Guide de MUMBAI : Arts et culture

Architecture
<p>Le légendaire et mythique Taj hotel de Mumbai, à Colaba.</p>

Le légendaire et mythique Taj hotel de Mumbai, à Colaba.

L'une des réussites les plus accomplies de la civilisation indienne est sans aucun doute son architecture, qui comprend bien plus que le Taj Mahal ou les ensembles de temples de Khajuraho et de Vijayanagara. Bien que les sites d'Harappa, de Mohenjo-Daro et de Lothal, dans la vallée de l'Indus, témoignent avec évidence d'un urbanisme élaboré, les débuts de l'architecture indienne datent de l'apparition du bouddhisme en Inde, sous le règne d'Ashoka, et de la construction des monastères bouddhistes. L'architecture bouddhiste fut prédominante pendant plusieurs siècles et il reste peu de vestiges de temples hindous datant de l'Antiquité.

Parmi les chefs-d'oeuvre de l'architecture et de l'art bouddhiques, il faut d'abord citer le grand stupa de Sanchi et les temples-grottes creusés dans la roche d'Ajanta.

Au VIIIe siècle, avec la consolidation des royaumes hindous, l'école d'architecture hindoue du Sud devient florissante.

Les ouvrages les plus accomplis des Pallava sont les temples de Mahabalipuram taillés dans la roche et les temples de Kanchipuram. L'histoire de l'architecture des temples de l'Inde du Sud nous amène, durant les huit siècles suivants, à Thanjavur (Tanjore), aux réalisations brillantes des Hoysala (comme à Belur et à Halebid) et aux complexes de temples de Kanchipuram, de Thiruvannamalai et de Vellore, qui témoignent de l'épanouissement de l'Empire vijayanagara et dont le plus beau fleuron est le temple Meenakshi à Madurai. Au Kerala, cependant, un style distinct d'architecture prenait forme.

À Ellora, en Inde occidentale, les hindous ont ajouté, à ce qui avait été autrefois des grottes bouddhistes, de nouveaux temples et sculptures, chefs-d'oeuvre culminant dans le majestueux temple de Kailash, bâti sous le règne de Krishna Ier (757-773), tandis que les temples des grottes d'Elephanta et de Jogeshvari, près de Mumbai, datent probablement du VIe siècle.

Le style des temples du Sud est très différent de celui du reste de l'Inde. On peut classer les différents types d'architecture en quatre périodes, correspondant aux principaux royaumes qui s'y sont succédé au cours des siècles.

Pallava (600-900) : les plus grandes réalisations de l'architecture pallava sont les temples de Mahabalipuram taillés dans la roche.

Datant de la même époque, le temple de Kailasanatha, à Kanchipuram, est un complexe cultuel avec une tour sanctuaire et un mandapa (salle à colonnes précédant le sanctuaire).

Chola (900-1150) : l'architecture chola a atteint son sommet à Thanjavur, la capitale fondée par le roi chola Rajaraja Ier. Les sanctuaires ont des tours pyramidales élevées, couronnées de toits en forme de coupole. Des sculptures et des peintures ornent les murs. Les sculptures de bronze de cette période sont les plus belles de l'Inde du Sud. Celles-ci sont délicatement modelées, particulièrement celles représentant Shiva sous ses nombreux aspects.

Hoysala (1100-1350) : les temples érigés sous les rois Hoysala ont des plans compliqués, avec de nombreux éléments en saillies. Les sculptures, le plus souvent en chlorite, se distinguent par une précision remarquable. Les colonnes sont tournées ou à faces multiples. On peut encore voir des temples de la période Hoysala à Belur, Halebid et Sringeri. Après le règne des Hoysala, cette tradition architecturale a été interrompue, à la fin du XIIIe siècle, par des raids musulmans. La construction de temples monumentaux a repris plus tard, sous l'Empire vijayanagara.

Vijayanagara (1350-1565) : au XVIe siècle, presque toute l'Inde du Sud faisait partie de l'Empire vijayanagara. Le fait caractéristique de cette période a été le développement des complexes de temples : des séries concentriques de murs de clôture rectangulaires avec des gopura (tours d'entrée) construites au milieu de chaque côté. Parmi les nombreux complexes vijayanagara de l'Inde du Sud, les plus magnifiques sont ceux de Hampi (Karnataka), de Kanchipuram, Thiruvannamalai et Vellore (Tamil Nadu). A la même époque, le Kerala développait un style architectural particulier : en raison des lourdes averses, les temples étaient recouverts de rangées de tuiles en terre cuite ou en métal. Le temple Vadakkunatha, à Trichur, date du XIIe siècle. Des temples postérieurs peuvent être vus à Chengannur, à Kaviyum et à Vaikom.

Les coloniaux (1510-1943) : les premiers colons européens ont apporté dans leurs bagages tout un pan de l'histoire de l'architecture européenne. Du style roman à celui de la Renaissance en passant par le style gothique et baroque. Plus adaptés au climat indien que les futurs colonisateurs européens, les Portugais ont reproduit leur environnement ibérique sur les côtes du sud-est de l'Inde avec des maisons à étages, des balcons et des petits jardins que l'on peut encore observer de nos jours à Goa. Les premières grandes constructions ont été des structures militaires, des entrepôts, des postes de garnisons, qui se sont transformés peu à peu en villes fortifiées, notamment le long des côtes, comme par exemple le fort de Castella de Aguanda près de Mumbai. Les premières églises de style baroque font leurs apparitions sur le territoire de Goa et dans le Kerala. L'Eglise Saint-François fondée en 1510 à Cochin est considérée comme la toute première église européenne construite sur le sol indien.

À Nagapattinam, Tranquebar ou Serampore les canaux et les places sont d'influences danoises. La France quant à elle a marqué de sa conception cartésienne le paysage urbain de Pondichéry.

