Guide de BELFAST : Histoire

Quelques figures historiques

Saint Patrick (385-461), l'apôtre de l'Irlande, responsable de l'évangélisation de l'Irlande. Il fut réputé pour son courage héroïque, son humilité et sa bonté. Il fut le premier cardinal d'Armagh et mourut à Downpatrick. Un des trois grands saints patrons de l'Irlande.

Séan Mór Ó Néill, (1530-1567) était le chef du clan irlandais O'Neill de l'Ulster. Il s'allia avec les écossais du clan MacDonnells qui étaient les immigrants les plus puissants en Irlande du Nord, contre les Anglais.

William III (1650-1702), surnommé King Billy, prince d'Orange, gagna la bataille de Boyne en 1690 contre l'armée catholique de James II. Cette bataille fut décisive pour l'implantation des protestants sur le sol irlandais et eut pour conséquence l'adoption du calendrier grégorien. Aujourd'hui encore le folklore protestant d'Ulster commémore cette date le 12 juillet de chaque année.

Edmund Burke (1729-1797). Homme politique et écrivain, né à Dublin. Député à la Chambre des communes, il lutta brillamment pour l'émancipation des colonies américaines et contre la traite des Noirs. Il dénonça également les fondements du jacobinisme dans Réflexions sur la Révolution française, en 1790.

Theobald Wolfe Tone (1763-1798). Créateur, en 1791, de la Société des Irlandais unis, il tenta de négocier avec la France et obtint l'envoi des troupes de Hoche en Irlande, en 1796. L'expédition ayant échoué, il se suicida.

Daniel O'Connell (1775-1847). Grande figure de la résistance au gouvernement britannique, il fonda en 1823 l'Association catholique. Elu lord-maire de Dublin en 1841, il organisa de nombreux meetings pour réclamer l'indépendance. Traduit en justice, il fut finalement acquitté en 1844.

Edward Carson (1854-1935). Homme politique et avocat, né à Dublin. Il fut un grand acteur dans la résistance à l'autonomie de l'Irlande puisqu'il réussit à mobiliser environ 100 000 hommes (Ulster Volunteers) qui luttèrent pour la mise en place de leur propre gouvernement en Irlande du Nord.

Michael Collins (1890-1922). Né à Clonakilty. L'un des principaux acteurs de l'insurrection de Pâques 1916, à Dublin. Député du Parlement irlandais, puis ministre de l'Intérieur, il forma la célèbre Irish Republican Army. Il participa à la signature du traité de 1921, ce qui déplut aux membres de l'armée républicaine. Il mourut dans une embuscade tendue par l'IRA.

Arthur Griffith (1872-1922). Journaliste et homme politique, il fut le premier président de l'Etat libre d'Irlande. Il créa le journal The United Irishman et fut un des fondateurs du Sinn-Fein.

Douglas Hyde (1860-1949). Ecrivain et politicien (premier président de la république d'Irlande), il fonda la Ligue gaélique afin de promouvoir la culture et surtout la langue gaélique.

Terence McSweeney, Lord-maire de Cork, emprisonné pour opposition à la Couronne, il meurt en octobre 1920, après 74 jours de grève de la faim. Cette date marque le début de la révolte irlandaise.

Patrick Pearse (1879-1916). Connu sous son nom irlandais, Pádraig Pearse fut le président du gouvernement provisoire et le leader des Irish Volunteers pendant l'insurrection de Pâques 1916. Capturé, il fut exécuté.

Eamon de Valera (1882-1975). Né à New York. Figure emblématique de la lutte pour l'indépendance, il participa activement au soulèvement de Pâques 1916 et devint président du Sinn-Fein en 1917. Il s'opposa fermement à la signature du traité en 1921 et fonda ainsi, en 1926, le Fianna Fail, premier parti d'opposition. Il fut élu président de la république d'Irlande en 1932 et resta au pouvoir jusqu'en 1948. Sa neutralité pendant la Seconde Guerre mondiale suscita de nombreuses controverses chez les grandes puissances alliées. Il fit son retour au pouvoir en 1952, et céda son poste de Premier Ministre à Sean Lemass, puis fut réélu président en 1959. Eamon de Valera demeura jusqu'à sa mort un personnage clé dans la construction de la république d'Irlande.

Maud Gonne, (1866-1953), militante de la cause irlandaise, comédienne et engagée pour défendre la cause féministe. Elle fut de tous les combats, auprès des pauvres et des nationalistes, des artistes et des prisonniers politiques (créa une ligue de défense des femmes de prisonniers). Elle n'eut de cesse de témoigner en faveur des droits de l'homme et dénonça les violences policières.

