Guide de MUMBAI : Religion

<p>Divinité hindoue exposée à la gare terminale de Chhatrapati Shivaji.</p>

Divinité hindoue exposée à la gare terminale de Chhatrapati Shivaji.

En Inde, la religion est un mode de vie, elle fait partie intégrante du quotidien. Pour une majorité d'Indiens, la religion pénètre chaque aspect de la vie, des travaux ménagers quotidiens à l'éducation et à la politique. L'Inde accueille l'hindouisme, l'islam, le christianisme, le bouddhisme, le jaïnisme, le sikhisme et d'autres traditions religieuses innombrables. Il est impossible de connaître l'Inde sans comprendre ses croyances et pratiques religieuses, qui ont un grand impact sur la vie personnelle de la plupart des Indiens et sur la vie publique quotidienne. Les religions indiennes ont des racines historiques profondes, qui alimentent une pratique toujours vivante chez les Indiens contemporains.

L'héritage artistique, aussi bien que les contributions intellectuelles et philosophiques, a toujours été très redevable à la pensée religieuse et à son symbolisme. Les contacts entre l'Inde et d'autres cultures ont conduit à une diffusion des religions indiennes dans le monde entier, aboutissant, dans le passé, à une large influence de la pensée indienne au sud-est et à l'est de l'Asie, et, plus récemment, à une diffusion des religions indiennes en Europe et en Amérique du Nord.

La liste des principaux systèmes de croyance qui ouvre ce chapitre balaye seulement la surface de la diversité remarquable de la vie religieuse indienne. L'Inde est un pays très complexe, avec un foisonnement de doctrines et d'institutions émanant des grandes traditions, préservées par des documents écrits, divisées en de nombreuses écoles de pensée, sectes et chemins de dévotion. Dans la plupart des cas, ces divisions proviennent des enseignements de grands maîtres, qui surgissent continuellement pour mener des groupes de disciples vers de nouvelles révélations ou voies vers le salut. Au surplus, dans l'Inde contemporaine, la migration de nombreuses personnes vers les centres urbains et l'impact de la modernisation ont conduit à l'apparition de nouvelles religions et réformes, qui créent des communautés originales d'enseignement et de pratiques. Dans la plupart des autres cas, cette diversité se manifeste à travers l'intégration ou l'acculturation de groupes sociaux entiers - chacun avec sa vision propre du divin - dans les communautés agraires villageoises qui basent leur culture sur des traditions littéraires et rituelles préservées en sanscrit ou dans des langues régionales. L'interaction locale entre de grandes traditions et des formes locales de croyance, basées sur le village, la caste, les différences linguistiques, crée une gamme de formes rituelles qui varie largement à travers le pays. Dans cette gamme de différences, les religions indiennes ont fait preuve au cours des siècles d'un degré considérable de tolérance à l'égard des visions dissemblables du divin et du salut. La tolérance religieuse s'explique par la définition de l'Inde en tant qu'État séculier, dans lequel le gouvernement est resté officiellement séparé de toute religion depuis l'Indépendance, donnant à toutes les formes de croyances un statut égal devant la loi. En pratique, il s'est parfois révélé difficile de maintenir cette séparation entre affiliation religieuse et vie publique. Dans les États où la majorité de la population embrasse une religion, la frontière entre le gouvernement et la religion devient poreuse ; au Tamil Nadu, par exemple, le gouvernement de l'État gère les temples hindous, tandis qu'au Pendjab un parti politique sikh contrôle l'assemblée de l'État. L'un des traits les plus notables de la politique indienne, particulièrement depuis les années 1960, a été la croissance stable des idéologies militantes pour qui la voie du salut passe exclusivement par une tradition religieuse, et qui exigent que les institutions publiques se conforment à leurs interprétations de l'Écriture sainte. La vitalité du fondamentalisme religieux et son impact sur la vie publique, se traduisant sous forme d'émeutes et de créations de partis politiques fondés sur la religion, figurent parmi les plus grands défis auxquels les institutions politiques indiennes ont à faire face depuis les années 1990.

Fondamentalismes : le processus de modernisation en Inde, inséparable de la colonisation britannique pour la période allant de 1757 à 1947, a apporté des changements majeurs dans les formes organisationnelles de toutes les religions.

Les missionnaires venus avec les Anglais au XIXe siècle importèrent, avec des concepts modernes de propagande, une idéologie de compétition intellectuelle et de conversion religieuse.

Au lieu de l'interprétation coutumière des rituels et des textes selon une tradition figée, les leaders religieux indiens ont commencé à élaborer des synthèses intellectuelles qui pouvaient englober les croyances et pratiques diverses de leurs traditions dans une structure résistant aux arguments chrétiens.

L'une des réactions les plus importantes a été celle de l'Arya Samaj (Société aryenne), fondée en 1875 par Swami Dayananda (1824-1883), qui retourna aux Veda (textes fondateurs de l'hindouisme) et essaya de purger l'hindouisme d'ajouts récents qui n'avaient aucune base dans les Écritures saintes. Active au Pendjab, à l'origine, cette petite société oeuvre toujours pour épurer les rituels hindous, convertir les peuples tribaux et assurer le fonctionnement de centres dans toute l'Inde. Une autre de ces réactions a été celle de l'ordre de Ramakrishna, des renonçants, fondé par Swami Vivekananda (1863-1902), qui prêche pour une philosophie d'unification suivie par Shankara, un enseignant du Vedanta, et par d'autres enseignants acceptant le principe selon lequel, finalement, toutes les voies menaient à l'union quel que soit le brahmane. L'un des buts premiers du mouvement Ramakrishna a été d'instruire les hindous sur leurs propres Écritures saintes ; le mouvement est à la tête de librairies et de centres d'étude dans toutes les principales villes du pays.

