Guide de SEOUL 서울 : Histoire

Hommage aux combattants de la guerre de Corée.
Hommage aux combattants de la guerre de Corée.
Chronologie
Préhistoire et Antiquité

500 000 av. J.-C. > Habitation présumée de la péninsule par des hominidés.

30 000 av. J.-C. > Apparition de la culture paléolithique.

6000-4000 av. J.-C. > Poterie " au peigne ", culture néolithique.

3000 av. J.-C. > Epoque des grandes migrations ouralo-altaïques.

2333 av. J.-C. > Fondation légendaire du premier Etat coréen par Dan-gun (Gojeoson).

1500 av. J.-C. > Début de l'Age du bronze.

700-600 av. J.-C. > Changement du style de poterie ; culture du riz.

300 av. J.-C. > Début de l'Age du fer et culture du bronze scytho-sibérienne.

194-180 av. J.-C. > Wiman Joseon.

108 av. J.-C > Défaite de Wiman Joseon, commanderie chinoise.

Trois Royaumes

57 av. J.-C. > Royaume de Silla (capitale : Gyeongju).

37 av. J.-C. > Royaume de Goguryeo (capitale : Pyongyang).

18 av. J.-C. > Royaume de Baekje (capitales : Séoul, Gongju, puis Buyeo).

372-535 > Adoption du bouddhisme par les trois royaumes.

660 > Chute de Baekje.

668 > Chute de Goguryeo et fondation du Grand Silla.

935 > Abdication du dernier roi de Silla.

958 > Création de l'examen de recrutement des fonctionnaires gwageo.

992 > Fondation de l'Académie confucéenne nationale Gukjagam.

1231 > Invasion mongole ; la cour se tient à Ganghwado.

1236-1251 > Deuxième gravure du Tripitaka.

1372 > Premier texte imprimé au monde avec des caractères métalliques mobiles.

1392 > Fondation de la dynastie des Yi (royaume Joseon) par Yi Seong-gye.

1394 > Création de Hanyang (Séoul) comme capitale et construction du palais Gyeongbokgung.

1398 > Fondation de l'Académie confucéenne nationale Seonggyun-gwan à Séoul.

1443 > Invention de l'alphabet coréen (ou hangeul), rendu public en 1446.

1592-1598 > Invasion japonaise de Hideyoshi ; bateau-tortue de Yi Sun-sin.

1636 > Invasions mandchoues.

1637 > Traité avec la dynastie manchoue Qing, puis fermeture du pays.

1627-1653 > Naufragés hollandais, premiers témoignages directs sur la Corée en Occident.

1785 > Première communauté chrétienne à Séoul.

1839 > Grandes persécutions contre les catholiques.

1860 > Fondation du mouvement Donghak.

1866 > Autres persécutions ; incursion des Français à Ganghwado.

1876 > Traité de Ganghwado avec le Japon ouvrant la Corée aux étrangers.

1882 > Traité de commerce et d'amitié avec les Etats-Unis.

1886 > Traité de commerce avec la France, droit d'évangélisation accordé aux missionnaires.

1895 > Assassinat de la reine Min par les Japonais.

1896 > Le roi Gojong se réfugie dans la légation russe.

1905 > Traité de protectorat imposé par le Japon suite à la guerre russo-japonaise ; occupation officieuse par le Japon.

Occupation japonaise

29 août 1910 > Le roi Sunjong renonce à son trône.

21 mars 1919 > Un Conseil national coréen, formé à Vladivostok le 17 mars, constitue un gouvernement provisoire. Un autre gouvernement provisoire de la république de Corée est créé à Shanghai le 11 avril ; un troisième, éphémère, voit le jour à Séoul le 21 avril. De ces trois gouvernements, c'est celui de Shanghai qui s'impose et incarne la résistance nationale.

1921 > Création de la Société d'étude de la langue coréenne, qui va contribuer à la résistance culturelle à l'occupation nippone.

1924 > Création de l'Université impériale de Séoul.

1925 > Création à Séoul d'un parti communiste coréen.

1939 > Les autorités japonaises imposent aux Coréens un Service du travail obligatoire.

1943 > Dissolution de la Société pour l'étude de la langue coréenne. L'usage de la langue coréenne est interdit dans la rue et les Coréens sont contraints de japoniser leur nom de famille. Mobilisation des Coréens dans l'armée japonaise. Dans le même temps, des dizaines de milliers de jeunes Coréennes sont arrachées à leurs familles pour servir de " filles de réconfort " aux militaires japonais.

La république de Corée

6 et 9 août 1945 > Bombardements nucléaires d'Hiroshima et de Nagasaki. Le 8 août, Staline déclare la guerre au Japon et l'Armée rouge entre en Mandchourie. Les forces soviétiques occupent Pyongyang le 12 août.

8 septembre 1945 > Les Américains débarquent en Corée. Ils acceptent avec les Soviétiques de diviser le pays en deux zones séparées par le 38e parallèle.

23 novembre 1945 > Kim Ku et le gouvernement provisoire établi en Chine regagnent la Corée. Dans le même temps, les Soviétiques favorisent l'installation dans leur zone d'occupation d'un Comité populaire de Corée du Nord, dirigé par Kim Il-sung.

20 juillet 1949 > Syngman Rhee est élu premier président et la république de Corée du Sud est officiellement proclamée le 15 août suivant.

9 septembre 1948 > La république de Corée du Nord est proclamée dans la zone soviétique d'occupation.

25 juin 1950 > Les troupes nord-coréennes franchissent le 38e parallèle. Le 27, le Conseil de sécurité des Nations unies vote une assistance militaire à la Corée du Sud. Prise de Séoul le même jour. A la fin juillet, les troupes sud-coréennes ne tiennent plus que le sud-est de la péninsule.

15 septembre 1950 > Débarquement d'Incheon, organisé par le général Mac Arthur.

28 septembre 1950 > Prise de Séoul par les forces des Nations unies, qui franchissent le 7 octobre le 38e parallèle et envahissent la Corée du Nord.

19 octobre 1950 > Prise de Pyongyang. Le 26, les forces américaines atteignent la rive méridionale du Yalu.

25 octobre 1950 > La IVe armée chinoise commandée par Lin Biao franchit le Yalu et les " volontaires " chinois reprennent Pyongyang le 4 décembre. Séoul tombe de nouveau le 4 janvier 1951.

15 janvier 1951 > Contre-offensive américaine conduite par le général Ridgway. Séoul est reprise le 14 mars et le front est stabilisé le long du 38e parallèle.

13 octobre 1952 > Prise du piton de Crève-coeur par le bataillon français de Corée, aux ordres du général Monclar.

27 juillet 1953 > Signature de l'armistice de Panmunjom. Une zone démilitarisée sépare désormais la Corée du Nord de la Corée du Sud.

25 avril 1960 > Des manifestations poussent le président Syngman Rhee à la démission. Fin de la première République.

16 mai 1961 > Putsch militaire du général Park Chung-hee, qui devient le 19 mai chef du Conseil suprême pour la reconstruction nationale.

Décembre 1962 > Une nouvelle Constitution est adoptée par référendum. Troisième République.

Octobre 1963 > Park Chung-hee est élu président de la République. Il est réélu en 1967 et 1972. La Corée du Sud amorce son décollage économique.

22 juin 1965 > Traité de normalisation des relations avec le Japon.

4 juillet 1972 > Les deux gouvernements coréens s'engagent à travailler à la réunification pacifique du pays.

1976 > Le taux de croissance coréen atteint 15,2 %.

12 décembre 1979 > Le général Chun Doo-hwan s'empare du pouvoir. Il est désigné président de la République le 27 août 1980.

21 mai 1981 > Le mécontentement social entraîne l'insurrection de la ville de Kwangju. La répression fait des centaines de morts.

1er novembre 1983 > L'aviation soviétique abat un Boeing 747 de la Korean Airlines, accusé de violer l'espace aérien soviétique.

6 mai 1986 > Violentes manifestations d'étudiants à Séoul après qu'un de leurs camarades s'est immolé par le feu pour dénoncer le régime du président Chun Doo-hwan.

25 février 1988 > Roh Tae-woo est élu président ; entrée dans la VIe République.

Septembre 1988 > Jeux Olympiques de Séoul.

30 septembre 1990 > La Corée du Sud établit des relations diplomatiques avec l'URSS.

13 décembre 1991 > Signature d'un accord de non-agression et de réconciliation entre les deux Corées.

1992 > La Corée du Sud établit des relations avec la République populaire de Chine.

Novembre 1992 > Traité d'amitié signé avec la Russie.

1993-1998 > Présidence de Kim Youg-sam.

1993 > Succès de l'Exposition internationale de Daejon.

