Guide de CRACOVIE : Histoire

Les origines de la nation polonaise et de Cracovie

Les fouilles archéologiques ont révélé que la première occupation humaine du territoire actuel remonterait au Paléolithique. En revanche, il reste des traces assez précises des habitants de la période néolithique, depuis le Ve millénaire av. J.-C.. La Pologne est alors peuplée d'agriculteurs qui se sédentarisent et créent les premières voies de communication à travers les forêts. Pendant une période d'environ 5 000 ans, les migrations de différents peuples ont traversé le territoire de la Pologne actuelle. Notamment à l'époque dite des grandes invasions, où peuples germaniques (Goths, Vandales), Huns, Avars ou Sarmates opèrent de longs déplacements à travers le continent. C'est au premier millénaire de notre ère que les Slaves, venus du sud, s'installent dans le nord-ouest du pays, aujourd'hui appelé Grande-Pologne, et de là dans les différentes régions du pays. Selon la légende, Piast, un des chefs slaves de la tribu des Polanes, parvient à unifier les tribus slaves de la région, créant ainsi la nation polonaise au Xe siècle. Cependant, la véritable naissance de l'Etat polonais est attribuée à son descendant, le duc Mieszko Ier, qui se convertit au christianisme. Selon la légende, Cracovie aurait été fondée par le roi Krak, vainqueur du dragon de Wawel. Les archéologues qui, pendant des années, creusèrent le tertre de Krak, dans la proche banlieue de Cracovie, à la recherche de ses dépouilles, ne trouvèrent rien, sauf des objets du VIIe siècle, les vestiges les plus anciens attestant l'existence de Cracovie. Mentionnée pour la première fois dans les chroniques en 966 dans le récit d'un marchand juif séfarade de Cordoue qui parlait d'une cité marchande appelée Krakwa, elle fut rattachée au Royaume de Pologne par Mieszko Ier.

Chronologie

Les Piast

966 > Le prince Mieszko Ier se convertit au christianisme. Ce geste marque la fondation de l'Etat polonais.

992 > Mort de Mieszko Ier. Son fils Boleslas Ier le Vaillant (Bolesław Chrobry) est reconnu premier roi de Pologne (992-1025).

1138-1320 > Période de morcellement territorial.

1226 > Les Chevaliers teutoniques s'établissent en Pologne.

1241 > Les Tatars envahissent la Pologne et une partie de l'Europe orientale.

1320 > Après une période d'éclatement, Ladislas le Bref (Władysław Łokietek) est reconnu comme roi de Pologne par les autres royaumes européens.

1333-1370 > Règne de Casimir III le Grand (Kazimierz Wielki), l'un des plus illustres rois de Pologne, dernier roi des Piast.

1364 > Fondation de l'université de Cracovie (université Jagellone). De nombreux rois et chefs d'état européens se réunissent à Cracovie pour le Congrès International des Rois où a lieu le fameux banquet de Mikolaj Wierzynek. Un moment clé dans le développement des relations de la Pologne avec l'Europe.

Les Jagellons

1385 > Union de la Pologne et de la Lituanie par le mariage de Hedwige d'Anjou (Jadwiga), reine de Pologne et de Jagiełło, grand-duc de Lituanie.

1410 > Les forces polonaises et lituaniennes battent les Chevaliers teutoniques à la bataille de Grunwald (Tannenberg).

XVIe siècle > Age d'or de la Pologne et de la Lituanie, avec une stabilité politique qui permet la prospérité économique et l'épanouissement des arts. A cette époque, le royaume compte plus de juifs que tous les autres pays d'Europe réunis.

1543 > Copernic publie Des révolutions des sphères célestes.

1569 > Le traité de Lublin renforce l'union avec la Lituanie.

1572 > La dynastie Jagellon s'éteint ; commence alors une ère de monarchie élective. Le futur roi, Henri III de France, occupera ce poste avant de rentrer à Paris en 1574 pour y régner.

La République unie de Pologne-Lituanie

1655-1666 > " Le déluge ", invasion suédoise.

1683 > Le roi Jean Sobieski mène le siège de Vienne contre les Ottomans.

1700-1723 > La Pologne est rattachée à la Russie sous le règne du tsar Pierre le Grand.

1764 > Stanislas Auguste Poniatowski est élu dernier roi de Pologne-Lituanie grâce à l'appui de Catherine II de Russie.

1772 > Premier partage de la Pologne entre Russes, Prussiens et Autrichiens, qui amputent le pays d'un tiers de sa superficie.

3 mai 1791 > Constitution signée par les patriotes qui restaurent la monarchie héréditaire et réforment le système politique.

1792 > La Confédération de Targowica appelle à l'intervention étrangère. Deuxième partage de la Pologne.

1794 > Rébellion contre la Russie menée par Tadeusz Kościuszko.

1795 > Troisième partage de la Pologne entre Russes, Prussiens et Autrichiens.

Les partages

1807-1815 > Grand-duché de Varsovie établi par Napoléon Ier. Occupation russe à partir de 1813.

1815-1864 > Royaume du Congrès.

1820-1855 > Ere du romantisme de la culture polonaise avec Mickiewicz et Chopin.

1830-1831 > Révolte de novembre contre l'occupant russe qui échoue.

1863-1864 > Insurrection de janvier dans les zones occupées par les Russes.

La Première Guerre mondiale

1914-1918 > Première Guerre mondiale à l'issue de laquelle la Pologne retrouve son indépendance et récupère des territoires sur ses trois voisins pour créer la IIe République, dirigée par Józef Piłsudski jusqu'en 1922.

1919-1921 > Guerre contre la Russie soviétique. Les Polonais " récupèrent " des territoires perdus au XVIIIe siècle.

1926 > Józef Piłsudski revient au pouvoir et établit le gouvernement Sanacja qui dirigera le pays jusqu'en 1939.

La Seconde Guerre mondiale

1939 > Le 1er septembre, la Seconde Guerre mondiale commence avec l'attaque allemande en Pologne. Les forces armées polonaises sont battues et le gouvernement du général Sikorski se réfugie à Londres.

1940-1941 > L'URSS incarcère 1,5 million de Polonais dans des camps de travail.

