Guide de BELFAST : Politique et économie

Politique
Les ennemis jurés face à face

Le 26 mars 2007, l'Irlande du Nord assiste à une scène impensable. Ian Paisley du Parti unioniste d'Ulster et Gerry Adams du Sinn-Fein apparaissent assis à la même table pour annoncer un accord.

Le 8 mai 2007, un gouvernement mixte est formé, avec 12 postes répartis en quelques minutes entre les formations politiques en fonction de leur nombre de sièges à l'Assemblée :

5 pour le DUP
4 pour le Sinn-Fein
2 pour l'UUP
1 pour Le SDLP

En ce jour historique, aucun des 108 membres de l'assemblée n'a, à aucun moment, applaudi le gouvernement formé...

Le casse du siècle à Belfast

Le 20 décembre 2004, à Belfast, a eu lieu le plus important cambriolage de l'histoire criminelle des îles britanniques. Quelques 38 millions d'euros ont été dérobés à la suite d'un hold-up à la Northern Bank. Londres et Dublin, informés par des " sources secrètes ", ont immédiatement accusé l'IRA d'avoir commis ce vol. Les dirigeants du Sinn-Fein ont nié absolument toute implication de leur branche activiste, de même que l'IRA a démenti énergiquement être à l'origine de ce vol. Les républicains en sont tout de même ressortis quelque peu discrédité dans l'opinion publique. Depuis cette affaire irrésolue, un climat de suspicion perdure toujours aujourd'hui entre les partis.

Structure étatique

L'Irlande du Nord est rattachée au Royaume-Uni. Depuis les accords du Vendredi saint en 1998, son gouvernement siège au palais de Stormont, il s'agit d'une assemblée au sein de laquelle nationalistes (protestants loyalistes) et unionistes (catholiques républicains) se partagent le pouvoir selon un mode consociatif. L'assemblée nord-irlandaise s'occupe de l'administration des services publics, l'éducation, la santé, la culture, le commerce et l'industrie locale. Elle a cependant un pouvoir partiel sur la police, le commerce extérieur et l'aviation : domaines qui doivent être validés par le secrétaire d'état pour l'Irlande du Nord nommé par Londres. Par ailleurs, cette assemblée nord-irlandaise n'a aucun pouvoir en ce qui concerne les affaires de la Grande-Bretagne, à savoir la diplomatie, la défense, les impôts centraux...

Les 108 députés de l'assemblée sont élus tous les cinq ans selon un scrutin proportionnel plurinominal, c'est-à-dire que chaque parti (au nombre de 8) présente une liste de candidats aux électeurs. Après l'élection, un premier ministre et un vice-premier ministre se présentent et doivent recueillir l'appui des deux communautés. A l'été 2019, les postes de Premier ministre et de Vice-Premier ministre sont toujours vacants, suite à l'impasse provoquée par les élections nord-irlandaises de mars 2017 et à la démission du vice-Premier ministre en janvier 2017. Les principaux partis se sont réunis le 7 mai 2019 à Belfast pour entamer des négociations sur ce sujet et tenter de rétablir l'exécutif local en Irlande du Nord. La politique de l'Irlande du Nord est en grande partie orientée par la religion et le sentiment national. 55 des députés de l'Assemblée sont unionistes et 44 nationalistes, ce qui reflète plus ou moins la division religieuse. Selon un sondage (Northern Ireland Life and Times), 20 % des catholiques en Irlande du Nord sont satisfaits du fait que l'Irlande du Nord demeure au sein du Royaume-Uni mais seulement 5 % déclarent qu'ils voteraient pour les partis unionistes.

L'Irlande du Nord est composée des six comtés traditionnels, Antrim, Armagh, Derry, Down, Fermanagh et Tyrone (3 comtés en moins que l'Ulster), mais ceux-ci ne sont pas pris en compte administrativement. En revanche, le comté de naissance est mentionné sur les passeports irlandais.

