Guide d'ESSAOUIRA : Histoire

Préhistoire et Antiquité

Les premières traces de vie humaine en Afrique du Nord apparaissent 800 000 ans avant notre ère, sur l'actuel littoral marocain, dans la région de Casablanca. C'est en tout cas ce que semblent attester les vestiges fossiles et les outils de pierre trouvés dans la région. Mais le premier signe historique d'activité sociale au Maroc remonte à environ 5000 ans av. J.-C., date à laquelle s'y installent des populations nomades venues du Proche-Orient. 3 000 ans plus tard (vers 2000 av. J.-C.), en plein âge du bronze, les Berbères, issus des mélanges de ces populations nomades, font leur apparition au Maroc, dans les régions montagneuses de l'Atlas. Les nombreuses gravures rupestres datées de cette époque, et découvertes dans les grottes et les cavernes du Haut Atlas notamment, nous renseignent sur l'activité pastorale de ces Berbères dont la vie quotidienne était vraisemblablement consacrée à la chasse et à la pêche. Au Xe siècle av. J.-C., les navigateurs phéniciens établissent des comptoirs marchands sur la côte méditerranéenne du Maroc, colonisés par les Carthaginois deux siècles plus tard. Vers 500 av. J.-C., alors que les Carthaginois se rendent maîtres du littoral méditerranéen (créant ainsi la plus ancienne ville du Maroc, Melilla) et conquièrent peu à peu la côte atlantique, les nomades éthiopiens - ceux qui sont " brûlés par le soleil " - font leur apparition par le sud et s'installent au coeur du pays dans des habitations troglodytiques. Puis viennent les Atlantes, au centre de l'Atlas, dont l'origine, aujourd'hui encore entourée d'un halo de mystère, donna son nom à l'océan Atlantique. Jusqu'à la chute de Carthage (en 146 av. J.-C.), Ethiopiens, Atlantes, Berbères et Carthaginois vont coexister plus ou moins pacifiquement. Lorsque les Romains abattent l'Empire carthaginois, commence la conquête du Maroc par les empereurs romains. Ceux-ci font du Maroc un royaume divisé en deux provinces : la Maurétanie Césarienne, à l'est (capitale Cherchell) et la Maurétanie Tingitane, à l'ouest et au nord (dont la capitale est Tanger), à la tête de laquelle est nommé un roi, Juba II. Roi avisé et un rien conquérant, le bon Juba pacifie ses provinces, fonde des commerces sur l'île de Mogador, au large d'Essaouira, et entreprend l'exploration des îles Canaries, sur lesquelles viendra s'installer une importante colonie berbère. Les Romains marqueront le Maroc de leur empreinte culturelle mais surtout architecturale : Volubilis, puis Tanger, deviendront capitales du royaume de Maurétanie Tingitane, et un peu partout dans les environs fleuriront de nouvelles cités, reliées entre elles par les fameuses voies romaines. C'est également aux Romains que le pays devra la création des premières voies de communication entre les villes côtières. Au milieu du Ve siècle, l'Empire romain s'effondre sous les coups de boutoir des hordes barbares (Ostrogoths, Wisigoths et autres Goths...), qui ne tardent pas à déferler sur le Maroc. Désorganisés et nomades, ils y restent peu de temps. Seuls les Byzantins se maintiennent à Ceuta et Essaouira.

Chronologie

800 000 av. J.-C. > Premières traces humaines dans les environs de Casablanca.

5000 av. J.-C. > Les ancêtres des Berbères s'installent au Maroc.

1600 av. J.-C. > Gravures rupestres des pasteurs berbères (Haut Atlas et région de Marrakech, notamment).

500 av. J.-C. > Les Ethiopiens s'installent au Maroc.

400 av. J.-C. > Etablissement de comptoirs carthaginois sur le littoral.

A partir de 146 av. J.-C. > Chute de Carthage et invasion romaine.

Vers 50 apr. J-C. > Les Romains créent dans le nord du Maroc la province de Maurétanie Tingitane, capitale : Volubilis.

479 > Chute de l'Empire romain et suite d'invasions (Vandales, Goths, Turcs...).

682 > Conquête du Maroc par les Arabes et islamisation des populations.

788 > Dynastie des Idrissides, descendants du Prophète, basée à Fès. Youssouf ibn Tashfine inaugure la dynastie des Almoravides (Berbères nomades).

1070 > Fondation de Marrakech.

1147 > Prise de Marrakech par les Almohades. Dynastie almohade.

1269 > Nouvelle prise de Marrakech, cette fois-ci par les Mérinides. Dynastie mérinide.

1508 > Installation des premiers comptoirs portugais sur le littoral atlantique.

1529 > Marrakech est à nouveau reprise par les fondateurs d'une nouvelle dynastie, les Saadiens.

1654 > Dynastie alaouite. Marrakech est boudée ; Fès et Meknès deviennent capitales impériales.

1844 > Le Maroc soutient l'Algérie contre la France : intervention française et défaite de l'armée marocaine à la bataille de l'Isly.

1880 > Conférence de Madrid : le Maroc est reconnu indépendant.

1905 > Discours de Tanger prononcé par l'empereur Guillaume II.

1906 > Conférence d'Algésiras.

1907 > Intervention française après les émeutes anti-françaises de Casablanca.

1909 > Guerre du Rif entre l'Espagne et le Maroc.

1912 > Instauration du protectorat. Lyautey nommé premier commissaire-résident général.

1922 > Seconde guerre du Rif, sous la conduite du sultan Abd el-Krim.

1925 > Départ de Lyautey. L'opposition nationaliste fait ses débuts.

1942 > Débarquement des Alliés à Casablanca.

1943 > Conférence de Casablanca entre Roosevelt, Churchill et de Gaulle.

1947 > Le sultan Sidi Mohammed ibn Youssouf revendique l'indépendance.

1953 > Abdication du sultan, chassé du Maroc avec l'aide du Glaoui de Marrakech.

1955 > Retour du sultan Sidi Mohammed ibn Youssouf, réconciliation avec le Glaoui de Marrakech.

