Guide de BELFAST : Mode de vie

Vie sociale
Les Irlandais

Le caractère irlandais fait véritablement partie des curiosités du pays. On dit souvent, et c'est sûrement vrai, que la population y est la plus chaleureuse d'Europe et qu'elle a un grand sens de l'hospitalité. Vous remarquerez également sa propension à aider l'étranger, souvent même sans qu'il l'ait demandé. Vous trouverez ainsi toujours quelqu'un pour vous indiquer votre chemin (voire vous accompagner), vous raconter l'histoire d'un monument, vous conseiller sur les endroits à visiter...

En dehors de Belfast, vous découvrirez l'Irlande profonde, et bien loin d'un complexe d'infériorité par rapport à la capitale, vous y rencontrerez des gens fiers d'appartenir à ce milieu rural et de vous le faire découvrir.

Les discussions

Certains sujets, comme l'avortement, sont à éviter ; ils seraient susceptibles de choquer un catholique pratiquant. N'oubliez pas que le divorce n'a été légalisé qu'en 1995 par un référendum où le oui passa de justesse (50,3 %). En ce qui concerne les questions que tout visiteur a envie de poser : " Que pensez-vous du conflit politique en Irlande du Nord ? Que pensez-vous du Brexit ? ", il vaut mieux s'en tenir aux accords de paix et admettre qu'ils vont durer, et attendre de voir l'après-Brexit. Si un Irlandais vous en parle de lui-même ce sera plus pour honorer la mémoire de ceux qui se sont battus pour défendre leurs droits que pour raviver le débat politique.

Mœurs et faits de société

Depuis les années 1960, la société irlandaise a subi de nombreux changements, assez radicaux compte tenu de son caractère très conservateur. Après la crise économique et sociale des années 1950, des transformations se sont fait sentir malgré l'éternel conflit religieux. Quoi qu'il en soit, l'Irlande du Nord tente à présent une ouverture vers l'Europe, ce qui ne manque pas d'avoir des répercussions sur la vie de tous les jours. Depuis les années 1970, de nombreux débats ont divisé ou réuni les familles autour des questions concernant la contraception, le divorce, l'avortement, l'homosexualité ou encore le sida. Les législations en la matière tendent à être plus laxistes depuis que les restrictions sur la vente de contraceptifs ont été supprimées, au début des années 1990 (dans les années 1980, il était encore difficile pour les couples non mariés de se procurer des contraceptifs). On remarque d'ailleurs que les familles très nombreuses (plus de cinq, voire plus de dix enfants), encore très courantes il y a peu, sont aujourd'hui beaucoup plus rares. Le divorce a, lui, été légalisé en 1995.

Les femmes

Les femmes ont joué un rôle central dans la politique en Irlande et Irlande du Nord. Elles se sont investies dans les combats, grèves de la faim, manifestations, engagement solidaires de toutes sortes. Pourtant le processus qui leur laissa une place fut long à être mis en place. Bien que le droit de vote leur ait été accordé en 1922, leurs autres droits n'évoluèrent guère. Ce n'est qu'en 1973, quand une femme fut désignée pour assumer la charge de ministre, que les choses changèrent radicalement et que les femmes se firent plus nombreuses à siéger au Parlement. En 1990, Mary Robinson, élue présidente d'Irlande, lutta pour les droits de la femme. En 1997, l'élection de Mary McAleese à la présidence de la République (originaire d'Irlande du Nord), confirma le grand changement à l'oeuvre dans les mentalités. La coalition des femmes d'Irlande du Nord fondée en 1996 (Northern Ireland Women's Coalition, NIWC) par des femmes appartenant aux deux confessions (catholique et protestante), a montré qu'une solution pacifique politique était possible.

Le système scolaire

Les écoles " mixtes " (intégrant catholiques et protestants), sont peu nombreuses. Selon le ministère de l'Éducation britannique, seulement 5 % des élèves y étudient. Forcément, les rencontres entre les deux communautés sont rares, sauf dans le travail. Encore aujourd'hui, en Irlande du Nord, on naît et on reste républicain catholique ou unioniste protestant.

L'avortement

Dans les villes, les habitants semblent s'être accommodés de certains changements, mais dans certains villages, la population est inquiète des coups portés aux grands principes catholiques. En ce qui concerne plus précisément la question de l'avortement, celle-ci est mal acceptée par la majorité des Irlandais. La loi de 1967 qui libéralisa l'avortement en république d'Irlande n'a jamais été appliquée en Irlande du Nord du fait de l'opposition véhémente des églises comme des politiciens. Au lieu de cela, l'Irlande du Nord tombe toujours sous le coup de la loi de 1945 qui fait de l'avortement un acte criminel, sauf dans un nombre très limité de cas (la vie de la mère doit être en danger), déterminés par des décisions de justice spécifiques. Le pays reste très attaché à cette interdiction, liée au poids de la religion dans la société. En juin 2017, le gouvernement britannique offre la possibilité pour les femmes nord-irlandaises d'avoir un accès gratuit à l'avortement en Angleterre. Dans la foulée, les exécutifs écossais et gallois ont fait des annonces similaires et décidé d'offrir le même service. En république d'Irlande, voisine, l'avortement a été légalisé le 14 décembre 2018, après un référendum historique en mai (68 % en faveur de la légalisation de l'avortement) renforçant encore la situation incongrue de l'Irlande du Nord. La Cour suprême britannique a refusé de trancher, en juin 2018, sur la légalité de l'interdiction presque totale de l'avortement en Irlande du Nord, tout en dénonçant cette loi. Si le pouvoir exécutif local est réinstallé en Irlande du Nord, une loi de libéralisation sera peut-être enfin à l'ordre du jour.