1941-1944 > Toute la Pologne est sous domination allemande. Les mouvements de résistance s'activent, mais la Pologne est le pays sur lequel est opérée la majeure partie de l'Holocauste.

1943 > La découverte du massacre de Katyń cause la rupture entre l'URSS et le gouvernement polonais en exil. Soulèvement et massacre du ghetto juif de Varsovie.

1er août 1944 > Insurrection de Varsovie, sans soutien soviétique. Véritable massacre. Hitler ordonne de raser la ville.

1945 > L'Armée rouge occupe la Pologne et établit un gouvernement de coalition dominé par les communistes.

Le régime communiste

1947 > Après les élections, les communistes consolident leur position de parti unique.

1947-1949 > Soviétisation de l'économie polonaise, nationalisation de l'industrie et des affaires, critiques des organisations religieuses et emprisonnement des leaders de l'opposition.

1948-1956 > La période stalinienne est dure pour la Pologne. La Constitution est copiée sur celle de l'URSS, l'agriculture collectivisée.

1955 > Signature du pacte de Varsovie dans la capitale polonaise, qui établit une alliance militaire entre tous les pays du bloc communiste.

1956 > Les manifestations de Poznań sont réprimées et 76 personnes trouvent la mort. Władysław Gomułka est désigné à la tête du pays. Il annonce des réformes de libéralisation du système.

1970 > L'inflation provoque des émeutes réprimées à Gdańsk. Gomułka démissionne.

1970-1980 > Edward Gierek est désigné à la tête du parti communiste. Sa politique restrictive ne fait qu'intensifier les grèves et les manifestations, dont certaines sont sévèrement réprimées.

1978 > Karol Wojtyła est élu pape et prend le nom de Jean-Paul II.

1979 > Visite du pape Jean-Paul II en Pologne.

1980 > Manifestations dans le chantier naval de Gdańsk, signature des accords de Gdańsk avec le pouvoir, qui permettent aux ouvriers du chantier naval de s'organiser autour du syndicat Solidarność, présidé par Lech Wałęsa.

1980-1981 > Solidarność (Solidarité) existe légalement, et conteste le pouvoir communiste.

1981 > Le général Wojciech Jaruzelski prend la tête du parti communiste, déclare l'état de guerre, instaure la loi martiale, et emprisonne les leaders de Solidarité, Lech Wałęsa en tête.

1983 > Lech Wałęsa reçoit le prix Nobel de la paix.

1984 > Le père Jerzy Popiełuszko, favorable à Solidarité, est assassiné par la police politique.

1985-1988 > Période de libéralisation graduelle qui correspond à l'avènement de Mikhaïl Gorbatchev en URSS.

Chute du communisme et IIIe République

1988 > Manifestations et grèves qui poussent Jaruzelski à discuter avec l'opposition.

1989 > La Table ronde permet de répartir le pouvoir entre les communistes et Solidarité, qui remporte tous les sièges aux élections législatives.

Août 1989 > Tadeusz Mazowiecki, Premier ministre de l'ère postcommuniste, forme un gouvernement de coalition.

Décembre 1990 > Lech Wałęsa est élu président de la République au suffrage universel, le premier de l'ère postcommuniste. Naissance de la IIIe République.

14 novembre 1990 > L'Allemagne (RFA) reconnaît la ligne Oder-Neisse, la frontière avec la Pologne, et abandonne toute possible revendication sur ce qui fut son territoire avant la guerre. La souveraineté de la Pologne est dès lors cautionnée.

Du 28 au 29 avril 1991 > Rencontre tripartite des ministres des Affaires étrangères polonais, allemand et français pour créer les accords du Triangle de Weimar.

Juillet 1991 > Le pacte de Varsovie est dissous. Le Comecon suit de peu.

Octobre 1991 > Après les élections législatives, Jan Olszewski est choisi comme Premier ministre.

Février 1992 > Loi anti-avortement votée par le parlement.

Décembre 1995 > Lech Wałęsa est battu aux élections présidentielles et remplacé par Aleksander Kwaśniewski.

1996 > La Pologne est admise au sein de l'OCDE.

Octobre 1997 > Nouvelle constitution démocratique adoptée après les élections de septembre.

Janvier 1998 > Abolition de la peine de mort.

12 mars 1999 > Adhésion de la Pologne à l'OTAN.

8 octobre 2000 > Aleksander Kwaśniewski est réélu, pour un deuxième mandat de 5 ans, dès le premier tour, avec 53,90 % des suffrages.

2000 > Cracovie est désignée comme capitale culturelle de l'Europe.

La Pologne depuis 2000

7-8 juin 2003 > Référendum proposé aux Polonais pour voter l'entrée du pays dans l'UE (77,45 % ont voté pour l'élargissement).

9 mai 2003 > Sommet du Triangle de Weimar à Wroclaw en Pologne (Jacques Chirac, Aleksander Kwaśniewski et Gerhard Schroeder).

1er mai 2004 > Entrée de la Pologne dans l'Union européenne.

27 janvier 2005 > 60e anniversaire de la libération d'Auschwitz, qui a réuni 10 000 personnes, dont une vingtaine de hauts dirigeants et, sans doute pour la dernière fois, les anciens prisonniers du camp et les soldats de l'Armée rouge qui les ont libérés.

2 avril 2005 > Décès du pape Jean-Paul II. La nouvelle de sa mort provoque une émotion considérable en Pologne et dans le monde entier.

25 septembre 2005 > Elections législatives en Pologne. La victoire de PiS, un parti de droite conservatrice inaugure une période de politique conservatrice : pouvoirs de l'Église renforcés, lois défavorisant les anciens membres du système communiste, rhétorique anti-européenne, valeurs chrétiennes et morales imposées à l'école.

9 et 23 octobre 2005 > Elections présidentielles. La victoire de Lech Kaczyński, candidat de PiS. Son frère jumeau Jarosław Kaczyński devient Premier ministre.

21 octobre 2007 > PiS perd les élections législatives face à la Plateforme Citoyenne de Donald Tusk (droite libérale), qui abolit les réformes de son prédécesseur, met en place une politique pro-européenne, moralement et économiquement libérale.

