Guide de SEOUL 서울 : Mode de vie

Les Coréens sont très fiers de leur pays.
Les Coréens sont très fiers de leur pays.
Vie sociale
Noms

Il y a très peu de noms de famille différents en Corée, 275 en tout. Les noms chinois commencèrent à être adoptés sous les Trois Royaumes. Quelques noms sont cependant typiquement coréens. Bien que transcrits par des caractères chinois eux aussi, ils sont d'origine coréenne et leur transcription ne rend que le son, non le sens originel. Il s'agit de Kim (Gim dans la nouvelle transcription), Lee (Yi ou Rhee), Park (Pak ou Bak), Choe (Choi ou Joe), An ou Ahn, Jeong (Jong, J Ông) ou Cheong (Ch Ông, Chong), plus les trois noms originaires de Jejudo : Ko (Go), Bu, Yang. Les Kims représentent 21,5 % de la population, suivis par les Lees (14,8 %), les Parks (8,5 %), les Choes (4,7 %) et les Cheongs (4,4 %). Nous voyons qu'il y a, dans la romanisation de ces noms, plusieurs solutions possibles, l'usage étant pour les noms de famille assez libre. Il faut prononcer ces noms en passant à la prononciation que des anglophones en feraient, car romanisation signifie en fait ici américanisation. Ces noms de famille sont suivis de deux prénoms. L'un des deux prénoms est en général le même pour les enfants de la même génération d'une famille. Il est choisi par les anciens ou, selon des règles plus complexes, souvent en suivant les conseils d'un " devin " qui sait trouver un nom propice. En tant qu'étranger, on peut utiliser le nom de famille seul précédé de " monsieur ", " madame " ou " mademoiselle ", en anglais ou français. Dans l'usage coréen, le nom, et surtout le prénom, ne sont pas autant utilisés qu'en Occident pour s'adresser à quelqu'un ou parler de lui. On va préférer des marques de politesse ou des termes indiquant la relation que l'on entretient avec la personne (ma tante, mon oncle, grand frère, grande soeur, etc.). Ces termes ne font pas référence à la nature réelle de la personne, mais au degré d'intimité et de respect que l'on entretient avec elle. En cas d'ambiguïté, on ajoute le nom complet devant ces termes ou d'autres comme Ssi (prononcé shi, " monsieur ") ou seon-saengnim (" professeur, maître "). Le nom, même complet (nom de famille + prénoms), apparaît ainsi rarement seul. Il y a comme quelque chose de sacré autour de lui, même s'il arrive que l'on change de prénoms quand ceux-ci ne semblent pas propices. Le nom de famille (seong) marque l'appartenance à une famille et surtout à un clan. On le garde toute la vie, et même les femmes quand elles se marient ne prennent pas le nom de leur mari.

Quant au prénom, choisi avec soin, il a toujours une signification, car il est composé de deux caractères chinois. Cependant, le sens n'est pas toujours " rationnel ", car certains prénoms résultent du caractère de la génération suivi d'un autre jugé favorable. Certains sont cependant choisis pour leur sens, et on pourrait dire qu'il y a un certain nominalisme en Corée où la chose est ce que dit son nom. Le nombre de combinaisons possibles pour former les prénoms est élevé et il y en a bien plus qu'en Occident. Il y a une nouvelle tendance de nos jours à préférer des prénoms proprement coréens, et non plus sino-coréens. La " sonorité " affective est alors prise en compte, comme cela se passe en Occident, et il y a également des prénoms à la mode. Quoi qu'il en soit, on sera prudent avant d'appeler un Coréen par son prénom : ce dernier n'est utilisé que par les parents, les amis proches, les professeurs. Dans le couple non plus, on n'utilise pas le prénom. On interpelle son époux ou épouse par yobo (équivalent de " chéri (e) ") ou en l'appelant " le père (la mère) de... " suivi du prénom du premier enfant. Les voisins et connaissances aussi utilisent cette appellation. On voit ainsi l'importance de l'enfant dans la société coréenne. Il confère un statut à l'individu adulte, surtout à la femme.

Dans une telle société clanique patrilinéaire, l'arbre généalogique est important. Chaque famille avait autrefois son livre des ancêtres (jokbo), soigneusement gardé par le fils aîné, et réactualisé toutes les générations. Ces livres permettaient de remonter fort loin dans le temps. Originellement, l'intention était de créer des liens de solidarité entre les membres d'un même clan et de renforcer le hyo, la piété filiale. Introduit pour les familles royales sous les Trois Royaumes, il concerna les gens du commun à Goryeo, quand il commença à être demandé pour l'inscription au concours national de recrutement des fonctionnaires. Mais la pratique ne se développa véritablement que sous Joseon, à partir du XVe siècle. Le plus vieux jokbo imprimé que l'on ait est celui de la famille Kwon (Gwon) d'Andong (1476). Il y avait plusieurs types de jokbos, selon le volume et la quantité d'informations réunies, mais en fait, ils n'étaient accessibles qu'à la classe dirigeante de yangbans. Ce système de livres généalogiques imprimés se développa vite et atteint son apogée au XVIIIe siècle. Il était à la base du système social néoconfucianiste de Joseon, car c'est lui qui attestait de l'appartenance d'un individu à une famille " noble ". En effet, on notait non seulement les noms et les dates de naissance et de mort des ancêtres, mais aussi les liens de parenté, les charges occupées, les oeuvres publiées... Le jokbo permettait de passer les concours nationaux, mais aussi d'être exempté de corvées et de service militaire. Il entérinait ainsi une société hiérarchisée à castes fermées. Dès le XVIIe siècle, se développa un commerce de ces jokbos, certains nobles " ouvrant " une place dans leur généalogie à un homme du commun pour de l'argent. De faux jokbos furent même publiés, et on s'achetait ainsi un nom, une ascendance et une position sociale. En 1807, un scandale éclata autour de ces faux jokbos qui faisaient la richesse des imprimeurs, révélant les failles de cette société rigide élitiste. Cette pratique aristocratique disparut cependant avec les yangbans. De plus, les Japonais, pendant l'occupation (1910-1945), détruisirent nombre de ces livres dans une tentative de " déculturation ". Malgré tout, on continue à rédiger et à publier ces arbres généalogiques, mais de manière plus démocratique que dans le passé. Les femmes a priori n'apparaissaient pas, sauf quand elles donnaient une descendance (mâle). Il y avait des jokbos spéciaux pour l'ascendance matrilinéaire, mais simplifiés. Désormais, les femmes et filles apparaissent, mais par leur nom seulement. Leur descendance ou ascendance n'est pas développée. Parallèlement à la pratique de la signature, les Coréens continuent à utiliser des sceaux (tojang) calligraphiés et enregistrés auprès d'un bureau spécial.

Famille

La structure de base de la société coréenne est traditionnellement la famille, entendue au sens large. Les parents, la famille étendue, le clan, tous les membres de ces groupes concentriques se sentent liés par un lien sanguin et moral très fort. Dans la société de Joseon dominée par le néoconfucianisme, une des valeurs principales était le hyo ou piété filiale. C'était lui qui donnait sa forme à toutes les relations sociales en fondant l'unité familiale. Sur la piété du fils à son père se modelait l'hommage des descendants aux ancêtres du clan, ciment de la continuité clanique. Par extension, le respect dû au souverain était calqué sur ce mode fondamental : le jung ou loyauté envers le roi était une évolution naturelle du hyo au niveau de l'Etat. La famille royale était ainsi considérée comme la famille par excellence (Jongkuk) à la tête de toutes les familles du pays. Le roi, chef de cette famille suprême, était ainsi le père (Gunbu) de ses sujets-fils (Sinha) et c'est ainsi que ces derniers lui devaient respect et loyauté. Ce patriarcat national fondé sur les concepts de hyo-jung conduisait l'ensemble de la société. On peut dire que, malgré la disparition de Joseon et l'évolution de la société, ce modèle prévaut encore. Les cercles concentriques familiaux ne s'arrêtent pas au clan mais englobent tous les groupes auxquels l'individu appartient, jusqu'au cercle suprême de la nation. Les rapports entre les individus reproduisent ainsi en loyauté et respect les mêmes valeurs à tous les niveaux de la société. A la lumière de ces valeurs, on peut comprendre la culture coréenne, cette société " de groupes " non individualiste ou " société du nous ".

Travail

Les Coréens sont non seulement très attachés à leur entreprise, mais aussi très travailleurs. Il n'est pas rare de voir, dans certains bureaux, les employés rester jusqu'à des heures très tardives, simplement parce que le supérieur est encore dans les locaux. Les Coréens passent ainsi l'essentiel de leur temps sur le lieu de travail, ce qui a des effets non négligeables sur la vie sociale. Les amis sont des collègues de bureau, les rencontres se font également souvent sur le lieu de travail, et dans cet univers la vie de famille devient presque secondaire.

Enfants

La Corée du Sud serait le pays disposant du plus faible taux de reproduction au monde. Une espérance de vie en hausse constante, des mariages plus tardifs, le travail des femmes et les pressions sociales liées aux congés maternité sont des facteurs qui expliquent, comme dans d'autres sociétés (le Japon en tête), le recul des naissances. Le taux de natalité est tombé à 1,19 enfant par femme. A tel point que la question devient préoccupante, dans un pays qui ne dispose pas de politique d'immigration dynamique, et s'inquiète du vieillissement de sa population. Le gouvernement s'efforce de mettre en place des politiques d'incitation, mais les statistiques restent désespérément moroses. Il s'agit d'un problème qui prendra de plus en plus d'importance dans les prochaines années.