Bobby Sands (1954-1981). Grande figure de la lutte nationaliste, il a fait partie des dix ayant trouvé la mort à la suite d'une grève de la faim en 1981. Ce drame prouva la détermination du gouvernement Thatcher face au conflit anglo-irlandais.

Seán MacBride (1904-1988), fils de l'héroïne irlandaise Maud Gonne, s'engagea pour la cause du nationalisme (IRA) jusqu'en 1936 puis devint un homme politique et le co-créateur d'Amnesty international. Prix Nobel de la paix en 1974.

John Hume, né en 1937 à Derry, homme politique nord-irlandais, membre fondateur du parti social-démocrate et travailliste, parti de la minorité catholique. Il reçu le Prix Nobel de la paix en 1998 (prix partagé avec l'unioniste David Trimble). Un des protagonistes de la paix actuelle en Irlande du Nord.

Gerry Adams, né en 1948 à Belfast, dirige le Sinn-Fein depuis les années 1980 et milite contre la souveraineté des Britanniques en Irlande du Nord, qu'il considère comme des occupants. Vitrine politique de l'IRA, il parviendra à faire passer un message de cesser le feu (accord du vendredi saint en 1998).

Chronologie
Les premiers hommes

8000 av. J. C. > Arrivée des premiers hommes par l'isthme qui relie l'Irlande à l'Ecosse.

4000 av. J. C. > Nouveaux arrivants de Grande-Bretagne et de Méditerranée. Construction des premières tombes mégalithiques.

2500 à 1200 av. J. C. > Age du bronze.

100 av J.C. > Arrivée des Gaëls.

432 > Arrivée de saint Patrick en Irlande et début de l'évangélisation.

Les invasions

795 > Arrivée des Vikings (ou danois) en Irlande qui s'installent près des côtes dublinoises.

1171 > Henry II envahit l'Irlande.

1394-1399 > Expéditions de Richard II en Irlande.

1541 > Henry VIII applique la Réforme à l'Irlande.

1569 > Premiers " colons " protestants implantés.

1599 > Elisabeth I envoie une armée de 17 000 hommes pour asservir l'Irlande.

1605 > Des Ecossais s'implantent également en Ulster.

Les clivages

1641 > Mécontentement des catholiques expulsés de leurs terres. Insurrection.

1649 > Cromwell débarque en Irlande et distribue les terres à ses hommes.

1690 > Le protestant Guillaume III d'Orange écrase le catholique Jacques II à la bataille de Boyne.

1695 > Lois pénales privant les catholiques de la plupart de leurs droits. Les irlandais possèdent moins de 15 % de la terre.

1795 > Création de l'Ordre d'Orange (protestant).

1796 > Arrivée d'une flotte française en Irlande avec Wolfe Tone (un nationaliste irlandais).

1800 > Acte d'Union entre l'Angleterre et les protestants d'Irlande (sont exclus les catholiques).

1823 > Création de l'Association catholique.

1840 > Daniel O'Connell (député du comté de Clare) dirige des manifestations contre l'Acte d'Union.

1845-1850 > Grande Famine (de la pomme de terre). Au moins 700 000 morts.

1853 > Fondation de l'Irish Republican Brotherhood.

1875 > Charles Stewart Parnell, député protestant, lance la lutte pour l'autonomie de l'Irlande.

1884 > Fondation de la Gaelic Athletic Association.

1893 > Fondation de la Gaelic League.

1905 > Création du Sinn Féin, mouvement nationaliste et républicain irlandais.

La déchirure

1911 > Projet sur l'autonomie partielle de l'Irlande.

1916 > Insurrection de Pâques à Dublin, échec de la rébellion. Exécutions.

1918 > Victoire du Sinn Féin aux législatives.

1920 > Lloyd George décide de partager l'île pour faire cesser la guerre entre les troupes anglaises et les rebelles irlandais.

21 novembre 1920 > Premier Bloody Sunday à Dublin : l'armée britannique pénètre dans le stade de Croke Park lors de la finale de football gaélique, tire sur la foule et tue 13 personnes.

1921 > Traité anglo-irlandais sur la partition et création du Parlement d'Irlande du Nord.

1922-1923 > Guerre civile au sud entre partisans et adversaires du traité.

1937 > Constitution de l'Eire.

1949 > L'Irlande devient une république indépendante.

Le Nord poursuit la lutte

1956-1962 > Campagne de l'IRA au Nord.

1967 > Création par les catholiques de l'Association pour les droits civiques en Irlande du Nord.