2 mars 1956 > Indépendance du Maroc. Sidi Mohammed ibn Youssouf prend le nom de Mohammed V.

1961 > Mort de Mohammed V. Hassan II succède à son père.

1975 > La Marche verte ; début du conflit au Sahara occidental.

1979 > Le Sahara occidental revient au Maroc.

1992 > Adoption de la nouvelle Constitution.

1994 > Signature des accords du GATT à Marrakech.

1996 > Campagne d'assainissement contre la drogue, la contrebande et la corruption.

4 février 1998 > Le roi Hassan II nomme pour la première fois un Premier ministre de l'opposition, M. Abderrahmane el-Youssoufi, jusqu'alors premier secrétaire de l'Union socialiste des forces populaires.

14 mars 1998 > Hassan II reçoit dans la salle du trône les membres du gouvernement de M. A. Youssoufi, qui institue, pour la première fois dans l'histoire du royaume, le principe de l'alternance.

23 juillet 1999 > Décès de Hassan II (1929-1999). A 36 ans, Mohammed VI, son fils, monte sur le trône chérifien.

21 mars 2002 > Conclusion du mariage entre Mohammed VI et Salma Bennani, belle roturière de 24 ans.

Juillet 2002 > Crise entre l'Espagne et le Maroc à propos de l'îlot Peregil-Leïla, petit territoire sous souveraineté espagnole à 200 m des côtes marocaines. Normalisation 6 mois plus tard.

27 septembre 2002 > Les élections législatives confirment la poussée des islamistes du PJD (Parti de la justice et du développement), qui deviennent la première force politique du pays.

16 mai 2003 > Casablanca est secouée par une série d'attentats qui fera 45 morts.

5 février 2004 > Réforme du Code de la famille, qui en fait l'un des plus progressiste du monde musulman.

24 février 2004 > Un séisme d'une magnitude de 6,3 sur l'échelle de Richter secoue la région d'Al-Hoceima, faisant 571 morts et 405 blessés. C'est le tremblement de terre le plus violent au Maroc depuis 1964.

Octobre 2005 > 14 émigrants africains sont tués par les forces marocaines et espagnoles alors que des centaines d'entre eux tentaient de pénétrer dans les enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla. Ils ne seront pas les seuls. En 2005, les autorités marocaines ont arrêté plus de 28 000 candidats à l'immigration clandestine provenant de plus de 380 réseaux mafieux.

26 novembre et 2 décembre 2006 > 6 touristes français trouvent la mort dans l'accident de leur minibus dans le col du Tichka et 7 autres décèdent dans un bus entrant en collision avec un camion dont le chauffeur avait perdu le contrôle.

11 mars, 10 et 14 avril 2007 > Attentats suicides à Casablanca.

Septembre 2007> Suite aux législatives, Mohammed VI nomme en septembre son nouveau gouvernement, dirigé par Abbas el-Fassi. Sur la trentaine d'attributions de portefeuilles ministériels, sept sont des femmes, dont la championne olympique d'athlétisme (JO de Los Angeles en 1984) Nawal Moutawakil, à la tête du ministère des Sports.

Juin 2009 > Taux de participation de 51 % aux élections communales. Beaucoup de Marocains refusent de voter car ils considèrent les candidats malhonnêtes.

Juillet 2009 > Dix ans de règne de Mohammed VI.

Novembre 2010 > Nouvelles échauffourées au Sahara occidental (11 morts), alors qu'une reprise des négociations entre le gouvernement marocain et le Front Polisario était en cours. Nouveau sursaut et nouvelle impasse pour ce conflit qui dure depuis près de 35 ans.

20 février 2011 > Le mouvement du " 20 février " rassemble des milliers de personnes dans plusieurs villes marocaines pour réclamer plus de " justice ", de " liberté ", et de " dignité ".

Avril 2011 > Attentat suicide du café Argana à Marrakech : 17 morts et 20 blessés.

Juillet 2011 > Victoire du " oui " (98 %) au référendum commandé par le roi Mohammed VI, prévoyant de renforcer les pouvoirs du Premier Ministre et du parlement.

Novembre 2011 > Victoire du Parti de la justice et du développement (islamiste) aux élections législatives avec 27,08 % des voix.

Conquête arabe

En 682, 60 ans seulement après l'hégire, le début de l'ère musulmane, le chef arabe Sidi Oqba ben Nafi (déjà fondateur de Kairouan, la ville sainte de Tunisie) entreprend une série de raids au Maroc. Venus des contrées de l'actuelle Arabie saoudite et de l'Irak, les conquérants arabes répandent la parole du prophète Mahomet, islamisant les populations sur leur passage. La résistance berbère durera jusqu'en 705, date à laquelle, si l'on en croit la légende, Sidi Oqba atteindra le Sous et s'élancera à cheval dans la mer en s'écriant que seul l'océan l'empêchait d'étendre ses conquêtes ! Soumis, les Berbères obtiennent cependant la création de royaumes indépendants placés sous la protection des chefs arabes. C'est donc une expédition arabo-berbère, conduite par Sidi Moussa ben Nosaïr, qui mène la première vague de conquêtes de l'Espagne à partir du Maroc. En 711, une seconde série de raids s'abat sur l'Espagne, lors du débarquement du chef berbère Tariq ibn Ziyad. Ce dernier sera à l'origine du nom du célèbre rocher de Gibraltar : " djebel Tarik ", du nom du conquérant, qui deviendra peu à peu " djebel Tar ", puis " Gibraltar ".