Homosexualité

Société très conservatrice, la Corée du Sud s'ouvre peu à peu à la tolérance concernant l'homosexualité, même si le sujet reste encore largement tabou. Séoul se distingue cependant du reste du pays, notamment dans certains quartiers comme Itaewon, où plusieurs bars et clubs sont les lieux privilégiés de la communauté gay. On compte également désormais plusieurs célébrités qui ne cachent plus leur homosexualité, et les transsexuels sont également mieux acceptés. Mais il reste encore beaucoup de chemin à faire.

Mœurs et faits de société
Nonnes bouddhistes en prière.
Nonnes bouddhistes en prière.
Tempérament national

Pour ceux qui ont voyagé dans d'autres pays d'Asie du Nord-Est, le tempérament des Coréens apparaîtra vite comme original. Les Coréens, pour parler par généralités, apparaissent d'un naturel spontané. Ils aiment boire, chanter, danser, s'amuser en groupe et partager, ils sont accueillants, curieux des autres, et très tendres avec les gens qu'ils aiment. Leur caractère spontané, qui leur vaut le surnom de " Latins d'Asie ", les rend parfois violents, surtout lorsqu'ils ont bu. En général, ils disent ce qu'ils pensent, parfois avec une désarmante candeur. Ils vous aiment aussi vite qu'ils vous détestent : il ne faut jamais perdre de vue qu'en Corée, le moment présent prime, ainsi que les impressions et les sentiments partagés. Cela explique bien des attitudes déroutantes : quelqu'un qui tout juste rencontré vous fait de grands compliments et vous déclare qu'il vous aime mais vous " lâche " quelque temps après. L'inconséquence n'en est pas responsable, mais plus le changement de l'humeur du moment et de l'atmosphère. Il ne faut ni s'en étonner ni s'en formaliser. Cette culture des émotions privilégie ainsi le senti sur le pensé. Il faudra donc toujours être attentif à l'ambiance et à la situation, qui dictent les limites de ce qui peut être fait et dit, sans règle a priori. Les Coréens sont donc d'une grande sensibilité, et même s'il est mal vu pour un homme de pleurer, la culture coréenne a tendance à être plutôt " dramatique ". Tout cela semble bien opposé à ce que nous connaissons de la culture confucianiste. Et il y a en effet une contradiction fondamentale : la culture néoconfucianiste va en quelque sorte à contre-courant du tempérament coréen. Cette tension entre les prescriptions rigides du confucianisme et ce naturel spontané et émotif engendre bien des paradoxes observables dans le comportement et la culture des Coréens. Il s'agit bien d'une tension, qu'il faut souvent évacuer par la violence et la boisson le soir venu mais aussi par l'expression artistique, voire magique avec le chamanisme. Le néoconfucianisme, l'idéologie au service du pouvoir, ne s'est en effet pas imposé sans mal : elle est une lutte entre un tempérament et une idéologie qui donne son caractère propre à la Corée, et que le folklore exprime si profondément.

Syndrome du prince (Wangja byeong)

Les nouvelles générations, qui n'ont connu ni la guerre ni les privations, ont vécu jusqu'à présent dans une société d'opulence et de consommation. Avec la tendance de l'enfant unique, les nouveau-nés, surtout les garçons, deviennent vite l'objet d'un culte familial. Si la mère ne travaille pas, elle passera tout son temps à l'éduquer et à le gâter. Plus tard, le couple consacrera une très large part de ses économies à ses études : instituts, cours privés, université (certains parents contractent des prêts à ces fins dès la naissance de l'enfant). Guère étonnant dès lors que ces enfants-rois aient tendance à se prendre pour des princes, d'où l'expression très à la mode de wangja byeong (syndrome du prince), qui possède son équivalent féminin (kongju byeong) et même ses degrés (hwangjae byeong : maladie de l'empereur). Les plus fortunés, dotés parfois de millions de wons d'argent de poche mensuel, se retrouvent dans les discothèques et les karaokés branchés d'Apgujeong à Séoul, où ils dépensent des fortunes : ce sont les membres de l'oraenji jok (tribu orange), ceux qui boivent du whisky-orange. Ce syndrome ne concerne pas que les jeunes. La société coréenne d'après-guerre et son incroyable enrichissement économique ont bouleversé les valeurs et hiérarchies traditionnelles. En quelques années, par exemple, les paysans du sud du fleuve Han, lors du développement de Séoul après 1988, sont devenus millionnaires en vendant leurs rizières. Ces bouleversements ont créé quelques confusions, et désormais, comme le disait avec humour un Coréen, 80 % de la population descend de la famille royale !

Mariage

Dans la société coréenne (comme au Japon), le mariage est fondamentalement une pratique sociale, qui n'inclut pas a priori l'amour ou les sentiments. Il s'agit d'un contrat opéré entre deux familles pour perpétuer un clan. On a ainsi recours aux services d'une entremetteuse pour trouver la ou le partenaire idéal, et les familles communiquent des informations multiples sur les " candidats ", qui associent critères physiques, sociaux, ou encore intellectuels, et incluent les hobbies, les expériences ou encore les objectifs professionnels. En plus des considérations sociales contenues dans ces véritables CV, il y a aussi des éléments astrologiques qui entrent parfois en jeu. Quand on a enfin trouvé le bon partenaire, parfois suite à de nombreuses rencontres dans des lobbies d'hôtels (le coréen a des anglicismes comme " blind date " pour désigner ces rencontres organisées par des amis ou autres entremetteurs) ou à des échanges de photos, tout va très vite. Une cérémonie ni religieuse ni administrative a lieu dans un wedding hall pour consacrer cette union. Ce sont pour les étrangers des cérémonies déroutantes, car tout se passe rapidement, on laisse une enveloppe d'argent dont on note soigneusement le montant et le nom du donateur, on mange dans une sorte de réfectoire et on s'en va. Les mariés font les photos de rigueur dans un parc et partent en voyage de noces pour se " connaître ", souvent à Jejudo. Avec le changement de la société, on compte de plus en plus de mariages d'amour, non arrangés, et le romantisme occupe une place de plus en plus importante. De même que les choix de vie personnel (célibat, etc...). Il n'empêche qu'il y a encore beaucoup de mariages décidés par la famille, et même forcés.

Jeunes couples

Si les mariages arrangés entre familles restent importants, les jeunes couples s'efforcent de vivre des relations sentimentales normales, qui parfois vont jusqu'au mariage. Le problème concerne le consentement des familles, mais aussi les opportunités de lieux de rencontres. A ce problème culturel s'ajoute celui du manque d'espace, les jeunes vivant généralement chez leurs parents jusqu'au mariage. Les jeunes couples ont ainsi souvent recours, comme au Japon, aux love hotels, où ils peuvent se retrouver en toute intimité. C'est pour cette raison qu'on trouve à Séoul de nombreux établissements de ce type dans les quartiers universitaires.

Religion
Fête anniversaire de Bouddha.
Fête anniversaire de Bouddha.

La Corée du Sud est un pays très tolérant en matière religieuse. On y trouve de nombreux cultes et de nombreuses sectes, dont la célèbre secte Moon. D'ailleurs, une partie de la population est athée. Sous l'occupation japonaise (1910-1945), sur 23,5 millions de Coréens interrogés, moins d'un million avouaient avoir une foi, plus de la moitié étant chrétiens. Cette situation peut étonner dans un pays d'ancienne tradition religieuse, bouddhiste, chamaniste, confucianiste et autres. En fait, l'élite dirigeante de Joseon pratiquait les rites confucianistes et le néoconfucianisme avait la fonction d'une religion officielle. Dans les campagnes, le chamanisme et d'autres rites populaires étaient pratiqués depuis toujours. Le bouddhisme, bien qu'ostracisé sous Joseon, était encore actif en milieu rural. Mais toutes ces religions n'en sont pas vraiment, surtout dans l'esprit des Coréens d'alors. Ce sont des cultes, des pratiques, des croyances, et il n'est pas requis de s'en réclamer d'une en particulier, ni d'en pratiquer une à l'exclusion des autres. Ce ne fut pas le cas du christianisme. Il s'agit d'une foi distincte qui interdit d'autres croyances et la pratique de rituels considérés comme " païens ". Les chrétiens se disant fièrement chrétiens, les autres Coréens ont commencé à se donner eux aussi des étiquettes et à s'identifier à une religion particulière. Après la libération, les Coréens ont pu reprendre leurs cultes " nationaux ", libérés de l'obligation de suivre la religion japonaise shinto. Les chrétiens devinrent de plus en plus nombreux, et le nombre de bouddhistes augmenta également, ou plutôt le nombre de Coréens qui affichaient enfin leur foi dans le bouddhisme. Ils sont désormais un peu plus nombreux que les chrétiens (plus d'un quart de la population). Les religions indigènes n'ont plus que de rares fidèles. Le confucianisme est pratiqué par l'ensemble des Coréens pour certains rites funéraires et cultes aux ancêtres, mais peu de gens se disent confucianistes. Bien que de nombreuses personnes aient recours à un chaman, aucun Coréen ne se dit chamaniste, car ce n'est pas en soi une religion. Comme autrefois, de nombreuses croyances et pratiques subsistent qui ne s'affichent ou ne s'étiquettent pas et qui se mélangent à d'autres. Inversement, parmi les religions affichées, on observe de grandes différences dans la pratique réelle.

