Le guide touristique ALGER du Petit Futé : Arts et culture

Arts et culture

ArchitectureHaut de page
Façade ouvragée
Façade ouvragée
De la médina à la casbahHaut de page

Avant l'arrivée des Turcs, une ville arabo-berbère qu'on appelait alors médina était bâtie sur les ruines d'Icosium, sur les hauteurs de la ville. Fortifié, El-Dazaïr Beni Mezghana s'articulait alors autour du palais de son fondateur Bologhine Ibn Ziri qui sera remplacé plus tard par la citadelle de Baba Aroudj. Cette ville composée de maisons aux façades blanchies à la chaux s'est fondue à la ville ottomane. Cependant, il reste des vestiges bien distincts de cette époque où les dynasties berbères et arabes se sont succédé comme la mosquée Sidi Ramdane au toit de tuiles en fermettes, typique de l'architecture berbère ou la Grande Mosquée, représentative de l'architecture religieuse almoravide. La Casbah d'Alger qui s'est développée à l'arrivée des Turcs dans les limites de l'enceinte ottomane constitue un modèle unique de médina. Son architecture et ses attributs urbanistiques sont caractéristiques des villes maghrébines historiques.

La ville basse longe le front de mer et s'articulait autour de la Djenina (administration ottomane), de ses palais, de ses mosquées, de ses souks et de sa place du Badestan (marché aux esclaves). La ville haute qui s'étend depuis la citadelle jusqu'à l'actuelle place des Martyrs est un véritable labyrinthe de ruelles tortueuses dans lequel s'enchevêtrent les maisons. Ne répondant à aucun plan architectural précis, la construction de la ville, de ses rues et de ses maisons s'opère essentiellement en fonction des contraintes topographiques d'un terrain en pente et accidenté et du climat méditerranéen.
Certaines rues sont couvertes de voûtes (Sabat) permettant d'exploiter un maximum l'espace extérieur et intérieur.

L'architecture militaire ottomane se retrouve dans la citadelle, forteresse destinée aux janissaires au début du XVIe siècle. Devenant résidence du dey à partir de 1818, elle se dote des aménagements typiques des palais islamiques : appartements, diwan, harem, jardins, mosquées, hammam.

Les mosquées de la Casbah sont représentatives de l'architecture religieuse ottomane. Certaines (Djamaa El-Berrani, Mosquée des Janissaires, Mosquée Sidi M'Hamed Cherif...) se distinguent par un minaret octogonal orné d'un bandeau de carreaux de faïence aux motifs géométriques, d'autres (mosquée Ketchaoua, mosquée El-Djedid) par leur style inspiré de l'architecture byzantine pratiquée en Turquie.

L'architecture ottomane s'exprime également à travers les hammams, les fontaines, les souks, les maisons traditionnelles et les palais de la Basse Casbah et du fahs (campagne de l'époque ottomane).

Il y a plusieurs types d'habitats à l'époque ottomane. Le dar est une maison plutôt bourgeoise qui n'abritait en général qu'une seule famille. Elle pouvait par sa taille ressembler à un petit palais ou au contraire, plus étroite, être d'apparence plus modeste et destinée à des familles de commerçants ou d'artisans. C'est la maison dite " à portiques " qui s'articule autour d'un patio lumineux (West Ed-Dar). La demeure s'ouvre sur une entrée en chicane ; la skifa qui s'apparente à un vestibule comportant parfois des niches aménagées de banquettes (doukana) servant au visiteur avant d'être invité à pénétrer dans la demeure.
Autour du patio court une galerie (shîn) à arcatures soutenues par des colonnes en marbre desservant les longues pièces (biut) : buanderie (bit es-saboun) et chambres (bit)... L'étage supérieur (foqani) est conçu de la même manière que le rez-de-chaussée (seflani). On y trouve le même type de pièces à la forme longitudinale appelées ici les ghrofs, la salle de bains (bit el-hammam), la cuisine, divers salons et chambres. De l'étage supérieur, on accédait à la terrasse (menzah).

La douéra est quant à elle une habitation plus petite, mitoyenne du dar ou indépendante et destinée aux familles modestes ou aux serviteurs.

Dans la Basse Casbah, quartier d'affaires où siégeait l'administration ottomane (la Djenina), se trouvaient de nombreux palais, dont quelques-uns ont fait l'objet de restaurations ces dernières années. Généralement destinés au dey ou au bey et à leur famille ou à des corsaires, les demeures et palais (Dar Khadaoudj El-Amia, Dar Aziza Bent El-Bey, Dar Hassan Pacha, Dar Mustapha Pacha...) étaient bâtis sur le même modèle que les dar mais se différenciaient par des espaces plus vastes et une grande richesse ornementale. Au centre du patio se trouvait généralement une fontaine ou un bassin.

Les matériaux utilisés dans la construction et la décoration des maisons et demeures étaient le tuf, la brique et la chaux pour le bâti, le marbre ou le tuf pour les colonnes et les tomettes au sol, le bois pour les balustrades, les portes et les plafonds, le thuya pour les solives des plafonds et les encorbellements, les carreaux de faïence pour l'ornementation des différents espaces de la maison, le plâtre pour la réalisation des claustras, le fer forgé pour le grillage des fenêtres.

Les maisons bourgeoises comportaient un puits permettant de capter l'eau potable et disposaient également d'une réserve d'eau de pluie, intelligemment recueillie depuis la terrasse par des conduits en terre cuite. Cependant l'alimentation de la ville en eau se faisait principalement grâce aux nombreuses fontaines disséminées aux quatre coins de la Casbah et par lesquelles arrivait l'eau acheminée depuis les hauteurs de la région (El Biar). Si l'ornementation et la qualité du parachèvement des espaces intérieurs traduisent le faste ou la simplicité de la demeure, l'aspect extérieur est sensiblement uniforme d'une maison à l'autre. La façade est généralement dénuée de décor et de fenêtres puisque l'air et la lumière sont diffusés par le patio. Les petites fenêtres permettaient uniquement de voir sans être vu ; la maison était ainsi protégée des regards extérieurs. La porte de bois est parfois ornée de symboles de superstition comme la " main de Fatma " ou purement ottoman comme le croissant.

L'architecture ottomane ne se limite pas à la Casbah. Pendant la Régence d'Alger, les dignitaires ottomans possédaient des palais d'été dans de riches domaines à l'extérieur de la ville. Le Mustapha Supérieur, qui était alors le fahs (campagne de l'époque ottomane), est ainsi jonché d'anciennes villas ottomanes (Djenane El-Mufti, villa Mustapha-Raïs, palais du Peuple, musée du Bardo...)

Appelées les Djenane, ces villas sont conçues sur le même principe architectural que les demeures de la Casbah mais bénéficient d'espaces plus vastes et sont surtout entourées de jardins luxuriants.

Architecture militaire française et style Second EmpireHaut de page

L'arrivée des Français en 1830 annonce les débuts d'une transformation profonde et radicale de la ville, tant sur le plan urbanistique qu'architectural. L'objectif est clair pour les militaires français : s'approprier l'espace occupé en partie par cette troublante ville arabo-berbère.

La première étape, militaire, consiste à renforcer la protection de la ville face au danger extérieur. Le génie militaire prévoit donc dans ses plans de 1830 à 1949 de nouvelles fortifications, au-delà de l'ancienne enceinte ottomane, le percement d'artères, l'élargissement de rues et la création d'une place d'armes (place du Gouvernement, actuelle place des Martyrs). Le plan d'alignement de la ville européenne à la vieille ville est appliqué en 1948 par les architectes Guiauchain et Delaroche.

La rampe Chassériau, conçue en 1965 par l'architecte en chef de la ville, Charles-Frédéric Chassériau, témoigne de cette première phase d'intervention militaire et disciplinée.

La rampe qui permettait de relier le quai à la ville surélevait la ville de 15 m par rapport au niveau de la mer et renforçait ainsi sa protection. L'urbanisme militaire se poursuit par l'aménagement des rues Bab-Azzoun et Bab El-Oued qui se bordent d'immeubles soutenus par des arcades et l'édification de lieux emblématiques de la nouvelle puissance coloniale, comme l'Opéra réalisé en 1853 par Chassériau et Ponsard dans un style néo-Renaissance.

Si, pendant les premières années, les militaires opèrent à d'importantes destructions de la partie basse de la vieille ville et au niveau du port afin d'élargir les rues et créer une place d'armes, la Casbah sera préservée, notamment grâce à Napoléon III qui prit des mesures en faveur de la défense de la haute ville qui selon lui était " appropriée aux moeurs et aux habitudes des indigènes ".

La deuxième étape constitue à édifier immeubles d'habitations et équipements publics pour les colons s'installant dans la nouvelle capitale de l'Empire colonial français. 
Le Second Empire encourage le développement de la ville coloniale et sa modernité. En 1865, Napoléon III et sa femme, l'impératrice Eugénie, inaugurent le boulevard du front de mer, baptisé boulevard de l'Impératrice. Longeant les quais sur 1 500 m de la place du Gouvernement au sud de la nouvelle ville, le boulevard est un véritable balcon dominant la mer. Doté d'immeubles à arcades au style Second Empire, il rappelle crûment la rue de Rivoli à Paris et accueille bientôt d'importants édifices publics : l'hôtel des Postes et du Trésor (1867), la Banque d'Algérie (1868), l'hôtel de la Régence...

Malgré un certain éclectisme des styles : néo-Renaissance (Opéra), néo-grec (Santé maritime), néo-byzantin (Notre-Dame d'Afrique) achevée en 1872, néo-classique (Palais consulaire, 1980), le style haussmannien exporté de Paris prédomine à Alger où immeubles et édifices publics sont érigés dans la tradition stylistique de la métropole. Les immeubles s'élèvent sur quatre à six étages et leurs façades sont dotées de grandes fenêtres, de balcons en fer forgé et sont ornées de corniches, balustres et moulures.

Le plan urbain de la ville qui se développe vers le sud (rues Michelet, Pasteur, boulevard Baudin...) est également marqué par le " culte de l'axe " du baron Haussmann, boulevards et rues sont tracés selon de parfaites lignes droites.

La tendance néomauresqueHaut de page

En quelques décennies, Alger prend véritablement l'aspect d'une ville française à travers le style architectural employé censé rassurer les nouveaux colons. Si le style haussmannien continue de s'y développer jusque dans les années 1930, il reçoit néanmoins les critiques de la communauté scientifique et artistique qui juge cette architecture trop occidentale et ignorant la culture locale. Nombre d'écrivains voyageurs ou artistes se désolent de voir disparaître l'aspect pittoresque de la ville.

Au début du XXe siècle, le gouverneur général de l'Algérie Charles Jonnart, qu'on appelait " l'indigénophile " et qui estimait que le droit de conquête impliquait des responsabilités et des devoirs, met en place une politique culturelle indigène se manifestant notamment par un programme architectural privilégiant les traditions locales. En 1905, il instaure ainsi un nouveau style d'Etat : le néo-mauresque, également appelé style Jonnart. Cette politique architecturale a pour mission de réhabiliter la culture indigène par une valorisation du patrimoine mauresque et ainsi redonner à la ville son cachet d'antan. Le comité du Vieil Alger créé en 1905 par Henri Klein vient soutenir cette politique en veillant à la conservation du bâti mauresque et en encourageant le renouveau du style. Afin de renouer avec les valeurs architecturales orientales, des architectes européens sont chargés de réaliser dans le style Jonnart de grands édifices publics. Henri Petit s'impose avec la réalisation de la médersa 1904 qui inaugure cette nouvelle tendance architecturale, puis du siège de la Dépêche Algérienne (1906), de la préfecture (1908), des Galeries de France (1909). La Grande Poste conçue sur les plans de Voinot et Tondoire devient en 1910 l'édifice emblématique du style Jonnart. Cet édifice représente également un nouveau repère et le nouveau centre de la ville qui se déplace vers le sud.

Le style Jonnart, qui ne dominera l'architecture monumentale que jusque dans les années 1930, rencontre de vives critiques de la part de nombreux architectes dont Guiauchain qui qualifie certaines réalisations de pastiches orientalistes grossiers et estime qu'il n'existait pas d'architecture mauresque monumentale à Alger pouvant véritablement inspirer un style d'Etat.

Cependant, l'architecture néo-mauresque est une tendance qui existait déjà à Alger au XIXe siècle et une pratique qui s'exercera encore après l'Indépendance. En effet, vers 1830, les Français s'inspirent des palais d'Espagne ou de Venise pour " déguiser " Dar Hassan-Pacha. A la fin du XIXe siècle, ce sont les hiverneurs britanniques qui s'intéressent au style en restaurant ou reconstruisent plusieurs demeures ottomanes d'El Biar et du Mustapha Supérieur. Un architecte britannique Bucknall se distingue particulièrement. Dans les années 1920, c'est le néomauresque moderniste mêlant style mauresque, courants architecturaux (Art déco) et matériaux (béton armé) modernes qui s'affiche : poste d'El-Biar (Charles Montalond, 1935), Galeries commerciales Nahla, immeuble Garcia (Paul Guion). L'influence se poursuit après l'indépendance le retour aux valeurs arabo-musulmanes qui se traduit par la réalisation d'édifices à l'architecture orientale comme l'université de Caroubier ou de bâtiments modernes ornés d'éléments spécifiques de l'architecture mauresque (ministère de l'Energie et des Mines, Val d'Hydra).

Les prémices de l'architecture moderneHaut de page

Dès le début du XXe siècle, des bâtiments industriels ou de service (marché de la Lyre, hangars du Hamma ou de Belcourt) se caractérisent par une certaine " modernité " dans la technique et les matériaux utilisés (métal, fonte, bois). Certains édifices publics comme les hôpitaux Mustapha Pacha et Maillot, les lycées Delacroix et Bugeaud, construits au début du siècle par des architectes de la vieille école académique expriment également une certaine modernité par leur sobriété décorative.