Mais ce sont bien les Britanniques qui ont laissé la plus grosse empreinte. Le passage de pouvoir de la Compagnie des Indes à la Couronne britannique se matérialise par un véritable tournant dans l'histoire de l'architecture du pays. À Calcutta, New Delhi et à Bombay, l'influence architecturale britannique devient omnipotente, à l'égale des édifices moghols d'antan. On retrouve cette influence dans plusieurs constructions allant des manufactures aux palais de justice en passant par les écoles, les hôtels de ville, les églises, les gares. La plupart de ces édifices sont des adaptations de bâtiments conçus par de grands architectes britanniques du XVIIIe et du XIXe siècles, mais pas seulement. Ils s'inspirent aussi de différents styles tels que l'art gothique, le style impérial, l'art victorien. La Chambre du gouvernement à Calcutta a été calqué sur le Kedleston Hall de Derbyshire, le Pachaiyappa's Hall à Chennai est une réplique du temple d'Athéna. À Bombay, la mairie est très inspirée par l'architecture néogothique de la chambre des Lords de Londres. Durant les années 1800-1860, les gouverneurs qui se succèdent dans la cité donnent un véritable décor impérial à la ville. Les murs de l'ancien Bombay sont abattus. Les constructions de la bibliothèque et de l'université, de la tour de l'Horloge, du bureau du télégraphe et de la gare Victoria Terminus sortent de terre et transforment la configuration de la ville. La gare, rebaptisée Chhatrapati Shivaji Terminus, conçue par l'architecte Frederick William Stevens sur le modèle de la gare St Pancras, est sans aucun doute le plus bel exemple de l'architecture gothique victorien de l'époque avec toutefois quelques premières touches indo-sarrasines. Elle est aujourd'hui inscrite au patrimoine mondial de l'Unesco.

Avec l'arrivée de nouveaux matériaux tels que le béton, le verre et le fer forgé, de nouvelles possibilités architecturales apparaissent. Les styles se mélangent, l'intégration d'éléments décoratifs hindous et moghols combinés à l'architecture occidentale donne naissance à des bâtiments d'architecture hybride. Le palais Chepauk à Chennai, celui du Maharaja à Mysore, le musée du Prince de Galles et la Porte de l'Inde à Mumbai en sont de parfaits exemples.

Artisanat
Que rapporter de son voyage ?

L'Inde est l'endroit rêvé pour le shopping et pour le marchandage, notamment dans les bazars. Si vous avez peur de vous faire rouler, vous pourrez toujours faire vos achats dans des " emporiums " gérés par l'Etat où les prix sont fixes mais pas forcément bon marché.

Bronze et cuivre : le pays est le plus important producteur d'objets en bronze et en cuivre dans le monde. Faits dans l'un ou les deux de ces métaux, ce sont principalement des ornements, des objets décoratifs et des ustensiles.

Durries : brillamment colorés, les tapis durries sont également une manifestation de l'imagination des artisans de l'Inde.

Ce type d'art est caractérisé par de vives couleurs et des formes et des représentations d'une grande expressivité.

Encens : premier fabriquant au monde, on en trouve partout, sous trois formes principalement. En bâtonnets, en résine ou en cônes. Sur les marchés, des centaines d'odeurs, certaines relaxantes, d'autres stimulantes ou pour toutes autres occasions. Les marques Satya Sai Baba, Sandesh, Padmini, Goloka sont parmi les plus connues.

Émail : l'art d'émailler consiste à colorer et orner la surface d'un métal en le recouvrant de certaines substances minérales. La beauté du résultat dépend du savoir-faire et de l'inventivité de l'artisan et de la qualité du matériau employé. Les nuances obtenues sur un support en or sont bien plus riches que celles obtenues sur des supports d'argent, de cuivre ou de bronze. On connaît trois façons d'émailler.

Épices : elles sont indispensables à l'élaboration de vos futures recettes indiennes.

Huiles essentielles : les vertus de ces huiles ne semblent plus être à prouver. Que ce soit dans les domaines de la santé, de la beauté, du bien-être ou de la cuisine, les huiles essentielles se retrouvent partout.

Or et argent : les artisans de l'Inde n'excellaient pas seulement dans la production de bijoux émaillés, mais également d'ustensiles émaillés, comme les coupes à vin, les rince-doigts, les boîtes à pilules, etc., d'or et d'argent repoussé et quelquefois incrustés de joyaux.

Ornementations de métal : elles connaissent un succès jamais démenti depuis des âges. Les attrayants contrastes des couleurs et des textures du métal ont conduit à l'évolution des techniques d'ornementation telles qu'incrustation, damasquinage, revêtement, application, etc.

Peintures murales : les peintures murales abordent des thèmes plus profonds, souvent illustrés sur des séries de panneaux. Elles sont encore exécutées à l'occasion de certaines festivités et de mariages. Ces oeuvres populaires sont souvent d'une grande valeur artistique et certains de leurs auteurs connaissent une véritable célébrité.

Pierre et marbre incrustés : les artisans indiens sont habiles dans l'art de tailler, de sculpter et de polir de beaux objets dans toutes sortes de blocs de pierre et de marbre. Parmi ces objets, on trouvera des articles de table, plats, bols et saladiers, ainsi que des chandeliers.

Pierres précieuses et semi-précieuses : ces terres envoûtantes abritent d'innombrables pierres précieuses et semi-précieuses, telles que nacres, diamants, émeraudes, rubis, saphirs, lapis-lazuli, turquoises, améthystes et bien d'autres. Le processus qui consiste à transformer une pierre brute en une ravissante pierre polie ou en un objet précieux délicatement façonné exige une très grande habileté de la part des artisans du pays. Les meilleurs endroits pour vos achats dans le sud de l'Inde : Mumbai.

Poterie : les habiles potiers indiens sont bien connus pour leurs produits, aussi bien décoratifs que fonctionnels, qui captent le regard - surahi, vastes récipients, cruches, tuiles, terres cuites aux couleurs naturelles... Ces belles poteries et autres céramiques figurent parmi les achats les plus tentants que l'on puisse faire en Inde.