Une autre organisation active est le Vishwa Hindu Parishad (VHP - Conseil du monde hindou). Fondée en 1964, elle dirige des écoles, des centres médicaux, des foyers d'étudiants, des orphelinats et des mouvements massifs pour soutenir l'hindouisme partout où il est perçu comme menacé. Cette organisation ultraconservatrice a joué un rôle dans l'agitation qui a conduit à la destruction de la mosquée d'Ayodhya pendant une manifestation, en 1992. Suite à la complicité du VHP dans l'affaire, le ministère des Affaires internes a imposé une interdiction de deux ans du VPH, conformément à l'Acte sur les activités illégales. Quand l'interdiction a expiré en décembre 1994, le gouvernement l'a reconduite pour deux années supplémentaires. Le développement du sentiment hindou " communautaire " évolue parallèlement à une hausse du chauvinisme religieux et des idéologies " fondamentalistes " parmi les minorités religieuses, y compris les musulmans et les sikhs. Dans ce contexte d'agitation, l'éruption périodique d'émeutes dans des zones urbaines a entretenu une atmosphère de tension religieuse au long du XXe siècle. Les émeutes hindo-musulmanes, particulièrement dans le Nord, ont atteint leur sommet pendant la partition de l'Inde en 1947 et connu des poussées périodiques dans les zones urbaines au début des années 1990. Ces différends impliquent de façon caractéristique les groupes à faibles revenus des deux communautés dans leurs luttes pour la terre, l'emploi ou les ressources locales, luttes qui viennent fusionner autour d'un élément religieux après qu'un incident apparemment trivial a polarisé les deux communautés. En pratique, ces mouvements de violence sont rarement suscités par des instructeurs religieux, même si des agitateurs fondamentalistes y sont souvent impliqués. Ainsi, la situation dans le Nord était devenue compliquée dans les années 1980 à cause du terrorisme sikh lié à la crise du Pendjab (certains sikhs réclamaient un État indépendant), des émeutes anti-sikhs après l'assassinat du Premier ministre Indira Gandhi en 1984 et d'une série d'actions terroristes dans les années 1990. Mais, dans tous ces cas, nombre d'observateurs ont estimé que la religion avait servi de prétexte à des luttes politiques et économiques.

À côté de ces éruptions violentes occupant le devant de la scène, et parallèlement à la poussée de nouveaux mouvements sectaires, des changements majeurs non violents ont eu lieu. Par exemple, le mouvement Radhasoami Satsang du Nord, notamment au Pendjab et dans l'Uttar Pradesh, englobe des idées yogiques sur les rapports entre les humains et l'univers, la tradition sainte bhakti comportant certaines influences sikhs, et la vénération du guru ayant connu l'Illumination. La tendance dominante de ces nouvelles religions, suivant l'exemple des grands maîtres du passé, repris par le Mahatma Gandhi et les gurus les plus modernes, demeure la non-violence envers toutes les créatures vivantes et l'acceptation de la remarquable diversité des religions indiennes.

Comment sont-ils répartis ?

82% des Indiens sont des hindous, 12% pratiquent l'islam, soit plus de 135 millions de personnes propulsant l'Inde au 3e rang des pays musulmans après l'Indonésie et le Pakistan, 2% sont des chrétiens, implantés surtout à Goa et dans le Kerala. Les 4% restants sont composés de sikhs, de jaïns, de parsis, de bouddhistes, de juifs et de quelques athées. Pour garantir le respect des groupes religieux, l'Etat indien est un Etat laïc. Il y a à Mumbai plusieurs édifices religieux imposants témoignant des différentes croyances. Le temple Iskon dédié à Krishna, le temple Mahalakshmi, temple hindou datant de 1785, la mosquée Haji Ali construite dans la plus pure tradition islamique, la Gurdwara, porte du Guru pour les sikhs, l'église afghane à Colaba, la cathédrale Mount Mary à Bandra, la synagogue Keneseth Eliyahoo, avec sa façade bleue, la toute jeune pagode Vipassana, qui abrite les reliques du Bouddha Gautama.

L'hindouisme
<p>Statues au temple Jain.</p>

Statues au temple Jain.

Beaucoup de religions à travers le monde trouvent leur origine en Inde, et d'autres, qui ont commencé ailleurs, ont trouvé ici une terre fertile pour croître. Les principes sous-jacents de l'hindouisme ne sont pas facilement descriptibles : il n'y a aucune philosophie unique qui forme la base de la foi de la majorité de la population indienne. L'hindouisme est peut-être la seule tradition religieuse qui puisse être appelée un " musée des religions ", tant elle est diversifiée dans ses principes théoriques et ses expressions pratiques. Cette religion ne peut pas être imputée à un fondateur spécifique, elle n'a pas non plus un " Livre saint " servant de guide scriptural de base. Les Rig Veda, les Upanishad et le Bhagavad-Gita peuvent tous être décrits comme textes sacrés des hindous. L'hindouisme est par ailleurs une religion à tendance syncrétique, qui ne répugne pas à intégrer dans son Panthéon des divinités venues d'autres religions. L'hindouisme, pratiqué par plus de 80 % de la population, est la foi dominante en Inde. Ses partisans, un groupement relevant de diverses traditions philosophiques et de dévotion, représentent environ 880 millions de personnes. Le bouddhisme et le jaïnisme, des traditions monastiques anciennes, ont eu une influence majeure sur l'art indien, la philosophie et la société, et correspondent encore à des minorités importantes au XXe siècle.

Veda et polythéisme

Les Veda sont les antiques Ecritures saintes ou la Révélation (shruti) des enseignements hindous. Ils manifestent le Mot divin dans le discours humain. Ils reflètent la langue des dieux dans la langue humaine, les pouvoirs divins qui nous ont créés et qui règnent sur nous. Il y a quatre Veda, chacun constitué de quatre parties. La première partie est le mantra ou section d'hymne (samhita). A cela se rajoutent des enseignements ritualistes (brahmana) et des sections théologiques (aranyaka). Enfin, des sections philosophiques (upanishad) y sont incluses.

Les sections d'hymne sont les plus anciennes. Les autres ont été rajoutées à une époque ultérieure ; chacune explique certains aspects des hymnes ou suit une ligne d'interprétation. Pour les hindous, les Veda ont été compilés au temps de Krishna (3 500 av. J.-C.), et ont été dès cette époque empreints d'obscurité. Ils sont donc très anciens et leur apport spirituel, comme celui des autres enseignements mystérieux du monde antique, a commencé à être redécouvert ou apprécié même en Inde.

