des Serbes et de nombreux mouvements pour l'unité avec les Serbes de Bosnie et de Croatie y trouvent refuge.
Sous le règne de Mihailo Obrenović, la ville devient la capitale économique et industrielle du pays. C'est aussi un centre culturel d'importance, avec de grands journaux, des lycées et des universités dès le milieu du XIXe siècle.

Le baptême du feu

Pendant la Première Guerre mondiale, Belgrade est la première ville à recevoir le baptême du feu. Dès le 28 juillet 1914, les Autrichiens la bombardent, mais la résistance héroïque de la population la sauve de l'occupation. Sous le commandement du roi Pierre Ier Karađorđević, la ville organise sa défense ; le roi avait fait ses classes à Saint-Cyr et connaissait la stratégie militaire.
L'armée est organisée en tcheta, groupes de combattants autonomes et mobiles, qui se déplacent très rapidement sur les remparts de Kalemegdan. Enfin, de nombreux actes héroïques sont accomplis par des adolescents. Il ne faut pas oublier non plus le rôle joué, déjà à l'automne 1914, par une mission médicale française qui, pendant les assauts autrichiens, panse les plaies des combattants. Tout cela explique que les Autrichiens ne prennent définitivement la ville qu'en octobre 1915. La Bulgarie ayant décidé d'intégrer les forces de la Triple Alliance, la Serbie, huit fois moins nombreuse en hommes, est envahie sur ses flancs est, nord et ouest. Débute alors le calvaire de l'armée serbe, obligée de franchir à l'hiver 1915-1916 les montagnes d'Albanie. Le froid, le typhus et les balles albanaises sur les revers de l'armée serbe provoqueront la disparition d'un quart des hommes en deux mois. L'espoir renaît pourtant lorsque les soldats de cette armée épuisée et vaincue sont récupérés, dans le port de Durazzo, par un navire militaire français. En moins de trois mois, l'armée serbe défaite sera remise sur pied à Corfou, grâce à l'aide précieuse des officiers et médecins français. En janvier 1921, le général Franchet d'Esperey, ancien commandant de l'armée française d'Orient, remet à la ville la Légion d'honneur avec la citation suivante : " L'une des premières et des plus illustres victimes de la Grande Guerre, dont la population, malgré les bombardements et l'occupation ennemie, n'a cessé de faire preuve d'une bravoure sans défaillance. "

L'âme de la Résistance

Pendant la Seconde Guerre mondiale, Belgrade manifeste à plusieurs occasions son refus de l'asservissement et de la domination extérieure. Le 27 mars 1941, le roi Pierre signe avec les Allemands un pacte militaire : quelques heures après la signature, le général Dušan Simović soulève une partie de l'armée qui refuse la capitulation. Le peuple de Belgrade descend dans la rue en scandant " Bolje rat nego pakt ¡ " (" Mieux vaut la mort que le pacte ! "). Quelques jours plus tard, les troupes allemandes font leur entrée dans une ville déserte : les partisans du général Mihailović ont déjà réuni leurs troupes en province. Un Etat fantoche est mis en place, avec à sa tête le général Nedić, mais la résistance des Belgradois est telle que les Allemands pendent les opposants et laissent, pour l'exemple, des dizaines de cadavres aux lampadaires des grandes avenues de la ville. Les représailles de la Wehrmacht se comptent par dizaines de milliers de victimes : pour un soldat allemand tué, 100 Serbes doivent périr. Belgrade est libérée le 20 octobre 1944, mais après avoir subi trois vagues de bombardements anglais et américains, après ceux des Allemands en 1941.