La Corée du Nord est officiellement athée, mais depuis quelques années, on assiste à l'émergence de quelques associations bouddhistes et chrétiennes qui montrent qu'un demi-siècle de dictature n'a pas réussi à éradiquer en profondeur le sentiment religieux.

Bouddhisme

Il est difficile au premier coup d'oeil de réaliser l'importance du bouddhisme en Corée, à cause, d'une part, de l'importance prise depuis un siècle par le christianisme et l'omniprésence ostentatoire des églises et, d'autre part, de la relative absence de lieux de culte bouddhiques dans les villes. Depuis Joseon en effet, les temples ont été bannis des centres urbains et ont trouvé refuge dans les montagnes. Il n'empêche qu'une grande partie de la population se dit bouddhiste et que l'on ne peut comprendre la culture coréenne sans appréhender cette " religion ". Son histoire sur la péninsule est quasiment aussi ancienne que l'histoire même du pays, et elle fut longtemps religion officielle. Malgré le bannissement dont il fut l'objet sous la dynastie Yi, le bouddhisme a laissé sa trace dans les arts, les mentalités, les traditions du peuple coréen.

Le bouddhisme en Corée

Le bouddhisme arrive en Corée avec la culture chinoise vers la fin du IVe siècle de notre ère. Il est tout d'abord adopté par les monarques et les élites dirigeantes comme un outil pour fortifier le pouvoir royal. La théorie du karma justifie en effet la position des dirigeants. Petit à petit cependant, les rois des Trois Royaumes accueillent des missionnaires venus de Chine et d'Asie centrale, favorisent la construction de temples et adoptent le bouddhisme comme religion officielle (les dates traditionnelles sont 372 pour Goguryeo, 384 pour Baekje, 572 pour Silla) ; le bouddhisme se répand alors dans les basses classes de l'aristocratie puis du peuple. Ce lien originel du bouddhisme et du pouvoir royal explique en partie l'aspect nationaliste du bouddhisme coréen, qualifié de hoguk (" protection de la nation "). Par exemple, au XIe siècle, la dynastie Goryeo passe 70 ans à faire graver dans le bois les 81 000 planches du Tripitaka, le canon des écritures bouddhiques. L'intention originelle était d'acquérir du mérite pour attirer la protection de Bouddha contre l'invasion des Khitans. Détruite deux siècles plus tard par les Mongols, cette oeuvre gigantesque et unique sera regravée, et on peut toujours l'admirer au temple Haeinsa. Toujours sous Goryeo, il y avait un examen civil pour les moines, qui leur permettait d'acquérir un rang dans le mandarinat. Ce système sera aboli en 1508 sous Joseon. En effet, la dynastie Yi se proclame néoconfucianiste et fait la guerre au bouddhisme, ensemble de superstitions dangereuses pour l'Etat. Les temples perdent alors la plupart de leurs terres autrefois non imposées, le nombre des moines est contrôlé et ils ne sont plus comme dans le passé les conseillers privilégiés des rois. Ils sont même désormais interdits en robe cléricale à Séoul, ainsi que les temples bouddhiques qui sont détruits. Ils iront prendre refuge dans les montagnes profondes et c'est de là qu'ils iront pénétrer les villages où le bouddhisme sera peu à peu intégré aux religions populaires.

Malgré cet ostracisme officiel, le bouddhisme continue à vivre et il arrive même que l'on fasse officiellement appel à lui, comme pour guérir les épidémies ou lors de l'invasion japonaise au XVIe siècle. Son influence sur la culture est cependant très profonde. Ce sont les moines qui ont rapporté l'architecture et la peinture de Chine. La sculpture fut jusqu'au XXe siècle essentiellement bouddhique en Corée. Aujourd'hui, un tiers des trésors nationaux sont des oeuvres d'art bouddhiques. Sous les dynasties de Silla et de Goryeo, la littérature est inspirée par cette religion, et de nombreux écrivains sont des moines. Cette influence s'inverse sous Joseon, au profit d'autres religions comme le christianisme. Il n'y a de nos jours qu'une seule université bouddhiste, Dongguk à Séoul. Les dignitaires sont absents des grands problèmes du XXe siècle, à deux grandes exceptions près : Han Yong-un et Go eun (Ko-on). Han Yong-un (1879-1944) est un moine qui aida à la restructuration du bouddhisme coréen. Il est surtout célèbre pour avoir été l'un des deux bouddhistes (sur 33 personnes) à avoir signé la déclaration d'indépendance du 1er mars 1919. C'était également un grand poète, comme Ko-eun (né en 1933) qui fut moine de 1953 à 1962 seulement, mais qui demeura influencé par les thèmes bouddhiques dans toute son oeuvre de poète et d'écrivain. Dans les années 1970, il s'engagea dans la lutte pour la démocratie. Mais à part eux, le bouddhisme fut absent de ce siècle riche en bouleversements, en partie à cause de l'ostracisme dont il avait été la victime, en partie aussi à cause de sa doctrine qui prêche fondamentalement le détachement. Il lui fallut ainsi attendre 1990 pour qu'il ait sa propre chaîne de radio. La plupart des moyens de communication étaient jusqu'alors accaparés par le christianisme en plein développement en Corée durant ce siècle. Ce dernier est ainsi devenu symbole de modernité, alors que le bouddhisme est rattaché au passé comme faisant partie de la tradition culturelle coréenne. Le bouddhisme a dû alors emprunter au christianisme sa terminologie et ses techniques. Après 1980, les penseurs bouddhistes ont essayé de donner du bouddhisme une image de doctrine activiste concernée par les pauvres et les oppressés. En 1986 et 1987, on a vu, pour la première fois, des moines en robe manifester dans les rues de Séoul.

A la même époque, les intellectuels parlent de bouddhisme " minjung ", terme utilisé à l'origine par les prédicateurs chrétiens pour parler des masses qui ont payé le prix de la modernisation sauvage et à qui l'on doit donner aide et amour. Le bouddhisme, par sa tradition des bodhisattva, a essayé de récupérer ce mouvement qui a eu en fait peu d'impact sur les fidèles. Le bouddhisme est d'autre part traditionnellement implanté à la campagne. L'ordre Jogye, la principale secte bouddhique en Corée, a ainsi les deux tiers de ses temples dans les montagnes, 1 sur 5 seulement dans les grandes villes. A Séoul, les chrétiens dépassent les bouddhistes en nombre, alors que c'est l'inverse dans les campagnes. D'où la construction, dans les 10 dernières années, de centres urbains de méditation et la formation de sociétés laïques dans les villes qui recréent le lien social manquant entre les fidèles. La musique bouddhique aussi a été modernisée selon les principes des hymnes chrétiens si populaires auprès des croyants coréens. Une bible bouddhique a même été publiée en 1972, malgré les différences et contradictions des sutras et l'ampleur du corpus. Le réseau câblé offre désormais une chaîne télévisée bouddhique.

Mais le bouddhisme laïc tel qu'il est pratiqué dans les villes reste très différent du bouddhisme monastique. Ce dernier est cependant moins sectaire en Corée qu'au Japon ou en Chine, et l'on observe une tendance oecuménique vers le syncrétisme, ce qui est typique du bouddhisme coréen. C'est l'héritage de deux grands moines, Wonhyo et Jinul. Wonhyo (617-686) est toujours resté en Corée et il ne subit aucune influence particulière de la Chine. Il n'était ainsi le disciple d'aucune école et essaya par ses écrits d'harmoniser les différentes lectures des sutras. Il resta ainsi un symbole du " bouddhisme total ". Son approche demeurait tout de même intellectuelle, et sous la dynastie Goryeo elle rencontra une concurrente dans le seon, mieux connu sous son nom japonais de zen, arrivé en Corée à la fin de Silla. L'école Seon voit dans les écritures et leur étude une forme du désir qui retarde l'éveil plus qu'elle ne l'aide. Aussi cette école favorise-t-elle la méditation et " l'illumination soudaine ". Elle a encore de nos jours beaucoup de succès en Corée. Mais sous la dynastie Goryeo, le moine Jinul (1158-1210) essaya de réconcilier les deux approches doctrinaires et seon : il préconisait l'étude approfondie des sutras avant de s'attaquer à la pratique de la méditation. Ce système en deux étapes est devenu le modèle de la vie monastique en Corée.