1993 > Chung Ju-yung, PDG de Hyundai, est condamné pour détournement de fonds.

8 juillet 1994 > Mort du " Grand Dirigeant " nord-coréen Kim Il-sung. Son fils Kim Jong-il lui succède.

13 août 1994 > Accords de la KEDO. Pyongyang accepte de geler son programme nucléaire et le centre de Yongbyon sera soumis à une surveillance internationale.

1996 > La Corée est admise au sein de l'OCDE.

1997 > Crise économique asiatique.

18 décembre 1997 > Kim Dae-jung est élu président de la République.

Octobre 1998 > Le Japon présente des excuses à la Corée pour les exactions commises durant la période coloniale.

Juin 1999 > Incident naval au large des côtes nord-coréennes : la marine du Sud coule plusieurs navires nord-coréens.

Août 1999 > Daewoo doit abandonner 19 des 25 filiales du groupe.

13 juin 2000 > Rencontre à Pyongyang de Kim Dae-jung et de Kim Jong-il.

16 août 2000 > Retrouvailles à Séoul entre membres de familles coréennes séparées par la guerre.

19 septembre 2000 > Kim Dae-jung inaugure le chantier d'une autoroute et d'une voie ferrée pour relier Pyongyang à Séoul.

24 septembre 2000 > La Corée du Sud suggère l'installation d'un téléphone rouge visant à prévenir tout incident frontalier entre les deux Corées.

13 octobre 2000 > Kim Dae-jung reçoit le prix Nobel de la paix.

12 mars 2004 > Le président Roh Moo-hyun est destitué et remplacé par le Premier ministre Goh Kun, mais la victoire de son parti aux législatives entraîne son rétablissement dans ses fonctions.

12 juin 2004 > Signature d'un accord visant à éviter les incidents frontaliers entre les deux Corées.

9 octobre 2006 > La Corée du Nord annonce avoir procédé à un essai nucléaire.

13 octobre 2006 > Ban Ki-moon, ancien ministre sud-coréen des Affaires étrangères, est élu Secrétaire général de l'ONU, succédant à Kofi Annan.

13 février 2007 > Accord sur le désarmement de Pyongyang lors de nouveaux pourparlers à six à Pékin.

Mai 2007 > Pour la première fois depuis la fin de la guerre, deux convois ferroviaires franchissent la zone de démarcation entre le Nord et le Sud.

4 octobre 2007 > Consécutivement à la visite historique du président sud-coréen Roh Moo-hyun en Corée du Nord, Séoul et Pyongyang signent une déclaration conjointe faisant état de leurs souhaits de pacifier la péninsule.

Février 2008 > L'arrivée au pouvoir en Corée du Sud du président conservateur Lee Myung-bak met fin à la politique conciliante avec Pyongyang.

25 mai 2009 > La Corée du Nord effectue un nouvel essai nucléaire.

11 juin 2009 > Reprise des discussions intercoréennes sur le parc industriel de Kaesong où une centaine d'entreprises sud-coréennes emploient 40 000 Nord-Coréens.

2010 > La Corée du Sud assure la présidence du G20, et Séoul accueille un sommet international.

27 janvier 2010 > Les deux Corées échangent des tirs d'artillerie, près de la zone contestée de leur frontière maritime en mer Jaune.

26 mars 2010 > Une explosion provoque le naufrage d'un bâtiment de guerre sud-coréen, le Cheonan, dans la zone maritime disputée entre les deux Corées. 46 marins sont tués.

23 novembre 2010 > La Corée du Nord tire des obus sur l'île sud-coréenne de Yeonpyeong, dans la mer Jaune. L'incident fait 2 morts et 14 blessés parmi les forces armées sud-coréennes, en plus de 2 morts civils, et déclenche une riposte armée de Séoul.

5 juillet 2011 > La ville de Pyeongchang est désignée pour accueillir les Jeux olympiques d'hiver 2018.

17 décembre 2011 > Mort du " Grand Dirigeant " nord-coréen Kim Jong-il. Son fils Kim Jong-un lui succède.

2012 > Yeosu accueille l'Exposition universelle 2012.

19 décembre 2012 > Park Geun-hye est la première femme présidente sud-coréenne.

12 février 2013 > La Corée du Nord procède à un troisième essai nucléaire.

3 juillet 2013 > Après une crise de plusieurs mois, les communications entre Séoul et Pyongyang sont restaurées.

Décembre 2014 > Une affaire de piratage informatique de Sony Pictures, en marge de la sortie du film satirique The interview provoque une nouvelle crise diplomatique entre Washington et Pyongyang.

6 janvier 2016 > La Corée du Nord procède à un quatrième essai nucléaire.

6 février 2016 > La Corée du Nord tire une fusée pour mettre en orbite un satellite (version officielle). Les forces occidentales soupçonnent un test de missile balistique déguisé, servant à la mise au point d'armements capables de frapper le territoire américain.

La préhistoire

Il semble que la péninsule soit habitée par des hominidés depuis environ 500 000 ans. Entre 6000 et 3000 av. J.-C., de grandes vagues migratoires amènent des populations nomades venues d'Asie centrale par la Sibérie et la Mandchourie. Ces populations ouralo-altaïques appartiennent au fond ethnique dont fait partie le peuple coréen moderne. Les populations autochtones sont chassées vers le nord, en Sibérie, et vers l'est, à Sakhaline et Hokkaïdo (Aïnous). L'agriculture se développe à cette époque. D'après les objets sculptés retrouvés, les hommes du Néolithique entretiennent un rapport particulier avec les animaux, certainement lié au totémisme. Leur religion devait être animiste et ils devaient pratiquer une forme de chamanisme. Ils étaient regroupés en petites communautés claniques avec, à leur tête, un chef coopté et devaient pratiquer le travail en commun. Dès le Néolithique récent, une croissance démographique pousse des vagues de migrants vers le sud (Kyushu) et entraîne des divisions de clans. C'est aussi à cette époque que les premières traces d'habitations sont relevées sur le site de l'actuel Séoul.

Cités États et royaumes confédérés

Aux environs de 1500 av. J.-C., un deuxième peuplement arrive de Mandchourie. Il apporte à la péninsule la culture du bronze. Les nouveaux arrivants ont dû devenir les maîtres des populations indigènes car ils possèdent des armes, des outils et des objets de parure en métal, qui représentent le pouvoir de la nouvelle aristocratie. La société est transformée par le développement de l'agriculture, la division du travail entraînant une stratification sociale. La croissance démographique se poursuit et avec elle naît une plus grande rivalité entre les tribus. Celles-ci se regroupent pour former des unités plus grandes, bien qu'encore modestes, qui deviennent des cités-Etats fortifiées. C'est la première forme d'Etat en Corée. Le royaume légendaire de l'ancien Joseon (Gojoseon), fondé en 2333 av. J.-C. (date légendaire) par le mythique Dan-gun, fils d'un roi céleste et d'une ourse, appartient à l'Age du bronze. Les gens de Gojoseon étaient appelés Dong-i par les Chinois, les " archers " ou " barbares " de l'Est. Il s'agit certainement d'une tribu toungouze qui s'est répandue en Mandchourie et en Corée du Nord sous la pression des guerres internes chinoises, qui poussaient les populations vers le nord-est. A cette époque, d'autres royaumes (ou cités-Etats confédérées) occupaient une vaste région allant du bassin du fleuve Soungari, en Mandchourie, au sud de la péninsule : Buyeo, Yemaek, Imdun, Jinbeon et Jin. Au IVe siècle av. J.-C., ces Etats sont connus des Chinois. Le plus avancé s'avère être Gojoseon, une importante confédération de petits royaumes occupant les bassins du Liao et du Daedong au nord-est. Il était en conflit sur le fleuve Liao avec les Chinois Yen, pour qui les habitants de Joseon étaient " arrogants et cruels ", ce qui donne une idée de son importance. A ce moment, la culture du fer arrive dans la péninsule. Deux cultures se mélangent alors en Mandchourie : la culture chinoise du fer, introduite par les royaumes combattants, qui poussent les réfugiés vers le nord-est, et une culture scytho-sibérienne du bronze. Elles se répandent ensuite dans le bassin du Daedong d'où elles descendent dans toute la péninsule et arrivent jusqu'au Japon. Les nombreux dolmens et menhirs retrouvés sur l'ensemble de la péninsule, qui devaient servir de sépulture à l'élite dirigeante, dateraient de cette époque (Ve siècle av. J.-C. au nord, IIe siècle ap. J.-C. au sud). A la fin du IVe siècle av. J.-C., Gojoseon décline suite aux invasions Yen et perd ses territoires du bassin du Liao. Les royaumes combattants continuent d'envoyer des réfugiés vers l'est, et au IIe siècle av. J.-C., arrive à Joseon un Chinois, Wiman. Il devient commandant militaire sur le fleuve Yalu avant de renverser le roi Jun, forcé de se réfugier au sud (194-180 av. J.-C.). Il crée alors la dynastie appelée Wiman Joseon, héritière de l'ancien royaume confédéré mais sous influence culturelle, politique et économique de la Chine. A partir de cette époque, la société " coréenne " subira une influence chinoise permanente. Le royaume s'étend et son pouvoir augmente, ainsi que son rôle économique d'intermédiaire entre la Chine des Han et les territoires du Nord-Est. L'empereur chinois Wu-ti décide donc de l'envahir à la fin du IIe siècle av. J.-C.. En 108, après un an de combats contre le roi Ugeo (petit-fils de Wiman), il soumet Wiman Joseon et installe quatre commanderies en Mandchourie et en Corée du Nord (la limite étant le fleuve Han) : Lo-lang, Zhen-fan, Lin-dun et Xüan-tu. Lo-lang (Nang-nang en coréen), situé près de l'actuel Pyongyang, deviendra le véritable centre administratif de ces " colonies " chinoises et résistera le plus longtemps, jusqu'en 313 ap. J.-C., à la guérilla autochtone. Les colons chinois introduisent leur style de vie et leur culture : les caractères chinois et le confucianisme pénètrent alors en Corée.