L’accord historique du Vendredi saint

L'Accord de paix pour l'Irlande du Nord a été signé le 10 avril 1998 à Belfast.

L'ont signé : le Premier ministre britannique Tony Blair, le Premier Ministre de la République d'Irlande Bertie Ahern, les nationalistes John Hume (SDLP) et Gerry Adams (Sinn Fein), l'unioniste David Trimble (UUP) et des représentants de l'UDP. Des unionistes de Ian Paisley ont participé à la négociation, mais ont refusé de signer. L'accord prévoit :

L'élection d'une assemblée locale d'Irlande du Nord.

La création d'un conseil des ministres dirigé par un Premier ministre d'Irlande du Nord.

Le désarmement des groupes paramilitaires.

La création d'instances de coopération entre la république d'Irlande et l'Irlande du Nord.

L'abolition de la revendication territoriale de la république d'Irlande sur l'Irlande du Nord.

La reconnaissance, pour chaque personne née en Irlande du Nord, du droit de s'identifier et d'être accepté en tant qu'Irlandais ou Britannique, ou les deux, quoi que cette personne choisisse.

La confirmation que le droit de détenir les deux citoyennetés, irlandaise et britannique, est accepté par les deux gouvernements, quelle que soit l'évolution du statut de l'Irlande du Nord à l'avenir.

La signature de cet accord a été approuvée par une majorité des Irlandais lors d'un référendum (74 % de " oui " en Irlande du Nord et 94 % de " oui " en république d'Irlande).

Partis

La scission politique des partis en Irlande du Nord s'articule autour de deux communautés religieuses (catholiques et protestants) et d'une question, à savoir si l'Irlande du Nord doit être rattachée au Royaume-Uni ou bien faire partie de la république d'Irlande. En dehors de ce clivage entre unionistes et républicains, il existe très peu des partis centristes. La question du Brexit ravive les tensions entre partis, opposant les députés catholiques nationalistes du Sinn Féin, pro-européens, et les députés du DUP, protestants et pro-Brexit.

UUP. L'Ulster Unionist Party est le plus ancien parti d'Irlande du Nord protestant (fondé en 1905) qui soutient le rattachement de l'Irlande du Nord et du Royaume-Uni, mais qui est plus modéré que le DUP. L'UUP a toujours été contre l'action armée ou violente. David Trimble dirigea le parti de 1995 à 2005 et fut à l'origine de l'ouverture du processus de paix.

DUP. Le Democratic Unionist Party est un parti britannique qui défend les intérêts de la communauté protestante en Irlande du Nord et s'oppose généralement à tout accord avec les catholiques. Fondé en 1970 par le révérend Ian Paisley (celui-ci a aussi créé son propre quotidien le Protestant Telegraph), le parti a toujours lutté contre les accords du Vendredi saint. En 1968, Ian Paisley incarnait la branche dure des loyalistes. Lors d'une manifestation, il cria à un journaliste, excédé, " je tuerai tous ceux qui se mettront sur mon chemin ". Il lance aussi une campagne musclée contre les homosexuels en 1977 (" sauvons l'Ulster de la sodomie ") et traite le Pape Jean-Paul II d'antéchrist en 1988... En 2007 pourtant, celui qui a toujours rêvé d'écraser son ennemi juré le Sinn-Fein et que l'on surnomme " Doctor No ", s'assoit à la table des négociations avec Martin McGuinness pour prêter serment d'une coopération avec les catholiques et la république d'Irlande (ce que Ian Paisley a toujours considéré comme une reddition). Premier parti d'Irlande du Nord depuis les élections générales de 2005, il a fait la une des journaux, après les dernières élections britanniques de juin 2017, en s'alliant avec les Conservateurs pour reconduire Theresa May à la tête du gouvernement. Arlene Foster dirige le DUP depuis 2015 et est également membre de l'Assemblée nord-irlandaise. Le DUP est au coeur des négociations autour du Brexit, puisqu'il permet grâce à ses 10 députés à la Chambre des communes du Royaume-Uni de donner ou non la majorité au Premier ministre anglais et d'ainsi valider ou non ses propositions d'accord de retrait. C'est ce parti que le gouvernement doit essayer de convaincre. Le DUP rejette par exemple la proposition d'un backstop pour éviter le retour d'une frontière physique entre l'Irlande du Nord et la république d'Irlande.