En 1991, on dénombre seulement en Corée 25 000 moines et nonnes, pour environ 12 millions de fidèles laïcs (20 millions selon les sources bouddhiques). Parmi ces laïcs, les différences de pratiques sont très grandes. Certains poursuivent dans leur vie mondaine les mêmes buts spirituels que les moines dans leur monastère. D'autres, certainement les plus nombreux, considèrent les bouddhas et bodhisattva comme des divinités susceptibles de les aider matériellement dans ce monde. On trouve ainsi dans les temples bouddhiques des autels dédiés au dieu de la montagne, à l'esprit de la bonne fortune, des tas de pierres élevés pour des voeux, et bien d'autres concessions aux superstitions populaires. En fait, il est difficile de faire la différence parfois entre bouddhisme et chamanisme. Les chamans s'appellent eux-mêmes bodhisattva (bosal en coréen) et ils utilisent la svastika bouddhique à l'entrée de leurs maisons et autels. Puisque les chamans et leurs clients se disent bouddhistes, combien de " vrais " bouddhistes y a-t-il en Corée ? Ce qui est sûr, c'est que de plus en plus de Coréens s'avouent bouddhistes. Dans les années 1920 et 1930, 200 000 personnes seulement avouaient leur lien à cette religion. Après la libération, on en trouvait 700 000 au Sud seul (1962). Depuis, le nombre de bouddhistes n'a cessé d'augmenter. Cette croissance n'est pas clairement explicable. On peut penser qu'il y a moins de honte et plus de fierté avec le développement économique du pays à se réclamer d'une religion traditionnelle qui fait partie de l'héritage coréen. C'est peut-être dû aussi à l'habitude occidentale introduite par les chrétiens en Corée de s'identifier à une orientation religieuse. Les fidèles font peu de donations, assistent peu aux services, lisent peu les textes bouddhiques. Ce sont plutôt des femmes, vivant dans les régions rurales (où l'on trouve deux bouddhistes pour un chrétien), ils sont moins diplômés que les chrétiens (7 % seulement des diplômés sortants de l'université) et en moyenne plus âgés. Est-ce que cela veut dire que le bouddhisme en Corée risque de disparaître avec le temps et le dépeuplement des campagnes ? Rien n'est moins sûr, car il est désormais riche, riche d'argent (il suffit de voir les restaurations et agrandissements, pas toujours heureux, que subissent la plupart des temples) et riche de fidèles (le plus grand nombre depuis son introduction en Corée). Il a su s'adapter aux temps modernes et attire même des Occidentaux désireux de s'initier dans ses temples à la méditation. La Corée du Nord athée a même fini par l'accepter, et il y a, à Pyongyang, le siège de la Fédération bouddhiste coréenne qui regroupe quelques milliers de fidèles.

Croyances populaires et chamanisme

Les religions étrangères ont en général été adoptées par les élites, tandis que le peuple conservait ses croyances. Ces croyances populaires, traces de la religion primitive des Coréens, subsistent encore de nos jours, plus ou moins mélangées aux religions importées de Chine ou d'Occident, plus ou moins altérées par la vie moderne. Le chamanisme coréen est particulièrement vivace et a gardé une forme assez pure, même si ses pratiques ont été influencées par le bouddhisme et le taoïsme. Les croyances populaires, qui comprennent le culte des dieux du foyer, du village et de la nature, ont été mélangées à ce dernier, et il est difficile de déterminer leurs limites respectives, même si à l'origine il semblerait que ce soient deux religions distinctes.

Croyances populaires

La religion populaire autochtone comprend le culte de plusieurs dieux du foyer. Il est difficile d'estimer dans quelle mesure ces pratiques sont encore répandues. Un des plus anciens dieux vénérés est le dieu des ancêtres, généralement connu sous le nom de josang danji ou " jarre des ancêtres ". On remplit une petite jarre de riz et on la recouvre de papier blanc. La maîtresse de maison fait des offrandes au dixième mois lunaire et prie devant la jarre pour le bien-être de la famille. Ce culte est en relation avec la fertilité des terres et aussi des femmes. Le dieu est parfois appelé " grand-mère ". Un autre dieu présent dans les maisons est le dieu du maître de maison. Une jarre (seongju) est remplie de riz ou d'orge et est placée sur une étagère du maru. Dans certaines provinces du Sud, la jarre est remplacée par un morceau de papier blanc accroché au plafond. C'est encore la maîtresse de maison qui s'occupe des offrandes et prières à ce dieu protecteur du chef de famille, qui est aussi vénéré dans un rituel chamaniste. Le dieu du feu, appelé " grand-mère ", est représenté par un petit bol d'eau placé dans la cuisine. C'est aussi la maîtresse de maison qui s'occupe de ce dieu, mais avec une attention spéciale, car c'est son dieu. Il y a également un rituel chamaniste dédié à ce dieu. Dans la cour du fond où les femmes entreposent les grandes jarres de gimchi et de soja se trouvent les dieux du site de la maison (teoju) et de la richesse (eup). Le premier est représenté par un petit fagot de paille contenant une jarre remplie de riz. Le deuxième prend la forme d'un petit tas de paille posé à plat à côté du précédent, creusé d'une cavité où est censé habiter un serpent. La maîtresse de maison s'occupe également de ces cultes une fois par an par des offrandes (gâteaux de riz, eau fraîche, poisson séché). Il faut encore mentionner le dieu de la porte et celui des toilettes (une jeune femme au caractère pervers). Comme on l'a vu, tous ces dieux (sauf dans la province du Gangwon-do) sont vénérés par les femmes, alors que les hommes s'occupent du culte confucianiste des ancêtres. Ces divinités n'ont aucun lien entre elles, pas même de hiérarchie, et leur fonction est toujours liée à la richesse et au bien-être du foyer.

Il y a encore le culte au dieu du village. Ce dieu tutélaire protège les habitants (il peut aussi y en avoir plusieurs pour un seul village). Ce culte a presque disparu avec la modernisation et le mouvement du saemaeul (nouveaux villages), mais on peut encore en voir des traces dans les provinces reculées. Au sud, le dieu tutélaire est un vieil et grand arbre, souvent entouré de cordelettes de paille où pendent des bandes de papier blanc. Il n'est pas rare de voir une route séparée en deux pour éviter cet arbre placé sur son tracé. Au centre de la péninsule, ce dieu est censé habiter dans un grand arbre sur une colline, et non être l'arbre lui-même. Dans certains villages, le dieu est une pierre placée dans un autel, une statuette de bois, l'autel lui-même... Le dieu, qui est le plus souvent un dieu de la nature, est parfois un personnage historique, comme dans les provinces du Sud-Est où le dieu appelé golmaegi représente en fait le fondateur du village. Le service rituel est tenu le 15 du premier mois lunaire, ou parfois à une autre date jugée plus propice. Un maître et un vice-maître de cérémonie sont choisis selon leurs horoscopes. Ils préparent de la nourriture face à ces dieux, comme pour un ancêtre, puis brûlent des morceaux de papier, un pour chaque famille. La cérémonie se termine par des offrandes de nourriture. Le lendemain, les maîtres de cérémonie rendent compte du rituel devant les villageois réunis, et s'il y a un groupe local de musique, il joue et danse à ce moment-là. Chaque village et chaque province a (avait) ses propres rites et dieux. On peut constater l'aspect communautaire et totémique de ces rites forts anciens.

Chamanisme

Le chamanisme est certainement la plus vieille religion du monde, et on la trouve tout autour du globe. Elle est surtout vivace en Asie du Nord-Est, et c'est des plaines d'Asie centrale que vient la forme de chamanisme pratiquée en Corée de nos jours encore. Parce qu'il s'agit d'exorcismes et de rituels propitiatoires, les Coréens font toujours appel aux chamans. C'est autour de ces derniers qu'est centrée cette religion, car c'est eux qui rentrent en contact avec les dieux ou esprits lors de rituels extatiques codifiés. Il est difficile d'estimer le nombre de " croyants ", car le chamanisme est plus un ensemble de pratiques et de superstitions qu'une religion organisée, et il emprunte beaucoup au bouddhisme, taoïsme, etc. C'est pourquoi la plupart des clients des chamans ne se disent pas " chamanistes ", ayant souvent leur propre religion. La croyance répandue parmi les Coréens de toutes générations dans les esprits et fantômes explique que cette religion ait pu survivre à la modernisation du pays. On peut avoir la chance d'assister à un exorcisme (gut) dans les montagnes sacrées (en particulier le Gyeryeongsan et le Taebaeksan), dans l'île de Jindo, lors du festival Dan-o à Gangneung ou en se promenant dans le quartier de Guksadang à Séoul. C'est le quartier des chamans, avec de pseudo temples bouddhiques, des autels dans la montagne, et des maisons de chamans repérables à la svastika sur leur porte. En province, les maisons plantées d'une longue tige de bambou supportant un drapeau à svastika sont également des maisons de chamans. Un rituel coûte souvent assez cher, selon ce que l'on réclame.