Dynastie idrisside (788-1055)

Au milieu du VIIIe siècle, les Arabes possèdent un empire immense, s'étendant de la Mésopotamie (Irak) à l'Atlantique. Mais les premières dissensions ne tardent pas à apparaître au sein des territoires conquis et le Maroc se morcelle bientôt en de nombreux royaumes aux doctrines religieuses parfois différentes. En 788, un descendant du Prophète, Idris ibn Abdallah, échappe à une tentative d'assassinat à Bagdad et trouve refuge à l'autre bout de l'empire, c'est-à-dire au Maroc. Etabli à Volubilis, Idris se fait reconnaître comme imam (chef religieux) par les Berbères Aouraba et entreprend une réconciliation des tribus arabes et berbères du Moyen Atlas. Pourchassé par les tueurs du calife de Bagdad, Idris sera empoisonné en 793, avant d'avoir mené à terme son projet. C'est son fils Idris II, issu d'un mariage avec une Berbère, qui mènera à bien la réconciliation des tribus du Moyen Atlas. Il développe la ville de Fès fondée par son père, instaure un Etat fort et centralisé tout en poursuivant l'islamisation du Maroc. Les deux Idris auront longtemps une influence religieuse décisive au Maroc : leurs tombeaux (à Moulay-Idriss pour le premier et dans la zaouïa Moulay-Idriss de Fès pour le second) comptent aujourd'hui encore parmi les lieux de pèlerinage les plus fréquentés du pays.

A la mort d'Idris II, en 825, la dynastie idrisside sombre dans les querelles et les rivalités familiales entre les Omeyades de Cordoue et les Fatimides d'Egypte, sans oublier bien sûr les chefs de tribus berbères peu disposés à subir le joug idrisside... Au coeur de ces luttes d'influence se trouve l'or de Guinée, qui transite par la plaine torride du Haouz en passant par une oasis que l'on nommera... Marrakech.

Dynastie almoravide (1055-1144)

Pour la première fois dans l'histoire de la région, des Berbères dirigent eux-mêmes un royaume autonome, et ce, indépendamment du Proche-Orient. Voilà la particularité de la future dynastie almoravide. En 1062, une tribu berbère de chameliers voilés, les Lemtoune, tribu Sanhaja, venue des monastères du désert de l'actuelle Mauritanie, s'empare des précieuses cargaisons en route pour le Maroc. Ils ont été convertis à l'islam au IXe siècle. Leur nom leur vient de leur chef spirituel Abou Imran, installé dans un monastère-forteresse, un ribat, dans lequel il enseignait une lecture rigoriste du Coran. Ses disciples furent donc nommés les morabitours. Menés par l'Almoravide Abou Bekr, ces moines-soldats remontent jusqu'à Fès, après avoir soumis le Drâa, le Tafilalet et le Sous. En 1070, Abou Bekr installe son campement principal dans la plaine du Haouz, à proximité de la butte rocheuse du Guéliz, au carrefour des routes de l'Atlas et des pistes caravanières du désert. Rappelé dans le Sud pour mater une révolte, Abou Bekr confie les rênes de son nouveau territoire à son cousin, Youssouf ibn Tashfine. Youssouf ibn Tashfine développe l'oasis de Marrakech et commence l'édification d'une ville à partir des pierres du djebel Guéliz. Selon un manuscrit conservé dans la bibliothèque de la Quaraouiyne, la célèbre mosquée de Fès, Marrakech ou " Marrakouch " désignait alors le pays des fils de Kouch, ces guerriers à la peau sombre venus du Sud. Nommé " commandeur des croyants ", Youssouf dote Marrakech de ses remparts et en fait une cité fortifiée, redoutée sur tout le territoire marocain. De son repaire, il se lance à la conquête du nord du Maroc, puis du sud de l'Espagne (eh oui, l'adversaire du Cid de Corneille, c'était lui !). A sa mort, en 1106, Marrakech est devenue la capitale d'un royaume pacifié et immensément riche, s'étendant de la Castille au Tafilalet.

Les Almoravides importent au Maroc l'architecture et les arts andalous. Marrakech devient une capitale dont la renommée intellectuelle - entretenue par la présence des grands savants dont s'entoure Ali ibnTashfine, le fils de Youssouf - s'étend jusqu'à Paris et Rome. Ali ibn Tashfine inaugure le premier système d'irrigation de la palmeraie, vaste réseau de canaux souterrains appelés khettaras, permettant d'alimenter l'oasis et la ville en eau et de drainer les pluies des montagnes de l'Atlas entourant Marrakech.

Dynastie almohade (1147-1269)

Comme les Almoravides ont suivi Abou Imran, les Almohades seront les disciples d'Ibn Toumert, qui a étudié le Coran au Proche-Orient. Il y rencontre Abd el-Moumen, né dans la région de Tlemcen (Algérie), qui sera son successeur. Sa lecture du Coran est nouvelle par sa grande austérité et l'affirmation de l'unicité de Dieu. De retour au Maroc, Ibn Toumert n'accepte pas les moeurs en vigueur, notamment à Marrakech, où il s'en prend en 1120 à une princesse almoravide qui ne porte pas le voile. De retour dans son Anti-Atlas natal, Ibn Toumert s'installe ensuite dans la kasbah de Tinmal, dans le Haut Atlas. Convaincu d'être un mahdi, un envoyé de Dieu, Ibn Toumert prêche une réforme religieuse radicale : l'unité de Dieu (Muwahhidun, unitaristes ; ou Tawhid, monothéisme). A sa mort, son disciple Abd el-Moumen devient son successeur. Ce dernier s'empare de Marrakech en 1147, mettant un terme à la dynastie almoravide, puis entreprend la reconquête du Maroc, de l'Algérie et de l'Espagne au nom d'une profonde réforme des moeurs. A Marrakech, les Almoravides sont massacrés et leurs édifices détruits. Seule subsiste aujourd'hui une koubba (une coupole), abritant un bassin à ablutions. Les remparts, reconstruits et agrandis, atteignent leur longueur actuelle.