PUP. Le Progressive Unionist Party, parti extrémiste protestant implanté à Belfast au poids électoral faible (1 siège au sein de l'Assemblée nord-irlandaise). Proche des paramilitaires de l'UVF.

UKUP. L'United Kingdom Unionist Party est une branche dissidente royaliste de l'UUP, née en 1996. Il prône le rattachement à la monarchie britannique.

SDLP. Le Social Democratic and Labour Party s'est formé en 1974. Il représente le centre gauche des catholiques modérés qui prônent la non violence. Même si le SDLP a été supplanté par le Sinn Féin, il reste tout de même important au sein de la minorité catholique et récolte 18 sièges à l'assemblée nationale.

Sinn Féin. Le Sinn Féin (signifiant " nous seuls " en irlandais) est d'abord une revue politique gaélique créée en 1902 dont la devise est " tant que le Sinn Féin existera, il soutiendra toujours la cause des opprimés contre les oppresseurs et se battra fermement pour la classe ouvrière ". Le Sinn Féin devint un parti en 1905 et, en 1909, il ne compte que 515 membres cotisants dans toute l'Irlande. Peu à peu, il incarne le parti de la lutte pour l'indépendance et l'unité de l'Irlande, indissociable de l'IRA. En 1970, il se divise en deux branches, une marxiste privilégiant la lutte sociale et une autre privilégiant la lutte nationale. Le Sinn Féin actuel a pour leader Gerry Adams qui a accepté les accords du Vendredi saint de 1998, non sans mal, car les branches dissidentes du Sinn Féin et les groupes paramilitaires l'ont toujours refusé. En 2007, Martin McGuinness va plus loin et accepte (en face de Ian Paisley à Stormont) de soutenir la police d'Irlande du Nord et les tribunaux britanniques ce que le Sinn Féin avait toujours refusé jusqu'alors. Depuis février 2018, Gerry Adams démissionne, il est remplacé par Mary Lou McDonald. Le Sinn Féin possède sept députés à la Chambre des communes du Royaume-Uni. Il s'oppose fermement au retour de la frontière et milite surtout pour un référendum sur la réunification.

APNI. L'Alliance Party of Northern Ireland est un parti qui, depuis 1970, tente de réconcilier sans grand succès unionistes et nationalistes. Au vu des violences des communautés entre elles, l'Alliance (plutôt libérale et réformatrice) a eu du mal à se faire entendre. Son dirigeant est David Ford depuis 2001.

IRSP. L'Irish Republican Socialist Party est crée en 1974 par des dissidents de Official Sinn Féin et sont des partisans du recours à la violence. Le parti n'a pas remporté beaucoup de succès et s'est vite confondu avec le groupe paramilitaire INLA (Irish National Liberation Army) qui refuse toute concession aux protestants loyalistes.

NIWC. Le Northern Ireland Women's Coalition, fondé en 1996 et appartenant aux deux confessions politiques. La coalition pacifiste ne dispose plus que d'une seule conseillère de district (moins de 1 % de voix).

D'autres partis représentent encore moins d'électorat : les marxistes du Workers Party (0,3 %), les verts du Green Party (0,4 % - 1 siège à l'Assemblée nationale nord-irlandaise) ou la Socialist Environmental Alliance (0,35 %).

