TEKKÉ ARABATI BABA (TEQJA E BABA HARABATIT - АРАБАТИ БАБА ТЕЌЕ)

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Plaque millesim 2018

Comparable à un monastère chrétien, ce complexe islamique est l'un des plus précieux monuments religieux de la République de Macédoine et des Balkans. Il appartient à la confrérie bektashi, une des branches du soufisme, le courant mystique de l'islam, proche du chiisme. Fondé au XVIe siècle et reconstruit entre 1799 et 1820, le tekké Arabati Baba est constitué d'une dizaine de bâtiments destinés à la vie quotidienne des derviches (dortoir, réfectoire, fontaines, lieux de médiation, etc.). Conçu à la manière d'un camp militaire avec ses hauts murs et ses portes fortifiées, il abrite aussi un vaste et beau jardin qui invite à la contemplation. Splendide et bien préservé, le lieu est surtout d'une grande importance historique, puisqu'il a contribué à modeler l'identité actuelle des Albanais, toutes nationalités et confessions confondues. Au cours des siècles, le tekké de Tetovo est ainsi devenu le symbole de l'esprit de tolérance, mais aussi de l'influence politique et sociale des bektashis. Fermé durant la période socialiste, il a été pris pour cible par les intégristes sunnites du pays, dont un groupe armé occupe une partie des bâtiments depuis 2002. La visite demeure heureusement possible. Mais elle peut se révéler un peu étrange avec d'un côté des derviches accueillants et pacifiques, et, de l'autre, des barbus intégristes parfois intimidants, voire violents.

Histoire

Le lieu est lié à l'histoire de 3 personnages qui ont contribué à en faire le 2e plus grand tekké bektashi d'Europe après celui de Didymoticho (aujourd'hui en Thrace grecque). Durant la période ottomane, c'est du tekké Arabati Baba la que se diffusèrent les préceptes du mouvement au sein de la population albanaise. Bien que minoritaires en nombre comparés aux musulmans sunnites et aux chrétiens, les adeptes du bektashisme furent en effet à l'origine de la création de l'État albanais (1912). C'est pour limiter leur influence que le tekké de Tetovo fut fermé par Tito en 1945. Et c'est pour l'empêcher de renaître que les extrémistes sunnites l'occupent partiellement depuis 2002. Suite à la visite du président Recep Tayyip Erdoğan en 2011, la Turquie a promis de financer la restauration du complexe.

Sersem Ali Baba. C'est le fondateur du tekké en 1538. Il s'agit d'un " baba " (dedei en albanais), c'est-à-dire un maître derviche. Ce poète, philosophe et théologien d'origine turque appartenait à la confrérie bektashi. Selon une version, Ali était auparavant le baba du tekké de Didymoticho et bénéficiait du soutien de Soliman le Magnifique, dont il était devenu le beau-frère grâce au mariage de sa soeur. Mais lorsque cette dernière tomba en disgrâce, Ali fut exilé à Kalkandelen (le nom turc de Tetovo). L'autre version fait d'Ali un haut fonctionnaire et favori de Soliman à Constantinople/Istanbul, qui, soudain, embrassa la vie religieuse pour devenir derviche. Pour ce choix, il fut qualifié par le sultan de sersem (" imbécile " ou " fou " en turc), surnom qu'il garda par la suite en signe de sa modestie. Traversant, l'Empire, il finit par s'installer à Kalkandelen. Les deux versions convergent ensuite : Ali se consacre pendant 10 ans à la construction du tekké et attire à lui de nombreux disciples avant de décéder en 1549.

Arabati Baba. Principal disciple et successeur de Sersem Ali Baba, c'est lui qui entreprit l'agrandissement du tekké après la mort de son maître. Le personnage est mal connu. Tout juste sait-on que ce baba bektashi était originaire de Malatya, au centre de l'Anatolie. Mais il jouit d'une si grande aura que le tekké en a gardé le nom... guère plus flatteur que celui de Sersem, puisqu'en turc le terme harabati (dérivé de l'arabe ancien arābātat) désigne un " ivrogne " ou quelqu'un passant beaucoup de temps dans les tavernes. Toujours est-il que c'est sous l'influence d'Arabati Baba que le tekké de Tetovo acquiert sa réputation de grand centre théologique. Et c'est sous l'impulsion du nouveau maître derviche que la population albanaise commence à s'imprégner des préceptes du bektashisme.