La Yougoslavie communiste

À la fin de la guerre, les anciens résistants communistes menés par Tito s'installent au pouvoir. Le 29 novembre 1943, en pleine guerre, Tito avait décidé de créer à Jajce (Bosnie) une fédération de six républiques, lors du deuxième conseil de l'Avnoj (Conseil antifasciste de libération nationale de Yougoslavie).
La Yougoslavie de Tito est donc fondée en 1945 sur le principe de l'égalité totale entre cinq peuples constitutifs, désormais les Slovènes, les Croates, les Monténégrins, les Serbes et les Macédoniens. Les musulmans seront reconnus un peu plus tard. Chacune de ces nations inscrites dans la Constitution dispose d'une entière souveraineté à l'intérieur de sa république : parlement, gouvernement, système scolaire. Le texte constitutif va même jusqu'à prévoir en cas de nécessité un droit de... sécession ! L'idée est qu'il faut tourner la page de la monarchie centralisatrice d'avant-guerre. Mais le Croate Tito, en bon stratège politique, y voit aussi une façon d'affaiblir numériquement le poids des Serbes dans cette nouvelle fédération, comme le montrent plusieurs signes après la guerre. À l'intérieur de la république de Serbie sont créées les provinces autonomes de Voïvodine et du Kosovo, où chacune des 26 nationalités se voit accorder des droits culturels importants. À l'inverse, les Serbes, qui se trouvent du jour au lendemain dans des républiques où ils sont minoritaires - Croatie et Bosnie - se sentent posséder moins de droits. C'est que Tito, qui dirige le parti communiste yougoslave à la soviétique, veut empêcher une répétition de l'histoire et l'hégémonie serbe sur la deuxième Yougoslavie. Cette politique marquée dès 1946 se double d'une épuration féroce pendant trois ans. Les Allemands de Voïvodine en sont les premières victimes.
En 1948, le dirigeant communiste dit non à Staline et à sa proposition d'intégrer le bloc de l'Est. Cette décision est une catastrophe pour une bonne partie des militants et dirigeants communistes dont la plupart s'étaient battus avec l'espoir de créer une véritable Internationale ouvrière et non pour accoucher d'un communisme étroit et national : au Monténégro par exemple, les affiches à la gloire de Staline sont encore nombreuses en 1948. Tito, dans cette situation houleuse, va être jusqu'au-boutiste. Il fait exécuter de grands dirigeants de la résistance communiste. Par ailleurs, il ouvre un camp en mer Adriatique, sur une île déserte au large de la côte Adriatique : Goli Otok, où sont envoyés
de nombreux communistes qui refusent de réviser leur position pro-stalinienne.
Ce sont ensuite les années heureuses yougoslaves. Ayant renoncé à la collectivisation des terres, Tito semble réussir le rassemblement de tous ces peuples. Le pays se développe et compte sur la scène internationale. Tito est notamment le fondateur du mouvement des non-alignés, en pleine guerre froide.

La nouvelle Constitution de 1974 apporte d'importants changements dans le système fédéral institué en 1945. Et si la Yougoslavie est la plus prospère, et le moins communiste des pays de l'Est, la Constitution de 1974 démontre une nouvelle fois les tergiversations du vieux maréchal. Après avoir limogé l'omnipotent Ranković, ministre de l'Intérieur, en 1966, parce que celui-ci mate de force les revendications identitaires des différents peuples, Tito leur donne du poids. Ainsi, la Yougoslavie titiste aura tenté en permanence d'unifier, avec les maîtres mots " unité, fraternité " alors qu'elle n'y aura jamais tout à fait cru.