2009 > Avec la crise économique mondiale, des milliers de Polonais rentrent en Pologne, quittant les pays où ils travaillaient, notamment la Grande-Bretagne. Il s'agit en partie d'une main-d'oeuvre qualifiée.

10 avril 2010 > Mort du président Lech Kaczyński lors de la catastrophe aérienne de Smolensk, en Russie.

6 août 2010 > Bronislaw Komorowski de la Plateforme Citoyenne, élu président face au frère de Lech, Jaroslaw Kaczynski, prend ses fonctions.

Juin 2012 > Co-organisatrice de l'Euro 2012 avec l'Ukraine, la Pologne devient le centre de l'Europe et un des centres du monde le temps de la compétition qu'elle accueille dans 4 villes : Varsovie, Gdańsk, Poznań et Wrocław.

Avril-mai 2014> Annoncée en 2013, la canonisation du pape Jean-Paul II (et celle du pape Jean XXIII) se concrétise le 27 avril par une cérémonie religieuse solennelle en place Saint-Pierre au Vatican. Le bienheureux Jean-Paul II est donc officiellement déclaré saint de l'Eglise catholique. Comme un symbole, le général Wojciech Jaruzelski, dernier président de la Pologne communiste (1981-1989), décède à peine un mois plus tard, le 25 mai.

Août-septembre 2014> Donald Tusk devient le deuxième président du Conseil européen. Ewa Kopacz le remplace à la tête du gouvernement.

2015 > En mai, Andrzej Duda, du parti Droit et justice (PiS), devient le nouveau président du pays. En octobre, Droit et justice remporte les élections législatives. Beata Szydło (PiS) est la nouvelle présidente du Conseil des ministres.

Juillet 2016> Les Journées Mondiales de la Jeunesse ont lieu à Cracovie.

Octobre 2016> Une proposition de loi interdisant totalement l'interruption volontaire de grossesse suscite une mobilisation féminine sans précédent. Après trois jours de protestations, les députés polonais rejettent définitivement le texte.

Juillet 2017> Le Comité du patrimoine mondial se réunit à Cracovie pour inscrire huit nouveaux sites sur la liste du patrimoine mondial des sites culturels.

Les Piast, les Jagellon et l'âge d'or de Cracovie (966-1572)

En 966, le duc Mieszko Ier devient le premier véritable souverain de Pologne. En partant de la région de Grande-Pologne actuelle, avec Gniezno comme capitale, il conquiert la Poméranie, la Silésie et la Petite-Pologne. A sa mort, en 992, le territoire polonais se rapproche de celui d'aujourd'hui, et la plupart des grandes villes, à l'exception de Varsovie, existent déjà. Son fils Boleslas le Vaillant (Bolesław Chrobry, 992-1025) agrandit le territoire et sera sacré premier roi de Pologne par le pape. Au tournant du millénaire, Cracovie est le premier foyer du christianisme en Europe devenant le siège d'un évêché, puis la capitale du duché des Piast et du Royaume polonais sous le règne du prince Casimir le Renovateur (1038-1058) qui la préféra à Gniezno.

Au XIe siècle, en raison de conflits armés répétés avec les princes allemands et tchèques, la capitale est transférée à Cracovie. Ici, dans la cathédrale de Wawel, au XIIe siècle, sont transférées les reliques des saints Stanislas et Florias, aujourd'hui saints patrons de la Pologne. La Pologne connaît quelques décennies de propérité, avant de se déchirer au XIIe siècle. Le roi Boleslas " Bouche-torse " (Bolesław Krzywousty, 1085-1138) décide avant sa mort de partager son royaume entre ses fils. En réalité, ce processus de morcellement territorial, déjà amorcé par l'autonomie de plus en plus grande des princes locaux, dure plus de 150 ans. Pendant que les ducs gagnent en importance sur les rois Piast, de nombreux colons allemands, artisans et commerçants qualifiés, s'établissent dans les nouvelles villes en pleine expansion. Particulièrement en Poméranie et en Silésie, duchés qui ne tardent pas à entrer dans l'orbite de princes allemands et tchèques.

En 1226, Konrad, duc de Mazovie, doit faire face aux attaques incessantes de la tribu balte des Prussiens. Il fait appel à un ordre de croisés allemands, les Chevaliers teutoniques, pour mater ces turbulents païens. Ses descendants le regretteront amèrement... Les chevaliers rayent les Prussiens de la surface terrestre, s'implantent, construisent villes et châteaux forts. Petit à petit, ils créent un véritable Etat autour de la mer Baltique et sur le delta de la Vistule. L'adhésion de leurs ports (Danzig ou Elbing) à la Hanse, organisation commerciale des villes allemandes de la Baltique, donne un essor à leur commerce, mettant en danger les provinces polonaises. En Petite-Pologne et en Silésie, les Mongols, appelés Tatars en Pologne, procèdent à de grands raids dévastateurs entre 1240 et 1260. Suite au pillage tatar de 1241, Cracovie, qui à l'époque était construite en bois, est complètement détruite. Reconstruite en pierre sous le règne de Boleslas V le Chaste, elle adopte un modèle de plan en damier, conservé jusqu'à aujourd'hui et, plus tard, un système de fortifications avec des tours de guet.

