Le guide touristique ALGER du Petit Futé : Mode de vie

Mode de vie

Algérois dans une ruelle de la Casbah.
Algérois dans une ruelle de la Casbah.
Vie socialeHaut de page

Naissance. L'Algérie comptait 39,5 millions d'habitants au 1er janvier 2015 avec un volume de naissances qui a dépassé, pour la première fois, le seuil d'un million. Cette tendance à la hausse de la natalité devrait se poursuivre en 2016 où la population devrait dépasser les 40 millions selon l'Office national des statistiques algérien.

L'Algérie a une population très jeune. En 2016, 55 % de la population algérienne a moins de 29 ans et 28 % de la population a moins de 14 ans. La composition de la population d'Alger suit les statistiques nationales.

De nombreux prénoms arabes trouvent leur origine dans la religion. Dans les familles plutôt pratiquantes, l'aîné de la famille porte souvent l'un des prénoms du Prophète dont le plus fréquemment attribué est Mohamed. Les noms de l'entourage du Prophète ont également la cote, comme Amina, la mère génitrice du Prophète, Abdallah, son père, ou Khaled, l'un de ses compagnons, et Omar, l'un des califes (successeurs) du Prophète.

Education religieuse. La religion d'Etat est l'islam et, même si la pratique d'autres religions est tolérée en Algérie et que la liberté de culte est un droit inscrit dans la Constitution algérienne, le gouvernement impose des restrictions quant à son exercice. En réalité, il est très difficile de pratiquer une autre religion en Algérie ou de ne pas en pratiquer du tout. 99 % de la population se dit de confession musulmane. La religion rythme la vie de tous les Algériens, non-croyants ou non-pratiquants compris. Dans les familles pratiquantes, l'éducation religieuse est transmise par les parents. Les enfants se soumettent à la religion généralement à l'âge de la puberté, qui marque le début du Taklif, l'obligation religieuse (obligation de la prière, obligation morale du jeûne...). La circoncision symbolise la descendance et l'entrée des jeunes garçons dans la communauté des croyants.

L'école algérienne, obligatoire pour tout citoyen, n'est pas laïque et, qu'elle soit publique ou privée, elle est dans l'obligation d'enseigner le Coran aux enfants dès leur plus jeune âge. L'école primaire et le collège doivent intégrer à leurs programmes " l'éducation islamique " tandis qu'au programme du lycée figure " la charia islamique ". Le contenu de l'enseignement religieux y est même parfois morbide (rituel funéraire, châtiment de la tombe...).

Système éducatif. Depuis 1962, la scolarité est obligatoire pour les enfants de 6 à 16 ans. Les enfants de 4 à 6 ans peuvent suivre l'enseignement préscolaire au sein de classes préparatoires au primaire ou dans les jardins d'enfants. L'enseignement fondamental concerne les enfants de 6 à 16 ans et s'étale sur 9 ans (6 ans d'école élémentaire et 3 ans de collège). Il est sanctionné par le BEM (Brevet d'enseignement moyen). L'enseignement secondaire est dispensé pendant 3 ans de lycée (général, technique ou polyvalent). Il est sanctionné par le baccalauréat. Les jeunes étudiants rentrent dans l'enseignement secondaire dispensé à l'université, dans des écoles ou instituts nationaux, écoles normales supérieures ou écoles privées. L'université d'Alger fut fondée en 1879, mais la quasi-totalité des universités furent créées dans les années qui suivirent l'Indépendance. Chaque grande ville dispose de son université. Les universités algériennes passent timidement au système LMD mais hésitent encore entre ancien et nouveau système, largement critiqué en Algérie.

En 1972, l'enseignement est arabisé. L'enseignement fondamental et l'enseignement secondaire sont donnés en arabe. L'arabisation a amené les enseignants francophones à se former dans la précipitation ou d'autres à quitter le pays. Ainsi, l'Education nationale a dû faire appel à des enseignants étrangers arabophones venant d'Egypte ou de Syrie. En 1976, le français, désormais langue secondaire ou étrangère - alors que l'arabe classique est étranger à la majorité des Algériens -, ne sera enseigné qu'à partir de la quatrième année du primaire. Après la tentative d'une mixité dans les années 1980, l'arabe classique est la seule langue d'enseignement dans le primaire et le secondaire depuis 1989. L'arabisation ayant été moins forte dans l'enseignement supérieur que dans le secondaire, certaines filières, notamment les filières scientifiques, sont toujours enseignées en français. Certains nouveaux se voient donc une nouvelle fois confrontés au problème linguistique en intégrant un cursus enseigné en français. L'incohérence entre les paliers éducatifs entraîne une véritable schizophrénie linguistique.