 

L'homosexualité

Concernant l'homosexualité, la législation en vigueur depuis le XIXe siècle n'a été supprimée qu'en 1993 et peu à peu l'attitude envers les homosexuels est devenue plus tolérante à Belfast où il existe à présent quelques clubs et bars gays. Rappelons que le célèbre Oscar Wilde fut condamné en 1895 pour délit d'homosexualité et fut emprisonné pendant deux ans dans les geôles très répressives d'Angleterre (il mourut trois ans après sa sortie de prison, exilé à Paris, dans la misère et la solitude).

Force est de constater qu'en très peu de temps la société irlandaise a beaucoup évolué et que la famille irlandaise ne peut plus se réclamer des grands principes qui la régissaient naguère. Pourtant, la campagne menée à partir des années 1970 par Ian Paisley et le Democratic Unionist Party contre la légalisation de l'homosexualité (sous le thème " sauvons l'Ulster de la sodomie "... !) n'avait pas arrangé la tolérance de la population. Il fallut cependant attendre 2005 pour que la première union homosexuelle soit prononcée. Le 19 décembre 2005 deux femmes sont unies civilement (civic partnership). Cette union aura un retentissement médiatique mondial. En Grande-Bretagne et en Irlande du Nord, le " pacs " est obligatoirement gay, et il donne les mêmes droits qu'aux couples hétérosexuels. L'Irlande du Nord a adopté le texte de loi sur l'union gay du bout des lèvres, un peu poussée par la Chambre des Communes britannique qui l'avait déjà voté. L'Irlande du Nord n'accepte toujours par le mariage homosexuel, seul le partenariat civil y est autorisé. Elle est la dernière nation du Royaume-Uni dans ce cas. C'est le parti unioniste conservateur (DUP) qui bloque cette ouverture du mariage civil aux couples homosexuels.

Religion

En Irlande, religion et politique sont intrinsèquement liées depuis le XVIe siècle, lorsque l'Irlande catholique est tombée sous la coupe de l'Angleterre protestante. Jusqu'à la partition de l'île en 1921, la vie politique est restée conditionnée par les clivages religieux (et elle l'est encore en Irlande du Nord). Avec la création de l'Etat libre d'Irlande, un catholicisme très traditionnel a longtemps exercé une forte emprise sur la vie politique, sociale et culturelle du pays. Indépendante de l'Etat, vivant de nombreuses donations, l'Eglise est encore la clef de voûte de la société irlandaise, d'autant plus que les deux confessions sont territorialement mêlées. L'Irlande est un des seuls pays européens, avec la Pologne, où l'Eglise catholique occupe une telle place dans la société. Après les premières invasions anglaises, les Irlandais ont suivi l'Eglise de Rome, principalement parce que les Anglais ne la suivaient pas. Ce fut en quelque sorte une chance pour eux que le catholicisme latin et son idéologie se soient associés à merveille avec leur tempérament ! Depuis lors, les conflits sont constants entre les deux religions : celle des Irlandais catholiques et celle des Anglais protestants. En Irlande du Nord, si ces conflits ont pris désormais une dimension politique, personne ne nie les causes religieuses de cette lutte qui persiste depuis des siècles et l'appartenance confessionnelle reste le premier critère de référence dans les choix politiques des électeurs.

Depuis la fin des années 1980, l'influence de l'Eglise tend cependant à diminuer, mais elle reste encore non négligeable : en 1994, c'est une simple affaire d'extradition d'un prêtre pédophile qui provoqua la chute d'un gouvernement irlandais ! Cependant, beaucoup de jeunes Irlandais ne conçoivent pas la moralité de la même manière que leurs aînés, et un fossé semble se creuser entre la morale de l'Eglise et l'opinion publique. Alors que l'Eglise se bat contre la pauvreté, l'injustice et pour les droits de l'Homme, la population attend des prises de position sur des sujets d'un intérêt pour elle plus immédiat (avortement, divorce, sida, préservatifs). L'Eglise a perdu beaucoup de son autorité morale notamment à cause de différents scandales autour de prêtres pédophiles. En 1995, un sondage révélait que 75 % des Irlandais avaient une confiance mitigée ou peu ou pas de confiance dans la hiérarchie catholique irlandaise. Mais, malgré la crise qu'elle traverse, l'Eglise est encore extrêmement puissante : 64 % des catholiques pratiquent régulièrement (contre 91 % en 1974). Cependant, une certaine lassitude se fait aujourd'hui sentir dans le pays, due à une envie de modernité...

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