Abd el-Moumen assure à Marrakech sa gloire dans le monde musulman en bâtissant la Koutoubia, démolie puis rebâtie à quelques mètres de la précédente après que l'on se fut aperçu que le mihrab, la niche creusée dans le mur de prière, n'indiquait pas la direction de La Mecque ! Elle est conçue pour devenir la plus grande et la plus belle mosquée du Maghreb. Le fils d'Abd el-Moumen, le sultan Abou Yacoub Youssef, embellit encore sa bonne ville de Marrakech, avec les jardins de l'Agdal et de la Ménara. C'est son successeur, Abou Yacoub el-Mansour (" le Victorieux "), qui agrandira le royaume, battant à plates coutures et à plusieurs reprises les troupes espagnoles et portugaises. On doit à ce grand bâtisseur une douzaine de palais dans la nouvelle casbah, la mosquée dite des Almohades ainsi que la finition des boules d'or qui surplombent le lanterneau du minaret de la Koutoubia. Dix souverains se succèderont en 70 ans de règne almohade. Ces grands bâtisseurs ont laissé au Maroc ses plus célèbres murailles, dont celles de Rabat, Fès et Marrakech, et des monuments tels que la Koutoubia de Marrakech ou la tour Hassan de Rabat. Sous le règne de Mohammed en-Nasir, commence le déclin de la dynastie almohade.

Dynastie mérinide (1269-1529)

Les Mérinides, du nom de la tribu berbère des Beni Mérin de l'Est marocain, luttent longtemps avant de prendre le pouvoir. Partis, en 1214, de la région comprise entre Oujda et Figuig, ils soumettent une bonne partie du Rif. Mais leurs conquêtes s'arrêtent là, et les Almohades leur infligent même un sévère revers en 1244, en tuant leur chef, Mohammed ibn Abd el-Hacq. Meknès est prise en 1245, puis Taza, Fès et Rabat en 1248, ce qui leur donne la haute main sur quasiment tout le nord du pays. En 1269, le chef des Berbères mérinides, Abou Youssef Yacoub, rejetant comme ses prédécesseurs l'influence religieuse des Almohades, s'empare de Marrakech qu'il délaisse rapidement au profit de Fès : Abou Youssef Yacoub crée le premier mellah, quartier juif, et construit Fès el-Jadid (la nouvelle). Mieux, une nouvelle voie vers le désert saharien est ouverte, contournant Marrakech, de Fès à Gao au Mali !

Les successeurs du premier sultan mérinide, Abou Yacoub, puis Abou Hassan, abandonnent eux aussi Marrakech pour porter l'hégémonie de la dynastie mérinide vers Fès et Meknès. Le règne mérinide correspond à un extraordinaire foisonnement intellectuel et artistique. On enseigne les sciences exactes, mais c'est surtout l'art qui est à l'honneur, avec la construction de superbes medersas, ces écoles coraniques dont on trouve les plus beaux exemples à Fès. C'est l'époque des grands penseurs, comme Ibn Batouta, le grand voyageur qui laissa à l'humanité les récits de ses périples l'ayant mené jusqu'en Chine, ou Ibn Khaldoun, Tunisien d'origine, qui enseigna l'histoire et ce que l'on nommera plus tard la sociologie à l'université Quaraouiyine, de Fès, dont le rayonnement atteignait alors l'Europe. En 1349, Abou Inan, fils du sultan et d'une esclave chrétienne convertie à l'islam, tente de redonner au pays son unité perdue à cause d'innombrables querelles intestines. En vain, il meurt sans héritier, ouvrant une ère de régence assurée par la tribu des Béni Ouattas. Le royaume se morcelle, les incursions portugaises se font plus nombreuses, ainsi, dès le début du XVIe siècle, le Portugal multiplie ses comptoirs sur le littoral atlantique.

Dynastie saadienne (1529-1654)

Les Saadiens, originaires d'Arabie saoudite et descendants du Prophète, s'établissent d'abord dans la vallée du Drâa. Refusant la lente agonie de la dynastie mérinide et l'affaiblissement de l'islam, le Saadien Mohammed el-Cheikh déclenche la guerre sainte, reprend Marrakech (1529), chasse les Portugais d'Agadir et de Safi, tout en faisant face au danger que représente l'expansionnisme des Turcs, boutés hors de Fès à deux reprises, en 1554 et en 1558. Marrakech redevient alors, sous l'influence du sultan Moulay Abdallah, la capitale incontestée du Maroc nouvellement (et provisoirement) réunifié. Les mosquées et medersas se multiplient sur tout le territoire tandis que, de Marrakech, la medersa Ben Youssef répand sa renommée sur tout le Maghreb.

Le faste saadien atteint son apogée avec Ahmed el-Mansour, surnommé aussi Ahmed le Doré. En 1578, lorsque ce dernier revient triomphalement de la bataille des Trois Rois (où périssent le roi du Portugal et son allié marocain), il entreprend la construction de ce qui sera le plus beau des palais : El-Badii (l'Incomparable), ainsi que des tombeaux saadiens, remarquables ouvrages d'art destinés à recueillir les augustes dépouilles des souverains de la dynastie victorieuse. Ahmed le Doré étend son influence à l'est en envoyant une expédition au Soudan et une autre à Tombouctou, chargées de rapporter de l'or et des esclaves. Il entretint aussi avec l'Europe des relations diplomatiques suivies et pacifiques, à grand renfort de présents somptueux. La légende de l'Orient commence à atteindre l'Europe où le nom de Marrakech vient sonner pour tout un chacun comme celui d'un eldorado, d'une terre promise. Mohammed XII, le dernier des rois saadiens, se montrera sans doute un peu trop favorable à l'influence occidentale. Toujours est-il qu'en 1654 sa politique d'ouverture à l'égard de l'Europe provoquera le retour d'une vague islamiste fondamentaliste.

Dynastie alaouite (depuis 1654)

Les Alaouites sont des descendants du Prophète qui s'installent dans le Tafilalet (région de l'actuelle Rissani) en 1266, avec l'arrivée du premier d'entre eux, Hassan Addakhil. Ils y bénéficient de l'aura due à leur rang, et, au XVIIe siècle, Moulay Ali Chérif prend la tête de l'opposition au pouvoir saadien. Les Alaouites, comme une grande partie de la population, sont excédés par l'influence chrétienne en terre marocaine ainsi que par l'anarchie générale. C'est Moulay Rachid, le fils de Moulay Ali Chérif, qui se rend maître du Rif en 1664, et est proclamé sultan en 1666, après la prise de Fès. Il devra cependant encore patienter deux ans pour mater les rebelles de Marrakech. Moulay Rachid prône le retour à un islam ferme, austère et pauvre. Son premier geste sera d'effacer les traces du luxe de la dynastie précédente : le palais El-Badii, pourtant inachevé, est démantelé et les tombeaux saadiens (qu'il n'ose tout de même pas renvoyer à l'état de poussière) sont emmurés derrière la mosquée de la casbah. C'est Fès qui est alors, pour peu de temps, choisie comme capitale.