1968 > Premiers affrontements à Londonderry.

1971 > Début de l'internement sans procès des personnes suspectées de terrorisme. Premier soldat britannique tué à Belfast par l'IRA. 15 morts dans un attentat à Belfast attribué aux militants protestants. Durcissement du conflit.

30 janvier 1972 > Bloody Sunday à Londonderry : 13 personnes sont tuées et 14 autres blessées par l'armée britannique, lors d'une manifestation pour les droits civiques.

1973 > Conférence de Sunningdale qui prévoit un partage du pouvoir avec la minorité catholique. Opposition des protestants.

1974 > Grève loyaliste. 22 personnes tuées à Dublin (attentat d'extrémistes protestants). 19 personnes tuées à Birmingham (attentat d'extrémistes catholiques).

1976 > Statut de prisonnier politique supprimé. Début des grèves de la faim et de l'hygiène des prisonniers républicains dans les prisons.

1979 > Assasinat par l'IRA de Louis Mountbatten, l'arrière-petit-fils de la reine Victoria.

1981 > Mort de 10 grévistes de la faim, détenus républicains, dont Bobby Sands.

Premiers accords

1985 > Accords de Hillsborough Castle près de Belfast qui vise à apaiser la violence en Ulster.

1987-1993 > Nombreux attentats en Irlande du Nord et en Angleterre entre les unionistes et les loyalistes.

1993 > Négociation entre John Hume (SDLP) et Gerry Adams (Sinn-Fein). Déclaration anglo-irlandaise sur l'Irlande du Nord. Cessez-le-feu de l'IRA.

1996 > Rupture du cessez-le-feu.

10 avril 1998 > Good Friday Agreement, accord du Vendredi saint et engagement des principaux partis politiques à une résolution pacifique du conflit.

1999 > Instauration d'un pouvoir exécutif autonome.

2000 > Pouvoir exécutif autonome suspendu.

2001 > L'IRA, sous la pression de Gerry Adams et de Martin McGuinness, affirme avoir commencé le dépôt des armes. Pouvoir exécutif autonome réinstallé et David Trimble réélu.

2002 > Nouvelle suspension du pouvoir exécutif autonome.

2003 > Pourparlers entre les deux Premiers Ministres, britannique et irlandais, destinés à garantir la mise en place effective de l'accord du Vendredi saint. Elections de la nouvelle assemblée de Stormont.

Juillet 2005 > L'IRA annonce la fin de sa lutte armée.

Septembre 2005 > Violents affrontements entre les extrémistes protestants et les forces de l'ordre à Belfast.

Octobre 2006 > Pourparlers entre les Premiers Ministres britannique et irlandais et les partis politiques d'Irlande du Nord, à Saint Andrews en Ecosse, sur l'accord du Vendredi saint.

24 novembre 2006 > Fin de l'échéance accordée par Londres pour sortir du conflit politique d'Irlande du Nord en composant un gouvernement mixte. Si aucun accord n'est trouvé, l'assemblée d'Irlande du Nord sera dissoute et les pouvoirs rendus à Londres.

Vers un espoir de paix

8 mai 2007 > Ian Paisley est nommé Premier Ministre d'Irlande du Nord, à la tête d'un gouvernement d'union nationale.

4 mars 2008 > Ian Paisley démissionne de ses fonctions de Premier Ministre et de président du Parti unioniste démocrate. Une page de l'histoire de l'Irlande du Nord et de son protestantisme intransigeant s'est tournée.

5 juin 2008 > Peter Robinson, protestant modéré, remplace Paisley au poste de Premier Ministre d'Irlande du Nord. Accord pour instaurer une police et une justice indépendante de Londres.

7 mars 2009 > Deux soldats sont tués dans l'attaque d'une caserne de l'armée britannique (revendiqué par l'IRA-véritable, une branche extrémiste de l'IRA), en pleine polémique sur un possible retour des forces spéciales britanniques.

27 juin 2009 > Les paramilitaires loyalistes déposent les armes.

11 octobre 2009 > Les paramilitaires républicains INLA (Armée de libération nationale irlandaise) renoncent à la violence.

9 mars 2010 > L'Irlande du Nord voit la ratification de l'accord portant sur les transferts des pouvoirs de justice et de police, signé le 5 février 2010, de Londres à Belfast.

8 mars 2011 > Première visite du prince William et de son épouse Kate à Belfast.

31 mars 2012 > Inauguration du complexe muséal Titanic Belfast.