Cependant, ce n'est qu'à partir des années 1930 que se développe l'architecture dite " moderne ".

L'architecture néo-mauresque ayant montré ses limites et son inadaptation à la réalité occidentale d'une ville qui se veut moderne, la célébration du centenaire de la colonisation insuffle à Alger une architecture méditerranéenne et moderne.

Il ne s'agit plus de calquer gauchement l'architecture hispano-mauresque mais de puiser l'inspiration dans la simplicité des formes et des volumes d'une architecture méditerranéenne séculaire qui s'identifie si bien à l'architecture moderne.

La célébration du Centenaire et le plan d'embellissement de la ville élaboré en 1926 ouvrent la voie à une architecture audacieuse qui se manifeste par la réalisation d'édifices alliant modernité et tradition, comme le musée des Beaux-Arts (Paul Guion, 1930), la Maison des étudiants (Charles Montaland, 1931), la Maison de l'agriculture (Jacques Guiauchain), le palais du Gouvernement (Frères Perret, Guiauchain, 1934).

Afin de construire sur le terrain abrupt de la ville, dont la population ne cesse de croître entre 1920 et 1930, les architectes recourent à de nouvelles techniques et de nouveaux matériaux, dont le béton armé et la technologie dite " à armature métallique " qu'expérimente l'entreprise Hennebique. Ce sont les prémices du modernisme.

En parallèle, la Maison du centenaire, qui est une réplique d'une demeure traditionnelle du XVIIIe siècle érigée par Léon Claro, rappelle l'ingéniosité de l'architecture méditerranéenne de la Casbah.

Le style Art déco en vogue en Occident dans l'entre-deux-guerres se propage également à Alger. Les architectes s'opposent à l'éclectisme du Second Empire et imposent simplicité, sobriété, géométrie des formes et cohérence structurelle. L'aspect fonctionnel de l'habitat répondant directement aux contraintes topographiques est privilégié, comme en témoignent les immeubles en béton armé bordant le parc de la Liberté (ex-Galland). L'hôtel-casino Aletti (actuel hôtel Safir) érigé en 1930 par Auguste Bluysen et Joachim Richard dans le cadre de la célébration du Centenaire est un bel exemple de cette nouvelle tendance architecturale.

Alger : laboratoire architecturalHaut de page

Si les immeubles de grande taille et les ouvrages civils modernes se multiplient et si Le Corbusier propose, dès les années 1930, un plan d'urbanisme (plan Obus) futuriste et complètement fou, ce n'est qu'après la Seconde Guerre mondiale que les principes de l' " école moderne " trouvent une plus large application. 
Alger devient alors une sorte de laboratoire architectural. Encouragés par des contraintes de construction moins rigides qu'en Europe, les architectes expérimentent leurs idées nouvelles à Alger, dont le site unique en amphithéâtre incite à l'innovation et à l'audace. L'immeuble-pont Burdeau de Pierre Marié en 1952 ou l'Aérohabitat conçu par les disciples de Le Corbusier en 1955 sur le modèle de l'Unité d'habitation de Marseille témoignent de l'inventivité dont les architectes ont dû faire preuve face aux diverses contraintes liées au terrain. L' " école moderne " y développe les principes du pilotis, du dénivelé, du toit-terrasse, de la façade panoramique, du jardin suspendu, de la pergola.

Si Le Corbusier n'a jamais rien réalisé à Alger, il a néanmoins stimulé les architectes du mouvement moderne (Deluze, Emery, De Maisonseul...) par ses projets et fantasmes architecturaux et s'est profondément inspiré pour d'autres projets (Le Modulor) de l'urbanisme et de l'architecture arabes. Si le " plan Obus ", trop radical, n'a heureusement jamais vu le jour, l'inspiration de Le Corbusier à revisiter les architectures traditionnelles aurait pu apporter beaucoup à l'architecture vernaculaire.
Au milieu des années 1950, alors que les tensions entre Français et population musulmane qui revendique ses droits s'intensifient, le maire socialiste d'Alger Jacques Chevallier est confronté à l'explosion démographique et au problème des bidonvilles où sont entassés plus de 35 000 Algériens. Il lance alors un vaste plan d'urbanisme social se traduisant par la conception de grands ensembles de logements à loyer modéré. Il confie ainsi à l'architecte Fernand Pouillon la réalisation de trois grandes cités : Diar Es-Saâda (1953), Diar El-Maçoul (1954) et Climat de France (1955 à 1959). Pour la première fois de l'histoire coloniale, les projets architecturaux concernent la population musulmane mais si la mixité des populations dans ces cités était réelle, l'intégration de la population musulmane est relative puisque affectée dans des logements plus modestes et exigus que ceux des Européens, elle est à nouveau victime de la ségrégation. Les cités Diar Es-Saâda (800 logements) et Diar El-Maçoul (1 800 logements) sont réalisés en un temps record : 365 jours.
L'oeuvre de Fernand Pouillon soucieuse de l'intégrité du bâti au site s'inspire elle aussi des traditions locales et marquera l'histoire architecturale du pays.

Architecture de l'IndépendanceHaut de page

A l'Indépendance, il s'agit de se réapproprier une ville marquée par cent trente ans de colonisation et une architecture française imposante. 
Le gouvernement ne s'emploie pas à redonner une identité proprement arabo-berbère à la ville mais poursuit de manière générale l'élan moderniste entamé. L'architecture devient alors un outil politique qu'utilise Houari Boumédiène afin de repositionner rapidement la nouvelle capitale indépendante sur le devant de la scène internationale. L'absence d'architectes algériens formés retarde l'apparition d'une identité architecturale propre au nouveau pays indépendant mais encourage la collaboration d'architectes étrangers à de grands projets urbanistiques et architecturaux. Boumédiène fait ainsi appel au Brésilien Oscar Niemeyer qui se réclame de la tradition corbuséenne pour la réalisation d'édifices emblématiques post-indépendants comme l'université des sciences et de la technologie Houari Boumédiène (1974), la salle omnisport du complexe olympique ainsi que l'Ecole polytechnique d'architecture et d'urbanisme (EPAU) en collaboration avec l'architecte d'origine suisse Jean-Jacques Deluz, resté à Alger après l'indépendance.

L'hôtel Aurassi conçu par l'Italien Luigi Walter Moretti est inauguré en 1973. D'inspiration cubiste, l'établissement de neuf étages au style résolument seventies ne ressemble pour certains qu'à un vulgaire " climatiseur " dénaturant le site, il est indéniablement le nouveau repère architectural dans le paysage algérois. Le Maqâm Echahid (Mémorial du Martyr) construit en 1982 sous la présidence de Chadli à l'occasion du vingtième anniversaire de l'Indépendance est l'autre édifice symbolique de la capitale.

Architecture actuelle et grands projetsHaut de page

Depuis l'indépendance, la forte croissance urbaine et la crise du logement concentrent les préoccupations architecturales autour de la construction de grands ensembles de logements. L'extension d'Alger est considérable, les zones urbaines prennent du terrain sur les terres agricoles de la Mitidja. Même si l'essentiel de la vie économique, administrative et culturelle se concentre toujours en son centre, Alger ne peut plus se contenter de ses quartiers historiques et absorbe les communes limitrophes de Chéraga, Dély-Brahim, Mohammedia, Bab-Ezzouar, Draria ou encore Rouiba. Cette croissance urbaine incontrôlée se traduit par l'émergence anarchique de nouvelles zones d'habitat urbain, de zones industrielles, de lotissements composés d'immeubles monotones qui se dressent çà et là sans aucune réflexion urbanistique ni cohérence architecturale. Des projets louables, comme celui de la nouvelle ville poétique de Sidi Abdellah dessiné par Jean-Jacques Deluz, sont détournés de leur vision initiale et succombent à la spéculation et aux travers du profit.

Après une période de disette architecturale, Alger voit fleurir nombre de nouveaux projets. Les premiers investisseurs sont les Emiratis, suivis par les Européens, notamment les Italiens et les Espagnols qui devancent les Français, qui, en général, obtiennent plutôt des contrats de gestion ou d'équipement. Les Chinois, quant à eux, viennent pour construire. L'un des plus grands projets architecturaux de la capitale concerne en effet l'aménagement de la baie d'Alger. Le projet Alger Médina, entamé en 2004, va rassembler, dans un ensemble architectural moderne façon The Palm ou Jumeirah de Dubaï, espaces de détente, centres d'affaires et centres commerciaux. Un port de plaisance devrait également être aménagé. Toujours à Mohammedia, face à la mer, la Grande Mosquée va bientôt sortir de terre pour devenir la troisième du monde par ses dimensions. Avec un minaret d'une hauteur de 300 m, elle pourra accueillir quelque 40 000 fidèles. Sur les hauteurs, à Ouled-Fayet et Chéraga, le Dounia Park, un très vaste complexe à la fois immobilier et de loisirs avec parc d'attractions, jardin botanique, clinique, école internationale, appartements de standing et golf bénéficie, lui aussi, de fonds émiratis.
Des projets qui paraissent déplacés lorsqu'on mesure le manque cruel d'infrastructures publiques de santé ou d'enseignement dans la capitale.
La ville nouvelle de Sidi Abdellah, entamée depuis 1990 et qui prévoit en son sein 30 000 logements et un pôle technologique, devrait voir le jour à l'horizon 2020.

La tendance architecturale à un retour aux valeurs arabo-musulmanes ou berbères est symbolique et rarement bien exploitée, et le patrimoine historique, lui, est souvent négligé comme la casbah dont les travaux de restauration sont en cours depuis des années mais n'avancent pas vraiment. En l'absence d'une cohérence architecturale, d'un plan d'urbanisme de qualité et d'un travail de rénovation du patrimoine conséquent, la ville perd progressivement de ses identités méditerranéenne et nord-africaine et semble vouloir s'aligner sur les modèles architecturaux de Dubaï.

ArtisanatHaut de page
Tenue traditionnelle algéroise.
Tenue traditionnelle algéroise.

Longtemps délaissé, l'artisanat algérien lutte aujourd'hui pour sa survie. L'absence jusqu'à ce jour de tourisme dans le pays n'a pas permis l'ouverture de débouchés dans le secteur.
Les artisans, autrefois nombreux et prospères dans la casbah d'Alger, se comptent aujourd'hui sur les doigts d'une main. Les joailliers, les tisserands, les artisans du cuir qui animaient les rues de la Casbah ont malheureusement disparu progressivement à la suite de la mondialisation, de l'arrivée des produits asiatiques bon marché et du peu d'intérêt porté par le pays à ses traditions, son artisanat ancestral et de qualité, riche des influences des diverses civilisations qui ont baigné l'Algérie.

Dinanderie. La dinanderie, ou l'art de travailler le cuivre pour fabriquer des ustensiles ou objets décoratifs, s'est développée à l'époque ottomane où elle fut organisée en véritable corporation. Les casbahs, notamment celle d'Alger, étaient de grands centres de production. Si le bruit du marteau frappant le métal retentissait d'antan à longueur de journée, l'activité s'est largement réduite à Alger et aujourd'hui seuls quelques artisans de la Casbah exercent encore leur métier qui a bien failli disparaître par la production industrielle. On y réalise encore mahbess (récipient utilisé pour le hammam), berreds (théières), couscoussiers, tassa (aiguière)... L'activité est plus intense à Constantine où la tradition est transmise de père en fils, la ville reste réputée pour ses plateaux (sniwa) aux motifs d'inspiration ottomane. A Tlemcen, la dinanderie, héritage almohade et d'inspiration andalouse, s'exerce à la fabrication de lanternes décorées de vitraux colorés, de lustres et de marteaux de porte. Les ustensiles réalisés par la fonte de feuilles de cuivre, la mise en forme par martelage et le ciselage de motifs étaient autrefois destinés à l'usage domestique mais sont aujourd'hui plutôt voués à la décoration.

Broderie. Noble et précieux, l'art de la broderie en Algérie était pratiqué en ville tout comme en milieu rural. La broderie citadine digne de la haute couture est d'influence andalouse et utilise des matériaux raffinés comme le fil d'or, le velours, la soie. Au temps de l'ancienne El-Djazaïr, les brodeuses excellaient dans l'art du tarz (broderies au fil d'or sur de la soie). De leur travail résultaient de véritables merveilles : b'niqa, caftans, qats ou encore karakous... Le karakou, veste de velours ornée d'arabesques d'influences turque, arabe ou andalouse brodées au fils d'or, est une tenue traditionnelle très appréciée des Algéroises.

Cuir. Le cuir est travaillé du nord au sud du pays depuis les temps les plus anciens mais c'est principalement parmi les touareg des hauts plateaux que l'artisanat du cuir a été le plus pratiqué. Les peaux, une fois tannées, deviennent portefeuilles, sacoches, chaussures, ceintures, selles de chevaux...

Tlemcen est également un centre important d'une maroquinerie raffinée fortement imprégnée de l'influence andalouse. Tout comme les textiles et les vêtements, les pièces de cuir sont parfois ornées de broderies. Si la maroquinerie n'est pas véritablement développée à Alger, on retrouve toutefois dans les boutiques d'artisanat de la capitale toutes sortes de pièces de cuir en provenance d'autres régions.

Bijoux. Symbole de la féminité et de la prospérité, la parure de bijoux des Algériennes appartient à une tradition séculaire et témoigne d'un art de vivre. Toutes les occasions sont bonnes pour se parer de bracelets, boucles d'oreilles, bagues et ceintures... Les bijoux font encore parti de la dot de la future mariée. Bien que la bijouterie locale soit en déclin à cause de la cherté des matériaux et de l'évolution des goûts - les femmes algériennes convoitant davantage les parures en or de style occidental -, la joaillerie traditionnelle reste le fleuron de l'artisanat algérien. Alger, Tlemcen et Constantine étaient réputés pour leur production mais chaque région possède son style traditionnel, comme une synthèse des héritages artistiques.