Les Trois Royaumes (Ier siècle avant J.-C. -668 après J.-C.)

Les trois petits royaumes Han - ou Samhan - dominent le sud de la péninsule : Jinhan (est), Pyeonhan (sud-ouest) et Mahan (nord-ouest). Ils vont peu à peu se désintégrer au profit d'autres royaumes qui se développeront sur leurs territoires.

Au Ier siècle av. J.-C. émergent de Samhan, selon la tradition, deux petits royaumes : Baekje, fondé en -18 sur le territoire de l'une des cités-Etats Mahan, non loin de l'actuel Séoul, et Silla, fondé en -57 dans la cité de Saro (actuelle Gyeongju), qui occupe le territoire des Jinhan. Sur une partie du territoire de Pyeonhan, une confédération de six tribus Gaya fut créée à la même époque par six hommes, nés chacun d'un oeuf. Dans le nord du pays, plusieurs Etats se partageaient alors le territoire. A côté des commanderies chinoises dont il a été question, les royaumes de Yemaek, Okcheo et des Ye orientaux occupaient le nord-est du pays. A l'extrême nord, dans le bassin du Soungari, le royaume de Buyeo était répertorié par les Chinois, dès le IVe siècle av. J.-C., comme une menace. Une bande d'exilés de ce royaume fonde en -37 le royaume de Goguryeo dans les bassins du Yalu et du Tongjia, sur le territoire Yemaek. Baekje, Silla, Goguryeo : ainsi naissent les Trois Royaumes qui ont donné leur nom à cette période de l'histoire coréenne, qui va du Ier siècle av. J.-C. au VIIe siècle. Goguryeo croît de manière spectaculaire, et absorbe les territoires Ye orientaux et Okjeon, deux royaumes qui ne s'étaient jamais réellement développés, puis la commanderie de Lo-lang en 313. A cette époque, l'ancien royaume de Buyeo, devenu depuis son protégé, tombe sous les attaques chinoises et est finalement absorbé à son tour.

A la fin du IVe siècle, Goguryeo a donc un territoire immense couvrant la Mandchourie et le nord de la Corée actuelle. A la même époque, Baekje détruit Mahan en 369 et occupe les anciens territoires de Pyeonhan. Silla occupe la partie sud-est de la péninsule. Mais en même temps, au sud, entre Baekje et Silla, un quatrième royaume leur dispute la suprématie : Gaya, la confédération de cités-Etats (Bon Gaya, Dae Gaya) citée plus haut, qui n'atteindra jamais le statut d'Etat centralisé. Ces quatre royaumes, devenus puissants, vont lutter dès le IVe siècle pour conquérir la suprématie, s'alliant les uns avec les autres, et allant même chercher l'aide des Japonais et des Chinois. Baekje s'allie aux Japonais, aux Chinois et à Gaya contre Silla (346-375), et menace Goguryeo en avançant jusqu'à Pyongyang. Silla s'allie donc de 356 à 402 à Goguryeo qui défait Baekje. Goguryeo étendant son expansion, Silla finit par s'allier à Baekje de 433 à 551. Silla détruit Bon Gaya en 532 et absorbe ses territoires. Mais en 551, après une attaque réussie contre Goguryeo, Silla trahit son ancien allié Baekje. En 562, alors que Silla détruit Dae Gaya, Baekje s'allie à Goguryeo. Goguryeo devrait avoir la suprématie, mais il est sans cesse en lutte contre la Chine (réunifiée en 589) qui lui dispute ses postes-frontière du Nord-Ouest. Goguryeo repousse les Chinois des dynasties Sui puis Tang, mais ces derniers vont finalement s'allier à Silla. Ainsi appuyé et profitant des dissensions internes de Goguryeo, Silla conquiert la péninsule, détruisant d'abord Baekje en 660, puis Goguryeo en 668, fondant ainsi le royaume du Grand Silla (ou Silla unifié). Les Chinois de Tang profitent de l'occasion et s'emparent des territoires de Goguryeo et de Baekje. Silla réagit, et en 671 réussit à récupérer l'ancien territoire de Baekje, créant un pays qui va du sud de la péninsule au fleuve Daedong. La partie ouest de Goguryeo restera aux mains des Chinois, tandis que dans l'autre partie est créé en 698, par Dae Joyeong, le royaume Jin, composé de l'ancienne aristocratie de Goguryeo régnant sur la population de la tribu Malgal. Ce royaume prendra le nom de Barhae (Bohai en chinois) en 713. Goguryeo a commencé à enseigner les classiques confucianistes dès 372, année de la fondation d'une Ecole nationale (Daehak). Une histoire nationale en 100 chapitres, Yu ki, fut écrite, suivie d'un Nouveau Recueil historique, tous les deux perdus. Les noms coréens ont aussi commencé à être transcrits phonétiquement par des caractères chinois. Le bouddhisme fut adopté par Goguryeo comme religion d'Etat en 372. Pratiqué d'abord par les élites des Trois Royaumes qui y voyaient un soutien du pouvoir, il se répandit par la suite dans le peuple. Le taoïsme semble avoir été introduit officiellement au VIIe siècle et son influence se retrouve dans les belles tombes peintes de Goguryeo. Un peintre de ce royaume fut même invité au Japon, où il peignit les fresques du temple Horyuji à Nara. Le bouddhisme fut introduit à Baekje en 384. Il ne reste pas grand-chose de la culture de ce royaume, mais à sa chute, ses élites et ses artisans s'exilèrent au Japon où subsistent encore des traces de cette culture, dans certaines danses par exemple.

Au Japon se trouve également le portrait du prince Shotoku (572-622), peint par un prince de Baekje, Ajwa. Les tombes de Baekje étaient aisées à piller et elles le furent presque toutes. La tombe du roi Muryeong à Gongju (capitale sous le nom d'Ungjin) fut cependant retrouvée intacte : elle a livré de magnifiques parures en or semblables à celles de Silla. A Buyeo, dernière capitale de Baekje (sous le nom de Sabi), le site funéraire de Neungsan-ni a révélé des tombes à peintures murales qui rappellent le style de Goguryeo, et surtout, en 1993, un splendide brûle-parfum en bronze du VIe siècle, preuve, par ses thèmes, de l'influence chinoise et du talent des artisans de Baekje. Ce royaume eut ses propres annales dès 375, mais aucun livre n'a été conservé. La culture de Silla est connue grâce aux nombreux documents parvenus jusqu'à ce jour à son sujet, et surtout grâce à son système sépulcral, qui a conservé intact le contenu de la plupart des tombes royales. Le bouddhisme pénétra tardivement, importé d'abord sans succès par le moine Ado de Goguryeo, puis enfin autorisé et adopté par le roi Beopheung (514-540) entre 528 et 535. Les moines célèbres de Silla sont Jajang, qui fonda Tongdosa sous le règne de la reine Seondeok au VIIe siècle ; Uisang, qui popularisa la secte Hwaeom (" de la Guirlande de Fleurs ") rapportée de Chine ; et Wonhyo (617-686), propagateur de la secte de la Terre pure et qui cherchait à réconcilier les différentes écoles bouddhiques.