3 décembre 2012 > Belfast connait des manifestations portées par les Unionistes, partisans d'une Irlande du Nord dans le Royaume Uni. Leur colère vient de la décision de supprimer le drapeau britannique, une grande partie de l'année, des édifices officiels comme la mairie de Belfast.

2013 > Cette discorde a débordé sur 2013, et avait déjà fait à la mi-janvier une centaine de blessés dans la police et plus de 100 arrestations du côté des manifestants.

Mars 2013 > Le gouvernement nord-irlandais s'engage à détruire les murs de Belfast, d'ici une dizaine d'années.

Juin 2013 > Le sommet du G8 se tient à Eniskillen (comté de Fermanagh).

Vers une paix durable

9 avril 2014 > Visite historique du président irlandais Michael Higgins au château de Windsor (première visite d'Etat en un siècle d'un président irlandais au Royaume-Uni).

8 mai 2014 > Départ de Belfast du Giro (Tour d'Italie cycliste).

12 septembre 2014 > Mort du révérend Ian Paisley, chef de file des unionistes nord-irlandais, à l'âge de 88 ans.

2-5 juillet 2015 > Départ du Tall Ship Race (course nautique rassemblant les grands voiliers du monde entier) à Belfast.

23 juin 2016 > L'Irlande du Nord se prononce pour le maintien dans l'Union européenne à 56 % contre 44 % pour le Brexit. Le reste du Royaume-Uni vote cependant en faveur du Brexit et la question des frontières entre l'Irlande du Nord et la République d'Irlande revient sur le devant de la scène.

Janvier 2017 > Martin McGuinness, vice-Premier ministre et leader du parti républicain Sinn Féin démissionne. Le gouvernement nord-irlandais s'effondre. Le Sinn Féin refuse de lui nommer un successeur, forçant la Première ministre unioniste et pro-britannique, Arlene Foster, à quitter ses fonctions, comme prévu selon les accords de 1998. Le pouvoir est vacant depuis cette date.

2 mars 2017 > Les élections régionales à l'Assemblée d'Irlande du Nord laisse le pays sans exécutif et le plonge dans une situation politique tendue.

21 mars 2017 > Le leader républicain du Sinn Féin et ancien vice-Premier ministre Martin McGuinness meurt.

Juin 2017 > Les élections britanniques laissent les Conservateurs sans majorité. Ils s'allient alors avec les Unionistes nord-irlandais du DUP, menés par Arlene Foster.

Janvier 2019 > Une voiture piégée explose devant le tribunal, en plein centre-ville de Derry.

Mars 2019 > La date de sortie de l'Union européenne est encore reportée, faute d'un accord validé par les députés britanniques et le rejet par trois fois de l'accord proposé par Theresa May. Une nouvelle date est fixée au 31 octobre 2019.

18 avril 2019 > Des émeutes à Derry entraînent la mort d'une journaliste de 29 ans, Lyra McKee. Un homme ouvre le feu contre la police et la blesse mortellement. Cette mort a été qualifiée d'incident terroriste et fut attribuée au " New Ira ", un groupe dissident de l'historique IRA.

Mai 2019 > Theresa May démissionne.

7 mai 2019 > Les cinq principaux partis nord-irlandais se sont enfin réunis pour sortir de l'impasse politique dans laquelle est tombée l'Irlande du Nord, dépourvue de gouvernement depuis deux ans. Les négociations sont toujours en cours pour restaurer l'exécutif local au moment de l'écriture de ce guide en juin 2019.

23 juillet 2019 > Boris Johnson, du parti conservateur et partisan d'un hard brexit prend les fonctions de Premier ministre. Il risque de remettre en question la possibilité d'un backstop entre l'Irlande du Nord et la république d'Irlande. Il défend en effet l'idée du " No Deal ".

Des origines à nos jours
Le melting pot des origines

Les archéologues datent l'apparition de l'homme sur l'île d'Irlande aux environs de 8000 avant J.-C. (période mésolithique). Diverses populations provenant d'Ecosse s'installèrent au nord-est du pays, sur les rives du Lough Neagh et de la Bann où quelques silex taillés ont été retrouvés.

C'est au cours de la période néolithique, de 4000 à 2000 avant J.-C. que de nouvelles populations provenant de Grande-Bretagne et de Méditerranée se mêlèrent aux premiers occupants et commencèrent à se sédentariser. La datation de l'arrivée des Gaëls, peuple celtique, n'est pas encore vraiment établie. Certains la date de moins 100 ans avant notre ère, d'autres du XIIIe siècle avant J.-C., hypothèse que semblent venir conforter les similitudes entre l'art mégalithique et l'art celtique.