Le chaman est en général une femme (mudang ou mansin), bien qu'il y ait aussi des hommes (baksu), dont certains s'habillent en femme si l'esprit qu'ils ont " reçu " est féminin. Il faut, pour devenir chaman, avoir expérimenté la maladie des chamans, qui est comparable à l'hystérie clinique : souffrances corporelles, délires, hallucinations, rêves de démons et de dieux, le plus souvent au moment de l'adolescence. Lorsque de tels symptômes apparaissent, la jeune femme se rend chez une chaman qui va devenir sa marraine. Elle prend l'esprit qui lui est apparu en rêve comme dieu tutélaire et reçoit une formation d'environ 5 ans aux rituels compliqués. Une cérémonie officialise alors son entrée dans le monde des chamans. Un chaman a un autel, parfois dans un bâtiment séparé, parfois dans sa propre chambre. Son dieu et ses instruments y sont conservés. La fonction principale des chamans est de pratiquer les rituels. Ceux-ci sont de durée variable, mais ils durent en général deux jours. Le chaman ne peut officier seul, aussi sont-ils en général quatre ou cinq, plus un groupe d'au moins cinq musiciens. Les instruments sont essentiels pour rythmer le rituel et les chants qui l'accompagnent ; ce sont le tambour-sablier, le gros tambour, le gong, le pipeau et un petit violon. Les cérémonies peuvent avoir pour but d'attirer la bonne fortune sur un bateau, un taxi, une entreprise, etc., but le plus populaire de nos jours. Il peut aussi s'agir d'exorcismes contre la maladie physique ou mentale, ou pour pacifier l'esprit d'un mort.

Les chamans célèbres et talentueux ont en général des clients avec lesquels ils entretiennent des relations privilégiées et qui sont comme des protecteurs. On trouve quatre éléments principaux dans une cérémonie chamaniste : la musique, la danse, les chants et paroles, les vêtements du chaman. En effet, celui-ci va se changer plusieurs fois, revêtant selon le rituel les habits d'un moine, d'un militaire, d'un fonctionnaire... La danse et la musique sont d'abord lentes pour invoquer les esprits et dieux. Puis le rythme s'accélère à mesure que le chaman entre en extase : il est devenu l'intermédiaire entre l'esprit et les hommes, et c'est par sa bouche que s'exprime la divinité. Le rituel dure des heures pendant lesquelles le chaman dialogue, monologue, danse, chante, plaisante, accomplit des rituels complexes, des sacrifices d'animaux... Ses paroles sont un mélange de codification et d'improvisation. Un gut (cérémonie) comprend en général 12 rituels (geori). Ils sont adaptés au but de la cérémonie. Pour pacifier un esprit mort, on rajoute un rituel qui met en scène la princesse Pari. Septième fille d'un roi qui voulait un garçon, elle fut abandonnée et mena une vie difficile et obscure, jusqu'à ce qu'elle parte à la recherche d'un médicament pour sauver son père malade. Après l'avoir soigné, elle alla au ciel et devint la gardienne des chamans. On observe en Corée de grandes variations régionales dans le chamanisme. Le pays est séparé en deux le long d'une ligne qui passe au sud de la province du Gyeonggi. Le chamanisme du Nord est celui que nous avons décrit, avec danses, chants, extases, changements de vêtements. Au sud, les chamans ne chantent pas, ils ne sont pas en extase, ils restent la plupart du temps assis avec le même vêtement et récitent des prières pour attirer la bienveillance des dieux, mais ne parlent pas à leur place. Leur rôle est souvent assimilé à celui des devins et diseurs de bonne aventure. De plus, ils ont des liens très forts avec leurs clients qui ne peuvent être coupés aisément et ils officient sur un territoire déterminé qui leur appartient (dans le Jeolla-do). Ce chamanisme du Sud est en voie de disparition, et celui qui est le plus représenté de nos jours serait pratiqué par des chamans ayant fui la Corée du Nord et qui auraient imposé leur style au sud. Quoi qu'il en soit, il suffit d'assister à une cérémonie pour réaliser que le rôle des chamans est d'attirer la bonne fortune et de repousser le mauvais sort, mais aussi parfois de divertir la population, comme le montre le rituel satirique pratiqué dans certaines provinces.

Taoïsme

Le taoïsme est lié à la figure du sage chinois Lao-Tseu (Lao-zi), auteur présumé du fameux Tao Tö King, le Traité de la Voie et de la Vertu. Lao-Tseu aurait vécu entre le VIe et le IVe siècle av. J.-C. (les dates traditionnelles contestées sont 604-520 av. J.-C.). Son ouvrage énigmatique traite par aphorismes de métaphysique, de morale, de politique, aborde différents thèmes et concepts qui semblent inhérents à la pensée chinoise la plus ancienne. Par exemple, on y trouve les principes yin (élément féminin, la nuit, l'eau ; eum en coréen) et yang (élément masculin, le soleil, le feu ; idem en coréen). La première partie de son livre parle du tao (la Voie, Do en coréen), principe métaphysique de l'univers. Il est très difficile de résumer son propos, exprimé dans une langue dense et souvent ambiguë. Toujours est-il que l'on peut rapprocher sur certains points le contenu de sa philosophie du bouddhisme, ce qui explique pourquoi ce dernier s'adapta si bien en Chine. Son principe éthique, largement développé dans la seconde partie de l'ouvrage pour son aspect plus pragmatique, est le wu-wei, le " sans-but ", sorte de laisser-faire qu'il ne faut pas résumer à un simple fatalisme (on traduit aussi " non-agir "). Il s'agit de suivre le tao, le principe naturel, sans essayer d'imposer aux choses un cours humain non naturel, factice.

Mais le taoïsme ne devint pas vraiment populaire par cet ouvrage ardu et mystique. Les successeurs de Lao-Tseu écrivirent des ouvrages bien plus vastes, recueils d'anecdotes souvent contradictoires et paradoxales qui furent à l'origine du taoïsme populaire. Ce dernier recherche par la magie et l'alchimie l'immortalité, thème déjà abordé par Lao-Tseu, mais de manière métaphorique, avec un sens proche du concept bouddhique de nirvana. Ces disciples imaginèrent des îles-paradis, Shu-san, montagnes de l'Eternité, où se réfugient les immortels, situées à l'est de la Chine. La Corée a quelquefois été considérée comme un des lieux possibles de ce paradis. Ce taoïsme pragmatique accueillit tout un panthéon de dieux à vénérer pour se ménager la bonne fortune. On ne peut parler véritablement de religion, bien qu'il y ait des divinités, les San-sin (dont Lao-Tseu lui-même), des autels et toutes sortes de pratiques magico-religieuses. Toujours est-il que le taoïsme, philosophie vénérable et profonde, ne fut plus connu en Chine que par son aspect populaire et magique. Il nourrit la divination (avec l'utilisation des trigrammes divinatoires, inspirés du Yi Jing, le Livre des transformations), la géomancie et beaucoup d'aspects de la culture chinoise qui pénétra en Corée. C'est sous cette forme que le taoïsme se répandit et qu'il influença le bouddhisme, le confucianisme, la conception cosmologique elle-même...

On ne peut donc pas parler en Corée de religion taoïste, car il n'y a pas d'adeptes avoués. Mais on ne saurait négliger cet ensemble de croyances et de pratiques dont l'influence sur la culture coréenne est très profonde. On le voit dans les temples bouddhiques, dans les palais, dans la peinture populaire (minhwa), où les couleurs et motifs taoïstes (en particulier les 10 symboles de longévité) sont utilisés. Beaucoup de jardins représentent les îles du paradis taoïste au milieu d'un bassin, comme Anapji, à Gyeongju, ou Biwon, à Séoul. On le sent encore dans les principes de la géomancie (pungsu) et de la divination (par exemple, l'astrologie chinoise basée sur des années d'animaux), et même dans le chamanisme. Son influence est évidente dans le drapeau sud-coréen, le Taegukgi : au milieu, le yin et le yang entrelacés, autour, les 4 trigrammes de base. La médecine coréenne doit également beaucoup aux alchimistes taoïstes.

Confucianisme

La Corée est, dit-on, le pays le plus confucianiste du monde. Il est difficile de déterminer si le confucianisme est ou non une religion, et, comme on l'a vu, la grande majorité des Coréens qui suivent une religion sont chrétiens ou bouddhistes. Mais même ces derniers adhèrent aux valeurs du confucianisme dans leur vie quotidienne et pratiquent régulièrement ses rituels de base. Ce système de valeurs et de pratiques traverse ainsi toutes les couches et tous les niveaux de la société et de la culture coréenne contemporaine. Son origine est ancienne en Corée, mais il commença à prendre le pas sur le bouddhisme et à devenir le système absolu de référence de l'élite dirigeante à partir du royaume de Joseon (1392-1910) qui l'adopta comme " religion " d'Etat.

Le confucianisme en Corée

Le confucianisme arriva en Corée autour du IVe siècle de notre ère, mais il n'eut pas d'impact profond sur la société avant la dynastie Goryeo et l'introduction du néoconfucianisme. Devenue idéologie officielle de la dynastie Yi en 1392, son influence remplaça peu à peu celle du bouddhisme et remodela complètement la société coréenne. Durant le premier siècle de Joseon, il présida aux réformes du gouvernement. Au XVIe siècle, de grands philosophes coréens, dont Yi Yi et Yi Hwang, donnèrent un accent autochtone au néoconfucianisme. C'est à partir de cette époque que fleurissent hyanggyo et seowon, écoles et académies confucianistes. Aux XVIIe et XVIIIe siècles, la société coréenne se transforma en profondeur dans les domaines de la famille et de la lignée, avec en particulier le développement du système de la lignée patrilinéaire. Au XIXe siècle, le confucianisme se trouva en concurrence avec de nouvelles idéologies venues de l'étranger, en particulier le christianisme, et ce fut un siècle de raidissement traditionaliste, l'intelligentsia cherchant à préserver ses acquis et positions. Certains accusent le confucianisme d'être à l'origine de la colonisation par le Japon à cause du conservatisme radical qu'il avait engendré. D'autres soulignent la longévité et la stabilité de la dynastie Joseon, une des plus longues de l'histoire. Avec la chute de la royauté et la démocratisation de l'après-guerre, le confucianisme, idéologie de l'ancienne élite dirigeante, ne disparut pas, mais se répandit dans les moeurs et les valeurs de l'ensemble de la société coréenne moderne. Aujourd'hui, même ceux qui le critiquent observent les rituels confucianistes dédiés aux ancêtres ou l'étiquette sociale contraignante héritée du confucianisme et qui régit encore les relations.