Grand Silla (ou Silla Unifié, 668-935)

Le royaume de Silla développe rapidement une culture unique et riche, extrêmement raffinée. Beaucoup de moines vont étudier en Chine, et même jusqu'en Inde. Cinq grandes sectes mahayanistes s'établissent. La plus fameuse est la secte Hwaeom, fondée par le célèbre moine Uisang (625-702). Sous le règne de la reine Seondeok, l'école de méditation Seon (Zen) est introduite. Les fonctionnaires d'Etat étaient formés dans un institut national, le Gukhak, fondé en 682. Ils y étudiaient les classiques chinois (la sinisation s'était en effet accélérée à partir du VIIe siècle). Silla envoya de nombreuses ambassades en Chine et en reçut près d'une vingtaine en retour. Plusieurs étudiants furent également envoyés avec une bourse d'Etat. Parmi les lettrés de cette époque, est resté le nom de Choe Chi-won, dont l'oeuvre littéraire nous est parvenue en fragments. Il avait été reçu comme fonctionnaire à l'école d'Etat chinoise (Guoxue). De Chine vint la technique de la xylographie, qui permit d'imprimer de nombreux textes. Parmi ceux-là, une traduction en chinois du sutra " de la Lumière pure " (Dharani sutra), publiée à la fin du VIIe siècle ou au début du VIIIe siècle, qui serait le plus vieil imprimé au monde ; il est conservé au Musée national de Séoul. Le pouvoir royal se centralise de plus en plus. La société est divisée en plusieurs classes ou rangs, avec un système particulier pour distinguer ceux qui peuvent accéder au pouvoir : le rang " de l'os saint " étant originellement celui de la famille royale, le rang " de l'os véritable " étant celui des hauts dignitaires avant de devenir celui du clan royal. Ces rangs sont liés à la lignée, donc à la naissance. Les aristocrates et le pouvoir sont concentrés dans la capitale, Geumseong (actuel Gyeongju), isolée au sud-est, et vivent une vie de plaisirs loin des réalités et des problèmes du pays. Des aristocrates locaux, devenus puissants, lèvent leurs propres armées sur leurs immenses terres. Au nord, des chefs de bandes aidés de ces seigneurs locaux déclarent de nouveaux Etats sur l'ancien territoire de Silla, en pleine désintégration.

Goryeo (Koryo, 935-1392)

Wang Geon força le roi de Silla, Gyeongsun, à abdiquer en 935. En 936, il vainquit Baekje avec l'aide de Gyeonhwon, en fuite suite à des problèmes internes. Wang Geon réunit alors le pays, créant un royaume plus grand encore que celui de Silla. Il intégra l'ancienne aristocratie vaincue en conférant des postes et des terres à ceux qui s'étaient montrés loyaux envers lui. L'ancien roi de Silla fut ainsi épargné. La nouvelle dynastie installa sa capitale à Gaegyeong (actuel Kaeseong en Corée du Nord, à environ 80 km de Séoul). Wang Geon régna de 918 à 943, laissant à ses successeurs un royaume pacifié. S'ouvrirent alors deux siècles de prospérité qui virent le pays s'agrandir vers le nord et entretenir de bonnes relations avec la Chine des Song. Il eut très vite à affronter ses nouveaux voisins, les Khitans, installés au nord-ouest, et dut leur céder des terres en 1018. Par la suite, les rapports devinrent conflictuels avec les Jou-Tchen (ou Djurtchets), une autre tribu toungouze installée à l'est de la Mandchourie. Goryeo dut leur céder une partie de son territoire en 1109. En 1115, les Djurtchets fondaient la dynastie Jin : Goryeo devint tributaire de ce nouvel Etat à partir de 1125.

La centralisation du pouvoir

Wang Geon n'ayant pas réussi à établir un pouvoir royal centralisé, ce fut la tâche de son successeur, Gwangjong (949-975). Il promulgua un acte de libération des esclaves enrôlés durant les années troublées de Silla. Ce faisant, il assurait une certaine stabilité sociale au sein du peuple et réduisait considérablement le pouvoir des nobles dont la fortune reposait sur le servage. En 958, il créa un système d'examen national de recrutement des fonctionnaires. Le pouvoir royal fut ainsi consolidé et les postes de gouvernement changèrent de main. Alors que sous Silla, les hauts postes n'étaient ouverts qu'aux membres du rang de l'os véritable, les nouveaux fonctionnaires royaux, bien qu'encore issus de l'aristocratie, appartenaient à différents clans. Tout en permettant ainsi plus d'équité dans l'accès aux postes du gouvernement, cela provoqua aussi une lutte entre les nobles pour le pouvoir. En 992 fut fondée l'Académie nationale (Gukjagam), qui préparait les jeunes nobles au concours de recrutement. L'autorité royale s'affaiblit à partir du roi Injong (1122-1146). Les militaires, tenus à l'écart du pouvoir, prirent ce dernier à partir de 1170 sous la direction de Jeong Jung-bu (1106-1179). Les gouvernements militaires se succéderont pendant une centaine d'années, le roi n'étant plus que le jouet des coups d'Etat. C'est à cette époque que la Corée eut à subir les invasions mongoles. En 1231, le roi dut se réfugier avec sa cour sur l'île de Ganghwa. Détestant la mer, les Mongols ne purent les défaire, et la vie de cour put reprendre, des bateaux apportant régulièrement les impôts collectés sur le continent. Mais pendant ce temps, les Mongols achevaient la conquête de la péninsule, détruisant les forces de résistance qui s'étaient spontanément levées dans le Sud. Goryeo dut reconnaître en 1270 l'autorité des Mongols, qui allaient régner sur la Chine sous le nom de Yuan.

Apparition d'une élite intègre et lettrée

Pendant ce temps, une nouvelle classe de lettrés, intègres et hostiles aux aristocrates, était apparue. Les militaires n'avaient pu se passer des fonctionnaires civils durant leurs années de pouvoir, et ils avaient favorisé l'apparition de cette nouvelle intelligentsia qui sera très influente par la suite. Ces fonctionnaires s'opposaient aux nouvelles familles aristocratiques, qui avaient gagné pouvoir et richesse sous la dynastie Yuan en aidant l'ennemi. En 1368, les Mongols furent renversés et une nouvelle dynastie régna sur la Chine, les Ming. Les Coréens pensèrent pouvoir retrouver leur indépendance, mais les Ming comptaient garder la mainmise sur les territoires du Nord-Est. 38 000 hommes, sous la direction du général Yi Song-gye, affrontèrent les Ming. Mais celui-ci, qui était en faveur de la nouvelle dynastie chinoise, força le roi Gongyang à abdiquer en 1392 et fonda la dynastie Yi, qui régnera sur le royaume, appelé désormais Joseon, jusqu'en 1910. Le royaume de Goryeo connut une époque riche culturellement, surtout à partir du XIIsiècle dans le domaine des lettres. Les IXe et Xsiècles sont considérés comme une époque de décadence artistique, mais on voit se développer un art bouddhique typique de Goryeo, surtout dans la statuaire. C'est l'époque des grands Bouddhas sculptés dans la roche. A partir du XIIsiècle, sous l'influence de la littérature chinoise des Song, de nombreux lettrés vont produire des oeuvres de qualité. De nouveaux genres apparaissent, comme le paegwan munhak (récit romanesque inspiré des rumeurs, coutumes et anecdotes populaires, à valeur allégorique) et deux types de poésie, les gasa narratifs (aussi appelés pyeolgok), de longueur variable et qui n'avaient pas de forme fixe, et les sijo, poèmes de trois lignes au nombre de syllabes déterminé. Un autre genre poétique libre continuait la tradition des Hyanggas de Silla. Les auteurs qui écrivirent en prose chinoise classique sont nombreux. On retiendra surtout le nom de Yi Gyu-bo (alias Sang-guk, 1163-1241), Kim Busik (1075-1151), auteur du Samguk sagi (Histoire des Trois Royaumes, 1145) et Iryeon (1206-1289), auteur du Samguk yusa (Anecdotes de l'époque des Trois Royaumes, 1285), deux ouvrages majeurs pour l'historiographie coréenne antique. A partir du XIIIsiècle paraissent également trois traités majeurs de médecine coréenne considérés comme des classiques en la matière. Il y eut également deux gravures xylographiques du Tripitaka, le canon bouddhique. Le premier ensemble de planches gravées fut commencé au cours de la première moitié du XIsiècle pour conjurer les invasions des Khitans, et ne fut achevé qu'en 1091, mais il fut détruit par les Mongols en 1232. C'est pour s'attirer la protection du Bouddha contre l'invasion de ces derniers qu'un deuxième et plus vaste ensemble fut gravé de 1236 à 1251. Cette excellente collection de textes bouddhiques gravée sur 81 340 planches finement calligraphiées fut d'abord conservée à Ganghwado, puis au temple Haeinsa où elle est toujours visible. Mais le véritable progrès réside dans l'invention des caractères mobiles métalliques, bien avant Gutenberg. Un exemplaire du deuxième volume de L'Identification du Bouddha par la pratique du zen, imprimé en 1372 et qui fut conservé à la Bibliothèque nationale de Paris jusqu'à sa restitution à la Corée en juin 2011, serait le premier texte imprimé de cette manière au monde.