Réalisés en milieur rural, où l'or était trop cher, les bijoux algériens traditionnels touareg, chaouis ou kabyles sont faits principalement en argent ou en bronze. Les bijoux kabyles en argent, rehaussés d'émaux colorés et incrustés de corail sont fabriqués depuis le XVe siècle dans les villages notamment ceux des Aït-Yenni.
Les bijoux touaregs, sobres et légers, sont en argent, ornés parfois de pierres semi-précieuses comme l'agate ou l'onyx. La simplicité des formes des bijoux touaregs évoque symboliquement le désir de maîtrise des éléments naturels. Fabriquée par les forgerons, la croix d'Agadez, ou croix du Sud, est un bijou touareg connu à travers le monde.
A Alger on retrouvera toutes les créations de la joaillerie traditionnelle dans les bijouteries du centre-ville et les boutiques d'artisanat.

Poterie. Artisanat rural ancestral, la poterie algérienne est principalement berbère et bénéficie des influences des diverses civilisations qui se sont succédé (arabo-musulmane, turque, orientale, hispano-mauresque...). Guelma (Est), M'Sirda (frontière marocaine) et Aït-Khlili (Kabylie) sont des régions d'Algérie réputées pour la qualité de leurs gisements d'argile. On y réalise récipients, réchauds (kanoun), cendriers, etc.

La Grande Kabylie est un important centre de production de poterie traditionnelle. Qu'elle soit de Aït-Kheir, Maâtkas ou Bounouh, la poterie de couleur rouge se caractérise par sa simplicité et sa fonctionnalité. A Aït-Kheir, les femmes travaillent l'argile depuis les temps anciens et modèlent, cuisent et décorent plats, marmites, jarres, cruches... A Maâtkas, la poterie, faite d'argile impure, se distingue par son épaisseur et ses motifs bruns, rouges, blancs et noirs tirés de la symbolique rurale kabyle.
A Bounouh, les poteries réalisées à partir d'un mélange d'argiles noire et brune sont habillées de résine de couleur. En Petite Kabylie, le rouge est plus discret et utilisé par petites touches mais les motifs sont très proches de ceux de la Grande Kabylie. Dans le Constantinois, les poteries de Guelma sont fabriquées à partir du kaolin extrait à proximité. La poterie des Aurès paraît plus brute dans ses formes et ses coloris, celle des monts Nementcha est modelée dans des argiles aux tons rosés et ornées de dessins bruns sans vernis. A Tipasa et dans la région du Chenoua, la poterie est raffinée, elle prend des allures marines avec des formes d'inspiration phénicienne et romaine mais la tradition tend à se perdre. Au sud d'Adrar, dans le village de Tamentit, les poteries aux formes souvent insolites sont noires et d'un aspect métallique dû à la finition au papier de verre et au vernis noir recouvrant chaque pièce.

Céramique. Art citadin des régions du Nord, la céramique est une version raffinée de la poterie rurale à laquelle elle emprunte les techniques. Influencée par les civilisations phénicienne, romaine, arabe et andalouse, la céramique a connu son heure de gloire à l'époque musulmane sous la dynastie hammadite qui avait pour capitale la Kalaâ des Beni Hammad, grand centre culturel. L'artisanat de la céramique s'est développé dans d'autres villes à Alger et Tlemcen avec le retour des musulmans andalous.

Les objets en céramique, principalement des ustensiles (assiettes, pots à épices) et des objets de décoration (vases, lampes) empruntés à la poterie, étaient destinés aux familles aisées du pays. A partir du IXe siècle, les palais et les maisons se dotent de carreaux de céramique aux motifs géométriques ou floraux à dominante bleue.
L'ornementation (motifs berbères, calligraphie, arabesques florales) est estampée ou sculptée dans des tons vert, ocre, doré, rouge, bleu ou brun.
A Alger, le grand céramiste Mohamed Boumehdi décédé en 2007 a légué son savoir-faire à ses fils qui perpétuent le métier dans la tradition du maître. M.Boumehdi avait notamment restauré la villa d'été de Mustapha Pacha dans les années 1960 avant de se faire repérer par l'architecte Fernand Pouillon qui encouragea vivement son activité en lui confiant de nombreux travaux d'ornementation notamment celui du hall de réception de l'hôtel El-Djazaïr (ex-Saint-George) qu'il para de cent panneaux de céramique.

Tapis et tissages. L'art du tissage, transmis de génération en génération, illustre la créativité artisanale et artistique de chaque région et témoigne du magnifique métissage culturel (berbère, arabo-musulman, africain et oriental) qui a façonné le pays.

Les tapis de la Kalaâ des Beni Rached (Oranie) aux tons doux et variés sont raffinés et sobres et d'une géométrie douce. Ils se distinguent par un mélange de styles berbère, anatolien et hispano-mauresque. Les tapis de l'est algérien, qu'ils soient des Aurès (Haracta) ou des Nememtcha, sont reconnaissables à leurs motifs à symbolique berbéro-orientale et leur épaisseur en réponse aux rudes conditions climatiques de la région. 
En Grande Kabylie, les tapis de Aït Hichem aux motifs fins et discrets dominés par la symbolique berbère populaire et rurale sont d'une extrême beauté. Les tapis de Maâdi (M'Sila), de Bordj Bou Arreridj, de Sétif et Bejaia (Guergour) ont des influences berbères et orientales marquées. Les tapis de Guergour, harmonieux et aux couleurs chatoyantes, sont inspirés des modèles turcs et plus précisément d'Anatolie. Ceux du Djebel Amour, plus austères, sont composés de figures géométriques : losanges, carrés, bandes, croix...
Le M'zab a rendu célèbre son tapis par la fête qui l'honore chaque année et par une bonne commercialisation de celui-ci. A trames très fines et au fond souvent noir, le tapis de Beni-Isguen (Ghardaïa) mêle délicatement les tons blanc, rouge, jaune et vert. Les motifs, issus de la symbolique berbère, s'inspirent d'objets familiers (ustensiles de cuisine, objet quotidiens ou du mariage, animaux...).

Vannerie. Art très ancien qui trouve ses origines en Mésopotamie et en Egypte, la vannerie est assez répandue en Algérie, riche en alfa, raphia, osier et rotin avec lesquels les artisans réalisent nattes, corbeilles, couffins, paniers, chapeaux mais également mobilier (chaises, tables...). Les objets de vannerie sont parfois agrémentés de fils de laine colorés permettant de produire de jolis motifs géométriques.

Lutherie. Née de diverses influences et divers héritages, la musique fait partie de la tradition algérienne et tient une grande place dans le quotidien des Algériens. A Alger, quelques luthiers fabriquent encore les instruments traditionnels de la musique arabo-andalouse et du chaâbi : derbouka, oud, mandole, banjo, tar, quanouns...

Que rapporter de son voyage

Epices. Chez les herboristes de la ville et sur les étals des marchés, on trouvera toutes sortes d'épices, dont le fameux Ras El Hanout composé d'une trentaine d'ingrédients, des huiles essentielles et diverses plantes médicinales toutes aussi bienfaisantes que mystérieuses qui garniront vos étagères de cuisine.

DVD et CD. Ne quittez pas Alger sans avoir fait un tour dans les boutiques CADIC SOLI (16, rue Hasiba Ben Bouali) pour compléter votre DVDthèque de films algériens (Mascarades, Délice Paloma...) et documentaires historiques sur le pays et votre discothèque d'albums de chanteurs et de groupes algériens (chaâbi, arabo-andalou, kabyle, raï, gnawi, chaoui...). Le tout à des prix imbattables.

Vin. L'Algérie produit des vins de qualité (Cuvée du Président, Coteaux de Mascara, Gris d'Algérie, Médéa...) que l'on retrouve dans les boutiques de l'ONCV (Office national de commercialisation des produits vitivinicoles) en ville (rue Didouche) ou à l'aéroport.

Pâtisseries. Makrout, Baklawa, Tcharek, Ghribia, Dziriyet... autant de pâtisseries algériennes succulentes et si jolies qui font toujours leur effet même si on les retrouve aisément en France dans les pâtisseries orientales des plus grandes villes.

Cartes postales anciennes et vieilles photos. La sélection de cartes postales du pays est encore mince sur les présentoirs des kiosques et librairies mais c'est vers les cartes postales anciennes et les vieilles photos noir et blanc nostalgiques vendues dans la rue (près de la Grande Poste) qu'il faut porter le regard.

Céramique Boumehdi. Le grand céramiste Mohamed Boumehdi, le " poète de l'émail " comme aimait à le qualifier Fernand Pouillon, a transmis son savoir-faire à ses fils qui ont repris l'atelier où ils perpétuent l'art et la tradition du maître céramiste. Vous retrouverez à la boutique de Kouba (43, rue B.Bouchafa) ou de l'aéroport les fameuses poteries modernes (assiettes, plats, vases...) où se marient si bien les couleurs vives fidèles au style Boumehdi, les traditionnels carreaux de faïence, les tableaux et les pièces de poterie classique.

Dinanderie. De la Casbah, vous pouvez rapporter l'une des magnifiques pièces de dinanderie ciselées, martelées et marquées de motifs comme les grands plateaux de réception (sniwa) en usage dans de nombreux foyers algériens. Chez Hachemi (6, rue Hocine Bourahla) par exemple, vous trouverez votre bonheur.

Bijoux. Les bijoux kabyles et touareg sont vendus dans pratiquement toutes les bijouteries et boutiques d'artisanat d'Alger. Vous craquerez pour les bijoux d'Aït-Yenni ; bracelets, bagues, boucles d'oreilles et colliers en argent ciselé, filigranés et ornés de pierres de corail et d'émaux de couleur verte, bleue et jaune ou pour une croix du Sud (croix d'Agadez) fabriquée par les artisans du Hoggar.

Khôl. Le khôl traditionnel bleu, brun ou noir, vendu dans de petites fioles en verre assorti de son bâtonnet de bois, est un joli cadeau pour les dames et demoiselles. On le trouve chez les herboristes ou dans les nombreuses boutiques d'artisanat des rues Didouche ou Larbi Ben M'Hidi.

Tapis. Qu'ils viennent de Tlemcen, de Ghardaïa, de Kabylie ou des Aurès, les tapis, d'une richesse et d'une variété de styles impressionnante, sont exposés dans pratiquement dans toutes les boutiques d'artisanat d'Alger. Rendez-vous par exemple au centre commercial Riadh El Feth à la boutique Tissage d'art ou rue Didouche à la Maison Benmansour.

L'Algérie fantasmée par un cinéma colonial. Pendant la période coloniale, une centaine de films ont été tournés en Algérie. Mais, à l'époque, le cinéma algérien n'existe pas encore. Les productions, principalement françaises et européennes, profitent des décors exotiques que leur offrent les paysages et l'architecture d'un pays méconnu et fantasmé à travers des films qui font l'apologie du colonialisme.

Naissance du cinéma algérien. C'est sous les balles de la guerre de libération que naît le cinéma algérien. De chaque côté de la Méditerranée, cinémas européen et algérien produisent des films de propagande, des documents d'actualité, des reportages, les uns exaltant la mission de la France, les autres dénonçant le colonialisme. En 1957, la création d'une école de formation de cinéma dans les maquis, dirigée par le jeune militant anticolonialiste René Vautier, va permettre au FLN de se doter de son propre service cinématographique. Une quinzaine de films sont réalisés par les Algériens durant le conflit, dont Une nation : l'Algérie (1955) et Algérie en flammes (1959), de René Vautier, et Djazaïrounia (1960), de Mohamed Lakhdar Hamina.

Naissance d'un cinéma national. A l'Indépendance, le cinéma algérien s'intéresse à l'histoire récente du pays et produit des films militants et nationalistes mettant en scène l'héroïsme guerrier, les injustices coloniales, l'affirmation d'une identité économique et sociale. Pendant de nombreuses années, le cinéma algérien est un cinéma de guerre. Au début des années 1960, plusieurs organismes de production étatiques (Radio-télévision algérienne, Office des actualités algériennes) voient le jour et sont à l'origine des carrières des cinéastes algériens à la renommée internationale comme Mohamed Lakhdar-Hamina. Casbah Films, fondée en 1962 par Yacef Saâdi, est alors l'unique société de production et de distribution privée. Elle produit, en 1966, le célèbre film de Gilo Pontecorvo, La Bataille d'Alger, qui fut longtemps écarté des écrans français.
Soutenue par la Cinémathèque française et Henri Langlois, la Cinémathèque algérienne est créée en 1964. Elle deviendra, dans les années 1970, un carrefour important des cinéastes du monde entier. Le Centre national du cinéma, créé en 1964, produira trois longs-métrages entre 1964 et 1966 : Une si jeune paix, de Jacques Charby, sort en 1964, L'Aube des damnés, d'Ahmed Rachedi, en 1965, et Le Vent des Aurès, de Mohamed Lakhdar Hamina, en 1966. Jusqu'en 1984, la quasi-totalité des longs-métrages algériens sera produite par l'Office national pour le commerce et l'industrie cinématographique qui a remplacé le CNC. L'Etat a le monopole d'une production cinématographique qu'il contrôle. Les réalisateurs, qui sont devenus des fonctionnaires, s'ils bénéficient d'une protection contre les incertitudes du secteur, sont plus que jamais soumis à la censure. Le cinéma est alors un instrument pour construction de l'identité du jeune pays mais les réalisateurs parviennent toutefois à aborder les thèmes imposés sous de multiples angles. La Voie, de Mohamed Slim Riad, est sélectionné à la Semaine de la critique à Cannes, en 1968, et L'Opium et le Bâton, d'Ahmed Rachedi, sort en 1969.