Moulay Ismaïl, le frère de Moulay Rachid, lui succède dès 1672. C'est lui le véritable fondateur de la dynastie alaouite. Il abandonne Fès pour Meknès, qu'il consolide et développe, faisant de cette modeste cité une ville impériale. Son armée est constituée d'esclaves soudanais, la fameuse garde noire, qu'il force à se reproduire avec les femmes d'un gigantesque harem, pour éduquer les nouveau-nés en futurs soldats. Il compte ainsi jusqu'à 150 000 hommes dans ses rangs. Moulay Ismaïl étend l'empire chérifien jusqu'au Sénégal et entreprend de redonner au pays sa ferveur d'autrefois. La répression est telle qu'il ne tarde pas à se voir affublé du doux surnom de " l'Assoiffé de sang " ! Son règne, long de 55 ans, aura permis cependant au Maroc de retrouver l'unité de ses heures les plus glorieuses, et de faire de Meknès une capitale dotée de monuments gigantesques qu'on a pu (exagérément) comparer à Versailles. Il faut attendre l'arrivée au pouvoir de Moulay Abderrhaman, en 1822, pour que les tribus locales retrouvent leur puissance et leur autorité.
Mais Abderrhaman s'attire les foudres de la France en soutenant l'émir d'Alger, Abdelkader, dans sa lutte contre les colons français : une intervention musclée de l'armée française commandée par le général Bugeaud écrase les troupes marocaines à la bataille de l'Isly en 1844. A tel point que succédant à Meknès, c'est Tanger qui devient résidence royale sous le règne de Sidi Mohammed ben Abderrhaman (1859-1873) ! Le Maroc, affaibli, devient alors une proie tentante pour les pays européens, avides d'expansion coloniale. Les Espagnols prennent Tétouan en 1860. Sous la pression internationale, un décret de 1864 permet aux étrangers de commercer au Maroc, et c'est d'un pays sous influence qu'hérite le sultan Moulay Abdelaziz en 1884. Mal géré, le royaume croule sous les dettes. C'est certainement l'une des raisons pour lesquelles le sultan accepte de signer le traité d'Algésiras en 1906. Cette conférence est l'occasion pour les puissances européennes de régler leurs différends coloniaux. L'Allemagne est libre d'agir au Congo et l'Angleterre en Egypte ce qui permet à la France et à l'Espagne de se partager le Maroc. Insatisfait de cet accord qui maintenait sur le trône de Marrakech un sultan sans pouvoir et livrait le pays aux Français, le chef saharien El-Hiba engage la résistance. En 1907, la situation tourne au chaos, après une série d'émeutes et d'attentats anti-français à Casablanca. Des ouvriers français sont tués sur le port, ce qui donne un prétexte à l'armée française, dirigée par le général Mangin, pour occuper les principales villes marocaines, tandis qu'en 1909 l'Espagne se lance dans une guerre sans merci dans le Rif. La même année, le frère de Moulay Abdel Aziz, Moulay Hafid, opposé à l'attitude passive du sultan, le destitue avec le soutien du Glaoui de Marrakech. Quelque temps plus tard, en 1912, après avoir appelé à la rescousse l'armée française pour mater la rébellion des tribus berbères qui encerclent Fès, Moulay Hafid est contraint de signer une convention sur le traité de protectorat avec la France, avant d'être remplacé par son autre frère, Moulay Youssef. Le Maroc n'est alors plus un pays indépendant.

Campagnes françaises au Maroc

Entre 1906 et 1934, la relation entre la France et le Maroc est davantage marquée par un esprit de conflit et de domination que par une franche collaboration. Voici un résumé des différentes opérations menées par la France au Maroc, aboutissant d'abord au traité instaurant le protectorat français en 1912, puis à la pacification du pays. Les incursions militaires françaises au Maroc remontent au XIXe siècle. En effet, le sultan marocain décide de soutenir l'émir algérien Abdelkader, alors en opposition directe à la France en Algérie, et de le recueillir au Maroc. La France trouve là un prétexte pour occuper militairement la partie est du pays. Le général Bugeaud franchit donc la frontière, et bat les forces marocaines à la bataille de l'Isly en 1844. Entre 1906 et 1912, la France met à profit chaque occasion d'occuper militairement le Maroc. Le traité d'Algésiras, signé en 1906, permet à la France d'assurer la police au Maroc, tout en lui interdisant toute annexion. C'est à ce titre que Lyautey occupe Oujda en 1907, et les Beni Snassen en 1908. En 1908, 6 000 Français aux ordres du général Drude débarquent à Casablanca, où ils sont bien accueillis par une population marocaine lasse des troubles dans le pays. Mais le sultan Moulay Hafid, ayant détrôné le signataire des accords d'Algésiras Abdel Aziz, contrôle de moins en moins l'intérieur des terres, où les rebelles sèment le désordre, et se retrouve pratiquement assiégé dans Fès. Tout autour, des rebelles se préparent à attaquer la ville, à l'intérieur de laquelle la révolte gronde. Le sultan se résout donc à demander l'assistance française, et le général Moinier, à la tête de 23 000 hommes, libère le sultan le 21 mai 1911. Il s'agit là pour la France d'une occasion inespérée d'occuper le pays, ce qui aboutit à la signature du protectorat le 30 mars 1912.