Arrivée du néo-confucianisme chinois

Le confucianisme connaît un renouveau avec le néoconfucianisme du Chinois Zhu Xi (1130-1200) qui pénètre alors en Corée. Il est enseigné à l'Académie nationale, qui devient en 1309 le Seonggyun-gwan, par des professeurs fameux comme Jeong Mong-ju (1337-1392) ou Yi Sung-in (1342-1392). Les moines bouddhistes, eux aussi, vont connaître un système de concours pour accéder aux plus hauts titres. C'est à Goryeo que le moine Jinul (1157-1210) fonda la secte très influente Jogye (Chogye), qui cherchait à effectuer un syncrétisme entre l'école doctrinale de Hwaeom et l'école méditative Seon. Cette secte occupe encore en Corée une place prépondérante. A cette époque aussi, des marchands arabes parlèrent en Occident de Goryeo, d'où est dérivé le nom actuel de " Corée ". Les gens de Goryeo reçurent de la Chine des Song la musique de cour (aak), qui est encore pratiquée de nos jours. Par leurs rapports avec la Chine des Yuan, les Coréens apprirent à cultiver puis à filer le coton, grâce à Jeong Cheon-ik (XIVsiècle). Les habits coréens traditionnels sont aussi inspirés des habits sino-mongols de cette dynastie. Quant à Choe Mu-seon, il introduisit les explosifs qui permirent à la Corée de s'équiper en canons. Les céladons, céramiques d'une belle couleur bleu-vert, furent l'objet jusqu'au XIIIsiècle d'exportations importantes, principalement vers la Chine, qui les appréciait hautement.

Joseon (Choson, 1392-1910)

Yi Song-gye fonde Joseon sous les auspices du néoconfucianisme, qui devient l'idéologie officielle du royaume jusque 1910. Durant un siècle environ, il coexiste avec le bouddhisme. Mais dès le XVIsiècle, avec l'avènement de grands penseurs coréens comme Yi Hwang (1501-1570) et Yi Yi (1536-1584), il a une influence de plus en plus grande, non seulement sur la philosophie mais aussi sur les institutions et coutumes du pays. Quant au bouddhisme, méprisé par les confucianistes, il est rapidement mis au ban de la société, Taejo confisquant les biens de la plupart des temples. Dès 1406, leur nombre est réduit à 242, et celui des moines limité à 3 700 en 1424. Les moines devaient passer un concours de recrutement et payer pour obtenir le tocheop, l'autorisation d'entrer dans le clergé. Certains rois protègeront cependant le bouddhisme, et quelques lettrés confucianistes l'étudieront. Ainsi, sous le roi Sejo (1455-1468), est créé en 1460 l'Office pour éditer les canons bouddhiques en hangeul et en chinois. A la fin du XVsiècle, le concours de recrutement et le tocheop disparaissent. De plus, lors de l'invasion japonaise de 1592, les moines-soldats enregistrent de nombreuses victoires. Le bouddhisme ne disparaît donc pas complètement, mais il est limité dans son influence, et pratiqué plutôt par les femmes. Quant au chamanisme, considéré comme une superstition par les confucianistes, il continuera à exercer une forte influence sur le peuple. La capitale est déplacée de Gaeseong à l'emplacement de l'actuel Séoul en 1394, selon des principes géomantiques. La société aristocratique se transforme peu à peu sous l'influence du néoconfucianisme, toujours dominée par les yangbans (nobles) issus des concours administratifs nationaux. Les enfants des familles aisées étudient, de 6 à 14 ou 15 ans, dans les seodang, sortes d'écoles primaires privées, puis dans les hyanggyo provinciaux ou hakdang de la capitale (écoles confucéennes du second degré). Ils peuvent alors préparer le sogwa, ou " petit concours ", qui leur permet de rentrer à l'Académie nationale Sungkyunkwan, fondée à Séoul en 1398. Certains étudient de préférence dans les seowon, académies confucéennes privées qui se développèrent dès le XVIsiècle. Ils y préparent le daegwa, ou " grand concours ", leur ouvrant les postes les plus hauts de l'administration. Avant même son accession au trône, Yi Song-gye a procédé à une réforme foncière en brûlant les cadastres pour pouvoir déstructurer les anciens latifundia et redistribuer équitablement les terres. L'ensemble du territoire est à nouveau l'entière possession du roi, qui alloue des domaines à ses fonctionnaires comme rémunération. Au milieu du XVsiècle, un groupe de lettrés opposés à Yi Song-gye, Sarimpa (" forêt des lettrés "), devient politiquement actif et s'oppose au groupe Hungupa (" aristocratie traditionnelle "). Sarimpa se scindera en 1575 en deux factions, Dong-in (" hommes de l'Est ") et Seo-in (" hommes de l'Ouest "). Il y aura encore d'autres divisions de ces factions rivales. Ces " écoles ", plus politiques qu'idéologiques, vont diviser l'aristocratie et se livrer une guerre pour obtenir le pouvoir, le plus souvent au détriment des rois qui auront du mal à retrouver leur autorité.

Sejong et l'âge d'or de la Corée

L'âge d'or de Joseon se situe pendant le règne de Sejong (1418-1450). C'est l'époque des grandes inventions, comme l'alphabet national hangeul (1446) ou le pluviomètre (1442). L'imprimerie connaît aussi des améliorations (le procédé xylographique sera cependant le plus utilisé). De nombreux livres seront publiés dès cette époque. Les genres poétiques sijo et gasa, qui prennent alors une forme fixe, deviennent très populaires et sont souvent écrits en hangeul. Les romans continueront cependant d'être écrits en chinois jusqu'au XVIIsiècle. En fait, le hangeul est méprisé par les lettrés et les genres jugés nobles sont toujours écrits en chinois classique, comme les ouvrages de géographie, de philosophie, d'histoire... Tel est par exemple le cas des Annales royales de Joseon (Joseon Wangjo Sillok), publiées à la mort de chaque roi et qui rendent compte en détail et de manière encyclopédique de leur règne. Ces annales constituent un ensemble unique de 1893 livres couvrant une période allant de 1392 à 1863, et comprenant 64 millions de caractères. Cet ouvrage, qui est considéré comme le plus large au monde par son volume et la période dynastique qu'il couvre, a été classé au titre d'héritage documentaire mondial par l'UNESCO en 1997. Peu à peu, Joseon est miné par un excessif conservatisme et une société trop rigide. La société est divisée en 4 classes inégales : les yangbans, qui représentent jusqu'au XVIIsiècle 10 % de la population, sont l'élite dirigeante. Les jungin constituent la classe moyenne des spécialistes (médecins, scientifiques, savants, interprètes, fonctionnaires locaux, etc.). Au-dessous, la classe des sangmin ou yangmin représente la majorité de la population ; ce sont les gens du commun, paysans, commerçants et artisans, qui sont méprisés et écrasés sous le poids des impôts. Enfin, tout en bas, la classe des cheonmin, " gens de basse naissance ", comprend les esclaves et les " hors caste ", comme les bouchers, les tanneurs, les courtisanes (gisaeng, équivalent des geishas japonaises), les chamans... Cette classe représente près de 30 % de la population, et c'est la plus exploitée. Il y aura de nombreuses rébellions des deux dernières classes dès 1467.

La dynastie connaît un tournant capital lors de l'invasion du Japonais Toyotomi Hideyoshi en avril de l'an Imjin (1592). Ce dernier a pris le pouvoir effectif au Japon et signifié à la Corée, en 1590, son intention de passer par Joseon pour envahir la Chine. En réponse au refus des Coréens, il envoie deux ans plus tard 200 000 hommes et 9 000 marins, qui vont littéralement brûler le pays. Mais l'amiral Yi Sun-sin détruit une partie de la flotte japonaise, privant l'infanterie japonaise d'approvisionnement. La guerre prend fin en septembre 1593 grâce à l'intervention de l'armée chinoise. Les Japonais reviennent en 1597, mais les Coréens sont préparés, et les armées japonaises doivent alors se cantonner sur une mince bande de la côte sud. A la mort d'Hideyoshi en 1598, les Japonais se retirent définitivement. Ces invasions laissent le pays économiquement exsangue, et la plupart des monuments, temples, palais et bâtiments officiels détruits.