Divisé et menacé, l'Etat polonais a virtuellement cessé d'exister. La couronne est rétablie et le royaume réunifié au début du XIVe siècle. Un roi puissant, Casimir III le Grand (Kazimierz Wielki, 1333-1370) renforce le pouvoir central, agrandit le pays vers le sud-est (Ukraine actuelle). Il reprend le contrôle de la Mazovie et étend la Pologne vers l'est, en Podlachie, en Ruthénie (future Galicie, en Ukraine actuelle), et fonde plus de 70 villes. Pour les dynamiser, il invite un grand nombre de Juifs en Pologne, alors persécutés en Europe occidentale. Cracovie devient sous son règne une capitale immensément prospère, il y fonde l'une des premières universités d'Europe en 1364. Casimir III mort sans héritier, le grand-duc de Lituanie, Władysław Jagellon, hérite de la couronne en 1386 par son mariage avec la princesse polonaise Jadwiga d'Anjou, petite-nièce de Casimir. Il se convertit au christianisme (c'est la dernière conversion d'un prince européen). Cela scelle une alliance étatique fructueuse avec la Lituanie, alors immense Etat. L'alliance binationale remporte une bataille décisive contre les Chevaliers teutoniques en 1410 à Grunwald, amorçant le déclin de l'ordre jusqu'à sa défaite en 1466. La Pologne-Lituanie annexe la Prusse occidentale (Warmie), Gdańsk (gagnant ainsi un important accès sur la Baltique) et la Poméranie orientale. L'Ordre ne garde que la Prusse orientale, qui va devenir le centre d'un puissant Etat allemand. C'est pendant la dynastie des Jagellons, en pleine Renaissance, que Cracovie connaît son véritable âge d'or. Située au carrefour de plusieurs routes commerciales, elle connaît son apogée au XVIe siècle et, pour quelques décennies, devient un centre artistique et scientifique parmi les plus réputés d'Europe. Membre de la Ligue hanséatique, Cracovie attire des artisans et des étudiants de l'Europe entière.

En 1569, l'union définitive de la Pologne et de la Lituanie est scellée par l'union de Lublin. Avec un territoire multiplié par 5, la Pologne est alors le plus vaste royaume d'Europe. Aux côtés de Cracovie, Vilnius (Wilna) et Lviv (Lwów, en Ukraine aujourd'hui) deviennent d'importants centres de culture polonaise. En trois siècles, la Pologne s'est déplacée vers l'est. Le royaume est le plus multiethnique d'Europe : Polonais, Lituaniens, Juifs, Allemands, Biélorusses, Ukrainiens, Tatars, Arméniens ou Lettons y cohabitent. La politique de tolérance religieuse du royaume (proclamée par édit à la Sejm, la diète du Royaume, en 1573), contribue à un essor de ce cosmopolitisme. Les Juifs, ayant ici les meilleures conditions du continent, forment une communauté prospère, dynamique et plus nombreuse qu'ailleurs. Pendant le règne des Jagellon, et particulièrement au XVIe siècle, les arts et les sciences se développent considérablement, dont Copernic est le plus grand nom.

La République nobiliaire (1573-1795) et le déclin de Cracovie

A la fin du XVIe siècle, après la mort du dernier descendant des Jagellon, la puissante noblesse polonaise, la Szlachta, décide d'établir une monarchie élective. Ce système contribue progressivement à la paralysie du pays : limitant le pouvoir des monarques, augmentant celui des magnats, poussant chacun d'entre eux à lutter pour ses intérêts. Pendant les deux siècles qui suivent, parmi les 13 monarques élus à la tête du pays, 4 seulement sont d'origine polonaise. Le premier, le Français Henri de Valois, le futur Henri III, s'enfuit au bout d'un an de règne, lorsqu'il apprend que la Couronne de France pourrait lui revenir. Son successeur, le prince Stefan Batory de Transylvanie (1576-1586), réussit à résister aux attaques successives du tsar Ivan le Terrible, et s'entoure du talentueux chancelier Jan Zamoyski. Le règne le plus important de cette période est celui de Sigmund III Vasa (1587-1632) : ce Suédois catholique tente d'allier les deux puissances, mais se heurte aux protestants suédois, et sera déchu de son trône de l'autre côté de la Baltique. Une guerre éclate entre la Pologne et la Suède, et cette dernière annexe des territoires au bord de la mer Baltique. Dans le même temps, la Pologne conquiert des terres à l'est, et le territoire atteint la superficie d'un million de km2, la plus importante de toute son histoire. Pendant son règne, en 1596, Sigmund III transfère également la capitale de Cracovie à Varsovie, plus centrale pour gouverner le royaume, ce après un terrible incendie qui ravage le Wawel, le château royal de Cracovie. Dès lors, s'amorce le déclin de Cracovie. Privée de son rôle politique, Cracovie garde toutefois son rôle symbolique en restant le lieu de sépulture et de couronnement des souverains polonais. L'agonie de la Rzeczpospolita (République nobiliaire) a sonné. Les XVIIe et XVIIIe siècles sont catastrophiques pour la Pologne. Les invasions se succèdent et réduisent la superficie de la Pologne. Le pays affaibli, les puissances étrangères, notamment la Russie, s'ingèrent de plus en plus dans les affaires du royaume, corrompant les grands nobles et tentant d'élire leur candidat à la tête du royaume. Les nobles, toujours plus puissants, établissent le librum veto, qui donne le droit de veto à n'importe quel membre de la diète, empêchant virtuellement toute action politique. L'effroyable invasion suédoise de 1655-1660, connue comme " le Déluge " (Potop), décime plus d'un tiers de la population et fait perdre au royaume un quart de son territoire. Cracovie est profondément saccagé par les envahisseurs. A la fin du siècle, une épidémie de peste tue environ 10 000 habitants. La dernière action d'éclat du royaume polonais est la victoire de l'armée européenne conduite par le roi polonais Jean III Sobieski à Vienne, en 1683. Brillant chef de guerre, Jean Sobieski inflige plusieurs défaites aux Ottomans.

Les partages (1795-1918) : Cracovie perd son indépendance

Après une insurrection populaire contre la présence russe dans les affaires intérieures du pays, en 1773, les trois puissances voisines (Russie, Prusse et Autriche) décident de se partager son territoire. Chacune exerce son autorité dans le tiers du royaume qui lui revient. Le Parlement et le roi, devant cette menace étrangère, engagent des mesures libérales et adoptent une nouvelle constitution en 1791, la deuxième de l'histoire après celle des Etats-Unis. Les Russes prennent le parti d'écraser cette forme de résistance et partagent le royaume avec leurs alliés. En 1794, une nouvelle révolte, menée par Tadeusz Kościuszko, qui s'était illustré dans la guerre d'Indépendance américaine, échoue, et la Pologne est partagée pour la troisième fois, perdant sa souveraineté. Le roi est déchu et le pays est rayé de la carte de l'Europe en 1795, partagé entre la Russie, la Prusse et l'Autriche. C'est à ce moment que Cracovie est incorporé à la province autrichienne de la Galicie. En 1846, échoue la révolte contre les Autrichiens mais, contre la promesse de rester fidèle à Vienne, la cité retrouve une certaine autonomie à partir de 1866. S'ouvre alors une nouvelle ère d'effervescence culturelle et artistique.