Alors que l'école était un acquis fondamental de l'Indépendance, elle devient, avec l'arabisation, facteur d'exclusion sociale : baccalauréat difficile à décrocher, élèves qui quittent précocement l'école sans aucun diplôme.

Dans les années 1990, alors que les écoles sont contrôlées par des islamistes, une centaine d'établissements privés dispensant les cours en français sont créés illégalement dans les grandes villes mais plusieurs ont dû rapidement fermer leur portes.

Un des temps d'enseignement les plus bas du monde. Mais au-delà des problèmes de langues enseignées, l'Algérie est aujourd'hui confrontée à un autre problème : en raison des grèves récurrentes du personnel enseignant, les élèves algériens ont un des temps d'enseignement les plus bas du monde avec une moyenne de 26 semaines de cours par an soit la moitié d'un cursus scolaire normal. Or, aujourd'hui, alors que 28 % des Algériens ont moins de 14 ans, l'éducation est un des grands enjeux du pays...

L'université algérienne compte 1,5 million d'étudiants. En 1920, on ne comptait que 47 étudiants " musulmans " à l'université d'Alger. A l'Indépendance, ils étaient 1 372 et, en 1995, ils étaient 400 000 ! 20 000 étudiants poursuivent ou achèvent leurs études à l'étranger et notamment en France.

Famille. En Algérie, la famille moyenne est composée de 6 membres. La famille joue un rôle très important chez les Algériens et la solidarité familiale est très forte. Les enfants quittent tardivement le foyer s'ils ne le quittent jamais. Les relations entre frères et soeurs sont souvent délicates, le frère exerçant sur sa soeur une certaine autorité. De grosses responsabilités pèsent généralement sur les épaules du fils aîné.

Voté en 1984 par l'Assemblée nationale populaire, le Code de la famille fixe les lois qui régissent les relations familiales en Algérie. Appelé " Code de l'infamie " par les militants gauchistes, il discrédite la femme algérienne par des lois discriminatoires et archaïques. Inférieure et dépendante vis-à-vis du père, du mari, du frère du tuteur, elle a, depuis plus de vingt ans, un statut de mineure.

Habitat. Alors que la majorité des Algériens (plus de 70 %) sont propriétaires de leur logement, le taux d'occupation est très élevé : 7 personnes par logement, ce qui signifie aussi que certains appartements de deux pièces peuvent accueillir près de 15 personnes. 90 % des logements sont surpeuplés, plus de 50 % sont délabrés. 150 000 logements sont mis en chantier annuellement mais, entre construction et rénovation de logements devenus vétustes ou précocement insalubres parce que construits dans l'urgence et mal conçus, la tâche est énorme et constitue l'un des enjeux majeurs de l'Algérie.

Service militaire. C'est la grande angoisse des jeunes Algériens. Obligatoire pour tous les Algériens arrivés à l'âge de 18 ans, le service militaire dure 18 mois. Cependant, en cas d'études supérieures, il est possible de repoussser le service militaire à la fin des études.

La désertion est sévèrement punie et l'on n'échappe pas facilement au service militaire si l'on ne présente pas de critères invalidant l'obligation ou de raisons valables d'en être dispensé. Cependant les Algériens connaissent maintenant pas mal d'astuces pour éviter le service militaire, obtenir un sursis ou même la fameuse carte jaune ou la carte militaire.
Les appelés font de quatre à six mois d'instruction au cours de laquelle ils reçoivent une formation assez dure avant d'être affectés. Le système est toutefois plus souple qu'avant. Ainsi, la carte militaire n'est plus exigée des candidats lors d'une procédure de recrutement. Le service militaire devrait être réformé et s'engager dans une voie de professionnalisation.

Hobbies. Les activités les plus populaires des Algérois sont la pêche, prisée le vendredi, les parties de domino disputées par les vieux Algérois dans certains parcs de la ville, surtout ceux de l'Horloge Florale et de Bab El-Oued, le chaâbi que l'on écoute dans quelques cafés ou dans des soirées organisées et le football. Sur chaque terrain, se dispute une partie de ballon. Les Algérois sont des fervents supporters de leurs équipes locales : le CRB (Chabab-Riadhi de Belouizdad) est le club du quartier populaire de Belouizdad (ex-Belcourt), l'USMA (Union sportive de la médina d'Alger), dont le siège est à Bab El-Oued, rassemble les Kabyles d'Alger et le MCA (Mouloudia-Club d'Alger), fondé en 1921 dans la casbah, est le club le plus populaire de la capitale. Les Algérois aisés pratiquent d'autres activités comme le tennis, le golf ou la plongée. Pendant l'été, les plages sont assaillies.