La Corée sous domination chinoise

La guerre dynastique en Chine va ébranler à nouveau la Corée. Joseon reste fidèle aux Ming, mais les Mandchous achèvent bientôt la conquête de la Chine. Ils envahissent la péninsule en 1636. L'année suivante, l'empereur Qing vient imposer au roi coréen Injo un traité qui l'oblige à envoyer ses fils en otage à la cour impériale. Les Mandchous imposent leur tutelle sur la péninsule, la Corée devant livrer un tribut annuel à Pékin, qui sera maintenu jusqu'à la fin du XIXsiècle. A partir de cette époque, la Corée devient le " royaume ermite ", se repliant sur lui-même et ne laissant entrer que les ambassades chinoises et japonaises. Des lois somptuaires interdisent la démonstration de richesse, et de nombreux ateliers d'Etat sont fermés : la Corée ne veut plus susciter la convoitise de ses voisins. Cette politique a pour effet de scléroser la culture aristocratique. En contrepartie, la culture populaire connaît un essor nouveau, et une grande partie de l'héritage de Joseon vient de là : pansori, chants populaires (min-yo), peinture populaire (minhwa), danses et musiques folkloriques... On voit apparaître les premiers romans écrits en coréen avec L'Histoire de Hong Gildong de Heo Gyun (1567-1618), où l'auteur critique d'ailleurs le système en proposant une utopie confucianiste. De nombreux romans suivront (Pérégrination de Dame Sa, Rêves des neufs nuages, Histoire de Dame Pak, Description de l'année Imjin, etc.). Deux vaisseaux hollandais font naufrage sur les côtes coréennes au XVIIsiècle. Hendrik Hamel (1630-1692), échoué à Jejudo en 1653, réussit à s'enfuir au Japon après plusieurs années passées en Corée, et rapporte en Occident la première description de ce pays mystérieux, dans son ouvrage intitulé Relation du naufrage d'un vaisseau hollandais sur la Coste de l'isle de Quelpaerts (publié en 1670 en français).

L'économie se redresse, et des gens du commun qui ont fait fortune désirent devenir à leur tour des yangbans. Commence alors un trafic lucratif d'arbres généalogiques falsifiés, inventant une ascendance noble. Dans certaines villes, le nombre des yangbans quadruple ! Cette pseudo-mobilité sociale ne masque pas les problèmes internes dont souffre la société de Joseon. Certains penseurs commencent à s'intéresser aux problèmes sociaux et leur cherchent des solutions pratiques, particulièrement du côté de la " science " occidentale (Seohak) qui est introduite en Corée. C'est l'école Silhak, ou " Sciences du réel ". Ces lettrés, influencés par des penseurs chinois qui prônent une lecture critique des classiques, s'attaquent aux valeurs du confucianisme traditionnel. Ils imaginent des sociétés égalitaires, voire communautaires (Bangye, Seongho, Tasan), écrivent des histoires critiques de la Corée, et même des romans, comme L'Histoire de Chunhyang, qui est une vive dénonciation de la société du XVIIIsiècle. Certains de ses membres se rapprochent du catholicisme associé aux sciences occidentales. A la fin du XVIIIsiècle, des convertis fondent la première communauté chrétienne de Corée en 1785. La réaction du pouvoir est répressive. Le catholicisme est interdit en 1801, mais les exécutions n'arrêtent pas sa propagation. Un vicariat apostolique est établi en Corée en 1831, les prêtres français étant chargés, dès 1833, de l'évangélisation. La première grande vague de persécutions de 1839 fait beaucoup de victimes, dont trois Français. Mais les missionnaires continuent à venir prêcher, et le catholicisme fait de plus en plus d'adeptes.

Le régent Daewon-gun lance une campagne de purges en 1866, qui fait près de 8 000 victimes, dont 9 missionnaires français (sur les 12 présents en Corée). Un des survivants réussit à s'échapper et rejoint Pékin, où il fait un rapport à l'amiral Roze. Ce dernier décide d'aller en Corée avec trois navires pour porter secours aux convertis coréens et surtout aux deux autres rescapés français. Il s'agissait certainement aussi de forcer la Corée à s'ouvrir au commerce international. Ce n'était pas la première fois qu'une puissance occidentale essayait de nouer des liens commerciaux avec Joseon. En 1832 puis 1845, des navires anglais échouèrent dans leurs tentatives. En 1846, des navires français vinrent demander des comptes sur les massacres de 1839. Deux navires revinrent en 1847, mais ils repartirent sans réponse du gouvernement coréen. L'amiral Roze débarque donc à l'automne 1866 à Ganghwado, incendie une maison royale, pille une des archives nationales (ce qui explique la présence à la Bibliothèque nationale de Paris de manuscrits coréens jusqu'en 2011), mais les Coréens repoussent les Français. Roze repart satisfait, mais en réalité bredouille, laissant les Coréens plus que jamais hostiles aux " grands nez ", ainsi que sont appelés les Occidentaux. Daewon-gun met alors en place une politique résolument xénophobe (des écriteaux affichés dans Séoul ordonnent de tuer sur le champ tout étranger), répressive (la plupart des seowon sont détruits afin d'annihiler les factions politiques) et isolationniste.

Les nations étrangères s'invitent en Corée

En août 1866, un navire de commerce américain qui remontait le fleuve Daedong est incendié et tout son équipage massacré. N'obtenant pas d'explications de la part du gouvernement coréen, les Américains envoient des troupes en 1871 et livrent en vain bataille à Ganghwado. Le Japon réussit où les autres puissances ont échoué : il crée des incidents militaires en 1875 et force les Coréens à signer un traité en 1876, qui reconnaît Joseon comme un Etat indépendant (c'est-à-dire libre de la tutelle chinoise) et qui leur ouvre des ports coréens et le droit de croiser dans les eaux territoriales coréennes. L'intervention japonaise met ainsi un terme à la politique isolationniste de la Corée, et dans les années qui suivent, les traités se succèdent avec les puissances occidentales (Etats-Unis en 1882, Grande-Bretagne en 1883, Russie en 1884, etc.). La France signe le sien en 1886, et à partir de cette date, les missionnaires étrangers acquièrent le droit d'enseigner leur foi. Les protestants débarquent, évangélisant mais aussi construisant écoles et hôpitaux. Ils apportent avec eux la science occidentale et ses progrès dans de nombreux domaines allant de l'hygiène à l'agriculture en passant par les douanes et l'électrification. La Corée entre dans une période de modernisation soutenue par le roi Gojong, qui a pris la suite du régent Daewon-gun. Cette période est aussi marquée par les tentatives des trois nations voisines (Russie, Chine, Japon) de s'accaparer la Corée.

Mais cette ouverture vers l'étranger rencontre l'hostilité de certains, qui fondent en 1860 le mouvement Donghak (" Sciences orientales "), anti-occidental et nationaliste, en réaction au Seohak. Ce mouvement syncrétique qui mélange plusieurs religions " indigènes " est, à l'origine, religieux et philosophique, mais il devient rapidement, après l'exécution de son fondateur Choe Che-u (1824-1864), un mouvement politique de critique du gouvernement. Son leader Jeon Bong-jun (1854-1895) soutient une rébellion qui, en 1894, dégénère dans le sud du pays en jacqueries sanglantes que le gouvernement n'arrive pas à réprimer. Ce dernier fait alors appel à l'armée chinoise. Les Japonais envoient également une armée, deux fois plus nombreuse que l'armée chinoise, sous prétexte de protéger leurs ressortissants. C'est la Guerre sino-japonaise (1894-1895), dont les Japonais sortent vainqueurs. Ils stationnent ensuite leurs troupes en Corée et installent leur présence impérialiste. En octobre 1895, les Japonais assassinent la reine Min pour éviter la formation d'un gouvernement pro-russe et forcent le roi à composer un gouvernement japonophile. Celui-ci lance un train de réformes trop audacieuses qui suscitent de violentes réactions dans le pays. Le roi se réfugie en 1896 dans la légation russe et forme un cabinet russophile. Ce sera le prétexte de la Guerre russo-japonaise (1904-1905). Entre-temps, en 1897, le roi coréen se proclame empereur de Daehancheguk (" Empire du Grand Han ") pour s'affranchir de toute vassalité vis-à-vis des autres empereurs, chinois et japonais. Les Japonais, encore une fois vainqueurs, signent en septembre 1905 un traité leur accordant toute liberté sur la Corée. En novembre de la même année, cette dernière est forcée de signer un traité reconnaissant le protectorat japonais. L'empereur Gojong tente dans un effort désespéré de rallier à sa cause les étrangers lors de la conférence pour la paix de La Haye en 1907. En réponse, les Japonais le forcent à abdiquer pour son jeune fils Sunjong. Finalement, le 22 août 1910, le résident général japonais Terauchi Masatake fait signer au Premier ministre coréen Yi Wan-yong la lettre d'annexion par laquelle la Corée renonce officiellement à son autonomie. C'est la fin officielle de la dynastie Yi, une des plus longues de l'histoire (518 ans), mais à laquelle reste attachée l'humiliation de la colonisation japonaise.