Les choses changèrent avec l'arrivée de saint Patrick sur l'île en 432. Grand pasteur de l'Irlande, il lui donna ainsi, en une trentaine d'années, son identité chrétienne. Capturé par des pirates irlandais, aux environs de 430, saint Patrick garda des moutons pendant plusieurs années dans le comté d'Antrim. Après son évasion, une vision le poussa à aller évangéliser les habitants. Il réussit, dit-on, à convertir plusieurs rois. Mais cette christianisation de l'Irlande s'était faite sans organisation politique centralisatrice, si bien que les Vikings, au VIIIe siècle, mieux armés et plus aptes au combat, réussirent en plusieurs attaques successives à soumettre la population et à s'installer sur plusieurs sites stratégiques.

Jusqu'aux IXe et Xe siècles, l'Irlande fut marquée par des combats incessants contre l'envahisseur viking, qui pillait les richesses des sites monastiques. Fort de ce désordre politique, le roi d'Angleterre Henri II (1133-1189), avec l'appui du pape Adrien IV, se décida à coloniser le pays avec l'aide des barons normands en quête de terres et d'aventures.

La domination anglaise

En 1182, Henri II, bien décidé à ne pas tolérer les velléités d'indépendance de ses barons, traversa la mer jusqu'en Irlande, à la tête d'une puissante armée. Il instaura une suzeraineté d'Irlande qui devait durer près de 400 ans. En 1536, le roi d'Angleterre devint chef de l'Eglise d'Angleterre et, en 1541, Henri VIII ajouta à son titre de roi d'Angleterre celui de roi d'Irlande.

En 1594, le comte Hugh O'Neill se révolta. Ce conflit avec l'Angleterre dura neuf ans et les Irlandais remportèrent plusieurs batailles. En 1607, O'Neill quitte l'Irlande pour le continent (peut-être pour chercher de l'aide) avec une centaine de partisans, c'est la Fuite des Comtes. O'Neill et O'Donnell sont inculpés de haute trahison et leurs biens saisis par le pouvoir anglais. Dès lors, colons écossais et anglais s'installèrent dans tout le nord du pays (Derry devint Londonderry...), transformant cette terre en une colonie anglo-saxonne de confession anglicane ou presbytérienne.

En 1689, Jacques II, procatholique, tâcha de reconquérir l'Irlande du Nord et se prépara pendant un an à la bataille de la Boyne, bataille fort complexe en vérité... Les Anglais avaient fait appel à Guillaume d'Orange et à ses troupes de huguenots (protestants français), tandis que Jacques II avait passé un accord avec le roi de France Louis XIV. Guillaume d'Orange l'emporta (depuis, chaque année, les orangistes d'Irlande du Nord fêtent cette victoire en grande pompe). De nouvelles souffrances s'annonçaient pour les catholiques qui, en 1691, ne disposèrent plus que d'un septième du territoire. Les Irlandais se virent interdits de porter des armes et d'instruire leurs enfants ; les prêtres furent bannis.

La révolte catholique

En 1790, Theobald Wolfe Tone (l'initiateur du nationalisme républicain irlandais), pourtant protestant, réclamait la liberté pour les catholiques et dénonçait l'Angleterre comme ennemie de l'Irlande. Inspiré par les idées de la Révolution française, il forma un club politique : la Société des Irlandais unis. Sous les coups de la répression, ce club se transforma en société secrète et militaire qui réclamait l'établissement d'un gouvernement républicain. Theobald Wolfe Tone prit alors contact avec le gouvernement français et finit par convaincre les ministres d'organiser une expédition en Irlande.

En 1798, une petite armée dirigée par le général français Humbert débarqua à Killala. Mais, après trois semaines de combat, elle dut se rendre. Une seconde expédition n'atteignit pas son but puisque les navires français, à cause de la tempête, ne purent jamais accoster. Par ailleurs, les paysans catholiques d'Irlande entretenaient une grande méfiance à l'égard des idées entachées d'athéisme des troupes françaises...

La Grande Famine

En 1845, l'Irlande comptait environ 8 millions d'habitants. En 50 ans, la population avait presque doublé. Or les paysans, cultivant les terres de plus en plus morcelées, ne profitaient pas de leurs récoltes de céréales alors destinées à l'exportation (elles servaient à payer le fermage).

En 1845, le mildiou, un champignon, détruisit une première récolte de pommes de terre. En 1846, le même champignon ravageait à nouveau cet aliment essentiel. Ce fut la Grande Famine : un million de personnes mourut de faim pendant que, pas un instant, le gouvernement anglais ne songea à modifier le système économique qui demandait aux paysans de payer leur fermage.