Les hommes les plus pratiquants se rendent à la mosquée cinq fois par jour en privilégiant la grande prière du vendredi, alors que les femmes qui ne fréquentent généralement pas la mosquée, préfèrent, pour certaines, se retrouver dans les mausolées, comme celui de Sidi Abderrahmane.

Les Algériennes n'ont généralement que de rares moments de loisirs entre les tâches ménagères et les bouches à nourrir. Pour certaines, les sorties se limitent parfois aux fêtes de mariage. Cependant, à Alger, comme dans les autres grandes villes du pays, les femmes sont beaucoup plus libérées. Elle sortent donc fréquemment pour une séance shopping, un soin à l'institut de beauté, un café entre amies au salon de thé, une séance de sport ou une activité culturelle ou éducative.

Mœurs et faits de sociétéHaut de page

Couples et mariage. Si les mariages arrangés sont moins fréquents, l'avis des parents sur le choix de leurs enfants a toujours un poids, si important qu'il peut encore faire échec à un projet de mariage. Et quand ce ne sont pas les parents, c'est la situation matérielle ou sociale qui peut faire obstacle. Sans logement, sans travail, il est difficile de faire des projets de mariage. Ainsi en Algérie, se marie-t-on plus tard qu'autrefois. L'âge moyen des hommes au mariage (en ville) est de 33 ans et des femmes 30 ans, alors qu'elles se mariaient à 18 ans dans les années 1960. Alger compterait 800 000 célibataires sur 3 millions d'habitants, soit environ la moitié des jeunes de plus de 15 ans.

Pour la majorité des jeunes gens, le poids des traditions, le regard d'autrui et la séparation très marquée entre jeunes filles et jeunes hommes rendent difficiles les rencontres. Pour rencontrer l'âme soeur, le recourt à Internet est fréquent, en plus des petites annonces ou des rencontres arrangées qui ne stimulent pas l'imagination. Pour se rencontrer, tout se complique. Les jeunes couples s'isolent dans les parcs, dans les cinémas, dans les lieux retirés... L'hôtel, trop cher, n'est pas non plus une solution et le réceptionniste peut demander à voir le livret de famille avant d'attribuer une chambre.
Et comme le mariage est la seule possibilité de satisfaire son envie de vivre ensemble, des associations caritatives musulmanes conscientes des difficultés des jeunes couples et des frustrations qu'elles entraînent organisent même des mariages collectifs, moins onéreux et, en quelque sorte, parrainés.
D'une région à une autre les traditions ne sont pas les mêmes. Chez les Algérois, quand l'union est célébrée en famille, les réjouissances du mariage, qui ne sont généralement pas mixtes, peuvent durer jusqu'à une semaine. Une demande en mariage chez les parents de la future épouse et les fiançailles, généralement organisées chez la mariée, sont les premières étapes obligatoires à la prochaine union. C'est lors des fiançailles que l'aspect religieux prend son importance et que l'union s'officialise par la fatiha ; sourate du Coran récitée par l'imam qui rappelle également à l'assistance le montant de la dot fixée au préalable par la famille de la mariée. La fête de mariage, qui peut parfois rassembler jusqu'à 500 personnes, est organisée plus tard dans la famille du marié.

Pour des raisons financières mais aussi parfois en raison de pressions familiales assez fortes, le jeune couple emménage fréquemment dans la maison des parents du jeune marié, où un étage leur est destiné... pour le plus grand bonheur des mères, qui ont souvent du mal à voir partir leurs garçon.