Le grand compilateur des Veda et des Pûrana a été Vyasa Krishna Dwaipayana. On a dit qu'il a été le vingt-huitième des Vyasa, ou compilateurs de la connaissance védique. Il était à peine plus vieux que l'Avatar Krishna et son travail continua après la mort de Krishna. Peut-être est-il le symbole de toute une école védique qui fleurissait alors, à une époque où de telles écoles existaient partout en Inde et dans certains endroits au-delà.

Karma et libération

Les Upanishad, commentaires des Veda rédigés entre 800 et 200 av. J.-C., contiennent des spéculations sur le sens de la vie qui ont énormément influencé les traditions religieuses indiennes. Le plus important des concepts qu'ils mettent en avant est celui d'âtman (âme humaine), qui est une manifestation individuelle du brahmane ; l'âtman est de la même nature que le brahmane, caractérisé soit comme une force impersonnelle, soit comme un dieu, et il se donne comme but la reconnaissance de cette identité avec le brahmane.

Cette fusion néanmoins est impossible tant que l'individu reste attaché au monde de la chair et des désirs. En fait, l'âtman immortel ainsi attaché ne se joindra pas au brahmane après la mort du corps, mais sera condamné à une continuelle renaissance. Ce concept fondamental de la transmigration de l'âtman, ou réincarnation après la mort, se trouve au coeur des religions d'origine indienne.

La tradition religieuse de l'Inde considère le karma comme la source du problème de la transmigration. Etant associé à une forme physique, par exemple, celle d'un corps humain, les êtres éprouvent l'univers par leurs sens et leurs esprits, s'attachent aux gens et aux choses autour d'eux et perdent constamment de vue leur vraie existence en tant qu'âtman. Quand vient le temps de l'abandon du corps, les fruits des bonnes et mauvaises actions dans le passé restent avec l'âtman, s'y accrochant et causant une tendance à continuer l'expérience dans d'autres existences après la mort. Les bonnes actions de cette vie peuvent conduire à une renaissance heureuse dans une vie meilleure, et les mauvaises, conduire à une existence inférieure, mais, en fin de compte, les conséquences des actes passés finiront par ressortir inexorablement, conduisant l'individu à rechercher plus d'expériences dans un monde physique. De sorte que l'âtman attaché ou ignorant erre de vie en vie, au paradis et en enfer, et dans beaucoup de corps différents. L'univers peut s'étendre et être détruit de nombreuses fois, l'âtman attaché ne réussira pas à s'en échapper.

Le vrai but de l'âtman est la libération - ou sortie (moksha) du monde limité de l'expérience - et la réalisation de son unité avec dieu ou le cosmos. Pour réaliser sa libération, l'individu doit poursuivre une sorte de discipline (le yoga, à l'origine " liage ", " union ", une racine qu'on retrouve dans presque toutes les langues indo-européennes, comme dans les mots " joindre " ou " joug " en français) adaptée à ses capacités et à sa situation dans l'existence. Pour la plupart des personnes, ce but implique une ligne d'action qui les tient étroitement liées au monde et à ses voies, y compris le plaisir d'amour (kama), l'accès à la richesse et au pouvoir (artha) et la poursuite de principes moraux socialement acceptables. Dans cette perspective, même les manuels d'amour sexuel, comme le Kama Sutra (le Livre d'Amour) ou les recueils d'idées sur la politique et la direction des affaires, comme l'Arthashastra (Science du Gain Matériel), font partie d'une tradition religieuse qui valorise l'action dans le monde pourvu qu'elle soit exécutée avec compréhension, avec un karma yoga (un yoga de l'action), une pratique de l'action désintéressée dans laquelle chaque acte est offert comme un sacrifice à Dieu. Quelques personnes, cependant, peuvent vouloir casser le cycle des renaissances dans cette vie ou celle d'après. Pour eux, un grand choix de techniques s'est développé au cours des millénaires, qui donne sa grande diversité à la religion indienne. La plus connue en Occident, le hatha yoga, ou yoga du corps, est une discipline qui voit le corps humain comme une série de centres spirituels qui peuvent être éveillés par la méditation et la pratique de postures, menant finalement à une unité avec l'univers. Le tantrisme est la croyance au tantra (terme sanscrit signifiant " contexte " ou " continuum "), un ensemble de textes qui soulignent l'utilité de rituels, pratiqués avec une discipline stricte, comme moyen d'atteindre la compréhension et l'éveil spirituel. Ces rituels incluent des mantras (formules sacrées) puissants chantés, la méditation sur des diagrammes compliqués (mandala) et, pour une école de praticiens avancés, la violation délibérée des normes sociales d'alimentation, de boisson et de rapports sexuels. Un important aspect de toute discipline religieuse est l'importance du guru, de l'enseignant. La religion indienne peut accepter le caractère sacré de textes et de rituels spécifiques, mais en confie l'interprétation à un praticien vivant qui a une expérience personnelle de libération et peut transmettre des techniques efficaces à ses disciples. En fait, depuis les temps védiques, il n'a jamais été possible, et rarement désiré, de regrouper tous les Indiens sous un concept d'orthodoxie possédant une autorité unique qui pourrait s'appliquer à chacun. Au lieu de cela, il y a eu une tendance à accepter l'innovation et la diversité religieuses comme le résultat naturel de l'expérience personnelle de générations successives de gurus, qui ont adapté leurs messages aux contextes géographique, historique et social qui étaient les leurs, et qui ont ensuite transmis leurs connaissances à des lignées de disciples et de groupes sociaux.

En conséquence, la religion indienne est une masse de traditions anciennes et modernes, certaines toujours préservées, d'autres changeant constamment, et l'individu est relativement libre de choisir les croyances et comportements religieux qui lui semblent les plus efficaces sur la voie de la délivrance.

Adoration de dieux personnels :

Vishnu : Vishnu est considéré comme le dieu principal de l'hindouisme et de la mythologie indienne. Il est le conservateur de l'univers tandis que les deux autres dieux hindous majeurs, Brahma et Shiva, sont considérés respectivement comme le créateur et le destructeur de l'univers. On ne connaît pas exactement l'origine de l'adoration des conquérants aryens ou des habitants dravidiens pour Vishnu. Dans les Veda et la littérature sacrée des aryens, Vishnu est classé parmi les dieux mineurs et est d'habitude associé au dieu védique Indra qui, dans les épopées et les batailles des Pûrana (anciens recueils de récits), se bat contre les dragons et les forces démoniaques.