Fondé en 1967, le Centre algérien de la cinématographie prend en charge le réseau des cinémathèques.

Cinéma djedid, " nouveau ". La production cinématographique étant toujours monopolisée par un organisme d'Etat, la réforme agraire des années 1970 influence le cinéma algérien qui produit des films abordant les thèmes ruraux et mettent en scène le progrès dans la société rurale (Le Charbonnier, de Mohamed Bouamari, Noua d'Abdellaziz Tolbi). L'indépendance et la guerre sont désormais traitées comme une étape dans le processus de luttes des classes. Chronique des années de braise de Mohamed Lakhdar Hamina remporte la Palme d'or à Cannes en 1975. Tahia ya Didou (1971), de Mohamed Zinet, film culte, est à l'origine une commande faite par la municipalité d'Alger qui souhaite combler le manque d'images sur la capitale indépendante par un documentaire à visée touristique. C'est finalement une fiction poétique prenant pour cadre une ville encore meurtrie par le passé mais semblant décidée à entrer dans une ère nouvelle. Le film Omar Gatlato (1977) de Merzak Allouche annonce une vague de films traitant de thématiques sociales. Dans ce Omar Gatlato, Alger devient le cadre d'une chronique sociale dressant le portrait de la génération post-révolutionnaire.

Regards croisés. Les années 1980 sont marquées par une grande instabilité de l'organisation de la production. Les cinéastes commencent à monter leurs propres sociétés de production ou à émigrer dans des pays où ils peuvent s'exprimer sans censure ni pression. Ces films traitent de l'immigration, de la vie en France et du retour au pays : Prends 10 000 balles et casse-toi, de Mahmoud Zemmouri (1981), Le Thé au harem d'Archimède, de Mehdi Charef (1985), Un amour à Paris, de Merzak Allouache. Les films algériens coproduits prennent un caractère plus universel.

Privatisation, désengagement et exil de la production. La privatisation de la production en 1993 réorganise complètement le secteur cinématographique. Quelques réalisateurs (Chouikh : L'arche du désert, 1997, Allouache : Bab El Oued City, 1994, Hadjadj, Bouguermouh : La Colline oubliée, 1997 ; premier film tourné en tamazight et Meddour : La montagne de Baya, 1997) continuent à tourner malgré le désengagement de l'Etat et la menace islamique mais la plupart des professionnels du secteur quittent le pays. Les films tournés au pays traitent de la crise identitaire et de la lutte pour l'identité berbère tandis que l'immigration devient le thème phare du cinéma en exil (Salut, Cousin !, Chouchou (2003), de Merzak Allouache, 100 % Arabica, de Mahmoud Zemmouri). A partir de 1995, la production cinématographique algérienne se réduit à une ou deux sorties par an.

Le désengagement de l'Etat qui s'affirme encourage les réalisateurs à continuer de créer ailleurs. Ils traitent pour certains de la décennie noire (Le Harem de Madame Osmane, de Nadir Moknèche (2000), et La Fille de Keltoum, de Mehdi Charef (2002), L'Autre Monde, de Merzak Allouache (2001), Le Thé d'Ania, de Saïd Ould Khelifa (2004). Le cinéma algérien existe donc, mais à l'extérieur du pays, dans les grands festivals internationaux et les réseaux de salles de cinéma " d'art et d'essai " à travers des films réalisés par la seconde génération d'immigrés (Yamina Benguigui, Rabah Ameur Zaïmèche). Les films coproduits apportent un regard neuf et intéressant sur l'Algérie actuelle mais, répondant aux attentes d'un public étranger, ils n'ont pas l'authenticité du cinéma algérien (Viva Laldjerie, 2004, et Délice Paloma, 2007, de Nadir Moknèche). Dans Harragas (2009), le cinéaste prolifique Merzak Allouache, aborde le thème de l'immigration clandestine en parlant des conditions de traversée dramatiques de ces migrants prêts à tout pour une vie meilleure. Son dernier film Normal ! (2011) s'attaque à la censure dont souffre les jeunes Algériens en plein questionnement politique et artistique.

Ces quelques coproductions annuelles, remarquées par la critique et le public étrangers sont rarement diffusées sur les écrans algériens et cachent une réalité bien plus sombre. En l'absence d'une véritable politique culturelle en matière de cinéma permettant de poser un cadre réglementaire et financier, créer des institutions, des écoles et lieux de formation, réhabiliter le réseau de diffusion, le cinéma n'existe qu'au travers de grandes manifestations visant au rayonnement de l'Algérie dans le monde (Djazaïr 2003, une année de l'Algérie en France, Alger, capitale de la culture arabe en 2007, festival panafricain en 2009). Quelques rares films financés par l'Algérie voient le jour (El Manara de Belkacem Hadjadj, 2004, Douar de femmes de Mohamed Chouikh, 2006, Morituri d'Okacha Touita). Plus récemment, Lyès Salem signe le très bon Mascarades (2008), récompensé dans de nombreux festivals internationaux. La nouvelle génération, qui fait preuve d'une belle énergie malgré les difficultés, se trouve enfermée dans le court-métrage bien souvent tourné en vidéo et qui ne trouve sa place que dans les festivals. Des 400 salles de cinéma au moment de l'indépendance, le pays n'en comptait plus que 12 en 1992. Les salles proposant des vraies projections de films sont rares.
Les quelques salles qui avaient été rénovées il y a à peine trois ans sont à nouveau délabrées, fermées ou vouées à la projection vidéo ou DVD de films commerciaux américains ou de matches de football.

Espoir. La mythique Cinémathèque algérienne a rouvert ses portes en 2010 et semble décidée à redevenir le haut lieu culturel qu'elle était auparavant. Quelques associations (Chrysalide à Alger, Project'heurts à Béjaïa) essaient, tant bien que mal, de revaloriser la salle et la séance de cinéma en offrant à un public encore restreint des projections de films indépendants, des cycles thématiques, des débats avec des réalisateurs. Cependant le chemin est long pour reconquérir un public, hypnotisé par la parabole et pour qui le piratage de films est devenu une pratique banale.

Sur les pas de Goussem

Viva l'Aldjerie de Nadir Moknèche (2004) nous plonge dans une capitale au sortir des années de terrorisme. Tourné essentiellement dans le centre d'Alger, le film est une balade urbaine dans la grisaille des mois d'hiver.

On reconnaît dans le film la rue Debussy où se trouve la pension dans laquelle Goussem (Lubna Azabal) partage une petite chambre avec sa mère Papicha (Biyouna).

Le film nous conduit jusqu'au trépidant centre-ville, et aux limites de Bab El-Oued où Goussem mène son quotidien de jeune femme émancipée. La fontaine aux Chevaux délogée de son passé pleure les pierres de sa cité. Le film nous fait découvrir la vie nocturne débridée, les cabarets ; lieux de débauche et de survie d'une capitale qui ne sait plus faire la fête. Entouré de nouvelles cités et des nombreuses constructions inachevées, le cimetière de Gardidi, où se recueillent Goussem et sa mère sur la tombe du père, surplombe la rocade Sud, sa dense circulation et ses barrages de police.

La promenade en scooter sur le balcon des Martyrs offre des vues nocturnes magnifiques sur les quartiers de Belouizdad et Sidi-M'Hammed. La place des Martyrs, dont on aperçoit la mosquée Ketchaoua, annonce la Casbah, que le réalisateur Nadir Moknèche ne prend pour décor qu'une seule fois dans le film, certainement pour rappeler que la vieille ville est encore pour de nombreux Algérois un lieu méconnu empli de mystères. Goussem et son amie Fifi s'y aventurent uniquement pour se rendre chez une étrange voyante qui pratique une sorcellerie plutôt malhonnête dans une demeure mauresque ancienne. Dans le quartier du Télémly, l'immeuble pont-Burdeau sert de décor à la scène du cortège de mariage dans lequel Fifi tente de semer ses agresseurs. Goussem s'engouffre dans un tunnel " des facultés ", désertique et inquiétant. La mer, grise et déchaînée, rejetant le corps de Fifi, crache à la ville les horreurs qu'elle pensait appartenir au passé. C'est par une scène tournée au stade du 5 Juillet, terrain de jeux des jeunes, pour qui l'avenir est incertain et dont le présent se réduit souvent à l'attente obsessionnelle d'un visa, que se terminent le film et cette balade dans une ville qui tente de se reconstruire.

Petit répertoire de films sur Alger et sa région

La Bataille d'Alger, de Gillo Pontecorvo (1966).

Hassan Terro, de Mohamed Lakhdar Hamina (1967).

L'Etranger, de Luchino Visconti (1967).

Tahia ya Didou, de Mohamed Zinet (1971).

Omar Gatlato, de Merzak Allouache (1976).

La Nouba des femmes du mont Chenoua, d'Assia Djebar (1978).

Leïla et les autres, de Sid Ali Mazif (1977).

Bab El-Oued City, de Merzak Allouache (1994).

Rachida, de Yamina Bachir Chouikh (2002).

Viva Laldjérie !, de Nadir Moknèche (2004).

Bab-el-Web, de Merzak Allouache (2005).

Les Baies d'Alger, (court-métrage) de Hassan Ferhani (2006).

Délice Paloma, de Nadir Moknèche (2007).

Lamine La Fuite, de Samia Challa (2006).

La Traversée, d'Elisabeth Leuvrey (2006).

Soleil assassiné, d'Abdelkrim Bahloul (2004).

Regards d'en face, de Jean Asselmeyer (2003).

Algérie, cinéma à tout cri, d'Elodie Wattiaux et Sihem Merad.

Ça tourne à Alger, de Salim Haggar.

El Gusto, de Safinez Bousbia (2012).

Alger au cinéma

La blancheur d'Alger, sa lumière, son site plongeant dans la mer, sa mystérieuse Casbah attirent dès les années 1920 les cinéastes venus de tous horizons. Ils y tournent des films accentuant le contraste entre une ville européenne mondaine et civilisée et une ville " arabe " mystérieuse et dangereuse. Les ruelles de la Casbah, ses maisons traditionnelles et ses habitants deviennent les ingrédients parfaits d'un orientalisme fantasmé. Alors que le Centenaire est célébré avec fastes, Pépé le Moko, film policier de Jean Duvivier, marque en 1937 une rupture avec les films de l'époque soulignant les bienfaits de la colonisation. A partir de 1954, les images sur la ville sont au profit de celles sur les conflits au maquis. Alger ne sera que rarement montré lors des manifestations populaires et à l'indépendance lors des défilés de l'ALN. A l'indépendance, Alger est montré dans le jeune cinéma algérien comme une ville conquise ou à conquérir. Une si jeune paix, de Jacques Charby (1964), met en scène de jeunes Algérois marqués par les séquelles d'une guerre encore récente, La nuit a peur du soleil, de Mustapha Badie (1965) immortalise l'ancienne ville européenne, La Bataille d'Alger, de Gillo Pontecorvo (1966) tourné sur le site même de la bataille donne le premier rôle à la Casbah, véritable alliée du FLN et protectrice des militants indépendantistes. Tahia Ya Didou, de Mohamed Zinet (1971), est une formidable balade poétique dans une capitale indépendante tournée vers la modernité. Omar Gatlato de Merzak Allouache (1976) a pour cadre le quartier populaire de Bab El-Oued et notamment la cité Climat de France conçue par Fernand Pouillon dans les années 1950. Le réalisateur nous fait découvrir les lieux fréquentés par les jeunes Algérois à l'époque : le stade de foot du 5-Juillet, le cinéma Olympia, dont les films hindous attirent un nombreux public, les concerts de chaâbi, la musique populaire algéroise, le cercle du Mouloudia, le club de football né dans la Casbah, les bars sombres de l'ancienne ville européenne. Alger est alors montré comme une ville dépourvue d'espaces de liberté. Sid Ali Mazif montre dans Leïla et les autres (1977) le cimetière Sidi-M'Hammed, où les femmes viennent repérer leurs futures belles-filles. Bab El-Oued City de Merzak Allouache dépeint le quartier de Bab El-Oued basculant cette fois dans le fondamentalisme religieux. Quelques scènes du film Rachida de Yamina Bachir Chouikh (2002) sont tournées dans la cité Diar El-Maçoul. Ce sont les films de Nadir Moknèche, Viva l'Aldjérie (2004) et Délice Paloma (2007), qui portent un nouveau et vrai regard sur une ville au sortir du terrorisme, déchirée entre passé douloureux et avenir incertain, au sortir du terrorisme. Nadir Moknèche livre un témoignage sans tabous sur la société algérienne contemporaine telle qu'il l'a perçoit.

LittératureHaut de page

Naissance de la littérature de langue arabe. L'histoire de l'Afrique du Nord commence avec les Libyens, les Berbères et surtout les Puniques, très productifs en écrits mais l'histoire littéraire de la région s'amorce après la chute de Carthage avec les grands écrivains originaires d'Afrique : Apullée, Tertullien ou saint Augustin. Au VIIIe siècle, le Maghreb devient une province arabe. L'activité culturelle, qui consiste essentiellement en l'écriture érudite de traités de philosophie religieuse, politique ou scientifique, de récits de voyageurs, de chroniques et mémoires, se concentre dans des centres dynamiques de rayonnement pour les lettrés arabes, berbères ou andalous comme la nouvelle ville de Kairouan en Tunisie, Tlemcen et Bejaïa en Algérie ou Fès, Meknès et Marrakech au Maroc. Les étudiants et les lettrés voyagent de ville en ville, à l'écoute d'un enseignement dispensé par des maîtres. Les grands hommes de lettres ne sont pas nés en Algérie mais ils y ont souvent séjourné, comme Ibn Khaldoun, le précurseur de l'historiographie arabe né en 1332, ou Ibn Batutta dont les longs récits géographiques décrivent de façon parfois fantastique l'Orient, l'Asie mineure, la Chine, la Russie ou l'Afrique noire de l'époque. L'imagination ne s'exerce qu'au travers de la poésie classique, codifiée et peu créative, encore basée sur les thèmes antiques. Reste l'expression orale dans les dialectes locaux pour perpétuer les traditions restées vives malgré les invasions successives. Chants d'amour et de guerre, contes et fables instructives, berceuses et comptines enfantines, poèmes composent un univers tout en subtilité, méprisé par les lettrés mais transmis de génération en génération.