Place de la femme. Avec la guerre de Libération à laquelle les femmes ont pris part, l'Indépendance et la construction nationale du socialisme, la place de la femme avait sensiblement évolué même si face au poids des traditions et des préjugés l'évolution de la situation féminine dans la société restait lente et laborieuse. Au début des années 1980, le " Code de la famille " promulgué par le gouvernement de Chadli Bendjedid était une régression puisqu'il faisait des femmes d'éternelles mineures au regard de la société. Malgré une Constitution qui reconnaît le principe de l'égalité des sexes et condamne toute discrimination, ce Code basé sur la loi coranique officialise leur infériorité par rapport à l'homme et leur dénie le droit de jouir de droits civiques et économiques élémentaires. Il légalise entre autres la polygamie, le devoir d'obéissance au mari, la répudiation par ce dernier ainsi que l'inégalité devant l'héritage ou en cas de divorce. Des groupes et associations de femmes s'emploient à faire revoir, sinon abroger, le Code de la famille. Fin octobre 2003, le ministère de la Justice a chargé un groupe de travail composé de parlementaires, de ministres, de magistrats, d'intellectuels et de spécialistes de la charia (loi coranique datant du XIIe siècle) de réfléchir sur la conciliation possible entre réforme et préceptes islamiques concernant la tutelle de la femme au moment du mariage ou après le divorce, la garde des enfants, l'autorité parentale et le domicile conjugal, la répudiation et l'obéissance au mari et à la belle-famille. Pourtant, le " nouveau " Code de la famille élaboré par Bouteflika en mars 2005, qui semble être une concession faite aux religieux, est loin d'être satisfaisant : le tutorat d'une femme par son père ou un autre homme ainsi que la polygamie sont maintenus, même si dans ce dernier cas l'avis d'un juge est devenu nécessaire. Si les femmes peuvent dorénavant demander et obtenir la garde de leurs enfants, donc du domicile conjugal, en cas de séparation, elles ne peuvent toujours pas demander le divorce, à moins de satisfaire à douze conditions au minimum. La mixité qui semble évidente dans les rues d'Alger reste la façade d'une société où la communication entre hommes et femmes reste complexe. Si certaines femmes, qui n'ont pas suivi d'études ou ne travaillent pas, ont peu d'occasion de sortir de la maison, d'autres ont la chance de fréquenter les salons de thé, les restaurants " familiaux ", les salles de sport, les écoles de musique. Depuis quelques années, on voit même des équipes féminines de football à Kouba (banlieue d'Alger) s'entraîner (en short !) dans les stades. Si la journée de la femme, vivement célébrée en Algérie, est l'occasion de faire le point chaque année sur la situation de la femme, le chemin est encore long pour plus d'émancipation.

L'homosexualité. Véritable tabou dans la société algérienne, l'homosexualité est condamnée par la religion islamique et le code pénal. La réprobation sociale des pratiques homosexuelles ayant le poids d'une condamnation, l'homosexualité n'est pas visible dans l'espace public.

ReligionHaut de page
L’islamHaut de page
Djamaâ Es-Safir.
Djamaâ Es-Safir.

Selon la Constitution de 1996, l'islam est la religion officielle de l'Algérie. Elle s'exerce dans la majorité du pays selon le rite malékite qui est une des écoles du courant sunnite. Seule la région du M'Zab suit un autre courant religieux qui est l'ibadisme. Les confréries soufies, fondées par des saints-patrons et suivant une voie ésotérique de l'islam, ont également une grande importance dans la vie religieuse en Algérie.

Les originesHaut de page

C'est un caravanier de La Mecque (péninsule Arabique), Mahomet (Mohamed), qui répand cette nouvelle doctrine à partir de 610. Cet homme, alors âgé de 40 ans, appartient à la puissante tribu des Quraysh, au sein de laquelle il a peu de pouvoir. Il jouit seulement d'une certaine renommée, en raison de son comportement juste, honnête et généreux.

Après avoir reçu la visite de l'ange Gabriel (Djibrail), Mahomet entreprend de révéler une nouvelle religion qui se veut l'accomplissement des deux autres doctrines monothéistes du Moyen-Orient : le judaïsme et le christianisme. C'est pourquoi Abraham (Ibrahim), Moïse (Moussa) et Jésus (Issa) sont cités dans le Coran comme des prophètes. Mahomet s'inscrit dans cette lignée. Au nom de Dieu, il diffuse des préceptes religieux, pas très éloignés de ceux des juifs et des chrétiens, mais qui semblent épurés, résumés à quelques prescriptions essentielles. Le monothéisme est réaffirmé avec encore plus de force que dans les deux autres religions. Pour le reste, l'islam apparaît comme une morale audacieuse qui rompt avec le système clanique et traditionnel régissant jusque-là la vie des tribus arabes. Très vite, une poignée de Mecquois, parmi lesquels Abou Bakr, suivent les enseignements dispensés par ce caravanier mystique. On les appelle " musulmans ", terme qui signifie qu'ils se soumettent à Dieu. De leur côté, les dignitaires qurayshites apprécient de moins en moins cette contestation de l'ordre établi. Les premiers musulmans subissent toutes sortes de brimades, mais leur foi demeure inaltérable. La réputation de Mahomet dépasse les frontières de La Mecque, et des fidèles viennent de très loin pour se convertir à la nouvelle religion. Beaucoup viennent de Médine (Yathrib), une autre cité d'Arabie où cohabitent des tribus juives et chrétiennes. Le 15 juillet 622, victime de nouvelles persécutions de la part des dignitaires de La Mecque, Mahomet quitte sa ville natale pour Médine. Le voyage dure deux jours. C'est l'épisode de l'Hégire qui marque le début de l'ère musulmane.