Dans une certaine littérature puranique, Vishnu est dit éternel, un esprit unique associé aux eaux primitives, considérées comme ayant été omniprésentes avant la création de l'univers. Le concept de Vishnu comme sauveur du monde est venu relativement tard dans l'hindouisme. Il est probablement issu de deux autres croyances : celle que les hommes atteignent le salut en suivant fidèlement des chemins prédéterminés de devoir, et celle selon laquelle les puissances du bien et du mal (des dieux et des démons) sont en lutte pour la domination du monde. Quand l'équilibre de ces puissances est détruit, Vishnu, ou son avatar, descend sur terre pour rétablir leur égalité. On dit que neuf descentes ont déjà eu lieu, la dixième devant encore arriver. Celles de Râma et de Krishna étaient les septième et huitième. Vishnu est peint en bleu ou en noir et a quatre bras. Il a mille noms et leur répétition est un acte de dévotion.

Shiva : la troisième déité de la triade hindoue des grands dieux, la Trimûrti, est Shiva, le Destructeur, mais qui a aussi un aspect de régénération. En tant que destructeur, il est sombre et épouvantable, apparaissant comme un ascète nu accompagné par un train de démons affreux, entouré de serpents et portant un collier de crânes. En tant que puissance propice et reproductrice, on l'adore sous la forme du lingam ou phallus. Shiva est peint en blanc, avec une gorge bleu foncé. Il a plusieurs bras et trois yeux. Il porte un trident et monte un taureau blanc. Son épouse est Parvati (Devi). Contrastant avec la figure de Vishnu, aux attributs royaux, celle de Shiva est de renonciation. Une image le peint comme un ascète, pratiquant la méditation seul dans l'Himalaya, assis sur une peau de tigre, vêtu d'un simple pagne et couvert de cendre sacrée, qui donne une couleur grise à sa peau. Son trident est planté en terre à côté de lui. Un serpent est enroulé autour de son cou. De ses cheveux emmêlés, liés en chignon sur le sommet du crâne, la rivière Gange descend vers la terre. Son cou est bleu, un rappel du temps où il but le poison qui émergea alors que les dieux et les démons rivalisaient pour baratter l'océan de lait. Shiva apparaît souvent comme un être antisocial, qui une fois brûla Kama, dieu d'amour, d'un regard. Mais cette image cache celle du seigneur cosmique qui, grâce à la puissance de sa conscience méditante, s'étend à l'univers entier. Bien qu'il semble difficile à atteindre, en réalité Shiva est une déité aimante qui sauve les fidèles qui lui sont de tout coeur dévoués. La littérature bhakti du sud de l'Inde, dans laquelle Shiva a longtemps été important, décrit les nombreux exemples de dévotion rendue dans la pureté du coeur envers le beau seigneur, et comment Shiva se révèle finalement en tant que tel à ses fidèles après leur mise à l'épreuve. C'est ainsi que Shiva apparaît souvent sur terre déguisé en prêtre brahmane errant, s'adressant à la charité ou la foi d'un fidèle souffrant, avant de se manifester éventuellement ensuite sous sa vraie nature.

Beaucoup de ces récits divins sont connectés directement à des gens et des sites spécifiques, et presque chaque temple antique consacré à Shiva peut revendiquer une poésie ou un miracle célèbre dans son histoire. Les centaines de temples médiévaux du Tamil Nadu, presque tous consacrés à Shiva, contiennent des panneaux sculptés dépeignant ce dieu sous des aspects variés : Bhikshatana, le seigneur mendiant ; Bhairava, une horrible image de la destruction ; ou Nataraja, le seigneur de la danse, maître de la scène universelle.

Parce qu'il retient et contrôle ses pulsions sexuelles, Shiva est capable de transmuter l'énergie sexuelle en puissance créatrice, en générant une chaleur intense. C'est en fait la chaleur produite par la discipline et l'austérité (tapas) qui est considérée comme la source du pouvoir de tous les renonçants, et dans ce sens Shiva est souvent associé aux ordres de moines errants de l'Inde moderne. Pour l'adorateur moyen, la puissance sexuelle de Shiva apparaît dans l'image la plus courante qui le représente, le lingam. C'est une pierre cylindrique au sommet arrondi, haute de plusieurs pieds, érigée sur une base circulaire. En un sens, c'est là l'image la plus basique de la divinité, offrant un objet à l'adoration avec un minimum d'embellissement artistique, tout en cherchant à représenter l'infini.

L'ajout de détails anatomiques gravés sur beaucoup de lingam, cependant, ne laisse aucun doute à l'adorateur sur le fait qu'il s'agit d'un organe sexuel masculin en érection, montrant la puissance procréatrice de dieu à l'origine de toute chose. Le concept de réalité, conçue comme l'interaction de deux principes opposés, mâle et femelle, trouve ainsi sa forme la plus haute dans la mythologie de Shiva et de son épouse Parvati (aussi connue comme Shakti, Kali ou Durga), fille des montagnes. A l'absolu contrôle de soi que représente Shiva le méditant, répond donc l'image érotique de l'amant de Parvati et de son étreinte passionnée. Shiva et Parvati ont deux fils, qui ont en propre des cycles entiers de mythes, de légendes et de cultes bhakti. L'un s'appelle indifféremment Karttikeya (identifié à la planète Mars) ou Skanda (dieu de la guerre ou Subrahmanya). Il est extrêmement beau, porte une lance et chevauche un paon. Selon certaines traditions, il est né sans mère, émergeant de Shiva quand les dieux ont eu besoin d'un grand guerrier pour vaincre un démon indestructible.

En Inde du Sud, où il est appelé Murugan, il est le seigneur des lieux montagneux et un grand ami pour ceux qui se consacrent à lui. Certains de ses fidèles ont fait le voeu de porter sur leurs épaules des objets en bois taillés de façon particulière et pour un nombre prédéterminé de semaines, sans jamais les poser à terre. D'autres peuvent aller plus loin et garder insérés dans leurs corps des couteaux ou de longues épingles pendant des périodes prolongées.