Alors que Lyautey réussit à maintenir la paix au Maroc pendant la Première Guerre mondiale, avec des effectifs fortement réduits, l'agitation reprend en 1920 dans le Rif, où le rebelle Abd el-Krim, d'abord assisté par des agents turcs et allemands, s'oppose à la domination française. La France reprend des positions entre 1920 et 1924, mais doit se résoudre à engager une véritable guerre en 1925. Les forces du rebelle progressent d'abord, au point qu'il est un moment question de faire évacuer Taza, et le gouvernement français doit se résoudre à retirer le commandement des troupes à Lyautey pour le confier au maréchal Pétain, doté de 70 bataillons. Le 8 mai 1926, l'offensive française est déclenchée et, en trois semaines, Targuist, le repaire d'Abd el-Krim, est occupé par le général Ibos.
Le Rif est enfin pacifié et, en 1934, les dernières zones de trouble subsistant dans la région de Ouarzazate passent également sous autorité française et font allégeance à un sultan alors manipulé par la France.

Le maréchal Lyautey (1854-1934)

Issu d'une famille de militaires lorrains, Louis-Hubert Lyautey reste dans la droite lignée familiale en intégrant en 1873 l'école militaire de Saint-Cyr. Servant dans la cavalerie de l'armée, il est ensuite envoyé en Algérie, où il a ses premiers contacts avec l'Afrique. Muté ensuite en Indochine, il se fait remarquer par le colonel Gallieni, et les deux hommes se lient d'amitié, d'autant plus qu'ils se retrouvent ensuite à Madagascar. Lyautey, devenu colonel, réussit alors brillamment à pacifier l'île. Mais le colonel est également un littéraire, et il fait paraître en 1891 un article sur " Le rôle social de l'officier ", qui contribue à moderniser l'image de l'armée en France. En 1903, Lyautey retourne en Algérie, où il est promu général, et commande la division d'Oran. La situation pour le moins instable au Maroc pousse la France à faire des incursions dans ce pays depuis l'Algérie. C'est l'occasion des premiers pas marocains du général, qui occupe Oujda en 1907, puis une bonne partie de l'Est marocain. Le 27 avril 1912, cet homme de 58 ans est nommé par décret résident général au Maroc, ce qui lui donne quasiment les pleins pouvoirs dans un pays où il débarque le 13 mai. Sa première mission est d'étendre les zones de contrôle français au Maroc, qui ne sont au début véritablement que les secteurs autour de Casablanca, Rabat et Fès. En 1914, c'est la plaine du Sous qui passe sous contrôle français. Pendant la guerre, Lyautey maintient les positions françaises au Maroc, malgré le relatif désintérêt du gouvernement, et est nommé ministre de la Guerre par intérim au début de 1917. A la fin de la guerre, commence la véritable oeuvre qui rend Lyautey célèbre dans les mémoires marocaines : l'organisation du pays. Voulant déléguer le maximum de responsabilités à des cadres locaux, Lyautey en est cependant empêché par le manque de qualification de la population. Il s'efforcera alors de faire respecter au maximum par les Français au pouvoir les particularismes et les coutumes locales. Par exemple, pour éviter le moindre trouble, il décide d'interdire l'accès des mosquées à des non-musulmans. Lyautey est reconnu en France, et l'écrivain est reçu à l'Académie française en 1920, tandis que le militaire est nommé, en 1921, maréchal de France. Cependant, la guerre du Rif menaçant les positions françaises, après 2 ans d'enlisement de la situation, Lyautey est remplacé par le maréchal Pétain, et démissionne. Il a toutefois profondément transformé le Maroc, faisant de Rabat une capitale moderne, et dotant les grandes villes comme Casablanca d'infrastructures modernes, facilitant l'expansion économique. Lyautey est un bâtisseur, et il déclare en quittant le Maroc : " Ce qui m'ennuie le plus, c'est que je ne bâtirai plus de ville. " Sa dernière oeuvre est l'organisation de l'Exposition coloniale de 1931 à Vincennes. Le maréchal décède en 1934, et sa dépouille est inhumée à Rabat, dans les jardins de la résidence générale, avant d'être rapatriée en 1961 en France, aux Invalides. En 1938, le Maroc élève une statue à sa mémoire, que l'on peut voir place des Nations unies à Rabat. Le lycée français de Casablanca, où étudie la jeunesse dorée, porte aussi le nom du colonel.

Du protectorat français à l'indépendance

La France administrant de plus en plus directement le pays, Sidi Mohammed ibn Youssouf, futur roi sous le nom de Mohammed V, reprend le flambeau de la révolte en 1927. Après la Deuxième Guerre mondiale et le débarquement des troupes alliées sur les côtes marocaines dans la baie d'Anfa, à Casablanca, Mohammed V rejoint le parti nationaliste de l'Istiqlal (l'Indépendance) et publie, en 1944, le Manifeste de l'Indépendance, ce qui lui vaut un exil à Madagascar, de 1953 à 1955, suite au (perfide) ralliement du Glaoui de Marrakech aux intérêts français.
Devant la pression nationaliste et les sanglants événements d'Algérie et d'Indochine, les autorités françaises accordent finalement au Maroc son indépendance, solennellement proclamée par Sidi Mohammed (devenu Mohammed V) le 2 mars 1956. Mohammed V meurt en 1961, non sans avoir prévu pour le Maroc une nouvelle Constitution que son fils, Hassan II, promulguera en décembre 1962, après son acceptation par référendum à une large majorité.

Mohammed V, roi du Maroc (1909-1961)

Membre de la dynastie alaouite, et donc descendant du Prophète. Mohammed ben Youssef est placé dans des conditions d'héritier d'un trône marocain qui n'en est plus vraiment un, lorsque son père, Moulay Youssef, remplace son oncle, Moulay Hafid, qui a signé le traité de protectorat avec la France. Mohammed n'est que le troisième fils du sultan, mais c'est pourtant lui que le nouveau résident général Théodore Steeg choisit pour succéder à son père, à la mort de celui-ci en 1927. Le nouveau sultan a alors 18 ans, et semble condamné au rang de faire-valoir dans la politique française au Maroc. On le dit alors timide, effacé, et c'est sous l'influence de Steeg qu'il signe en 1930 le " dahir berbère ", qui écarte les Berbères des droits de l'islam, et instaure une société différenciée. Mais le sultan prend peu à peu conscience de ses responsabilités vis-à-vis d'un pays qui lui répète chaque année son attachement lors de la fête du trône, et la nomination du général Noguès au poste de résident général en 1936 l'associe plus à la direction effective des affaires du pays. Le sultan entérine alors la situation française au Maroc en 1939, demandant à son peuple de soutenir " le peuple français ami face au danger commun ".