Dans la première partie du siècle, l'élite nobiliaire, romantique, à l'instar de Mickiewicz et de Słowacki, des poètes messianiques chantres des misères et de l'éternité de la Pologne, choisit l'émigration et la préparation de soulèvements armés, surtout dans la partie russe où se trouve Varsovie. " Novembre 1830 " et " janvier 1863 " sont les grands noms de ces soulèvements, réprimés dans le sang. A partir de cette dernière date, l'élite polonaise s'organise différemment.

A Varsovie, à Cracovie, à Lwów, à Vilnius et à Poznań, les grands centres polonais, les idées positivistes de vaincre par l'éducation, construire une société organique, avoir une culture polonaise patriote dans le cadre des grands empires, s'imposent. Bolesław Prus est le grand nom de ce courant. Entre-temps, la Russie et l'Allemagne (fondée en 1871) mènent une politique culturellement de plus en plus répressive. Les tentatives de russification et de germanisation sont de lourds défis pour les Polonais. La Galicie, autrichienne, jouit d'une liberté plus grande et Cracovie et Lwów deviennent les centres les plus libéraux de la vie polonaise.

L'entre-deux-guerres (1919-1939)

La Première Guerre mondiale est une tragédie pour les Polonais, qui luttent les uns contre les autres sous différents drapeaux. Les troupes de Cracovie combattent avec les empires centraux. Après l'effondrement des empires d'Europe centrale, les vainqueurs décident de recréer une Pologne indépendante. Le territoire est installé sur une partie de la Russie, une partie de l'Allemagne, et quelques terres du défunt Empire austro-hongrois. En 1918, avec l'indépendance polonaise tant attendue, Varsovie devient la capitale de la nouvelle république polonaise. Le général Józef Piłsudski est placé à la tête de l'Etat, et s'illustre rapidement en battant la jeune Armée rouge lors de la guerre russo-polonaise de 1919-1920, conquérant ainsi des terres à l'est. Piłsudski, le " général de Gaulle polonais ", se retire des affaires en 1922.
Un régime parlementaire instable (du type IVe République) est instauré. En 1926, Piłsudski revient à la tête de l'Etat, quasiment grâce à un putsch en marchant sur Varsovie à la tête de l'armée. Il met en place une semi-dictature, teintée progressivement d'accents de plus en plus fascistes, notamment avec l'influence de Roman Dmowski, politicien violemment antisémite. Paradoxalement, le pays connaît un épanouissement culturel sans précédent, avec une avant-garde dans tous les domaines artistiques, et dont les grands noms sont Gombrowicz, Witkacy ou Szymanowski. Piłsudski décède en 1935. Son régime conservateur et patriarcal est perpétué, alors que l'antisémitisme monte en flèche, comme partout en Europe. Avec ses voisins turbulents, le pays vit une situation diplomatique délicate.

La Pologne signe quelques traités de non-agression avec l'Allemagne et l'URSS, mais sans trop y croire, et se tourne finalement vers le vieil allié français et la puissante Angleterre.

La Seconde Guerre mondiale (1939-1945)

Si ce conflit est terrible pour l'ensemble de l'Europe, il est véritablement tragique pour la Pologne. Le 1er septembre 1939, les premiers combats de la Seconde Guerre mondiale se déroulent en Pologne, attaquée conjointement par l'Allemagne à l'ouest et l'URSS à l'est, au lendemain du fameux Pacte d'acier conclu par Hitler et Staline. Dès le premier jour du conflit, les premières bombes allemandes tombent sur Varsovie, qui dépose les armes le 28 septembre, suivie du pays tout entier, après un mois de résistance héroïque et désespérée. La Pologne capitule et se retrouve coupée en trois. L'Ouest est annexé par l'Allemagne, l'Est par l'URSS, au centre, les Allemands créent un petit Etat fantoche, avec Cracovie comme capitale. La ville est sauvagement pillée, privée de ses membres de l'intelligentsia, envoyés dans le camp de Sachsenhausen, et vidée de sa population juive. Toutefois n'ayant connu ni grande bataille ni bombardement majeur, elle parvient à préserver son architecture ancienne. Dans le reste du pays, pendant deux ans, les Soviétiques déportent une partie de la population dans les terres arctiques ou sibériennes. Dans la forêt de Katyń (Biélorussie), ils massacrent des dizaines de milliers d'intellectuels et d'officiers supérieurs polonais au printemps 1940. Le crime ne sera admis par l'URSS qu'en 1990, les autorités soviétiques en ayant fait porter la responsabilité aux Allemands pendant 50 ans.

Avec l'attaque de l'URSS par Hitler en 1941, toute la Pologne est placée sous domination allemande, et ce jusqu'à la fin de la guerre. Pendant plus de 3 ans, les nazis organisent et exterminent très méthodiquement cette population jugée inférieure. Les camps de la mort se construisent un peu partout, et les Polonais sont forcés de travailler en Allemagne ou simplement exterminés. Les Juifs, plus nombreux en Pologne que partout ailleurs, sont parqués dans des ghettos avant d'être envoyés dans les camps, sans espoir de retour. A la fin de la guerre, la Pologne est totalement détruite et le constat des pertes est épouvantable. Près de 5,5 millions de Polonais ont péri, dont 3 millions de Juifs, soit plus d'un quart de la population, le ratio le plus important au monde. Comme un symbole, Varsovie est détruite à 80 % et 800 000 personnes ont péri, soit les deux tiers de sa population... L'ampleur du désastre humain et matériel est tel qu'on envisage même de choisir une autre capitale pour la nouvelle Pologne, tant la ville a souffert.