A Médine, Mahomet prend la tête de la communauté des musulmans, mais son rayonnement personnel lui donne une certaine autorité sur les communautés juives et chrétiennes de la ville. Les fidèles de ces deux religions sont appelés " gens du Livre " par le Prophète, qui leur accorde sa protection.

En revanche, les païens sont sommés de se convertir sous peine d'être combattus. C'est pourquoi la rivalité entre musulmans et Mecquois continue, même après l'Hégire. De nombreuses batailles opposent les deux clans, jusqu'à la victoire des musulmans en 630. Les dignitaires qurayshites se soumettent à leur tour et Mahomet fait une entrée triomphale à La Mecque. Le Prophète meurt deux ans plus tard. Ses fidèles contrôlent déjà toute la péninsule Arabique et se lancent à la conquête du monde pour faire connaître le message de Dieu. Ils arriveront à Memphis en 639.

" [... ] Telles furent la vie, la mission et la mort de Mahomet. Jamais homme ne se proposa volontairement ou involontairement un but plus sublime, puisque ce but était surhumain : saper les superstitions interposées entre la créature et le Créateur, rendre Dieu à l'homme et l'homme à Dieu, restaurer l'idée rationnelle et sainte de la Divinité dans ce chaos de dieux matériels et défigurés de l'idolâtrie. Jamais homme n'entreprit, avec de si faibles moyens, une oeuvre si démesurée, puisqu'il n'a eu, dans la conception et dans l'exécution d'un si grand dessein, d'autre instrument que lui-même et d'autres auxiliaires qu'une poignée de barbares dans un coin du désert. Si la grandeur du dessein, la petitesse des moyens, l'immensité du résultat sont les trois mesures du génie de l'homme, qui osera comparer humainement un grand homme de l'histoire moderne à Mahomet ? ", s'enthousiasmait Lamartine, au XIXe siècle, dans Histoire de la Turquie.

La pratique religieuseHaut de page

En terre islamique, croyances, superstitions, crainte et foi sont encore indissociables ; elles ordonnent la vie. On appelle les " cinq piliers de l'islam " les règles fondamentales imposées à tous les musulmans :

La chahada est la profession de foi monothéiste dont la seule répétition sincère (en arabe) suffit pour s'affirmer musulman : Achhadou an lâ ilâha illa-llâh, washadou ana muhammad rasûlu-llâhi ; " Il n'y a pas d'autre Dieu qu'Allah et Mahomet est son prophète. "

La zakat est l'aumône légale. C'est un devoir pour chacun de donner aux pauvres et aux combattants pour la cause de l'islam. Quand ce ne sont pas des espèces sonnantes et trébuchantes, cela peut être un plat de couscous que l'on dépose à la mosquée pour les nécessiteux.

Le hadj, le pèlerinage à La Mecque, est considéré comme l'apothéose d'une vie pieuse. Tout musulman devrait l'accomplir une fois dans sa vie. Cependant, tous ne le peuvent pas et l'islam prévoit des dispenses. La période préconisée correspond au dernier mois de l'année (de l'Hégire), une période où des musulmans venus du monde entier se retrouvent à La Mecque ou dans ses environs.

Sept pèlerinages vers la ville sainte de Kairouan, la première ville fondée par les Arabes en Tunisie, peuvent remplacer le hadj.

La sala, ou salat, est la prière rituelle que l'on doit réciter cinq fois par jour après ablutions. Si la prière commune à la mosquée appelée par la voix du muezzin est la plus importante, les fidèles peuvent toutefois prier n'importe où, même dans le désert où, à défaut d'eau, les ablutions seront faites avec du sable ; il suffit de se tourner vers La Mecque. Le jour plus particulièrement consacré à Allah (Dieu) est le vendredi. Ce jour-là, les fidèles se rendent traditionnellement à la mosquée.