Est-ce la rencontre avec le président américain Roosevelt, en 1942, les revendications nationalistes des anciennes colonies partout dans le monde, ou le fruit d'une réflexion personnelle, toujours est-il que Mohammed ben Youssef, fait pourtant Compagnon de la Libération par de Gaulle, revendique ouvertement l'indépendance de son pays dans le discours de Tanger, le 10 avril 1947. Devenu le leader de l'opposition nationaliste, qui pourtant existait depuis plus de 10 ans, Mohammed ben Youssef devient dangereux pour les intérêts français au Maroc. Il tente d'abord de coopérer en 1951, en acceptant de rendre hommage à la France, et de prendre ses distances vis-à-vis du parti indépendantiste de l'Istiqlal, mais, en novembre 1952, il réclame de nouveau l'indépendance de son pays. Trahi par le Glaoui de Marrakech, il est destitué le 20 août 1953, et exilé pendant 2 ans à Madagascar. Le peuple se soulève alors pour lui manifester son soutien, et la France recule une première fois en le rapatriant au Maroc en 1955. C'est alors en vainqueur que le sultan peut déclarer officiellement " la fin du régime de la tutelle et du protectorat, et l'avènement d'une ère de liberté et d'indépendance ". Le nouveau roi du Maroc indépendant prend alors le nom de Mohammed V, et prépare la Constitution de son pays. Mais la maladie l'empêche d'achever son oeuvre, et c'est un roi aimé de ses sujets qui s'éteint le 26 février 1961, ayant réussi ce que personne ne lui prédisait au départ : gagner l'indépendance.

Le règne d'Hassan II

Agé de 31 ans, Hassan II succède donc sur le trône à Mohammed V, son père, en 1961. Celui qui, à sa naissance en 1929, n'était que le fils d'un sultan aux mains de la France, va diriger le royaume pendant 38 ans. Comme à son père, on lui avait expliqué dès son plus jeune âge qu'il descendait du Prophète et que, si Dieu le voulait, il régnerait un jour sur le Maroc. Le prince Moulay Hassan évolue, dès son plus jeune âge, dans un environnement marqué par le patriotisme, l'héroïsme et la mobilisation. Son père Mohammed V fait bénéficier à son fils aîné d'une éducation conjuguant la tradition avec la modernité, c'est-à-dire fondée autant sur les valeurs arabo-islamiques que sur les principes de la civilisation universelle. Il reçoit au palais royal les premiers enseignements coraniques puis, après des études universitaires à Rabat et à Bordeaux, il obtient en 1951 un diplôme d'études supérieures en droit public. Dès son jeune âge, le futur souverain est témoin de grands événements historiques. En 1943, il assiste, aux côtés de son père, à la conférence d'Anfa où il rencontre Churchill et Roosevelt. Cette conférence des Alliés se tient à la veille de la libération de l'Europe et à un tournant décisif de l'histoire du monde. En 1944, Moulay Hassan participe à la rédaction du Manifeste de l'indépendance, aux côtés des représentants du Mouvement national. Très jeune déjà, le prince milite activement au sein du collège impérial, foyer du militantisme et du nationalisme marocain.

En 1947, il participe au voyage historique de Mohammed V à Tanger et assiste au discours de son père qui réclame l'indépendance du pays, son unité, son intégrité territoriale et son adhésion à la Ligue arabe. Il lance lui-même un appel aux jeunes les invitant à se mobiliser pour la libération. Le 20 août 1953, les autorités du protectorat exilent en Corse Mohammed V, le prince Moulay Hassan et l'ensemble de la famille royale. Ils sont ensuite transférés, en janvier 1954, à Madagascar. Au cours de cet exil, le futur roi Hassan II est le conseiller politique de son père. Le 16 novembre 1955, retour d'exil de Mohammed V et des membres de la famille royale. En février 1956, Hassan participe aux côtés de son père aux négociations pour l'indépendance.
Après l'indépendance, Mohammed V nomme son fils aîné, le prince Moulay Hassan, en avril 1956, chef d'état-major des Forces armées royales. Le 9 juillet 1957, Moulay Hassan est institué officiellement prince héritier. Le 3 mars 1961, après le décès de Mohammed V, il est proclamé roi du Maroc. Sa première tâche est de faire approuver la Constitution préparée par son père, ce qui est chose faite le 7 décembre 1962. Il est cependant à l'initiative des importants amendements de 1972, étonnamment démocratiques, qui nient par exemple l'obligation de fait d'un parti unique, et rappellent que la souveraineté nationale appartient à la nation. Mais Hassan II exerce en fait les pleins pouvoirs au Maroc : il nomme et révoque les ministres, il est chef des armées et, en tant que descendant en ligne directe de Mahomet, il est commandeur des croyants du Maroc. Cependant, il est un fait que la liberté de culte est respectée au Maroc.
Dès le début du règne d'Hassan II, de nombreuses cités sont construites pour décongestionner les grandes villes : Mohammedia, près de Casablanca, Sidi Youssef ben Ali, dans les faubourgs de Marrakech, gigantesque banlieue de 100 000 habitants. Hassan II échappe par deux fois à des tentatives d'assassinat, en 1971 et 1972. En 1975, 350 000 volontaires entreprennent une longue marche pacifique et symbolique jusqu'au Sahara occidental, occupé par les Espagnols : la Marche verte, qui aboutira au retour du Sahara espagnol dans le giron marocain. En janvier 1984, le royaume est marqué par une émeute nationale de la faim. En avril 1987, le pays reçoit la visite officielle du président de la République française, François Mitterrand. En 1988, Hassan II rétablit les relations diplomatiques entre son pays et l'Algérie, puis fonde, avec la Mauritanie, la Tunisie et la Libye, l'Union du Maghreb arabe (UMA), entité économique autonome. En mai 1989, le sommet des pays arabes se tient à Casablanca. En décembre 1989, les élections législatives sont reportées de 2 ans afin de permettre à l'ONU d'organiser le référendum d'autodétermination au Sahara occidental. En janvier 1990, le conseil de la présidence de l'UMA se réunit pour la première fois à Tunis. Marrakech devient peu à peu un centre touristique de première importance, visité par plus d'un million d'étrangers par an ! En 1994 s'y déroule la phase finale des accords du GATT et leur signature. En 1996, le Maroc mène une campagne d'assainissement pour combattre la drogue, la contrebande et la corruption. Le 4 février 1998, le roi Hassan II nomme pour la première fois un Premier ministre de l'opposition en la personne de M. Abderrahmane el-Youssoufi, jusqu'alors premier secrétaire de l'Union socialiste des forces populaires. Le 23 juillet 1999, Hassan II, alors âgé de 70 ans, décède, laissant son trône à son fils.