Rexhep Pacha. C'est à lui que le tekké doit son apparence actuelle. En 1799, ce mécène albanais fonda la waqf (donation perpétuelle de droit islamique) qui permit de restaurer et d'agrandir le complexe jusqu'en 1820. Membre de la confrérie bektashi et gouverneur ottoman de la région, il est le père d'Abdurrahman Pacha, le second bâtisseur de la Mosquée colorée de Tetovo. À l'origine, c'est pour Fatima, la fille de celui-ci, atteinte de tuberculose, que Rexhep Pacha aménagea la cour du tekké, afin qu'elle puisse respirer l'air pur des monts Šar. Grâce à ce mécénat, le complexe continua de prospérer, attirant toujours davantage de derviches, de savants, de poètes, de pèlerins et de donateurs. Lorsque les bektashis, devenus trop influents à la cour du sultan, furent chassés de Constantinople et de Didymoticho, c'est au tekké Arabati Baba que la confrérie transféra son siège en 1826. Lors du départ des Ottomans, en 1912, le siège fut finalement transféré à Tirana (Albanie), où il demeure aujourd'hui.

Années sombres. Depuis 1912, le tekké a connu un long déclin. Fermé par les autorités socialistes yougoslaves en 1945, il est victime d'un incendie criminel en 1948, avant d'être transformé en complexe touristique dans les années 1960 avec un restaurant, un hôtel et même, pendant un temps, une discothèque. Après l'indépendance et un nouvel incendie en 1992, il revient finalement à la confrérie bektashi en 1994. Tandis que le restaurant et l'hôtel sont fermés en 2001, le tekké est rénové afin de redevenir un grand centre soufi. Mais, le 15 août 2002, un groupe armé s'empare du complexe. Il s'agit de sunnites extrémistes considérant les bektashis comme des " hérétiques ". Ils sont membres de la Bashkësia Fetare Islame e Maqedonisë (BFI ou IVZ), la " Communauté islamique de Macédoine ", principale organisation musulmane du pays. Comme les autorités de Skopje ne reconnaissent le bektashisme ni comme religion ni comme organisation, les plaintes des membres de la confrérie sont déboutées et le tekké demeure aujourd'hui encore occupé par les " agents de sécurité " de la BFI. Ceux-ci ont transformé la principale salle de méditation des derviches, le Kubeli Meydan, en mosquée (sans minaret) et se montrent parfois menaçants avec les visiteurs. En 2008, ils ont même fait usage de leurs armes en tirant en l'air. Aujourd'hui, deux communautés cohabitent tant bien que mal au sein du tekké.

Visite

Selon la tradition soufie, et à la manière des monastères chrétiens, le tekké est installé à l'écart de la ville. Au pied des monts Šar, ce complexe de 26 700 m² aux allures de camp fortifié dissimule un magnifique jardin, une dizaine de bâtiments de style ottoman classique, la plupart datant des années 1799-1820, ainsi qu'une centaine de sépultures de derviches et adeptes du bektashisme. Les deux plus importants bâtiments, le Misafir Hane et le Kubeli Meydan, sont occupés depuis 2002 par des membres armés de la Communauté islamique de Macédoine.

Porte orientale - Le long de la rue Ljubotenska, en face du principal cimetière musulman de la ville et de la rue Gostivarska. Le complexe est entouré de murs crénelés en pierre de 3 m de hauteur et percé de 4 portes, une à chaque point cardinal. L'entrée principale se fait par la porte orientale, haute structure en pierre surmontée d'une imposante tour de guet en bois.