Le massacre de Katyń

Staline estimait que la Pologne constituait un obstacle à l'avancée du communisme en Europe et qu'il fallait plier le pays à tout prix. Le 5 mars 1940, les membres du Politburo soviétique donnent l'ordre de tuer les 25 700 polonais qui avaient été fait prisonniers par l'Armée soviétique lors de l'invasion de la Pologne (1939). Il s'agissait d'officiers et de sous-officiers, de fonctionnaires, d'étudiants, de médecins, de la fleur de l'intelligentsia polonaise. Chaque nuit, environ 200 personnes étaient tuées d'une balle dans la nuque. Le 13 avril 1943, la presse allemande relate la découverte de corps de milliers d'officiers polonais, fusillés, d'après les allemands, par le NKVD soviétique et cachés dans le charnier de Katyń, près de Smolensk. Les Soviétiques nièrent toujours leur culpabilité. Ce n'est que le 14 octobre 1992 que Boris Eltsine reconnut publiquement les faits devant Lech Wałęsa. Ces événements dramatiques sont à la base du film Katyń d'Andrej Wajda (2007). Les faits de Katyń sont emblématiques des crimes commis par l'URSS contre la nation polonaise.

L'élimination de l'intelligentsia de Cracovie

Après l'invasion de la Pologne et l'occupation de Cracovie, les nazis se fixent immédiatement comme but la germanisation de la région. A cette fin il fallait anéantir l'intelligentsia polonaise qui, à Cracovie, capitale culturelle du pays, était très présente. Les nazis lancent alors l'opération Sonderaktion Krakau, dirigée contre les enseignants de l'université Jagellonne. Le 6 novembre 1939, les autorités allemandes convoquent l'ensemble du personnel enseignant de l'université pour leur expliquer les nouvelles dispositions éducatives allemandes. Quand les 144 professeurs se réunissent dans le Collegium Novum, accompagnés de leurs assistants, il devient évident qu'il s'agit d'un piège. Tous les présents sont arrêtés par les SS et envoyés dans les camps de concentration de Sachsenhausen et de Dachau. Il s'agissait au total de 183 personnes. Suite à une grande protestation internationale, 101 de ces professeurs furent libérés le 8 février 1940. Toutefois, beaucoup parmi ceux qui restèrent dans le camp ne survécurent pas. En 1942, plusieurs enseignants, rescapés des camps, formèrent un réseau secret de résistance contre l'occupant nazi. Aujourd'hui, une plaque en face du Collegium Novum (B-3, ul. Gołębia 24) commémore les événements de l'opération Sonderaktion Krakau et chaque 6 novembre, des drapeaux noirs sont hissés aux façades de l'université Jagellonne de Cracovie en présence du Recteur.

Le régime communiste (1945-1989) : le pacte de Varsovie

Le cas polonais pose problème lors des conférences de 1945 entre les Alliés. Le gouvernement en exil de Sikorski, puis Mikołajczyk à partir de 1943, à Londres, réclame le pouvoir à la suite de la libération du pays en 1945. Or, les Soviétiques, premiers arrivés sur le territoire polonais après le départ des Allemands, installent un autre gouvernement créé à Moscou. Les autres alliés, Grande-Bretagne et Etats-Unis en tête, tentent de négocier, puis cèdent finalement devant Staline. La Pologne est alors le lieu d'importants mouvements de population, après le déplacement des frontières vers l'ouest. La Pologne perd la Galicie et la Volynie au profit de l'URSS, et gagne la Silésie, la Poméranie et une partie de la Prusse orientale au détriment de l'Allemagne. Les Allemands sont expulsés tandis que des Polonais, déplacés de l'Est, les remplacent. Des élections ont finalement lieu en 1947, et les scores truqués marquent la victoire des communistes et l'accession au pouvoir de Bierut.
A Cracovie, le gouvernement piloté de loin par Moscou est hostile envers les cercles intellectuels et artistiques de la ville : ils font de Cracovie la ville la plus réfractaire au nouvel ordre établi. Pour plier la couche bourgeoise de la ville, les autorités essaient d'y attirer la population ouvrière, notamment à travers la construction du plus grand centre sidérurgique au monde d'alors, le complexe de Nowa Huta. Ironie de l'histoire, ce sont les ouvriers de Nowa Huta qui ne cesseront de donner du fil à tordre au pouvoir communiste, tentant même de faire exploser la statue de Lénine, construite dans le quartier. Nowa Huta devint ensuite le bastion de Solidarnosc à Cracovie.

Les années suivantes, la Pologne entre successivement dans le Comecon et le pacte de Varsovie, alliances économiques et militaires avec l'URSS et les autres pays communistes d'Europe de l'Est. La domination stalinienne s'exerce jusqu'en 1956, moment où d'importantes grèves éclatent à Poznań, et sont réprimées dans le sang. En signe de libéralisation, Gomułka est placé à la tête du Parti, lequel donne plus de liberté à la religion catholique et favorise les réformes.

Mais sa politique devient de plus en plus rigide, et l'aile droite du parti communiste gagne en influence. L'un des épisodes les plus tragiques est la vague de purges antisémites de 1968, à la faveur des manifestations étudiantes. La quasi-totalité des Juifs de Pologne qui avaient survécu à l'Holocauste, dont bon nombre d'intellectuels, sont contraints de partir en Israël. De nouvelles grèves ouvrières éclatent en 1970. Gomułka est remplacé par Gierek, qui entreprend des réformes économiques libérales qui s'avérèrent inefficaces face à la crise structurelle. Comme partout en Pologne, c'est par la pratique religieuse que Cracovie maintient une attitude de rébellion à l'égard du pouvoir et essaie d'affirmer son identité. Cette lutte est soutenue par le futur pape Jean-Paul II, actif dans la vie de la ville depuis 1958. Grâce à lui, en 1970, dans le coeur de Nowa Huta est construite une église. En 1978, l'élection de Jean-Paul II comme pape provoque une vive émotion et fait souffler un vent d'espoir dans le pays. En 1980, Kania prend la place de Gierek. Face aux nouveaux problèmes d'inflation et de crise économique, un énorme mouvement de grève éclate dans les chantiers navals de Gdańsk.