Le sawn, le jeûne du ramadan, commémore la révélation du Coran à Mahomet. Durant le neuvième mois du calendrier islamique, chaque musulman adulte et en bonne santé doit observer un certain nombre de règles entre le lever et le coucher du soleil. Il lui est interdit de fumer, de boire, de manger et d'avoir des relations sexuelles. Il règne durant ce mois-là une ambiance particulière en Algérie. L'activité habituelle est désorganisée. Banques, administrations et commerces travaillent au ralenti. Les musulmans s'économisent et, le soir, ils font la fête. C'est une période de grande ferveur, intéressante à observer. Le ramadan se termine par la fête de rupture de jeûne, l'Aïd el-Fitr.

CirconcisionHaut de page

La circoncision n'est pas recommandée par le Coran, mais cette coutume, qui est antérieure au Livre, a tout de même été intégrée aux pratiques musulmanes. Pour le jeune musulman, il s'agit du rite de passage dans la communauté des croyants. La circoncision est soit pratiquée dans la première semaine après la naissance, soit lors d'une cérémonie réunissant tous les jeunes du même âge, et c'est alors l'occasion d'une grande fête.

Les fêtes religieusesHaut de page

Les dates des fêtes religieuses varient suivant le calendrier lunaire. En outre, le début de chaque fête est proclamé en fonction d'observations astronomiques, difficiles à prévoir. La date est très souvent décalée d'un jour ou deux par rapport à la date prévue.

Aïd el-Kebir. C'est la " grande fête " (aïd = fête, kebir = grand) qui commémore le sacrifice d'Isaac par son père, Abraham, qui obéissait à un ordre divin. Dieu, satisfait de sa soumission, lui envoya un bélier afin qu'il le sacrifie à la place d'Isaac. Cette fête est aussi appelée la " fête du mouton ", puisque, traditionnellement ce jour-là, chaque famille sacrifie un mouton. La cérémonie se déroule environ soixante jours après la fin du ramadan et dure deux jours pendant lesquels on rend visite aux oncles et aux tantes. Les enfants reçoivent quelques pièces de monnaie et parfois des cadeaux.

Mouloud. Cette fête commémore la naissance de Mahomet et commence par une nuit de prières dans les mosquées du pays. A table, on déguste le plat préféré du Prophète, l'assida (temmina), simple mélange de semoule, de beurre et de miel. Les jeunes célèbrent cette fête à coup de pétards.

Premier Moharram. Jour de l'an hégirien, 20 jours après l'Aïd el-Kebir (moharram est le premier mois de l'année musulmane). Ce jour est celui où Mahomet, en 622, quitta La Mecque pour installer une nouvelle communauté à Médine. Ce fut le point de départ de l'ère de l'Hégire.

Achoura. C'est le dixième jour de l'année et l'anniversaire de la mort de Hossein, le petit-fils du Prophète, assassiné à Kerbala, en Irak, en 680. Aujourd'hui, c'est une fête en l'honneur des défavorisés, qui est l'occasion de leur donner le zakat, cette aumône prônée par le Coran. C'est également la fête des enfants.

Aïd el-Seghir ou Aïd el-Fitr. C'est la " petite fête " qui clôt le ramadan. Les enfants reçoivent des vêtements neufs, des cadeaux ou quelques pièces de monnaie.

Le ramadan, qui a lieu le neuvième mois de l'année selon le calendrier de l'Hégire, est le mois au cours duquel le Coran a été révélé à Mahomet. Pour le fidèle, c'est une période de stricte abstinence (nourriture, boisson, activité sexuelle...) entre le lever et le coucher du soleil. Partout le jeûne du ramadan est scrupuleusement respecté, l'ambiance est alors un peu insolite, entre la fête populaire pendant la nuit et le temps qui paraît suspendu pendant la journée.

Les nuits sont agitées puisqu'on ne dîne qu'après le coucher du soleil. Les restaurants et les gargotes qui servent la chorba ou la h'rira traditionnelle (soupe de légumes enrichie de blé concassé, pois chiches...) ou les cafés servant thé et kalb ellouz (pâtisserie nommée " coeur d'amandes ") sont pris d'assaut jusqu'à une heure avancée. Les journées, au contraire, s'étirent doucement dans l'attente du ftour et du tardif repas familial. Le repas qui est souvent très copieux se prépare longtemps à l'avance. Les échoppes ne désemplissent pas du milieu de la matinée jusque dans l'heure précédant le ftour (la rupture du jeûne), pendant laquelle les rues sont absolument désertes.