Rotin et moonj : l'Inde offre un choix superbe de paniers faits de moonj grass. Des meubles de rotin, solides et très décoratifs, ainsi que d'autres articles fabriqués sur place connaissent un grand succès ici et à l'étranger.

Tapis : les tapis fabriqués en Inde sont universellement admirés et appréciés non seulement pour l'originalité de leurs motifs, leur excellente laine et leurs riches couleurs, mais également pour leurs dimensions pratiques et leur qualité tout à fait correcte. Les tapis de très grande qualité sont les persans, les turkmènes et les aubusson.

Textiles : les soies tissées en Inde se distinguent par leur extrême douceur, leurs couleurs vives et leur texture translucide. Les brocarts ou kinkab (superbement tissés aux fils d'or et d'argent) se présentent sous différents formes et styles. Ils portent des noms poétiques comme chand tara, dhupchaon, mazchar, morgala ou bulbul chasm (ou gouffre du rossignol !).

Tissus imprimés à la main : en Inde, l'impression sur tissu était le principal travail des chippa, une communauté d'imprimeurs. Les dessins sont imprimés, à la main, sur des tissus, à l'aide de petits blocs de métal ou de bois.

Travail de décoration : les meubles " Patra " sont plaqués de métal blanc, gravé et ciselé de motifs compliqués.

Ce type de mobilier est resté fameux depuis les temps où il décorait les palais d'autrefois. Très variés, les ravissants meubles de laque sont encore embellis par une technique artisanale appelée sankheda.

Vêtements ethniques : dans ce pays aux nombreuses communautés, on sera facilement tenté d'acheter au moins une demi-douzaine de vêtements ethniques provenant de différentes régions de l'Inde.

Expressions modernes

Le début du siècle a vu l'émergence d'artistes contemporains indiens de tout premier plan. Parmi les plus connus on peut citer Subodh Gupta, Sudarshan Shetty, Krishnaraj Chonat, Sheela Gowda, Bharti Kher, Sunil Gawde ou Dayanita Singh. La plupart d'entre eux ont été influencés par le travail d'Anish Kapoor, artiste anglais d'origine indienne, lauréat du prix Turner en 1991. Ce plasticien, né à Bombay, propose des oeuvres ambitieuses : on a pu s'en apercevoir lors de son exposition à Paris en 2012, au Grand Palais. Une pièce unique, appelée Leviathan, remplissait entièrement l'espace du Grand Palais, dans une atmosphère quasi-mystique. Sculpteurs, peintres, photographes, dessinateurs, toute cette génération d'artistes nourrie à la double culture, occidentale et indienne, racontent à leur manière l'Inde contemporaine, mais aussi le monde dans lequel ils vivent. Les formes d'art les plus variées sont exploitées sans complexes, donnant à ces oeuvres un caractère universel, que les grands collectionneurs n'hésitent plus à s'arracher. Ces jeunes artistes exposent régulièrement dans le monde entier et étaient présents à Paris, lors de l'exposition intitulée " Paris-Delhi-Bombay " au centre Pompidou, et à Lyon, au MAC.

Cinéma
<p>Sur le tournage du film " />

Sur le tournage du film " Victory ".

L'industrie cinématographique du pays est l'une des plus anciennes du monde. Si la première publicité pour un film est apparue dans The Times of India du 7 juillet 1896, invitant les gens à assister à la projection d'un film des frères Lumière à l'hôtel Watson à Bombay, ce n'est qu'au début de 1913 qu'un film indien a pu être présenté au public. Rajah Harischandra fut un succès commercial extraordinaire, et son réalisateur, Dadasaheb Phalke, a continué à faire d'autres films sur des thèmes tirés des épopées indiennes. Ne pouvant pas trouver de femmes pour interpréter les rôles féminins, rejetés non seulement par les femmes " respectables " mais aussi par les prostituées, le réalisateur dut engager un jeune homme, A. Salunke, pour les remplacer dans ses premiers films. Dans les classes moyennes, le fait d'associer les comédiennes et les dames de petite vertu n'a été remis en question que très récemment, quel que soit le degré d'admiration dont jouissent les actrices, adulées de leur public.

Alors qu'un certain nombre de cinéastes, travaillant dans plusieurs langues indiennes, ouvraient la voie au cinéma indien, le système des studios commença à émerger au début des années 1930. Son premier grand succès fut le film Devdas (1935) ; le remake hindi du film bengali original, dirigé aussi par Barua, devait asseoir la carrière légendaire de Kundanlal Saigal. Sa version tamoule est sortie en 1936.

Selon les auteurs du film, " Devdas était un film de protestation sociale, un acte d'accusation du mariage arrangé, qui a donné un peu de satisfaction à ceux qui détestent cette institution ". Damle and Fatehlal's Sant Tukaram (1936), réalisé à Marathi, fut le premier film indien à connaître une notoriété internationale, gagnant une récompense à Venise. Les films sociaux de V. Shantaram ont ouvert la voie aux metteurs en scène qui traitaient non seulement des problèmes liés au mariage, à la dot et au veuvage, mais aussi des graves injustices créées par le système des castes et les discriminations sociales. C'est sans doute Achhut Kanya (Fille intouchable, 1936), de Himanshu Rai, qui traite de ces problèmes de la façon la plus réaliste.

La phase suivante du cinéma hindi est indissociable des personnalités telles que Raj Kapoor, Bimal Roy et Guru Dutt. Le fils de Prithviraj Kapoor, Raj Kapoor, a produit certains des films les plus populaires et mémorables du cinéma hindi. Awaara (Le Vagabond, 1951), Shri 420 (1955) et Jagte Raho (1957) furent des succès commerciaux. Nombre de ses films explorent, d'une façon plutôt simple, les différences de classes de la société indienne. Bimal Roy's Do Bigha Zamin (Deux acres de terre, 1954), qui porte l'influence du néoréalisme italien, se penche sur la vie difficile de la paysannerie ; son film Devdas (1955), un remake du film de Barua, avec Dilip Kumar dans le rôle principal, témoigne de la quasi-impossibilité d'un véritable accomplissement amoureux dans les conditions sociales indiennes, tandis que Sujata (1959) traite les problèmes posés par les mariages arrangés contre la volonté des enfants. C'est à cette époque que le cinéma hindi voit naître son premier génie incontesté, Guru Dutt, dont les films critiquent les conventions de la société et déplorent les conditions qui contraignent les artistes à renoncer à leur vocation. Cependant, pour de nombreux critiques, une sentimentalité un peu larmoyante caractérisait même le meilleur du cinéma hindi, avant l'apparition du nouveau courant des années 1970.