Littérature française et arabe pendant la colonisation. De la pénétration française au XIXe siècle, on ne connaît que les récits et fictions écrits par des écrivains français nés, ayant vécu ou voyageant en Algérie (Guy de Maupassant, Pierre Loti, Théophile Gautier, Eugène Fromentin, André Gide, Isabelle Eberhadt). Même si quelques écrits imitant les codes européens ont été produits vers 1890 par des lettrés autochtones (Si M'Hamed Ben Rahal), une seule figure de la littérature arabe émerge réellement, l'Emir Abdel-Kader. La ville d'Alger fascine les écrivains-voyageurs qui lui consacrent de nombreux récits.

Cette littérature française d'exotisme, alors plus importante que la littérature de langue arabe, se développe au début du XXe siècle avant d'être relayée par le courant des " algérianistes " fondé par les partisans de la colonisation et de la latinité, Louis Bertrand (Le Sang des races, 1899, Pépète le bien aimé, 1904) et Robert Randau (Les Colons, 1907, Le Professeur Martin, petit bourgeois d'Alger, 1938). Le courant " algérianiste " réunissant des artistes revendiquant leur algérianité, c'est-à-dire leur enracinement au pays, à la différence des écrivains de passage en Algérie, né en 1920 avec la création de l'Association des écrivains algériens et d'un Grand Prix littéraire de l'Algérie. Le nom du mouvement a pour origine le roman éponyme de Robert Randau écrit en 1911. Les écrivains algérianistes sortent de l'exotisme des écrits du XIXe pour produire des récits plus profonds décrivant les us et coutumes du pays, la civilisation, les évènements.

Jean Pomier (Chronique d'Alger, Le Temps des algérianistes), Louis Lecoq (Broumitch et le Kabyle), Lucienne Favre (Tout l'inconnu de la Casbah d'Alger, 1933), Auguste Robinet, auteur des aventures de Cagayous, s'illustreront au sein de ce mouvement qui se retrouvait autour de la revue Afrique et survit aujourd'hui au travers d'associations algérianistes installées en France. Elles y ont créé, en 1975, un prix littéraire et une revue (L'Algérianiste) qui s'attachent à perpétuer la mémoire du mouvement.

Vers 1935, l' " algérianisme " sera dépassé par l'Ecole d'Alger. Plus universelle, elle regroupe Albert Camus (Noces, 1939), Emmanuel Roblès, Jules Roy, Jean Pélégri, Gabriel Audisio, autour du tout jeune éditeur Edmond Charlot et de sa librairie-galerie Les vrais Richesses, rue Charras à Alger. Le mouvement sort de la dimension étroite de l'algérianisme pour défendre plus largement une " nouvelle culture méditerranéenne " complexe et ambigüe dont se fait l'écho la revue Rivages créée en 1938.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, quelques éditeurs se sont réfugiés à Alger, alors capitale de la France libre, pour continuer à imprimer journaux et revues, dont la revue Fontaine de Max-Pol Fouchet et le poème Liberté de Paul Eluard imprimé sous forme de tract et lâché par les Anglais au-dessus de la France occupée.

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, la littérature de langue arabe existe au travers des écrits d'historiens, poètes et journalistes regroupés autour de Cheikh Ibn Badis, qui encourage la valorisation de la culture arabo-islamique. Une vingtaine de poètes de langue classique, développant des thèmes politiques et religieux, s'affirme vers 1950. Le genre romanesque fait son apparition avec notamment Reda Houhou qui publie le premier roman en langue arabe en 1947. Parallèlement à la littérature de langue arabe classique, se développe un genre populaire transmis de génération en génération. Le malhûn, alimenté par les contes et poésies transmis en arabe dialectal, relate la vie quotidienne et les événements historiques.

De l'émergence d'une littérature autochtone à l'affirmation d'une littérature algérienne engagée. Si à la même époque quelques écrivains algériens, francisés, se distinguent par des écrits témoignant de la vie de leur communauté et de leur différence, il faut attendre les années 1945-50 et l'affirmation de l'identité et de la culture algériennes, jusqu'alors niées, pour qu'apparaisse véritablement une littérature algérienne où la recherche esthétique devient sensible. Les écrivains kabyles Jean Amrouche (L'Eternel Jugurtha, 1946), Mouloud Feraoun (Le Fils du pauvre, 1950) et Mouloud Mammeri (La Colline oubliée, 1952) se distinguent tout comme Mohamed Dib (La Grande Maison, 1952). Ces écrivains de langue française s'attachent à décrire la société, traditionnelle ou moderne. En 1956, Kateb Yacine marque la rupture avec son énigmatique et complexe roman Nedjma, qui annonce une littérature plus mûre et plus " engagée ", dans laquelle s'illustrent plus tard particulièrement Malek Haddad (Le Quai aux fleurs ne répond plus, 1961), Assia Djebar (La Soif, 1957) et Djamel Amrani, mais aussi deux poètes d'origine européenne, Anna Greki (Algérie capitale Alger, 1963) et Jean Sénac (Matinale de mon peuple, 1961). Les dernières années de la guerre d'Algérie sont également marquées par les récits de Frantz Fanon, écrivain et psychiatre à Blida, figure de proue de la lutte anti-coloniale, analysant les conséquences psychologiques de la colonisation sur le colonisé. Il publiera en 1961, juste avant sa mort, Les Damnés de la terre, manifeste de la révolte anti-coloniale.

Indépendance et questions linguistiques. A l'indépendance, les écrivains, qui utilisaient pour la plupart la langue du colonisateur, se trouvent devant un dilemme : continuer ou renoncer à écrire en français, comme l'a fait Malek Haddad.

Les écrivains algériens d'expression française, Mouloud Feraoun, Mouloud Mammeri, Mohamed Dib, Malek Ouary (La Robe kabyle de Baya, 2000), Kateb Yacine, Malek Haddad, Jean Sénac, Anna Greki, Jean Pélégri restés en Algérie après 1962, ont continué à écrire en français.

" Quand il est question d'écrivains algériens, il s'agit évidemment d'auteurs nés en Algérie, d'origine européenne ou autochtone, auxquels il faudrait ajouter ceux qui, ayant vécu ou vivant en Algérie, ont découvert ou découvrent ici leurs sources d'inspiration. Les uns et les autres sont algériens dans la mesure où ils se sentent eux-mêmes algériens, et où leur oeuvre concerne l'Algérie. S'ils ne sont rassemblés autour d'aucun manifeste, il est indispensable, je crois, que quelque chose les réunisse : la même fidélité à la terre et aux hommes, le même esprit, les mêmes goûts, une certaine complicité peut-être... En tout cas, l'expression écrivains algériens ne comporte à mon sens nulle ambiguïté ", déclarait Mouloud Feraoun dans Les Nouvelles littéraires, en octobre 1960.
D'autres, très rares, écrivent en arabe. Kateb Yacine écrit ses pièces de théâtre en arabe dialectal afin de les rendre accessibles au plus grand nombre. Le genre romanesque en arabe apparu à la fin des années 1940 avec Reda Houhou se développe dans les années 1970 avec Abdelhamid Benhedouga (Vent du Sud, 1971) et Tahar Ouettar (L'As, 1974). L'Algérie est alors le premier pays d'Afrique en matière de production littéraire.

La littérature d'expression française, dont certains intellectuels prédisaient la disparition, connut après l'indépendance une évolution sans précédent en se développant en opposition aux nouveaux régimes en place et à la nationalisation d'une production littéraire orientée vers le discours idéologique socialiste.

Cependant, l'arabisation du pays rend la sitation des écrivains de langue française plus difficile jusqu'à devenir insoutenable dans les années 1990 qui contraignirent bon nombre d'écrivains francophones menacés par l'intégrisme islamique à quitter le pays.

La lutte pour la libération et la construction du socialisme restent pendant longtemps les principaux thèmes du roman algérien mais, peu à peu, les littératures d'expression francophone ou arabe s'interrogent sur le sens de la lutte de moins en moins évidente à la lumière de la réalité algérienne.

Retour au réalisme et écriture de l'urgence. Dans les années 1980, l'amertume, le désespoir, le sentiment d'avoir été abusés, partagé par les Algériens restés au pays et les émigrés commencent à imprégner la littérature algérienne. A partir de la fin des années 1980, la littérature subversive et moderne laisse place à une littérature réaliste et brute à travers laquelle s'illustre une nouvelle génération d'écrivains francophones ou arabophones comme Rachid Boudjedra, (La Répudiation, 1969), Nabile Farès (Yahia, pas de chance, 1970, L'Exil au féminin, 1986), Mourad Bourboune (Le Muezzin, 1968), Yamina Mechakra (La Grotte éclatée), Tahar Djaout (L'Exproprié, 1981), Rachid Mimouni (Tombeza, 1984), Rabah Belamri (Femmes sans visage, 1992), Malika Mokeddem (L'Interdite, 1993).

Dans les années 1990, ce sont les contradictions d'une société schizophrène et la terreur exercée au quotidien qui deviennent les thèmes dominants des écrivains dits de " l'urgence " : Abdelkader Djemaï (31, rue de l'Aigle, 1998, Un été de cendres et Dites-leur de me laisser passer, 2000, Camping, 2005, Le Nez sur la vitre, 2006), Aïssa Kelladi (Rose d'abîme, 1998), Mohamed Kacimi (Le Jour dernier, 1996), Habib Tengour (Gens de Mosta : moments 1990-1994, 1997), Malika Mokeddem (La Nuit de la lézarde, 1998), Boualem Sansal (Le Serment des Barbares, 1999). Yasmina Khadra inaugurera le roman noir avec Morituri, 1997, Les Agneaux du Seigneur, 1998.

D'autres sont plus difficilement classables, comme Nina Bouraoui (La Voyeuse interdite, 1991) ou Leïla Sebbar (Le Silence des rives, 1993).

Littérature contemporaine. Les années de terrorisme ayant poussé bon nombre d'écrivains francophones à fuir le pays ont encouragé une délocalisation et un éparpillement de la littérature algérienne.

Malgré des années éprouvantes, la littérature algérienne, les romans, les récits, le théâtre ou la poésie semblent avoir trouvé une identité qui se dégage peu à peu des écrits d' " urgence ", même si le poids de la guerre, des crises, de l'exil, du déchirement entre plusieurs cultures ou du rejet est encore lourd et marque encore une expression prolifique et d'une richesse souvent mal connue. Parmi les oeuvres récentes se dinstinguent celles de Yasmina Khadra, Les sirènes de Bagdad (2006), Ce que le jour doit à la nuit (2008), La dernière nuit du Raïs (2015) ; Les figuiers de Barbarie (2010), Hôtel Saint-George, Alger (2011) et Printemps (2014) de Rachid Boudjedra ; Sous le Jasmin la nuit (2004), Bleu, blanc, vert (2007), Puisque mon coeur est mort (2010), Hizya (2015).

Edmond Charlot et les Vraies Richesses

Juste en dessous de la Brasserie des Facultés, au numéro 2 de la rue Hamani (ex-rue Charras), se trouve l'ancienne librairie et maison d'édition Les Vraies Richesses, fondée par Edmond Charlot. Né en 1915 à Alger, dans une vieille famille de colons, Edmond Charlot est étudiant à la Faculté centrale, lorsque son professeur de philosophie, Jean Grenier, lui conseille de se lancer dans l'édition. Edmond Charlot ne tarde pas à ouvrir une minuscule librairie, en 1936, qu'il nomme Les Vraies Richesses (du nom d'un roman de Jean Giono), et à suivre le conseil de Jean Grenier en éditant ses premiers ouvrages. A la fois bibliothèque de prêt, maison d'édition, galerie d'art, la petite boutique toute proche des facultés devient rapidement le lieu de rencontre des intellectuels d'Alger et, surtout, des écrivains qui souffrent du climat conformiste de la colonie et qui appartiennent à l'époque au courant littéraire de l'école d'Alger : Albert Camus, Jules Roy, Max-Pol Fouchet, Emmanuel Roblès, Claude de Fréminville, René-Jean Clot. Ce cercle d'écrivains, que l'on appelait les " frères du soleil ", était animé du rêve humaniste de rassembler les hommes autour d'une unité méditerranéenne et de rapprocher ainsi les valeurs de l'Europe et celles de l'Afrique.

Si les débuts sont difficiles, les tirages réduits et les publications encore rares, en 1938, l'ouvrage de Camus, Noces, sera le premier grand tirage des éditions Edmond Charlot. La maison prend ensuite son essor avec la publication des premiers ouvrages des écrivains de l'école d'Alger (auxquels est venu également s'ajouter Federico Garcia Lorca) mais, c'est en éditant Kessel, Vercors et Gide, impubliables en France, qu'Edmond Charlot devient incontournable et l'un des éditeurs français les plus actifs à cette époque.

On est un peu ému de voir que le lieu a gardé sa vocation initiale puisque la librairie est devenue, en 1998, une annexe de la bibliothèque municipale d'Alger. L'esprit d'Edmond Charlot règne encore dans ces lieux qui n'ont que peu changé. La mezzanine est toujours là (un coin de lecture pour les enfants y a été aménagé), des photos des " frères du soleil " ornent les murs. La bibliothèque est ouverte du samedi au jeudi, de 8h30 à 17h.