La colonisation japonaise (1910-1945)

La première partie de la colonisation japonaise est marquée par une violente répression des forces de résistance apparues dès la fin du XIXsiècle. L'envahisseur se montre expert en vexations " raffinées ". Outre les répressions et tortures infligées aux résistants coréens, toute une série d'actes plus subtils visent à miner la culture coréenne en profondeur et à détruire son identité. Les Coréens doivent parler japonais en public et porter des noms japonais. Les symboles de la nation coréenne sont l'un après l'autre attaqués. L'Académie nationale confucéenne (Seonggyun-gwan) est transformée en école primaire. Pour des raisons d'urbanisation, l'enceinte fortifiée de Séoul est en majeure partie rasée. De nombreux trésors nationaux sont envoyés dans les musées japonais. L'ancien palais royal Changgyeonggung est même transformé en zoo. Sur les 200 bâtiments que comprenait le palais central Gyeong-bokgung, il n'en reste plus qu'une dizaine, la plupart ayant été déplacés ou rasés. La porte principale, symbole de la " cité interdite ", est déplacée dans le mur est. A sa place est élevé le Capitole, la résidence du gouverneur général japonais. Pour signifier son nouveau pouvoir, ce bâtiment est placé devant le hall du trône Geunjeongjeon. Selon les anciennes lois géomantiques qui avaient présidé à la construction de Séoul et de ses monuments, " l'énergie vitale " traversait les monts Bukhansan, pénétrait via Bugaksan dans le palais et le hall du trône, et se répandait dans la ville par la porte Gwanghwamun. En construisant le Capitole ici, ils " bloquent " symboliquement ce flux énergétique. En outre, celui-ci avait été construit sous la forme du caractère chinois signifiant " soleil ". Plus bas, la mairie qu'ils édifièrent avait, vu du ciel, la forme de l'idéogramme signifiant " base, origine, levant ". Ainsi, les monts Bukhansan ayant la forme naturelle du signe " grand ", on pouvait lire depuis le ciel en pleine capitale coréenne : Dae Ilbon, le " grand (empire du) Soleil levant "... - voilà pourquoi le gouvernement de Kim Young-sam décida en 1996 de raser le Capitole, devenu entre-temps Musée national.

Pendant l'occupation japonaise, Séoul prend le nom de Gyeongseong, la forteresse-capitale, et se transforme. Les grandes avenues étaient auparavant bordées d'humbles chaumières, et les maisons des nobles se cachaient dans ses ruelles insalubres. C'est la raison pour laquelle les voyageurs étrangers du XIXe siècle la décrivent comme une ville sale et pauvre. Ainsi commence le récit de Georges Ducrocq, voyageur français du début du XXe siècle : " Celui qui arrive à Séoul par la colline de Nam-San aperçoit, entre les arbres, un grand village aux toits de chaume. Il a d'abord peine à croire que ces cabanes enfumées soient la capitale de la Corée. (...) Séoul est à nos pieds et c'est une paysanne qui ne paye pas de mine. " Avec l'ouverture aux légations étrangères et la colonisation japonaise, la capitale connaît une vague de modernisation, et les premiers bâtiments occidentaux apparaissent dans le centre-ville, tandis que de grandes artères sont ouvertes pour faciliter la circulation. Ces premiers efforts d'urbanisation furent cependant ruinés par la guerre de Corée qui détruisit complètement la ville. Rares sont les bâtiments anciens qui restent aujourd'hui à Séoul.

En parallèle, l'occupant japonais poursuit la modernisation du pays. De nombreux jeunes vont étudier au Japon et entrent en contact avec la littérature occidentale, en particulier le symbolisme français et Verlaine qui auront une grande influence sur les lettres coréennes de cette époque. Un nouveau type de littérature occidentalisée voit le jour, bien que censuré par les Japonais. La résistance armée s'organise en Mandchourie, où plus de 2 millions de Coréens s'expatrient au début des années 1920. Un gouvernement coréen provisoire est créé à Shanghai en 1917, pendant un temps sous la présidence de Syngman Rhee (Yi Seung-man). Le 1er mars 1919 une proclamation d'indépendance est signée à Séoul par 33 érudits, lançant un mouvement populaire de réaction à l'occupation japonaise. Commence alors l'ère bunka seji, dite " éclairée ", où les Japonais vont essayer de libéraliser, du moins en apparence, leur politique coloniale. Mais à partir de 1936, le nouveau gouverneur Minami Jiro lance une politique très dure visant à " japoniser " les Coréens pour les assimiler à l'Empire japonais. Ils doivent adopter des noms japonais, ne sont plus autorisés à parler leur langue en public, et les journaux et revues en coréen sont à nouveau interdits. De plus, pour soutenir l'effort de guerre du Japon, de nombreux Coréens sont enrôlés de force dans l'armée ou le travail obligatoire. De nombreuses femmes sont forcées à " soulager " l'armée japonaise (les tristement célèbres " femmes de réconfort "). En 1934, est créée la Société pour l'étude de la langue coréenne (Joseon-eo hakhoe), organe de résistance intellectuelle et culturelle, deux fois dissoute en 1938 et 1939. La résistance armée sur le territoire est de plus en plus difficile, les Japonais pratiquant torture et répression sanglante. De nombreux attentats seront cependant perpétrés à l'étranger contre des officiels japonais. Le 15 août 1945, la Corée est finalement libérée de 35 ans d'occupation.

Les républiques de Corée
De la libération à la guerre (1945-1953)

Lors de la conférence du Caire en novembre 1943, Roosevelt, Churchill et Chang Kaï-chek s'accordent pour rendre son indépendance à la Corée. Cette décision est entérinée lors de la conférence de Yalta (février 1945) qui décide d'établir en Corée, à la libération, un trusteeship multipartite. Lors de la conférence de Postdam (juillet 1945), il fut en outre décidé que les Etats-Unis et l'URSS se partageront la Corée de part et d'autre du 38e parallèle jusqu'à son indépendance totale. Le 10 août, les Soviétiques pénètrent en Corée par le Nord. Les Américains débarquent le 8 septembre, mais le général Hodge se heurte très vite à l'hostilité des Coréens, surtout concernant la partition. En décembre 1945, une commission mixte soviéto-américaine pour la constitution d'un gouvernement provisoire qui resterait 5 ans sous tutelle jusqu'à l'indépendance totale du pays est créée. Cette décision est bien sûr refusée par les deux parties de la Corée, mais le 3 janvier suivant, contre toute attente, le Nord accepte cette tutelle. Le 8 février, le comité populaire provisoire de Corée du Nord est formé à Pyongyang sous la direction de Kim Il-sung. En mars, il met en place une réforme agraire confisquant les terres sans compensation et les redistribuant au peuple. Les travaux de la commission mixte s'achèvent sans résultat en mai 1946, principalement à cause de ses opposants. A partir de ce moment, la Corée est divisée en deux parties le long du 38e parallèle, chacune suivant sa propre voie. La Corée du Nord élit en 1947 les députés qui vont former une Assemblée populaire ainsi qu'un praesidium. Les Américains proposent aux Soviétiques la formation d'un gouvernement coréen par des élections au suffrage universel. L'URSS ayant refusé, la question est portée devant l'ONU en septembre qui préconise des élections générales pour créer un gouvernement unifié. Le Nord refuse cette décision, et les élections ont lieu au Sud le 10 mai 1948. Une Assemblée constituante s'ouvre le 31 mai et adopte le 17 juillet la nouvelle constitution. Syngman Rhee devient le premier président de la jeune république de Corée, officiellement fondée le 15 août. Le 9 septembre, le Nord annonce la fondation de la république populaire démocratique de Corée avec Kim Il-sung à sa tête.