C'est indubitablement sous l'influence des cinéastes bengalis comme Satyajit Ray, Ritwik Ghatak et Mrinal Sen que le cinéma indien a commencé à prendre une tournure quelque peu différente de la marée commerciale des années 1970, caractérisée par ses inévitables séquences chantées et dansées, ses complots insignifiants et ses drames familiaux.

Aucun réalisateur indien n'a eu une réputation internationale plus grande que celle de Ray, l'auteur de Pather Panchali (La Chanson de la route, 1955) et de toute une série de chefs-d'oeuvre qui lui ont valu une réputation internationale. Ghatak, dont l'oeuvre était peu importante (six longs métrages), a cependant eu une grande influence en tant que directeur de l'Ecole de cinéma et de télévision de Pune, d'où devait sortir la première génération de nouveaux acteurs - Naseeruddin Shah, Shabana Azmi, Smita Patil et Om Puri - ainsi que de cinéastes. Ces cinéastes, Shyam Benegal, Ketan Mehta, Govind Nihalani et Saeed Mirza, manifestant une sensibilité esthétique et politique nouvelle, ont exploré les contradictions des castes et des classes de la société indienne, la nature de l'oppression subie par les femmes, les dislocations créées par l'industrialisme et l'émigration des zones rurales vers les zones urbaines, l'impuissance des mesures de redressement démocratiques et constitutionnelles courantes, etc.

Les succès commerciaux, appelés aussi masala, continuent cependant à dominer le marché, et pas seulement en Inde, mais partout où le cinéma indien jouit d'une grande audience, comme dans les Caraïbes anglaises, aux Fiji, en Afrique de l'Est et du Sud, au Royaume-Uni, aux États-Unis, au Canada ou au Moyen-Orient. L'évolution du cinéma populaire hindi se traduit par de menus, mais nombreux changements : la " song-and-dance routine " est maintenant plus systématisée. La riche tradition de théâtre musical et dansé de l'Inde trouve dans le cinéma populaire bollywoodien une continuité naturelle. Bien souvent, il ne suffit que de quelques danses, de chants interprétés en play-back par de belles actrices et d'acteurs virils, d'une fin heureuse pour faire d'un film un succès. Il n'y a jamais dans le cinéma indien de scènes suggestives, montrant l'acte sexuel. Tout au plus un baisé furtif. La danse symbolise l'acte ; " l'autre ", que ce soit sous la forme de l'irrachetable méchant ou du terroriste, a une présence plus sinistre ; l'État-nation est plus pressant dans ses demandes de loyauté et d'obéissance ; la diaspora indienne occupe une place plus grande dans l'imaginaire indien, etc.

Expérimentez Bollywood

Les cinéphiles connaissent bien le cinéma classique indien de Satyajit Ray ou les films plus récents de la réalisatrice Mira Nair mais ces films ne représentent qu'une goutte d'eau dans l'océan des productions annuelles. Implantée à Bombay, l'industrie cinématographique " commerciale " est prolifique et met sur le marché plus de 700 films par an, mais très peu sont projetés dans les salles françaises. Le style bollywoodien est culturellement très marqué et difficilement exportable dans les pays occidentaux, habitués à des films plus courts et non entrecoupés de chansons. En revanche, Bollywood connaît un grand succès au Maghreb et en Afrique Noire, bien au-delà des diasporas indiennes. Profitez donc de votre séjour en Inde pour vous glisser dans un cinéma un vendredi soir, jour des sorties nationales. Les comédies sont un cocktail d'ingrédients aux succès imparables : amours impossibles, actrices glamour, acteurs ténébreux, ballets à la chorégraphie parfaite et lunes de miel dans les Alpes suisses... La bande sonore compte autant que les images, elle est commercialisée à grand coup d'opérations marketing quelques semaines avant la sortie du film. Le public participe aux projections en applaudissant et en chantant, voire en huant le " méchant ", facile à identifier dans des scénarios parfois très stéréotypés. L'intrigue se cristallise souvent autour d'un mariage impossible.

Pourquoi pas vous ? Bollywood est très souvent à la recherche de visages étrangers. Rien d'étonnant à cela, les scènes supposées se passer dans un bar ou dans une discothèque à Londres ou dans tout autre ville où la communauté indienne est importante, nécessite un minimum de réalisme. Ne soyez donc pas étonné, tout en restant prudent, si un directeur de casting vous aborde et vous demande de participer en tant que figurant à un film ou même à une publicité. Si vous traînez devant le café Mondegar ou Leopold à Colaba, il y a de fortes chances que cela arrive ! La rémunération est insignifiante (entre 500 Rs et 1 000 Rs par jour de tournage) mais vous aurez peut-être la chance de rencontrer une star du cinéma indien. Et qui sait, si vous crevez l'écran...

Bombay au cinéma

Voici quelques films dont l'action se déroule à Bombay :

Salaam Bombay !, 1988 : Réalisé par Mira Nair, ce film poignant narre la vie quotidienne d'un enfant vivant dans les rues de la ville. Incontournable.

Dhobi Ghat (Mumbai Diaries), 2011 : Le 1er film réalisé par Kiran Rao, avec Aamir Khan et Monica Dogra. Un film arty assez sombre.

Taalaash (The Answer lies Within), 2012 : Un film policier mythique, avec les superstars Aamir Khan, Rani Mukerji, Kareena Kapoor et le désormais incontournable Nawazuddin Siddiqui.