L'autre fils de Shiva et de Parvati est Ganesh, ou Ganapati, le seigneur des Ganas (les hôtes de Shiva), qui a le corps d'un homme à quatre bras et la tête d'un éléphant. Faisant pendant à celui évoqué plus haut à propos de son frère, un mythe prétend qu'il a émergé directement du corps de Parvati et que Shiva, s'étant querellé avec lui, coupa sa tête humaine et la remplaça plus tard par celle du premier animal qu'il put trouver, un éléphant. Pour la plupart de ses adorateurs, Ganesh est la première déité invoquée dans n'importe quelle cérémonie parce qu'il est le dieu de la sagesse, appelé aussi " Celui qui enlève les obstacles ".

Le peuple vénère Ganesh avant d'entreprendre quoi que ce soit, par exemple, au début d'un voyage ou le premier jour de la nouvelle année solaire. Il est souvent représenté à côté d'un rat, son animal-support, symbole de sa capacité à entrer n'importe où. Ganesh est donc une figure intelligente, un aimable escroc dans beaucoup d'histoires, et qui présente aux adorateurs qui se le concilient une image bienveillante et amicale. Son image est peut-être la plus répandue en Inde, visible partout dans les rues et les terminaux des transports. Les bouffonneries de Ganesh et de Karttikeya et les rapports de Shiva et de Parvati sont à l'origine d'une série de mythes distrayants. Présentant Shiva comme un mari dominé, qui aurait préféré continuer à méditer mais se trouve entraîné dans des problèmes familiaux, ils fournissent un répertoire de contes moraux appréciés dans tous les foyers de l'Inde.

Brama et la trinité hindoue : Brahma, le dieu créateur de la trinité, symbolise l'aspect de la Réalité suprême qui porte en avant la création. Les hindous l'appellent le Créateur de l'univers. Il est le premier membre de la trinité hindoue qui inclut aussi Vishnu et Shiva. Son épouse divine est Saraswati, déesse des études et de la connaissance. Saraswati fournit à Brahma la connaissance nécessaire au processus de création.

Brahma est d'habitude conçu par les hindous comme une déité armée barbue, à quatre visages et à quatre mains. Dans les images populaires, il est représenté assis sur un lotus (symbole d'existence glorieuse). Il tient un chapelet dans la main droite supérieure, un livre dans la main gauche supérieure, un kamandalu (pot d'eau) dans la main gauche inférieure et accorde sa grâce de sa main droite inférieure. Ses quatre visages représentent la connaissance sacrée des quatre Veda (Rig, Yajur, Sama et Atharva) et c'est l'aspect le plus marquant de toutes les représentations de Brahma. Ses quatre visages symbolisent donc le fait que Brahma est la source de toute la connaissance nécessaire à la création de l'univers. Ses quatre bras représentent les quatre directions ainsi que l'omniprésence et l'omnipotence de Brahma. Ses quatre mains représentent les quatre aspects de la personnalité humaine : esprit (main droite arrière), intellect (main gauche arrière), ego (main droite de devant), moi empirique ou conscience conditionnée (main gauche de devant). Le chapelet symbolise le cycle du temps par lequel le monde va de la création à la conservation, de la conservation à la dissolution, et de la dissolution à une nouvelle création. Il symbolise aussi les matériaux utilisés dans le processus de création. Sa position dans la main droite arrière suggère l'utilisation intelligente de ces matériaux dans le processus de création. Le livre dans la main gauche arrière (symbolisant l'intellect) illustre que la connaissance juste est importante pour n'importe quelle sorte de travail créateur. Le pot d'eau (kamandalu) dans la main gauche de devant symbolise l'énergie cosmique par laquelle Brahma conduit l'univers à l'existence. Enfin, la main qui symbolise l'ego (la main droite de devant) est montrée dans la pose de la bénédiction, de l'accord de la grâce, illustrant ainsi l'idée que le seigneur est dispensateur de bienfaits et protège tous ses adorateurs sincères. La couleur de l'or symbolise l'activité et ainsi le visage doré de Brahma indique que le seigneur est actif quand il est impliqué dans le processus de création.

La blancheur de la barbe évoque sa sagesse, et sa longueur transmet l'idée que la création est un processus éternel. La couronne qui coiffe la tête du dieu illustre son pouvoir suprême et son autorité sur le processus de création.

Le lotus symbolise la Réalité suprême, l'essence de tous les êtres et choses dans l'univers. Brahma assis ou debout sur un lotus indique qu'il représente la puissance créatrice de la Réalité suprême. Le blanc symbolise la pureté. Ainsi Brahma porte des vêtements blanc cassé, représentant la nature duelle de la création, la pureté et l'impureté, le bonheur et la tristesse, le vice et la vertu, la connaissance et l'ignorance, etc. Dans la mythologie hindoue, on dit que le cygne possède une faculté unique de discrimination, qui lui permet de distinguer le lait pur d'un mélange de lait et d'eau, et il symbolise donc cette faculté. Brahma utilise le cygne comme véhicule. Est ainsi signifiée l'idée que, bien que la création soit pluraliste dans sa nature, il n'y a qu'une Réalité suprême dont l'univers entier émane. Cette connaissance peut être acquise par un individu qui exerce son esprit et son intellect à acquérir le pouvoir de juste discrimination. Sur le plan de l'individu, Brahma symbolise son esprit et son intellect. Est-ce pour cette raison que le culte de Brahma est peu répandu en Inde, excepté chez ceux qui cherchent la connaissance, comme les étudiants, les enseignants, les savants et les scientifiques...

La déesse des méditations philosophiques aussi lointaines que le Rig Veda ont considéré l'univers comme le résultat d'une interaction entre le principe masculin, purusha, la source principale de puissance génératrice, mais en repos, et le principe féminin connu comme prakriti, un principe actif qui manifeste la réalité, ou la puissance (shakti) au travail dans le monde. Au niveau philosophique, ce principe féminin repose sur l'unicité du masculin, mais au niveau pratique c'est la femme qui est la plus importante dans le monde. La vaste gamme d'iconographie et de mythologie qui entoure les dieux comme Vishnu et Shiva crée un contexte à l'adoration de leurs épouses féminines dans lequel les déités masculines tendent à s'effacer à l'arrière-plan. C'est pour cette raison que le divin est souvent féminin en Inde.