La guerre civile

En 1885, Parnell, député protestant d'Irlande défendit avec virulence un projet de Home Rule (autonomie de l'Irlande dans l'Empire britannique) face à la colère croissante des protestants de l'Ulster, prêts à se battre pour conserver leur attachement à l'Angleterre. Vers 1900 était créé le mouvement Sinn Féin (" nous seuls "), qui revendiquait l'indépendance d'une République irlandaise unie.

En 1911, le projet déposé au Parlement proposant l'autonomie partielle de l'Irlande fut accepté par la Chambre des communes et devait prendre effet à partir de 1914. Mais les protestants de l'Ulster ne l'entendirent pas de cette oreille. Ils se groupèrent, s'armèrent (via l'Allemagne) tel un seul homme composé pourtant de cent mille Ulster Volunteers prêts à l'attaque.

En 1913, les Irish Volunteers républicains donnaient la réponse : le pays était en situation de guerre civile... Mais alors que le Home Rule était ratifié, la Première Guerre mondiale éclata, ce qui en reporta l'application.

En 1918, le Sinn Féin obtint la majorité aux élections et les députés du parti refusèrent de siéger au Parlement de Londres. En 1919, ils convoquèrent un Parlement irlandais à Dublin, la Dàil Eireann, qui ratifia l'instauration de la République irlandaise et élit Valera à sa tête. Les Irish Volunteers devinrent l'IRA (Irish Republican Army) qui engage une politique de guérilla contre la police anglaise, tandis que le gouvernement britannique proscrit le Sinn Féin et envoie des troupes spéciales, les Black and Tans (vestes noires et pantalons kaki, force paramilitaire), réprimer tout désordre. Cette terrible guerre civile dura plus de deux ans.

En 1920, l'Angleterre, n'en pouvant plus, proposa une loi qui divisait l'Irlande en deux parties : d'un côté, l'Irlande du Nord (l'Ulster moins trois comtés à majorité catholique) ; de l'autre, l'Irlande du Sud et ses vingt-six comtés. Un armistice fut signé qui conduisit à de longues négociations à l'issue desquelles Valera céda sa représentation à Arthur Griffith et à Michael Collins. Le 5 décembre 1921 fut signé le traité de Londres. L'Irlande devint l'Irish Free State (l'Etat libre d'Irlande), sous condition de ne pas intervenir en Irlande du Nord. La situation contemporaine était scellée..., mais non acceptée. Valera et l'IRA refusaient le traité et voulaient une Irlande unie.

Bloody Sunday

A partir de 1969, dans la bataille pour les droits civiques, la violence revint à la charge, à Derry (Londonderry) tout spécialement, et la répression anglaise fut particulièrement brutale, jusqu'à des arrestations sur simple soupçon.

Le dimanche 30 janvier 1972, jour connu sous le nom de Bloody Sunday, à Derry, une marche pacifique pour l'égalité des droits entre catholiques et protestants, est réprimée par l'armée britannique. La manifestation se transforme en émeute : treize personnes sont tuées par l'armée. Cette journée est désormais inscrite dans l'histoire sous le nom de Bloody Sunday. Les rangs de l'IRA se gonflèrent après ce massacre.

Le 21 juillet, 22 bombes explosent à Belfast faisant seize morts. L'Irlande du Nord s'enfonce dans la guerre, avec un engrenage d'attentats et de représailles entre les camps en présence. L'IRA, outre des attentats en Irlande du Nord, pose également des bombes sur le sol britannique. Les protestants, quant à eux, créent des brigades paramilitaires et les violences sont permanentes.

En 1981, des détenus catholiques souhaitant obtenir le statut de prisonniers politiques entament une grève de la faim. Dix d'entre eux en mourront, dont Bobby Sands, 27 ans, militant de l'IRA et député à la Chambre des communes du Royaume-Uni.

Le début des années 1980 fut aussi marqué par une inquiétante croissance du chômage (plus de 10 %), non sans relation avec l'extrême jeunesse du pays. Le mécontentement de la population face à ces nouveaux problèmes contribua à l'émergence de nouveaux partis. En 1982, le Sinn Féin devint le Worker's Party et, en 1986, certains membres du Fianna Fail créèrent un nouveau parti de droite, les Progressive Democrats.

L'accord du Vendredi saint

A partir de 1991, de très lents projets de rencontre entre les deux partis commencèrent à se profiler en Irlande du Nord... Un accord de cessez-le-feu est adopté avec l'IRA, mais, début 1996, cette trêve prend fin et les attentats et manifestations recommencent (principalement à Londonderry).