Bombay Talkies, 2013 : 4 courts-métrages réalisés par Karan Johar, Dibakar Banerjee, Zoya Akhtar & Anurag Kashyap autour de la ville de Mumbai. Une oeuvre présentée au festival de Cannes 2013.

The Lunchbox, 2013 : Un film romantique de Ritesh Batra, avec Irrfan Khan et Nawazuddin Siddiqui. Il est articulé autour de la livraison des tiffins (les fameuses lunchboxes) par les dabbawallahs. Un succès international.

Sans oublier le film culte du britannique Danny Boyle, Slumdog Millionaire (2008) !

Danse

Offrant l'une des visions les plus magiques qui soient, les danses jouent un grand rôle dans la vie culturelle indienne. Il en existe plusieurs formes, originaires des différentes régions du sous-continent. Elles sont issues des 4 Vedas, l'ensemble des connaissances révélées, et du Natya shastra, le recueil sacré, où est codifié l'art dramatique, la poésie, la danse, le chant et la musique. A Mumbai, seules trois d'entre elles sont régulièrement mises en scène : le bhârata-natyam, le kathak et l'odissi.

Le bhârata-natyam est originaire de l'Inde du Sud. Il est considéré comme la plus ancienne forme de danse classique indienne. Elle se transmet de maître à élève depuis plus de 2 000 ans. Il semblerait qu'à l'origine le bhârata-natyam ait été pratiqué par les Devadâsis, des danseuses professionnelles attachées à un temple et offrant leur art à la divinité, Shiva ou Vishnu. Aujourd'hui elle a disparu des lieux sacrés et a gagné la scène. Cette danse de soliste, dont l'apprentissage est très long et très difficile, allie harmonieusement musique, mouvement de danse pure (nritta) et expression proche du mime (nritya). Elle est enseignée aux jeunes filles, et parfois aux jeunes garçons, par des gourous (les nattuvanars).

Au tout début, le kathak était interprété uniquement par des hommes. Dans les temps anciens, les Kathakars (conteurs) récitaient et chantaient les contes de la mythologie indienne. Originaire du nord, le kathak a subi l'influence artistique musulmane des Moghols. C'est une danse très rythmée dont l'accompagnement musical est très important puisqu'il imprime la cadence aux danseurs. L'interprète doit posséder de grandes qualités physiques tout en gardant une certaine grâce malgré la vitesse d'exécution de sa danse. La chorégraphie du kathak est moins rigide que celle du bhârata-natyam. Elle est caractérisée par des mouvements de pirouettes et des moments d'immobilité qui laissent peu de place à l'improvisation. L'un des plus célèbres danseurs de kathak se nomme Birju Maharaj.

L'odissi est née dans l'état d'Odisha. La danse remonte elle aussi à plus de 2 000 ans. Elle tire son origine du culte de Krishna et est accompagnée d'un récital poétique sur le thème de l'amour. Tout comme le bhârata-natyam, cette danse était à l'origine liée à des pratiques rituelles. L'Odissi a failli disparaître du répertoire indien au tout début du XXe siècle. Elle doit sa survie à des chercheurs qui ont retrouvé des ornements dans des grottes et des récits dans des manuscrits anciens. L'aspect sculptural se retrouve en particulier par des positions plus ondulantes, construites grâce à une série de déhanchements du corps, le tribangh. Au cours de sa représentation, le corps de la danseuse ou du danseur est divisé en trois parties. La tête, le buste et le torse exécutent des mouvements complexes et raffinés.

Dans la tradition du kathakali (Kerala), à mi-chemin entre danse et théâtre muet, les danseurs interprètent des rôles tirés de la mythologie hindoue, particulièrement des deux épopées, le Râmâyana et le Mâhâbharata. L'un des aspects les plus intéressants du kathakali est son code de maquillage complexe, qui indique la nature et les caractéristiques de chaque protagoniste, notamment par le biais des couleurs utilisées. Les visages de personnages masculins nobles, comme les rois vertueux ou le héros divin Râma, présentent un maquillage où domine le vert. Les personnages de haute naissance qui ont une mauvaise ascendance, comme le roi des démons, Râvana, arborent un maquillage vert similaire, mais avec des marques rouges sur les joues.

Des personnages extrêmement fâchés ou excessivement mauvais portent un maquillage à dominante rouge et une fort gracieuse barbe rouge. Les habitants de la forêt, tels les chasseurs, sont représentés avec une base de maquillage principalement noire. Les femmes - interprétées par des hommes - ont des visages brillants, jaunâtres... Le répertoire est composé d'environ 101 histoires basées sur les mythologies hindoues.

Le mohiniattam, danse de l'enchanteresse, est très proche du bhârata-natyam mais en plus gracieux, plus charnel. Le style se caractérise par l'ampleur et la souplesse de ses mouvements, des balancements ondulatoires du torse. La danseuse est vêtue d'un costume blanc typique du Kerala, avec une bordure rouge ou dorée. La chevelure est serrée en chignon sur le côté gauche de la tête, et décorée de fleurs blanches.

Considérée comme l'une des formes de danse les plus élégantes et gracieuses du monde, le Ras Lila est originaire du Manipur, région montagneuse du nord-est de l'Inde. En 1759, Maharaja Singh Joy, dévot du dieu hindou Vishnou, populairement appelé " Bhagyachandra ", imagina le Ras Lila et lui a donner sa forme et sa structure esthétiques. La danse dépeint l'amour éternel de Radha et Krishna et le dévouement total des Gopis (filles vaches). Il existe cinq formes de Ras Lila. Les plus importantes et populaires sont le Rasa Maha, le Rasa Kunja, le Rasa Vasanta, le Nitya Ras et le Rasa Diba. Toujours jouée dans les temples, son style aux gestes très lents contrairement à la musique qui elle est exécutée sur un tempo ultra rapide est encore très proche de la vie de la population locale.