Le confucianisme a laissé des monuments, moins nombreux que ceux du bouddhisme et plus simples, mais encore visibles de nos jours. Partout dans le pays, on rencontre des stèles de pierre calligraphiées, souvent dressées sur des socles en forme de tortue et abritées sous un petit pavillon. Elles étaient érigées avec permission royale pour honorer la mémoire d'un individu ayant incarné une des vertus confucianistes : fils pieux (hyoja), sujets loyaux (chungsin), épouses fidèles (hyeollyeo). Il y a aussi de nombreuses écoles locales (hyanggyo) et académies privées (seowon) qui ont résisté au temps, bien que la plupart de ces dernières aient été détruites dans les années 1860 sur ordre royal (47 seulement furent épargnées). A côté des bâtiments d'étude et de logement, elles présentent toutes un ou plusieurs autels dédiés à Confucius et à un sage illustre. Ces sanctuaires sont très simples, ne comprenant qu'un portrait du sage et le mobilier pour les offrandes et cérémonies. On en voit un bel exemple à l'Académie nationale Seonggyun-gwan, à Séoul dans l'université du même nom, qui abrite les tablettes de Confucius, de ses disciples, et de 18 sages coréens. Toutes ces écoles et académies, bien que restaurées et entretenues, ne sont plus des centres d'éducation et ne remplissent plus que le rôle de sanctuaires pour les tablettes des sages confucianistes. A Séoul encore, on peut visiter le grand sanctuaire royal Jongmyo qui abrite les tablettes des rois défunts de Joseon.

Plus que dans les monuments, le confucianisme s'incarna dans les institutions, valeurs et moeurs de la société coréenne prémoderne. L'éducation se mit très tôt à jouer un rôle majeur, car c'est par elle que sont acquises les valeurs confucianistes. C'est par elle aussi et surtout qu'étaient acquises position sociale et fortune. Confucius pensait que l'éducation et l'étude des textes classiques rendaient les hommes vertueux et que seuls les hommes vertueux étaient à même de bien gouverner. A partir de Goryeo et sur le modèle du mandarinat chinois, les fonctionnaires civils et militaires étaient recrutés par un concours national. Les concurrents avaient été formés aux classiques du confucianisme qui formaient la base de l'enseignement. Ce concours était officiellement le seul moyen d'acquérir le statut de noble (yangban). Ainsi le mandarinat était la source unique de prestige et de richesse dans la société ancienne. Les membres des autres professions servaient les fonctionnaires et étaient considérés comme appartenant à des classes sociales inférieures, sans parler du commerce qui était méprisé. De nos jours encore, l'éducation reste capitale, les parents se sacrifiant pour les études de leurs enfants et ces derniers faisant de même pour réussir leurs concours. La relation maître-disciple joue encore un rôle essentiel en Corée où le mot désignant le professeur, seonsaengnim, est aussi utilisé comme marque de respect.

Bien que Confucius recommandât de rester éloigné des esprits, une des plus importantes cérémonies confucianistes est le culte des ancêtres. Ce culte comprend les funérailles proprement dites et des cérémonies commémoratives annuelles à la date de l'anniversaire du mort ou aux fêtes de Chuseok et Seollal. Il est encore de nos jours pratiqué par l'ensemble de la population. Le confucianisme ne dit rien de ce qu'il advient des morts dans l'au-delà, mais ils sont toujours là, puisque leur sont offerts, lors des cérémonies, des offrandes et buffets qu'ils partagent avec leurs descendants. On peut dire que c'est une forme d'agnosticisme. Toujours est-il que ces cérémonies sont très importantes et qu'elles sont pratiquées à plusieurs niveaux de la société. Au niveau de la famille, ce sont celles évoquées plus haut, lorsque l'on conserve la mémoire des parents décédés, le plus souvent auprès d'une tombe. Il y a des cérémonies similaires, bien que plus rares désormais, tenues au niveau de la lignée ou du clan. Au niveau du comté, il y a des cérémonies tenues dans les hyanggyo et les seowon. Au hyanggyo, on honore Confucius et les 18 sages coréens consacrés dans le sanctuaire confucianiste national, Munmyo. Au seowon, on commémore Confucius et ses disciples, plus un ou plusieurs sages locaux qui se sont illustrés dans cette Académie. Les cérémonies étaient tenues 2 fois par mois, à la pleine et à la nouvelle lune, et 2 fois par an, à l'automne et au printemps (ces 2 dernières, plus importantes, sont les seules encore pratiquées de nos jours). Au sanctuaire national Munmyo de Seonggyun-gwan à Séoul, on tient des cérémonies similaires : celles du printemps et de l'automne sont appelées seokjeonje, et on commémore, en plus de Confucius et des 18 sages coréens, les 4 disciples de Confucius et 16 sages chinois dont on conserve également les tablettes. Seokjeonje est la plus grande et la plus complexe cérémonie confucianiste, avec le rituel pour les rois de Joseon. Ce dernier a lieu une fois par an (le premier dimanche de mai) au sanctuaire royal Jongmyo à Séoul. Tous ces sanctuaires confucianistes abritent une tablette en bois, posée sur une espèce de chaise haute et où est écrit le nom du défunt, en face de laquelle on brûle de l'encens et on fait des offrandes ; les cérémonies complexes comprennent, en plus des offrandes, des rituels précis faits de prosternations, de danses, de musique.

On trouve encore d'autres traces du confucianisme dans les institutions sociales. A partir du XVIIe siècle surtout, les institutions coréennes vont être profondément modifiées sous l'influence du néoconfucianisme en pleine effervescence théorique en Corée depuis le siècle précédent. Une des valeurs primordiales de ce système idéologique, nous l'avons vu, est la piété filiale (hyo). C'est elle qui commande et justifie le culte des ancêtres dont il vient d'être question. Mais plus qu'un simple souvenir des ancêtres morts, il s'agit d'un devoir de stricte obéissance aux parents et d'une obligation morale de s'occuper d'eux. Ces soins sont économiques, pratiques, rituels, et ils s'appliquent aux géniteurs et parents. La seconde idéologie dominante dans le système est la séparation des sexes : la femme et l'homme doivent être séparés dans le traitement et la considération, la femme étant jugée secondaire, voire inférieure, par rapport à l'homme. Cela se traduit par une séparation physique au sein de la maison traditionnelle : l'homme dans le sarangbang, la femme dans le anbang ou pièces de l'intérieur. D'où l'appellation de la femme, anae, " celle de l'intérieur ". Sous Joseon, elle est confinée chez elle, ne peut en sortir qu'à la tombée du jour, voilée sous une espèce de manteau et accompagnée d'une domestique (pratique décrétée officiellement en 1412). Elle passe de l'autorité absolue du père à celle du mari, puis à celle de son fils aîné en cas de veuvage. C'est une éternelle enfant sans responsabilités et pouvoirs autres que domestiques, dont le nom n'apparaît pas sur les arbres généalogiques. Elle ne peut transmettre le nom de son père, ni hériter. Elle est en fait privée de droit et quasiment d'existence. Son rôle est de se marier et d'enfanter, des enfants mâles, bien sûr, pour faire durer le clan. Quand elle se marie, elle quitte définitivement sa maison pour celle de sa belle-famille, et elle doit respecter les ancêtres de sa nouvelle famille, à laquelle elle n'appartient pas vraiment puisqu'elle garde le nom de son père et ne prend jamais celui de son époux. Ses enfants désigneront ses parents à elle en utilisant le préfixe sino-coréen oe-, qui signifie " dehors, extérieur ". On voit encore ce rapport paradoxal dedans-dehors qui sous-tend son statut : elle est en soi l'être de l'intérieur, mais par rapport au clan, elle est toujours en dehors. Sa faute première est d'avoir par nature à sortir de la " maison " (au sens propre et figuré), ce qui constitue dans l'imaginaire coréen centripète une faute. Aujourd'hui encore, les femmes coréennes souffrent de ce statut qui n'a guère évolué, même si la vie moderne les amène à sortir désormais et à avoir une vie sociale.

C'est sur de telles bases que repose la patrilinéarité de la société clanique coréenne. L'unité de référence n'est pas la famille nucléaire, mais le clan : un ensemble d'individus liés par le sang et qui ont entre eux, selon un ordre hiérarchique strict, des devoirs et des obligations. Les familles sont liées à l'intérieur d'un clan par une lignée d'individus mâles. C'est la descendance mâle, et elle seule, qui assure la pérennité du clan ou d'une branche de ce clan ; les enfants d'une femme, même mâles, n'appartiennent pas à la descendance de son père à elle, et si ce dernier n'a pas de fils, la lignée s'éteint. Cette patrilinéarité est en plus régie par la primogéniture : le fils aîné est l'homme le plus important après le père. C'est lui qui reprendra les rituels dédiés aux ancêtres, c'est lui qui devient responsable de sa famille, des affaires du clan, de ses parents quand ils sont vieux. Ce rôle, de nos jours encore très lourd, confère à sa maison le nom de " grande " (keun jip), par opposition à celles de ses frères appelées " petites " (jageun jip).