En 1998, un processus de paix durable bien que fragile semble s'amorcer. Un accord dit du Vendredi saint est signé le 10 avril à Belfast entre les différents partis et il est massivement approuvé par référendum en Irlande du Nord et en République d'Irlande. Ce plan prévoit la création d'une nouvelle Assemblée réunissant les protestants et les catholiques et la coopération entre l'Irlande du Nord et la République d'Irlande.

Un nouveau gouvernement, dirigé par un protestant, est mis en place en Irlande du Nord, qui continue cependant à faire partie du Royaume-Uni dont le Parlement ne perd aucune de ses prérogatives, notamment celle d'adopter des lois concernant l'Irlande du Nord. Toutefois, les tensions entre les protestants et les catholiques au sujet du fonctionnement des institutions politiques et le refus de l'IRA de désarmer font planer des incertitudes sur la réconciliation.

Vers un processus de paix

Mais le jeudi 28 juillet 2005, l'Armée républicaine irlandaise annonce qu'elle renonce à la lutte armée et qu'elle cherchera désormais à atteindre ses objectifs par la voie politique. Après plus de trente ans de lutte armée, une page historique semble se tourner entre les républicains et les unionistes, encore sceptiques. 2007 voit finalement les accords du Vendredi saint se concrétiser lorsque Ian Paisley, leader charismatique du Parti unioniste démocrate (DUP), anti-catholique et farouchement opposé au processus du Vendredi saint, accepte (sous la pression britannique) de négocier la mise en place d'un gouvernement d'union nationale et d'en prendre la tête en devenant Premier ministre d'Irlande du Nord. Il gouverne alors avec ses pires ennemis d'hier, flanqué d'un vice-Premier ministre émanant du Sinn Féin, Martin McGuinness, ancien dirigeant de l'Armée républicaine irlandaise ! Le 5 juin 2008, Peter Robinson, protestant modéré et artisan du revirement du DUP vers plus de tempérance, remplace Ian Paisley démissionnaire au poste de Premier ministre.

En 2009 deux soldats sont tués et quatre autres blessés au cours d'une attaque d'une caserne de l'armée britannique, revendiquée par " l'IRA-véritable ". Cette fusillade est le plus grave incident survenu ces dernières années et ramène le spectre douloureux de la fragilité de la paix civile. Pourtant l'Irlande du Nord n'avait pas connu d'attentat depuis 1998 et il semble que cette dernière tuerie de soldats soit le fait d'extrémistes dissidents.

L'espoir d'une réconciliation durable

Fin 2009, les groupes paramilitaires loyalistes et républicains déposent les armes et renoncent à la lutte armée. Depuis, il semblerait que la volonté de paix soit effective et durable de part et d'autre. Même si des événements récents (manifestations dues à la décision de supprimer le drapeau britannique des édifices officiels de l'Irlande du Nord en décembre 2012) montrent que le processus de paix est toujours fragile, que de chemin parcouru... Les ennemis d'hier (le Premier ministre nord-irlandais Ian Paisley - leader loyaliste britannique - et son vice-Premier ministre, Martin McGuinness, catholique irlandais, ancien de l'IRA) gouvernent aujourd'hui ensemble à Belfast.

La presse internationale a décrit le processus de paix comme exemplaire, prouvant qu'aucun conflit n'est insoluble. L'Irlande du Nord nous montre en effet qu'il est envisageable de repartir de zéro, après des décennies de rivalités brutales et d'une méfiance qui semblait insurmontable entre les communautés catholique et protestante.

La question du Brexit et de la dévolution

Le 23 juin 2016, l'Irlande du Nord se prononce pour le maintien dans l'Union européenne à 56 % contre 44 %. Rien d'étonnant puisque l'Union européenne a injecté des milliards d'euros dans des programmes pour soutenir l'Irlande du Nord dans le cadre des accords de paix du Vendredi Saint. Les protestants unionistes votent à 60 % pour le Brexit tandis que les catholiques nationalistes, eux, votent à 80 % pour le maintien dans l'Union européenne. Le reste du Royaume-Uni vote cependant en faveur du Brexit et la question des frontières en Irlande revient sur le devant de la scène, ainsi que la question de l'unification de l'Irlande. Pour la première fois depuis des décennies, on craint le retour d'une frontière physique entre le Nord et le Sud, ravivant la mémoire des conflits sanglants qui firent pendant trente ans 3 720 morts. Cette question est cruciale dans les débats et négociations avec Bruxelles, plus de 30 000 travailleurs traversant cette frontière tous les jours. C'est ce point qui fait coincer l'accord et qui entraîne pour le moment un échec du Brexit, toujours repoussé. Le Sinn Féin, lui, appelle immédiatement à un référendum sur une Irlande unifiée.
Le 2 mars 2017, les élections régionales à l'Assemblée de Stormont laissent le pays sans exécutif et le plongent dans une situation politique tendue. En l'absence de dévolution réelle, le spectre de l'ingérence britannique se fait sentir et les républicains craignent que Londres reprennent les pouvoirs délégués à Belfast, pour sortir de l'impasse. Le même mois, le 21 mars, la figure du Sinn Féin et ancien Vice-Premier ministre Martin McGuinness meurt, emportant avec lui un pan d'histoire. En mai 2019, des négociations commencent enfin entre les différents partis pour restaurer un exécutif local en Irlande du Nord.