L'implosion de la Yougoslavie

L'essouflement du pouvoir en place conjoint à l'effondrement du communisme en URSS et dans les pays satellitaires ravive les velléités d'indépendances des différentes composantes de la Yougoslavie. En Croatie, des barricades sont érigées par la police locale serbe dès l'été 1991, car la nouvelle Constitution croate inquiète la minorité serbe. Cette forte minorité est armée par Milošević, et des milices serbes attaquent le territoire croate, notamment à Vukovar. Ce sera le début d'une vraie guerre. Les Croates finiront par reconquérir la Krajina contrôlée par les Serbes en août 1995. Ce sera l'exode pour 300 000 Serbes. En Bosnie-Herzégovine, les Serbes avaient déjà créé des régions autonomes et procédé à des élections dans ces régions, lorsqu'en mars 1992, ils boycottent le référendum sur l'indépendance de la Bosnie et, immédiatement, encerclent Sarajevo. La guerre, qui durera trois ans et fera plusieurs dizaines de milliers de victimes, sera dès le départ une guerre de nettoyage ethnique. Les forces sous le commandement du général bosno-serbe Mladić mènent une guerre sale qui culminera avec le massacre de Srebrenica en juillet 1995.
Le conflit se termine par les accords de Dayton : 49 % du territoire revient à la Republika Srpska (ou : République Serbe) et 51 % à la fédération croato-musulmane. La Bosnie-Herzégovine est divisée.
La troisième Yougoslavie voit le jour le 27 avril 1992 : elle est constituée de la Serbie et du Monténégro et se nomme simplement République fédérale de Yougoslavie. Créée par dépit puisque la Yougoslavie de Tito n'existe plus, elle regroupe les deux seules républiques soeurs. Slobodan Milošević est réélu président de Serbie, puis de RFY ; il est définitivement l'homme fort de la scène politique serbe et règne d'une manière autocratique sur les décombres de ce qui fut un grand pays, jusqu'aux élections d'octobre 2000. Mais ce qui reste de la Yougoslavie est exsangue. L'embargo international et le " système " Milošević ont durablement ruiné la Serbie.
L'autre question qui monte en puissance dans les années 1990 est celle du Kosovo. Depuis 1990, les Albanais, qui sont désormais près de 90 % de la population de la province serbe refusent de participer aux consultations organisées par le gouvernement de Belgrade qui a instauré une véritable ségrégation et a supprimé toute autonomie politique : recensement de 1991, référendum de 1992 et toutes es élections nationales de la république de Serbie sont boycottées. Ils choisissent, en 1992, Ibrahim Rugova (décédé en 2006), seul candidat en lice, comme " président de la république du Kosovo " proclamée lors d'un référendum clandestin. La société s'organise de façon parallèle, avec des écoles et des hôpitaux clandestins, puisque Milošević a licencié 6 000 enseignants albanais. Le gouvernement du Kosovo en exil veut l'indépendance, refusée par Belgrade. En 1998, apparaît un mouvement indépendantiste plus radical, l'UÇK. Formé de militants venant d'horizons divers, sans réel lien avec l'Albanie voisine, mais soutenus par la diaspora albanaise, ils entament la lutte armée dans la vallée de la Drenica, à l'été 1998. La police serbe répond, c'est l'escalade. En janvier 1999, le massacre de Račak fait réagir la communauté internationale. En mars, c'est le début, selon l'acte d'accusation du Tribunal pénal international, de l'expulsion du Kosovo de 800 000 Albanais, contraints de se réfugier en Albanie, Macédoine et Monténégro. Račak sera aussi l'événement - controversé - qui déclenchera les bombardements de l'Otan au printemps 1999. L'année 1999 constitue un tournant. La conférence de Rambouillet, en France, ayant échoué, du 24 mars au 8 juin 1999, se déroule la plus grande opération que l'Otan ait jamais engagée depuis la Seconde Guerre mondiale. Le but, obliger l'armée serbe à se retirer du Kosovo et cesser ses exactions.

L'Otan, sans mandat de l'ONU, intervient surtout par la volonté des Américains. Un bombardement massif est entrepris, d'abord contre des objectifs militaires, puis contre des objectifs civils. Ce qui reste de l'économie serbe moribonde est touché. Les infrastructures, comme les principaux ponts sur le Danube et la Morava, mais aussi des sites industriels sont atteints. Le bilan humain civil est aussi désastreux, avec 2 300 civils serbes ou albanais morts sous les bombes. Enfin, le bilan écologique
est lourd de conséquences pour l'avenir : les usines chimiques de Panćevo ont brûlé et déversé pendant deux semaines des tonnes d'ammoniac dans le Danube. Plus au sud, au Kosovo et autour de Vranje, les bombes à uranium appauvri ont laissé des traces. En septembre 2000, ont lieu des élections
présidentielles en Serbie. Slobodan Milošević se sait en position difficile. Mais plus que jamais quasi-dictateur, il a fait assassiner en août son rival Ivan Stambolić, celui-là même qui le prit sous son aile du temps de la Yougoslavie. Il perd dans les urnes, mais ne reconnaît pas sa défaite et appelle à renouveler le scrutin. C'en est trop pour l'opposition. Le 5 octobre, près d'un million de personnes sont dans la rue à Belgrade. Le parlement est envahi. Milošević reconnaît finalement sa défaite. Une difficile transition s'engage. La DOS, coalition de partis démocratiques, arrive aux affaires. Hélas, Zoran Ðinđić, brillant Premier ministre qui engage la Serbie vers la voie du renouveau, est assassiné le 12 mars 2003 par des éléments issus du régime de Milošević. Juste avant, le 4 février, la RFY, moribonde, est devenue l'Union de Serbie et du Monténégro, une initiative largement appuyée par l'Union européenne et, pour tout dire, initiée par son représentant pour la politique extérieure, Javier Solana.