L'épouse de Vishnu, Lakshmi, a un certain nombre d'incarnations bien connues, et chacune se voit adresser un culte en propre. Dans le Râmâyana, par exemple, les caractères féminins sont responsables de la plupart des événements importants, et Sita, qui résiste aux avances de Ravana, est une figure de dévotion très aimée. Lakshmi, pendant la grande fête nationale de Dipavali (Diwali), est célébrée par de grandes démonstrations de feux d'artifice, où les gens implorent auprès d'elle succès et richesse pour l'année à venir.

Parvati, la Divine Mère, sous ses formes variées, est la divinité la plus vénérée en Inde. L'épouse de Shiva présente deux facettes principales à ses adorateurs : une personnalité bienveillante, qui apporte de l'aide, et une personnalité puissante et dangereuse, qui doit être apaisée. Elle apparaît sous son aspect bienveillant dans beaucoup de temples dédiés à Shiva, où la déesse a son autel propre qui est en pratique le plus fréquenté par les dévots. Pendant les festivités annuelles au cours desquelles les dieux et déesses sont sortis des lieux saints et promenés en procession, c'est souvent la déesse qui est la plus attendue. Dans le nord de l'Inde, par exemple, les statues de la déesse d'amour Kali (une manifestation de Parvati), paraissant vivantes par leur réalisme, sont portées par des foules immenses au long des rues de la ville. Dans le Sud, où de gigantesques temples sont les centres physiques et sociaux de la vie urbaine, les lieux saints et leurs fêtes annuelles sont souvent nommés du nom de leurs déesses. L'un des plus célèbres est le temple de Minakshi, des XVIe-XVIIe siècles, à Madurai. Minakshi, " la déesse aux yeux de poisson ", est décrite dans les mythes comme une reine sombre née avec trois seins et s'apprêtant à vaincre l'univers. Après avoir envahi le monde et vaincu les dieux, Minakshi a finalement rencontré Shiva et, quand son troisième sein a disparu, l'a accepté comme son seigneur. Ce thème de la puissance physique et de l'énergie est présent dans beaucoup d'histoires où la déesse apparaît comme un guerrier ou un conquérant de démons qui, à la fin, se joint à Shiva.

Les autres communautés religieuses

L'islam : l'islam s'est répandu depuis l'ouest à travers le sud de l'Asie pour devenir la plus grande religion de minorité en Inde, les musulmans représentant 12 % de la population du pays, soit la minorité religieuse la plus conséquente du pays. Avec 150 millions de musulmans, l'Inde abrite aujourd'hui la deuxième plus grande population musulmane du monde (après l'Indonésie). Les musulmans indiens sont majoritairement sunnites.

Les plus grandes concentrations - environ 52 % des musulmans - se trouvent dans les Etats du Nord : le Bihar, le Bengale Occidental et l'Uttar Pradesh. Les musulmans représentent une majorité seulement dans le Jammu, au Cachemire et dans l'archipel des Laquedives (94 %). En tant que foi ayant ses racines à l'extérieur de l'Asie du Sud, l'islam offre de saisissants contrastes avec les religions originaires d'Inde. Les commerçants arabes ont apporté l'islam en Inde au VIIIe siècle, mais ce n'est qu'au XIIe qu'il est devenu une force avec laquelle il fallait compter dans le sous-continent. A la différence des bouddhisme, jaïnisme et sikhisme qui sont apparus comme des ramifications de l'hindouisme, le concept, les coutumes et pratiques religieuses de l'islam étaient propres à cette foi, qui prônait la fraternité universelle et la soumission à Allah - Dieu tout-puissant.

Le sikhisme : la gestion de la question des signes religieux ostensibles dans nos écoles françaises fut l'occasion pour beaucoup de se familiariser avec la communauté sikhe. Un éclairage plutôt cocasse, ceux-ci se retrouvant " prisonniers " d'un débat qui ne les concernait pas vraiment, et refusant d'ôter le sacro-saint turban qui coiffe leur chevelure... Le sikhisme, né au Pendjab (Inde du Nord) au XVIe siècle, s'est répandu partout en Inde et dans le monde au milieu du XIXe siècle. Le fondateur de cette foi était le gourou Nanak qui, depuis son enfance, était attiré par les saints tant hindous que musulmans. Né hindou, mais aussi inspiré par les enseignements de l'islam, il a commencé à prêcher un message d'unité des deux religions. Selon lui, leurs enseignements de base étaient essentiellement les mêmes. Nanak a attiré beaucoup de disciples, qui se sont unis pour former une nouvelle tradition religieuse appelée sikhisme. Les sikhs rejettent le système des castes de l'hindouisme et croient en un dieu unique mais ils ont en commun avec les hindous la croyance dans la réincarnation et le karma. Ils ne valorisent pas l'image de l'ascète renonçant au monde, mais au contraire celui de l'homme - ou la femme - au service de la communauté. Leur livre sacré est le Granth Sahib, recueil d'écrits des gourous (Nanak et ses neuf successeurs) et de textes issus d'autres religions (islam et hindouisme).

Avec presque 16,3 millions de fidèles (20 millions dans le monde), les sikhs représentent 1,9 % de la population de l'Inde. Mais leur poids dans la société indienne dépasse largement ce que cette proportion laisserait supposer. Notamment par le rôle prépondérant qu'ils ont joué dans les forces armées et les affaires publiques de l'Inde au cours des 400 dernières années. Le Premier ministre Manmohan Singh appartient à la communauté sikhe. Bien que la plupart des sikhs indiens (79 %) restent concentrés dans l'Etat du Pendjab, presque 3,5 millions d'entre eux vivent à l'extérieur de l'Etat (et environ 4 millions à l'étranger). Cette diaspora sikhe, dictée par l'ambition et le succès économique, a fait du sikhisme une religion mondiale autant qu'une force de minorité considérable.