Ces règles de base déterminent les institutions sociales. Le mariage est strictement exogamique : on ne peut épouser quelqu'un du même clan, c'est-à-dire portant le même nom ou de la même branche du même nom. Le mariage n'est pas une affaire d'amour, et maintenant encore la plupart sont des mariages arrangés par les familles, parfois avec l'aide d'une entremetteuse. Cela explique aussi la pratique, autrefois, des femmes secondaires et des concubines, et, de nos jours encore, de la prostitution. En se mariant, comme le dit l'expression coréenne, une femme " va dans la famille de son mari ". Elle a des devoirs envers elle et réside avec, au moins pour un temps. Si elle a épousé l'aîné, elle habitera le plus souvent avec ses beaux-parents jusqu'à leur mort. Ce fils aîné était autrefois payé de ses efforts en cela qu'il héritait de la plus grosse part, le reste étant partagé entre ses frères, les femmes ne recevant rien. Sans fils, le nom peut s'éteindre et les malheureux parents n'ont personne pour prendre soin d'eux. La femme doit donc, comme premier devoir, donner des fils qui perpétueront le clan. C'est pour cela qu'elle est épousée et que le mariage est une institution capitale.

Ce titre de yangban n'était à l'origine dévolu qu'à celui qui avait obtenu un poste. Il acquérait en même temps prestige, mais aussi terres et fortune, car il ne pouvait travailler à côté ou se livrer à de " basses " besognes comme le commerce. Le système est peu à peu devenu quasiment héréditaire. Le prestige d'avoir dans sa lignée ou son clan un yangban rejaillissait sur plusieurs générations. Et surtout, dans les faits, le concours favorisait les fils de yangbans. C'est ainsi que s'est créé un ordre, une classe dirigeante qui, même si à la fin de Joseon elle se trouva augmentée par ceux qui s'achetaient un " ancêtre " noble, ne représentait guère plus de 10 % de la population. Celle-ci était composée de citoyens libres travaillant le plus souvent pour les nobles (sangmin), de citoyens " de basse naissance " (cheonmin), en fait des esclaves publics ou privés qui pouvaient être vendus et achetés (ils représentaient plus d'un tiers de la population) et de citoyens hors caste (paekjeong), comme les bouchers, les tanneurs, etc. Ces " castes " étaient très cloisonnées, les mariages s'effectuant de manière endogamique d'un point de vue des classes sociales. Le mariage permettait de s'allier à des clans puissants et d'assurer la puissance du sien. Au niveau de la famille royale aussi, de telles règles prévalaient. Le système clanique patrilinéaire tel qu'il a été décrit permettait de maintenir le pouvoir dans un seul ordre, tout en assurant, associé à d'autres valeurs confucianistes (respect de la hiérarchie, loyauté, etc.), l'obéissance et la stabilité sociale. Cette idéologie confucianiste, en tant qu'idéologie de l'élite dirigeante, s'est imposée comme la garante de l'ordre et de la tradition.

Mais la société coréenne, bien que clanique dès l'origine, n'avait pas toujours eu de telles valeurs, en particulier la patrilinéarité ou la primogéniture. Ces nouvelles valeurs confucianistes ont été peu à peu imposées par l'idéologie officielle de Joseon. Non sans mal, car les historiens et sociologues révèlent désormais des points de résistance. Certains éléments du folklore, comme les danses masquées, évoquent ces fêtes des fous du Moyen Age où le pouvoir était moqué. Le noble était vivement critiqué dans ces satires populaires. Selon Laurel Kendall, le chamanisme serait un autre exemple de résistance à ce nouvel ordre du monde. La religion populaire et les pratiques chamaniques étaient et sont du ressort de la femme et du foyer, son domaine. L'homme doit, et lui seul peut, s'occuper du culte des ancêtres confucianiste. Mais pour les souffrances et problèmes quotidiens, on fait appel aux femmes qui expriment par leur pratique rituelle et magique la violence de leur condition, du moins l'ambivalence de leur relation avec leur belle-famille. Les rituels chamaniques sont satiriques et souvent désordonnés, tandis que les rituels confucianistes sont sérieux et réglés. Maintenant que la classe des yangbans a éclaté et formellement disparu au profit d'une démocratisation, le confucianisme s'est largement répandu dans la société coréenne. Cela ne doit pas cacher que cette idéologie encore dominante ne s'est pas imposée sans heurts. On peut aussi se demander dans quelle mesure elle ne constitue pas encore un objet de pouvoir. Bien que profondément ancrée dans la culture coréenne, il se pourrait que les changements de société, l'émergence des libertés civiques, l'occidentalisation et la récente démocratisation du pouvoir altèrent à l'avenir son emprise sur les moeurs et valeurs coréennes.

Christianisme

Il y a 12,5 millions de chrétiens en Corée, soit plus du quart de la population, ce qui peut surprendre dans un pays qui n'a jamais été colonisé par une puissance chrétienne et dont la population n'est pas elle-même chrétienne d'origine. En fait, le christianisme est arrivé en Corée voilà seulement 200 ans et il a connu la persécution tout au long du XIXe siècle. Engagé dans tous les défis du XXe siècle, il s'est implanté durablement et profondément au point de faire désormais partie intégrante de la culture coréenne contemporaine.

Arrivée du christianisme

Le catholicisme arriva le premier en Corée. En 1784, un jeune lettré confucianiste, Yi Seung-hun (1756-1801), revint de Pékin où il avait été baptisé par un prêtre français. Il convertit rapidement un certain nombre de ses amis confucianistes. Mais ils se heurtèrent rapidement au pouvoir lorsqu'un converti, Yun Ji-jung (1759-1791), ne respecta pas le deuil confucianiste à la mort de sa mère. Condamné à mort par le gouvernement néoconfucianiste pour immoralité, il devint le premier martyr chrétien. Le roi de l'époque, Jeongjo, essaya de minimiser l'importance de cette nouvelle religion, mais lorsque son successeur découvrit en 1800 qu'il y avait déjà 10 000 catholiques convertis et qu'un prêtre chinois avait été introduit secrètement pour prêcher en Corée, il redoubla les exécutions. Un jeune converti ayant écrit une lettre à l'évêque de Pékin pour demander de l'aide à l'armée française, et cette lettre ayant été interceptée, l'accusation de subversion permit au roi de faire exécuter des centaines de chrétiens en 1801. Les persécutions continuèrent en 1839, 1846, et de 1866 à 1869. Sur les milliers de chrétiens exécutés, le pape Jean-Paul II en canonisa 103, dont 10 prêtres français, lors de sa venue en 1984, faisant de la Corée le pays, hors Europe de l'Ouest, doté du plus grand nombre de saints. Ces persécutions poussèrent les catholiques à se réfugier dans des villages reculés des montagnes où ils cultivaient le tabac et fabriquaient des poteries, dont le commerce dans les villages voisins constituait leur seul contact avec le monde extérieur.

Le premier missionnaire protestant n'arriva qu'en 1884, mais l'époque était plus clémente et la politique missionnaire des protestants plus pragmatiques, ce qui leur permit de se développer rapidement. Ils construisirent vite écoles et hôpitaux, comme Horace Allen, en 1885, qui fonda le Severance Hospital, premier hôpital occidental en Corée, ou les méthodistes américains qui fondèrent une école pour jeunes filles qui allait devenir la fameuse université Ehwa. Cette politique caritative et éducative leur valut la tolérance du gouvernement d'alors qui, ayant à faire face à la menace japonaise, entre autres, se souciait plus de modernisation et d'aides étrangères que de persécution religieuse. Les protestants purent ainsi s'installer dans les centres urbains et leur engagement dans la politique, l'éducation et la santé leur valurent d'être associés à l'image de l'Occident, c'est-à-dire à la modernité et à la technologie. En 1898, la liberté de culte fut reconnue sous la pression des Occidentaux et le nombre de catholiques atteignait 40 000 en 1900. Ils restaient cependant implantés principalement dans les régions rurales. Sous la direction d'un clergé français traditionnaliste, ils étaient plus intéressés par les affaires spirituelles que par l'ouverture d'écoles et de cliniques. Contrairement aux protestants, les prêtres catholiques, la plupart d'origine française (plus de la moitié des prêtres étrangers de la première moitié du XXe siècle étaient français), faisaient la messe en latin et observaient le célibat. Aussi, pour beaucoup de Coréens aujourd'hui encore, protestantisme et catholicisme apparaissent comme deux religions différentes, la première étant associée au christianisme et la seconde appelée simplement " Gatollik ".