Radio. Le secteur audiovisuel appartient à l'Etat ; les médias, radio et télévision, sont strictement tenus sous contrôle étatique. Concernant la radio, il existe trois chaînes. Radio Chaîne 1 émettant en arabe, Chaîne 2 en tamazight (berbère) et Chaîne 3 en français. Depuis 2004, à ces trois chaînes sont venues s'ajouter une trentaine de chaînes régionales et deux chaînes thématiques.

Télévision. La télévision algérienne l'ENTV (Entreprise nationale de télévision) a été créée en 1986. C'était l'unique chaîne de télévision algérienne jusqu'en 1994 quand fut créée Canal Algérie, qui est un produit de l'ENTV et sa version francophone. Destinée à la grande communauté algérienne à l'étranger, Canal Algérie est diffusée par les satellites Hotbird, Galaxy 25, AB3, NSS7, le câble et l'ADSL. Aujourd'hui, l'ENTV possède trois autres chaînes.

En 2001, est créée Algérie 3 et, en 2009, Tamazight TV4 diffusant des programmes en berbères (kabyle, chaoui, tamasheq, chenoui et mozabite) et Coran TV5, la chaîne du Coran, voient le jour.
Dans les années 2010, voient le jour des dizaines de chaînes TV privées thématiques dont certaines dans le même esprit que nos chaînes TV d'info. Ennahar TV est celle qui marche le mieux car elle dénonce souvent des situations intolérables dans le quotidien des Algériens (toutes proportions gardées tout de même). L'ENTV, considérée comme ennuyeuse, est donc de plus en plus boudée par les téléspectateurs qui lui préfèrent de loin les chaînes privées, plus créatives, et les milliers de chaînes étrangères transmises par satellite et auxquelles la majorité des foyers a accès depuis la fin des années 1980.

Presse. La presse écrite dite " libre " est née des événements d'octobre 1988 et des revendications de la société algérienne qui réclamait une démocratie. Entre 1990 et 1991, plus de cinquante titres indépendants ont été créés. Cependant, malgré une relative liberté de ton et la profusion des titres, la presse algérienne n'est pas vraiment libre et indépendante. Le contrôle du gouvernement est très important et la loi sur le " délit de presse ", en vigueur depuis 2001, interdit toute diffamation ou insulte envers le président de la République, des juges, des membres du Parlement ou de l'armée. Certains journaux parviennent à échapper au contrôle du gouvernement mais certains journalistes risquent gros même pour quelques paroles.

L'apparente " liberté " une fois acquise, la toute jeune presse indépendante a dû, quelques années plus tard, faire face au terrorisme et au projet d'une république islamiste. Les journalistes, comme d'autres intellectuels, furent les premières cibles des intégristes pendant cette décennie noire. Plus de soixante-dix journalistes ont été assassinés entre 1993 et 1996, comme Saïd Mekbel, billettiste au Matin et directeur de la publication, qui anticipait sa mort dans son dernier billet mais qui refusa de fuir. Tahar Djaout, écrivain, poète et journaliste algérien d'expression française, a été l'un des premiers intellectuels victimes du terrorisme. Son assassinat, en 1993, suscita et suscite encore une vive émotion dans le milieu journalistique.
Les titres les plus lus sont El-Chorouk, El-Khabar, Le Quotidien d'Oran, El-Watan, Liberté... Le pays compte de nombreux caricaturistes et chroniqueurs, comme le talentueux Ali Dilem, dessinateur de presse algérien dont on peut voir les caricatures dans le quotidien Liberté et dans l'émission Kiosque de TV5Monde, ou Chawki Amari, écrivain, dessinateur, connu pour ses chroniques sociales et politiques très critiques dans le quotidien francophone El-Watan.

Avec le vote de la nouvelle Constitution algérienne en février 2016, le délit de presse est supprimé. Il condamnait jusque-là les infractions d'outrages, d'injures ou de diffamation commises par une publication. C'est donc là une très belle avancée démocratique !

Internet. Beaucoup de sites internet sont consacrés à l'Algérie. Voici une sélection de ceux proposant une multitude d'informations et de points de vue et dont la consultation nous semble intéressante. Les sites algériens se distinguent en général par le suffixe ".dz ".

TSA
TV5

Fruit des influences culturelles, religieuses et ethniques qui ont façonné le pays et de la diversité culturelle qui la caractérise, la musique algérienne est un riche répertoire de styles musicaux : musique et chanson kabyle, raï d'Oran, chaâbi algérois, maalouf de Constantine, ahellil du Gourara, gnawi du sud-ouest... Chantée en tamazight (kabyke, chaoui, tamasheq...) arabe dialectal ou classique, français ou anglais, la musique algérienne se distingue aussi pas sa richesse linguistique.

Tenant une grande place dans la vie quotidienne des Algériens, elle rythme les évènements heureux ou malheureux depuis les temps les plus anciens.
La musique arabo-andalouse, héritage des traditions musicales arabes venues de l'Orient, afro-berbères du Maghreb et andalouses, se développe dans les grandes cités du Maghreb à partir du XIIIe siècle. Elle devient alors la musique de référence à Alger jusqu'à ce que naisse en opposition à son genre noble et savant un style populaire, le châabi. Né dans la Casbah au XXe siècle, il démocratise la musique classique pour la rendre accessible. Le genre se développe grâce notamment à Mohamed El Anka et évolue à travers la musique de Dahmane El Harrachi ou El Hachemi Gerouabi.

Les puristes semblent regretter avec nostalgie l'âge d'or du chaâbi qu'ils pensent se perdre à cause d'une absence de relève convaincante, de défaillances dans la transmission de l'enseignement et d'un courant néo-chaâbi trop éloigné des sonorités originelles. Cette musique citadine qu'est le chaâbi demeure toutefois le genre musical populaire algérois par excellence même si les nouvelles générations

s'intéressent également à d'autres formes musicales plus actuelles rap, rock.

Alger, carrefour des genres musicaux du pays, est également le terrain d'expériences musicales nouvelles. Depuis déjà quelques années, des groupes produisent de nouveaux genres, fruits de la fusion habile de musiques traditionnelles algériennes gnawi, chaâbi à des styles aussi divers que le rock, le blues, le reggae ou le jazz.

Alger chante et a toujours chanté malgré le terrorisme qui a meurtri la culture. Aujourd'hui, la ville manque cruellement d'espaces de création et de diffusion, de scènes, de lieux d'enseignement et de transmission et de maisons de disques. Cependant des groupes se créent tant bien que mal et se produisent dans les cafés mais surtout dans les résidences universitaires, véritables gardiennes de la culture qui survit grâce à quelques guitares et le talent de nombreux jeunes révélé parfois par la radio ou Internet. De nombreux chanteurs et groupes algériens se sont révélés à l'étranger (Souad Massi, Amazigh Kateb) ou ont été contraint de s'exiler pour poursuivre leur art (Baaziz, Biyouna).

La ville compte quand même sur quelques salles (El-Mougar, Ibn-Zeynoud) où se produisent régulièrement des concerts et restaure peu à peu les salles (Ibn Khaldoun, Atlas) qui ont été délabrées dans les années 1990.

La musique classique, dite " arabo-andalouse ". Héritage des traditions musicales orientales, grecques, persanes et arabes et des musiques pratiquées en Espagne, la musique arabo-andalouse est une musique savante transmise de Bagdad à Cordoue.

La légende raconte qu'un poète et musicien d'origine kurde en serait l'un des fondateurs. Zyriab, de son vrai nom Abu Al-Hassan Ali Ben Nafi, est à Bagdad un virtuose du oud (luth) auquel il ajouta une cinquième corde. Musicien de génie reconnu par le calife Haroun Al-Rachid, il est jalousé par ses maîtres qui le menacent. Contraint à l'exil, il quitte Bagdad pour Cordoue en 822 où il est reçu à la cour du fondateur du califat, l'Emir Abd El Rahman II. Initiateur de nombreuses techniques vocales, musicales et poétiques, il introduit en Andalousie la tradition musicale de l'école classique arabe qu'il transforme en un répertoire de milliers de mélodies et poèmes. Il introduit également la nouba, suite de pièces vocales et instrumentales, qui deviendra le fondement de la musique arabo-andalouse. Il crée ainsi 24 noubates se jouant chacune à une heure à une heure précise de la journée.
La prise de Cordoue en 1236 et la chute de Grenade en 1492 provoquent l'émigration de plusieurs milliers de Maures et de juifs séfarades expulsés d'Andalousie trouvant refuge en Afrique du Nord. C'est ainsi que se répand la musique arabo-andalouse en Algérie dans les villes de Tlemcen, Constantine, Alger, Bejaia et Annaba. La fascination pour les noubates jouées à l'unisson sur des rythmes et des modes rigoureusement établis, composées de poèmes en arabe classique (muwashah et zajal) est telle qu'une école algérienne de musique classique se forme bientôt. A Tlemcen, où l'on revendique l'héritage musical de Grenade, se développe le ghernati dont dérivera plus tard sa forme populaire, le hawzi. A Constantine, le maalouf est inspiré de l'école de Séville et tandis qu'à Alger les réfugiés de Cordoue développe le ça'nâa dont naîtra plus tard le chaâbi. Les orchestres sont composés du tar (tambourin), de naqarat (timbales), de la darbouka (tambour recouvert d'une peau de chèvre), du oud (luth), du rabâb (vièle ou violon), du nay (flûte en roseau), du qanûn (cithare) et les thèmes abordés dans la poésie arabo-andalouse sont l'amour, la mélancolie, le vin, Dieu, la nature... La transmission de la musique arabo-andalouse étant orale, la moitié des noubates se sont perdues au fil du temps. Dès le XVIIe siècle, des actions de patrimonialisation de la musique arabo-andalouse (transcriptions du répertoire, enregistrements, formation et transmission académique, associations, festivals...) sont engagées.
Parmi les grands interprètes attachés à l'école d'Alger, on retient Cheikh M'Nemmeche et son élève Mohamed Ben Ali Sfindja qui formera à son tour Mohamed Ben Teffahi et Mouzino. Abderrezak Fekhardji, violoniste et chef d'orchestre talentueux transmis son savoir à de nombreux élèves, futurs maîtres. Mahieddine Bachtarzi, Dahmane Ben Achour, Sid Ahmed Serri, Mohamed Khaznadji étaient également des interprètes prestigieux du ça'nâa.
Lili Boniche, que l'on surnommait le " crooner de la casbah ", décédé en 2008, était le symbole de la chanson judéo-arabo. Il modernisa le style arabo-andalou en le mêlant à des rythmes et des styles occidentaux (jazz, flamenco, mambo, traditions musicales juives et afro-latines...).

Le chaâbi. Héritage de la musique arabo-andalouse dont la forme algéroise était le ça'nâ, le châabi est un style musical populaire et citadin qui apparaît dans la Casbah d'Alger au XXe siècle. La musique arabo-andalouse est alors le style de référence à Alger, mais, trop précieuse, elle paraît en décalage avec la misère que connaît le peuple algérien. C'est dans ce contexte qu'émerge un style nouveau qui emprunte ses modes à la musique arabo-andalouse mais s'enrichit d'influences arabe, africaine et européenne dans ses mélodies, et gnawi et berbère dans ses rythmes. Débarrassé de la préciosité de l'arabo-andalou, le chaâbi, qui littéralement veut dire populaire, sort la musique de ses lieux clos et privés pour se produire dans des lieux plus populaires et modestes comme les fumeries et les cafés de la Basse Casbah (Cafés Malakoff, des Sports). Inspiré par le melhoun développé par Cheikh Nador, le style est véritablement lancé par son élève Mohamed El Anka qui deviendra bientôt le maître incontesté de la musique chaâbi. Proche du peuple, le chaâbi se nourrit de poésies anciennes (qaçidates) et de textes abordant des thèmes plus actuels : la nostalgie du pays, l'exil, le patrimoine, l'amour, les joies et les peines. L'orchestre chaâbi s'articule autour du mandole, remplaçant le oud oriental et joué par le chanteur et du mélange d'instruments orientaux de la musique dite " classique " (darbouka, tar, qanoun) et d'instruments occidentaux (violon, banjo).

Le chaâbi est à ses débuts interprété par des Kabyles installés à Alger (Hadj El Anka, Cheikh El Hasnaoui), puis le style évoluera et se modernisera à travers l'oeuvre d'artistes comme El Hachemi Gerouabi ou Dahmane El Harrachi, interprète du célèbre Ya Rayah, repris avec succès par Rachid Taha, Faudel et Khaled et connu dans le monde entier. La vague d'immigration en France introduira le style dans les cafés et troquets de la capitale. 
Parmi les interprètes, nous noterons encore : Amar El Achab, Boudjemaa El Ankis, Cheikh Sadek El Bedjaoui, Kamel Messaoudi, El Hadj M'Rizek, ou Amar Ezzahi.
Le chaâbi a récemment perdu ses derniers grands maîtres (Cheikh El Hasnaoui en 2002, El Hachemi Gerouabi en 2006) mais ce style musical, encore très populaire et très écouté dans le pays continue tant bien que mal à exister malgré l'émergence de nouvelles formes musicales. Le meilleur moment pour écouter le chaâbi est sans nul doute la période du ramadan lors de soirées organisées ou improvisées dans les cafés de la Basse Casbah ou de Bab El-Oued ou lors de concerts donnés assez régulièrement pendant l'année au complexe culturel Laâdi-Flici (Théâtre de verdure, près de l'hôtel Aurassi) ou à la salle Ibn Khaldoun.
De nouveaux courants, le néo-chaâbi et le chaâbi moderne se développent aujourd'hui par la nouvelle génération mais ils font grincer les dents des nostalgiques, conservateurs et fervents défenseurs du chaâbi traditionnel.