Le kuchipudi est né du sud de l'Inde, plus précisément du village de Kuchipudi (Kuchelapuram) dans l'Etat de l'Andhra Pradesh. A l'origine cette danse n'était réservée qu'aux brahmanes. Le style du kuchipudi est réputé en raison de la fluidité des mouvements des danseurs et des danseuses contemporains. Les jeux de pieds complexes, l'expression magistrale des yeux et la musique cadencée de type carnatique qui les accompagne sont d'autres caractéristiques de cette danse. Comme la plupart des autres à l'origine, le kuchipudi se jouait dans les temples et en groupe.

Littérature

Des antiques Veda et Upanishad au Râmâyana et au Mâhâbharata, l'Inde a produit de grandes oeuvres de littérature, de philosophie et de spiritualité. La littérature indienne remonte en effet à plusieurs millénaires, aux hymnes des Aryens védiques.

C'est une tradition orale qui a engendré la littérature classique, la doctrine religieuse et les grandes oeuvres de philosophie. C'est également elle qui est à l'origine des compilations d'anecdotes comme le Pañchatantra et Les Contes Jataka, aussi bien que des grandes épopées comme le Râmâyana et le Mâhâbharata.

En Inde du Sud, les énergies créatrices des poètes tamouls ont trouvé leur expression indépendamment des grands travaux de la littérature sangam. L'épopée Tirukkural de Tiruvalluvar est un chef-d'oeuvre datant de cette époque.

Dans le Nord, des dramaturges tels que Kalidasa et Bhasa ont écrit de grands drames en sanscrit.

Ces traditions ont trouvé leurs prolongements dans l'Inde contemporaine. Presque chaque langue indienne majeure possède une riche tradition littéraire. Rabindranath Tagore a ainsi remporté le prix Nobel en 1913 pour Geetanjali.

Les auteurs modernes prédominants de langues indiennes sont Premchand, Ageyeya en hindi, Tarashankar Bandopadhyay, Sunil Gangopadhyay en bengali, Amrita Pritam en pendjabi, Kaifi Azami, Ali Sardar Jafri, Firaq Gorakhpuri et Josh Malihabadi en urdu, Shiv Shankar Pillai en malayalam, Subramaniyam Bharati en tamoul, Govind Trimbak Deshpande en marathi et Tara Shankar Joshi en gujarati.

De nombreux écrivains indiens de langue anglaise ont également gagné une audience internationale, dont Raja Rao, Kamala Markandaya, Nirad Choudhury, R. K. Narayan, Mulk Raj Anand, Anita Desai, Manohar Malgonkar, Amitav Ghosh (Ligne d'ombre, Le Chromosome Calcutta), Vikram Seth (Un garçon convenable), Salman Rushdie (Les Enfants de minuit, élu en 2008 meilleur Booker Prize de l'histoire, Les Versets sataniques). Arundhati Roy, écrivaine et militante politique, a obtenu le Booker Prize en 1997 avec Le Dieu des petits riens. Après vingt ans d'absence, elle sort son deuxième roman en juin 2017, The Ministry of Utmost Happiness (Le Ministère du bonheur extrême) qui fait couler beaucoup d'encre en Inde.

Médias locaux

Journaux. Parmi les principaux quotidiens nationaux de langue anglaise, The Hindu (www.thehinduonline.com), The New Indian Express, The Times of India (www.timeofindia.com), Hindustan Times (www.hindustantimes.com) et The Statesman de Kolkata. Assez intéressants à parcourir, ils vous tiennent au courant des derniers événements, locaux et internationaux. C'est peut-être un peu beaucoup à lire, surtout si l'on est en vacances, et il est impossible de comprendre certaines histoires si on ne les a pas suivies depuis le début. En ce qui concerne la presse économique, The Economic Times nous en donne les toutes dernières et les plus émouvantes nouvelles, dans une prose moins colorée mais plus facile à suivre.

Parmi les hebdomadaires, The Week, India Today et Outlook alimentent la population en analyses venimeuses de la situation sociale, politique et économique du pays. Vendue dans les gares, cette presse non seulement vous fait passer le temps pendant le voyage, mais vous apprend énormément et vous aide à comprendre l'Inde. Si vous vous intéressez plus spécialement au monde du voyage, le mensuel Outlook Traveller (www.outlooktraveller.com) propose des infos touristiques et des articles hauts en couleur vus d'un point de vue indien.

À Mumbai, le Mumbai Mirror, le Bombay times et le Daily News & Analysis, nous apparaissent les quotidiens les plus sérieux, le Mid Day est spécialisé dans l'actualité des stars du Bollywood. Le trimestriel Art India présente l'actualité artistique du pays.

Radio. Toute la radio indienne se résume à la Radio nationale, qui a le monopole dans toute l'Inde. C'est comme ça que les choses se sont passées jusqu'à l'année 2000, où le gouvernement a libéralisé sa politique et accordé des autorisations d'émettre sur la bande FM à des radios privées. Ce qui a conduit à l'apparition de plusieurs stations FM dans les grandes villes, qui sont bien plus intéressantes à écouter, à tous les niveaux, y compris la musique.

Cependant, l'Inde étant un grand pays, la plupart des radios sont régionales.

Télévision. La vie en Inde n'a plus jamais été la même depuis l'avènement de la télé câblée. Elle a fait son entrée dans les maisons indiennes pendant la guerre du Golfe, au début des années 1990. Cet excellent et accessible médium de divertissement coûte environ de 200 à 400 Rs par mois. Avec la révolution numérique récemment entamée par le pays et l'émergence d'une classe moyenne davantage internationalisée que les précédentes, les offres de chaînes spécialisées se multiplient chez les différents fournisseurs d'accès de la télévision câblée. En cliquant sur un bouton, on peut ainsi accéder à plus de 800 chaînes. Des infos internationales de la BBC ou de la CNN. Il y a aussi de puissantes compagnies comme la Star Network de Rupert Murdoch, qui possède Star News, Star World, Star Plus, Star Sports, Star Movies, etc. De même, Zee TV a ses propres stations, tout comme Sahara TV, etc.