Après la libération et surtout la partition du pays, le christianisme dut faire face à un nouveau défi : plus d'un tiers des catholiques vivaient au nord, ainsi que près des 3/5e des protestants. Il y eut cependant beaucoup de fuite vers le Sud et le régime du président protestant Syngman Rhee. L'afflux des réfugiés et les débats sur l'engagement durant l'occupation japonaise causèrent la fragmentation du protestantisme coréen. Ce factionalisme se poursuit aujourd'hui encore. Pour preuve les presbytériens, qui représentent 60 % des protestants de Corée, étaient divisés, en 1992, en 74 groupes différents et concurrents. Cette compétition des confessions a cependant attiré, par l'ardeur prosélyte engendrée, un grand nombre de fidèles : de 500 000 chrétiens en 1962, on est passé en 1991 à 8 millions de protestants seuls, soit presque 1 Coréen du Sud sur 5. Le ratio est encore plus important dans les grandes agglomérations, et selon certaines estimations, on compterait près de 50% de chrétiens à Séoul ! Les communautés chrétiennes ont remplacé en milieu urbain les communautés agricoles dissoutes. Et le christianisme a aussi profité, dans les années 1960 et 1970, de son association avec la modernité à l'occidentale et le nationalisme. Les catholiques n'ont pas été hors du processus cette fois-ci : ils ont su s'adapter au monde moderne, profiter des divisions des protestants, et surtout ils se sont montrés très présents en termes caritatifs lors de la guerre. Ainsi, en 1962, il y avait plus de catholiques que de protestants. Ces derniers redevinrent plus nombreux par la suite, mais le nombre de catholiques ne cessa d'augmenter. Les visites du pape en 1984 et 1989 y sont pour beaucoup. De plus, les catholiques se sont beaucoup implantés en zone urbaine depuis la guerre. L'engagement des chrétiens continua dans les années 1970 et 1980 contre le dictateur Park Chung-hee, son régime, la corruption, l'exploitation des travailleurs, etc. On vit ainsi émerger des figures importantes de la lutte pour la démocratie : Park Hyeong-gyu, Mun Ik-hwan (presbytériens) ou Ji Hak-sun (évêque catholique), qui furent emprisonnés pour leur lutte non-violente contre les inégalités. Ces attitudes courageuses attirèrent du respect pour leurs personnes et leur religion.

Le christianisme coréen

Cela ne fait que deux siècles que le christianisme est arrivé en Corée, mais il fait déjà partie intégrante de la culture coréenne, et il y a même acquis des particularités uniques. Le chamanisme en a profondément influencé la pratique. Nombre de chrétiens se tournent vers Dieu pour obtenir santé et richesse, comme autrefois ils seraient allés consulter un chaman. Le pasteur Paul Yonggi Jo prêche ainsi la prospérité dans son église du Plein Evangile de Yeo-euido, la plus grande paroisse au monde (plus de 700 000 fidèles pour une seule église). Nombreux sont les Coréens qui pratiquent la prière de manière intensive, qui se rendent en retraite dans des centres de prière (gidowon) pour jeûner ou prier des nuits entières. La ferveur que l'on rencontre est forte et parfois dérangeante, car elle se manifeste par un prosélytisme agressif et, dans le protestantisme, par des chants et louanges à Dieu exubérants, des effusions de l'Esprit-Saint qui ne sont pas sans rappeler les transes chamanistes.

On trouve des traces du confucianisme dans l'organisation du christianisme coréen, qui, bien que les deux tiers de ses fidèles soient des femmes, n'a pratiquement que des leaders mâles. Confucianiste aussi l'importance de la personne même du prêtre ou du pasteur. Comme autrefois on restait fidèle au maître de son seowon, on suit le prêtre charismatique de sa paroisse, on le soutient et on tente d'attirer de nouveaux fidèles, ce qui crée des rivalités entre églises d'une même confession. Certains pasteurs célèbres attirent des foules énormes qui peuvent faire des kilomètres pour assister à leurs sermons. Le protestantisme coréen est également très conservateur : les presbytériens et les méthodistes ont gardé les valeurs, les croyances et la théologie des missionnaires du siècle dernier. Le rapport à la Bible rappelle la fidélité à la tradition scripturaire que l'on rencontre dans le confucianisme : la Bible est considérée comme un texte inspiré immuable qu'il faut lire littéralement. Il y a ainsi dans la pratique du christianisme en Corée, contrairement aux autres religions, une ferveur unique qui a amené certains Coréens à penser que leur pays était la nouvelle Israël, terre du dernier peuple élu et détenteur d'une foi pure. Les missions coréennes sont ainsi actives à travers le monde. Le célèbre Moon Sun-myung, leader de la " secte " de l'Eglise de l'Unification, affirme même que le nouveau Messie est né en Corée (et ses fidèles pensent d'ailleurs qu'il s'agit de lui...). Yun Seong-beom (1916-1980), quant à lui, tenta de créer une théologie coréenne, voyant dans les croyances populaires, comme le mythe de Dan-gun, et les valeurs confucianistes des signes précurseurs du christianisme en Corée.

Plus sérieux, mais d'un impact plus limité, sont les efforts théologiques qui, à partir des années 1970, se sont intéressés aux minorités. La théologie minjung que nous avons évoquée à propos du bouddhisme affirmait que le Christ était mort pour sauver les opprimés et les défavorisés. C'était une justification théologique de la résistance contre la dictature et le capitalisme sauvage, assez similaire à celle que l'on rencontre en Amérique du Sud, le marxisme en moins. Dans les années 1990, le professeur de théologie féministe Chung Hyun-kyung a développé une théologie controversée pour la libération des opprimés, et en particulier des femmes. Elle a même incorporé des éléments chamanistes dans ses rituels et prières, considérant le chamanisme comme une religion féminine visant à libérer les femmes de leurs souffrances. Tous ces mouvements, bien qu'isolés et bénéficiant d'une audience plutôt intellectuelle, montrent la vigueur et l'originalité du christianisme coréen.

Religions indigènes

Cheondogyo

Fondée en 1860 par Choe Che-u, cette religion était appelée originellement Donghak (" l'enseignement oriental ") par opposition à l'influence décadente de " l'enseignement occidental " (Seohak, c'est-à-dire le catholicisme). Elle emprunte cependant au christianisme en cela qu'elle est monothéiste. C'est aussi un mélange de bouddhisme, auquel elle prend les concepts d'éveil à sa vraie nature et de culture du Soi, de confucianisme pour les valeurs éthiques, de taoïsme pour les théories sur l'énergie (gi). Cette religion autochtone enseigne également que les hommes sont libres et égaux, et qu'il y a une unité entre l'homme et l'univers. L'homme doit s'efforcer, en se mettant en accord avec l'énergie universelle et par sa vertu, de changer le monde pour accomplir sa vraie nature. Cette religion était inspirée par la situation misérable des paysans à la fin de Joseon. Son but social est évident, et constituait une menace pour le régime qui fit décapiter Choe en 1866. Ses idées influencèrent cependant des rébellions populaires dans les années 1890. Au début du siècle, le nom Donghak fut changé en Cheondogyo (" doctrine de la Voie céleste "). Son nouveau leader Son Byeong-hui inspira la signature de la déclaration du 1er mars 1919, signée par une majorité de fidèles de Cheondogyo, mais aussi des bouddhistes et chrétiens. Une dure répression suivit. Cheondogyo arrêta ses activités politiques mais continua son oeuvre religieuse et sociale.

Daejonggyo

Cette religion nationaliste est une récupération récente du mythe de Dan-gun et de sa fondation de la nation coréenne. Un culte est célébré à ce roi légendaire dans des sanctuaires, particulièrement le 3 octobre, jour de la fondation. Il y a un autel millénaire sur le mont Manisan à Ganghwado, un autre sur le mont Taebaeksan, et d'autres plus récents dans différents endroits du pays.

Wonbulgyo

Cette secte bouddhique indigène fut créée en 1924 par Bak Jung-bin afin de revitaliser le bouddhisme moribond en Corée. Elle reprend la doctrine bouddhique, enrichie d'idées sociales pragmatiques, comme l'éducation et la charité. L'accent est mis sur la réalisation de la nature de Bouddha pour tous et la fin de la souffrance dans la société. A la place des statues de Bouddha, un cercle (won) est utilisé comme symbole de l'esprit d'éveil du Bouddha et de la source de tous les êtres. Cette secte compterait 1 million de fidèles, 1 200 moines et nonnes, 500 temples.

Église de l'Unification

Fondée en 1954 par le " révérend " Seon-myeong Moon, cette secte chrétienne (l'Association du Saint-Esprit pour l'unification de la chrétienté mondiale, de son nom complet) est très conservatrice et anticommuniste. Le charismatique Moon, très connu en Occident où il fit beaucoup de disciples et d'admirateurs, serait le nouveau Messie. Les énormes cérémonies de mariage collectif tenues dans des stades en Corée sont restées célèbres, avec leurs centaines de couples identiques placés en rangs d'oignons. Le révérend, installé un moment aux Etats-Unis, dut revenir en Corée suite à plusieurs scandales. Sa secte est en effet un empire économique au financement louche. Son mode de recrutement et ses pratiques religieuses étant aussi louches, cette secte a désormais très mauvaise réputation. Elle compte cependant 2 millions de fidèles. Son but est d'unir toutes les religions et cultures pour établir le règne de Dieu sur terre et de lutter ainsi contre le communisme.

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