Et quelle soif depuis que le ramadan tombe en plein été ! Par égard envers ceux qui jeûnent, évitez franchement de fumer, de boire ou de manger en public. Les activités étant sensiblement ralenties, nous vous déconseillons de prévoir votre séjour en Algérie pendant cette période : les musées et administrations ferment tôt, certains hôtels sont fermés, la plupart des restaurants également et les jeûneurs, en manque de café et de tabac, un peu sur les nerfs...

La véritable fête commence à la fin du ramadan, lors de l'Aïd el-Seghir, et dure trois ou quatre jours, pendant lesquels toute activité est paralysée !

Le moussem est une fête religieuse régionale, organisée à date (à peu près) fixe autour d'un sanctuaire. Il est l'occasion d'un pèlerinage mais aussi de nombreuses manifestations folkloriques (foires, danses...) autour desquelles se retrouvent les différentes tribus de la région.

Autrefois exclusivement liés aux commémorations de personnages saints, les moussems de nos jours marquent souvent la fin d'une récolte ou accompagnent un heureux événement survenu dans un village. Le nom est à rapprocher du mot " mousson " qui signifie " saison ".

Traditionnellement, le moussem débute par le sacrifice d'un animal (le plus souvent un taureau) face au sanctuaire qui abrite les ossements du marabout. Le sacrifice des animaux doit apporter la baraka, cette grâce que chacun appelle de ses voeux.

Les moussems sont surtout célébrés dans l'Ouest algérien et le plus important est celui de Béni-Abbès, sur la " route des oasis ".

Marabouts et saintsHaut de page

Le mot " marabout " vient de ribat, " contrat moral au sein d'un groupe religieux " et par extension " groupe " ; les mourabitines étaient donc les gens du ribat. Le ribat le plus célèbre a été dirigé par Ibn Yacin, le fondateur de la dynastie des Almoravides (XIe siècle) en Mauritanie.

En 1492, les Andalous sont chassés d'Espagne par la Reconquista des Rois catholiques et gagnent les terres du Maghreb. Face à l'envahisseur chrétien portugais puis espagnol, les centres d'enseignement religieux (zaouïas) deviennent, au XVe siècle et plus encore au XVIe siècle, un pouvoir de substitution ; les marabouts quittent leur retraite et passent à l'action pour changer la société. En réaction à l'incurie des souverains zianides, le peuple fait de plus en plus appel aux religieux et découvre les pèlerinages vers les tombeaux de saints. Le mouvement maraboutique est renforcé par l'arrivée des Ottomans. La société se stabilise autour des marabouts et des chérifs, des chefs de noble ascendance, sans que l'autorité centrale ne reprenne le pas. D'où la citation populaire qu'on peut entendre dans l'ensemble du monde musulman : " Il n'y a pas de gouvernement, seule compte la parole des amis de Dieu. "

Les deux principaux ordres furent celui de la tariqa des Qadrya, dirigée par El-Djilani (1078 à Bagdad-1166) et la tariqa des Chadelya de Ech Chadeli (1197-1258).

Le cercle, représentation idéalisée du corps humain, est la figure parfaite dont le centre symbolise l'unicité, le but final ou la vérité ultime (haqiqa). La circonférence du cercle représente l'apparent (ilm ed-dhabir), le monde visible régi par la charia, littéralement la route, celle qui indique les règles sociales ou religieuses communes aux pratiquants. Pour aller de l'extérieur du cercle vers le centre, chaque groupe mystique emprunte sa tariqa, sa voie, dévoilée au novice lors de son initiation. Le soufisme, par exemple, est une expérience intérieure guidée par la charia orthodoxe. Les soufis dépendent de maîtres qui doivent descendre du Prophète, le premier d'entre eux. Cette pratique fut introduite au Maghreb au XIIe siècle par l'intermédiaire de Choaïb Ben Hoceïn Abou Medien el-Andalousi (né en 1127 en Espagne, mort en 1198 à Tlemcen).

Les groupes mystiques passent le plus clair de leur temps en prières, en louanges interminables à Dieu, en séances contemplatives menant à l'extase (" l'extinction en l'Un initial "), sans oublier quelques pratiques ésotériques. Cependant, on a reproché à ce mouvement son goût immodéré des mou'jizat, des miracles et de toutes sortes de superstitions éloignées du principe charismatique (karamat).