Musique actuelle. Capitale au croisement des cultures occidentales, orientales et africaines, Alger reçoit l'influence des musiques traditionnelles vendant du sud (gnawi) et des autres régions du pays (kabyle, chaoui, raï...), mais également des styles musicaux des contrées orientales et occidentales (jazz, blues, rock, reggae...). Ainsi, un rock algérien puisant son inspiration dans les traditions musicales algériennes et parmi les groupes anglo-saxons tels que Rolling Stones, Dire Straits, Metallica, Pink Floyd ou encore les Clash prend naissance dans les années 1970. C'est dans les milieux universitaires que se forment des groupes comme le mythique T34 de la cité universitaire de Ben Aknoun. Le rock est également représenté par le groupe Abranis qui se distingue par son attachement à la berbérité. Fondé à la fin des années 1960 par le Kabyle Karim Abranis, le groupe s'affiche comme un contre-pied à la politique d'arabisation menée dans le pays. La formation connaît un grand succès en Algérie et en France dans les années 1970 et 1980 avant de s'éclipser de la scène pendant plus de vingt ans. Le groupe revient sur scène à l'occasion d'une tournée triomphale en 2008 et sort l'album Rwayeh en 2011. 
Influencé également par le rock progressif des années 1970, le groupe D'zair formé en 1998 se distingue par un style plus soft et des textes en arabe dialectal. 
Le rap et la culture hip-hop, qui se sont développés en Algérie à la fin des années 1990, sont assez bien représentés par une multitude de petites formations de quartier et de groupes plus connus qui ont parfois réussi à se faire un nom à l'étranger : BAM (Brigade Anti-Massacre) qui allie hip-hop, jazz, ragga muffin', MBS (Micro Brise le Silence), né à Hussein-Dey dans les années 1990, qui sort le premier album de rap algérien Oulad el-Bahdja (Les enfants de la radieuse), Intik, Bnat El-Blad, SOS, Hamma Boys, La Familia, BLD (Belcourt Long Dinasty), Lotfi Double Kanon... Si MBS, Intik et les Hamma parviennent à signer avec Universal Music ou Sony entre 1998 et 2000, les temps sont durs pour la majorité des formations de rap algérien qui rencontrent de réelles difficultés à se produire ou à enregistrer.

Carrefour culturel, Alger est également un terrain d'expériences musicales nouvelles encourageant l'émergence de groupes singuliers mêlant plusieurs styles musicaux. C'est le cas par exemple du groupe Cheikh Sidi Bemol fondé en 1992 autour de l'Algérois d'origine kabyle Hocine Boukella. Ce groupe au style inclassable surnommé par certains " Gourbi Rock " allie ingénieusement les musiques traditionnelles algériennes (chaâbi, berbère, gnawi), au blues, rock et aux sonorités celtiques. 
Le regain d'intérêt porté à la culture gnawi et à sa musique depuis le début des années 2000 se traduit par l'arrivée sur la scène algéroise de nombreux groupes construisant plus ou moins bien leur style autour de cette musique des peuples du sud algérien. Ainsi émergent en 2004 les groupe Djmawi Africa et leur fusion reggae, gnawi, Index et leur rock-gnawi, le chanteur Karim Ziad et son jazz-gnawi ou encore Djamel Laroussi et sa " real world music ". 
Quoique formé en France, le groupe Gnawa Diffusion formé autour de l'Algérois d'origine chaoui Amazigh Kateb, précurseur dans la fusion des styles reggae, gnawi, rock, chaâbi, reste le groupe le plus apprécié de la scène actuelle algérienne.

Sobhane Allah Ya L'tif (El Anka) / Ya Rayah (Dahmane El Harrachi)

Sohbane Allah Ya L'tif

Ecrit par Mustpaha Toumi, ce merveilleux poème intitulé Sohbane Allah Ya L'tif (" Louanges à Dieu, la bonté même ") est le titre-phare du chantre et maître du chaâbi Cheikh El Hadj Mohamed El-Anka qui l'interprète en 1970.

Voici la traduction de la fin du qaçayd (poème) (Source : www.webchaabi.com) :

" J'ai chanté tant de poèmes composés, et les ai agencés avec un art dont nul n'ignore que je ne l'ai pas appris à l'école.

Je ne suis pas cultivé, j'ai eu pour maîtres la faim et le dénuement.

Mais mon pain est fait de bonne semoule non empruntée, ma demeure n'est pas inconnue.
Je ne suis ni envieux, ni ingrat ; je reste digne et mène une vie honnête.
Les proches et les étrangers peuvent en témoigner : je n'ai pas l'habitude de médire d'autrui ou de calomnier les absents.
Mes os ne sont pas à ronger ! Je ne suis pas stérile ; ma terre n'est pas desséchée.
Un lion demeure un lion ; même vieillissant, les loups le redoutent.
On ne peut être mené et mener à la fois, tenir la barre au plus fort de la tempête. "

Ya Rayah

Ya Rayah de Dahmane El-Harrachi est sans doute la chanson la plus célèbre du chaâbi. Elle est notamment reprise avec succès par Rachid Taha, Khaled et Faudel dans l'album 1,2,3 soleil sorti en 1999.

En voici un extrait traduit (Source : www.lyricsvip.com) :

" Ô toi l'émigré
Ô toi qui t'en vas, où pars-tu ? Tu finiras par revenir.
Combien de gens peu avisés l'ont regretté avant toi et moi.

Combien de pays surpleuplés et de régions désertes as-tu vu ?
Combien de temps as-tu gaspillé ? Combien vas-tu en perdre encore et que laisseras-tu ?
Ô toi l'émigré, tu ne cesses de courir dans le pays des autres.
Le destin et le temps suivent leur course mais toi tu l'ignores. "

À écouter / À lire / À voir

Musique classique

Dahmane Benachour : La nouba, musique classique arabo-andalouse, école d'Alger. Plusieurs CD enregistrés dans les années 1990 (Club du disque arabe).

Cheikha Tetma : Musique arabo-andalouse / école de Tlemcen (Virgin, 2006).

Khaznadji Mohamed. Algérie : Anthologie de la musique arabo-andalouse, vol.2 (Harmonia Mundi, 1992).

Cheikh Fergani. Algérie : Anthologie de la musique arabo-andalouse, vol.1 (Harmonia Mundi, 1998).

Beihdja Rahal : Sur un air de nouba (Institut du monde arabe, 2011), Nouba Raml (Belda Diffusion, 2008).

Lili Boniche : Trésor de la chanson judéo-arabe (Créon Mélodie, 1990), oeuvres récentes (APC Play it again Sam, 2003).

La musique arabo-andalouse de Christian Poché. Livre + CD. (Cité de la musique/Actes Sud, 2001).

Chaâbi

Dahmane El Harrachi : Rah ou Walla (2005), Musique populaire algérienne, le chaâbi, vol.4 (Artistes arabes associés).

Les maîtres du chaâbi : compilation des titres des grands noms du chaabi ; Hadj M'Hammed El Anka, El Hachemi Guerouabi, Abdelkader Chaou, etc. (Vidéo Loisirs).

Le chaâbi moderne : Compilation (Artistes arabes associés, 1994).

Kamel Messaoudi : Live (Belda Diffusion).

El-Hachemi Gerouabi : Salam Maghreb (Sonodisc, 2000).

Le chaâbi des grands maîtres (Institut du monde arabe, 2000).

Lili Boniche : oeuvres récentes (APC, 2003) et Il n'y a qu'un seul Dieu enregistré à l'Olympia en 1999.

www.webchaabi.com : site très complet sur le chaâbi, son histoire, ses interprètes et les qaçidate les plus connus traduits en français.

El Gusto de Safinez Bousbia (documentaire-musical, 2012, Quidam Production-El Gusto, Eikosi Productions). Buena Vista Social Club algérien consacré au chaâbi.

Musique actuelle

Index : El Basma (Belda Diffusion), Mentoujd Bledi (2011)

Cheikh Sidi Bémol : Thalweg (TWG CoopBreizh Distribution, 2001), El-Bandi (CSB Productions, 2003), Gourbi Rock (CSB Productions, 2007), Chants des marins kabyles (CSB Productions, 2008), Paris-Alger-Bouezguene (CSB Productions, 2010)

Karim Ziad : Chabiba (Label Sauvage / Night And Day, 2004)

Djamel Laroussi : 3 Marabouts (Dadoua Records/Rue Stendhal, 2007)

Gnawa Diffusion : Bab el Oued - Kingston (7 colors / Next Music, 1999), Live DZ (Tchookar / Next Music, 2002), Souk System (D'Jamaz / Warner Jazz France, 2003), Fucking Cowboys (D'jamaz / Uncivilized Wolrd, 2007).

Micro Brise le Silence : Ouled El Bahdja (Editions Dounia, Algérie).

Qu'est-ce qu'un Cheikh ?

Le mot arabe cheikh signifie " maître ". La notion est donc large. Elle renvoie à la fois au responsable religieux, à l'enseignant, à l'ancien que l'on respecte mais aussi à celui qui excelle dans un art. En musique, le mot est utilisé dans le genre arabo-andalou et ses dérivés populaires comme le chaâbi. Le terme cheikh précède le nom du musicien ou du chanteur dirigeant un orchestre comme Cheikh El Hasnoui ou Cheikh El Anka. Il est une marque de profonde estime. Dans la musique raï, on emploie plutôt le mot Cheb qui signifie " jeune " (Cheb Hasni, Cheb Khaled etc.) parce qu'elle est portée par la jeunesse.

Peinture et arts graphiquesHaut de page

Peinture. L'islam interdisant toute représentation des êtres vivants, l'art islamique a trouvé son expression dans les formes géométriques complexes, la représentation des végétaux et la calligraphie. Le contexte historique et la période de colonisation n'ont pas favorisé l'émergence d'une identité algérienne dans la peinture algérienne moderne et figurative. Jusqu'alors, l'art pictural algérien existait depuis des millénaires sous la forme d'une expression populaire abstraite et arabe dans le cadre, tout simplement, de l'artisanat. A l'époque de l'Algérie française, se développe un mouvement orientaliste, porté par des peintres occidentaux, comme Eugène Delacroix (Femmes d'Alger dans leur appartement), Eugène Fromentin, Théodore Chassériau, Renoir ou encore Etienne Dinet. Au coeur de la production artistique, Alger est une ville imaginaire, exotique, fantasmée par des peintres voyageurs. Les oeuvres reflètent le regard de l'Occident sur l'Orient et mettent en scène harems, scènes de chasse et de combat, représentations de paysages typiques (désert, oasis, Casbah...). Plus tard et jusqu'à l'Indépendance, l'Ecole d'Alger regroupera des peintres européens natifs du pays ou y ayant résidé de nombreuses années comme les pensionnaires de la ville Abd El-Tif. Cependant, le XXe siècle a vu naître avec les premiers mouvements nationalistes des artistes talentueux et libérés. A l'époque, les frères Omar et Mohamed Racim (dont le nom racim signifie " peintre "), nés dans une famille d'artistes miniaturistes, rejettent les valeurs culturelles rattachées au colonialisme. Ils excellent dans l'art de l'enluminure et de la miniature, cet art de peindre de petites scènes et d'illustrer des textes et principalement des manuscrits à la main. Mohamed Racim, qui décora notamment le livre d'Etienne Dinet, La Vie de Mahomet, célèbre dans ses tableaux la nostalgie des fastes du passé. Pourtant cette vision de l'Algérie, même si elle se rapproche de la réalité vécue par les colonisés, est encore trop orientaliste et ne favorise toujours pas l'expression de l'identité algérienne.

Ce n'est qu'à partir des années 1920-1930 qu'apparaissent les précurseurs de la peinture algérienne contemporaine comme Azouaou Mammeri. Contestant la peinture figurative, étrangère à l'identité maghrébine, les peintres de la " génération de 1930 " seront les véritables fondateurs de l'art algérien moderne. Ils s'appellent M'hammed Issiakhem, Choukri Mesli, Abdelkader Guermaz, Abdallah Benanteur, Baya ou encore Mohammed Khadda.

L'art brut est incarné par Baya, de son vrai nom Fatma Haddad. Débutant très jeune dans la peinture, Baya est vite remarquée, notamment par André Breton. Son style, caractérisé par ses fausses symétries, ses couleurs vives et contrastées allant du rose indien au bleu turquoise, émeraude et violet profonds, rencontre un vif succès. L'univers pictural de Baya est féminin. Elle représente d'un trait épuré bouquets, flore et faune, instruments de musique et ses énigmatiques Hautes. M'Hammed Issiakhem, artiste kabyle né en 1928, domine la tendance expressionniste naissante. Un douloureux drame personnel et la violence du contexte historique marqueront définitivement son oeuvre tragique représentant les visages du malheur. Mohammed Khadda dénonce la figuration et le réalisme opportuniste en axant son oeuvre sur la quête du Signe et l'abstraction inspirée de la graphie arabe. Le groupe Aouchem, qui voit le jour en 1967, juste après l'Indépendance, se situe dans le prolongement de la démarche artistique et idéologique des peintres de la " génération de 1930 " et cherche à briser les carcans qui enferment l'art plastique algérien. Initié par Denis Martinez et Choukri Mesli, et rassemblant une dizaine d'artistes, ce groupe, qui ne connaîtra qu'une brève existence, marquera les années 1960 et 1970 et influencera pendant longtemps des générations d'artistes. Aouchem, qui veut dire " tatouage ", prône un retour aux sources et à l'art populaire et revendique l'existence de la modernité et du trait abstrait dans les premiers motifs visibles sur les parois des grottes du Tassili. L'oeuvre de Denis Martinez sera influencée par les arts populaires et les dessins rupestres. Le Signe (flèches graphiques, points, lignes) étant l'élément de base de l'élaboration plastique. Dans les années 1990, la peinture devient souvent plus violente, plus âpre, en miroir à la situation du pays. On évoque alors le néofauvisme, représenté par les peintres Djeffal Adlane, Zoubir-Hellal, Aït El-Hana, Karim Sergoua, Belhachmi, Mammeri.
La quête du Signe reste une constante notamment dans le travail du peintre, plasticien et calligraphe Rachid Koraïchi. Né dans les Aurès, dans une famille de tradition soufie, Rachid Koraïchi se passionne dès son plus jeune âge pour l'aspect formel de l'écriture des vieux manuscrits et talismans. Marqué par son éducation religieuse et spirituelle, il axe son travail sur la calligraphie, le signe et le symbole. Puisant ses racines dans la tradition, son oeuvre contemporaine évoque le voyage transcendental du mystique et le symbolisme berbère. Soie, tapisserie, parchemin, argile, pierre, Rachid Koraïchi n'a pas de limites dans le choix de ses supports pour autant qu'ils véhiculent le caractère mystique de son message et la parole sacrée. Il a illustré de nombreux ouvrages, dont Les Sept Dormants : Sept livres en hommage aux sept moines de Tibhirine (Actes Sud, 2004).
L'esprit d'Aouchem est entretenu par les nouvelles générations d'artistes, comme Karim Sergoua, élève de Deniz Martinez à l'école nationale des beaux-arts d'Alger. A côté de l'art abstrait, la peinture figurative reprend des couleurs grâce à de jeunes artistes influencés par l'oeuvre de Hocine Ziani ou de Mammeri.