Le mouvement s'étend au pays entier et peu après naît Solidarność (Solidarité). Cette fédération syndicale revendique aussi plus de libertés civiles et politiques. Le plombier Lech Wałęsa s'impose comme son leader. Devant l'ampleur de la contestation (10 millions d'adhérents, soit 60 % des ouvriers polonais), le régime cède, et Solidarność devient le premier syndicat libre du bloc de l'Est. Cependant, la menace d'une intervention militaire soviétique pèse. Le général polonais Wojciech Jaruzelski prend le pouvoir et déclare l'état de guerre ainsi que la loi martiale, interdisant les syndicats et les rassemblements publics. Il expliquera plus tard avoir pris ces mesures pour empêcher une attaque soviétique.

Durant les années qui suivent, l'intelligentsia polonaise, déjà très active dans la contestation du régime depuis les années soixante, s'organise secrètement avec Solidarność pour mobiliser la société paralysée contre le régime. Ces activistes jouent un rôle important dans la chute du régime ; la sensibilisation du monde occidental est forte, comme le montre l'attribution du prix Nobel de la paix à Lech Wałęsa en 1983. Ce mouvement de dissidence va de pair avec les craquements internes du monde communiste, initialisés par Gorbatchev et sa glasnost. En 1989, les négociations de la table ronde aboutissent à la création d'élections semi-libres, autorisant l'opposition à siéger au Parlement. Lech Wałęsa réussit même à imposer le seul Premier ministre non communiste de toute l'Europe de l'Est, Tadeusz Mazowiecki. En 1990, le parti communiste annonce sa dissolution et, quelques mois plus tard, Lech Wałęsa remporte les premières élections libres, mettant fin à 45 ans de communisme.

La vie après la chute du communisme (1990-2000)

Comme dans la plupart des pays d'Europe de l'Est, l'apprentissage de la démocratie a été difficile en Pologne. Après l'élection de Lech Wałęsa à la présidence, le pays comptait des centaines de partis politiques dans le pays, dont 29 étaient représentés au Parlement. En 1993, pour remettre de l'ordre, Lech Wałęsa dissout le Parlement, et impose une loi donnant une représentation parlementaire qu'aux partis ayant réalisé un score supérieur à 5 %. A la suite des nouvelles élections, seulement sept partis étaient représentés, mais le Parlement n'est plus aussi représentatif des aspirations populaires. Les postcommunistes, crédités de 35 % des suffrages, héritent de 65 % des sièges.

En 1995, les élections présidentielles marquent la défaite de Lech Wałęsa face au représentant postcommuniste Aleksander Kwaśniewski. Wałęsa s'était avéré avoir un style présidentiel aléatoire ; la " thérapie de choc " économique avait plongé dans la détresse sociale des millions de gens. Il s'était aussi rendu impopulaire par nombre de mesures réactionnaires tentant d'imposer le pouvoir de l'Eglise dans la vie publique, avec le catéchisme obligatoire dans les écoles et l'interdiction de l'avortement. Le gouvernement de Kwaśniewski s'est acharné à endiguer la montée du taux de chômage et l'inflation, véritables fléaux de l'ère Wałęsa. La vie politique en Pologne semblait avoir tourné une page, quittant définitivement la politique communiste et renonçant à son cléricalisme abusif. Depuis la fin des années quatre-vingt-dix, la Pologne a cherché à consolider les liens avec les puissances économiques, par la signature d'accords géopolitiques de premier plan. En 1999, le pays adhère à l'OTAN, et se lance alors sur la voie de l'Union européenne.

L'entrée dans le XXIe siècle : quand Cracovie regarde vers l'ouest

Les années 2000 furent pour les Polonais l'occasion d'un bilan de leurs 15 années de démocratie. Et les résultats sont mitigés. Les Polonais ressentent une certaine dégradation des relations humaines, avec l'entourage, la famille. Par ailleurs, les difficultés sociales, notamment le chômage, les laissent incertains quant à leur avenir. L'arrivée de la société de consommation a aussi engendré inégalités et ressentiment. Enfin, l'Etat est souvent critiqué, considéré comme un monstre ennemi et le lieu de nombreux scandales et magouilles financières, qui touchent surtout les grandes entreprises d'Etat privatisées, la fonction publique et la justice. La crise traversée par la Pologne est donc plutôt morale et politique.

Mais le pays peut aussi se féliciter de son entrée dans l'OTAN ou de son adhésion à l'Union européenne, le 1er mai 2004, accompagnée de 9 de ses voisins d'Europe centrale. Interprétée comme un événement majeur de l'histoire du pays, l'adhésion est accueillie favorablement par la majorité des Polonais et des partis politiques, à l'exception du Parti ultra-catholique LPR (Ligue des familles polonaises) et du Parti populiste paysan Samoobrona (Autodéfense). Les Polonais ont mis à profit les nouvelles opportunités créées par l'intégration communautaire, telles que la possibilité de travailler à l'étranger, notamment en Angleterre, en Irlande et en Suède, les facilités pour voyager avec la suppression partielle des contrôles à la frontière et l'importation massive de voitures d'occasion bon marché. Par ailleurs, les entreprises ont fortement augmenté leurs exportations à destination du marché unique. Au lieu de devenir un " contributeur net " au budget de l'Union, la Pologne est bénéficiaire à la fin 2004, grâce notamment à une très bonne absorption des fonds structurels et des aides agricoles. Même si la population a ressenti certaines conséquences néfastes, comme la hausse des prix de produits alimentaires de base, l'intégration européenne jouit toujours d'un appui ferme de la majorité des Polonais. Du point de vue économique, Cracovie présente un niveau de vie nettement supérieur à celui du reste du pays et un taux de chômage nettement inférieur, ce qui est dû, en grande partie, au niveau d'éducation élevé de sa population.