Des incidents assez nombreux se produisent à la frontière. Au sud, la situation économique et politique se dégrade. Le parti au pouvoir est battu aux élections en mai 1950. Les Nord-Coréens croyant que la situation leur serait profitable lancent une attaque surprise le 25 juin 1950. Ils progressent rapidement vers le sud, trouvant peu de résistance. Le conseil de sécurité de l'ONU déclare que le Nord est l'agresseur et une armée des Nations unies comprenant des contingents de 16 pays débarque sous la direction de MacArthur à Incheon. Séoul est repris le 28 septembre et les troupes des Nations unies progressent rapidement vers le nord. Alors que la victoire semble presque acquise, la Chine envoie ses volontaires pour aider le Nord. MacArthur doit battre en retraite. Séoul est reperdu en janvier 1951, puis regagné en mars et les troupes des Nations unies peuvent progresser à nouveau vers le nord. Alors que les combats semblent s'embourber, le représentant soviétique à l'ONU propose un armistice. Des pourparlers s'engagent, et l'Armistice est enfin signé le 27 juillet 1953 par les Coréens du Nord, les volontaires chinois et les troupes de l'ONU. Le Sud refuse d'y prendre part, d'où l'absence d'armistice encore de nos jours. Les territoires restent les mêmes, mais il y eut plus de 2 millions de morts et de blessés. Le pays est littéralement rasé, l'économie ruinée et les consciences meurtries pour longtemps. Les dégâts sont plus sévères au nord, qui a en plus à déplorer près de 2 millions de fugitifs vers le sud.

La Corée du Sud

Le président Syngman Rhee a du mal à gouverner et doit à plusieurs reprises, dès 1952, avoir recours à des méthodes illégales pour maintenir son autorité. Il arrête ainsi en 1958 les députés de l'opposition, ne laissant siéger à l'assemblée que les députés de son parti, après s'être fait réélire pour une troisième fois en 1956. Cette manière despotique de diriger, qui donnait le ton des 40 années qui allaient suivre, souleva un fort mécontentement populaire. De nombreuses manifestations éclatèrent dans le pays en 1960 à cause des fraudes électorales, d'abord dans les universités puis dans de nombreuses villes. Le 26 avril 1960, malgré une répression sanglante et l'application de la loi martiale, Syngman Rhee donne enfin sa démission et part en exil à Hawaï où il meurt 9 ans plus tard.

Yun Boseon est élu en juillet et forme un gouvernement incapable de diriger le pays en pleine crise économique. Un putsch d'officiers mené par Park Chung-hee (Bak Jeong-heui) met fin, en mai 1961, aux manifestations mais pousse Yun Boseon à la démission en 1962. Aidé de Kim Jong-Pil, Park arrête des opposants, puis fait approuver une nouvelle constitution (décembre 1962) qui étend les pouvoirs du président. Il quitte l'armée et se fait élire en décembre 1963. Il ouvre une ère de prospérité économique mais son régime est de plus en plus autoritaire. Il normalise les relations avec la Corée du Nord en signant un accord pour une réunification pacifique en 1972. La même année, la dissolution de l'Assemblée et le lancement du Yusin, la Constitution de la " Rénovation ", donne plus de pouvoir au président. Il est finalement assassiné en octobre 1979 par le directeur des services secrets (KCIA, Korean Central Intelligence Agency) qu'il avait lui-même créés en 1961. Son régime est cependant crédité de la modernisation de la Corée, surtout celle des campagnes par le mouvement Saemaeul (" nouveaux villages "), et du " miracle " économique.

L'élection de Choi Gyu-ha génère de violentes manifestations en faveur de la démocratie. Chun Doo-hwan, qui avait dirigé les répressions sanglantes du mai de Gwangju (1980, au moins 200 morts), prend le pouvoir par un coup d'Etat militaire en août 1980 après la démission de Choi. Les nombreuses violations des droits de l'homme, les scandales financiers et politiques de son gouvernement ternissent sa popularité au point qu'il ne se représente pas aux élections en 1987. Il présente comme successeur un homme de son parti, Roh Tae-woo, qui est, pour la première fois, élu au suffrage universel et ne peut arrêter la marche vers la démocratisation. Les Jeux olympiques de 1988 font entrer une nouvelle Corée sur la scène internationale. Les relations avec la Corée du Nord s'améliorèrent, surtout en 1990 avec les rencontres interministérielles qui ont lieu entre Pyongyang et Séoul.

Le rapide développement économique et démographique de la Corée à partir des années 1960 transforme peu à peu Séoul en mégalopole ultramoderne. Les Jeux olympiques de 1988 lancent le développement du sud du fleuve Han, occupé il y a encore une quinzaine d'années par des rizières. L'urbanisation n'a pas toujours suivi de plan déterminé et cohérent, mais à cause de la congestion actuelle, la ville de Séoul est plus sensible aux problèmes d'environnement et de cadre de vie. La population a aussi commencé à décroître, attirée vers les villes nouvelles satellites et celles de l'active province environnante, le Gyeonggi-do.

L'arrivée de la démocratie

En décembre 1992, Kim Young-sam est élu président. La Corée intègre en 1996 l'OCDE, et entre dans la cour des grands. Durant la présidence de Kim Young-sam, de nombreux scandales de corruption éclatent cependant. Les anciens présidents Chun Doo-hwan et Roh Tae-woo sont jugés en 1996, puis condamnés pour avoir touché des millions de dollars des chaebols. Le fils de Kim Young-sam lui-même est mis en cause pour délit d'initié et corruption. Le parti de Kim Young-sam, dont la responsabilité est évoquée dans la crise économique qui frappe le pays fin 1997, est battu par son rival, Kim Dae-jung en décembre de la même année. Kim Dae-jung hérite d'une situation délicate en cette " période FMI " (appelation courante de cette période pour marquer un certain fatalisme face à la crise économique). Le début de son administration est cependant placé sous le signe de l'ouverture : vers le Japon, et surtout vers la Corée du Nord. L'année 2000 est ainsi marquée par le sommet intercoréen durant lequel le président sud-coréen va rencontrer son homologue nord-coréen à Pyongyang, une première historique qui vaut à Kim Dae-jung le prix Nobel de la paix. Il est aussi crédité pour avoir redressé l'économie coréenne de façon spectaculaire après la crise. La fin de son mandat est pourtant assombrie par de nombreux scandales, deux de ses fils sont ainsi accusés de trafic d'influence.

Roh moo-hyun, avocat de 56 ans, surprend tout le monde lors des primaires de son parti, qu'il emporte aisément. Six mois plus tard, malgré un programme très engagé en faveur des réformes, très antiaméricain et très anti-chaebols, il devient le plus jeune président de Corée du Sud. Les premiers mois s'avèrent difficiles pour cet homme que rien ne prédisposait à atteindre la plus haute marche de l'Etat. Ses discours polémiques agitent les syndicats, énervent ses adversaires politiques et déstabilisent la population. Le parti conservateur profite ainsi du chaos général : majoritaire au Parlement, il destitue le président avec l'aide de l'ancien parti de celui-ci (les supporters de Roh moo-hyun ont créé leur propre parti après l'élection présidentielle pour se démarquer des hommes de Kim Dae-jung). Loin d'écraser Roh moo-hyun, cette erreur tactique rappelle à la population l'image des anciens politiciens de la dictature. Le président est perçu comme un martyr de la liberté, le soutien de la population devient donc total. Son parti remporte aisément les élections législatives qui ont lieu deux mois plus tard. La Cour constitutionnelle décide alors de déclarer anti-constitutionnel l'acte du Parlement. Roh Moo-hyun revient à son poste. Les réformes reprennent de plus belle, les agitations également. Les conservateurs reviennent finalement au pouvoir suite à la victoire de Lee Myung-bak à l'élection présidentielle de décembre 2007, marquée par une faible participation. Plus pro-américain et anti-nord-coréen que ses prédécesseurs, Lee fait face à la crise économique internationale de 2008, et à un taux de popularité en berne.

Malgré les gesticulations permanentes de son voisin imprévisible et la précarité de la sécurité dans la péninsule, la Corée du Sud est aujourd'hui résolument tournée vers l'avenir. A l'occasion du sommet du G20 en novembre 2010, Séoul a une fois de plus montré son immense potentiel, et la puissance économique coréenne a ébloui le monde entier. Les élections présidentielles, fin 2012, furent marquées par l'élection d'une femme, Park Geun-hye, qui est aussi la fille de Park Chung-hee. Sa première année au pouvoir fut marquée par un regain de tension avec Pyongyang, et un test grandeur nature de sa capacité à faire front. L'avenir de la Corée du Sud s'écrit aussi à l'échelle continentale, avec des relations désormais plus assumées avec le Japon et la Chine, et de multiples rencontres en vue d'établir un scénario d'intégration économique. Un rêve qui était hier encore irréalisable, mais que la crise économique internationale, associée à l'irrésistible montée en puissance de la Chine, semble avoir remis au goût du jour.

Pour autant les tensions dans la péninsule sont encore nombreuses et sans cesse soumises aux visées du turbulent voisin du Nord. Ainis, parmi les dernières en date, le lancement par Pyongyang d'un missile longue portée le 6 janiver 2016 a provoqué un tôlé du côté tant de la Corée du Sud que de la communauté internationale et crispée encore plus les relations entre les deux pays.

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