Enjeux actuels

Comme c'est souvent le cas après un accord de paix historique, tous les regards sont tournés vers l'Irlande du Nord. Après des années de conflits (et des siècles, avec les Anglais), que va-t-il advenir de la population en Irlande du Nord ? Car il s'agit bien de voir si le nouveau gouvernement mis en place va être capable de répondre aux demandes des Nord-Irlandais et de diminuer le fossé existant entre les communautés catholiques et protestantes.

Malgré le meurtre en 2009 de deux soldats britanniques, les derniers groupes paramilitaires extrémistes ont lâché leurs armes et semblent croire en une vie teintée de paix civile. Les enjeux politiques mis en oeuvre par les partis politiques autrefois ennemis mortels et qui aujourd'hui sont capables de gouverner ensemble sont énormes. Mêmes si certaines tensions politiques se constatent au quotidien dans les journaux (mais cela n'est-il pas l'apanage de la politique et préférable à la lutte armée ?), il semble que la volonté de se développer économiquement (notamment pas le biais du tourisme) et de s'ouvrir au reste du monde prédomine désormais.

Mais les autres enjeux des années actuelles, ce sont bien sûr le Brexit et la dévolution. Le retrait du Royaume-Uni de l'Union européenne a plongé tout le continent dans l'incertitude et plus particulièrement l'Irlande, qui craint de voir le retour d'une frontière entre le Nord et le Sud et le retour des conflits. Depuis mars 2017 et les élections nord-irlandaises, Stormont a perdu son exécutif faute d'accord, ce qui fait planer le risque d'un retour de Londres sur la scène politique de Belfast. A l'été 2019, ce problème n'est toujours pas réglé, même si les principaux partis se sont enfin réunis début mai pour entamer des négociations et tenter de reconstruire l'exécutif local. Les Nord-Irlandais sont représentés à la Chambre des communes du Royaume-Uni par 10 députés du Parti unioniste démocrate (DUP), protestant et pro-Brexit, et sept députés du Sinn Féin, catholique, nationaliste et pro-européen. Le DUP est clef dans les négociations puisqu'il permet au Premier ministre britannique d'obtenir la majorité. Le DUP a rejeté les accords proposés par Theresa May et sa proposition de backstop, pour éviter le retour d'une frontière physique. Cette dernière a démissionné en mai 2019, après trois rejets de son accord par les députés britanniques, Boris Johnson, son successeur, a pris ses fonctions le 23 juillet 2019. Il aura pour mission de proposer un nouvel accord et de mettre en oeuvre la sortie du Royaume-Uni pour le 31 octobre 2019, nouvelle date fixée. L'objectif de Boris Johnson est simple : quitter l'Europe en octobre à tout prix, même avec un " No Deal ". Un Brexit sans accord remettrait en question le célèbre accord du Vendredi saint. En juillet 2019, le flou perdure donc toujours sur les conditions concrètes du Brexit. Cette peur du retour d'une frontière physique avec la république d'Irlande ravive les tensions entre les catholiques, contre le Brexit et les protestants, voulant suivre le Royaume-Uni et met en danger une paix toujours fragile. De nouveaux groupes paramilitaires comme The New Ira continuent de perpétrer des violences à Derry, ville à la frontière. Le Sinn Féin, lui, défend un référendum pour l'unification avec la république d'Irlande.

Économie

L'essor économique principal est dû à l'industrie du lin, à partir du XIXe siècle. L'Irlande du Nord est une région d'élevage (moutons), et l'agriculture (2,4 % de l'économie) s'articule essentiellement autour de la pomme de terre, de l'orge et du blé. Les premiers échanges économiques débutent vraiment au XVIIe siècle à Belfast. En 1177, il existait pourtant un petit château avec un village, mais ils furent détruits au début du XIIIe siècle. Ce n'est qu'en 1611 que le baron Arthur Chichester bâtit un nouveau château et que la ville commença à se développer autour. Puis, tout au long du XVIIe siècle, affluèrent des colons écossais et anglais, bientôt suivis à la fin du XVIIe siècle des huguenots qui entamèrent l'industrialisation du lin qui rapidement connu un formidable essor.