Le calendrier musulman

Dans la religion musulmane, on parle de calendrier de l'Hégire, en référence à la date à laquelle Mahomet quitte La Mecque pour se réfugier à Médine. La première année de l'Hégire commence le 16 juillet 622. L'année est partagée en douze mois, mais ceux-ci sont alignés sur le mouvement de la lune et non du soleil. Ainsi les mois durent 29 ou 30 jours et une année lunaire dure 354,5 jours en moyenne contre 365,25 jours en moyenne dans le calendrier solaire, soit une différence de 10,75 jours. Chaque jour commence non pas à minuit mais immédiatement après le coucher du soleil. Pour déterminer l'année de l'Hégire dans laquelle nous sommes, il suffit de résoudre l'équation suivante :

Année de l'Hégire = (année grégorienne - 622) / 0,97. Ainsi : (2016 - 622) / 0,97 = 1437.
Nous sommes donc en 1437 selon le calendrier de l'Hégire. De même, le nouvel an musulman se situe chaque année 10,75 jours avant celui de l'année précédente dans le calendrier grégorien.

Le christianismeHaut de page

Devenu officiel par la volonté de Constantin en 323 ap. J.-C., le christianisme séduit un grand nombre de Berbères, mais il y a scission entre les donatistes, qui n'acceptent pas la domination de Rome sur l'Eglise, et les chrétiens fidèles à leurs évêques. Saint Augustin, évêque d'Hippone (395-430) et grande figure dans l'établissement du christianisme au Maghreb, s'exprime ainsi concernant la " guerre juste " : " On ne cherche pas la paix pour faire la guerre, mais on fait la guerre pour obtenir la paix. Sois donc pacifique en combattant, afin de conduire ceux que tu connais au bienfait de la paix, en remportant sur eux la victoire. " Les Vandales mèneront des campagnes de persécution contre les chrétiens mais la foi perdure dans les zones montagneuses difficiles d'accès. L'invasion des Arabes, en 647 ap. J.-C., apporte avec elle une nouvelle doctrine religieuse, celle de l'islam, qui affaiblit le christianisme. A partir de 1830, le christianisme refait son apparition à l'époque de la colonisation. Alger voit se multiplier les églises, nouvellement construites ou installées dans des mosquées transformées en lieux de culte chrétien, comme les mosquées Ketchaoua ou Ali Betchine. A l'Indépendance, une petite communauté chrétienne a subsisté à travers la présence de l'Eglise catholique d'Algérie. Dans les années 1990, la menace islamiste a mené bon nombre de chrétiens à quitter le pays. D'autres, au péril de leur vie, ont choisi de rester malgré la menace, comme les moines de Tibhirine, assassinés en 1996. Si la sécurité est revenue pour l'exercice du culte, la communauté chrétienne subit encore des pressions. Cela dit, la présence de religieux chrétiens est encore visible à Alger, qui est l'un des quatre évêchés du territoire algérien. L'activité des soeurs et des frères, héritiers des Pères blancs, n'est pas non plus négligeable, à commencer par la célébration d'offices dans les grands lieux de culte comme Notre-Dame d'Afrique, haut lieu de pèlerinage.

Le judaïsmeHaut de page

Les premiers juifs sont probablement arrivés en Afrique en 70 après la chute de Jérusalem, consécutive aux révoltes contre la domination romaine. Mais la plupart d'entre eux ont foulé la terre africaine après avoir été chassés d'Europe par les persécutions qui commencent au XIVe siècle. Plutôt bien intégrés, les juifs vivaient principalement dans les villes, où on leur demandait tout de même de se rassembler au sein de quartiers spéciaux, prévus pour eux à partir du XVIIIe siècle.

Quand les Français se sont installés en Algérie, le pays comptait quelques 32 000 juifs. Ceux d'entre eux qui étaient pratiquants ont dû quitter le pays à l'Indépendance. Les synagogues ont été pour la plupart transformées pour le culte musulman, les autres saccagées.

Cependant, le dialogue entre les deux communautés tend à s'améliorer... En 2014, le ministre des Affaires religieuses algérien a évoqué publiquement la possibilité de restaurer les synagogues en Algérie et de les rouvrir au public et, en 2015, le Président Bouteflika a accepté que Roger Hanin soit enterré dans le cimetière israélite Saint-Eugène à Alger, selon ses dernières volontés.

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