En juin 2017, les élections britanniques laissent les Conservateurs de Theresa May sans majorité à Westminster. Ils s'allient alors avec les Unionistes nord-irlandais du DUP, menés par Arlene Foster. Les pro-irlandais y voient une erreur de la part de la Première ministre, et accuse le Royaume-Uni de compromettre son devoir de neutralité dans le processus de paix en Irlande du Nord. Le DUP, avec ses dix députés, a une position déterminante dans les négociations autour du Brexit, permettant d'offrir ou non la majorité au Premier ministre britannique.

En janvier 2019 puis en avril 2019, des événements violents secouent à nouveau Derry, ville frontière. Une voiture explose devant le tribunal de la ville en janvier, une journaliste est blessée mortellement en avril suite à des émeutes violentes et à l'ouverture du feu sur la police. Les deux événements sont liés à la Nouvelle Ira, groupe dissident de l'historique Armée républicaine irlandaise. Le Brexit accélère les violences et les nord-irlandais s'inquiètent du retour du conflit entre partisans catholiques de la réunification et du maintien dans l'Europe et défenseurs protestants du Brexit et du Royaume-Uni. A Derry, sur mur emblématique " You're now entering Free Derry ", les mots symboliques " Not in Our Names, RIP Lyra " ont été ajoutés.
En mai 2019, après deux reculs de la date officielle du Brexit et un accord de retrait négocié par Theresa May rejeté trois fois par les députés britanniques, Theresa May démissionne et le Brexit est reculé encore une fois au 31 octobre 2019. Le nouveau Premier ministre britannique doit être annoncé le 23 juillet 2019. Le grand favori est Boris Johnson du parti conservateur, partisan d'un " No Deal ". Il veut tout mettre en oeuvre pour sortir de l'UE en octobre. Le " No Deal " inquiète les Nord-Irlandais car il est synonyme d'un retour à une frontière entre l'Irlande du Nord et la république d'Irlande et va à l'encontre des accords essentiels du Vendredi Saint.

Monsieur Boycott

Ancien officier britannique devenu intendant chez un comte irlandais du comté de Mayo en Irlande, Charles Cunningham Boycott (1832-1897) maltraitait ses fermiers en refusant de baisser leurs loyers. Ceux-ci décidèrent de le cloisonner chez lui en le privant d'approvisionnement, de visites et de courrier pendant l'automne 1880. Première victime de cette action de révolte, il lui laissa son nom. Depuis, le boycott a plusieurs fois changé le cours de l'histoire. Gandhi y a eu recours. Le boycott a également été la forme de protestation de la communauté noire en lutte contre le racisme aux Etats-Unis et en Afrique du Sud. Le phénomène est également devenu un moyen de pression des consommateurs.

Triste bilan

Ces dernières décennies furent meurtrières pour les habitants de l'Ulster puisque 3 200 personnes sont mortes depuis 1969 sous les bombes et dans des fusillades. Les premières émeutes ont éclaté en 1968, à Londonderry, alors que les catholiques luttaient pour obtenir davantage de droits civiques. Depuis, les heurts entre catholiques et protestants furent fréquents, et les nombreuses bombes revendiquées par l'IRA (Irish Republican Army) et l'UVF (Ulster Volunteer Force) tuèrent de nombreux civils. Un espoir de paix est apparu dans les années 1993-1995, quand des négociations furent signées par les catholiques John Hume (SDLP) et Gerry Adams (Sinn-Fein). Mais dès 1996, la violence reprit le dessus et les attentats se multiplièrent. Il fallut attendre avril 1998 pour qu'unionistes protestants et républicains catholiques concluent un accord de paix, appelé accord du Vendredi saint. La nouvelle assemblée d'Irlande du Nord se composa alors de 108 députés protestants et catholiques.

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