Ascension et chute des frères Kaczyński

Dix ans de politique faite par des ex-membres du parti communiste reconvertis à la démocratie, technocrates " sans morale " et liés à d'incessants scandales de corruption ont fatigué les Polonais. Aux élections législatives de 2005, ils obtiennent un pourcentage ridicule des suffrages. Parallèlement, le parti Droit et justice (PiS) des frères Kaczyński, des jumeaux, anciens fidèles de Wałęsa, surfe sur le désintérêt de la politique d'une grande partie de la population, et d'un désir très actif d'une réaction morale, religieuse, nationale et sociale parmi les classes les plus favorisées. Soutenus par la frange droitière de l'Église catholique et sa voix " Radio Maryja ", ils remportent le Sejm, puis le palais présidentiel. Lech à la présidence et Jarosław Premier ministre se sont fait élire sur une rhétorique xénophobe (notamment contre la Russie et l'Allemagne), anti-européenne et prônant famille et religion. Ils nomment également plusieurs ministres d'extrême droite dans le gouvernement. Outre les troubles notoires entre les Kaczyński et les autres dirigeants européens, ces derniers ont mené une politique poussant loin l'intervention de l'Etat dans la morale. Interdiction d'évoquer Darwin et Gombrowicz à l'école, de l'avortement, omniprésence de l'Église...

Mais devant l'éclatement de la coalition de droite et une contestation de plus en plus importante, des élections législatives anticipées sont organisées à l'automne 2007. Platforma Obywatelska (Plate-forme citoyenne), un parti de centre droit libéral et farouchement opposé aux conservateurs, remporte la victoire. Donald Tusk, type " manager ", pro-européen et politiquement correct, est nommé Premier ministre, ce qui ouvre une période de cohabitation avec le président Lech Kaczyński.

La mort tragique de ce dernier le 10 avril 2010 vient refermer l'épisode conservateur de la Pologne. La Plate-forme remporte également les élections présidentielles, avec la victoire de Bronisław Komorowski face au jumeau de Lech, Jarosław Kaczyński. Si le décès du président est vécu comme une tragédie nationale, les Polonais étaient décidément résolus à tourner la page.

Avec Tusk et Komorowski, la Plate-forme citoyenne dirige le pays et s'emploie à mener une politique libérale tant sur le plan économique que politique. Les élections législatives de 2011 confirment PO à la tête de l'État, PiS n'arrivant que second. Le 30 août 2014, Donald Tusk est désigné lors du sommet du Conseil européen de Bruxelles, pour devenir le deuxième président du Conseil européen. Il prend ses fonctions le 1er décembre 2014. Ewa Kopacz remplace alors Donald Tusk à la tête du gouvernement en septembre 2014.

En juin 2014, la Pologne est secouée par le scandale des écoutes pirates, suite à la publication dans la presse d'extraits d'enregistrements compromettants entre plusieurs personnalités politiques et économiques du pays liées au parti PO. Ce scandale pourrit l'atmosphère politique polonaise au point d'avoir de lourdes conséquences pour le parti au pouvoir. Lors des élections présidentielles de 2015, Andrzej Duda devient le nouveau président du pays. Son élection inaugure une nouvelle époque de cohabitation entre son parti Droit et justice (PiS) et le parti Plate-forme civique (PO) de la présidente du Conseil Ewa Kopacz. Cette cohabitation est toutefois de courte durée. En octobre 2015, c'est le parti Droit et justice qui emporte les élections législatives. Ewa Kopacz démissionne et Duda nomme Beata Szydło, issue des rangs du PiS, présidente du Conseil des ministres. Le PiS, un parti conservateur, catholique et eurosceptique, est devenu ainsi le premier parti politique à pouvoir gouverner seul depuis la chute du régime communiste en Pologne en 1989.

Le retour au pouvoir des conservateurs préoccupe l'Europe et l'opposition polonaise, qui s'inquiètent de voir le pays renouer avec des tendances autoritaires. Les réformes entreprises du système judiciaire, vers sa plus grande centralisation, et des médias publics, voués à devenir des " médias nationaux ", directement placés sous le contrôle de l'État, ont poussé des milliers de Polonais à descendre dans la rue pour la défense de l'État de droit.

En octobre 2016, un projet de loi du gouvernement visant à interdire complètement l'avortement provoque une vague d'indignation dans la société polonaise. Le 3 octobre, 100 000 femmes vêtues en noir descendent dans les rues de plusieurs villes polonaises pour dénoncer l'initiative du gouvernement. Ce " lundi noir " sera suivi de deux jours de " grèves des femmes ". Le gouvernement se voit ainsi contraint de retirer ce projet de loi. Car en matière d'avortement, la Pologne applique une législation très restrictive n'autorisant la procédure médicale que dans trois cas : risque pour la vie ou la santé de la mère, examen prénatal indiquant une grave pathologie irréversible chez l'embryon, grossesse résultant d'un viol ou d'un inceste. En 2018, le gouvernement polonais réitère malgré la mobilisation de 2016 en proposant de supprimer le droit à l'IVG en cas de malformation du foetus, soit plus 90 % des cas. S'ensuit une nouvelle mobilisation, bien que plus restreinte que celle de 2016.

La tragédie de Smolensk

Certains événements ont un air de roman historique. Le sort tragique du président Lech Kaczyński est de ceux-là. Figure de proue des réformes conservatrices, et populiste à loisir, le personnage était au centre d'une intense attention internationale - notamment par son comportement hostile envers l'UE - et nationale - par l'extrémisme de son action politique, volontiers réactionnaire.

Au coeur de violentes controverses nationales, le président trouve la mort le 10 avril 2010 alors que son avion, dans lequel se trouvaient également sa femme et des membres éminents de l'appareil étatique polonais, s'écrase dans le brouillard, non loin de l'aéroport de Smolensk en Russie. Ironie du sort, le président s'éteignait sur le sol de l'ennemi historique, alors qu'il allait être reçu par le Kremlin, désireux d'entamer des démarches d'un rapprochement russo-polonais...

Les conditions de l'accident, mal élucidées, accablent partiellement Kaczyński, qui aurait forcé l'avion à atterrir malgré le danger lié au mauvais temps et en dépit des avertissements des aiguilleurs de l'aéroport.

Initiée au sens du tragique, la Pologne entière s'est jetée dans un deuil pittoresque et mouvementé. Les opposants à Kaczyński, nombreux et décidés, ont notamment été excédés par la décision d'enterrer l'homme d'État avec sa conjointe dans un caveau au Wawel, le panthéon des souverains et grands hommes polonais... L'homme s'est trouvé malgré lui l'emblème d'un sens tragique de l'histoire, le tout couronné de relations complexes avec le voisin russe.

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