Le nom de Yougoslavie disparaît cette fois définitivement. Mais l'Union de Serbie fonctionne mal. Particulièrement dans le domaine de l'économie où rien n'est harmonisé, pas même la monnaie. Finalement, e Monténégro organise un référendum d'indépendance e 21 mai 2006. Avec 55 % des voix pour le oui, la petite république retrouve une ndépendance perdue en 1918. Par voie de conséquence, la Serbie devient également ndépendante, et seule, pour la première fois epuis 1918, également.
Enfin, après une période d'instabilité politique en 2007, pendant laquelle la république de Serbie n'a pas de majorité parlementaire, les élections présidentielles puis législatives de 2008 voient la consolidation des mouvements pro-européens. Avec cette fois la majorité au parlement, le président Tadić poursuit le but d'une majorité des Serbes : rejoindre l'Union européenne. Dernier chapitre douloureux pour les Serbes, le Kosovo a déclaré son indépendance en février 2008.

La révolution du 5 octobre 2000

Lorsque ce matin du 5 octobre 2000, une foule de plus en plus dense envahit le centre de Belgrade, on sent rapidement qu'il va se passer quelque chose d'énorme. Le 24 septembre, Slobodan Milošević a perdu l'élection présidentielle dans les urnes. Mais, refusant de reconnaître sa défaite, il fait recompter les bulletins, puis décide d'appeler à un nouveau scrutin. C'est impensable pour l'opposition et la jeunesse de Belgrade. Ce n'est pas la première fois que des manifestations sont organisées. Durant l'hiver 1996-1997, de grands rassemblements anti-Milošević ont eu lieu après les élections municipales, durement réprimés. Mais un mouvement naîtra en 1998. Il s'appelle Otpor (Résistance). Son but ? Faire partir le maître de Belgrade. Ses armes, l'humour et la mobilisation. Otpor prend à contre-pied le pouvoir. Bientôt, beaucoup vont porter le tee-shirt avec un point fermé, l'emblème du mouvement. C'est dangereux, mais l'exaltation gagne. Otpor est apolitique, sans hiérarchie. Ses slogans feront mouche. Début 2000, presque toute la jeunesse est Otpor. La police n'arrête plus ceux qui portent le tee-shirt, car même les enfants le portent. Les slogans se radicalisent, mais toujours dans l'humour. On peut lire : " Slobo, sauve la Serbie, suicide-toi ! " Puis, c'est la campagne " Gotov Je " (" Il est fini "). Le mouvement compte 100 000 adhérents. Au matin, du 5 octobre, Velimir Ilić, un politicien de l'opposition arrive de province avec 10 000 manifestants. Les politiques aussi ont préparé la manifestation. Dans l'après-midi, Otpor lance sa plus grande manifestation. Ils seront bientôt près d'un million devant le parlement. La police réagit mollement puis laisse faire. La porte du parlement est enfoncée au bulldozer, un climat d'insurrection règne dans tout le centre-ville. Le soir même, Vojislav Koštunica s'adresse au pays en tant que nouveau président de Serbie, élu par les urnes le 24 septembre. Slobodan Milošević a perdu le pouvoir.