Misafir HaneTout de suite à gauche après la porte orientale. Reposant sur le mur d'enceinte, ce gros bâtiment (14,40 x 22,60 m) de 3 niveaux est typique de l'architecture ottomane. Datant du début du XVIIIe s., il fut utilisé à la fois comme caserne (misafirhane en turc) et comme maison d'hôte. L'immense structure en bois de sa véranda en décorée de motifs floraux finement sculptés. Depuis 2002, le Misafir Hane occupé par les " gardes de sécurité ", pas forcément très sympathiques, de la Communauté islamique de Macédoine.

Dortoir - Dans le coin nord-ouest de l'enceinte, à côté de la porte sud. Ce grand bâtiment (16 x 24 m) est doté d'un patio et d'une galerie tous ouverts en façade. Abritant la plus grande salle du complexe, il était destiné à l'hébergement des derviches. Une petite pièce adjacente à la grande salle était prévue pour les étrangers de passage. Le dortoir jouxte la grange ouverte placée le long du mur occidental.

ShadirvanLe long du chemin principal, 30 m au nord et à droite du dortoir. Monument le plus célèbre du tekké, ce magnifique pavillon en bois (6,80 x 14 m) abrite une fontaine rituelle (şadırvan en turc). Il est utilisé par les derviches à la fois pour les ablutions et pour les séances de méditation durant les mois les plus chauds. La structure est divisée en 2 parties presque égales séparées par une porte en bois sculpté avec la fontaine en marbre dans la 1re pièce et un espace de méditation, légèrement surélevé, dans la seconde pièce. Entouré de verdure, le shadirvan est un endroit agréable où faire une pause contemplative.

Réfectoire - Le long du mur occidental, en face du shadirvan. C'est le plus grand bâtiment du complexe (17 x 30 m). Aujourd'hui désaffecté, il occupait une place importante dans la vie quotidienne des derviches. Le réfectoire se compose de 4 espaces : 2 cuisines, une réserve et la salle à manger ouverte par une grande baie au sud et à l'est.

Maison d'hiver et tombeau d'Arabati Baba - Le long du mur occidental, à côté du réfectoire. C'est dans ce bâtiment que les derviches dormaient et méditaient durant les mois d'hiver. Sous le patio placé en façade, se trouve le türbe d'Arabati Baba. Protégée par des barreaux métalliques, la tombe, très rudimentaire est entouré de 2 fresques naïves représentant les tombeaux de Haci Bektas Veli (le fondateur de la confrérie au XIIIe siècle) et de Sersem Ali Baba, tous deux enterrés dans la ville turque d'Hacıbektaş (au centre de l'Anatolie).

SanctuaireJuste à côté de la maison d'hiver. Il se compose d'un türbe circulaire à douze pans à toiture conique et d'une petite bâtisse rectangulaire. Le premier abrite le tombeau vide de Sersem Ali Baba : le fondateur du tekké a été enterré en Turquie (lire ci-avant), mais son tombeau symbolise ici la persistance de sa présence spirituelle auprès des derviches de Tetovo. Le second bâtiment accueille les sarcophages de 11 babas ayant dirigé le tekké et celui, en marbre sculpté, de Rexhep Pacha, qui a restauré le complexe en 1799-1820.

Tour bleueÀ côté du sanctuaire. Aussi appelée " maison de Fatima ", cette tour carrée de 2 niveaux de 6 m de hauteur et 7 m de côté fut construite pour héberger Fatima, la petite-fille tuberculeuse de Rexhep Pacha. Celle-ci logeait à l'étage dans une pièce unique percée de 8 fenêtres et d'une porte en bois (desservie par un petit escalier en bois), toutes peintes en bleu et surmontées de 9 oeils-de-boeuf et de peintures aux motifs floraux. L'accès extérieur est dissimulé aux regards à la manière du harem (partie réservée aux femmes) des grands konaks ottomans.