Le christianisme : son introduction en Inde remonterait au temps des apôtres. Le christianisme aurait été introduit en Inde par saint Thomas, l'un des apôtres de Jésus-Christ, qui a passé quelques années au sud de l'Inde et qui y est probablement mort. Arrivé sur la côte de Malabâr, il aurait réalisé des miracles et évangélisé le Kerala et le Tamil Nadu. Il semble qu'il ait été martyrisé à Madras et enterré sur le site de la cathédrale San Thomé. Les membres de l'Eglise syro-malabâr, un rite oriental de l'Eglise catholique, ont adopté la liturgie syriaque datant du IVe siècle, pratiquant ce que l'on connaît aussi sous le nom de rite malabâr, jusqu'à l'arrivée des Portugais au XVe siècle. Peu après, les Portugais ont essayé de latiniser le rite malabâr, une tentative qui a conduit à des accusations contre l'Eglise syro-malabâr et à toute une période de machinations politiques. Au milieu du siècle suivant, une scission est survenue quand les partisans du rite malankar (ou Eglise syro-malankara) se sont séparés de l'Eglise syro-malabâr. Cette fragmentation a continué dans l'Eglise syro-malabâr jusqu'au XXe siècle, lorsqu'un grand contingent est parti rejoindre l'Eglise nestorienne, qui avait ses propres racines en Inde depuis le VIe ou VIIe siècle.

Vers 1887, cependant, les leaders de l'Eglise syro-malabâr se sont réconciliés avec Rome, qui avait formellement reconnu la légitimité du rite malabâr. L'Eglise syro-malankara s'est réconciliée avec Rome en 1930 et, conservant la liturgie syriaque, a adopté la langue malayalam au lieu de la langue syriaque ancienne. Contestant la présence de saint Thomas en Inde, certains croient que le premier missionnaire à arriver dans le pays fut saint Barthélémy. Historiquement, l'activité missionnaire chrétienne a commencé avec le jésuite portugais saint François Xavier, en 1544. Il a été suivi des missionnaires portugais d'abord, puis par des missionnaires d'autres pays tels que le Danemark, la Hollande, l'Allemagne et la Grande-Bretagne. Au long des XVIIIe et XIXe siècles, les missionnaires catholiques et protestants ont continué de prêcher les doctrines chrétiennes et apporté des améliorations sociales.

Les convertis au christianisme ont été nombreux. Les missionnaires catholiques romains, particulièrement portugais, menés par saint François Xavier, ont étendu leurs bases à partir de la côte ouest, touchant particulièrement les castes inférieures et les réprouvés. Le corps miraculeusement intact de saint François Xavier peut toujours être contemplé dans son cercueil de verre, à la basilique du Bom Jésus à Goa.

Au XVIIIe siècle, des missionnaires protestants ont commencé à oeuvrer partout en Inde, favorisant le développement de diverses communautés chrétiennes. Le nombre total de chrétiens en Inde est d'environ 25 millions, soit 2,3 % de la population. Au moment du recensement de 1991, environ 13,8 millions de ces chrétiens étaient des catholiques romains, incluant 300 000 membres de l'Eglise syro-malankara.

Le reste des catholiques romains était regroupé sous l'autorité de la Conférence des évêques catholiques de l'Inde. En janvier 1993, après des siècles d'autonomie, le rite latin de l'Eglise syro-malabâr fut élevé au statut archiépiscopal en tant que membre de l'Eglise catholique. Au total, il y avait 19 archevêques, 103 évêques et environ 15 000 prêtres en Inde en 1995.

La plupart des congrégations protestantes sont représentées en Inde, résultat de l'activité des missionnaires dans tout le pays dès le début de l'autorité britannique. La plupart d'entre elles, cependant, sont presque exclusivement constituées d'un personnel indien et le rôle des missionnaires étrangers y est limité. Depuis 1947, la plus grande congrégation protestante du pays est l'Eglise du sud de l'Inde, une union de presbytériens, de réformés, de méthodistes et de congrégations anglicanes comportant environ 2,2 millions de membres. Une Eglise similaire du nord de l'Inde compte 1 million de membres. Il y a 473 000 méthodistes, 425 000 baptistes et environ 1,3 million de luthériens. Les églises orthodoxes de Malankara et les rites malabâr totalisent 2 millions et 700 000 membres, respectivement.

Durant le XXe siècle, les communautés chrétiennes, en expansion, vivaient dans le Nord-Est, parmi les Khasi, les Mizo, les Naga et autres tribus des collines. Le christianisme offre un mode non hindou d'acculturation à une époque où l'économie d'Etat moderne a radicalement transformé le style de vie des peuples des collines. Les missionnaires ont montré la voie dans le développement des langues écrites et de la littérature pour beaucoup de groupes tribaux. Les Eglises chrétiennes ont également apporté avec elles tout un ensemble d'institutions charitables dont Mère Teresa est la plus emblématique des représentantes. La conversion au christianisme représente également un moyen pour certains intouchables et populations tribales d'échapper au système des castes imposé par l'hindouisme. Ces conversions sont considérées comme des agressions par les hindouistes extrémistes. En témoignent les persécutions antichrétiennes qui ont eu lieu dans l'Etat de l'Orissa et au Bengale Occidental ces dernières années.

Le bouddhisme : les naissances du bouddhisme et du jaïnisme datent de la même époque. D'après des sources singhalaises, le nirvana (état de sérénité suprême) du Bouddha se serait produit en 478 ans av. J.-C. et le Mahâvirâ, celui du fondateur du jaïnisme, 10 ans plus tard. Ces remises en cause de l'hindouisme, coïncidents avec l'arrivée des Perses en Inde, ne sont pas dues au hasard. Cherchant à vaincre la douleur d'un deuil, il s'exile de sa famille et mène une vie errante et solitaire. Ayant trouvé l'éveil, il prononce ses premiers sermons. L'idée que tout être vivant transmigre indéfiniment d'une existence à l'autre séduit de plus en plus d'adeptes. C'est l'empereur Ashoka, trois siècles plus tard, qui fait la promotion des enseignements du Bouddha en envoyant des missionnaires aux quatre coins de son empire et même au-delà.

Le jaïnisme : le jaïnisme est célèbre pour la splendeur de ses temples, au marbre sculpté comme de la dentelle. La communauté elle-même reste plutôt discrète... Rien d'étonnant puisqu'elle prêche une forme de vie austère destinée à favoriser le détachement et la libération du cycle des réincarnations. Les jaïns constituent pourtant une communauté économiquement très prospère.