Dessin. La tradition picturale est très vivace en Algérie, même si l'on s'en rend assez peu compte dans la rue ou ailleurs. C'est peut-être au travers du dessin de presse qu'on découvre le mieux le dessin algérien. La caricature est un style qui convient bien à l'art de l'autodérision dans lequel les Algériens excellent. Chaque journal a son dessinateur (Ayoub pour El Khabar, le Hic pour le Soir d'Algérie, par exemple) mais le plus connu d'entre eux reste Dilem, le dessinateur du journal Liberté, qui travaille également pour la chaîne internationale française TV5Monde. Chacun à sa manière porte un regard plein d'humour sur la société algérienne. On peut également découvrir de nombreux autres dessinateurs sur Internet ou sur papier, comme Slim, auteur des aventures de Bouzid, héros le plus populaire de la BD algérienne (à lire - Walou à l'horizon : la dernière aventure de Bouzid et Zina, Tartamudo, 2003), Gyps (Algérien, 1998, est un album de planches portant un regard amusé sur la société algérienne) ou encore Lounis Dahmani (dahmani.canalblog.com, à lire : Blagues made in Algeria). Après le foisonnement créatif de la bande dessinée des années 1980, dont témoigne le festival de la bande dessinée et de la caricature créé en 1986 à Bordj-el-Kiffan, le genre tombe un peu dans l'oubli. Les planches ont du mal à sortir dans des albums et les dessinateurs se réfugient dans le dessin de presse et la caricature. Les événements de 1988 et la création des nombreux titres ouvriront un large créneau aux dessinateurs.

L'école supérieure des beaux-arts d'Alger

L'école supérieure des beaux-arts d'Alger, créée en 1943, n'était au départ qu'une école de dessin. En 1848, elle n'était encore que municipale et ce n'est qu'en 1881 qu'elle devint école nationale des beaux-arts d'Alger. En 1954, elle déménage de ses petits locaux du quartier de la Marine pour s'installer sur un terrain boisé du Télemly, qui deviendra plus tard le parc Zyriab. Fidèles aux enseignements de Perret, Léon Claro, qui avait dirigé l'atelier d'architecture de l'école de 1920 à 1950, et Jacques Darbéda conçoivent un bâtiment s'organisant autour d'une vaste cour offrant une large perspective sur la baie d'Alger.

A l'Indépendance, les bâtiments souffrent d'un plasticage de l'OAS. Rouverte en partie grâce à Léon Claro, l'école nationale d'architecture et des beaux-arts d'Alger a alors pour mission de former l'élite algérienne en arts plastiques mais également en architecture. A partir de 1970, les architectes sont formés à l'EPAU (Ecole polytechnique d'architecture et d'urbanisme), dont les bâtiments ont été conçus par Oscar Niemeyer et l'extension par Jean-Jacques Deluz, qui fut professeur d'architecture à l'ENABA de 1964 à 1969. Dans les années 1960 à 1980, sous la direction du peintre Bachir Yellès, les grands noms de la peinture algérienne moderne comme Denis Martinez, Choukri Mesli, Ali Ali-Khodja, M'Hammed Issiakhem, eux-mêmes issus de l'Ecole, sont chargés de l'enseignement. En 1985, l'école nationale des beaux-arts devient l'école supérieure des beaux-arts et propose des formations en peinture, sculpture, miniature, céramique, design aménagement et design graphique.

En 1994, l'Ecole, un haut lieu de résistance à l'intégrisme religieux, perd son directeur Ahmed Asselah, fervent défenseur de la démocratie, qui sera assassiné avec son fils dans l'enceinte même de l'Ecole.

ThéâtreHaut de page
Théâtre d'Alger.
Théâtre d'Alger.

Le théâtre algérien trouve ses origines dans les premières traditions apportées par les Turcs, comme les ombres chinoises, ainsi que les conteurs de souks, qui incarnent la toute première forme de représentation théâtrale. Le théâtre algérien sous sa forme moderne n'apparaît que timidement dans les années 1920. Apparition qui correspond à la renaissance du mouvement national. Recourant aux codes du théâtre européen, il tire d'abord sa substance du patrimoine oral algérien. Les oeuvres sont généralement écrites en arabe classique ou en arabe dialectal, comme le faisait Kateb Yacine, qui souhaitait que ses pièces soient comprises par la majorité.

Toutefois, l'émergence du théâtre algérien est difficile. La parole de l'autochtone étant réprimée, le théâtre local était limité à des spectacles composés de sketches et chansons. La véritable naissance du théâtre a lieu en avril 1926, lorsque Mahieddine Bachetarzi (1897-1986), Allalou (1902-1992) et Rachid Ksentini (1887-1944) présentent à Alger Djeha, une pièce " algérienne ", en arabe dialectal, qui alliait genre populaire et structure théâtrale. A partir du milieu des années 1940, le théâtre met en scène les espoirs et les revendications qui osent s'exprimer. En 1947, est fondée la troupe du Théâtre arabe de l'Opéra d'Alger, qui sera dissoute en mai 1956. Le FLN encourage alors la création d'une nouvelle troupe qui servira la cause indépendantiste. Celle-ci est dirigée par Mustapha Kateb (1920-1989), cousin de Kateb Yacine, qui animera plus tard l'Institut national des arts dramatiques (Bordj-el-Kiffan, banlieue d'Alger), créé en 1964, tout en militant pour la décentralisation des théâtres d'Etat. Cependant, le théâtre de la troupe du FLN s'apparentait plutôt à de la propagande qu'à une véritable expression artistique.

Seules quelques pièces ont été créées en exil, à Tunis. Le théâtre du FLN n'a donc laissé aucun souvenir et, à l'Indépendance, le théâtre algérien était encore très jeune et pratiquement sans histoire. Quand le TNA (Théâtre national algérien) vient à remplacer l'Opéra d'Alger, la majorité de ses comédiens sont issus de la troupe du FLN. Tout est à faire, tout est à inventer, et le théâtre algérien se trouve confronté à un grand problème : celui de la langue. En quelle langue jouer ? Le français ne serait politiquement pas accepté, l'arabe classique ne serait pas compris par la majorité du public. Au lendemain de l'Indépendance, le TNA adapte des grandes oeuvres de Shakespeare, de Brecht, mais c'est un échec, les pièces ne touchent pas le public. Le théâtre algérien se voit chargé d'une mission : inventer un nouveau théâtre tourné vers les préoccupations du peuple et parlant des problèmes algériens. L'utilisation de l'arabe dialectal devient capital.

Après l'Indépendance, le théâtre, nationalisé en 1965, conserve son contenu révolutionnaire mais, entre théâtre national, théâtre militant, théâtre socialiste et théâtre populaire, les tendances s'affrontent. Parallèlement au théâtre officiel qui s'exprime en arabe classique, on assiste à l'apparition d'un " petit " théâtre, porté par des amateurs et qui s'exprime en arabe dialectal.

Une centaine de troupes de théâtre amateur voit le jour et lance le théâtre algérien moderne en le démocratisant.

Créé en 1965, à Mostaganem, un festival consacré au théâtre amateur témoigne d'une expression théâtrale intéressante et abondante. Abderrahmane Kaki (1934-1995) passe du français (La Valise, L'Oiseau vert) à l'arabe dialectal compris par le plus grand nombre (132 ans, Al-Guerrab oua Salihine).

Kateb Yacine (1929-1989) apporte au théâtre algérien contemporain une dimension plus universelle.

A partir de 1971, après ses pièces sur la guerre de Libération (Le Cadavre encerclé, Les Ancêtres redoublent de férocité), il écrit en arabe dialectal dans un style dense et appelant à l'émancipation des hommes (Mohamed prends ta valise ou La Guerre de deux mille ans). Kateb Yacine appelle à ce que " le peuple agisse sur scène et parle par sa propre bouche, pour la première fois, depuis des siècles ".

Le troisième auteur marquant de cette période post-révolutionnaire est Abdelkader Alloula, comédien et metteur en scène, né en 1939 et assassiné en mars 1994. A travers ses pièces, qu'il écrit à partir de 1969 (Al-Khobza, " le pain ", Al-Lithem, " le voile " ou Al-Adjwad, " les généreux "), il s'attache à dénoncer la bureaucratie ou les fonctionnaires et à défendre le théâtre populaire et politique. Slimane Benaissa, né en 1943, poursuit cette tradition populaire en y ajoutant une réflexion critique et des questions, auxquelles il ne propose pas de réponse, sur l'histoire, le patrimoine, l'identité et les contradictions humaines (Boualem Zid el-Goudem, Le Bateau coule, Fils de l'amertume, La Leçon de discipline ou Prophètes sans Dieu). Il rejoint, en 1967, la troupe d'Alger " Théâtre et Culture ". En 1971, le jeune théâtre algérien authentique est de nouveau en danger. La politique d'arabisation vient casser la dynamique apportée par les jeunes amateurs, dont la plupart quitteront le pays. Cependant elle ouvre de nouvelles pistes de réflexion qui aboutiront, dans les années 1980, à un théâtre algérien accessible au grand public qui permet de recréer le dialogue social. Avec sa pièce Babor eghraq, Slimane Benaissa amène sur scène les débats de la démocratisation.

L'Algérie possède sept théâtres publics, répartis sur le territoire, mais leur répertoire, souvent composé d'adaptations, est rarement tiré de textes écrits par des auteurs algériens. Ces derniers ont été confrontés, dans les années 1980-1990, à certaines pressions, voire à des violences, comme ce fut le cas pour Abdelkader Alloula. Parallèlement au théâtre national, le théâtre amateur a conservé un grand dynamisme, notamment parce qu'il a également servi à véhiculer les idéologies dominantes auprès des jeunes, qui se sont appropriés ce moyen d'expression.

Les événements d'octobre 1988 marquent une transition dans le théâtre algérien. Si les années qui ont suivi ont été difficiles, elles semblent pourtant avoir été un " coup d'accélérateur donné au 4e art en Algérie ".

TraditionsHaut de page

La tenue traditionnelle algéroise des femmes est le haïk, un voile blanc de coton ou de laine enveloppant le corps et la tête. Une voilette (aajar) généralement brodée couvre le bas du visage. Délaissé par les jeunes femmes qui préfèrent des tenues plus occidentales accompagnées parfois du hidjab, le haïk n'est porté que par l'ancienne génération. Cette tenue entretient encore l'exotisme dans l'imaginaire occidental.

A Alger, les tenues traditionnelles masculines ne sont plus portées comme autrefois ou sont combinées avec d'autres types de vêtements plus actuels.

Le saroual est un pantalon large bouffant dont les jambes boutonnées à leur extrémité s'arrêtent au dessus de la cheville. La gandoura, tunique légère sans manche tombant jusqu'aux chevilles est aujourd'hui appréciée plutôt dans le sud. Le burnous, manteau de laine marron à capuchon et sans manche est porté davantage dans les campagnes. La chéchia, portée par les anciens, est, à Alger, de couleur blanche, percée de petits trous et parfois brodée ou peut avoir l'air d'une toque en fausse fourrure. Certains enroulent un chèche blanc autour de la tête. Les plus pratiquants, à l'heure de la prière, revêtissent la djellaba, robe longe et droite que l'on enfile par la tête. Le bleu de shangaï, ensemble veste et pantalon apprécié autrefois par les marins et les pêcheurs s'est largement répandu pour devenir une tenue typiquement algéroise.

Mais, plus généralement, les Algérois portent aujourd'hui des vêtements de type occidental, exactement comme en France, d'autant plus qu'avec le développement des centres commerciaux, on trouve la plupart des marques de vêtements internationales, même si c'est toujours un peu plus cher pour la moyenne des Algériens.

Pour les Algéroises, la tenue de mariage par excellence est le karakou. Héritage turc, ce costume citadin raffiné est constitué d'une veste en velours travaillée au fil d'or (medjboud ou ftela) et d'un saroual droit fendu sur les côtés ou bouffant. Le karakou est devenu une tenue incontournable du trousseau de la mariée dans toutes les régions d'Algérie. La tenue traditionnelle du marié se compose d'une chemise blanche, d'un gilet également travaillé au fil d'or, d'un saroual, d'une chéchia et de babouches. Le marié se couvre généralement d'un burnous léger au moment de la cérémonie du henné. Le complet veste-pantalon occidental a toutefois largement détrôné le costume traditionnel. Pour sa circoncision, le petit algérois revêt une tenue traditionnelle s'apparentant à celle du marié.

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