Puis vinrent les industries de la corde, du tabac et la construction mécanique et navale. Pendant les XVIIIe et XIXe siècles, Belfast fut la seule ville d'Irlande à connaître un essor industriel spectaculaire. Belfast dépassait Dublin en taille au début de la Première Guerre mondiale (de 20 000 habitants au début du XIXe siècle, à 400 000), puis amorça un déclin industriel après la Seconde Guerre mondiale.

A partir de 1969, la guerre civile avec ses bains de sang ravagea l'Irlande du Nord, et ce jusqu'aux accords de paix du Vendredi saint en 1998. Depuis, des aides financières sont accordées par l'Union européenne et des restaurations importantes ont été effectuées dans le centre-ville qui brille de nouveau d'un éclat plus moderne. Et Titanic Quarter, a aussi profité de ces aides, le quartier est aujourd'hui simplement incontournable sur le plan touristique avec sa nouvelle réalisation 2012, le Titanic Belfast, un musée complet sur le fameux paquebot naufragé en 1912.

Les prix de l'immobilier grimpent, des magasins, centres commerciaux, galeries d'art, cinémas et restaurants de qualité sont désormais le gage d'une vie économique paisible.

Principales ressources

Depuis les accords de 1998, l'économie en Irlande du Nord s'est quelque peu reprise. L'équilibre amorcé en 1950 entre protestants et catholiques avec la politique socialiste de l'état-providence (accès aux droits, à l'éducation et aux soins pour les catholiques) commence à porter ses fruits. La communauté catholique ouvrière a reçu une formation qu'elle n'aurait pu avoir autrement que par les financements de l'État. L'investissement est revenu depuis la fin du conflit (notamment de la part d'hommes d'affaires américains depuis 2008) et il s'est opéré un transfert de l'industrie lourde (Harland & Wolff, construction navale, la fierté de Belfast, qui a mis la clef sous la porte par exemple) vers les services (offre touristique extrêmement développée). L'Irlande du nord s'ouvre de plus en plus à différentes économies de marché avec pour effet de noyer les clivages religieux et politiques des décennies passées. Le tourisme n'a fait qu'augmenter depuis les six dernières années, dynamisant la région. Malgré tout, l'Irlande du Nord est la région du Royaume-Uni avec le PIB le plus bas.

Place du tourisme

Le tourisme est devenu une part importante de l'économie en Irlande du Nord. Malgré l'image négative liée aux troubles politiques de ces dernières décennies, le pays a su développer son fort potentiel touristique : multiples châteaux à visiter, des chambres d'hôtes restaurées la plupart du temps dans des demeures anciennes, des paysages magnifiques et étonnamment variés (falaises, lacs, montagnes, mers, rivières, formations géologiques classées au patrimoine mondial de l'humanité...), des églises et des sites archéologiques, des mythes et des légendes, le folklore, la culture celtique, gaélique, irlandaise... L'Irlande du Nord développe aussi une nouvelle scène gastronomique et culturelle, notamment à Belfast avec l'arrivée de chefs étoilés et la création de nombreuses galeries et festivals.

L'industrie du tourisme d'Irlande du Nord a accueilli, sur ces dernières années, plus de 2,3 millions de visiteurs internationaux par an. Avec la fin de la série Game of Thrones et l'ouverture du désormais célèbre Titanic Belfast, le nombre de touristes ne devrait qu'augmenter dans les prochaines années.

Enjeux actuels

Les exploitations agricoles sont souvent de petites propriétés qui occupent 7 % de la population active. L'élevage est l'activité essentielle avec des bovins (12 % du cheptel britannique), des ovins, des porcins et des volailles, destinés au marché anglais. La filière agro-industrielle représente 8 % de la production nationale. L'Irlande du Nord souffre depuis 25 ans d'une véritable désindustrialisation. La crise des chantiers navals et du textile, prospères à Belfast depuis la fin du XIXsiècle a fait chuter de près de 50 % l'emploi industriel (de 42 à 18 % de la population active entre 1971 et la fin des années 1990). La part de la production industrielle dans le PIB est tombée de 32 à 17 %.