Kubeli Meydan À côté de la Tour bleue, le long du chemin menant à la porte nord. Cette grosse bâtisse en pierre (10 x 15 m) est dotée d'un large porche et d'une très haute cheminée. C'était le bâtiment le plus important du tekké, celui réservé aux séances collectives des derviches, notamment au djem, cérémonie rituelle mêlant poésie, musique, chant et prière. L'édifice doit son nom de " esplanade au dôme " à la large coupole intérieure en bois sculpté dissimulée sous la toiture à 4 pans en tuiles. Hélas, depuis 2002, le bâtiment a perdu sa vocation initiale et est interdit d'accès aux derviches. Il a été transformé en mosquée par les extrémistes sunnites. L'intérieur, autrefois décoré de magnifiques motifs floraux, a été repeint en blanc dans la tradition des mosquées wahhabites d'Arabie saoudite, tandis que le mur sud a été creusé pour accueillir un mirhab (niche indiquant la direction de La Mecque). Aux abords, les arbres ont été décapités (seuls les troncs subsistent) et des hauts-parleurs ont été installés sur la cheminée pour les 5 appels quotidiens à la prière.

Fontaine de Rexhep PachaAu croisement des 2 chemins principaux. Cette fontaine en pierre est ornée d'un lion sculpté qui lui vaut d'être aussi appelée Aslanlı Çeşme (" fontaine du Lion " en turc).

Konak d'Abdurrahman PachaDans la partie centrale de la cour. Cette élégante maison (20 x 12 m) de 2 étages (6 m de hauteur) se distingue par son superbe et imposant balcon à encorbellement en bois. Conçu pour servir d'entrepôt au XVIe siècle, le bâtiment fut transformé au début du XIXe siècle pour devenir l'habitation d'Abdurrahman Pacha. C'est ici que s'est repliée la communauté de derviches depuis que les extrémistes sunnites ont pris possession du Kubeli Meydan et du Misafir Hane. Les derviches bektashis y ont aménagé un petit musée présentant leur mouvement et les grands babas qui ont dirigé le tekké depuis 5 siècles.

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Adresse et contacts :
TEKKÉ ARABATI BABA (TEQJA E BABA HARABATIT - АРАБАТИ БАБА ТЕЌЕ)

Lujbotenska
Tetovo
Macédoine
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Informations et horaires sur TEKKÉ ARABATI BABA (TEQJA E BABA HARABATIT - АРАБАТИ БАБА ТЕЌЕ)

Tous les jours 24h/24 (en théorie) - accueil des visiteurs par les derviches de 8h à la tombée du jour - entrée libre (donation bienvenue) - tenue correcte exigée - possibilité de visite guidée en anglais.

Avis des membres sur TEKKÉ ARABATI BABA (TEQJA E BABA HARABATIT - АРАБАТИ БАБА ТЕЌЕ)

Note générale : 4/5
Rapport Qualité/Prix
Service
Originalité
2 avis d'internautes
4/5
Rapport Qualité/Prix
Service
Originalité
Visité en août 2018
sérénité , bonté , accueil
Il faut impérativement visiter ce lieu qui mériterait une restauration tant il est important. il s'agit de l'équivalent d'un monastère pour les bektachis, une branche soufie de l'islam sunnite. on est accueilli par un imam qui prend le temps d'expliquer en anglais, la philosophie et la pratique de l'islam pour les Bektachis qui se veulent un foyer de tolérance et de réflexion. L'endroit est beau et serein. L'accès est gratuit, et on peut laisser une petite contribution
Avis déposé le 31/03/2019
4/5
Rapport Qualité/Prix
Service
Originalité
Visité en juillet 2018
Après la mosquée peinte, il faut continuer la rue et un peu plus loin sur la droite, après avoir passé le cimetière musulman je suis arrivée au Tekké Arabati. Des bâtiments plus au moins authentiques et des espaces verts pour se détendre au calme. Cet endroit mérite une visite. Aux fontaines, on peut boire de l'eau très fraiche.
L'espace vert du Tekké Arabati
Un bâtiment du tekke Arabati
Avis déposé le 26/07/2018
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