La Nouvelle Serbie

Après l'auto-déclaration d'un Kosovo indépendant, les Serbes feront tout pour essayer de s'intégrer dans l'UE sans reconnaître à cette province son indépendance. La réélection du président Boris Tadić est vue internationalement comme une sorte de stabilité. Le chef de l'éxécutif serbe permet au pays de se rapprocher de l'UE et réussit à signer le 28 avril 2008 un accord (ASA) qui représente un premier pas vers l'adhésion, bien que celle-ci soit subordonnée à l'arrestation des derniers criminels de guerre. Trois mois après, Radovan Karadžić est arrêté et les Serbes se voient exemptés de visas pour entrer dans l'espace Schengen en novembre 2009. Dès lors, les Pays-Bas lèvent leur veto sur l'accord commercial et l'ASA (Accord de stabilisation et d'association) peut désormais prendre forme. Malheureusement, la crise mondiale secoue toute l'Europe en 2011, à commencer par la Grèce. Face aux incertitudes autour de la zone euro, l'élargissement de l'Europe mis en attente par la France et l'Allemagne.
La Nouvelle Serbie espérait tenir pour attendre des jours meilleurs et, si le chemin paraît encore long, elle a d'ailleurs obtenu le statut de candidat officiel à l'Union européenne en mars 2012. C'est cependant le moins résolument europhile Tomislav Nikolić qui remporte les élections présidentielles en mai 2012. Ancien chef de file du Parti Radical serbe (parti nationaliste et résolument anti-européen), il a fondé le Parti Progressiste serbe en 2008, dont la ligne se distingue par son nationalisme combiné avec des visées pro-européennes. La porte ne se referme donc pas sur l'UE et Nikolić cherche à rassurer l'opinion internationale, indiquant qu'il ne remettrait pas en cause les orientations internationales soutenues par le parti du président Tadić.

Également membre fondateur du Parti Progressiste, le jeune (né en 1970) et néanmoins expérimenté Aleksandar Vučić (il fut Ministre de l'Information entre 1998 et 2000 et Ministre de la Défense entre 2012 et 2014) devient Président du gouvernement serbe en avril 2014 (poste équivalent au Premier Ministre chez nous) à l'occasion des élections législatives. Dans la foulé, Siniša Mali, proche collaborateur de Vučić né en 1972, devient le nouveau maire de Belgrade sous l'étiquette du Parti Progressiste. Il met ainsi fin à 10 ans de mandature du Parti Démocratique dans la capitale serbe et confirme l'installation du Parti Progressiste aux postes institutonnels importants.

En 2015 et 2016, la Serbie et Belgrade sont en première ligne de la crise des migrants syriens et du Moyen-Orient, très nombreux à transiter par ce pays et à devoir être pris en charge. À tel point que la Serbie met en place des actions de fermeture de ses frontières, initiatives souvent spectaculaires à défaut d'être très efficaces (ex : mur anti-migrants entre la Serbie et la Hongrie). Avec son économie encore largement convalescente, le pays se sent bien seul face à cette situation. La gestion de la crise par l'UE douche fortement l'enthousiasme des Serbes quant au processus d'adhésion. Si les discours ne sont pas aussi clairement énoncés, il semble que le projet d'intégration européenne a bien plus reculé qu'avancé ces dernières années...

2017 : premier mandat présidentiel d'Aleksandar Vučić

Les réformes économiques du gouvernement d'Aleksandar Vučić semblent néanmoins porter leurs fruits, le pays retrouvant la croissance trois années consécutives depuis 2016 et le chômage, bien que toujours important, ayant baissé de 5 points en quatre ans pour atteindre 11,9 %.

C'est dans ce contexte qu'Aleksandar Vučić décide de se présenter à l'élection présidentielle de 2017 et que le président sortant, Tomislav Nikolić, s'efface devant lui. Réunissant une puissante coalition autour de lui et de son Parti progressiste serbe (SNS), il remporte une victoire écrasante dès le premier tour en réunissant 55,7 % des suffrages exprimés le 2 avril. Investi en mai, il nomme une presque novice à la tête du gouvernement, Ana Brnabić. En plus d'être la toute première femme à accéder au poste de Premier ministre en Serbie, elle ne fait pas mystère de son homosexualité et participe même à la Gay Pride de Belgrade en septembre 2018. Signe éclatant d'un pays et d'une société qui changent disent les uns, calcul politique en vue de s'assurer les bonnes grâces de l'Union européenne dans la quête de l'adhésion du pays pour les autres, il n'en demeure pas moins que le début de mandat d'Aleksandar Vučić est d'ores et déjà dans les livres d'histoire.

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