Le fondateur, Mahavir (contemporain du Bouddha, c'est-à-dire ayant vécu au VIe siècle avant notre ère) est le dernier de 24 pieux personnages, les tirthankars ou " passeurs de gué ", considérés comme les inspirateurs du jaïnisme. L'exemple de ces sages aide les fidèles à se dégager des illusions attachant l'âme au monde grossier. Le jaïnisme est donc une religion sans dieu. Outre cette dévotion aux tirthankars, les jaïns s'efforcent de ne nuire à aucune forme de vie en pratiquant l'ahimsa ou non-violence. On voit parfois les prêtres jaïns allant la bouche recouverte d'un mouchoir afin de ne pas avaler d'insecte et balayant devant leurs pieds afin de ne pas en écraser.

Les religieux de la secte digambara (" vêtus d'espace ") sont les plus rigoristes et vivent entièrement nus par signe de détachement total. Les svetambara (" vêtus de blanc ") sont prêts à plus de concessions avec le monde matériel... Mais tous observent un régime strictement végétarien et des interdictions liées à la pureté rituelle (ne pas porter de cuir ou ne pas pénétrer dans un temple pour une femme ayant ses règles).

A l'origine, le jaïnisme visait à échapper au ritualisme brahmanique et ne reconnaissait pas de clergé. Les brahmanes surent pourtant récupérer le culte et officient toujours comme prêtres dans les temples jaïns.

Le judaïsme : des contacts commerciaux entre la région de la Méditerranée et la côte ouest de l'Inde ont probablement conduit à l'installation de juifs en Inde dès le premier millénaire av. J.-C. Au Kerala, une communauté de juifs, arrivée à la suite de la chute de Jérusalem aux mains des Romains, est restée associée aux villes de Cranganore et de Kochi (anciennement Cochin) pendant au moins 1 000 ans. La synagogue de Kochi, reconstruite en 1568 dans le style architectural du Kerala, conserve le rituel archaïque séfarade, avec une touche d'influences babylonienne et yéménite. Les juifs de Kochi, concentrés dans l'ancienne " ville juive ", se sont bien intégrés à la culture locale, parlant le malayalam et prenant des noms locaux, tout en préservant leur connaissance de l'hébreu et leurs contacts avec l'Asie du Sud-Ouest. Une grande communauté séparée de juifs, appelés Bene Israël, a vécu le long de la côte de Konkan, à et autour de Bombay, Pune et Ahmadabad, pendant presque 2 000 ans. Ceux-là s'étaient fondus dans la communauté rurale environnante. Ils pratiquaient le rite séfarade sans rabbin, avec la synagogue comme centre de vie religieuse et culturelle. Un troisième groupe de juifs a immigré en Inde à la fin du XVIIIe siècle, à l'occasion des échanges commerciaux instaurés par l'Empire britannique.

Ces juifs de Bagdad venaient principalement de l'Irak moderne et se sont installés à Bombay et à Calcutta, où beaucoup d'entre eux ont prospéré et contribué à la réussite économique de ces villes en expansion.

Le zoroastrisme : les zoroastriens, ou parsis, constituent une minorité religieuse très réduite numériquement, dont 79 % vivent au Maharastra et la plupart des autres au Gujarat. Les zoroastriens étaient à l'origine des descendants d'immigrants venus de Perse au Xe siècle, pour échapper aux persécutions des musulmans, et ayant conservé la religion de Zoroastre, un prophète d'Iran qui a enseigné probablement au VIe siècle av. J.-C.

Au XVIIe siècle, la plupart d'entre eux s'étaient installés à Bombay. Bien que le nombre de Parsis ait décru pendant le XXe siècle suite à l'émigration et à de bas taux de natalité, la présence de cette communauté n'est pas sans importance en raison de son influence financière et du fait qu'elle représente le plus grand groupe survivant des adeptes de cette foi.

A l'origine, les Parsis étaient des constructeurs de navires et des commerçants établis dans les ports et les villes du Gujarat. Leur liberté par rapport aux interdits alimentaires et d'activités liés au système des castes leur a permis de profiter des nombreuses possibilités dans le champ du commerce qui ont accompagné l'expansion coloniale. Beaucoup partirent à Bombay, qui a servi de base à l'expansion de leurs activités commerciales en Inde et à l'étranger. La combinaison de leurs contacts commerciaux occidentaux et de leur éducation de langue anglaise pendant la période coloniale a fait des Parsis la communauté la plus cosmopolite de l'Inde.

Socialement, les femmes ont profité d'une liberté de mouvement plus tôt que la plupart des hindoues de caste supérieure, ou des femmes musulmanes de classe supérieure. Dans l'Inde contemporaine, les Parsis zoroastriens sont le groupe religieux le plus urbain et le plus riche de la nation. Leur rôle dans le développement du commerce, de l'industrie, des finances et de la philanthropie leur a conféré une place importante dans la vie sociale et économique du pays, et plusieurs d'entre eux ont atteint un rang élevé au gouvernement.

La source de la religion parsie est un ensemble de textes appelé Avesta, qui inclut un certain nombre de paragraphes attribués à Zoroastre lui-même et où le dualisme oppose l'esprit suprême, Ahura Mazda (ou Ohrmazd), à la force du mal, Angra Mainyu (ou Ahriman). La volonté d'Ahura Mazda se manifeste dans le monde par des actions bienfaisantes d'immortels ou de bons attributs spirituels qui soutiennent la vie et l'amour, une volonté à laquelle s'affronte Angra Mainyu, qui est la cause de toute la destruction et corruption du monde. Disposant du libre arbitre, les humains peuvent choisir leur camp dans cette lutte et, après la mort, ils comparaîtront sur le pont du jugement où ils seront dirigés vers le paradis ou vers l'enfer, selon qu'ils avaient choisi les bonnes actions ou l'alliance avec le diable. Les forces cosmiques opposées combattront à travers l'histoire de l'univers jusqu'au jugement dernier, à la fin des temps, et à la résurrection des morts dans un monde parfait. Les Parsis n'enterrent pas leurs morts et ne les incinèrent pas non plus, afin d'éviter de souiller le feu ou la terre. Ils les disposent donc dans de hautes " tours du silence " ouvertes sur le ciel, où les oiseaux charognards se chargent de les faire disparaître.

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