Cependant, avec le retour de la paix, la qualification de la main-d'oeuvre, la modicité du coût du travail (par rapport au reste du Royaume-Uni, mais aussi, par rapport au Sud), la qualité des infrastructures de communication (meilleures que dans la république d'Irlande), enfin les aides de Londres (plan de déductions fiscales de 1998) et de Bruxelles, par l'intermédiaire du Fonds européen de développement régional (FEDER), attirent les investisseurs (notamment américains) depuis 2008. Plus de 200 entreprises étrangères, employant quelque 50 000 personnes sont déjà implantées. Les emplois dans le tertiaire constituent 75 % de la population active et ont en partie compensé les pertes industrielles. La fonction publique occupe 40 % des actifs (services sociaux, éducatifs, de santé ou encore de sécurité). L'économie nord-irlandaise reste très dépendante des transferts en provenance de la métropole, qui représentent 25 % de son PIB.

Avec un PIB par habitant de 20 % inférieur à la moyenne nationale et l'un des taux de chômage les plus élevés du Royaume-Uni (8 % de chômeurs, 18 % chez les catholiques et jusqu'à 40 % dans certains quartiers de Belfast et de Londonderry), l'Irlande du Nord reçoit en effet 20 % des sommes destinées au développement économique de l'île, alors qu'elle ne représente que 3 % de sa population. Le tourisme est appelé à se développer pour compenser notamment le désengagement de Londres depuis les accords et le retrait des troupes. Il ne représente encore que 2,5 % du PIB contre 8 % en république d'Irlande et 7 % en Ecosse.

Depuis 2006 et un nouvel accord signé en Ecosse à St Andrews, le renforcement des institutions politique en Irlande du Nord tient surtout grâce au sujet de l'économie du pays. En effet, malgré le retour au calme de la province, les unionistes et les loyalistes peinent à s'entendre sur des points autres que l'économie. Il faut donc gager que les désaccords profonds entre les vieux ennemis catholiques et protestants pourront se fondre dans l'optique commune du développement.

Comme pour le reste du Royaume-Uni, l'Irlande du Nord se demande quelles seront les nouvelles règles commerciales dans l'Europe post-Brexit et ce que cela changera pour le pays. C'est la question du backstop, fondamentale pour la région. Une sortie sans accord entraînerait en effet le retour d'une frontière physique avec la république d'Irlande. Les postes de frontières seraient de retour, les contrôles douaniers rétablis. Les biens et les marchandises ne circuleraient plus librement entre l'Irlande du Nord et la république d'Irlande. Or la libre-circulation était un des points fondamentaux de l'accord du Vendredi saint. Les Nord-Irlandais craignent donc le retour de cette frontière et que cette dernière ne ravive le conflit. C'est pour cette raison que Theresa May a proposé un backstop, ou filet de sécurité. Cette solution permettrait à l'Irlande du Nord de rester dans le marché unique. Mais les Européens ne veulent pas que le Royaume-Uni obtienne ainsi par l'Irlande du Nord un accès au marché unique européen sans se soumettre à ses obligations douanières. Ce filet de sécurité pourrait être une solution temporaire, on parle de contrôler les produits qui circulent entre l'Irlande du Nord et le Royaume-Uni. Les unionistes nord-irlandais et les conservateurs britanniques s'y opposent, ce qui a causé l'échec à trois reprises de l'accord proposé par Theresa May et a mené à sa démission. L'Irlande du Nord doit donc attendre l'arrivée du nouveau Premier ministre, en juillet 2019, pour en savoir un peu plus sur son sort et sur l'impact du Brexit sur son économie. Le favori est Boris Johnson, partisan d'un Brexit dur et rapide.

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