Pour ceux qui ne peuvent pas se permettre le luxe d'une TV câblée, le gouvernement a gardé son vieux et fidèle Doordarshan qui continue à déverser ses programmes (censurés) sur des millions de gens partout dans le pays.

Malgré l'avènement des chaînes du câble, les records d'audience sont toujours réalisés par les matches de l'équipe nationale de cricket et par les soap-opéras de Bollywood.

Médias français. La plupart des grands hôtels reçoivent TV5 et FTV (télé mode). L'Alliance française, qui a des établissements dans de nombreuses villes du pays, reçoit quelques chaînes françaises supplémentaires. On trouvera des journaux français dans quelques rares kiosques à journaux des grandes cités et parfois dans les librairies des hôtels de luxe, mais les nouvelles ne seront plus tout à fait nouvelles.

Musique
<p>Musicienne dans les rues de Bombay.</p>

Musicienne dans les rues de Bombay.

Les origines de la musique indienne remontent à la préhistoire. Le riche catalogue de mélodies, de rythmes et de techniques instrumentales qu'on trouve parmi les musiques tribales rend probable le fait que la musique sophistiquée soit apparue longtemps avant que des règles théoriques (Lakshana) n'aient été établies pour la première fois il y a presque deux mille ans. La musique classique ou musique de concert de l'Inde du Sud est appelée Karnataka sangitam (musique karnatique). Son histoire prend des contours plus précis à la période de la Renaissance en Inde, laquelle avait son centre dans l'Empire vijayanagar (1336-1565). Ramamatya, un théoricien du XVIe siècle, a posé les bases de la structure théorique présente de la musique indienne du Sud.

Le système actuel de 72 échelles modales ou mela (l'équivalent des ragas de l'Inde du Nord) a été développé sur les bases laissées par Venkatamakhin au XVIIe siècle. Perfectionné par des théoriciens postérieurs, le système raga mela-janya a fourni aux compositeurs un champ pratiquement illimité de possibilités mélodiques.

Il y a deux courants principaux de musique classique indienne : la musique hindustani, celle de l'Inde du Nord, et la musique karnatique, celle du Sud. Le système actuel de dix échelles modales (that) suivi par la plupart des musiciens hindustani est aussi basé sur le système mela ou melakarta. Cependant, à cause de son exactitude, de sa cohérence interne, d'éminents musiciens hindustani ont commencé à adopter le système du Sud de 72 mela.

La musique classique indienne est mélodique. Elle ne permet pas l'harmonie verticale de la musique classique occidentale. Elle permet cependant l'harmonie linéaire ou horizontale, en forme d'harmonie à l'unisson (chanter ou jouer des instruments différents à l'unisson), l'harmonie d'octave (jouer la même mélodie à des octaves différentes), ou encore l'harmonie donnée par un bourdon (par un instrument jouant toujours la même note grave de façon continue).

La beauté de la musique classique indienne tient pour une bonne part dans sa façon de passer en douceur d'une note à l'autre, comme dans un mouvement de vague. La ligne mélodique, dont le développement est basé sur le principe de la variation, laisse une grande part à l'ornementation libre (l'ensemble de ces figures ornementales portant le nom de gamakas) et à l'improvisation, celle-ci s'appuyant, dans les mouvements mesurés, sur des structures rythmiques d'une extraordinaire complexité. C'est probablement à cause de l'origine vocale de cette tradition que la plupart des instruments utilisés dans la musique karnatique essayent d'imiter la voix.

Quelques suggestions

Musique classique

Ravi Shankar. Le père de Norah Jones est l'un des grands maîtres indiens de la sitar, il a même initié George Harrison, des Beatles, à cet instrument. Tous ses albums sont de vrais bijoux.

Hari Prasad Chaurasia, Krishnadhwani, 4 volumes. Un virtuose de la flûte. Concerts de flûtes et de tablas réunis dans un sublime coffret.

Anup Jalota, Aisi Laagi Lagan. Anup Jalota est également l'un des grands chanteurs et musiciens classiques connus dans le monde entier. Tous ses albums sont à découvrir.

Musique contemporaine

Susheela Raman, Salt Rain. Découverte tout récemment en France, sa musique est délicieuse.

Mystic India, A New Earth Collection. Mélange de classique et de contemporain, raga, folklore et mantra sont ici réunis.

Prem Josha, Shiva Moon. Sitar, flûte en bambou, groove, musique électronique, avec la voix de la chanteuse Sandhya Sanjana, sont un mélange étonnant.

Et aussi : les chanteuses Shreya Ghoshal, Asha Bhosle, Geeta Dutt, Alka Yagnik, et les chanteurs Mohammed Rafi, Kishore Kumar et Mukesh sont aussi renommés.

Mantras et prières

Shankar Mahadevan, Mantra Shakti - II. Voici 22 mantras hindous réunis dans ce CD. Les thèmes ? Tranquillité, bonheur, santé, sécurité... comme dans les temples.

Anuradha Paudwal, Om Namah Shivay. L'un des mantras hindous le plus entendu pendant tout séjour en Inde.

Peinture et arts graphiques

Les traditions de peintures indiennes remontent à l'Antiquité, comme en témoignent les peintures murales d'Ajanta, Ellora et autres fresques, les manuscrits bouddhistes sur feuille de palme, les textes jaïns et du Deccan, les écoles mogholes et kangra de miniatures indiennes. D'anciens textes exposent les théories relatives aux couleurs, et rapportent des anecdotes selon lesquelles il était courant pour les ménages de peindre les embrasures de leur maison ou les pièces intérieures qui accueillaient les invités. Les peintures rupestres d'Ajanta, Bagh et Sittanvasal, ainsi que les peintures des temples témoignent d'un amour du naturalisme.

La tradition picturale indienne, qui s'étend de la première civilisation à nos jours, présente une sorte d'unité esthétique et apparaît comme à la fois éclatante et raffinée, sophistiquée, hardie et vigoureuse. Essentiellement religieuse à l'origine, la peinture indienne a évolué au fil du temps jusqu'à devenir un condensé des diverses traditions qui l'ont influencée.