De la Marche verte au problème du Sahara occidental

La ville de Tarfaya est désignée par Hassan II comme lieu de rassemblement pour les 350 000 manifestants de la Marche verte organisée en 1975. Cette manifestation pacifique débouche sur le retour du Sahara espagnol dans le giron marocain. Elle rassemble des volontaires venus de tout le pays. L'affaire du Sahara occidental n'est pas encore réglée ; on attend toujours la tenue du référendum prévu par les Nations unies pour décider du statut définitif de ce territoire (rattachement au Maroc ou indépendance).
Le roi du Maroc, Mohammed VI, a mis sur pied une commission chargée d'assurer la transparence et l'équité de l'élection des membres d'un nouveau Conseil royal consultatif pour les affaires du Sahara et a décidé la création d'un fonds pour financer des projets sociaux dans les " provinces marocaines du Sud ". Aux termes du plan de paix accepté en 1991 par les deux parties, un référendum d'autodétermination aurait dû avoir lieu l'année suivante pour déterminer si les Sahraouis colonisés par les Espagnols choisissaient l'indépendance ou l'intégration au Maroc. Mais cette consultation a été, à de multiples reprises, différée en raison des désaccords entre les deux parties. Novembre 2010 a vu le conflit reprendre de la vigueur avec, presque simultanément, la reprise de négociations (informelles) entre le Front Polisario (les indépendantiste du Sahara) et le gouvernement marocain sous l'égide de l'ONU à côté de New York et le démantèlement d'un camps de protestation monté près de Laâyoune. Démantèlement ayant tourné au drame puisque 11 personnes y ont trouvé la mort.
Si vous séjournez à Laâyoune, rendez-vous dans un des hôtels de luxe de la ville, vous y verrez de nombreuses photos de la Marche verte.

Mohammed VI, la rupture

A 36 ans, Mohammed VI succède à son père à la tête du royaume (juillet 1999). Chef suprême des armées et Amir al-Mouminine (commandeur des croyants) en sa qualité de descendant direct du Prophète, Mohammed VI doit faire face à d'importants défis économiques, politiques et de société. Le XXe siècle aura été pour le Maroc une période de profonds bouleversements : deux guerres, un protectorat, l'indépendance, et une population multipliée par 4 en 60 ans. Tiraillé entre l'exemple des pays les plus développés, une mentalité traditionnelle et une jeunesse qui aspire à un monde meilleur ainsi qu'à des moeurs plus tolérantes, le pays a du mal à trouver ses marques. Il n'en a d'ailleurs pas le temps, tenu comme il est de faire face à la concurrence internationale. Le gouvernement doit sans cesse agir dans l'urgence, ce qui bouscule les habitudes marocaines.

Potentiellement, le pays possède des ressources suffisantes pour parvenir à se développer correctement, surtout avec la collaboration des Européens. Mais le processus risque d'être long. Le taux d'alphabétisation ne s'élève qu'à 52 % et la corruption reste légion, à différents échelons de la société. Il semble en tout cas que le nouveau souverain soit résolu à moderniser la vie politique marocaine. Mohammed VI n'a d'ailleurs pas hésité à balayer les vieux apparatchiks du système et il a sensiblement réduit les effectifs de l'administration. Avec la réforme du code de la famille de 2004, Mohamed VI réalise également une avancée considérable en ce qui concerne le droit des femmes. Et le 21 mars 2002, il se marie avec Salma Bennani, une roturière de 24 ans souvent comparée à Diana quant à sa beauté et ses engagements.

En 2011, la révolution de Jasmin précipite la chute de plusieurs chefs d'état dans le monde arabe. La vague de protestation n'épargne pas le Maroc, mais à moindre échelle. Le référendum constitutionnel organisé le 1er juillet aboutit à une nouvelle constitution. En novembre 2011, des élections législatives anticipées sont organisées dans le pays. Elle sont remportées par le Parti de la justice et du développement (islamiste) avec 27,08 % des voix.

Liberté et droits de l'Homme

Le règne d'Hassan II fut une période plus que sombre pour les droits de l'Homme au Maroc, avec son cortège de disparitions et de " neutralisation " d'opposants. Les années 1990, les dernières années de son règne, sont celles du début de l'amélioration du respect des droits des Marocains, avec la libération de personnes disparues, la limitation de la durée de la garde à vue, la ratification de la convention contre la torture, ou encore la commutation de 195 peines de mort en peines de prison. Avec l'arrivée au pouvoir de Mohammed VI en 1999, les choses se sont encore améliorées. Après 10 ans, si le Maroc va mieux, le bilan reste mitigé, disparitions et arrestations arbitraires surviennent encore. Du côté de la liberté de la presse, le quotidien français Le Monde et l'hebdomadaire marocain TelQuel ont été retirés de la vente en août 2009 pour avoir publié un sondage sur la popularité du roi (sondage qui affirmait pourtant que 91 % des Marocains jugeaient positif le bilan des dix années de pouvoir de leur souverain). Reste à voir ce que les réformes promises par le roi Mohammed VI et souhaitées par la population marocaine apporteront de nouveau à une société entre traditions et modernité.

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