Pour un non-initié, une miniature indienne peut apparaître comme un ensemble désordonné aux motifs pastoraux dominé par des personnages de deux sexes. Pourtant ces scènes ne sont pas des visions détachées d'une quelconque expression artistique, mais elles fournissent la base des formes de la musique et des arts indiens.

La plupart de ces oeuvres magistrales sont des équivalents visuels des concepts émotionnels, des couleurs affectives ou sentiments modaux (rasa) qu'illustrent les ragas (modes musicaux de la musique classique indienne). Les peintres de miniatures qui travaillaient au service des différentes cours médiévales ont découvert un potentiel d'expressions de soi illimité ; il y a aujourd'hui 130 ensembles connus de telles miniatures.

À la fin du XVIIe siècle, la peinture moghole a connu un certain déclin, faisant place, au XVIIIe, à un style hybride, fortement influencé par la présence britannique.

Mais la peinture indienne, après une longue période de tâtonnements, d'ailleurs marquée par des réussites incontestables (comme celles de l'école du Bengale), a de nos jours acquis un statut qui lui est propre. Si elle utilise des matériaux et des techniques qui sont celles du monde entier, elle exprime des faits et des expériences authentiquement indiens. Le respect de la tradition et la capacité à la dépasser sont clairement visibles dans l'art indien d'aujourd'hui.

Sculpture
<p>Grottes d'Elephanta.</p>

Grottes d'Elephanta.

La civilisation de la vallée de l'Indus, qui remonte au IIIe millénaire av. J.-C., a été le lieu de naissance de l'art et de la sculpture indiens. Feuilles de peepal, divinités, animaux... les oeuvres exhumées - et en particulier un buste de prêtre sculpté dans la pierre à chaux et une jeune fille dansant, en bronze - témoignent de l'étonnante habileté des artisans de cette époque et d'un art d'une extraordinaire sophistication.

L'art hindou. Les statues découvertes dans les temples aux IVe, Ve et VIe siècles ap. J.-C. témoignent des dimensions prises à ces époques par l'art et les sculptures hindous. Cette période, marquée par l'apparition d'images innombrables de dieux et de déesses, correspond à une extraordinaire résurgence de l'hindouisme, qui devient bientôt la religion officielle des Gupta. Les représentations de Vishnu, Shiva, Krishna, du dieu soleil et de la déesse Durga se multiplient au cours de cette période. Les cavernes Udaigiri du Madhya Pradesh abritent une image colossale de Vishnu, représenté ici comme le grand sauveur qui permit à " la mère de la terre " d'échapper aux profondeurs de l'océan, dans son incarnation en tant que varha (sanglier).

Le lien entre la musique, la danse, le drame, la littérature et les arts plastiques va être au coeur de l'expression esthétique des siècles à venir. Cette nouvelle ère de l'art hindou, la synthèse, la fusion unique dont elle témoigne, trouve sa plus parfaite expression dans les grottes d'Ajanta et d'Ellora, et dans les temples de l'Inde centrale et du Sud.

Ajanta et Ellora. Les temples-grottes d'Ajanta, situés au nord-est de Mumbai, près d'Aurangabad, remontent au IVe siècle ap. J.-C. C'est à cette date qu'ont débuté les travaux d'aménagement des grottes en monastères bouddhistes et en salles de prière. Pendant des siècles, moines et artisans bouddhistes ont ainsi creusé et sculpté la falaise rocheuse d'Ajanta, où trente cavernes ornées de sculptures magnifiques et de peintures propres à inspirer une stupeur sacrée témoignent aujourd'hui encore de l'immense ferveur de ces moines.

Les sculptures montrent Bouddha, calme et serein dans sa contemplation, mais aussi des figures d'animaux, de gardes et de déités finement travaillées, tandis que les peintures illustrent des récits anciens inspirés de la vie rurale et d'innombrables légendes bouddhiques.

Les temples-grottes d'Ellora, inspirés par le bouddhisme, le jaïnisme et l'hindouisme, ont été aménagés à partir du VIIe siècle ap. J.-C. Les grottes bouddhistes et jaïnes sont merveilleusement ornées et propices à la sérénité et à la méditation, tandis que les grottes hindoues rayonnent de puissance et d'énergie divines.

La création la plus gigantesque et la plus impressionnante des collines d'Ellora est le temple de Kailasa, un temple indépendant, taillé dans un énorme monolithe. De forme pyramidale, bordé d'éléphants de pierre taillés dans la roche, c'est, avec ses piliers, ses terrasses, ses flèches et ses tours, une stupéfiante représentation du domicile de Shiva dans l'Himalaya.

Temples-grottes d'Elephanta. Situés à quelques encablures par bateau de Mumbai, ces temples ont été construits au VIe siècle par de brillants sculpteurs de pierre indiens. L'aspect le plus philosophique du puissant Shiva peut être perçu dans le temple érigé ici en son honneur.

Un buste tricéphale de Shiva, haut de 6 m, le Maheshamurti, est sculpté dans un profond renfoncement et sortant de l'obscurité pour remplir la pleine hauteur de la caverne, il symbolise les aspects violents, féminins et méditatifs de la divinité.

Les trois têtes représentent le dieu en tant qu'Aghori, Ardhanarishvara et Mahayogi. Aghori est la forme terrifiante de Shiva, lorsqu'il est absorbé par la destruction. Ardhanarishvara dépeint Shiva comme mi-homme, mi-femme, et signifie l'unité essentielle des sexes. La position Mahayogi symbolise l'aspect méditatif du dieu et montre Shiva dans sa forme la plus calme et sereine. D'autres sculptures de ces cavernes dépeignent la danse cosmique de création et de destruction primordiales de Shiva, et son mariage avec Parvati.

Les sculptures d'Elephanta, d'une splendeur que le temps a gardée intacte, semblent aujourd'hui encore réussir à transmettre leur message : celui de l'unité de la forme humaine et du divin.

Adresses Futées de MUMBAI

Où ?
Quoi ?
Avis